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Jours tranquilles à Paris
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23 mai 2020

Quand l’Arabie saoudite profite du Covid-19 pour faire de bonnes affaires

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L'Arabie saoudite a investi plus de sept milliards de dollars dans des secteurs aussi différents que l'aéronautique, l'internet, le tourisme ou encore l'industrie pharmaceutique.

Texte par : Sébastian SEIBT

Depuis le début de la crise du Covid-19, Riyad a investi plus de sept milliards de dollars dans des entreprises aussi différentes que des compagnies aériennes, des groupes pétroliers, un club de foot ou encore une chaîne d’hôtels. Point commun entre la plupart de ces groupes : ils ont été particulièrement fragilisés par les conséquences de la pandémie.

Quel est le point commun entre le club de foot de Newcastle, la compagnie pétrolière britannique BP, Facebook, le groupe pharmaceutique américain Pfizer ou encore Walt Disney ? Toutes ces structures sont sur la liste de shopping du fonds souverain saoudien (PIF - Public investment fund) qui a multiplié les investissements depuis le début de la pandémie de Covid-19. Il a dépensé 7,7 milliards de dollars en trois mois dans l’espoir de faire des bonnes affaires sur le dos des difficultés financières des entreprises en cette période de marasme économique, a rapporté le Financial Times, dimanche 17 mai.

Parmi ses paris les plus importants, le bras financier de Riyad a misé 827,8 millions de dollars sur BP et 713,6 millions de dollars sur le constructeur aéronautique américain Boeing, particulièrement affecté par l’effondrement des transports internationaux, selon des documents financiers transmis aux autorités boursières américaines, consultés par le Financial Times.

Des investissements dès début avril

Les cibles choisies par le PIF, qui disposent d’un trésor de guerre de 325 milliards de dollars, révèlent un opportunisme à tout épreuve de la part des investisseurs saoudiens. Transport aérien, pétrole, sport, ou encore hôtellerie - avec l’achat de participations dans la chaîne d’hôtels Marriott... Autant de secteurs qui ont particulièrement souffert en cette période de confinement. Le fonds a également acquis des parts pour un peu moins d’un milliard de dollars dans l’opérateur de croisière américain Carnival et la promoteur californien de concert Live Nation, deux sociétés dont le cours de l’action en Bourse s’est effondré depuis le début du confinement.

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21 mai 2020

Justice - Évasion de Carlos Ghosn : deux complices présumés arrêtés aux États-Unis

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THE WALL STREET JOURNAL (NEW YORK)

Michael L. Taylor, un ancien militaire, et son fils Peter M. Taylor, ont été arrêtés ce mercredi 20 mai dans le Massachusetts, aux États-Unis. Ils sont accusés d’avoir aidé Carlos Ghosn à fuir le Japon et pourraient être extradés vers le pays asiatique.

C’est un nouvel épisode dans le feuilleton qui concerne l’évasion de Carlos Ghosn. Mercredi 20 mai, annonce le quotidien new-yorkais The Wall Street Journal, “les autorités américaines ont arrêté un ancien béret vert et son fils, soupçonnés d’avoir aidé Carlos Ghosn dans sa fuite du Japon”. L’homme en question, nous apprend le journal, se nomme Michael L. Taylor, “c’est un ex-soldat des forces spéciales de l’armée américaine qui a fait carrière en organisant des sauvetages à l’étranger et d’autres types de missions.”

Le rôle de Michael L. Taylor dans la fuite de l’ancien PDG de Renault-Nissan était déjà connu. “Dans un scénario digne d’un film, l’homme a aidé Carlos Ghosn à prendre un jet privé depuis l’aéroport d’Osaka, au Japon, en le cachant dans une malle utilisée normalement pour transporter des instruments de musique”, explique le quotidien new-yorkais.

Déjà en janvier, indique The Wall Street Journal, “un tribunal japonais avait émis des mandats d’arrêt contre Michael Taylor, Peter Taylor et le citoyen américain d’origine libanaise George Zayek, soupçonnés d’avoir violé les lois japonaises sur le contrôle de l’immigration en aidant M. Ghosn à s’échapper.” Ainsi, les autorités américaines ont agi sur la base d’une demande d’extradition faite par le Japon.

Comme le rappelle le quotidien new-yorkais, Carlos Ghosn, ancien PDG de Renault-Nissan, “avait été accusé au Japon de délits financiers et vivait dans une maison surveillée par le tribunal de Tokyo lorsqu’il a soudainement disparu du pays fin décembre 2019. Il est ensuite arrivé au Liban et a annoncé qu’il avait fui le Japon parce qu’il ne pensait pas pouvoir y obtenir un procès équitable.”

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Deux complices présumés de la fuite de Carlos Ghosn arrêtés aux Etats-Unis

Michael Taylor, qui s’est rendu au Japon, et son fils ont été arrêtés mercredi matin dans le Massachusetts et devraient comparaître par visioconférence devant un juge.

Les autorités américaines ont arrêté, à la demande de la justice japonaise, deux hommes soupçonnés d’avoir participé à la fuite de Carlos Ghosn. Michael Taylor, 59 ans, ancien membre des forces spéciales américaines, et son fils, Peter Taylor, 27 ans, ont été arrêtés mercredi 20 mai à Harvard, dans le Massachusetts, et devraient comparaître par visioconférence devant un juge fédéral de Worcester, dans cet Etat.

Ils présentent un « grand risque de fuite » et doivent rester en détention en attendant la demande d’extradition du Japon, ont estimé des procureurs fédéraux dans des documents judiciaires. Peter Taylor a été arrêté à Boston, alors qu’il s’apprêtait à partir pour le Liban, où s’est réfugié l’ancien patron de l’alliance Renault-Nissan, et qui n’a pas de traité d’extradition avec le Japon, ont-ils souligné.

Grand hôtel, malle et jet privé

Les deux hommes, ainsi que le Libanais George-Antoine Zayek, sont accusés par le Japon d’avoir aidé M. Ghosn à échapper à la justice nippone, le soir du 29 décembre.

Peter Taylor s’est rendu trois fois au Japon dans les mois précédant l’opération et a rencontré M. Ghosn à sept reprises, selon les documents judiciaires américains : le 28 décembre, il a pris une chambre d’hôtel au Grand Hyatt de Tokyo, où Carlos Ghosn l’a rejoint. Les deux hommes ont discuté pendant une heure, selon les caméras de surveillance de l’établissement.

Le lendemain, Michael Taylor et George-Antoine Zayek sont arrivés à l’aéroport du Kansai, près d’Osaka, dans l’ouest du Japon, à bord d’un jet privé en provenance de Dubaï. Ils portaient de grandes caisses noires semblables à des caissons d’instruments de musique et ont indiqué aux employés de l’aéroport être des musiciens.

Après avoir déposé ces caisses dans un hôtel de l’aéroport, ils ont rejoint Tokyo en train. Pendant qu’ils voyageaient, Carlos Ghosn est retourné au Grand Hyatt, où il s’est rendu directement dans la chambre de Peter Taylor pour changer de vêtements. Les quatre hommes se sont ensuite retrouvés dans cet hôtel.

Peter Taylor est parti seul prendre un avion pour la Chine. Les trois autres sont retournés à l’hôtel de l’aéroport du Kansai où étaient restés les caissons. Sur les caméras, seuls Michael Taylor et George-Antoine Zayek en repartiront avec les lourdes caisses. « Il n’y a pas d’image de Carlos Ghosn quittant la chambre. De fait, il était caché dans les caisses » que portaient les deux hommes, selon les documents de justice.

A l’aéroport, ils ont pu embarquer leurs bagages sans les soumettre à des contrôles de sécurité, comme c’était alors la règle pour les jets privés. Ils se sont ensuite envolés vers la Turquie, puis le Liban.

La justice japonaise a émis, le 30 janvier, des mandats d’arrêt contre Carlos Ghosn et ses trois complices présumés. Peter Taylor est rentré à Boston le 22 mars et le Japon a demandé aux Etats-Unis de l’arrêter en vertu du traité d’extradition qui lie les deux pays.

A Istanbul, un tribunal a, par ailleurs, finalisé l’acte d’accusation contre quatre pilotes, un employé de l’opérateur MNG Jet et deux hôtesses de l’air, accusés d’avoir aidé Carlos Ghosn. La date de leur procès est fixée au 3 juillet. Source : Le Monde

16 septembre 2011

LE PLUS GRAND DEFILE DE MODE DU MONDE, 2EME EDITION

C'était hier soir Boulevard Haussmann.

Voici quelques photos réalisées par Mimie.

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AVIS : si vous êtes parmi les modèles amateurs qui ont défilé hier soir Bd Haussmann et si vous souhaitez poser en portrait et mode, en studio, contactez-moi… Pose contre photos retravaillées et adressées par mail après traitement. Pour mieux me connaître cliquez ICI.

Jacques Snap « photographe amateur appliqué »

21 juillet 2018

Kylie Jenner et Travis Scott imitent Jane Birkin et Serge Gainsbourg (photographiés à l'époque par Helmut Newton)

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Kylie Jenner en bikini échancré : la photo osée qui crée la polémique

Peut-on comparer Kylie Jenner et Travis Scott au couple mythique que formaient Jane Birkin et Serge Gainsbourg ? Si cette association risque d'énerver les fans des interprètes de Je t'aime... Moi non plus, elle a en tout cas été récemment sous-entendue par les parents de la petite Stormi à travers une photographie très sexy.

Kylie Jenner et Travis Scott ont été choisis pour faire la couverture du numéro d'août de GQ. Sur un cliché qui rend hommage à deux icônes françaises, le couple est apparu très proche et n'a eu aucun mal à faire grimper la température.

Sur le cliché en question, on découvre la jeune influenceuse vêtue d'un bikini échancré assise sur les genoux du rappeur, alors qu'ils adressent tous deux un regard de braise à l'objectif. Comme l'a notifié le compte Instagram Diet Prada, cette photographie évoque un cliché de Jane Birkin et Serge Gainsbourg pris dans les années 70, et sur lequel les deux artistes adoptent une pose et une attitude similaires.

Certains internautes ont crié au plagiat, tandis que d'autres ont salué la qualité de cet hommage très réussi. En reprenant la photographie de l'un des couples les plus emblématiques du XXe siècle, les deux stars nous rappellent qu'elles ont elles aussi déjà marqué leur époque. À seulement 20 ans, Kylie Jenner est à la tête d'un empire estimé à 900 millions de dollars. Ayant collaboré avec des artistes de renom tels que Kendrick Lamar et Future, Travis Scott est quant à lui rapidement devenu un acteur indispensable du hip-hop, grâce à des tubes comme Butterfly Effect, goosebumps ou encore 3500.

GQ

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17 juillet 2018

Vladimir Poutine domine la rencontre d’Helsinki face à Donald Trump

Lors d’une conférence de presse commune, lundi en fin d’après-midi, le président russe a surtout énuméré une longue liste de sujets sur lesquels il attendait une amélioration sensible des relations.

Par Isabelle Mandraud (Helsinki, envoyée spéciale) et Gilles Paris (Helsinki, envoyé spécial) - Le Monde

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Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki, le 16 juillet.

Une relation sur un pied d’égalité, c’est ce que Vladimir Poutine semble avoir récolté de ses entretiens avec Donald Trump, lundi 16 juillet, à Helsinki, au terme d’une tournée de ce dernier en Europe, marquée par des échanges sans précédent avec les alliés des Etats-Unis. Au cours d’une conférence de presse commune, très amicale, tenue par les deux présidents en fin d’après-midi, M. Poutine a qualifié les pourparlers avec son homologue de « très réussis et très utiles ».

M. Trump, qui avait exprimé au début de la rencontre son désir de parvenir à « une relation extraordinaire » avec la Russie, a abondé en ce sens, au point de consacrer une partie de son intervention à une critique brutale de son opposition démocrate et des médias, jugés uniformément hostiles au rapprochement qu’il appelait de ses vœux. Ses félicitations adressées à son interlocuteur à propos de l’organisation de la Coupe du monde, qui s’est achevée la veille, ont été payées en retour par un exemplaire du ballon officiel de la compétition remis par Vladimir Poutine, que le président des Etats-Unis a promis de confier à son fils Barron, grand amateur de ce sport.

Précis, le président de la fédération russe a surtout énuméré, au cours de cet exercice commun, une longue liste de sujets sur lesquels il attendait une amélioration sensible des relations entre deux superpuissances nucléaires, voire entre deux puissances dans le domaine de l’énergie, comme il l’a aussi rappelé, insistant, à sa manière, sur cette notion d’égalité. Il a plaidé à chaque fois pour une coopération approfondie dans la lutte contre le terrorisme, le contrôle des armes nucléaires, la situation en Syrie ou en Crimée.

« Chasse aux sorcières »

Vladimir Poutine a été le premier à aborder le sujet sans doute le plus délicat entre les deux capitales : les interférences imputées à la Russie pendant la présidentielle américaine de 2016. Il les a niées froidement avant de proposer, également sur ce point, une collaboration entre la Russie et les Etats-Unis. Interrogé à ce sujet, Donald Trump a donné l’impression d’abonder dans son sens en dénonçant « un désastre » pour son pays. Il a préféré longuement s’étendre sur les zones d’ombre qui, selon lui, continuent d’entourer l’enquête aux dépens des démocrates, s’interrogeant comme il l’avait fait au cours de la campagne sur des courriers électroniques de son adversaire démocrate Hillary Clinton.

Quelques heures auparavant, Donald Trump affichait déjà une volonté de nouer un dialogue, qui le poussait à pointer du doigt tout ce qui pourrait faire obstacle à celle-ci. Il a ainsi dénoncé avec virulence, sur son compte Twitter, la « chasse aux sorcières truquée » que constitue, selon lui, l’enquête du procureur spécial Robert Mueller.

Quatre jours après l’inculpation de douze membres du renseignement russe par le procureur spécial, le président des Etats-Unis a estimé que cette enquête était en partie responsable de la détérioration des relations avec Moscou. « Elles n’ont jamais été pires », a-t-il assuré, ajoutant que « des années de bêtise et de stupidité américaines » y avaient également contribué. Le ministère des affaires étrangères russe a aussitôt partagé ce message agrémenté du commentaire « nous sommes d’accord ». La veille, M. Trump avait déjà insisté sur le fait que ces interférences étaient survenues sous « l’administration Obama », mise en cause pour sa passivité supposée.

Depuis l’annonce de ces inculpations, la Maison Blanche s’est abstenue de toute forme de critique visant la Russie. Un souci d’apaisement à la veille de la rencontre de lundi, qui a tranché avec l’agressivité déployée par le président américain à l’égard de ses alliés depuis le début de sa tournée en Europe, le 10 juillet. Celle-ci devait s’achever après les entretiens avec le président de la fédération russe.

« L’Union européenne est un ennemi »

Donald Trump est d’ailleurs revenu à la charge dimanche contre l’Union européenne. « Je pense que nous avons beaucoup d’ennemis. Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce. Bien sûr, on ne penserait pas à l’Union européenne, mais c’est un ennemi », a-t-il assuré à la chaîne CBS.

Au cours du même entretien, il a ajouté que « la Russie [était] un ennemi par certains aspects », un qualificatif également utilisé à propos de la Chine, présentée comme un « ennemi économique ».

La bonne volonté mise en scène lundi a fait l’économie de détails sur la Syrie, même si Vladimir Poutine a mentionné la priorité d’une stabilisation du sud du pays, qui bénéficierait, selon lui, à tous les pays frontaliers. A propos de la Crimée, le président russe a évoqué les accords de Minsk, tout en invitant son homologue à user également de son influence auprès du gouvernement ukrainien.

Comme l’ont montré les propos de Vladimir Poutine, la partie russe est attachée à trouver un terrain d’entente sur les armes, où les contentieux se sont accumulés. C’est l’un des sujets que le président russe a le plus travaillés avec son état-major avant de quitter Moscou. Les deux délégations devaient notamment aborder la question du renouvellement du New Start, un traité de réduction des armes nucléaires signé en 2010 par les deux pays, qui limite à 1 550 le nombre de têtes nucléaires chacun. Ce traité expire en 2021, mais il peut être prolongé pour une période de cinq ans. Autre sujet sur la table : le traité sur les forces nucléaires dissuasives à portée intermédiaire, signé en 1987.

« Bienvenue en terre de liberté de la presse »

A Helsinki, une campagne de presse a précédé l’arrivée des deux dirigeants. Dans toute la ville, les panneaux publicitaires, à l’initiative du principal quotidien finlandais, Helsingin Sanomat, affichaient le même message en anglais et en russe, « Bienvenue, Monsieur le président, en terre de liberté de la presse ». Impossible pour les cortèges présidentiels de ne pas les voir.

Dimanche, plus d’un millier de personnes ont manifesté contre les deux présidents, fédérés autour d’une même banderole, « Make Human Rights Great Again » – pastiche du slogan de campagne de Donald Trump « Make America Great Again ». Un autre petit cortège a défilé lundi dans la capitale finlandaise à bonne distance du périmètre sécurisé établi autour du palais de la présidence.

Des Ukrainiens et des Russes venus de Saint-Pétersbourg ont fait cause commune dimanche pour exiger la libération du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, condamné à vingt ans de colonie pénitentiaire en Russie pour « terrorisme » et aujourd’hui en grève de la faim depuis plus de soixante jours. Le Pen Club américain n’a pas été en reste, avec une grande banderole portant cette même revendication.

Lors de ce rassemblement festif et coloré, animé au cœur de la capitale finlandaise par un concert, beaucoup de pancartes « Non aux dictateurs » ont été brandies, les participants ne faisant pas de différence entre les deux dirigeants. Un « Non à la séparation des familles » a visé la politique migratoire de Donald Trump, pendant qu’un « Troll factory no » a fait allusion aux interférences reprochées à des pirates informatiques russes dans les élections occidentales.

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26 avril 2020

Aujourd'hui : jour du souvenir

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Étel - Malgré le confinement, le souvenir des déportés d’Etel

Né à Etel en 1909, Pierre Richard a été arrêté à Bordeaux le 17 mars 1944 en tant que résistant, et déporté le 21 mai 1944 vers le K.L Neuengamme, où il a été porté disparu.

Ce dimanche 26 avril, le comité du Pays d’Auray de l’ANACR (Association nationale des anciens combattants et Amis de la Résistance) prévoyait de mettre en lumière quatre déportés natifs d’Etel : Marguerite Solleu, arrêtée à Groix et déportée en 1943 à Ravensbrück et Mauthausen, libérée le 28 avril 1945 et qui a pu revenir à Etel, où elle a été commerçante, Pierre Morvan et Pierre Richard, déportés en 1944 à Neuengamme, et Jean Kerzerho, déporté en 1944 à Brême-Farge - Neuengamme, morts dans les camps. « Tous avaient été très actifs dans la Résistance », rappelle Maryline Le Sauce, présidente, qui a mené, avec le comité et l’aide de l’AFMD (Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation), des recherches pour les faire ressortir de l’oubli. « À Etel, on connaissait bien Simone Le Port, native d’Inguiniel, qui avait beaucoup témoigné, mais peu ou pas ces trois autres déportés car leur engagement résistant avait eu lieu dans d’autres régions ».

Une pensée pour eux et pour cinq autres combattants

La pose de la plaque commémorative, face au Café Breton (lieu de la reddition de la Poche de Lorient) à l’angle des rues de La Libération et du 8-Mai, est ajournée en raison du confinement. « Mais nous aurons une pensée pour eux en ce jour commémoratif des héros et victimes de la Déportation ». L’ANACR associera à son souvenir cinq autres oubliés qu’elle souhaite aussi honorer officiellement. « Ce sont les combattants FFI tués le 23 août 1944 pour libérer Etel, et dont Georges Millarec a retracé l’histoire : Jean Aubert, d’Auray, Eugène Le Chevillé, de Ploemel, Alphonse Lamouric et Antoine Le Priellec, de Saint-Goustan, et Grégoire Guillevic, de Merlevenez ».

Pratique

lesamisdelaresistance56.com

19 avril 2020

Enquête - Quand Internet sera chinois

internet chinois

FINANCIAL TIMES (LONDRES)

Coupant l’herbe sous le pied aux Américains et aux Européens, des ingénieurs du géant Huawei sont déjà en train d’inventer l’Internet de demain. Le Financial Times a mené l’enquête. Pékin peut-il imposer au reste du monde sa conception d’un réseau sous contrôle étroit de l’État ?

Par une fraîche journée de septembre 2019, une demi-douzaine d’ingénieurs chinois ont débarqué dans une salle de conférences du quartier des Nations unies, à Genève, pour présenter une idée révolutionnaire. Ils ont eu une heure pour convaincre les délégués de plus de quarante pays de la validité de leur vision : un nouvel Internet censé remplacer l’architecture technologique qui charpente le Web depuis un demi-siècle. Alors qu’actuellement Internet appartient à tout le monde et à personne, ils ont commencé à construire quelque chose de très différent : une nouvelle infrastructure capable de rendre le pouvoir aux États plutôt que de le laisser aux individus.

L’équipe à l’origine de ce projet, baptisé “New IP” [“nouveau protocole Internet”, le protocole IP étant celui qui régit l’élaboration et le transport de paquets de données sur la Toile], travaillait pour le géant chinois des télécoms Huawei, qui, de toutes les entreprises, était celle qui avait envoyé la délégation la plus fournie au forum. Lors de cette rencontre organisée au siège de l’Union internationale des télécommunications (UIT), agence onusienne chargée d’établir les normes internationales pour le secteur des nouvelles technologies, les chercheurs chinois sont arrivés avec une simple présentation PowerPoint.

Leur document ne s’encombrait pas de détails sur le mode de fonctionnement de leur nouveau réseau ni sur le type de problèmes qu’il prétendait résoudre. Il était en revanche émaillé d’images de technologies futuristes – des hologrammes grandeur nature jusqu’aux voitures autonomes. Il s’agissait de montrer que le réseau actuel est une relique du passé, parvenu à la limite de ses exploits techniques. Il serait donc grand temps de le remplacer par un réseau mondial fondé sur une architecture descendante, dont la construction devrait être confiée aux Chinois, a assuré l’équipe de Huawei.

“Contrôle absolu”

Tous les États du monde semblent admettre que le modèle actuel de gouvernance d’Internet – relativement anarchique et autorégulé par des entreprises privées, américaines pour la plupart – est défaillant. Le projet New IP, dernière initiative en date visant à modifier la gestion d’Internet, est porté par des pays qui, à l’époque de la création du réseau, il y a cinquante ans, avaient été largement laissés à l’écart. “Les conflits sur la gouvernance d’Internet sont les nouveaux espaces dans lesquels se jouent le pouvoir politique et le pouvoir économique au XXIe siècle”, écrivait en 2014 la chercheuse Laura DeNardis dans son livre The Global War for Internet Governance [“La guerre mondiale pour la gouvernance d’Internet”, non traduit en français].

Le gouvernement chinois, en particulier, voit dans l’élaboration d’une infrastructure et de normes Internet le pilier de sa politique étrangère numérique, et dans ses outils de censure la validation de principe d’un modèle Internet plus efficace, que d’autres pays pourraient reprendre. “Les Chinois veulent bien entendu une infrastructure technologique qui leur permette d’exercer le même contrôle absolu que celui qu’ils se sont assuré politiquement, une conception qui s’inscrive dans le même élan totalitaire”, explique Shoshana Zuboff, autrice de The Age of Surveillance Capitalism [“L’ère du capitalisme de surveillance”, non traduit en français] et professeure de sciences politiques à l’université Harvard. “Je trouve cela terrifiant, et cela devrait terrifier chacun d’entre nous.”

Huawei affirme n’avoir développé son nouveau protocole que pour répondre aux exigences techniques d’un monde numérique évoluant à vitesse grand V et n’avoir encore prévu aucun modèle de gouvernance particulier. L’équipementier chinois dirige un groupe de discussion de l’UIT chargé d’évaluer la technologie de réseau qu’il conviendra de mettre en place d’ici à 2030 et, selon son porte-parole, le New IP est taillé sur mesure pour répondre à ces besoins.

Ce que l’on sait de cette proposition provient essentiellement de documents extrêmement techniques qui sont parvenus à notre rédaction du Financial Times. Ils ont été présentés à huis clos devant des délégués de l’UIT en septembre dernier, puis en février 2020. L’un est une proposition de normes techniques, et l’autre une présentation PowerPoint intitulée “New IP. Élaborer le réseau de demain”.

Le règne des GAFA

En dépit de sa puissance, Internet n’est actuellement contrôlé par aucune instance de régulation. Il est en grande partie sous l’emprise d’une poignée d’entreprises américaines – Apple, Google, Amazon et Facebook. C’est précisément cette absence d’autorité centrale qui a permis aux technologues de changer nos modes de communication et de vie, mais elle a également suscité de profondes fractures dans notre ordre social, à commencer par la manipulation de la parole publique, la déstabilisation de la démocratie et la progression de la surveillance en ligne.

L’équilibre des pouvoirs commence à se déplacer mais, d’un État à l’autre, les attentes sont très différentes. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe, par exemple, souhaiteraient adapter le système actuel pour faire une plus grande place aux instances de régulation et faciliter l’accès des services de renseignements aux données personnelles des utilisateurs. Le projet chinois, lui, va beaucoup plus loin et pourrait intégrer un système de contrôle centralisé dans l’architecture même du réseau. Selon des sources qui ont assisté aux réunions de l’UIT, l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Russie ont par le passé soutenu les propositions chinoises de technologies de réseau alternatives. Et les discussions ont révélé que les lignes directrices du nouveau réseau ont d’ores et déjà été fixées, et que sa construction est en cours. N’importe quel pays pourra s’y rallier s’il le souhaite. “Il existe pour l’instant deux versions d’Internet : une version capitaliste axée sur le marché, fondée sur la surveillance, qui exploite abusivement les données, et une version autoritaire, également fondée sur la surveillance, souligne Zuboff. Reste à savoir si l’Europe et l’Amérique du Nord sauront s’unir pour créer le cadre juridique et technologique d’un modèle démocratique.”

La présentation du nouveau protocole Internet dresse un tableau du monde numérique de 2030 où la réalité virtuelle, la communication par hologrammes et la téléchirurgie seront omniprésentes – autant d’applications que le réseau actuel n’est pas assez puissant pour absorber. Les chercheurs chinois qualifient le protocole IP classique d’“instable”, de “très insuffisant”, et lui reprochent “énormément de problèmes de sécurité, de fiabilité et de configuration”.

Mosaïque de réseaux nationaux

Si l’on en croit les documents, ils préconisent plutôt pour le futur réseau “une conception descendante” et des dispositifs de partage des données entre tous les pays, “afin de desservir l’intelligence artificielle, le big data et toutes sortes d’autres applications”. Nombre de spécialistes craignent cependant que le New IP permette aux fournisseurs d’accès, qui sont généralement des entreprises détenues par les États, de contrôler et de superviser chaque appareil connecté au réseau, et ainsi de surveiller et de restreindre les accès individuels.

Sheng Jiang, qui dirige l’équipe Huawei, a assuré lors de la réunion de septembre que des ingénieurs “des milieux industriels et universitaires” de “plusieurs pays” ont déjà commencé à construire le système mais, pour des raisons de confidentialité commerciale, il s’est refusé à donner le moindre nom. Il y avait dans l’assistance plusieurs membres expérimentés de l’UIT, surtout des représentants officiels du Royaume-Uni, des États-Unis, des Pays-Bas, de la Russie, de l’Iran, de l’Arabie Saoudite et de la Chine.

Pour certains participants, l’idée même est impensable. Si l’UIT validait le concept du New IP, les opérateurs publics pourraient selon eux choisir de déployer un Internet occidental ou un Internet chinois. Or, dans les pays où il serait installé, ce dernier pourrait obliger tous les utilisateurs à demander l’autorisation de leur fournisseur d’accès à Internet (FAI) pour faire quoi que ce soit – télécharger une application ou accéder à un site –, et les administrateurs auraient toute latitude pour leur refuser l’accès. Au lieu d’un Web mondial unifié, les citoyens pourraient en être réduits à se connecter à une mosaïque de réseaux nationaux, chacun régi par ses propres règles – concept connu en Chine sous le nom de “souveraineté numérique”.

L’actualité récente en Iran et en Arabie Saoudite nous offre un aperçu de ce à quoi cela pourrait ressembler. Lors des épisodes de troubles civils, les deux pays ont bloqué l’accès à Internet pendant de longues périodes, n’autorisant qu’un accès restreint à des services essentiels comme les banques et les services de santé. En Russie, une nouvelle loi sur l’“Internet souverain”, entrée en vigueur en novembre dernier, consacre le droit du gouvernement de surveiller de près le trafic Web et démontre la capacité du pays à se couper entièrement du réseau mondial – avec l’aide d’entreprises chinoises, dont Huawei.

Les spécialistes se demandent maintenant si la vision chinoise de la gouvernance d’Internet ne serait pas en train d’évoluer, passant d’une approche défensive, qui laissait à Pékin les mains libres pour imposer des contrôles autoritaires sur la circulation des données à l’intérieur de ses frontières, à une approche plus musclée, qui pousserait la Chine à inciter d’autres pays à lui emboîter le pas.

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Essais à grands pas

Selon les créateurs du New IP, certaines composantes du réseau pourront passer en phase d’essai dès l’année prochaine. Ils mettront les bouchées doubles pour convaincre les délégations des avantages du nouveau protocole lors de la grande conférence de l’UIT programmée en Inde, en novembre. Pour persuader l’UIT d’approuver le projet avant la fin de l’année, et ainsi ouvrir la voie à l’étape de la normalisation, les délégués doivent d’abord parvenir à un consensus interne, sanctionné par une majorité relative. S’ils ne parviennent pas à s’entendre, la proposition sera soumise à un vote à huis clos réservé aux seuls pays membres, qui n’auront pas forcément à tenir compte des positions du secteur et de la société civile.

Ce calendrier serré inquiète particulièrement les délégations occidentales, et plusieurs voix se sont élevées pour demander de ralentir le processus. Dans sa réponse officielle (transmise au Financial Times par plusieurs sources), un délégué néerlandais rappelle que “le caractère ouvert et souple d’Internet” – dans sa structure comme dans son mode de gouvernance – est indissociable de son succès, et se dit “très inquiet” à l’idée que ce nouveau modèle s’écarte de cette philosophie. Dans un commentaire cinglant (également communiqué à notre rédaction), un délégué britannique renchérit : “Absolument, rien ne démontre que des justifications techniques rigoureuses aient été avancées pour prendre une mesure aussi radicale.”

L’un des détracteurs les plus véhéments du nouveau protocole IP est le Suédois Patrik Fälström, un ingénieur anticonformiste aux cheveux longs, connu dans son pays comme l’un des pères d’Internet. Au début des années 1980, alors qu’il était étudiant en mathématiques à Stockholm, Fälström a en effet été recruté pour construire et tester l’infrastructure d’une nouvelle technologie que le gouvernement américain appelait “Internet”. Il est aujourd’hui conseiller chargé du numérique auprès du gouvernement suédois, qu’il représente dans la plupart des instances de normalisation d’Internet, dont l’UIT.

Trente ans après avoir contribué à construire l’armature du réseau mondial, il incarne les idéaux cyber-libertaires occidentaux qui le sous-tendaient. “L’architecture d’Internet est telle qu’il est très, très difficile, voire pratiquement impossible, pour un fournisseur d’accès de savoir comment l’accès au réseau est utilisé, et plus encore de le contrôler, explique-t-il. Cela pose problème aux services de police et à d’autres, qui aimeraient qu’un fournisseur d’accès exerce un contrôle, de sorte qu’Internet ne puisse jamais servir de vecteur à des activités illégales comme le piratage de films ou la pédocriminalité. Mais je suis prêt à admettre qu’il y aura toujours des criminels pour commettre des actes répréhensibles, et que la police ne pourra pas tous les réprimer. J’accepte ce sacrifice.”

On entendra un son de cloche aux antipodes de cette philosophie dans la petite ville de Wuzhen, près de Shanghai, qui chaque automne est vidée de ses habitants pour recevoir des grands patrons de la tech, des chercheurs et des responsables politiques venus assister à une réunion pompeusement nommée “Conférence mondiale de l’Internet”. Ce forum a été créé par l’Administration chinoise du cyberespace en 2014, un an après l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping. Une rangée de drapeaux internationaux accueille les visiteurs – en écho à l’ambition de Xi de créer une “communauté d’avenir partagé dans le cyberespace”.

De grands noms des hautes technologies, du patron d’Apple, Tim Cook, à celui de Qualcomm, Steve Mollenkopf, sont intervenus à Wuzhen, apportant ainsi leur caution à l’initiative du président chinois. Mais, ces dernières années, la participation étrangère a diminué alors que la guerre technologique sino-américaine s’intensifie et que les patrons craignent de trop se rapprocher de Pékin.

Par-delà la grande muraille électronique

Au début des années 1990, les autorités chinoises ont lancé la construction de leur fameuse “grande muraille électronique”, un dispositif de contrôle du Net qui filtre l’accès aux sites étrangers interdits – de Google au New York Times –, empêche les citoyens d’organiser en ligne des manifestations de masse et bloque les contenus politiquement sensibles.

Ces mécanismes de contrôle s’appuient sur des armées de censeurs employés par le gouvernement, mais aussi par les entreprises technologiques privées comme Baidu et Tencent. Si techniquement n’importe qui peut créer son propre site Web de n’importe où dans le monde à partir d’un simple ordinateur et d’une connexion Internet, les internautes chinois, eux, doivent obtenir un permis délivré par les autorités. Les opérateurs de télécoms et les hébergeurs sont également tenus d’aider la police à repérer les “délits”. Qualifier le président Xi de “pain à la vapeur” dans un groupe de discussion privé est ainsi passible de deux ans de prison.

Malgré cela, l’Internet chinois n’arrive pas totalement à bloquer les contenus jugés sensibles ou subversifs par les autorités. “Les mailles du réseau mondial restent encore trop lâches pour les censeurs chinois, et ils ont consacré beaucoup d’argent et d’énergie à les resserrer, mais si l’on pouvait éliminer presque entièrement ces problèmes avec un procédé technique plus automatisé, comme le New IP, par exemple, ils trouveraient cela formidable”, souligne James Griffiths, auteur de The Great Firewall of China. How to Build and Control an Alternative Version of the Internet [“Le Grand pare-feu chinois. Comment construire et contrôler une autre version d’Internet”, non traduit en français].

New IP, vraiment indispensable ?

Richard Li, directeur scientifique de Futurewei, le département R&D de Huawei situé en Californie, coordonne le projet du nouveau protocole IP. Il travaille avec des ingénieurs de Huawei établis en Chine ainsi qu’avec les opérateurs publics chinois de télécoms, China Mobile et China Unicom, avec l’appui officiel de Pékin, pour mettre au point les spécifications techniques et élaborer des standards.

Nous avons tenté de le joindre pour l’interroger sur le New IP, mais Huawei ne l’a pas autorisé à expliquer le projet plus en détail et a publié un communiqué : “Le New IP vise à fournir de nouvelles solutions à la technologie du protocole IP, capables de prendre en charge […] des applications futures comme l’Internet of Everything (IoE) [une étape supplémentaire après l’Internet classique, celui des réseaux puis celui des objets connectés], les communications holographiques et la télémédecine. Les ingénieurs et chercheurs du monde entier sont les bienvenus s’ils souhaitent participer et contribuer à la recherche et à l’innovation du New IP.”

Selon les détracteurs du projet, les données techniques présentées dans le descriptif du New IP sont soit fausses soit imprécises et constituent “une solution en recherche d’un problème”. Ils soulignent que le système actuel d’adressage IP est adapté aux besoins, même au regard de l’évolution galopante du numérique. “Tout le génie du système provient de la façon dont Internet s’est développé à partir de composants de base modulables et faiblement couplés entre eux”, estime ainsi Alissa Cooper, présidente de l’Internet Engineering Task Force (IETF), organisme américain chargé d’élaborer des standards Internet.

En novembre, M. Li a présenté son projet à un petit groupe lors d’une réunion de l’IETF à Singapour, à laquelle participait Mme Cooper. “L’infrastructure actuelle est à des années-lumière de ce que l’on trouve dans la proposition du New IP, qui repose sur un type d’architecture descendante monolithique et cherche à coupler fermement les applications au réseau. C’est exactement ce qu’Internet a été conçu pour ne pas être”, commente-t-elle.

Élargir le crédit social

Pour l’utilisateur lambda, cela pourrait avoir de lourdes conséquences. “À partir du moment où l’on donne la haute main à des opérateurs publics de télécoms, on peut contrôler non seulement l’accès à un certain type de contenus en ligne et surveiller ces derniers, mais aussi contrôler toutes les connexions d’un appareil donné à un réseau”, souligne un délégué britannique de l’UIT. Or, poursuit-il, la Chine a déjà engagé la mise en place d’un système de crédit social pour évaluer les comportements de ses citoyens en ligne comme dans la vraie vie, et comptabiliser leurs “écarts de conduite” passés. “Ainsi, si le crédit social d’un individu passe sous un certain seuil parce qu’il a trop publié sur les réseaux sociaux, on pourrait très bien bloquer l’accès de son téléphone au réseau.”

Les opérateurs téléphoniques chinois possèdent une mine de données sur leurs abonnés. Pour obtenir un numéro de téléphone ou une connexion Internet, les utilisateurs sont légalement obligés de se déclarer sous leur vrai nom et leur identité réelle – données auxquelles peuvent accéder d’autres entreprises, comme les banques. La loi chinoise sur la cybersécurité contraint également tous les “opérateurs de réseau”, y compris les compagnies de télécommunications, de conserver des “historiques de connexion” – sans que l’on sache très bien ce que cela recouvre.

Bilel Jamoussi, chef du département des groupes d’études au Bureau de normalisation des télécommunications de l’UIT, estime qu’il n’est pas du ressort de l’UIT de chercher à savoir si les propositions de nouvelle architecture Internet sont “descendantes” ou si elles risqueraient d’être utilisées abusivement par des États autoritaires. “Tout ce que l’on construit est toujours à double tranchant, soupire-t-il. On peut utiliser n’importe quoi en bien ou en mal, et c’est la décision souveraine de chaque État membre.”

Tout le monde ne voit pas forcément la volonté de Pékin d’intégrer davantage de contrôles à l’infrastructure du réseau comme un problème – estimant que c’est tout simplement le prochain chapitre de l’évolution d’Internet. “Internet était censé être une infrastructure neutre, mais c’est devenu un outil de contrôle politisé. Son infrastructure est de plus en plus utilisée à des fins politiques – comme vecteur de répression économique et physique des individus –, comme nous l’avons constaté au Cachemire, en Birmanie, et à travers les révélations de Snowden”, rappelle Niels ten Oever, ancien délégué néerlandais à l’UIT. “Pour moi, la question fondamentale est ailleurs : comment construire un réseau public sur une infrastructure privée ? C’est le problème qui nous occupe. Quel est le rôle de l’État et quel est celui des acteurs privés ?”

Une troisième voie possible pour les démocraties

Selon lui, si les entreprises conçoivent des technologies, c’est d’abord pour gagner de l’argent. “Internet est dominé par des entreprises américaines, qui récupèrent tous les flux de données. C’est un pouvoir qu’elles tiennent à conserver, naturellement, poursuit-il. La répression chinoise nous terrifie, et la façon dont nous caricaturons les Chinois frise le racisme impérialiste. Pourtant, le fait est que la gouvernance actuelle d’Internet ne marche pas. Il y a de la place pour un autre modèle.”

“Le risque, c’est que si nous ne parvenons pas à trouver une troisième voie – un modèle capable de rendre le pouvoir aux utilisateurs, d’accroître la démocratie et la transparence en ligne, et de réduire les pouvoirs des grosses entreprises technologiques et des services de sécurité des gouvernements –, alors de plus en plus de pays préféreront opter pour le modèle chinois, plutôt que de gérer les retombées de l’échec de celui de la Silicon Valley”, écrit Griffiths dans The Great Firewall of China.

Aujourd’hui, la “Déclaration d’indépendance du cyberespace” – la charte d’Internet – semble de plus en plus dépassée. Ce manifeste, rédigé en 1996 par John Perry Barlow, cofondateur de l’ONG américaine Electronic Frontier Foundation (EFF) et parolier du groupe Grateful Dead, était un appel aux armes : “Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouveau foyer de l’esprit, commençait ce manifeste. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.”

Cette vision nous ramène à une époque où les capitalisations boursières de milliers de milliards de dollars du secteur technologique n’existaient pas. Tout espoir n’est pourtant pas perdu, et peut-être y a-t-il bien une troisième voie, autre que nos deux Internet actuels. “Ce qui nous différencie aujourd’hui de la Chine, c’est que l’opinion occidentale peut encore se mobiliser et avoir voix au chapitre. Il revient en grande partie aux législateurs de protéger la démocratie à l’ère de la surveillance, qu’elle soit dictée par les forces du marché ou par un régime autoritaire, fait valoir Shoshana Zuboff.

“Le géant endormi de la démocratie recommence enfin à bouger, les législateurs se réveillent, mais ils doivent sentir la pression de l’opinion. Nous avons besoin d’un Web occidental qui ouvre sur un avenir numérique compatible avec la démocratie. C’est à cela que nous devrons nous attacher dans la décennie à venir.”

Madhumita Murgia et Anna Gross

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Source

Financial Times Source

Financial Times

LONDRES www.ft.com

Fondé en 1888 sous le nom de London Financial Guide, un journal de quatre pages destiné “aux investisseurs honnêtes et aux courtiers respectables”, le Financial Times est aujourd’hui le quotidien financier et économique de référence en Europe. Il n’y a pas une institution financière ou banque digne de ce nom qui ne reçoive un exemplaire de ce journal britannique immédiatement reconnaissable à son papier rose saumon.

Racheté par le groupe japonais Nikkei en 2015, le “journal de la City” voit son nombre d’abonnés à l’édition papier s’éroder peu à peu (155 000 en février 2020), mais compte plus de 740 000 abonnés numériques ; 70 % de son lectorat réside hors du Royaume-Uni.

Plus de 600 journalistes répartis dans plus de 40 pays collaborent au titre.

6 avril 2020

Coronavirus : toute la planète cherche à acheter des masques de protection en Chine

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Par Gilles Paris, Washington, correspondant, Florence de Changy, Hongkong, correspondance, Piotr Smolar, Sarah Belouezzane, Harold Thibault

Cette foire d’empoigne se fait dans l’urgence, car chaque pays est confronté à la pénurie et à des opinions publiques abasourdies par le manque d’anticipation.

C’est la grande cohue aux portes des ­usines chinoises, auprès desquelles toute la planète cherche à se procurer des masques de protection pour freiner la propagation du coronavirus. Dans cette foire d’empoigne se font concurrence les Etats entre eux, mais aussi les collectivités locales et les entreprises. Le tout dans l’urgence, car chacun est confronté à la pénurie et à des opinions publiques abasourdies par le manque d’anticipation de leurs dirigeants, et ce alors que l’essentiel du trafic aérien à destination de la Chine a été supprimé. « Il y a une course aux masques en Chine, il faut être prêt à dégainer tout de suite pour ­réussir à passer une commande », résume Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine.

Le gouvernement français a lancé ce qu’il compare à un « pont aérien » avec la Chine – des vols cargos payés au prix fort pour importer 600 millions de masques. Ils doivent notamment approvisionner les hôpitaux. Mais les régions conservent la responsabilité de trouver des masques pour les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes et les soignants à domicile. La Nouvelle-Aquitaine devait réceptionner une commande de 2,6 millions de masques ce week-end, à l’issue d’un parcours du combattant : la cargaison devait d’abord décoller de Shenzhen (sud), grand centre industriel qui jouxte Hongkong. Mais face à l’engorgement du terminal cargo de l’aéroport, elle a été envoyée par camion jusqu’à Shanghaï (est). Là, l’attente s’annonçait si longue que le tout a finalement été convoyé pour un décollage depuis Zhengzhou, 950 km à l’ouest.

« Course contre la montre »

L’Ile-de-France a connu pire déconvenue. Lorsque, le 20 mars, le gouvernement lève sa réquisition des masques sur le territoire, Valérie Pécresse, présidente de la région, se précipite car les besoins sont grands. Elle procède à une commande de plusieurs millions de masques auprès d’un fournisseur chinois. Mais très vite, sans nouvelles de la cargaison, la région se rend compte que le stock a été tout simplement vendu à une autre partie, plus offrante. « Nous ne savons même pas qui l’a acheté finalement, on parle d’Américains, mais en réalité, c’est difficile à dire », précise-t-on dans l’entourage de la présidente.

Cette situation ubuesque est la conséquence d’une demande en flux hypertendu et d’une concurrence impitoyable. Il faut désormais payer rubis sur l’ongle dès l’ordre passé, parce que les producteurs peuvent se permettre de l’exiger, mais aussi en raison du coût de leurs matières premières. « Auparavant, il fallait un premier versement, d’environ 30 %, puis le reste après livraison. La nouveauté, c’est que les usines veulent 100 % comptant à la commande, sinon les autres passent avant », explique Melvin Gerard, consultant dans l’import-export avec la Chine.

L’Ile-de-France a fait appel aux réseaux de ses entreprises, mais également à la communauté d’origine chinoise afin de trouver un producteur fiable. « Nous nous sommes battus car la recherche de masques est une course contre la montre pour identifier les producteurs et, surtout, faire décoller les cargaisons. Nous avons pu sécuriser une filière d’approvisionnement grâce à la communauté franco-chinoise en Ile-de-France », explique Valérie Pécresse.

Les différents chefs d’Etat, Emmanuel Macron en tête, ont beau promettre de réfléchir à terme à cette dépendance à la Chine, dont ils prennent conscience avec la crise sanitaire, la République populaire se révèle plus incontournable que jamais. Dès janvier, alors que le virus faisait ses premiers ravages, sa propre demande et celle de ses voisins asiatiques l’ont poussée à augmenter ses capacités de production : 3 000 nouveaux fabricants se sont lancés sur un marché qui en comptait déjà 4 000. La Chine – qui, l’année dernière, livrait la moitié des masques sur la planète – aurait dopé sa capacité de production à 110 millions d’unités par jour fin février, selon les chiffres officiels, cinq fois plus qu’un mois plus tôt.

Le constructeur automobile BYD se targue d’avoir lancé en deux semaines la plus grosse ligne de production mondiale, et assure au Monde qu’elle sort désormais 10 millions d’unités par jour. Le géant de l’assemblage des smartphones Foxconn s’est jeté dans la mêlée au même moment. Un producteur de serviettes de protection contre l’incontinence de la province rurale de l’Anhui, U-Play, explique s’être converti aux masques en trente-cinq jours car le gouvernement local peinait à en trouver, confronté à la demande des autres provinces.

Dans cette bataille, la qualité laisse souvent à désirer. Les Pays-Bas ont rappelé 600 000 masques FFP2 défectueux, réceptionnés le 21 mars d’un fabricant chinois. Mais Pékin est soucieux de son image, et se pose désormais d’autant plus en position de sauveur qu’il a été accusé d’avoir étouffé la révélation, par des médecins de la ville de Wuhan, de l’existence d’un nouveau virus, fin décembre 2019. Depuis mardi 31 mars, les usines du pays ne peuvent plus exporter de matériel médical ou de protection si elles n’ont pas reçu la licence les autorisant à vendre sur le ­marché chinois. Selon une source au ministère français de la santé, aucun problème de qualité n’a été décelé sur les premiers arrivages en France, par deux avions affrétés lundi 30 mars et mercredi 1er avril par la société Geodis, qui ont ramené près de 20 millions de masques.

L’amertume des pilotes

L’autre défi est logistique. Outre Geodis, qui doit affréter une quinzaine de vols Antonov pendant ce mois d’avril dans le cadre du « pont aérien » avec la Chine, Air France prévoit six rotations par semaine. Les deux premiers vols de la compagnie française ont eu lieu dimanche 29 mars et mercredi 1er avril, acheminant chacun 80 tonnes de matériels – essentiellement des masques, près de 8 millions au total – à destination de la France. Une grande partie, le 29 mars, a été importée à l’initiative du groupe LVMH. Le prochain vol est prévu le 5 avril. En privé, le président Emmanuel Macron a critiqué la lenteur du ministère de la santé, qui s’est fait prendre de vitesse, pour des raisons administratives, dans la prise en charge des masques sur le terrain, en Chine.

Les équipages qui participent à ces vols à vide dans le sens de la Chine sont soumis à un protocole sanitaire très strict. C’est dans ce cadre qu’un pilote d’Air France a été retenu sur place, selon nos informations, confirmées par Air France. A la suite d’un test positif au Covid-19, il a été « placé en observation dans un centre médicalisé » chinois le 31 mars, précise la compagnie, qui s’efforce d’obtenir son retour « le plus rapidement possible ».

Du côté des syndicats de pilotes, une certaine amertume s’exprime en raison de l’écho donné aux vols affrétés par Geodis. « On aimerait que le travail d’Air France soit davantage mis en valeur par le ministère des affaires étrangères, dit une source syndicale. On s’offusque du fait que les vols d’Antonov soient tant évoqués, alors qu’ils sont à un tarif délirant de 1,5 million d’euros pièce. »

La ruée mondiale sur le matériel de protection chinois est source de vives crispations diplomatiques. Le ministre de l’intérieur du Land de Berlin, Andreas Geisel, a ainsi accusé les Etats-Unis de « piraterie moderne » dans un article de vendredi du Tagesspiegel révélant qu’une cargaison de masques de type FFP2 de la marque américaine 3M, produits en Chine à destination des soignants de la capitale allemande, a été « confisquée » lors d’un transbordement à l’aéroport de Bangkok. L’entreprise du Minnesota résiste à une injonction de l’administration de Donald Trump d’expédier l’intégralité de sa production asiatique vers les Etats-Unis et de cesser de fournir le Canada et l’Amérique latine. Cet ordre, qui aurait des « implications humanitaires importantes », selon l’industriel, suscite l’ire du premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Les Etats américains eux-mêmes se plaignent de voir l’administration fédérale se montrer plus offrante à chaque fois qu’ils tentent de passer une commande aux Etats-Unis. Au point que le gouverneur du Massachusetts, Charlie Baker, a utilisé un avion de l’équipe de football des New England Patriots pour aller chercher une livraison en Chine pour sa région. Cette concurrence américaine nourrit la guerre au plus offrant. Un membre de l’état-major américain, l’amiral John Polowczyk, chargé de l’approvisionnement, a assumé avoir une équipe qui « parcourt le monde » pour prendre tous les équipements nécessaires que les Etats-Unis peuvent récupérer. Il a précisé que six avions-cargos avaient déjà ramené du matériel médical et que 28 autres avions étaient prévus dans les jours à venir. Il parle lui aussi de « pont aérien ».

29 mars 2020

PEROU : La police protégée si elle tue pendant le confinement

police perou

PEROU : Les militaires et policiers qui patrouillent pour faire respecter la quarantaine seront exemptés de responsabilité pénale s'ils tuent ou blessent par «légitime défense».

Le ministère de la Défense a averti sur les réseaux sociaux, vidéos à l'appui, que les militaires allaient faire usage du «principe de la légitime défense» en cas de «danger».

Les militaires et policiers péruviens qui patrouillent pour faire respecter la quarantaine décidée contre le coronavirus seront exemptés de responsabilité pénale s'ils tuent ou blessent par «légitime défense» en situation de «danger», ont annoncé les autorités samedi. «Le personnel des forces armées et de la police nationale du Pérou est exempté de toute responsabilité pénale dans l'exercice des fonctions constitutionnelles qui (...) de manière réglementaire, provoque des blessures ou la mort» du contrevenant, est-il écrit dans une loi publiée samedi dans l'organe officiel.

Après cette publication, le ministère de la Défense a averti sur les réseaux sociaux, vidéos à l'appui, que les militaires allaient faire usage du «principe de la légitime défense» en cas de «danger». Le Pérou est soumis à un isolement obligatoire et à un couvre-feu nocturne depuis le 16 mars.

(L'essentiel/afp)

27 mars 2020

Glissements progressifs du plaisir

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Interdit aux moins de 16 ans

Une jeune fille est suspectée du meurtre de son amie, une femme plus âgée avec laquelle elle entretenait une relation pervertie. Placée dans une maison de redressement tenue par des religieuses, elle reçoit la visite d’un magistrat, d’un pasteur, ainsi que d’une jeune avocate qui ressemble étrangement à son amie défunte. Pourvue d’une imagination fertile, la jeune fille mélange ses rêveries d’enfant à une sensualité déjà très consciente, opérant sur les adultes qui l’approchent une modification sournoise de l’esprit comme de la chair…

27 mars 2020

Affaire Khashoggi : 20 Saoudiens poursuivis par la Turquie

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La Turquie a lancé des poursuites contre 20 Saoudiens, dont deux proches du prince héritier Mohammed ben Salmane, à l’issue d’une enquête sur le meurtre de l’éditorialiste Jamal Khashoggi à Istanbul en 2018.

Le bureau du procureur général d’Istanbul a indiqué, dans un communiqué, qu’un acte d’accusation avait été préparé, ce qui ouvre la voie à un procès dont la date n’a pas encore été annoncée. Dans cet acte d’accusation, deux proches du prince héritier saoudien, l’ex-conseiller Saoud al-Qahtani et l’ancien numéro deux du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, sont identifiés comme les commanditaires du meurtre.

Mandats d’arrêts internationaux

Ils sont accusés d’avoir ordonné un « homicide volontaire prémédité avec l’intention d’infliger des souffrances ». Dans le même document, 18 autres suspects sont accusés d’avoir pris part à ce meurtre. Les 20 suspects risquent la prison à vie.

Les autorités turques ont, par ailleurs, émis des mandats d’arrêt internationaux, a indiqué le bureau du procureur.

Lors de l’enquête, les policiers turcs ont notamment perquisitionné le consulat saoudien et des véhicules appartenant à la mission diplomatique, examiné les factures téléphoniques de certains suspects et recueilli les témoignages de plus de 50 personnes.

Jamal Khashoggi, un collaborateur du Washington Post et critique du régime saoudien après en avoir été proche, a été assassiné, en octobre 2018, dans le consulat d’Arabie saoudite où il s’était rendu pour récupérer un document.

Étranglé puis découpé

Selon la Turquie, il a été étranglé, puis son corps a été découpé. Les restes de l’éditorialiste de 59 ans n’ont jamais été retrouvés.

Ce meurtre a plongé l’Arabie saoudite dans l’une de ses pires crises diplomatiques et terni l’image du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit « MBS », désigné par des responsables turcs et américains comme le commanditaire du meurtre. Après avoir nié le meurtre, puis avancé plusieurs versions contradictoires, les autorités de Ryad ont affirmé qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls et sans ordre de hauts dirigeants.

À l’issue d’un procès entouré du plus grand secret en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort au mois de décembre dernier. Aucune accusation n’a été retenue contre Saoud al-Qahtani et Ahmed al-Assiri a été acquitté.

29 février 2020

Retraites : Edouard Philippe annonce le recours à l'article 49.3 de la Constitution

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Retraites : Edouard Philippe annonce le recours à l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote le projet de réforme

Cet article permet au Premier ministre d'engager sa responsabilité sur un texte de loi, et de le faire ainsi adopter sans vote du Parlement.

Le Premier ministre a pris sa décision. Samedi 29 février, Edouard Philippe a annoncé aux députés qu'il allait recourir à l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote le projet de réforme des retraites. Le feu vert a été donné lors du Conseil des ministres extraodinaire, ce samedi. Cet article permet au Premier ministre d'engager sa responsabilité sur un texte de loi, et de le faire ainsi adopter sans vote du Parlement. "Toutes les oppositions sont légitimes, toutes les contestations sont exprimées, mais dans le respect du débat démocratique (...). Je n'ai pas l'impression que ce soit le cas", a lancé Edouard Philippe.

Il y a quelques jours, le Premier ministre avait laissé entendre qu'il se réservait la possibilité d'activer cet article de la Consitution. "Notre objectif" est d'"adopter la réforme avant l'été", avait-il encore rappelé, soulignant qu'à cette fin, une adoption en première lecture est nécessaire en mars à l'Assemblée nationale. Dans un communiqué, les députés MoDem s'étaient dits "prêts à apporter (leur) soutien au gouvernement s'il décide d'utiliser le 49.3, seule porte de sortie possible à ce blocage inconsidéré et dangereux pour notre démocratie". Mais le texte soumis "doit incontestablement être enrichi des avancées déjà discutées entre les partenaires sociaux et le gouvernement" et d'amendements des députés, préviennent-ils.

27 février 2020

Pour l'ouverture de la Fashion Week, Emmanuel Macron a reçu plus de 100 créateurs de mode à l'Élysée

macron mode

Pour célébrer l’entame de la Fashion Week de Paris, Emmanuel et Brigitte Macron ont reçu 150 créateurs et représentants du monde de la mode à l’Élysée lundi 24 février.

Organisé dans la salle des fêtes du palais présidentiel, le diner de gala a notamment mis à l’honneur Jean-Paul Gaultier, qui a réalisé son dernier défilé en janvier dernier avant de se retirer définitivement des podiums après un demi-siècle de carrière.

L’enfant terrible de la mode était présent au côté du président de la République, tout comme d’autres sommités du milieu, -à l'image d'Olivier Rousteing (Balmain), de Simon Porte Jacquemus, de Pierpaolo Piccioli (Valentino), de Maria Grazia Chiuri (Dior), ou encore d'Agnès Trouble (Agnès B)-, mais aussi de jeunes pousses comme Hélène Timsit (Mazarine), Rémi Bats (Uniforme) ou Thebe Magugu (lauréat du prix LVMH 2019), invitées pour « mettre en avant l’importance de la transmission » intergénérationnelle. Trois membres du gouvernement étaient également présents à l'événement : Franck Riester ministre de la Culture, Brune Poirson, ministre de la Transition écologique et Agnès Pannier-Runacher, sécrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances.

Marquée par l’absence de six maisons chinoises en raison de l’épidémie de Coronavirus, la semaine de la mode parisienne, qui durera juqu'au 3 mars, revêt néanmoins une importance économique cruciale, avec des retombées estimées à plus de 400 millions d’euros. Fleurons de l’industrie française, les secteurs du luxe et de la mode emploient aujourd’hui plus d’un million de personnes dans l’Hexagone.

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26 février 2020

Morbihan. Des pieux de la Seconde Guerre mondiale refont surface sur la plage à Erdeven

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L’association Presqu’Ile Kite Club (PIKC) donne l’alerte : avec les tempêtes, les « asperges de Rommel » ont resurgi sur des plages du Morbihan, à Kerhillio entre autres, à Erdeven (Morbihan). Ces pieux anti-débarquement datent de la Seconde Guerre mondiale.

Sur la plage de Kerhillio, à Erdeven (Morbihan), les tempêtes hivernales ont déterrent régulièrement des vestiges de la seconde guerre mondiale. Des «asperges de Rommel », pieux anti-débarquement vestiges du Mur de l’Atlantique, sont réapparus ce week-end.. 

Sur la plage de Kerhillio, à Erdeven (Morbihan) les habitants le savent, les tempêtes hivernales ont une fâcheuse tendance à déterrer des vestiges de la Seconde Guerre mondiale.

Des vestiges du Mur de l’Atlantique

Depuis quelques jours, les asperges de Rommel – des vestiges du Mur de l’Atlantique - ont fait leur réapparition. Le phénomène est bien plus important que d’habitude et ce sont aujourd’hui des pieux de 50 à 60 cm de hauteur qu’il faudra éviter, prévient ce mardi 25 février 2020, l’association Presqu’Ile Kite Club (PIKC).

De son côté, la municipalité qui a constaté l’apparition de ces pieux «va apposer un arrêté pour signaler le danger» qu’ils peuvent représenter. Ce n’est pas rare de les voir réapparaître, note Dominique Riguidel, le maire d’Erdeven. Mais on ne peut pas prendre la décision de les enlever. Cela peut être dangereux, on peut tout imaginer.

Mises en place par l’armée allemande

Les asperges de Rommel avaient été mises en place le long des plages par l’armée allemande pour empêcher le débarquement des bateaux. À marée basse, il est facile de les éviter. C’est à mi-marée qu’il faut être extrêmement vigilant. Étant donné l’ampleur du phénomène, l’association PiKC va discuter avec la mairie d’Erdeven pour, dans un premier temps, tenter de trouver une solution qui permette à chacun de savoir précisément où se trouvent ces obstacles lorsqu’il arrive sur le spot et dans un second temps trouver des solutions pour endiguer ce problème, prévient l’association.

Un obus de 280 mm découvert

À la base de certains pieux, des obus ont été découverts par des promeneurs. Ce mardi 25 février 2020, des démineurs du service déminage de Brest (Finistère) sont intervenus sur la plage de Kerhillio. Ils en ont fait exploser un de 280 mm à 14 h 50.

21 février 2020

Affaire Griveaux : ce qu’Alexandra de Taddeo a dit aux policiers

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Par Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin

Alexandra de Taddeo et Piotr Pavlenski, à l’origine de la diffusion des vidéos à caractère sexuel qui ont poussé Benjamin Griveaux à renoncer à la Mairie de Paris, ont été entendus par la police.

« Niet. » « Niet. » Devant la juge d’instruction, mardi 18 février, Piotr Pavlenski refuse de répondre autre chose que « non ». L’homme qui a fait « tomber » Benjamin Griveaux en mettant en ligne les sextos de l’ancien porte-parole du gouvernement d’Emmanuel Macron a décliné son identité, « Pavlenski, Piotr », né le 8 mars 1984 à Saint-Pétersbourg, Russie, et donné une adresse où il était certain de recevoir son courrier et ses convocations : le réfugié russe n’a pas de domicile fixe et établi en France.

Visage anguleux, crâne rasé, yeux gris-vert un brin exaltés qui auraient pu être peints par un primitif italien, bout d’oreille en moins (stigmate d’une « performance » sur le mur d’enceinte de l’institut psychiatrique Serbski, à Moscou, où il s’était automutilé pour protester contre les internements de dissidents) : le jeune activiste qui a déclenché « l’affaire Griveaux » semble prêt à toutes les épreuves. Mais, pour le moment, il refuse de s’étendre davantage devant la magistrate. Il parle mal le français et se méfie du traducteur russe assermenté.

En garde à vue, Alexandra de Taddeo s’est montrée plus coopérative que son compagnon. « Etes-vous une escort girl ? », lui ont demandé les policiers qui cherchent à éclaircir sa relation avec Benjamin Griveaux. Une escort ? La question la fait presque rire. Non, en aucun cas. D’ailleurs, explique-t-elle, c’est l’ancien porte-parole du gouvernement qui a commencé, en mai 2018, leur dialogue sur Instagram : elle le suit, il l’ajoute à sa liste d’abonnements, flatté par l’enthousiasme de ses commentaires politiques. Puis ils échangent en privé.

Une vraie rencontre suit leurs envois de messages et vidéos, bien qu’« il ne [lui] plaisait pas physiquement », dit l’étudiante. Le face-à-face a lieu dans l’appartement du 16e arrondissement d’Alexandra de Taddeo. « Un rendez-vous dont elle est sortie pas contente », selon son compagnon Pavlenski, cité par L’Obs. Me Noémie Saidi-Cottier, qui a interrogé sa cliente Alexandra de Taddeo dément toute violence ou conflit.

Aucune volonté de vengeance

Premier mystère : pourquoi avoir enregistré les vidéos sexuelles échangées entre eux ? « Au cas où, répond Alexandra de Taddeo, énigmatique. Si jamais ça se savait. » Elle assure n’avoir aucunement eu l’intention de les diffuser. Elle n’a d’ailleurs aucun grief contre M. Griveaux, insiste-t-elle, et n’est animée d’aucune volonté de vengeance.

L’étudiante explique en outre que ce n’est pas elle, mais son compagnon, qui a copié les vidéos dans son ordinateur portable et pris l’initiative de mettre en ligne deux d’entre elles sur le site Pornopolitique. S’y est-elle opposée ou pas, elle refuse de le dire, mais laisse son avocate indiquer qu’elle n’en « voulait pas » à son compagnon.

POURQUOI AVOIR ENREGISTRÉ LES VIDÉOS SEXUELLES ? « AU CAS OÙ, RÉPOND ALEXANDRA DE TADDEO. SI JAMAIS ÇA SE SAVAIT »

Enregistré le 23 novembre 2019 et hébergé à l’étranger, le site Internet, créé via la plate-forme israélienne Wix, est tout à fait commun. Il affiche une fresque érotique des plus kitsch qui hésite entre Playboy et un faux Dali. Un manifeste qui sent la mauvaise traduction mais donne le ton : « Citoyens de France et d’autres pays ! Correspondez ! Faites, inspirez le porno ! Politiciens, fonctionnaires, représentants politiques – ils sont parmi nous, et ils sont nombreux ! Chacun de nous peut être auteur et réalisateur. N’ayez peur de rien. C’est notre seul moyen de sortir des marécages du puritanisme et de l’hypocrisie ! » Une adresse mail cryptée recueille dons et contributions.

Le 16 janvier, Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo signent ensemble un entretien avec la Cicciolina, cette ancienne actrice porno devenue députée italienne. Ces deux-là s’aiment depuis l’automne 2018, « après » la relation essentiellement virtuelle avec Benjamin Griveaux, insiste l’étudiante de 29 ans. Lui a vécu à Saint-Pétersbourg et à Moscou, se dit anarchiste et manifeste un vif intérêt pour les mises en scène, la violence et la pornographie. Elle a grandi à Metz où son père, Francis de Taddeo, entraîneur de football, a hissé naguère le FC Metz en Ligue 1 avant de devenir le directeur sportif du centre de formation du Montpellier Hérault Sport Club.

Après des études de droit, d’art, de science politique (elle est actuellement inscrite à Sciences Po Toulouse en master 2 gouvernance et action internationales dans le cadre d’un cursus « à distance »), la jeune femme, qui peine à arrêter ses études, se passionne pour la Russie. Elle a assisté à des conférences données par Pavlenski en France, en 2017, et a cherché à le contacter en prison où il était détenu – onze mois durant – après avoir incendié en octobre 2017 l’entrée de la Banque de France à Paris.

Elle rêve de travailler sur les « performances » politiques de cet « artiste » qui, en Russie, a mis en scène ses automutilations pour dénoncer « l’oppression » du régime de Vladimir Poutine. Sait-elle que son héros s’est coupé d’une partie des milieux d’opposition russes après avoir été accusé de viol sur une actrice et d’agression contre le mari de cette dernière, un metteur en scène du Teatr.doc, haut lieu de la dissidence au régime ?

Quelques semaines après le début de leur liaison, elle assiste, carnet à la main, au procès pour l’incendie de la Banque de France qui vaut au Russe trois ans de détention dont deux avec sursis, couverts par sa détention provisoire.

PIOTR PAVLENSKI S’ATTENDAIT À ÊTRE EMPRISONNÉ ET « N’EN EST PAS REVENU » D’ÊTRE REMIS EN LIBERTÉ

On est loin de l’univers familial des Taddeo. « Ma sœur n’a absolument rien d’une fille politisée ou d’une anarchiste », affirme son frère, mardi, au Parisien. Et sa mère : « On se demande comment elle peut se retrouver dans cette histoire alors que ce n’est pas du tout son style. » « Soit elle est inconsciente, soit elle s’est fait manipuler », confient encore les parents de la jeune femme. Ils insistent : « Ce garçon n’est pas notre tasse de thé. »

griveaux

 Photo ci-dessus : Benjamin Griveaux

Durant l’année 2019, Piotr et Alexandra ne se quittent guère. Dans un long article que lui consacre le New York Times, le 11 juillet 2019, le performeur russe évoque spontanément sa relation avec la jeune Française : « mon antithèse », « une icône de la prudence bourgeoise », dit-il. « Bonnie and Clyde », résume « l’avocat » Juan Branco, qui fait leur connaissance au début de cet hiver et les observe échanger, mi en français, que Piotr parle mal, mi en russe, qu’Alexandra ne maîtrise pas parfaitement.

Quels liens avez-vous avec la Russie ? demandent les enquêteurs à la jeune femme en garde à vue. C’est l’un des autres mystères de cette affaire, où flotte le soupçon d’une manipulation de Moscou, attisée par les accusations d’ingérence russe proférées par Emmanuel Macron à Munich, le 15 février. A nouveau, l’étudiante sourit devant son avocate, et balaye ces suspicions d’une plaisanterie.

« Un code est préférable »

Oui, elle a appris le russe. Oui, son mémoire de maîtrise portait sur la politique de la Fédération russe en Arctique. Sur Fréquence protestante, le 30 mai 2017, elle a convié Alexandre Makogonov, deuxième secrétaire à l’ambassade de Russie.

Devant cet ancien attaché culturel un brin affolé, elle évoque le mouvement des Pussy Riot, ces féministes punks qui, à Moscou, organisent des performances pour défendre les droits des femmes, mais aussi « l’artiste » Pavlenski. L’idée qu’on puisse la prendre pour une Mata Hari la fait sourire.

Benjamin Griveaux n’y a pas songé non plus. Lors de leurs échanges sur Instagram, en mai 2018, il explique avoir « débranché Killian » – Killian Bourgouin, l’attaché de presse gérant les comptes du ministre sur les réseaux sociaux –, mais c’est plutôt Alexandra de Taddeo qui s’inquiète : « Un code est quand même préférable. Mieux vaut prévenir que guérir », lui écrit-elle. Le porte-parole du gouvernement, rassuré par la bonne éducation de l’étudiante, son nom et son allure de jeune fille bien née, n’imagine pas une seconde qu’elle puisse enregistrer les nombreuses vidéos éphémères ou les photos qu’il lui envoie. Elle le répète aux enquêteurs : elle ne nourrit aucun esprit de vengeance contre Benjamin Griveaux.

Cela n’empêche pas la presse russe de suivre l’affaire avec délectation. Dimanche, lors des « Nouvelles de la semaine », l’émission préférée de Vladimir Poutine sur Rossiya 1, l’animateur Dmitri Kisselev – « le propagandiste du Kremlin », disent les opposants au régime – consacre à Piotr Pavlenski un reportage intitulé « L’ange déchu ». Dix minutes pleines d’ironie sur celui qui était autrefois l’une des figures de la dissidence russe devenu… l’empêcheur de tourner en rond d’une France qui lui a offert l’asile politique, à la veille de l’élection d’Emmanuel Macron. Dans le même sujet, on voit aussi Benjamin Griveaux claquer la bise à Emmanuel Macron, ou le chef du gouvernement Edouard Philippe et le ministre de l’intérieur Christophe Castaner soutenir l’ex-candidat à la Mairie de Paris. « Voilà bien une manifestation de la solidarité masculine », conclut le petit film.

EMPÊCHÉ DE DÉFENDRE PAVLENSKI, « HOMME AU COURAGE BORDANT LA FOLIE », JUAN BRANCO SUIT NÉANMOINS L’AFFAIRE DE PRÈS

En France, le site RT (anciennement Russia Today) affichait mercredi à sa « une » Pavlenski expliquant, lors de sa remise en liberté : « Je pensais que la France était le pays de la liberté d’expression. » Une page d’accueil plutôt rare pour un média d’ordinaire peu enclin à célébrer les opposants du président Vladimir Poutine. La patronne de RT et Sputnik en Russie, Margarita Simonian, reprend elle aussi la vidéo de Pavlenski dénonçant le manque de liberté d’expression en France. Quant à l’ambassade de Russie en France, elle semble abandonner toute réserve sur cette affaire, « likant » sur son compte Twitter officiel un message expliquant que « Benjamin Griveaux a été placé sous protection policière. En effet, la police veut s’assurer qu’il ne se masturbe plus devant une caméra… »

Mis en examen

Pour les Russes, Piotr Pavlenski est le principal protagoniste de l’histoire. Mais en France, Juan Branco a associé Alexandra de Taddeo à la démarche de son compagnon.

Le 16 février, sur Twitter, l’auteur du best-seller Crépuscule (Au diable vauvert, 2019) se réjouissait de « l’innocente folie » du « couple » formé par Taddeo et le performeur russe, capables de « se jouer de tous pour révéler à quel point cette société sombre dans la plus scabreuse inanité ». Au Monde, l’« avocat » du couple pour le site Pornopolitique, comme le nomme Alexandra de Taddeo, expliquait aussi que c’est la jeune femme qui l’avait prévenu d’une « importante action » à venir. Sur Twitter, il célèbre « la sauvage liberté d’un couple d’anarchistes ». « J’ai vu Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo séparément, écrivait-il encore mercredi soir. Ils sont très heureux et très amoureux »…

Placés sous contrôle judiciaire, Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo ont interdiction de se retrouver l’un l’autre et de rencontrer Benjamin Griveaux. Après deux jours de garde à vue, ils sont désormais tous deux mis en examen pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » et « diffusion sans l’accord de la personne d’un enregistrement portant sur des paroles ou images à caractère sexuel et obtenues avec son consentement ou par elle-même ». Piotr Pavlenski s’attendait à être emprisonné et « n’en est pas revenu » d’être remis en liberté, rapporte son avocat, Me Yassine Bouzrou.

Empêché de défendre Pavlenski, « homme au courage bordant la folie », Juan Branco suit néanmoins l’affaire comme le lait sur le feu. Sur Twitter, l’avocat du « gilet jaune » Maxime Nicolle, alias Fly Rider, exulte : « En France, un homme politique tombe parce qu’il a montré son sexe, et non parce qu’il a menti, pillé, éborgné. Pavlenski n’a agi qu’en révélateur de notre absurdité, avec un énorme succès. » Et distille informations, confidences et analyses.

« Vous allez tout savoir ! », avait d’ailleurs promis lundi Cyril Hanouna, ravi de recevoir l’avocat sur le plateau de son émission « Touche pas à mon poste ». Attente. Suspense. « Retenu par les bâtonniers » du palais de justice de Paris, a expliqué C8, Branco lui a finalement fait faux bond. Trop de rendez-vous et de sollicitations. Au Figaro, qu’il recevait au Café de Flore, il a lâché cet aveu : « Je suis au milieu du gué et je ne sais pas ce qui va m’arriver. Soit je me fais exploser, soit je deviens le roi du monde. »

24 janvier 2020

Enquête : « Loïc, c’était notre pote, les victimes, c’étaient nos potes, et on n’a rien vu de tout ça »

bagad auray

Enquête - « Loïc, c’était notre pote, les victimes, c’étaient nos potes, et on n’a rien vu de tout ça » : silence de plomb en pays breton

Par Henri Seckel, Nicolas Legendre, Rennes, correspondance

En octobre 2019, Loïc Le Cotillec, le jeune et talentueux chef d’orchestre du bagad d’Auray, dans le Morbihan, est mis en examen pour « viols aggravés ». L’information ne sortira dans « Le Monde » que le 14 janvier. Auparavant, ni la presse locale, ni le maire de la commune, ni les musiciens n’ont ébruité les faits.

Six cents personnes dans cette salle. Combien savent ? Le préfet du Morbihan et le député de la 2e circonscription sont excusés, mais toute la bonne société locale a pris place dans les gradins : élus, chefs d’entreprise, directeurs d’école, présidents d’association, gendarmes en uniforme. Dans une heure, on ira déguster du mousseux et des macarons à la framboise offerts par la municipalité. En attendant, le Tout-Auray qui a eu le privilège d’être invité à la salle Athéna, samedi 11 janvier, écoute sagement le maire de cette commune à mi-chemin entre Vannes et Lorient lui présenter ses meilleurs vœux.

Joseph Rochelle égrène les projets menés à bien en 2019 et ceux prévus pour 2020, la gare qui s’agrandit, les halles du centre-ville qu’on rénove. Bonne nouvelle : neuf bornes Wi-Fi publiques ont été déployées l’an dernier. Mauvaise nouvelle : les ruches installées dans le parc de Treulen ont été vandalisées et des dizaines de milliers d’abeilles vont mourir. « C’est un acte inqualifiable. » Le maire lit son texte. Encore une demi-heure avant le mousseux.

Belle allure, belle gueule

L’écran géant diffuse à présent un long clip qui rappelle, à coups de ralentis et de plans tournés au drone, les hauts faits sportifs et culturels qui ont animé la commune. Entre les treizièmes joutes nautiques du Loch et le soixante-quinzième anniversaire de la libération de la Bretagne, le film met à l’honneur la Kevrenn Alré, l’association de la ville qui chapeaute à la fois le bagad, le groupe de danse et une école de musique.

Pendant quelques secondes, on voit l’ensemble de musique bretonne, fierté d’Auray, défiler dans ses rues en costumes au son des bombardes. Il est emmené par son penn-soner – compositeur et chef d’orchestre –, un grand jeune homme, carrure de déménageur, belle allure, belle gueule : Loïc Le Cotillec. Les projecteurs se rallument pour le clou du spectacle : quarante musiciens sur scène dans un immense vacarme. Le bagad en chair, en os et en binious, mais sans son charismatique penn-soner.

Loïc Le Cotillec passe la soirée à 100 kilomètres de là, dans sa cellule de la prison de Vezin-le-Coquet, en banlieue de Rennes. Depuis le 25 octobre 2019, l’homme de 24 ans est en détention provisoire, et mis en examen pour « viols aggravés ». La prestation du bagad et du cercle de danse qui l’accompagne est époustouflante. Tonnerre d’applaudis­sements. Fin de la cérémonie. Mousseux à volonté.

Mutisme général

Quatorze mille habitants dans cette ville. Combien savent ce qui est arrivé au jeune prodige local, entré à la « Kevrenn » quand il avait 12 ans et nommé penn-soner quand il en avait 19 ? Ceux qui étaient au stade du Moustoir, à Lorient, le 2 août 2014, ont encore des frissons quand ils évoquent la performance magistrale de la Kevrenn Alré : premier con­cours comme penn-soner et première victoire pour Loïc Le Cotillec.

Auray aime son ensemble presque septuagénaire et plusieurs fois champion de Bretagne (et donc de France) des bagadoù ; la municipalité chouchoute ses musiciens en leur fournissant locaux et subventions ; la vie de la Kevrenn est fréquemment chroniquée dans les deux quotidiens régionaux et concurrents, Ouest-France et Le Télégramme. Si Loïc Le Cotillec avait été mis en examen pour viols aggravés et incarcéré, on peut imaginer que ça se saurait. De toute façon, dans une ville de 14 000 habitants, tout se sait, non ? Non, manifestement.

Mi-décembre, M Le magazine du Monde est informé de cette histoire par une source naviguant dans le milieu de la musique bretonne qui souhaite dénoncer le mutisme général. « Il y a des victimes qui enragent de voir ce silence si bien cimenté et si bien organisé », nous écrit-on. Après l’officialisation du départ de Loïc Le Cotillec, Ouest-France s’en était tenu à une brève dépourvue de détails, et Le Télégramme s’était contenté d’annoncer le « départ précipité » du jeune homme sans en donner la raison, préférant dresser le portrait de son remplaçant, Fabrice Lothodé, l’ancien penn-soner revenu en catastrophe pour préparer la première manche du championnat, le 16 février, à Brest.

Lettre de démission

Il a fallu demander des nouvelles de Loïc Le Cotillec au procureur de la République de Rennes, qui a immédiatement confirmé qu’« une information judiciaire a été ouverte visant cette personne qui a été mise en examen pour viol aggravé au préjudice de trois victimes et harcèlement ». Les faits auraient été commis entre mai et septembre 2019. « Pour l’une d’entre elles, il a été notamment retenu la circonstance aggravante “par personne ayant autorité” », précise le magistrat, qui ajoute que « trois autres noms de victimes potentielles ont été évoqués lors de l’enquête préliminaire, mais elles n’ont pas donné suite aux convocations de l’enquêteur ou ne souhaitent pas déposer plainte ». Nous n’en apprendrons pas plus.

Les victimes potentielles appartiendraient à au moins une des trois institutions musicales que fréquentait Loïc Le Cotillec. Nous n’en apprendrons pas davantage auprès de Damien Moulin, président de la Kevrenn Alré depuis novembre 2017, joint par téléphone : « Je ferai une réaction le jour où vous sortirez votre article. Je peux juste vous dire qu’on a pris les mesures nécessaires dès qu’on a été informés. J’ai mis fin à la collaboration de M. Le Cotillec, je suis allé faire une déposition à la gendarmerie, et l’association a porté plainte contre lui. »

Nous en apprendrons encore moins du côté du Pont supérieur, prestigieuse école de musique de Rennes où étudiait Loïc Le Cotillec. « L’ensemble des informations est entre les mains de la justice, nous répond la directrice, Catherine Lefaix-Chauvel. Vous comprendrez que les étudiants souhaitent poursuivre leurs études en toute sérénité. »

Enfin, nous n’apprendrons strictement rien auprès de Sonerion, la fédération des ­bagadoù du Morbihan, ni de Sonerion 35, celle d’Ille-et-Vilaine, au sein de laquelle Loïc Le Cotillec donnait quelques heures de cours depuis trois ans : ces deux structures ignoraient tout jusqu’à notre coup de fil. « Les bras m’en tombent, je n’ai eu aucun appel de personne, je ne sais pas quoi dire, j’hallucine un peu », a réagi Leslie Le Gal, la directrice de la première. « C’est vous qui me l’apprenez », nous a dit Bob Haslé, le président de la seconde, qui avait bien reçu une lettre de démission, sans le moindre motif, alors que Loïc Le Cotillec était déjà en prison. Et qui s’empresse de préciser qu’il n’avait « jamais eu de problème » avec le jeune homme ni remarqué « aucun comportement suspect ». Vraiment, Loïc était « une personne charmante, prête à rendre service. Combien de fois des gens m’ont loué ses qualités pédagogiques ! » Dans l’entourage professionnel et musical, on ne comprend pas. « Cette histoire, c’est tout sauf Loïc. »

« VOUS SAVEZ, ICI, C’EST UNE TERRE DÉMOCRATE-CHRÉTIENNE, IL FAUT QUE CE SOIT PAISIBLE. » ALAIN LAMARRE, LIBRAIRE À AURAY

Nous accostons le mercredi 8 janvier dans la calme cité médiévale d’Auray. « Auray a un bon chic de bonne petite vieille ville », décrit Flaubert dans Par les champs et par les grèves, après avoir fait escale ici lors d’une traversée de l’ouest de la France en 1847. Ravissante chapelle du XVIIe siècle en guise d’office du tourisme. Maisons du Moyen Age et joli pont à piles triangulaires au port de Saint-Goustan. « Savez-vous pourquoi Loïc Le Cotillec a dû quitter si brusquement le bagad ? » A l’office du tourisme, on ne sait pas. A L’Armoric, bistro phare de Saint-Goustan, on ne sait pas. A L’Antre de Coupe (le coiffeur), on ne sait pas. « Diver­gences sur le plan artistique », croient savoir les uns. « Projets personnels à Rennes », supposent les autres. « Aucune idée », répond la majorité. Auray ne sait pas et, manifestement, ne cherche pas à savoir.

S’aventurer chez les bouquinistes

Alain Lamarre, le libraire du centre-ville (celui qui nous a parlé de Flaubert), nous met au parfum : « Vous savez, ici, c’est une terre démocrate-chrétienne, il faut que ce soit paisible. » Il évoque « une espèce de discrétion morbihannaise ». Puis il lâche trois mots : « Pas de vagues », en traçant devant lui, avec ses deux mains à l’horizontale, la surface d’une mer d’huile imaginaire. Il est l’un de nos rares interlocuteurs à savoir que Loïc Le Cotillec « aurait fait quelque chose qu’il n’aurait pas dû faire ». Sa femme est une ancienne de la Kevrenn, et elle avait mis le sujet au menu du dîner du réveillon.

Il faut s’aventurer chez les bouquinistes, où l’on trouve toujours plus que ce qu’on était venu dénicher. Au Livre Penseur, par exemple, un peu à l’écart du centre-ville, formidable fatras dont on se demande comment il n’a pas encore enseveli sa sympathique propriétaire. On y entre à tout hasard, en quête d’un hypothétique ouvrage sur l’histoire de la Kevrenn Alré, on en ressort avec le numéro de téléphone d’une ancienne gloire de l’association, qui accepte très vite de nous recevoir chez elle. L’homme qui nous ouvre la porte a le sourire, c’est toujours un plaisir pour lui de causer musique et d’évoquer le passé de la Kevrenn. Le café est servi, la discussion s’engage, passionnante, pendant un quart d’heure.

« Coupez votre truc »

On évoque alors Loïc Le Cotillec. Le sourire s’estompe. Un court silence. Il reprend une gorgée de café. « Coupez votre truc. » On éteint le Dictaphone. « Je me suis éloigné de l’association, mais cette affaire est arrivée jusqu’à mes oreilles, explique-t-il. Ça fait du mal à tout le monde. En plus, le papa de Loïc est maire d’une commune voisine [Saint-Philibert], ça fout une merde terrible. » On explique que la Kevrenn refuse de nous recevoir, et qu’on aimerait comprendre pourquoi la nouvelle n’a pas été diffusée. « La situation est malsaine, poursuit notre homme. Il faudrait qu’ils parlent, plutôt que de garder ça pour eux, ça va leur retomber dessus. Auray est une petite ville, il s’est passé quelque chose de grave. C’est dérangeant que l’on ne puisse pas savoir. »

« ON NOUS A DIT LES CHOSES SANS NOUS LES DIRE. JE NE SAIS PAS QUI SONT LES VICTIMES, ET JE NE VEUX PAS LE SAVOIR. » UNE MUSICIENNE DE LA KEVRENN ALRÉ

A Auray, la brume du golfe du Mor­bi­han ne s’est toujours pas levée. Un comptoir du centre-ville nous apprend qu’une musicienne de la Kevrenn travaille dans un commerce voisin. Cette dernière explique qu’à l’intérieur même du bagad l’information est restée parcellaire : « On nous a dit les choses sans nous les dire. Je ne sais pas qui sont les victimes, et je ne veux pas le savoir. » Elle précise qu’elle tient à son anonymat. Dans la soirée, l’écran du téléphone s’éclaire : « Damien Moulin (bagad) ». Le président de la Kevrenn. « Je sais que vous avez vu une de nos instrumentistes aujourd’hui. » On est poliment mais instamment prié de laisser ses musiciens tranquilles, et de ne pas venir rôder autour du local où l’ensemble répète.

L’association ne s’exprimera que si la presse évoque les faits. « C’est déjà assez compliqué à gérer comme ça, on ne voit pas l’intérêt d’aller crier ça sur tous les toits », déclare-t-il, en nous renvoyant vers l’avocat de l’association, qui, après une négociation de plusieurs jours, nous transmettra le communiqué envoyé par la direction aux 250 membres de la Kevrenn Alré quelques jours après la découverte des faits. Où l’on constate qu’il était mentionné « un comportement pénalement répréhensible » et « des faits d’une extrême gravité », mais jamais de « viols » ni d’« agressions sexuelles ». Ni le mot victimes.

« Il n’y avait pas encore eu de plaintes déposées à l’époque, il fallait respecter la présomption d’innocence, explique Me Henry Ermeneux, qui conteste tout sentiment de malaise. Je comprends l’impression que l’on pourrait avoir de l’extérieur, mais la Kevrenn n’a vraiment rien à se reprocher, elle a fait tout ce qui était à faire vis-à-vis de l’institution judiciaire. Pour autant, on n’a pas envie que ça jase dans tout Auray, dans tout le Morbihan, dans toute la Bretagne. » Il nous confirme qu’en plus de défendre les intérêts de l’association il est l’avocat d’une des plaignantes victimes de viol et membre de la Kevrenn. Il n’y voit aucun conflit d’intérêts. Depuis trois mois, à l’image de la chouette qui lui sert d’emblème, la Kevrenn Alré vole en silence à travers les turbulences.

Homme vrai et un peu sombre

Le lendemain, l’écran du téléphone s’allume à nouveau : c’est notre ancienne gloire de la Kevrenn rencontrée la veille qui a deux choses à nous dire. Il réclame d’abord que son nom n’apparaisse pas, puis prononce celui d’un homme qui pourra sans doute nous renseigner. « Il a suivi cette histoire de près. Allez sonner chez lui. Vous verrez, c’est un homme vrai, et un peu sombre. » A l’adresse indiquée, un homme vrai et un peu sombre nous ouvre la porte. Trois minutes plus tard, le café servi, une discussion confuse s’engage avec ce retraité dont on ignore toujours qui il est.

« J’ai vu mon fils arriver à la maison en pleurs un jour, fin septembre. » Son fils joue dans le bagad. Les pleurs, c’est parce que le président de l’association venait de lui apprendre les faits reprochés à son pote Loïc. On n’a pas eu le temps de toucher à notre tasse que le fils en question rentre du boulot. Notre ancienne gloire nous a envoyé au bon endroit, mais on craint que le jeune homme ne nous mette à la porte. Il s’assoit avec nous. Trois mois après le cataclysme, l’atmosphère est « très bonne » au sein du bagad, assure Erwan, qui ne s’appelle pas Erwan, mais qu’on appellera Erwan puisqu’il ne souhaite pas, lui non plus, que son nom soit publié.

« LOÏC, C’ÉTAIT NOTRE POTE, LES VICTIMES, C’ÉTAIENT NOS POTES, ET ON N’A RIEN VU DE TOUT ÇA. » UN MEMBRE DU BAGAD KEVRENN ALRÉ

« Loïc, c’était notre pote, les victimes, c’étaient nos potes, et on n’a rien vu de tout ça », raconte-t-il. Le choc a été rude. « Je faisais n’importe quoi au boulot, alors je me suis mis en arrêt pendant une semaine. Le week-end suivant, on jouait à la salle Athéna, quinze jours après, on avait un gros fest-noz. Forcément les gens venaient nous demander : “Il est pas là, Loïc ? — Bah…” En plus, on jouait la musique qu’il avait composée… Mais on a tourné la page sur notre pote, sur cette période, sur cette musique. Maintenant, on fonce, c’est la meilleure thérapie pour nous. »

Au bout de quelques minutes, on comprend que la page n’a pas du tout été tournée : « Rien que d’en reparler là, d’un coup, ça fait remonter plein de trucs qu’on essaie de jarter en ce moment. Les victimes ont porté plainte, et elles ont toutes dit : ‘‘Maintenant, on ne veut plus en entendre parler.’’ » Au bout d’une petite heure de conversation, à fleur de peau : « Bon, allez, ça suffit, stop. » Une demi-heure après, ­téléphone, « Damien Moulin (bagad) » : « Je sais que vous avez vu un des musiciens… »

Disparition soudaine

Le bureau du maire est situé au-dessus des halles, qui seront rénovées en 2020, si l’on a bien compris les vœux deux jours plus tôt, et c’est avant de filer à ceux de son homologue de Plouharnel que Joseph Rochelle nous reçoit. Elu en 2018, ce petit homme svelte à lunettes vient d’Ille-et-Vilaine – « mais ma femme est d’Auray » – et se présente comme « l’un des rares défenseurs de la culture bretonne dans ce conseil municipal », ayant notamment mis fin à une anomalie : avant lui, Auray n’accueillait aucun fest-noz.

Bref, le maire adore la culture bretonne, il adore son bagad, et on est persuadé, en entrant dans son bureau, qu’il saura nous rencarder sur la disparition soudaine de Loïc Le Cotillec, d’autant plus qu’il connaît bien son père, François Le Cotillec, qu’il côtoie au moins à chaque réunion de l’intercommunalité. Le maire d’Auray pourrait-il ignorer ce qui est arrivé au fils du maire de Saint-Philibert, à dix minutes de là (par la D28) ? « J’ai effectivement vu que Loïc Le Cotillec était parti rapidement, mais je n’ai pas d’indication sur la nature de ce qui a motivé ce départ. Le bagad poursuit avec un autre penn-soner. J’espère qu’il sera bien classé lors du concours des bagadoù. »

On insiste. Comment donc, le maire de la ville, bretonnant notoire, lui-même danseur à ses heures, ne serait pas au courant ? Il marque un silence, et baisse d’un ton. « Il y a des bruits qui circulent. » Mais encore ? « Les ‘‘on-dit’’ parlent d’agressions sexuelles », poursuit Joseph Rochelle, qui « tombe de l’armoire » lorsqu’on prononce les mots « mis en examen », « viols aggravés », « détention provisoire ». Le voilà qui remonte vite dans l’armoire et s’y enferme à double tour : « La justice est indépendante, il n’y a aucune raison qu’en tant que maire de la ville je sois directement informé. Quelqu’un qui disparaît du jour au lendemain du poste de penn-soner, sans explication, sans rien, ce n’est pas normal. J’imaginais bien que, s’il y avait un tel silence, c’est que quelque chose n’allait pas. Mais je ne voulais pas en rajouter, je n’ai pas voulu intervenir de quelque manière que ce soit pour obtenir des renseignements. »

Il devait tout de même en savoir suffisamment puisque, nous glissera-t-il en nous raccompagnant vers la sortie, il a lui-même fait couper le clip diffusé lors de ses vœux : « Dans la première version, on voyait des gros plans de Loïc Le Cotillec tout le temps. J’ai dit ‘‘ah non !’’, et j’ai demandé au monteur de supprimer des passages. » Joseph Rochelle s’était ému quelques minutes plus tôt en apprenant que Le Monde s’apprêtait, dans un premier article purement factuel, à évoquer le sort de l’ancien penn-soner. « Pour moi, il est hors de question de médiatiser une affaire comme ça, je vois bien tout le dégât que ça peut faire. Au-delà du bagad, la médiatisation va ruiner des années d’efforts à Auray et entacher toute la culture bretonne. Moi, je défends la culture bretonne à fond. Et je pense qu’avec une affaire comme ça la Bretagne va souffrir. »

Maintenir sous silence ?

Le doute nous a alors saisis. A quel prix faut-il informer nos lecteurs, d’Auray ou d’ailleurs, sur ce qui s’est passé au cœur de cette petite ville ? Révéler cette affaire sera-t-il plus néfaste que de la maintenir sous silence ? Après tout, le bagad a congédié son penn-soner quand il a eu vent des faits ; Loïc Le Cotillec est entre quatre murs et les mains de la justice ; un procès aura lieu dans un an ou deux ; les victimes présumées ont porté plainte, et ne souhaitent manifestement pas s’exprimer.

D’un autre côté, révéler l’affaire en nommant clairement les choses serait peut-être de nature à encourager la parole d’éventuelles victimes qui, jusqu’alors, n’auraient pas osé se manifester de peur d’être celles qui briseront le silence ? « La question est légitime, je me la suis posée, répond Me Ermeneux. C’était pour moi la seule raison qui aurait pu justifier que la Kevrenn s’explique publiquement. Mais il s’avère que les enquêteurs peuvent identifier toutes les personnes concernées par cette affaire sans qu’on ait recours aux médias. »

LES MOTS DES PARENTS S’ENTREMÊLENT QUAND ILS ÉVOQUENT LEUR FILS. « C’EST QUELQU’UN D’INTELLIGENT, ET DE FORT ­GENTIL », DIT LE PÈRE.

La publication d’un premier article sur le site Internet du Monde est prévue mardi 14 janvier. Frédéric Birrien, l’avocat de Loïc Le Cotillec, nous propose de rencontrer ses parents avant, et prévient qu’il assistera à la conversation par l’intermédiaire d’un téléphone sur haut-parleur. En route pour Saint-Philibert. Le couple est évidemment défait. « Le monde est cruel, et vous, en tant que journaliste, vous l’êtes aussi. » Les habitants du pays d’Auray ne le sont pas. « Les gens ne jugent pas, ici », dit la mère. « Ici, les gens sont discrets, dit le maire, et on est très solidaires les uns les autres. Personne n’est venu nous en parler. »

Les mots des parents s’entremêlent quand ils évoquent leur fils. « C’est quelqu’un d’intelligent, et de fort ­gentil, dit le père.

— Il n’est pas méchant, dit-elle.

— Jamais on n’aurait pu penser que…

— Il a été plongé trop jeune dans un monde d’adultes. Il a commencé tôt la musique, très tôt, trop tôt.

— Il était doué, très doué.

— Il était discret, il ne nous disait rien. Si on avait su…

— Il composait tout lui-même. »

Tous deux évoquent la pression « énorme » liée au poste de penn-soner, et le quotidien surchargé de leur fils. « La musique, c’était sa vie. Il n’a pas eu de vacances ni de week-ends depuis sept ans », entre le bagad, les études et l’enseignement. Frédéric Birrien raccroche. Le père nous verse un verre de jus d’orange. « Loïc voulait arrêter la Kevrenn Alré depuis un an. Il avait l’impression de gâcher sa vie de jeune adulte, il avait envie de faire un break. »

Poème mélancolique

Certains proches avaient bien perçu chez lui une forme de mal-être. La suite qu’il avait composée pour son dernier concours de Brest, l’an passé, était ponctuée par le récit d’un poème mélancolique de Xavier Grall, Marais de Yeun Elez, décrivant un homme se laissant aspirer par cette lande que la légende locale désigne comme la porte de l’enfer. « Je partirai sans maudire rien, muet, inutile, sans paupières, dans l’inutilité des tourbes/Plaisirs mauvais qui me crucifient, c’est fini, je m’en vais aux marais, traînant ma plainte et ma légende. »

Après les parents, il reste à rencontrer les confrères de la presse locale, autant pour les prévenir que l’article du Monde va sortir que pour comprendre leur inexplicable mutisme sur l’affaire : moins de 200 mètres séparent leurs deux rédactions du local de la Kevrenn. En tendant l’oreille, on entendrait presque le son des bombardes qui s’échappe de la bâtisse mal isolée.

« Quand Loïc est parti, on a su qu’il y avait des soupçons d’agressions sexuelles, explique le confrère du Télégramme, mais on n’a pas donné l’info parce qu’il n’y avait pas de plaintes. Comme on n’a jamais eu vent de plaintes par la suite, on s’est dit qu’ils avaient réglé ça en interne. » « Une information en chassant une autre, je n’ai pas relancé le truc, confesse la consœur de Ouest-France. De toute façon, dès qu’on touche à une entité locale, c’est difficile d’avoir des infos. »

Titre trompeur

Mardi 14 janvier au soir, Le Monde publie sur son site Internet : « Un virtuose de la musique bretonne mis en examen pour viols ». Une demi-heure plus tard, Le Télé­gramme embraye (sans nous citer) : « L’ancien penn-soner du bagad d’Auray mis en examen pour viol ». Le lendemain, l’info figure sur les affichettes des maisons de la presse alréennes. Le surlendemain, en une du Télé­gramme, ce titre trompeur : « Viols : “Tout le monde était au courant dans le milieu” ».

Ouest-France, fidèle à sa charte des faits divers (« dire sans nuire, montrer sans choquer »), se contente d’un feuillet discret en page 6. Pas de Loïc Le Cotillec dans le titre ni dans le chapeau. Il faut attendre le deuxième paragraphe pour lire le nom du penn-soner. France 3 Bretagne, France Bleu Morbihan et plusieurs médias nationaux ont repris l’info. En ville, les comptoirs s’étonnent, s’offusquent, s’exclament : « Tu te rends compte, le fils du maire de Saint-Philibert ! »

Ligne de défense

La Kevrenn publie enfin un communiqué, retraçant la chronologie – découverte des faits le 22 septembre, démission de Loïc Le Cotillec le 27 – et justifiant son silence : « Nous avons collectivement fait le choix, assumé, de rester discrets pour ne pas exposer les victimes, mais aussi pour permettre à l’enquête et à la justice de faire leur œuvre. » « Il n’y a pas eu d’omerta, c’est juste que les gens étaient hyper gênés, appuie Erwan, avec qui l’on était resté en contact. On était beaucoup à penser qu’il fallait en parler, mais on ne savait pas comment faire. Et puis on avait pris tellement cher en apprenant la nouvelle qu’à un moment ça nous avait fait du bien de ne plus en parler. »

« MAINTENANT QUE C’EST PASSÉ, JE NE DIRAIS PAS QUE VOUS NOUS AVEZ FAIT CHIER, C’EST JUSTE QUE ÇA A ÉTÉ BRUSQUE. » UN MEMBRE DE LA KEVRENN ALRÉ

L’avocat de Loïc Le Cotillec, lui, amorce une ligne de défense en déclarant dans la presse que les présumées victimes étaient des « petites amies ». Sur le quai de la gare d’Auray, la question reste la même que lorsqu’on y a posé le pied dix jours plus tôt : à partir de quand quitte-t-on le domaine du silence embarrassé et maladroit pour entrer dans celui de la rétention d’informations organisée ? Difficile d’affirmer que la Kevrenn Alré n’a rien à se reprocher dans la gestion de toute cette affaire. Difficile d’affirmer le contraire. On ne sait toujours pas comment l’information a fini par remonter à la surface fin septembre, cinq mois après le début des faits. D’ailleurs, on ne peut même pas certifier que toutes les plaignantes évoluent au sein de la Kevrenn.

On peut simplement constater qu’on a passé dix jours à Auray, que tout le monde savait qu’on était là, et qu’aucun proche des victimes n’est venu pointer la responsabilité de la Kevrenn. Avant de quitter la Bretagne, on a appelé une dernière fois Erwan : « Ça va bien aujourd’hui. On s’est réunis pour rédiger le communiqué qu’on a balancé sur Facebook. On était contents de tous se retrouver pour discuter des événements. Moi, ça me fait du bien d’en parler, c’est un soulagement que cette affaire soit sortie, finalement. Maintenant que c’est passé, je ne dirais pas que vous nous avez fait chier, c’est juste que ça a été brusque. Et finalement, le fait que vous ayez été là, c’est aussi une bonne chose pour la suite de l’enquête. Des langues commencent à se délier. Quelqu’un a envoyé un message à l’association disant qu’il connaissait une fille qui n’avait pas osé parler jusqu’à présent et qui allait le faire. »

28 janvier 2020

Mimi Haleyi témoigne au procès Weinstein : « Chaque fois que j’essayais de me relever, il me repoussait »

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Ancienne assistante de production, la quadragénaire a raconté au tribunal de Manhattan la soirée de juillet 2006 pendant laquelle elle accuse le producteur de l’avoir agressée sexuellement.

L’une des deux victimes pour lequel Harvey Weinstein est poursuivi devant le tribunal de Manhattan a raconté, lundi 27 janvier, comment elle avait été agressée sexuellement dans une chambre d’enfant de l’appartement du producteur hollywoodien, à New York.

Si plus de 80 femmes ont accusé le magnat du cinéma de les avoir harcelées ou agressées sexuellement, Harvey Weinstein, qui affirme que ses relations sexuelles étaient toutes consenties, n’est poursuivi devant un tribunal pénal new-yorkais que par deux femmes. L’une d’elles est l’ancienne assistante de production Mimi Haleyi, qui affirme avoir été agressée sexuellement en juillet 2006.

Lundi, au quatrième jour des débats, la quadragénaire a livré sa version de cette soirée dans l’appartement d’Harvey Weinstein, à SoHo, où lui avait demandé de venir le producteur pour le saluer. Elle a décrit un homme affable, se transformant d’un coup, sans signe avant-coureur. « Il m’embrassait et me tripotait », s’est-elle souvenue.

« J’ai fermé mon esprit »

Une fois debout, « je marchais en reculant parce qu’il me poussait avec son corps », a-t-elle poursuivi. Acculée, elle a raconté s’être retrouvée dans une chambre d’enfants, avec des dessins accrochés au mur. « Durant tout ce temps, je lui ai exprimé que je ne voulais pas de ça. » Le producteur l’a poussée sur le lit, et « chaque fois que j’essayais de me relever, il me repoussait », a-t-elle affirmé, laissant échapper des sanglots.

L’un des hommes les plus puissants d’Hollywood lui a alors fait un cunnilingus, après avoir retiré son tampon, a-t-elle raconté. « J’essayais de m’échapper, mais j’ai réalisé que ça ne servait à rien, a-t-elle dit, alors que le producteur pèse environ trois fois son poids. J’ai fermé mon esprit. »

« Je me disais qu’aller voir la police n’était pas une option pour moi », a expliqué cette élégante femme brune, car elle travaillait alors à New York sans visa de travail et risquait l’expulsion des Etats-Unis. Mme Haleyi, qui a changé son nom de famille depuis la publication des premières révélations sur le producteur, a aussi dit craindre cet homme de « pouvoir » et de « contacts ».

Un mail signé « plein d’amour »

Lors du contre-interrogatoire qui a suivi, l’un des avocats de la défense, Damon Cheronis, a produit un courrier électronique envoyé deux ans après environ par Mimi Haleyi à Harvey Weinstein, et signé « plein d’amour ». Avant le procès, la défense avait déjà cherché à discréditer son témoignage en insistant sur le fait que l’ancienne assistante de production avait gardé contact avec le producteur plusieurs années après l’agression supposée.

En cas de condamnation, M. Weinstein, père de cinq enfants et divorcé deux fois, risque la perpétuité. Une condamnation serait une victoire pour le mouvement #metoo : si des dizaines d’hommes de pouvoir ont été accusés d’agressions sexuelles depuis octobre 2017, la quasi-totalité a échappé à des poursuites pénales.

24 janvier 2020

La Birmanie sommée de prendre des mesures pour prévenir un génocide contre les Rohingya

Par Stéphanie Maupas, La Haye, correspondance - Le Monde

La Cour internationale de justice a accordé une série de mesures d’urgence requises par la Gambie, qui accuse la Birmanie d’avoir violé la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Pour les juges de la Cour internationale de justice (CIJ), « il existe un risque réel et imminent qu’un préjudice irréparable soit causé » aux Rohingya. Dans une décision rendue jeudi 23 janvier, les magistrats de cette cour de l’Organisation des Nations unies (ONU) ordonnent à la Birmanie de prendre des mesures concrètes pour protéger ces populations musulmanes. Sans trancher dans le vif du débat, à savoir si la Birmanie a violé et viole encore la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, les juges n’ont néanmoins pas tergiversé, comme l’on pouvait s’y attendre de cette cour chargée de régler les conflits diplomatiques entre Etats.

Aucun conflit n’opposait jusque-là la Birmanie à la Gambie, dont les relations sont quasi inexistantes. Mais le petit pays d’Afrique de l’Ouest avait, au nom des cinquante-sept membres de l’Organisation de la coopération islamique (CIJ) et soutenu par les Pays-Bas et le Canada, saisi la cour en novembre pour violation de la Convention sur le génocide par la Birmanie. En sortant du palais de la Paix à La Haye, où siège la CIJ, le ministre de la justice gambien, Abubacarr Tambadou, a salué « une journée historique, non seulement pour le droit international et pour la communauté internationale, mais surtout pour les Rohingya ».

Prévenir toute atteinte

Car les juges ont ordonné à la Birmanie de prévenir tout crime contre les quelque six cent mille Rohingya qui se trouvent toujours sur son territoire. Des crimes qui pourraient être constitutifs d’un génocide s’ils étaient commis dans l’intention de détruire la minorité musulmane. Ils ordonnent donc au pouvoir birman de prévenir tout meurtre, toute atteinte grave à l’intégrité physique et mentale des membres de la minorité musulmane rohingya, d’empêcher « la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction totale ou partielle », dont « les mesures visant à entraver les naissances ».

Dans un pays où le pouvoir civil reste confronté à la puissance de l’armée, les juges ont demandé au gouvernement « de veiller » à ce que ni l’armée ni des groupes armés qui lui seraient affiliés ne participent, « n’incitent directement et publiquement » et « ne se livrent à une tentative de génocide ». L’Etat devra aussi préserver les preuves d’éventuels crimes, pour de futurs procès. La cour, qui ne dispose pas de moyens coercitifs pour faire appliquer ses décisions, a néanmoins ordonné à la Birmanie de faire rapport dans les quatre mois, puis tous les six mois, afin de détailler les mesures prises pour protéger la population rohingya.

POUR LES MAGISTRATS, REFUSER À UNE COMMUNAUTÉ LE DROIT D’EXISTER « BOULEVERSE LA CONSCIENCE HUMAINE, INFLIGE UNE GRANDE PERTE À L’HUMANITÉ ».

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En sortant de la CIJ, la délégation birmane n’a fait aucun commentaire. Il faut dire que les juges ont rejeté un à un les arguments avancés par le Prix Nobel de la paix 1991 Aung San Suu Kyi. La dirigeante birmane était venue en personne à La Haye défendre son pays lors d’audiences organisées début décembre. Elle avait plaidé la complexité de la situation dans l’Etat de l’Arakan, et évoqué un conflit armé interne. Epinglant légèrement l’armée, Aung San Suu Kyi avait concédé des crimes de guerre, et affirmé que leurs auteurs devraient être jugés. Or, pour les juges, même si l’existence d’un tel conflit armé était avérée, cela ne pourrait justifier la violence et la gravité des crimes, ont-ils dit en substance, soulignant que depuis l’indépendance les Rohingya ont été déclarés apatrides et privés de leurs droits.

Les magistrats ont aussi rejeté les arguments d’Aung San Suu Kyi selon lesquels des initiatives en faveur de la réconciliation sont en cours. Des mesures pas « suffisantes en elles-mêmes pour écarter la possibilité que soient commis » des crimes irréparables, ont répondu les juges, qui ont sanctionné l’absence de « mesure concrète visant à reconnaître et à garantir le droit des Rohingya d’exister en tant que groupe protégé au titre de la Convention sur le génocide ».

Un avertissement

Les juges se sont fondés sur plusieurs missions d’enquête des Nations unies ainsi que sur des décisions de l’Assemblée générale, documents déposés par la Gambie. Alors que beaucoup s’interrogeaient sur l’initiative de Banjul, qui n’est pas directement impliqué dans le drame des Rohingya, les juges ont rappelé que la Convention sur le génocide obligeait les Etats – tous les Etats – à agir.

Selon ces juges, de dix-sept nationalités différentes, la Convention sur le génocide, adoptée après la seconde guerre mondiale et l’extermination des juifs, a été rédigée « dans un but humain et civilisateur ». Pour les magistrats, refuser à une communauté le droit d’exister « bouleverse la conscience humaine, inflige une grande perte à l’humanité » et est « contraire à la loi morale ainsi qu’à l’esprit des Nations unies ».

La décision doit désormais être transmise au Conseil de sécurité des Nations unies. Pour Grant Shubin, directeur juridique adjoint du Global Justice Center, « il n’est pas certain que le Conseil prenne des mesures, notamment en raison de l’opposition de la Chine », alliée de la Birmanie, « mais une telle décision constitue un avertissement pour la Birmanie, indiquant que la communauté internationale regarde ».

Quelques jours avant la décision de la cour, le président chinois, Xi Jinping, avait effectué une visite d’Etat en Birmanie, une première pour un dirigeant chinois depuis dix-neuf ans. Pour Parampreet Singh, de Human Rights Watch, « les gouvernements et les organisations des Nations unies devraient peser pour faire en sorte que l’ordonnance soit appliquée » avant que la CIJ se prononce sur la question de savoir si la Birmanie a commis un génocide. Question qui ne sera pas tranchée avant plusieurs années.

24 janvier 2020

États-Unis - Contre Trump, les drag-queens font de la résistance 4 MIN

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THE WASHINGTON POST (WASHINGTON)

De plus en plus visibles et acceptées par le grand public, les drag-queens ne cachent plus leur côté politique et leur préférence pour les démocrates.

Un murmure a parcouru l’assemblée du Lincoln Theater, non parce que la tête d’affiche, Sasha Velour (la gagnante de la saison 9 de l’émission de téléréalité RuPaul’s Drag Race), s’apprêtait à monter sur scène, mais parce qu’une femme à queue-de-cheval était en train de prendre place au balcon, et tous les regards se sont tournés vers elle.

“AOC !”, a crié quelqu’un depuis le parterre. Le public s’est alors levé pour applaudir la députée démocrate de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, qui a exprimé ouvertement sur Twitter son intérêt pour la culture drag.

Des émeutes de Stonewall au Congrès

Deux jours plus tard à Washington, les talons des chaussures rouges bien lustrées de la drag-queen Pissi Myles résonnaient dans les couloirs du Longworth Building [l’un des bâtiments de la Chambre des représentants]. Pissi Myles était là en tant que journaliste et commentatrice de Happs (un site d’information en direct) pour suivre la procédure de destitution de Donald Trump, mais c’est elle qui a créé l’événement.

Ce n’est pas souvent, en effet, qu’une drag-queen de 2 mètres de haut (talons compris) et en perruque entre en se pavanant dans un bâtiment officiel du Capitole. Ce jour-là, elle a aimanté à la fois les regards et alimenté l’analyse politique.

En fait, depuis les émeutes de Stonewall, à New York, en 1969, où les drag-queens et les femmes transgenres étaient au premier rang des militants et militantes du mouvement pour les droits des homosexuels, politique et travestissement ont toujours été mêlés. Et alors que la culture drag jouit aujourd’hui d’une popularité croissante, les drag-queens sont en passe de devenir les parfaits repoussoirs au président Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche pour 2020.

“Ce que les gens en général ne savent pas, c’est que dans la communauté queer, les drag-queens sont considérées comme des sortes de leaders, comme des porte-parole”, affirme Pissi Myles. Elles “sont les premières à dégainer leur épée”.

Rebellion contre la norme

S’habiller de manière extravagante comme le sexe opposé a pendant longtemps été une manière de s’affirmer politiquement, un acte de rébellion contre les normes sociales, une forme d’art pour faire mieux entendre la voix des communautés privées de droits. Des efforts ont été faits pour rendre ce lien [avec le politique] moins déguisé à la faveur de l’attrait qu’exerce désormais la culture drag sur le grand public (un public qui considère le phénomène comme un simple divertissement).

Ainsi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a fait une apparition dans Drag Race, et l’émission a organisé des défis politiques pour ses candidats qui ont dû participer à un faux débat présidentiel et à une comédie musicale sur le thème de Trump. Par ailleurs, DragCon, le grand Salon organisé pour les fans de l’émission, a accueilli des débats sur “l’art de la résistance” ou “le drag dans l’Amérique de Trump”.

À Los Angeles, en avril dernier, Maebe A. Girl est sans doute devenue la première drag-queen à exercer des fonctions officielles après son élection au conseil de quartier de Silver Lake (en 1962, José Sarria a été la première drag-queen à se présenter à des élections à San Francisco).

L’artiste à l’identité sexuelle floue, connue pour ses imitations satiriques de Melania Trump, notamment, a par ailleurs annoncé son intention de se porter candidate au siège de député du 28e district de Californie au Congrès de Washington. Quant aux Sœurs de la perpétuelle indulgence, un groupe de sœurs drag, elles sont très actives sur le plan politique depuis leur création en 1979.

“Changer les mentalités”

“Personne n’attire autant l’attention qu’une drag-queen. Mais il s’agit de canaliser cette attention vers des causes importantes”, insiste Sasha Velour.

“La communauté queer, en particulier la communauté drag, comprend de nombreuses personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté”, et “beaucoup de Noirs et de Browns [les citoyens ni noirs ni blancs], précise-t-elle. “Je pense et j’espère que la popularité du drag et les histoires et récits de ces gens-là vont changer les mentalités.”

Pissi Myles n’avait jamais couvert d’événements avant de travailler pour le site Happs. Elle a été recrutée par l’un des collaborateurs de la société qui a pensé qu’elle apporterait un plus pour leurs reportages qui ciblent les jeunes. Elle n’aurait pas pensé susciter autant d’attention.

“Quand je suis descendue de voiture, vingt caméras se sont tournées vers moi”, raconte-t-elle, et la police du Capitole l’a fait passer trois fois au détecteur de métaux. Qu’une drag-queen ait été envoyée pour couvrir un événement sans réellement de rapport avec la politique LGBTQ mérite d’être souligné.

“Pour notre public, c’est quelqu’un d’atypique, un personnage théâtral”, observe David Neuman, le cofondateur de Happs, qui est en discussion avec Pissi Myles pour qu’elle assure la couverture d’autres événements en 2020.

Retour de bâton conservateur

Cependant, ce n’est pas sans difficultés que la culture drag affirme sa présence dans le microcosme politique.

Drag-Queen Story Hour, un programme national qui encourage les drag-queens à faire la lecture aux enfants dans les bibliothèques, a suscité des protestations dans tout le pays. Pour ses initiateurs, c’est un moyen d’enseigner aux enfants les valeurs d’empathie et d’inclusion, mais Fox News a affirmé que le programme visait à “endoctriner les enfants et les expose inutilement à la sexualité”. Certains groupes conservateurs ont intenté des poursuites contre les bibliothèques qui ont organisé ce genre d’animations.

Après que Sacha Velour a posté une vidéo prise avec Ocasio-Cortez sur Twitter, le commentateur politique gay conservateur Dave Rubin l’a retweetée, accompagnée de la légende suivante : “Votre futur ticket démocrate pour la présidentielle de 2024, mesdames, messieurs et autres.” Ce à quoi un utilisateur de Twitter a répondu : “Si elle gagne en 2024, ce grand machin rose sera notre juge à la Cour suprême.” Sacha Velour s’est approprié l’expression en changeant son nom sur Twitter en “Pink Tall Person”.

“Ces gens se sentent menacés par un peu de maquillage et par du théâtre… voilà un exemple parfait de personnes qui laissent la peur gouverner leur vie s’insurge-t-elle. Ils doivent être incapables de penser de façon rationnelle s’ils ont si peur de ce magnifique rouge à lèvres et d’un simple corset, enfin, de beaucoup de corsets…”

Maura Judkis

Source : The Washington Post

WASHINGTON http://www.washingtonpost.com

Le grand quotidien de la capitale américaine et l’un des titres les plus influents de la presse mondiale. Traditionnellement au centre droit, The Washington Post doit sa réputation à son légendaire travail d’enquête dans l’affaire du Watergate, qui entraîna la chute du président Nixon au début des années 1970. Il se distingue aussi par sa couverture très pointue de la vie politique américaine, ses analyses etses reportages.

22 janvier 2020

A Davos, Donald Trump s’est posé en climatosceptique assumé

Par Sylvie Kauffmann, Davos, Suisse, envoyée spéciale

Le président a fustigé les « prophètes de malheur » qui promettent « l’apocalypse », mardi, devant Greta Thunberg. Il a également livré un discours triomphaliste sur les performances de l’économie américaine.

La grande salle du centre de congrès de Davos (Suisse) était pleine, mardi 21 janvier, pour écouter Donald Trump, mais ce n’est pas à cette assistance-là qu’il s’est adressé. Le discours triomphaliste livré par le président américain ne visait manifestement qu’un seul auditoire, à plus de 6 000 km de là, de l’autre côté de l’Atlantique : son électorat, devant lequel il se représente le 3 novembre. Et plus précisément « les travailleurs », sur lesquels il a affirmé avoir concentré tous les efforts de son premier mandat.

Les organisateurs du Forum économique mondial, eux – et notamment son fondateur, Klaus Schwab, qui se tenait aux côtés de M. Trump – ont eu droit à un camouflet.

Alors que cette 50e édition du Forum de Davos, résolument verdie, a été placée sous le signe de la priorité à la lutte contre le changement climatique, le président américain s’est posé en climatosceptique assumé, fustigeant ouvertement les « prophètes de malheur » qui promettent « l’apocalypse ». Venue l’écouter, Greta Thunberg, la jeune militante écologiste suédoise, a quitté la salle avant la fin du discours parce que, a-t-elle confié plus tard, « elle en avait eu assez ».

Pendant une demi-heure, M. Trump a décrit un pays qu’il a trouvé en ruines en arrivant à la Maison Blanche il y a trois ans, et dont il a fait un paradis, « un geyser d’opportunités » que l’on entend « rugir ». Il s’est lancé dans une longue litanie de chiffres plus mirobolants les uns que les autres sur les créations d’emplois, la baisse du chômage et les hausses de salaires, signes « d’un boom économique comme le monde n’en a jamais connu ».

Un contrepoint médiatique tout à fait opportun

Alors qu’aux Etats-Unis ses rivaux démocrates s’apprêtent à ouvrir la saison des primaires pour choisir leur candidat, le slogan Workers First, « les travailleurs d’abord », a remplacé l’America First de la campagne de 2016 dans la rhétorique du républicain. Et pour ne pas oublier ses électeurs évangéliques, le président a clos son discours par une envolée sur les « grandes cathédrales d’Europe » qui « nous ont appris à poursuivre de grands rêves », sans oublier Notre-Dame de Paris qui renaîtra de ses cendres.

M. Trump n’a en revanche pas dit un mot de la procédure de destitution à son encontre dont le Sénat américain débat cette semaine à Washington ; son déplacement à Davos a permis d’y apporter un contrepoint médiatique tout à fait opportun. Il a d’ailleurs préféré s’abstenir de la traditionnelle séance de questions-réponses qui suit ce type de discours à Davos.

Sur place, les propos du locataire de la Maison Blanche ont été diversement accueillis. Sous le choc, le coprésident des Verts allemands, Robert Habeck, a jugé son intervention « désastreuse pour le multilatéralisme » et pour le message qu’essaie de faire passer le Forum cette année sur l’urgence climatique. « Cela confirme notre problème, a-t-il dit : Il y a des leaders et des économies qui nous précipitent encore plus dans le désastre que nous essayons de combattre. » Pour le leader écologiste, cette attitude montre que les demi-mesures ne peuvent plus suffire.

La directrice de Greenpeace International, Jennifer Morgan, pense, pour sa part, que le président américain « vit sur une autre planète, car il semble penser que le bien-être des Américains est indépendant des limites de notre planète ». Le prix Nobel d’économie Joe Stiglitz a également reproché à Donald Trump d’avoir « totalement évacué » la question climatique ; il a aussi contesté la description « complètement erronée » de ses exploits économiques.

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D’autres patrons et économistes reconnaissent cependant les belles performances de l’économie américaine, même s’ils jugent excessif d’en attribuer le crédit au président actuel. « Ce qui est vrai, commente ainsi l’économiste Kenneth Rogoff, c’est que l’économie va bien. Il est faux de dire qu’elle allait mal quand il est arrivé, mais je crois qu’elle s’en sort mieux que ce que à quoi s’attendaient la majorité des gens ici à Davos. Nous avons eu une bonne décennie, et ces trois ans ont été plutôt meilleurs que prévu. » Tout au plus le secrétaire au trésor, Steven Mnuchin, concède-t-il, au cours d’un débat à Davos, que, compte tenu de la hausse du déficit budgétaire, « il va falloir regarder le taux de croissance des dépenses publiques ».

C’est tout le problème de ceux qui détestent Donald Trump : entre la bonne santé de l’économie des Etats-Unis, la signature de la phase 1 du traité commercial avec Pékin qui permet de faire retomber la tension, celle du traité avec le Mexique et le Canada, et l’assassinat du dirigeant iranien Ghassem Soleimani qui, pour l’instant, ne s’est pas soldé par une escalade, l’hypothèse de sa réélection pour un second mandat en novembre paraît de plus en plus réaliste.

Trump est revenu à Davos « faire son tour de la victoire », résume le politiste Ian Bremmer, car, « quoi qu’il dise sur la mondialisation, il est parfaitement à son aise ici, au milieu de patrons qui sont ravis de ses réductions d’impôts et qui, sur le climat, se sentent beaucoup plus proches de lui que de Greta Thunberg ». Bien sûr, poursuit Ian Bremmer, « il exagère son bilan économique, mais le fait est que les patrons à Davos lui font nettement plus confiance qu’il y a trois ans ». Si le premier ministre britannique Boris Johnson a décidé de bouder Davos parce que, selon Downing Street, sa priorité est de travailler pour le peuple, « pas de boire du champagne avec des milliardaires », le populisme trumpien, lui, est moins regardant.

La tâche était rude pour le vice-premier ministre chinois, Han Zheng, qui a succédé à la tribune au président américain. Comme lui, M. Han a préféré éviter les sujets épineux et n’a donc pas dit un mot de la situation à Hongkong, pas plus qu’il n’a accepté de répondre à des questions. Le dirigeant chinois s’en est prudemment tenu au registre qui avait fait le succès de son maître, le président Xi Jinping, lorsqu’il est venu à Davos en 2017 : promotion de la mondialisation, condamnation du « protectionnisme et de l’unilatéralisme ». Avec, quand même, une pique pour le président des Etats-Unis : « Blâmer la mondialisation économique ne correspond pas aux faits, pas plus que cela n’aide à résoudre les problèmes », a dit M. Han. A Pékin aussi, on doit commencer à se préparer à un deuxième mandat de Donald Trump.

Sylvie Kauffmann (Davos, Suisse, envoyée spéciale)

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Greta Thunberg estime que « rien n’a été fait » pour le climat. Plus tôt dans la matinée, Greta Thunberg avait déploré l’inaction des élites politiques et économiques pour le climat en dépit de tous les discours en faveur de l’environnement. Certes, « le climat et l’environnement sont un sujet d’actualité aujourd’hui », mais « en pratique, rien n’a été fait », « les émissions de CO2 n’ont pas diminué », a-t-elle rappelé devant les grands patrons et des responsables politiques. Ce n’est pourtant pas faute de recevoir de l’attention médiatique, a-t-elle estimé, avec comme une pointe d’amertume. « Je ne peux pas me plaindre de ne pas être écoutée. On m’écoute tout le temps », a dit l’adolescente.

20 janvier 2020

Dans l'intimité de Jane Birkin - exposition

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Dans l'intimité de Jane Birkin

Jusqu'au 1er mars à la Galerie de l'Instant

Proches de Jane Birkin, Tony Frank et Andrew Birkin nous dévoilent l’intimité de la chanteuse à la Galerie de l'Instant à travers de sublimes clichés. Une expo délicieusement rétro qui nous plonge dans les années 60 !

Jane B. à la Galerie de l'Instant

Dans l’intimité de Jane Birkin

Ses yeux de biche bleu azur, ses fines lèvres rosées découvrant des dents éclatantes et son front au teint laiteux parsemé de mèches châtain incarnent à eux seuls le crépuscule des années 1960 et l’aube des années 1970. Elevée au rang d’icone et de première dame de la chanson française par Serge Gainsbourg, Jane Birkin a incarné comme personne l’innocence et la fraîcheur de toute une génération, en musique comme au cinéma.

La Galerie de l’Instant lui rend un magnifique hommage avec cette exposition regroupant des clichés du photographe Tony Frank, proche du couple Birkin-Gainsbourg, et d’Andrew Birkin, frère de la chanteuse. Les deux hommes, qui ont été les témoins privilégiés de l’intimité de la chanteuse, partagent avec nous des moments de rire, notamment chez Régine – alors reine des nuits parisiennes –, de tendresse et de poésie.

Leurs clichés nous dévoilent une jeune femme mystérieuse, charmante, sensuelle, rayonnante et joueuse. Andrew Birkin saisit sur le vif la toute jeune Jane, tout juste sortie de l’adolescence en 1964, et encore inconnue, avant qu’elle ne tourne pour Richard Lester et Michelangelo Antonioni. Tony Frank documente quant à lui l’épanouissement de cette fleur envoûtante dont les parfums ont su enivrer Serge, habitué à d’autres types d’ivresse. Les photographies exposées sont nombreuses à couvrir la période 1969-71, « années érotiques » par excellence durant lesquelles le couple devint l’incarnation du scandale.

On découvre deux tourtereaux s’amuser sur des bicyclettes trop petites pour eux, déchiqueter de la barbe à papa à pleine bouche, ou bien encore au volant d’un bus impérial. L’objectif de Tony Frank a capturé la magie qui émanait de Jane Birkin à cette période dorée. On peut voir notamment des clichés réalisés lors de différents shooting photo en forêt, en intérieur ou en studio, notamment pour la pochette de l’album L’Histoire de Mélodie Nelson.

Le saviez-vous ?

C’est sur le plateau du film Slogan de Pierre Grimblat que Jane Birkin et Serge Gainsbourg se sont rencontrés pour la première fois, à l’été 1968. Le film dépeint la relation fusionnelle mais compliquée d’un couple, anticipant étonnement l’histoire que vont vivre Serge et Jane.

Galerie de l’Instant

Jusqu'au 1er mars 2020

46 rue de Poitou, 75003 - M° Filles du calvaire (8) - Lun. 14h-19h, du mar. au sam. 11h-19h, dimanche 14h30-18h30 - Entrée libre

Discover Jane Birkin and Serge Gainsbourg’s intimacy at the Galerie de l’Instant thanks to these great pictures that illustrate their passionate story through tender and funny moments.

5 janvier 2020

Carlos Ghosn choisira lui-même les journalistes accrédités pour sa conférence de presse à Beyrouth

Après avoir organisé sa fuite du Japon vers le Liban, Carlos Ghosn s'expliquera à l'occasion d'une conférence de presse à Beyrouth, face à des journalistes qu'il aura lui-même choisi.

Après avoir soigneusement organisé sa fuite du Japon vers le Liban le lundi 30 décembre 2019, suscitant de nombreuses interrogations, Carlos Ghosn, ancien patron du groupe Renault-Nissan, se prépare à prendre la parole à l'occasion d'une conférence de presse qui sera donnée au Liban, à Beyrouth, et qui sera organisée par l'agence de communication Image 7, dirigée par Anne Méaux.

L'un des avocats libanais de Carlos Ghosn a avancé la date du 8 janvier, date qui n'a pour l'instant pas été confirmée par l'agence de communication.

carlos cof presse

Des journalistes triés sur le volet

Sujet à de nombreuses interrogations concernant sa fuite, sa possession de deux passeports français, ou encore l'utilisation "illégale" de jets privés, la conférence de presse de l'ancien patron libano-brésilo-français est très attendue et de très nombreuses demandes d'accréditations en provenance du monde entier ont été soumises à l'agence de communication Image 7.

Interrogée par franceinfo, l'agence précise que les demandes seront triées sur le volet : c'est en effet Carlos Ghosn lui-même qui aura le dernier mot sur le choix des professionnels qui assisteront à sa prise de parole. Un choix étonnant qui pose question."Nous lui soumettons toutes les demandes que nous recevons et c'est lui qui accédera à ces demandes", confirme une porte-parole d'Image 7 à franceinfo. Le nombre total de journalistes dépendra également des capacités d'accueil du lieu retenu pour la conférence.

Une fuite rocambolesque

Pour rappel, Carlos Ghosn avait été incarcéré en avril 2019 au Japon pour "abus de confiance aggravé" après 4 inculpations. La justice japonaise le soupçonne d'avoir détourné de grosses sommes d'argent de son entreprise à des fins personnelles. Le 30 décembre, il a organisé sa fuite, dans des circonstances qui restent encore non-élucidées.

D'après les informations de plusieurs médias, Carlos Ghosn aurait organisé seul son départ de sa résidence surveillée, pour rejoindre un aérodrome, duquel il aurait emprunté un premier jet privé grâce à un second passeport français en sa possession. (Ses autres passeports étaient conservés par ses avocats au Japon pour limiter le risque de fuite).

Ce jet l'aurait conduit en Turquie, à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, utilisé par les avions transportant des marchandises et pour des vols privés, avant de re-décoller 45 minutes après son arrivée dans un second jet en direction de Beyrouth au Liban, où il possèderait "de nombreux soutiens indéfectibles".

La compagnie aérienne porte plainte, Interpol demande son arrestation

De son côté, La compagnie aérienne privée turque MNG Jet a annoncé vendredi avoir déposé plainte pour "usage illégal" de ses services de location de jets lors de la fuite rocambolesque de l'ancien patron de Nissan et de Renault, et affirme n'avoir jamais eu connaissance du nom de Carlos Ghosn dans les passagers déclarés pour ces locations. La compagnie a lancé une enquête interne pour en savoir davantage.

Depuis, le Liban a reçu une demande d'arrestation d'Interpol pour le magnat déchu de l'automobile. Mais côté libanais, le message est clair. Selon la Sûreté générale, rien n'impose "l'adoption de procédures à l'encontre de M. Ghosn" ni ne l'expose "à des poursuites judiciaires". Le ministère de la Justice a d'ailleurs rappelé l'absence "d'accord d'extradition entre le Liban et le Japon".

4 janvier 2020

Trump tente un pari risqué.

Brendan Smialowski, AFP

Donald Trump avait prévenu sur Twitter mardi : Téhéran, accusé d’avoir orchestré l’attaque contre l’ambassade américaine à Bagdad, aurait à payer un « prix très élevé ». À un journaliste qui l’interrogeait sur une possible guerre, il répondait : « Je ne crois pas que cela va se produire. »

En éliminant Soleimani, Trump tape effectivement dur et au sommet de l’Iran. Les parlementaires républicains, tels le sénateur Ben Sasse, applaudissent comme un seul homme : « C’était un salopard qui a assassiné des Américains. »

trump iran20

Mais le Président a-t-il bien calculé les coups d’après ? « Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière », alerte l’ancien vice-Président Joe Biden, candidat démocrate à la Maison-Blanche. Depuis 2007, les militaires américains ont eu, plusieurs fois, le général Soleimani dans leur viseur. George Bush puis Barack Obama avaient ordonné la retenue, redoutant une guerre avec l’Iran.

Qu’est-ce qui pousse Trump à prendre le risque, lui qui n’a cessé de fustiger les « guerres sans fin » au Moyen-Orient ? Une combinaison de facteurs, à dix mois pile de la présidentielle.

D’abord, son bilan diplomatique nul : Poutine, qu’il ménage, vient de déployer des missiles hypersoniques face auxquels les États-Unis sont démunis ; Kim Jong-un, qu’il cajole, ne renonce pas à l’arme atomique ; l’Iran ne cessait de le narguer, sabotant des pétroliers et abattant un drone américain dans le détroit d’Ormuz… Trump leur notifie qu’on doit le prendre au sérieux.

Le coup de dés de Trump fait aussi diversion au Congrès, qui devait se consacrer dès mercredi au procès du Président pour abus de pouvoir. Il y a désormais un débat plus urgent. Et en cas de vraie guerre, l’opposition serait temporairement désarmée par l’union nationale de rigueur.

26 avril 2015

Hollande au camp de Struthof met en garde contre la résurgence "du racisme et de l'antisémitisme"

«La connaissance de l'Histoire ne nous préserve pas du pire, le pire peut toujours se produire et c'est en le connaissant que nous pouvons le prévenir». C'est ce qu'a déclaré François Hollande dimanche lors de la Journée de la Déportation. Il a commémoré avec les principaux dirigeants des instances européennes la libération du camp de concentration du Struthof (Bas-Rhin), le seul installé par les nazis sur le territoire français, dans l'Alsace alors annexée par l'Allemagne. Ce fut le premier camp de ce type découvert par les Alliés à l'Ouest. «L'antisémitisme et le racisme sont encore là et donc nous devons à travers cette cérémonie du Struthof agir pour protéger ceux qui peuvent en être encore des victimes», a-t-il poursuivi. Le président de la République est arrivé dans le camp vers 15h50 avec l'Allemand Martin Schulz, le président social-démocrate du Parlement européen. Il en est reparti vers 18h20 après avoir rencontré des déportés et leurs descendants et une série d'hommages. Construit sur le site d'une petite station de montagne, sur le versant alsacien des Vosges, le Struthof-Natweilern qui comprenait, outre le camp principal, une tentaculaire nébuleuse de camps annexes, fut le lieu de détention de quelque 52.000 déportés essentiellement des politiques, dont nombre d'Allemands, et des résistants mais aussi des Juifs, des Tziganes et des homosexuels. Près de 22.000 d'entre eux y périrent. Hollande : «Le fait d'Européens» François Hollande est le premier président à visiter la chambre à gaz de ce camp, où a été créé le Centre européen du résistant déporté, inauguré en 2005 par Jacques Chirac. Outre Martin Schulz, le président était entouré du président du Conseil européen, Donald Tusk. ainsi que de la Première ministre de Lettonie, Laimdota Straujuma, qui assure la présidence tournante de l'UE, et du secrétaire général du conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland. «Ce qui s'est passé ici est un crime atroce qui s'est produit en Europe et qui a été le fait d'Européens», a rappelé le président français qui s'est recueilli dans la chambre à gaz. Le président et ses invités ont longuement visité le camp.

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SAVE THE DATE : Le cycle de commémoration, omniprésent dans l'agenda de François Hollande depuis un an, devrait s'achever le 27 mai avec l'entrée au Panthéon de quatre grandes figures de la Résistance: Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Des membres du gouvernement français participeront également dans les semaines à venir aux commémorations organisées dans d'autres camps de concentration libérés en avril et mai 1945.

A propos de Germaine Tillion (que j'ai rencontré lorsque j'étais adolescent) voir mes précédents billets :

L’Algérie de Germaine Tillion sur scène...    25/03/2015

Libération de la poche de Lorient - La...14/03/2015

Le projet de réhabilitation de la maison...06/03/2015

Du 5 au 9 mars au Châtelet 04/03/2014

Germaine Tillion   21/02/2014

Germaine Tillion : bientôt au Panthéon 20/02/2014

Panthéon : trois résistants et un ancien... 20/02/2014

M.E.P. = Germaine Tillion 16/11/2013

"Le Verfügbar aux enfers" de... 14/05/2010

Germaine Tillion 10/04/2010

ARTE demain soir : Hommage à Germaine...19/04/2009

Germaine Tillion : 100 ans aujourd'hui  30/05/2007

Pour y accéder (après avoir noté les différentes dates) voir l'historique en cliquant sur le lien suivant : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/index.html 

28 avril 2015

AURAY : Une exposition sur le pont de St-Goustan

L’exposition « Sous les pavés… le pont » sera inaugurée jeudi. Elle sera visible jusqu’au 31 mai.

Découvrir l’histoire du pont

« Sous les pavés… le pont ». C’est le nom donné à l’exposition installée par la ville sur le vieux pont de SaintGoustan. Le vernissage de cette exposition en plein air aura lieu jeudi 30 avril, à 17 h. L’exposition sera visible jusqu’au 31 mai. La période choisie ne relève pas du hasard.« L’événement intervient en ouverture de la saison touristique et précède de quelques jours un autre événement festif imminent, la Semaine du Golfe, qui coïncide avec une grande affluence de visiteurs », explique Patrick Gouégoux, conseiller municipal délégué, en charge du patrimoine. L’occasion de découvrir l’histoire de cet ouvrage d’art au travers six panneaux placés sur leur passage.

Un pont stratégique

S’il est aujourd’hui facile de passer d’une rive à l’autre de la rivière d’Auray,« il n’en a pas toujours été de même » , rappelait il y a quelques années Pierre Robino, historien alréen. Jusqu’en 1865, rappelait Pierre Robino,« le tracé de la route du sud de la Bretagne passait par le pont de Saint-Goustan. » Le pont actuel n’a pas grand-chose à voir avec le pont médiéval dont le passage a pendant longtemps été réputé difficile. Il a été plusieurs fois reconstruit et consolidé au cours des siècles. Un parapet a été édifié en 1580 afin d’éviter que les passants ne tombent à l’eau.

1983, le dernier chantier

Plus près de nous le dernier chantier de consolidation et restauration du pont a eu lieu en 1983. Cette année-là, le pont s’ouvrait en deux sur sa longueur avec une fissure d’environ 15 centimètres dans la maçonnerie, se souvient Michel Le Roux, ancien directeur des services techniques de la Ville.« Elle était visible une fois les pavés enlevés. On a installé des rideaux de palplanches de chaque côté du pont jusqu’au substrat rocheux pour faire barrage, de manière à assécher les abords du pont pour travailler au sec. On a alors injecté du béton jusqu’au substrat rocheux pour créer un socle de fondation. » C’est cette histoire du pont que l’exposition raconte.

Auray13

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