Coup de tabac annoncé sur la route du Rhum ...
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— dessin presse (@dessinpresse) 4 novembre 2018
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On croyait Asia Bibi enfin sauvée. La Pakistanaise, condamnée à la pendaison pour blasphème en 2010, avait finalement été acquittée en début de semaine par la Cour suprême. Un accord, signé vendredi soir, entre le gouvernement pakistanais et les islamistes, remet tout en question. Les autorités d’Islamabad se sont engagées à ce que cette mère de famille, une chrétienne de 47 ans, ne puisse pas quitter le pays. Et elles ne bloqueront pas la requête en révision de l’acquittement, déposée jeudi par un religieux.
Le « crime » d’Asia Bibi ? Il y a presque dix ans, en juin 2009, alors que la chaleur avoisine les 45° dans les champs, l’ouvrière agricole, une chrétienne illettrée, ose se désaltérer en utilisant un gobelet réservé aux musulmans pour boire l’eau du puits… Blasphème, accusent les villageoises musulmanes qui assistent à la scène…
Aucune protection
Vendredi, le gouvernement a plié devant la levée de boucliers orchestrée par l’organisation islamiste Tehreek-e-Labaik (TLP), dont les manifestations paralysaient le pays depuis trois jours, bloquant les principaux axes routiers, tandis que les écoles et les commerces restaient fermés.
L’avocat d’Asia Bibi, Me Saif-ul-Mulook, menacé de mort, a quitté le Pakistan hier matin. « Dans le scénario actuel, il ne m’est pas possible de vivre au Pakistan, a-t-il déclaré. J’ai besoin de rester en vie car je dois poursuivre la bataille judiciaire pour Asia Bibi. » Le sexagénaire, qui juge la réaction violente des extrémistes « malheureuse mais pas inattendue », ne bénéficiait d’aucune protection rapprochée depuis le verdict. L’avocat dénonce l’attitude du gouvernement, « incapable de faire appliquer un jugement de la plus haute cour du pays ».
Pour le mari d’Asia Bibi, Ashiq Masih, l’accord entre les autorités et les islamistes « n’aurait jamais dû avoir lieu » : « Il est mauvais de créer un précédent consistant à faire pression sur la justice. » Il craint pour la sécurité de sa femme, maintenue sous les verrous, et demande sa protection. Lui-même se sait menacé. « La situation actuelle est très dangereuse. Nous n’avons aucune protection et nous nous cachons, nous changeons fréquemment de lieu », a-t-il déclaré à la radio allemande Deutsche Welle. Et de rappeler le meurtre de « deux chrétiens, des années après avoir été libérés par la justice. Eux aussi avaient été accusés de blasphème ».
Fureur des islamistes
En début de semaine, après huit ans dans les couloirs de la mort, la libération d’Asia, citoyenne d’honneur de la ville de Paris, s’annonçait imminente. C’était sans compter avec la fureur des islamistes. « Nous allons nous battre et exploiter tous les recours légaux pour nous assurer qu’elle soit pendue, conformément à la loi », ont-ils déclaré.
Alors qu’elle s’était réjouie de son acquittement, il y a quelques jours, hire, la journaliste Anne-Isabelle Tollet, qui œuvre depuis 2009 pour la libération de la Pakistanaise, s’est alarmée : « Asia Bibi est loin d’être tirée d’affaire ! »
En 2017, une autre affaire de blasphème s’était soldée par la démission forcée d’un ministre.
Nouvelle-Calédonie, 20 ans après l'accord de Nouméa : l'indépendance ?
— Loopsider (@Loopsidernews) 3 novembre 2018
👉 Écoutez Michel Rocard, l'un des principaux artisans de la paix dans la région, analyser la situation en 1988. pic.twitter.com/u6HRnn8YeW
Route du Rhum 2018 : l’envol vers l’inconnu des Ultimes
Par Clément Martel, Saint-Malo, envoyé spécial - Le Monde
Les géants des mers, les Ultimes, trimarans de plus de 30 mètres équipés d’appendices leur permettant de décoller, vont se disputer la victoire sur la 11e édition de la course qui commence dimanche.
A Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) , tous les concurrents célébrant les quarante ans de la Route du Rhum sont rassemblés dans le bassin Vauban, au pied des fortifications érigées par l’urbaniste de Louis XIV. Tous ? Non, car si les Imocas, Multi 50, Class 40, Rhum Multi et Monos composent une flotte bariolée, qu’admirent les nombreux badauds, la catégorie reine manque toutefois à l’appel : géants des mers, les Ultimes, des trimarans de 100 pieds de long (plus de 30 mètres), sont installés à l’écart.
L’écart, ces bolides des mers devraient le creuser rapidement avec le reste des 123 concurrents au départ, dimanche 4 novembre, de la onzième édition de cette transatlantique en solitaire, reliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Leur potentiel de vitesse fait prévoir une traversée en six jours, voire moins – là où le record établi par Loïck Peyron il y a quatre ans était de 7 jours 15 heures 8 minutes 32 secondes.
Le premier affrontement des bateaux volants
Vieux d’un à trois ans, ou reconfigurés pour certains, ces navires vont s’affronter en compétition pour la première fois de leur jeune histoire. Pour leurs skippeurs, tous ténors de la course au large – Armel Le Cléac’h (Banque populaire), Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), François Gabart (Macif), Thomas Coville (Sodebo) et Francis Joyon (Idec) –, il s’agira également d’un galop d’essai avant de se lancer dans la première course en solitaire en multicoque autour du monde, la Brest Oceans, en 2019.
« Il y a un plateau exceptionnel en Ultime cette année, savoure Sébastien Josse, dont le maxi-trimaran Edmond-de-Rotschild est l’un des derniers-nés de la flotte. Mais ce qui marque, c’est que ça va être la première course en solitaire sur des bateaux volants. » Pour la première fois en quarante ans de la mythique transatlantique, plusieurs de ces formules 1 des mers sont équipées de foils, ces appendices élévateurs permettant de s’extraire de l’eau et d’augmenter drastiquement la cadence.
« On a commencé par faire “voler” les bateaux sur quelques milles, en baie. Ensuite, on a fait de même pour les bateaux de la Coupe de l’America, sur des courts parcours. Et désormais, on va leur faire traverser l’Atlantique en vol avec un seul homme à bord », synthétise l’architecte Vincent Lauriot-Prévost du cabinet VPLP, où ont été conçus la majorité des “bateaux volants” actuels.
« Personne n’a d’expérience là-dessus »
Cette évolution a tout du saut dans l’inconnu. Car la plupart des skippeurs explorent le potentiel de leur monture. « Personne n’a d’expérience là-dessus. On progresse crescendo, en apprivoisant le bateau comme le pur-sang qu’il est, éclaire Sébastien Josse. On doit réapprendre des réflexes, car on ne navigue pas de la même manière sur un bateau volant qu’à bord d’un trimaran de l’ancienne génération. »
« Quand le bateau est en mode archimédien – quand il flotte de manière classique –, il tape chaque vague, prolonge François Gabart, qui a fait équiper de foils son maxi-trimaran Macif, avec lequel il a pulvérisé le record du tour du monde en solitaire en 2017. Puis, quand on s’élève au-dessus de l’eau, on s’affranchit de cette traînée due à la portée d’Archimède. Le bateau accélère, tape moins dans les vagues. Il n’y a plus de bruit, à part le petit sifflement des foils, moins d’à-coups et le bateau est capable d’accélérer. Cette sensation est fabuleuse. »
Affranchis du frottement des vagues, les Ultimes dernière génération peuvent atteindre des vitesses de pointe dépassant 80 km/h. « C’est comme activer un mode turbo, s’exclame Armel Le Cléac’h. On a un peu l’impression de planer. Et il faut trouver l’équilibre pour que le bateau reste sur ce mode-là et évite de retomber dans l’eau et d’être trop instable. C’est à la fois passionnant et pas évident, car sur ces immenses bateaux, quand l’état de la mer se durcit, l’équilibre est de plus en plus compliqué à trouver. »
Le Finistérien de 41 ans sait de quoi il parle. A la barre du plus récent des Ultimes, il a chaviré en avril, perdant son mât et de longs mois d’entraînement.
« En Ultime, on y va sur des œufs », rappelle Christian Le Pape, directeur du pôle Finistère course au large, qui a rassemblé quatre des cinq navires en stage à Port-la-Forêt à l’automne :
« Ce sont des bateaux fiables, capables de faire un tour du monde, mais l’instabilité d’un multicoque restera toujours une réalité physique : ils peuvent se mettre à l’envers. »
« Dès qu’on sort de l’eau, on va deux fois plus vite »
Confessant son admiration pour les bateaux volants, le vétéran du multicoque Francis Joyon (62 ans) a « modestement acheté un kitesurf à foil » pour tester la technologie. Et constate : « dès qu’on sort de l’eau, on va deux fois plus vite. » Mais rendre volant son Idec, double tenant du titre (Groupama, en 2010, devenu Banque-Populaire-VII en 2014), « l’aurait alourdi de presque deux tonnes, ce qui aurait été très cher payé parce qu’on ne peut pas voler dans toutes les conditions ».
Il s’est donc « contenté de soulager un peu plus » son navire en équipant notamment le safran de plans porteurs, à l’instar de ses concurrents. « Mais on ne sortira jamais complètement de l’eau. » Pour autant, à l’instar de Thomas Coville, dont le Sodebo a aussi été reconfiguré, le vétéran n’entend pas céder le passage aux bateaux volants. « J’ai le bateau le plus puissant de la flotte, conçu pour naviguer dans le vent du mauvais temps des 40es rugissants et des 50es hurlants », prévient-il, souriant.
Les dernières prévisions météo vont dans le sens de celui qui a bouclé le tour du monde en quarante jours (en équipage). « C’est sûr que les premières quarante-huit heures, voire les trois premiers jours, on va commencer directement par la haute montagne », avertit Armel Le Cléac’h. De quoi brider les ailes des plus aériens des navires.
L’inconnue des réactions physiques des skippeurs
Difficile dans ces conditions de dégager un favori. D’autant qu’outre l’inconnue matérielle, les réactions physiques des skippeurs face aux vitesses annoncées ne restent que théoriques. « On n’a aucune référence, martèle Christian Le Pape. Il faut être réaliste, quand il y a une pointe à 47 nœuds (87 km/h), ça peut avoir des implications viscérales. Parce que ce sont des chocs qui peuvent entamer la carcasse. Mais où est la limite ? On n’en sait rien. »
Pour Vincent Lauriot-Prévost, « le marin qui sait dormir quarante nœuds seul sur son multicoque a un avantage sur ceux qui ne l’ont pas encore expérimenté. Et aujourd’hui, le seul à l’avoir fait, c’est François Gabart lors de son tour du monde en solitaire. » Et l’architecte de rappeler l’importance de l’expérience dans les courses en solitaire :
« Ceux qui ont le plus expérimenté les conditions qu’ils vont rencontrer, et connaissent un peu les limites de leur bateau, seront les mieux placés à l’arrivée. »
« Dans les années qui viennent, tous les bateaux vont être amenés à voler, conclut François Gabart. C’est une certitude, mais on commence par les multicoques parce que ça reste les plus faciles aujourd’hui à faire voler. » Comme ses congénères, le skippeur a hâte de déployer les ailes de son navire.
La torche allumée, le Minotaure reprend son périple vers le Pont#gardiendutemple pic.twitter.com/hVFEpuywaK
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