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Jours tranquilles à Paris

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1 novembre 2018

Compiègne, terre de mémoire

Par François Bostnavaron

Un impressionnant bunker, un musée à ciel ouvert le long de la ligne de front, la célèbre clairière de l’Armistice… A la veille du centenaire de 1918, visite mémorielle autour de la commune de l’Oise, au cœur de la Grande Guerre.

Clairière de l’Armistice de Rethondes, en forêt de Compiègne. C’est là que démarreront les festivités du centenaire de la fin de la Grande Guerre, avec, en point d’orgue, une cérémonie à laquelle assisteront le président de la République Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, dans l’après-midi du 10 novembre.

Car l’Oise et son histoire sont évidemment liées à la première guerre mondiale. Pour comprendre les enjeux de ce conflit, se souvenir, transmettre, visite mémorielle de Compiègne et sa région.

Le wagon de l’Armistice

Commencer par le Mémorial de l’Armistice est le meilleur moyen pour s’immerger dans ce passé. Auparavant vieillot et poussiéreux, l’endroit, à la faveur des cérémonies du centenaire, a bénéficié d’une rénovation et d’une nouvelle scénographie, ainsi que d’une extension de plus de 500 mètres carrés de la surface d’exposition.

Le célèbre wagon – du moins un wagon identique, l’original ayant été détruit – dans lequel fut signé l’armistice, est toujours là. Mais pour le reste, Bruno Badiche, le scénographe, a opté pour une présentation chronologique évoquant notamment les temps forts du conflit.

Une visite en une dizaine d’étapes qui fait la part belle à la 3D : celle d’époque avec les photos sur plaque de verre selon le vieux procédé steréoscopique qui donne un effet de relief saisissant – une technique qui consistait à prendre une photo avec un appareil à deux objectifs recréant ainsi les conditions du relief –, et celle d’aujourd’hui, générée par ordinateur, dans une nouvelle salle de projection.

Au sortir du musée, faire un tour dans la clairière à la découverte d’émouvants monuments, dont cette dalle sacrée sur laquelle on peut lire, gravé dans le même granit de Vire (Calvados) que la tombe du Soldat inconnu de l’Arc de triomphe : « Ici le 11 novembre succomba le criminel orgueil de l’empire Allemand vaincu par les peuples libres qu’il comptait asservir ».

La vie des poilus

A quelques minutes en voiture de la clairière de l’Armistice se trouve le point d’entrée du Musée Territoire 14-18. Une notion un peu floue pour une réalisation bien concrète : ce musée est, en fait, une balade à ciel ouvert sur une soixantaine de kilomètres.

En une vingtaine de sites, on appréhende mieux la vie des villages, des poilus, où se mêlent souvent l’Histoire avec un grand H et celle du quotidien, faite de souffrance et d’absence.

Il y a pourtant un point de départ incontournable pour toutes ces balades : l’exposition très didactique et très complète qui se trouve dans l’ancien presbytère de l’église de Rethondes. Une église qui se visite également pour ses vitraux, et dont les cloches ont été les premières à sonner l’Armistice. L’anecdote veut que la vigueur avec laquelle les cloches ont été sonnées aurait provoqué d’importantes fêlures…

Un bunker de 32 mètres

L’abri du Kronprinz, à Nampcel, est l’un des vestiges les plus imposants de la Grande Guerre. Ce bunker, classé à l’inventaire des monuments historiques depuis 1999, tire son nom du Kronprinz de Bavière, qui y aurait, dit-on, séjourné à l’été 1918.

Edifiée entre 1915 et 1916 avec les pierres des maisons détruites de Nampcel, la casemate de 32,8 mètres de long, 10 mètres de large et 6 mètres de haut servait à se protéger des tirs de l’artillerie française. Les Allemands l’occupèrent jusqu’en mars 1917 avant de l’abandonner et de la rependre quatorze mois plus tard… Le bunker est aujourd’hui restauré et mis en valeur par l’Association pour la rénovation de l’abri du Kronprinz. Plusieurs des circuits de randonnée faisant partie du circuit Musée Territoire 14-18 passent par ce lieu.

Les petits soldats de Compiègne

A proximité de Rethondes, il y a évidemment Compiègne et la sous-préfecture de l’Oise ne manque pas de témoignages autour de la Grande Guerre. Deux endroits ont su nous séduire : le Musée de la figurine historique, d’abord, réussit la prouesse de réunir la Grande Guerre et les petits soldats, qu’ils soient en étain, en plomb, en bois ou même en papier… Pas moins de 155 000 figurines retracent l’histoire, de l’Antiquité à la seconde guerre mondiale.

Les poilus font l’objet de deux compositions réalisées par l’abbé Robert Ducoin dans les années 1970 sur « Août 1914 » et « Mars 1918 ». La première montre en détail une batterie de 75 au complet, soit 173 hommes et 168 chevaux. La seconde, nous transporte sur le front de 1918 avec les chars d’assaut, l’arrivée des troupes sénégalaises, la conduite des trains d’équipage et la construction des boyaux et des tranchées. Des petits soldats, comme ceux avec lesquels ont joué tous les enfants du monde, qui racontent l’histoire et témoignent du quotidien des poilus avec un réalisme surprenant.

Le Palais, initialement demeure des rois Louis XV et Louis XVI, puis celle des empereurs Napoléon Ier et Napoléon III, a été transformé en hôpital de l’automne 1914 au printemps 1917, une dimension humanitaire qui préservera l’édifice. L’armée française y installera même son quartier général jusqu’en juin 1918.

Aujourd’hui, la salle des gardes du roi, dans laquelle était installé l’hôpital, a retrouvé son lustre… Elle se visite, comme les appartements de l’Empereur et de l’impératrice, le Musée du Second Empire, celui de la voiture (de l’attelage à la voiture moderne), ainsi que le très beau parc qui voisine la forêt.

Les murs ont de la mémoire

C’est un musée unique en son genre que l’on doit à Serge Ramond, habitant de Verneuil-en-Halatte. L’homme, aujourd’hui décédé, s’est passionné pendant quarante ans pour les graffitis historiques ; l’ancien Musée des graffitis historiques est aujourd’hui devenu celui de la « mémoire des murs ». Ici, plus de dix mille ans de témoignages gravés, du néolithique au XXe siècle, sont mis en valeur.

N’allez pas imaginer que Serge Ramond découpait des bouts de mur ! Il utilisait une méthode très simple : une prise d’empreinte effectuée avec de la plastiline, sorte de pâte à modeler appliquée sur le motif à reproduire. De cette empreinte est tirée un moulage en plâtre, qui reçoit une patine restituant l’aspect de la pierre et révèle le dessin ou le texte gravé.

C’est à l’étage, dans l’un des combles du musée, que se trouve une exceptionnelle collection de plusieurs centaines de moulages de graffitis gravés et sculptés par tous les soldats qui ont cantonné dans les carrières, en Picardie, lors du premier conflit mondial. Français, Anglais, Américains et Allemands ont ainsi contribué à illustrer ce Lascaux moderne. Pas de bisons ici, mais un navire baptisé Liberté en train de couler, œuvre d’un poilu du 218e régiment, entouré d’une phrase, « Septembre 1917, la liberté quittant le monde… », ou cette tête de chef sioux, avec sa coiffe, attribuée à un soldat américain.

A la carrière de la Botte, la guerre souterraine

En nous attendant, Yohan Levaire, membre de l’association Les Souterrains 14-18 de la Carmoye, a glané dans le champ d’en face quelques morceaux d’obus, la terre rendant toujours ce qu’elle a absorbé…

Situés sur les hauteurs de Cannectancourt, au nord-est de l’Oise, dans le massif dit de « la Petite Suisse », près de la ferme de la Carmoye, les souterrains de la carrière de la Botte constituent un lieu unique dans le département.

« L’exemple même de la guerre souterraine », explique Yohan en nous menant à l’entrée de la carrière après une courte marche dans un bois peu touffu où la nature a quand même sur cette longue période repris ses droits. « C’est ici, nous dit-il, que les Allemands se sont enterrés, à plus de dix mètres sous terre parfois plus, de 1914 à 1917. » En mars 1917, la carrière est reprise par l’armée française.

Aujourd’hui, la visite à la lueur d’une lampe reste un moment d’une rare émotion, tant les témoignages qui y subsistent, dessins, objets et autres inscriptions vous transportent un siècle en arrière…

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1 novembre 2018

Dita von Teese

1 novembre 2018

Focale

focale

31 octobre 2018

Helmut Newton (photographe)

Helmut Newton, né Helmut Neustädter le 31 octobre 1920, à Berlin et mort le 23 janvier 2004, à Los Angeles, est un photographe australien d'origine allemande. Il est connu pour ses photographies de mode et de nus féminins.

newton birthday

helmutnewtonfoundation#OTD Helmut Newton was born on this day in 1920 in Berlin! He purchased his first camera at the age of 12. Only four years later he started working for the German photographer Yva (Elsie Neuländer Simon). In 1938 he had to flee from the Nazis and finally found work in Singapore at the “Singapore Straits Times.” He met his beloved June Newton aka Alice Springs in 1947. One year later they got married. They lived in Australia, later in London and Paris. His cultural achievements where honoured with the "Deutsche Verdienstkreuz" in 1992. His largest retrospective at the Neue Nationalgalerie in Berlin on the occasion of this 80th birthday was a full success and travelled to London, New York, Tokyo, Moscow and Prague, among others. Helmut Newton died in Los Angeles in 2004 after a car accident. The Helmut Newton Foundation was opened shortly following his death.

31 octobre 2018

Le dessin du Monde daté de ce jour

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31 octobre 2018

Moi Magazine

moi88

moi89

31 octobre 2018

Illectronisme : les oubliés de la start-up nation

Par Aline Leclerc, (avec Manon Rescan)

La dématérialisation des démarches administratives est un des piliers de la « révolution numérique » que le gouvernement appelle de ses vœux. Une mesure potentiellement excluante.

Sur la table de sa salle à manger, Annie, 71 ans, a étalé tous les courriers qu’elle range habituellement bien précautionneusement dans des pochettes à rabats. Il y a là des lettres de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV), de la Caisse d’allocations familiales (CAF), des avis d’impositions.

Cette ancienne gardienne d’immeuble, en Seine-Saint-Denis, cherche à comprendre pourquoi sa retraite de base est passée de 1 145,94 euros à 1 106,38 euros. Et depuis quand exactement ? Elle a beau chercher, elle ne trouve pas. Les derniers courriers de la CNAV remontent à 2015. Où sont passés les autres ? « Ah mais je n’en reçois plus maintenant, c’est tout par Internet, explique-t-elle, et Internet, moi j’y connais rien. »

Se lancer seule dans la création de son « espace personnel » ? Annie ne l’imagine même pas. Il lui faudrait remplir sans se tromper numéro de Sécurité sociale, date de naissance, mais surtout inventer un mot de passe et franchir l’étape de sécurité qui oblige l’internaute à recopier des lettres biscornues pour prouver qu’elle n’est « pas un robot » : « Qu’est ce que c’est que ce machin-là ? », se cabre la retraitée.

Comme elle semble loin de ce HLM de Seine-Saint-Denis, la « start-up nation », cette nation qui « pense et bouge comme une start-up », cette France bientôt « leader de l’IA [intelligence artificielle] et des deeptechs [des produits ou des services sur la base d’innovations de rupture] » dont rêve le président Emmanuel Macron, comme le 9 octobre à Paris, devant les start-upers de la Station F. Lors de sa présentation de la réforme de l’Etat, lundi 29 octobre, le premier ministre Edouard Philippe a d’ailleurs redit son « ambition » : « que 100 % des services publics soient accessibles en ligne à l’horizon 2022. » La dématérialisation des démarches administratives devenant ainsi l’un des piliers de la « révolution numérique » que le chef du gouvernement appelle de ses vœux.

« Le côté humain disparaît derrière les écrans »

« C’est à la fois terriblement démocratique et potentiellement excluant », observe Jean Deydier, fondateur et directeur d’Emmaüs Connect, une branche de l’association Emmaüs qui lutte contre l’exclusion numérique. « Pour une très grosse majorité de la population, la dématérialisation est une aubaine, tout sera plus simple. Mais dans le même temps, on risque de laisser une masse de population sur le bord de la route », poursuit-il.

Car Annie n’est malheureusement pas la seule à redouter les démarches en ligne. Des personnes confrontées aux mêmes difficultés, Le Monde en a croisé partout en France.

Comme Indira, 26 ans, qui doit se faire aider pour remplir son dossier en ligne dans un Pôle emploi de Belfort – à l’heure où l’opérateur met en avant ses « applis » pour smartphone ou son site « Emploi store » pour « booster sa recherche d’emploi ». Ou Marie, 48 ans, qui vient chercher de l’aide au Secours catholique à Paris pour actualiser son dossier de revenu de solidarité active (RSA). « Partout, le côté humain disparaît derrière les écrans, dit-elle. Avant, quand on avait un problème, on pouvait espérer être reçu. Maintenant, c’est tout par informatique. »

A Bourg-Achard (Eure), c’est encore cette retraitée qui confie son désarroi à sa députée lors d’un repas des Anciens organisé par le centre communal d’action sociale : « Comment fait-on quand on n’a pas d’ordinateur ? » Et qui n’a pas reçu l’appel d’un parent ou d’un voisin, en recherche d’une assistance technique face à l’outil informatique ?

Perdu, aussi érudit ou diplômé soit-il, devant un test de sécurité qui demande d’identifier des détails dans une image, ou devant l’élaboration d’un mot de passe sécurisé avec « caractères spéciaux » ? Des consignes évidentes pour les initiés mais qui ont tout d’une langue étrangère pour les néophytes. Une forme d’illettrisme appelée illectronisme.

Le secrétariat d’Etat chargé du numérique compte treize millions de Français qui n’utilisent pas ou peu Internet dont 6,7 millions qui ne s’y connectent jamais. Une enquête CSA de mars révélait que 15 % de nos concitoyens trouvaient l’usage des équipements de nouvelles technologies « difficile », et jusqu’à 39 % des 70 ans et plus.

Les plus concernés sont les publics les plus fragiles. Une étude publiée par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) en 2017 faisait de la dématérialisation « la double peine des personnes en difficulté » : personnes âgées, personnes handicapées ou souffrant de maladie chronique, allocataires de minima sociaux, habitants de zone rurale. Ce sont à la fois ceux qui ont le plus de difficultés d’accès au système qui en sont les plus tributaires pour toucher les allocations auxquelles ils ont droit.

« 20 % à 25 % de personnes en difficulté »

Les freins sont de deux ordres : il y a ceux qui manquent d’équipement – pas d’ordinateur ou de smartphone, ou pas de connexion Internet à domicile. Mais il y a aussi les difficultés d’usage. « Des gens qui comprennent à peu près comment marche un ordinateur bloquent devant l’enjeu : ils savent qu’une erreur peut leur coûter cher, indique Jean Deydier. C’est là qu’on constate un effet contraire de la dématérialisation : on crée un nouveau canal mais qui génère du stress et crée un afflux au guichet. »

Il suffit en effet de se rendre dans une CAF ou dans un centre des impôts pour constater que les files d’attente n’ont pas diminué.

Assistante sociale depuis 1981 dans un département défavorisé, Nicole voit ainsi de plus en plus de personnes venir lui demander de faire des démarches à leur place, à commencer par la création d’une adresse mail.

« La fracture numérique on la voit au quotidien », déplore-t-elle en pointant les risques du système : « avant, pour le RSA, les gens recevaient un courrier tous les trois mois. Maintenant, l’actualisation se fait par mail. Mais, s’ils n’ont pas d’ordinateur, ou ne savent pas se connecter, ils n’y ont pas accès… Or au moindre retard, l’arrêt du paiement est immédiat. »

Le phénomène n’est pas nouveau : en 1999, Lionel Jospin, alors premier ministre, redoutait déjà que l’essor des technologies de l’information crée « un fossé numérique ». Mais l’accélération de la « révolution numérique » – Edouard Philippe a encore annoncé, lundi, une nouvelle vague de services accessibles en ligne – a accru les inquiétudes.

« Si en 2022, on oblige les gens à accéder aux services publics par le numérique, il y aura 20 % à 25 % de personnes en difficulté », a alerté le Défenseur des droits Jacques Toubon, le 18 octobre, lors de la quatrième convention de ses délégués, qui s’est tenue en présence du secrétaire d’Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi. M. Toubon, qui a appelé à « simplifier et réhumaniser les services publics offerts aux citoyens », publiera en décembre un premier rapport entièrement consacré à la dématérialisation.

Déjà, certaines démarches administratives ne se font plus qu’en ligne. C’est le cas pour la prime d’activité. Et pour la première fois en 2019, ce sera également le cas pour la déclaration de revenus, mettant tout le monde au pied du mur. De nouveaux documents vont également être dématérialisés dans les années qui viennent, comment les ordonnances médicales (une expérimentation aura lieu en 2019) ou encore l’inscription (en ligne) sur les listes électorales.

« Soit on forme les gens et on booste leurs capacités, soit on ne fait rien et on les perd », résume Jean Deydier. Emmaüs Connect a d’ailleurs lancé, en octobre, une campagne pour étoffer son volant de bénévoles chargés de la formation des personnes victimes de cette fracture numérique.

« Ticket-restaurant » du numérique

Conscient des risques, M. Mahjoubi a lancé, mi-septembre, un « plan national pour un numérique inclusif ». L’objectif est de détecter les publics en difficulté et de les rendre le plus autonome possible : 10 millions d’euros vont ainsi permettre de financer des « pass numériques », sorte de ticket-restaurant du numérique, donnant droit de 10 heures à 20 heures de formation. Et 5 millions d’euros doivent permettre de faire émerger partout en France des « hubs » – la rhétorique de la start-up nation n’est jamais loin –, soit la création de structures référentes, dédiées à l’inclusion numérique.

Le gouvernement espère créer ainsi un « effet levier » qui permette de monter en puissance sur le sujet. Pôle emploi financera par exemple des « pass numériques » pour que certains demandeurs d’emploi puissent accéder à des cours.

Les jeunes ayant choisi de faire un service civique ont par ailleurs été identifiés comme autant d’accompagnateurs potentiels à l’inclusion numérique. A Pôle emploi, ils sont déjà 3 200 à épauler les demandeurs. L’objectif affiché par le gouvernement est de former 1,5 million de personnes confrontées à l’illectronisme par an. « C’est très ambitieux », reconnaît-on dans l’entourage de Mounir Mahjoubi, où l’on est conscient que cet objectif ne sera pas atteint la première année. « Il faut que l’opinion publique s’empare du sujet qui reste encore confidentiel », ajoute-t-on au secrétariat d’Etat chargé du numérique.

Présenté le même jour que les annonces gouvernementales sur la pauvreté, le plan Mahjoubi est d’ailleurs passé un peu inaperçu. Il a néanmoins été salué par les associations qui y ont vu un premier pas encourageant. Mais tout reste à construire. L’élaboration des « hubs » n’en est encore qu’au stade de l’appel à projet.

Et dans le milieu associatif, certains pointent le risque de voir cette nouvelle manne de financement mal utilisée. « Jusqu’ici il n’existait rien, ce plan est une base. Mais il n’est pas adapté au public que nous connaissons », estime Armelle de Guibert, déléguée générale des Petits Frères des pauvres, qui aide des personnes âgées en situation de précarité. « Ce public âgé ne se rendra pas dans des endroits inconnus pour prendre des cours », redoute la responsable associative.

« Est-ce qu’on va aider seulement ceux qui sont les plus proches du numérique, ou aussi ceux qui en sont le plus loin ? », interroge, lui aussi, le directeur d’Emmaüs Connect, Jean Deydier.

En présentant la réforme de l’Etat lundi, le gouvernement a précisé que les Français désireux de faire part de leurs difficultés d’accès aux services publics, notamment liées à la dématérialisation, pourront bientôt le faire… en ligne, via la plateforme « Vox Usagers ».

31 octobre 2018

Halloween

31 octobre 2018

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30 octobre 2018

Sexo - Pourquoi, et par quoi, remplacer un pénis ?

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Par Maïa Mazaurette - Le Monde

Face à une pornographie génératrice de complexes, recourir à des aides extérieures peut constituer une bonne alternative. Mais si le membre viril comme instrument pénétrant est remplaçable, il ne l’est pas comme instrument de plaisir, rappelle la chroniqueuse de « La Matinale », Maïa Mazaurette.

C’est une question qui fâche, mais qui devrait nous rassembler : remplacer les pénis, pour quoi faire ? Le corps humain doit-il toujours être transformé en marchandise, ou en l’occurrence, traité comme un objet ? S’agit-il de castrer les hommes pour satisfaire le lobby féministo-chirurgical ? Délaissons les théories du complot et soignons plutôt notre bonne humeur dominicale : disposer d’alternatives pour la pénétration pourrait paradoxalement sauver nos pénis sous pression. Car en ce moment, on leur en demande beaucoup.

L’omniprésence de la pornographie commerciale fait en effet croire que les pénis normaux (13 cm en érection) ne répondent pas aux critères contemporains de désirabilité (malheureusement, savoir que la pornographie est hyperbolique n’empêche pas d’en ressentir les effets – de même que les retouches publicitaires n’empêchent pas de développer des complexes). Nos attentes concernant les performances sont tout aussi irréalistes : selon l’enquête Zava de mai 2018, un Français sur deux surestime la durée du rapport sexuel (qui est de 5 minutes en moyenne).

Cette pression touche les micropénis autant que les gourdins, les malades (stress, déprime, effets secondaires médicamenteux) autant que les amants bien portants victimes de coups de mou bénins (fatigue, ivresse, routine). Car quand on a l’impression de ne pas « assurer », le cercle vicieux s’enclenche, provoquant des impuissances ou des éjaculations rapides. C’est la double peine ! Face à ces embarras, on a tendance à penser implants ou pilules. Mais des alternatives non-invasives – des pénis de remplacement, donc – peuvent constituer des filets de sécurité émotionnels et sexuels. Plutôt que se morfondre face à une mécanique constamment perçue comme défaillante, il faudrait pouvoir porter des godemichés comme on enfile une paire de lunettes.

Chemins de traverse

Les hommes ne sont bien sûr pas les seuls bénéficiaires de cette forme d’« aide à domicile ». Les femmes, les couples de femmes, les personnes trans, les masturbateurs comme vous et moi (surtout vous) sont concernés… tout comme les simples curieux et les explorateurs. Si les chemins de traverse nous donnent du plaisir, pourquoi se soumettrait-on toujours à l’anatomie ?

La première alternative qui vient à l’esprit, la plus proche du « vrai » pénis, c’est évidemment le gode-ceinture. Et si nous persistons à imaginer des harnachements de cuir et des protubérances agressives, il est temps de secouer les représentations, car la machine de guerre n’est pas la seule option. La marque WetForHer propose ainsi des petites culottes féminines, auxquelles les utilisatrices peuvent attacher des godemichés (de 85 à 125 euros le kit complet, existe aussi en version boxer).

Bien sûr, rien n’oblige à remplacer un pénis par son strict équivalent, ou par une excroissance qui se situerait au même endroit ! Les amants audacieux pourront jouer sur des pénis déplaçables, destinés à inventer de nouvelles positions : il existe des harnais « universels » permettant de se coller une verge sur le genou, sur la cuisse ou au milieu du front, comme nos amies les licornes. Avant d’en rire, considérez les possibilités offertes : avec un godemiché installé sur le menton, on peut combiner pénétration vaginale et cunnilingus. Absurde ? Pas pour le plaisir féminin !

Cependant, si le côté Frankenstein vous effraie, considérez plutôt les godemichés façon science-fiction, fixables sur des machines (les mécaniciens du dimanche adoreront construire la leur) ou sur son mobilier, en ajoutant tout bêtement des ventouses.

Du côté des godemichés sans harnais, les dernières limites de l’imagination tombent… D’où la nécessité de s’informer face à un choix pléthorique. Avez-vous envie d’un modèle réaliste, ludique, merveilleux ? Cette dernière question vaut qu’on remette en cause les représentations traditionnelles : vous trouverez dans le commerce des reproductions de pénis d’animaux (nos amies les bêtes apprécieront qu’on les laisse tranquilles) ou de créatures fantastiques (c’est la spécialité de la marque Bad Dragon, qui existe depuis déjà dix ans). On peut également se tourner vers des godemichés « aspirationnels » qui serviront uniquement d’objet de fantasme (je doute que quiconque arrive à insérer les 90 centimètres du modèle Moby ailleurs que dans son imagination).

Découpler pénis et virilité

Puisque nous parlons de format, ne négligeons pas un des intérêts essentiels du pénis artificiel : sa taille… mais sans aller forcément vers l’élargissement. Car en l’absence de terminaisons nerveuses sur votre dildo préféré, vous ne saurez pas toujours si vous faites mal, ou au contraire, si votre partenaire a un orgasme. Il faut donc redoubler d’attention… ou commencer en utilisant les substituts les moins chers du marché : les doigts (et par extension, les mains). Côté précision et mobilité, on n’a pas encore trouvé mieux. Cependant, les adeptes du silicone pourront aussi se tourner vers les petits godemichés flexibles, bien plus supportables et bien moins intimidants pour une pénétration anale.

Enfin, grâce aux modèles à double embout, en verre, métal ou bois, aux variations vibrantes, parlantes, gonflables, phosphorescentes, connectées, waterproof, d’autres modes d’intromission deviennent possibles, qui nous éloignent du côté glauque souvent associé aux godemichés ultraréalistes. Chacune de ces spécificités questionne nos habitudes : finalement, la pénétration, c’est quoi ? Sur qui s’opère-t-elle, à quelles fins, dans quelles positions ? Pourquoi la production culturelle s’acharne-t-elle à nous présenter comme alternatives des concombres ou des manches à balais ?

Le fait est que nous restons attachés à l’intégrité du corps masculin dans toutes ses dimensions… et tant mieux. Car si le pénis comme instrument pénétrant est remplaçable, il ne l’est absolument pas comme instrument de plaisir (le jour où les concombres auront des orgasmes, faites-moi signe). A ce titre, le membre viril ne risque pas de finir aux oubliettes ! On rappellera d’ailleurs aux réticents que ça n’était pas « mieux avant » : le plus vieux godemiché a été retrouvé en Allemagne, et daterait d’il y a 30 000 ans. De la Grèce antique à Shakespeare, de la Chine du XVe siècle au Zanzibar du XIXe siècle, nous avons toujours eu des alternatives. Manifestement, ça ne nous a jamais empêché de reproduire l’espèce.

Pas de panique morale, donc : découpler le pénis de la virilité ne remet pas plus en cause la virilité que découpler les performances de la jouissance ne remet en cause notre humanité. On pourrait même arguer du contraire. Se prendre pendant quelques minutes pour un amant infatigable, rêver d’être un dieu ou un esclave, fantasmer un corps différent et des plaisirs infinis… qu’y a-t-il finalement de plus humain ?

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