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Jours tranquilles à Paris

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30 octobre 2018

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30 octobre 2018

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30 octobre 2018

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29 octobre 2018

Election au Brésil : Bolsonaro ou la revanche du « Brésilien moyen »

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Par Claire Gatinois, Sao Paulo, correspondante - Le Monde

Parlementaire méprisé par ses pairs, réputé pour ses outrances et sa vulgarité, l’ancien militaire, élu président dimanche, a bénéficié du glissement de l’électorat vers le vote protestataire.

Dans son bureau de député, les murs sont encore tapissés de portraits de ceux qu’il considère comme les « héros de la patrie » : Humberto Castelo Branco, Arthur da Costa e Silva, Emilio Garrastazu Medici, Ernesto Geisel et Joao Figueiredo. Les généraux au pouvoir pendant la dictature militaire au Brésil, de 1964 à 1985. « Une révolution démocratique », selon lui, dont l’erreur fut « de torturer au lieu de tuer ».

Mais ce dimanche 28 octobre, Jair Bolsonaro a quitté son officine étriquée. Il n’est plus ce parlementaire méprisé par ses pairs, réputé pour ses outrances et sa vulgarité. Prenant la stature d’un homme d’Etat, il préfère annoncer son triomphe dans un décor épuré, se faisant le sauveur d’un Brésil qu’il prétend défendre contre la menace « communiste » et la « perversité » du monde moderne.

Pourfendeur d’ennemis imaginaires, le représentant de l’extrême droite a remporté la bataille. Ce nostalgique du régime militaire, raciste, paranoïaque, homophobe et misogyne vient d’être élu président du Brésil avec 55 % des voix face à son adversaire de gauche, Fernando Haddad.

Le capitaine de réserve, ancien membre indiscipliné de la brigade d’infanterie parachutiste, a-t-il séduit un Brésil plein de fureurs grâce à ses invectives contre la gauche et le Parti des travailleurs (PT) ? En raison de son discours moraliste et punitif ? Ou pour son profil « antisystème », promettant d’en finir avec une oligarchie au pouvoir depuis trop longtemps ? Sans doute pour tout cela à la fois.

« Jair Bolsonaro est brut, sec. Il dit des gros mots et se montre agressif sur la forme. Il représente le Brésilien moyen qui, comme lui, s’indigne de la situation du pays », pense Adriano Gianturco, professeur de sciences politiques à l’Ibmec, institut d’études supérieures dans l’Etat du Minas Gerais.

« Impulsif mais inactif »

Né le 21 mars 1955 dans la petite ville de Glicério dans l’Etat de Sao Paulo, Jair Bolsonaro, 63 ans, descendant d’immigrés allemands et italiens, est un homme en colère. Il l’a toujours été. Militaire, il s’est fait l’avocat de sa brigade, réclamant une hausse de la solde pour les cadets de l’académie militaire des Aiguilles noires de Resende, dans l’Etat de Rio de Janeiro. Décrit par sa hiérarchie comme un élément « d’une ambition excessive pour se réaliser financièrement », il rédigera une tribune dans le magazine conservateur Veja en 1986 pour faire valoir ses revendications. L’audace lui vaudra quinze jours de mitard. Un an plus tard, il est suspecté de fomenter un attentat, plaçant une bombe de faible calibre dans les toilettes de la brigade et sera, en conséquence, cantonné à la réserve.

Par dépit, le capitaine adorateur de l’uniforme entame une carrière politique. Elu conseiller municipal à Rio, en 1988, il brigue en 1990 un poste de député qu’il remporte sans difficulté en se faisant l’avocat des forces armées, de la libéralisation du port d’armes et l’admirateur des tortionnaires de la dictature. Sept mandats plus tard, Jair Bolsonaro laisse le souvenir d’un parlementaire dit du « bas clergé ». Un politicien sans relief.

En vingt-sept ans, il ne sera parvenu à faire adopter que deux textes : l’un dont il est l’auteur, visant à proroger les bénéfices fiscaux pour le secteur de l’informatique et de l’automatisation, l’autre qu’il s’est approprié, afin d’autoriser la phosphoéthanolamine synthétique, la « pilule du cancer », sans l’aval de l’Anvisa, l’agence brésilienne de la santé.

« Jair Bolsonaro est un personnage truculent, impulsif mais inactif. Il est dans la négation, pointant des problèmes sans proposer de solutions. Il se contente de désigner des coupables à punir », raconte Antonio Augusto de Queiroz, directeur du département intersyndical d’assistance parlementaire (DIAP). Ignoré, Jair Bolsonaro se plaint d’être un député de seconde zone.

Faire « fusiller » les sympathisants du PT

Mais l’ambitieux prend conscience que la provocation est son unique capital politique. Avide de notoriété, il appelle les journalistes pour assister à ses polémiques programmées. C’est en face d’une caméra de télévision qu’il lance, dans le salon vert du Parlement : « Je ne vous violerai pas, vous ne le méritez pas », à la députée du PT Maria do Rosario. En 2014, il répétera l’outrage dans l’hémicycle.

Lors du vote en faveur de l’« impeachment » (destitution) de la présidente de gauche Dilma Rousseff, il dédie sa voix « à la mémoire du colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra », l’un des plus grands tortionnaires de la dictature. Quelques minutes plus tard, le député Jean Wyllys, du Parti socialisme et liberté (PSOL, gauche) lui crache au visage après avoir été traité de « pédé ». Ces invectives lui valent amendes et rappels à l’ordre, mais sans remettre en cause son mandat.

L’officialisation de sa candidature pour la présidentielle en 2016 ne l’incite guère à la mesure. Jair Bolsonaro hait Luiz Inacio Lula da Silva, le PT, Cuba, le Venezuela, Nicolas Maduro, Hugo Chavez, le Mouvement des sans-terre et tout ce qui ressemble de près ou de loin à un « rouge », et il le fait savoir. Promettant de « fusiller » les « petralhas », autre nom des sympathisants du PT, il fait une campagne mâtinée de mépris envers les indigènes, les Noirs, les femmes et les homosexuels. Il traite les journalistes hommes d’imbéciles, les femmes d’idiotes et fait l’éloge du « citoyen de bien » à qui il promet de délivrer armes et munitions.

« En faveur de l’homme droit »

« Dans le monde la plupart des candidats d’extrême droite font des concessions pour élargir leurs bases d’électeurs. Jair Bolsonaro n’en a fait aucune. Il ne s’est pas adapté à l’électorat, c’est l’électorat qui s’est adapté à lui », observe Pablo Ortellado, professeur à l’Université de Sao Paulo.

« Jair Bolsonaro est quelqu’un de simple qui ne met pas de masque. C’est un homme vrai qui abhorre le politiquement correct. J’aime ça. Il représente cette droite dont le pays a besoin depuis très longtemps », affirme Eder Borges, coordinateur de la campagne de Jair Bolsonaro dans l’Etat du Parana, dans le sud du pays.

« Contre les droits de l’homme, mais en faveur de l’homme droit », le militaire a su s’adresser aux catégories aisées et éduquées en se prétendant libéral et répétant son discours contre la gauche, accusée de vouloir faire du Brésil un Venezuela bis. Se faisant parangon de vertu, il se prétend l’ennemi de la corruption qui gangrène les partis traditionnels et notamment le PT.

Tel un enfant jouant au gendarme et au voleur, il prend la posture de l’homme viril en faveur des armes à feu, faisant le signe du pistolet avec ses doigts lors de tous ses meetings. Et séduit l’électeur de la périphérie, meurtri par les gangs et les milices. Pour le psychanalyste Christian Dunker, interrogé par la revue Epoca, en date du 22 octobre, Jair Bolsonaro est « un substitut de ce père qui nous fait peur mais auquel on se soumet en échange d’une protection ».

La défense des valeurs morales et de la famille est l’autre antienne du militaire de réserve, père de cinq enfants : quatre garçons, dont trois sont en politique, et une fille. Le résultat d’une « fraquejada » (un moment de faiblesse), a-t-il confié récemment, confirmant sa misogynie.

Le mensonge du « kit gay »

Allié des évangéliques ultra-conservateurs, il perçoit le désarroi d’une partie de l’électorat religieux face à la libéralisation des mœurs. Opposé à la légalisation de l’avortement, déjà interdit dans le pays, il occupe l’espace en faisant d’un mensonge une obsession : le « kit gay ». Un terme péjoratif décrivant un manuel qui, selon lui, aurait été distribué par le PT dans les écoles primaires pour enseigner l’homosexualité. Ledit « kit gay » s’inspire d’un projet élaboré par une commission du Congrès, visant à lutter contre l’homophobie chez les adolescents. Mais le projet n’a jamais vu le jour, stoppé par celui qui était alors ministre de l’éducation, Fernando Haddad, en 2011.

La vérité embarrasse peu Jair Bolsonaro. Gilmar Alves, son ami d’enfance, peut en témoigner. L’ingénieur agronome a rencontré celui qui allait devenir chef d’Etat, alors qu’il n’était qu’un enfant dans la ville d’Eldorado où la famille Bolsonaro venait de s’installer. Le petit Jair, fils d’un dentiste sans diplôme, rêve d’une carrière de militaire. Son copain veut être agronome. Sans le sou, tous deux décident de pêcher sans relâche, de vendre leur poisson et de mettre en commun leurs recettes. La cagnotte permet à Bolsonaro de rejoindre l’académie militaire et à son ami, d’étudier à l’université. « Jair était très correct à l’époque », raconte M. Alves.

Les deux hommes se perdent de vue jusqu’à cette émission, diffusée il y a trois ans. Jair Bolsonaro accusé d’homophobie, se défend auprès du journaliste  : « J’ai un ami gay, Gilmar qui habite à Registro », lâche-t-il. Gilmar Alves habite à Registro. Mais « je ne suis pas gay », corrige l’intéressé joint par téléphone. Abasourdi, l’agronome appelle son ami d’enfance qui lui assure : « Non, je n’ai jamais dit ça », avant de confesser, en voyant l’enregistrement : « Ouh là là, je ne me suis pas rendu compte. » D’excuses, point. De démenti, aucun. « Jair Bolsonaro est un lâche. Il ne pense pas, il ne fait que parler. C’est un déséquilibré », résume M. Alves.

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29 octobre 2018

Education Nationale

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29 octobre 2018

Hollande 2022 ???

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29 octobre 2018

Nécrologie : le journaliste et animateur Philippe Gildas est mort

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Par Martine Delahaye

Connu du grand public pour avoir animé l’émission culte de Canal+ « Nulle part ailleurs », Philippe Gildas est mort dans la nuit de samedi à dimanche à l’âge de 82 ans.

On ne le retrouve guère, sur le Net, qu’en Monsieur Loyal dans l’émission de Canal+ « Nulle part ailleurs », submergé par des fous rires à l’écoute de la bande des Nuls ou de son délirant comparse Antoine de Caunes. Un complice qui n’aura eu de cesse de le moquer pour sa petite taille et ses supposées talonnettes, ses grandes oreilles ou ses brushings façon « moumoute ».

Mais au regard des décennies pendant lesquelles il a officié tant à la radio qu’à la télévision, le parcours professionnel de Philippe Gildas illustre surtout la mutation qu’ont connue les médias au cours des cinquante dernières années ainsi que les relations étroites et mouvantes entre le politique et l’audiovisuel, tant public que privé. Philippe Gildas est mort à Paris dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 octobre à l’âge de 82 ans, a fait savoir Antoine de Caunes. Il souffrait d’un cancer.

Enorme bosseur, pointilleux jusqu’à l’obsession, malin tendance débrouillard, le verbe sobre mais capable de rognes telluriques aussitôt oubliées, l’allure décontractée – jamais de cravate –, Philippe Gildas, qui ne se prenait jamais au sérieux, se sera vu confier la rédaction des trois plus importantes stations de radio, RTL, Inter et Europe 1, aura présenté le journal télévisé au temps de l’ORTF d’après Mai-68, avant de devenir une figure emblématique de la première chaîne privée à péage du paysage audiovisuel français, Canal+.

Et pourtant « je n’ai jamais eu de plan de carrière, assurait-il au Monde en 2008. Mon parcours est un condensé de contradictions mais je n’ai ni remords ni regrets. Le hasard m’a porté à chaque fois au bon croisement ». Une antienne reprise dans sa biographie, coécrite avec Gilles Verlant, Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles ? (Flammarion, 2010).

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Débuts à la radio

Si ce jeune Breton, né le 12 novembre 1935 à Auray (Morbihan), choisit, sans le sou, de s’ancrer à Paris au sortir du Centre de formation des journalistes (CFJ), c’est qu’il est déjà marié et père du premier de ses trois fils, né en 1960 et prénommé Gildas. Il entre tout d’abord au journal Combat, où il devient rapidement chef des informations générales. Mais il est rattrapé par ses obligations militaires : de la classe 61, il risque de devoir partir en Algérie, pour une guerre contre laquelle il a milité, à la Sorbonne, pendant ses études de lettres classiques. Il atterrit finalement au service d’information des armées à Paris.

Il n’en a pas encore fini avec ses vingt et un mois de service militaire qu’une rencontre avec son plus proche camarade au CFJ l’amène à être recruté pour une nouvelle tranche matinale qu’entend créer Radio Luxembourg, future RTL, alors en pleine mutation. Il entre pour la première fois dans une radio sous son vrai nom, Philippe Leprêtre, le 24 décembre 1962 à minuit, et, poussé vers le micro, lit son premier bulletin d’information le 1er janvier 1963, celui de 6 heures, sous le pseudonyme de Philippe Gildas : le titulaire avait trop bien fêté la Saint-Sylvestre et lui, toujours sous les drapeaux, a ajouté le prénom de son fils au sien pour échapper à toute sanction.

LE « CADEAU » LE PLUS DURABLE QU’IL ESTIME AVOIR LAISSÉ À LA TÉLÉVISION ? LA MÉTÉO !

Rapidement repéré pour sa rigueur et ses capacités à diriger des équipes – il est l’aîné de sept frères, a été un cadre scout et milité à l’UNEF à la Sorbonne –, il prend la direction de l’information de Radio Luxembourg deux ans seulement après son arrivée. « Je suis un bon OS, un ouvrier spécialisé dans l’information, estime-t-il dans sa biographie. (…) Je n’ai rien d’un génie de l’info. Je ne la conceptualise pas, je ne m’intéresse pas aux idées qui sont derrière, seule la façon de communiquer me préoccupe. Avec à la clé cette question essentielle : comment arriver à la justesse de l’info ? »

Présentation du JT

Après de belles années à RTL, les dissensions au sein de la rédaction, nées en Mai 68 et restées vives, amènent Gildas à présenter sa démission. Il intègre en 1969 l’ORTF, en pleine mutation post-événements, au sein de la nouvelle unité d’information que dirige Pierre Desgraupes. Il y présente notamment le JT, « Information première », en alternance avec Etienne Mougeotte. Sans prompteur, sans cravate et avec des cheveux longs pour cacher ses oreilles.

Le « cadeau » le plus durable qu’il estime avoir laissé à la télévision ? La météo ! De par son passage à RTL, Gildas a retenu une vérité première : à chaque heure, l’info météo est celle que le public attend en priorité. Aussi, son leitmotiv étant « Tout est info », il fera de la météo un rendez-vous incarné à l’intérieur même du JT. Il ne s’agit pas encore d’une « miss météo », mais ça viendra…

Le 5 juillet 1972, le premier ministre de Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas, tenant d’une libéralisation de l’information, démissionne. Pierre Desgraupes est remercié ; solidaire, Philippe Gildas quitte l’ORTF. Il passe une saison à France Inter (1973-1974), mais c’est dans la station concurrente qu’il va rebondir.

Sous la nouvelle présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’Etat, actionnaire d’Europe n° 1, remercie les deux patrons historiques de la station. Jean-Luc Lagardère, homme de confiance de Sylvain Floirat, le patron de Matra et propriétaire de la radio, prend la tête de la station. Gildas est appelé à la rédaction en chef de la matinale, qu’il intègre en décembre 1974. Il peut alors donner vie à sa marotte, une matinale en continu – au-delà des seules sessions d’information habituelles –, qu’il lance en 1976. Il est au micro de 6 h 30 à 9 heures, avec, à ses côtés, Maryse, l’animatrice vedette de la station, qu’il épousera en 1984.

Dans cette matinale d’Europe n° 1, Gildas mêle déjà information et animation. L’austère homme-tronc qu’il fut pour le JT de l’ORTF apprend la décontraction, le rire à l’antenne, les changements de rôle et de ton. Ce mélange des genres, Gildas le résume d’une formule à laquelle il tient : « Info + spectacle n’est pas de l’info-spectacle ». Il animera d’ailleurs pendant deux saisons le jeu télévisé La Tête et les jambes, puis La Chasse au trésor, tous deux pour l’A2. Tout en continuant d’assurer la matinale d’Europe, dont les audiences grimpent.

Le vaisseau Canal+

L’arrivée de la gauche au pouvoir, en mai 1981, rebat une fois de plus les cartes dans l’audiovisuel. Le directeur d’Europe n°1, Etienne Mougeotte, démissionne – sa tête a été demandée, place de la Bastille, le soir du 10 mai –, Gildas fait de même par solidarité ; mais Mougeotte et Lagardère le convainquent de rester et de prendre la direction de l’antenne pour sauvegarder la rédaction. Pour autant, « directeur, ça n’est pas mon métier », le micro lui manque. Il tient néanmoins la maison pendant cinq ans, jusqu’en 1986, en y restant comme simple animateur jusqu’en 1988… alors qu’il a déjà embarqué sur un nouveau vaisseau baptisé Canal+, en quête de territoires inexplorés.

EN 1987, « NULLE PART AILLEURS » ARRIVE À L’ANTENNE EN SOIRÉE. SOUS COUVERT D’IMPROVISATION APPARENTE […], L’ÉMISSION S’AVÈRE EN RÉALITÉ UNE MÉCANIQUE DE PRÉCISION

Avant que la presse ne qualifie les dix premières années de Canal+ de « fabuleuse aventure audiovisuelle », avant que ses inventeurs ne s’acheminent vers la formule magique de son émission phare, en clair, que fut « Nulle part ailleurs », ses créateurs auront testé tout et n’importe quoi. A la conception, le patron Pierre Lescure – que Gildas avait recruté à sa sortie du CFJ du temps de Radio Luxembourg –, le directeur des programmes Alain de Greef, et Philippe Gildas. Tous trois partagent le même credo que « tout est news », et entendent lancer un talk-show à l’américaine : une émission basée sur l’actualité, qui marque les esprits moins pour ses invités que grâce à son animateur, et où se mêlent info et divertissement. Ce qui aboutit en 1985 à « Direct », une émission de 90 minutes, le midi, pour les ménagères et les lycéens en mal de curiosités, face aux très sérieux JT des concurrents.

Une horloge dans le ventre

Parrainée par Coluche, cette émission-laboratoire, qu’il présente en polo ou en chemise Lacoste, lui permet de défricher des sujets inédits voire incongrus et de lancer à la télévision nombre de jeunes qu’il a sous la main à Europe 1. En 1987, « Nulle part ailleurs » arrive à l’antenne en soirée. Sous couvert d’improvisation apparente, de rubriques farfelues et de délire parfois incontrôlé, l’émission s’avère en réalité une mécanique de précision : elle est séquencée en modules de quelques minutes, d’autant que Gildas a une horloge dans le ventre, tous en témoignent.

Au fil de ses dix ans d’animation, Philippe Gildas aura testé quelque 150 chroniqueurs, et l’équipe comptera, hors techniciens, pas moins de 50 à 80 personnes… « Ce qui est apparu comme un esprit était une cohérence. Tous les gens qui fabriquaient cette chaîne étaient au même endroit. (…) Tous appartenaient grosso modo à la même génération, possédaient les mêmes références. Une singularité par rapport aux autres chaînes, fabriquées par des producteurs extérieurs », résumait pour Le Monde en 2014 Arielle Saracco, arrivée à Canal en 1990.

Après une première année, en 1987, où l’aspect divertissement de « Nulle part ailleurs » est assuré par la bande des Nuls, Gildas recherche quelqu’un qui puisse les remplacer – le rythme quotidien ayant amené les Nuls à abandonner. « Ma grande découverte, c’est bien sûr Antoine de Caunes », note-t-il. Antoine de Caunes peut tout se permettre, tandis que Gildas contrebalance ce qui peut apparaître comme trash ou outrancier par sa bonhomie et sa sympathie pour les invités, incapable qu’il est d’apostropher quelqu’un à la façon d’un Ardisson, d’un Fogiel ou d’un Guillon. Grands complices – « son seul défaut est d’avoir des goûts de chiottes en musique : il adore Michel Sardou », commentait Antoine de Caunes au Monde en 2008 –, tous deux animeront d’ailleurs l’émission ensemble à partir de 1991.

Après le départ de De Caunes en 1995, Gildas continue mais la magie n’opère plus, faute d’un solide duo (« Je sais que j’ai vécu un miracle »). Après une dernière et piteuse saison 1996-1997 en compagnie de Baffie, Gildas cède son fauteuil à Guillaume Durand ; lequel commencera à accueillir des politiques, au contraire de Gildas qui l’interdisait – il ne votait jamais.

Opposé à la retraite – mais aussi à la mort, qu’il haïssait pour être « inhumaine » –, Philippe Gildas reste malgré tout dans le groupe jusqu’en janvier 2003. Il animera ou participera à des émissions sur Canal, Paris Première, Voyage, Europe 1, France 2, Comédie… Il « bricole », en « une semi-oisiveté ». Jusqu’à ce que l’idée de créer une chaîne pour les seniors le mobilise et le désespère à la fois : alors qu’il pensait la lancer dès 2003, Vivolta ne verra le jour qu’en 2007, seulement sur le câble et le satellite. Une chaîne d’art de vivre pour celles et ceux qui ont du temps et des moyens, qui s’éteindra en 2014 faute d’audience.

« Longtemps, je fus catholique et breton. (…) Je ne comprends pas pourquoi l’homme est mortel. J’ai du mal à me faire à l’idée qu’il n’y a rien après », note Philippe Gildas dans sa biographie, qu’il avait décidé de clore sur ces mots : « Maryse et moi avons décidé de nous faire incinérer. Et quand je passerai de l’autre côté des flammes, faites aussi l’économie de l’urne : répandez mes cendres au hasard, en vous amusant, comme je n’ai cessé de le faire ! »

29 octobre 2018

Milo Moiré

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29 octobre 2018

L’INFO DE LA NUIT-Brésil: Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite, élu président avec 55%

Sans surprise, l’ex-capitaine de l’armée Jair Bolsonaro, candidat de l’extrême droite et nostalgique de la dictature militaire (1964-1985), a été largement élu président du Brésil avec 55,13% des voix contre 44,87% pour son adversaire de gauche Fernando Haddad.

Jair Bolsonaro, qui avait frôlé la victoire dès le 1er tour le 7 octobre, a promis de « changer le destin du Brésil ». Il s’est notamment engagé à lutter contre la corruption, à fournir une « protection juridique » aux policiers s’ils tuent un suspect avec leur arme de service et à assouplir la législation sur le port d’arme dans un pays où la guerre des gangs fait rage et où l’on peut recruter un tueur à gages de 12 ans.

Souvent grossier, raciste et homophobe sans complexe, le nouveau président du plus grand pays d’Amérique latine se voit volontiers comme le « Trump tropical ». Son programme économique prévoit une réduction de la dette de 20% par privatisation d’une grande partie des entreprises publiques. Dans son premier discours après sa victoire, Jair Bolsonaro a également promis de « défendre la Constitution, la démocratique et la liberté ». Son slogan : « Le Brésil au dessus de tout et Dieu au dessus de tous ».

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