Actuellement au Centre Pompidou
Pourquoi il faut aller voir l'expo de Christian Boltanski au Centre Pompidou
Au Centre Pompidou, la rétrospective “Faire son temps” consacrée au plasticien français parcourt cinquante années de création réunies dans une scénographie immersive invitant à effectuer sa propre traversée initiatique.
A l'instar de la pollution lumineuse qui masque les étoiles depuis les grands centres urbains, le bain perpétuel d'images oblitère le mystère éternel de l'existence humaine. Et pourtant, quelque chose palpite encore. Quelque chose de primordial. Des peurs enfouies, des émotions fragiles, des mythes ancestraux. Qui, pour peu que l'on ose regarder sous la surface, et au plus profond de soi, persistent comme au premier jour, révélant un substrat d'humanité ténu comme une lueur vacillante aperçue au creux de l'obscurité, ou encore comme le battement sourd d'une pulsation cardiaque.
Pour les retrouver, ces sensations enfouies sous la carapace de l'homme moderne bardé d'extensions technologiques, il suffit de peu. De franchir un seuil, à partir duquel serait conclu un pacte : nul ne pénètre ici s'il n'est disposé à se retrouver seul avec soi-même, à accueillir sa part d'ombre, et les spectres et fantômes qui la peuplent. D'ailleurs, la mise en garde est explicite.
Au-dessus de l'accueil de l'exposition de Christian Boltanski au Centre Pompidou, le début du parcours est épelé en ampoules rouges : "DEPART". Il y aura une "ARRIVEE" (ampoules bleues), mais avant cela, avant de revenir à la lumière ordinaire, il faudra s'être immergé dans le royaume des ombres, se soumettre au périple initiatique. Se souvenir, dériver, plonger, flotter, mourir un peu.
Fil d'Ariane
Faire son temps, le titre de l'exposition, réunit quarante œuvres du plasticien français déjà consacré par Beaubourg il y a trente-cinq ans. Le parcours est chronologique, ou s'ouvre du moins par ses toutes premières œuvres. L'une des rares peintures que l'on connaisse de l'artiste, La Chambre ovale (1967), rappelle son parcours d'autodidacte. A l'époque où il réalise cette toile, il a 23 ans et tourne définitivement le dos à la peinture. Déjà, on reconnaît certaines de ses obsessions.
Sur une étendue lunaire baignée d'une lueur rouge est assise une figure noire oblongue, seule, pensive. Plate comme une poupée de chiffon, elle ne peut marcher, enfermée dans l'antichambre de la mémoire. L'introspection peut commencer.
En vis-à-vis, quelqu'un dans la vidéoL'homme qui tousse (1969) éructe bruyamment. Le périple ne sera pas simple, mais pour l'instant, c'est un homme qui se fait le passeur, et le guide. La série de photographies en noir et blanc 27 Possibilités d'autoportraits (2007) le rappelle, il sera d'abord question d'emboîter le pas à l'artiste, de suivre sa propre quête initiatique, lui dont les battements de cœur semblent résonner tout au long du parcours comme un fil d'Ariane.
Il y a, en effet, dans la production de plus d'un demi-siècle de l'artiste, trois grandes périodes. La première commence par les bricolages et reconstitutions du tournant des années 1970, les Essais de reconstitution ou les Vitrines de référence qui touchent à sa propre enfance.
ChristianBoltanski-2.jpg“Animitas Blanc”, 2017, Christian Boltanski © DR/Adagp, Paris, 2019
Dans des vitrines grillagées, Christian Boltanski s'y livre à des tentatives de gripper la disparition de ses premiers souvenirs, en pâte à modeler (un train électrique, une bouilloire) ou en rassemblant de menus objets (brindilles, photos, gribouillages). De ce musée individuel, il augmente peu à peu l'ampleur. Parler de soi certes, mais pour parler des autres, et de tous. En cherchant le commun, l'artiste élague, précise, synthétise son vocabulaire.
Rapidement, on perd le fil chronologique, emporté par la scansion des motifs qui font de son parcours artistique non pas une ligne droite, mais un cycle. A se perdre, à tourner en rond, à errer parmi les voiles de gaze (Les Regards, 2011) et les théâtres d'ombres (Théâtres d’ombres, 1984-1997), la scénographie y invite. Plongé dans la pénombre, on suit la lumière ronde et douce qui provient des œuvres elles-mêmes.
En 1989, après la mort de ses parents, l'artiste entre dans une seconde phase de création, centrée autour de la généalogie. A celle-ci succédera une troisième, élargissant encore, par cercles concentriques, à l'invention de mythes et de paraboles. Sans surprise, Christian Boltanski ne cite pas ou peu d'artistes plasticiens parmi ses sources d'influence, préférant inscrire ses recherches sous l'égide des arts de la scène : la danse (Pina Bausch) et le théâtre (Tadeusz Kantor).
La cohorte des disparus
Au Centre Pompidou, chacune des œuvres vaut moins par elle-même qu'elles n'appellent ensemble une ritournelle. Des photographies de l'artiste, de sa famille ou de celle de ses proches on passe aux noms et visages des mineurs qui travaillaient entre 1920 et 1940 au Grand-Hornu (Les Registres du Grand-Hornu, 1997) et aux cohortes des disparus, nazis et victimes de la Shoah réunis par la mort (Menschlich, 1994).
Visages, regards, lueurs d'ampoules, registres administratifs de vies vécues, boîtes de biscuits à souvenirs, mais aussi une montagne de vêtements empilés, ici d'un noir charbon (Le Terril Grand-Hornu, 2015), rappelant ceux de Personnes de la Monumenta au Grand Palais en 2010 ou de Take Me (I'm Yours)à la Monnaie de Paris en 2015.
Peu à peu, on s'oublie, et l'on se réhabitue à imaginer l'autoportrait sans le selfie, la mémoire sans le moteur de recherche, la mort sans le transhumanisme. Il est alors presque temps de se reconnecter au monde réel, tel qu'il va ici-bas, aujourd'hui, dehors. Mais pas avant de s'être accordé un ultime moment de grâce, par l'entremise du point d'orgue ménagé par les deux œuvres les plus récentes de l'artiste : les Animitas (2014 et 2017), tournées l’une dans le désert d’Atacama, au Chili, l’autre dans nord neigeux du Québec, où tintent doucement les clochettes d'âmes disparues.
Faire son temps jusqu'au 16 mars au Centre Pompidou, Paris
Voir et lire mes précédents billets sur Christian Boltanski : http://jourstranquilles.canalblog.com/tag/christian%20boltanski
PHOTOGRAPHIE - « Claudia Andujar, la lutte Yanomami »
La photographe Claudia Andujar, d’origine suisse et installée au Brésil, a consacré sa vie et son œuvre aux Indiens yanomami, qu’elle a rencontrés dans les années 1970. Elle a non seulement cherché, en manipulant ses images, à transmettre visuellement la richesse de leur culture et de leurs rites chamaniques, mais elle s’est aussi transformée en une activiste enragée lorsque la dictature brésilienne a décidé que les Indiens étaient un obstacle à la modernité. Son combat, aujourd’hui remis en cause par le gouvernement Bolsonaro, a été essentiel pour la reconnaissance d’un territoire yanomani. La Fondation Cartier aborde, dans une grande rétrospective, à la fois les aspects esthétiques et politiques d’une œuvre où les Indiens ne sont jamais considérés comme des créatures exotiques, mais comme des individus dont elle tente de capter l’intériorité. Claire Guillot
Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, boulevard Raspail, Paris 14e. Du 30 janvier au 10 mai. Du mardi au dimanche de 11 heures à 20 heures, nocturne le mardi jusqu’à 22 heures.
L'ÉDITO de Charles de Saint Sauveur
La longue marche d’Édouard Philippe
La faiblesse des cortèges du jour, ce mercredi, pour la huitième journée interprofessionnelle contre la réforme des retraites, donne le top-départ symbolique à la candidature d’Édouard Philippe au Havre, qu’il doit annoncer sur place vendredi. Il ne s’agit pas de prétendre ici que la messe sociale est dite : c’est loin d’être le cas dans un pays où bouillonnent - et parfois débordent - en permanence la colère et l’inquiétude. Dans ce fleuve tout sauf tranquille, on peut reconnaître au Premier ministre de tenir la barre. Il a réussi à garder la main sur la réforme, en lâchant des concessions mais en préservant l’esprit de son projet. Le gros vent de la contestation semblant derrière lui, il peut désormais descendre plus tranquillement le cours de la Seine, de Paris au Havre. Ce faisant, il risque de voir sa campagne parasitée par le mouvement social. Mais le pari vaut sans doute le coup d’être tenté : s’il gagne et reçoit l’onction des Havrais, il en tirera un regain de légitimité. Et s’installera pour de bon comme l’héritier naturel - lui qui n’est même pas membre d’En Marche ! - d’Emmanuel Macron. Le Parisien
Calais à la Galerie de Photographies du Centre Pompidou
Centre Pompidou
Jusqu'au 24 février 2020
Témoigner de la jungle
Bien que plusieurs fois millénaire, la migration paraît être un phénomène marqueur de notre époque. A l’heure où l’information et le capital n’ont jamais circulé aussi librement, partout où l’homme souhaite se déplacer s’érigent barrières, murs, douanes et parfois prisons. En France un lieu-symbole émerge : Calais. Depuis 2002, des milliers d’âmes solitaires et de familles souvent brisées s’y massent dans l’espoir de joindre l’Angleterre, synonyme d’une vie meilleure. De la « jungle », on connaît l’effrayant surnom et quelques grands titres. Mais comment vit-on dans ce bidonville de la République.? Qui sont vraiment ses habitants, quelles sont leurs aspirations, leurs trajectoires ? Après son démantèlement, le déluge ? Pour atteindre l’humanité au cœur de l’histoire, au-delà des enjeux politiques, trois témoignages se croisent dans l’exposition. L’artiste Bruno Serralongue, à l’origine du projet documentaire Calais (2006-2018), propose une alternative poignante aux images de presse avec des clichés se rapprochant du tableau d’Histoire. Remettre l’art au cœur du témoignage, une manière de rendre justice à une actualité souvent déshumanisée ?
In the migrant crisis, the city of Calais became sadly infamous for its “jungle”. Different photographers and former inhabitants share their experience.
CENTRE POMPIDOU
Jusqu'au 24 février 2020
Place Georges-Pompidou, 75004 Paris
HORAIRES
Ouvert
Du mercredi au lundi de 11:00 à 21:00
Nocturne
Le jeudi de 11:00 à 23:00
Fermé
Le mardi de 9:00 à 18:00
Black Bamboo à la Fondation EDF
Fondation Groupe EDF
Jusqu'au 2 fév. 2020
Une installation de Nils-Udo
C’est une exposition où les oiseaux de nuit trouveront leur bonheur. D’abord parce qu’ils seront plongés dans le noir, ensuite parce qu’ils y trouveront un nid. Black Bamboo, de son vrai nom, est une expérience inédite où la nature vous convie dans les murs de la Fondation EDF. Cette initiative nous vient de l’artiste NILS-UDO. Ce leader du mouvement Art in Nature s’impose depuis 40 ans, comme le spécialiste des expériences immersives où dialoguent art et nature.
Comment s’articule ici ce dialogue ? Tous vos repères s’en retrouveront chamboulés, pour ne pas dire volontairement supprimés. Vous ne verrez ni fenêtre, ni sol, ni mur et pas même le plafond. Peut-être trouverez-vous cette pénombre angoissante à première vue. L’installation d’un immense nid en marbre blanc et en tiges de bambou devrait toutefois vous réconforter. D’autant plus que cette couvée éclairera à elle-seule l’espace.
C’est comme si la nature venait à votre secours et vous tendait les bras. Une fois la sérénité revenue, un message urgent vient toutefois vous saisir. Si cet environnement a pris soin de nous, nous devons le lui rendre. C’est là tout l’enjeu de cette exposition : nous rappeler de manière concrète et paradoxalement poétique combien nous devons protéger ce nid menacé qui nous berce chaque jour. Notre planète.
Black Bamboo is more than an exhibition. It is about re-breathing inside and outside thanks to a big nest. Then you will fancy to give this donation back to earth !
Fondation Groupe EDF
6 rue Récamier, 75007 -M° Sèvres-Babylone (12)
Du mar. dim. 12h-19h - Entrée libre























