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Jours tranquilles à Paris

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17 janvier 2020

Deux ans et demi avant l’échéance, Marine Le Pen se déclare candidate à la présidentielle de 2022

Par Lucie Soullier

La chef de file de l’extrême droite française avait déjà fait part de ses ambitions en fin d’année dernière.

Profiter d’une campagne pour en engager une autre. A deux mois du premier tour des élections municipales, Marine Le Pen l’a confirmé aux journalistes réunis lors de ses vœux à la presse, jeudi 16 janvier : elle est bien candidate à la fonction suprême. Pas question de simples « pensées devant la glace le matin », la présidente du Rassemblement national (RN, ex-FN) a réaffirmé directement ses « intentions » : prendre l’Elysée, elle-même.

« Ma décision a été réfléchie mais elle est prise. » La finaliste de la présidentielle de 2017 lance donc déjà la prochaine. Deux ans et demi avant le scrutin, l’élan est pour le moins généreux. « On ne s’improvise pas président, on s’y prépare », s’explique Marine Le Pen, en quête incessante d’une crédibilité entaillée un soir de calamiteux débat d’entre-deux-tours.

Ses ambitions connues

Cette candidature anticipée n’a rien d’une révélation, la chef de file de l’extrême droite française avait déjà fait part de ses ambitions à la fin 2019. Mais l’acter en ce début d’année lui permet de balayer définitivement les doutes sur son « envie » réelle, même – et peut-être surtout – au sein du RN. Reste à faire valider sa candidature en interne, lors du congrès de 2021. Mais après les départs de Florian Philippot et Marion Maréchal ex-Le Pen, qui peut vraiment prétendre concurrencer Marine Le Pen ?

Un changement de nom pour l’ex-FN et une pôle position aux européennes plus tard, la voilà officiellement remise en selle. Avec, face à elle, son meilleur ennemi depuis deux ans et demi. « Nous sommes entrés dans une phase pré-présidentielle », a-t-elle ainsi asséné jeudi depuis son QG de Nanterre, jugeant le chef de l’Etat responsable du déclenchement des hostilités : « Emmanuel Macron ayant lancé la campagne présidentielle, je ne le laisserai pas courir tout seul. »

Car Marine Le Pen cultive l’effet miroir avec le président de la République. « Emmanuel Macron et moi-même sommes les symboles du clivage mondialistes/nationaux mis en place par les Français à l’élection présidentielle et qui a vocation à remplacer la droite et la gauche », analyse-t-elle, balayant d’un revers de main l’« implosion » du reste de l’échiquier politique.

Mobiliser ses troupes

Mais avant 2022 viendra mars 2020, et ses élections municipales. Puis les départementales et les régionales. Davantage qu’enjamber les élections intermédiaires, Marine Le Pen tient à prendre appui sur elles pour entrer à l’Elysée. « Je ferai toutes les campagnes qu’il y a à faire avant la présidentielle. Je ne me mets pas en suspension du mouvement, je le dirige », prévient-elle. Tout comme sa candidature présidentielle permettra, selon elle, de déplacer aux élections intermédiaires des électeurs réveillés par les conflits sociaux à répétition : « Il faut que les Français se projettent. Beaucoup n’en peuvent plus, c’est un moyen de leur dire que c’est maintenant qu’il faut s’engager s’ils souhaitent que Macron ne soit pas réélu. »

Un moyen, aussi, de mobiliser financièrement ses troupes alors que les comptes du parti s’affolent. 320 000 euros de dépenses engagées lors de la campagne des européennes retoquées par la commission des comptes de campagne, une subvention publique amputée d’une lourde créance due au micro-parti de Jean-Marie Le Pen (4,5 millions d’euros contre près de 5 millions d’aide publique annuelle), sans parler du million déjà ponctionné à titre conservatoire par la justice dans l’affaire dite des assistants parlementaires… Marine Le Pen secoue la tête, pas vraiment inquiète. « Pour les campagnes, les gens prêtent. »

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17 janvier 2020

Faut-il respecter le “Dry January” ?

dry january

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Lancé outre-Manche en 2013 par l’association Alcohol Change UK, le “Dry January” appelle à se passer d’alcool pendant un mois après les excès des fêtes de fin d’année. Sept ans après, cette invitation à l’abstinence continue de faire débat. Faut-il respecter ce “janvier sans alcool” ?

OUI

C’est une incitation saine à réévaluer sa relation avec l’alcool

“Boire de l’eau pétillante au lieu d’un prosecco pendant un mois a des effets immédiatement visibles sur la santé de la plupart des personnes”, confirme le magazine américain Wired. Selon une étude réalisée par Richard de Visser, de l’Université de Sussex, sur 857 sujets ayant participé au Dry January 2019, “71 % dormaient mieux, 67 % avaient plus d’énergie, 58 % avaient perdu du poids et 54 % avaient une meilleure peau” après un mois sans alcool.

En plus d’inverser tous les effets néfastes de la gueule de bois, cette période à sec peut aussi diminuer le niveau de cholestérol, la pression artérielle et améliorer la santé du foie des participants, note Wired. D’un point de vue médical, pas de doute : Dry January ne peut vous faire que du bien. D’autant plus que l’étude de Visser révèle que cette période d’abstinence a incité les gens à diminuer durablement leur consommation d’alcool les mois suivants.

Essayer d’arrêter de boire permet aussi d’évaluer sa relation à l’alcool. “Voir si vous en êtes capable ou non vous montre ce que vous devez savoir de vos habitudes de consommation”. Pour Bethany Biron, qui explique dans Business Insider pourquoi elle s’est convertie à cette pratique depuis 3 ans, renoncer temporairement à la boisson permet de réfléchir à quand, comment et pourquoi on boit, et d’analyser ce que cela nous apporte vraiment.

Cela m’arrête lorsque j’envisage d’ouvrir une bouteille de bière pour échapper à l’ennui d’un mercredi soir de février, et me rappelle que le liquide qu’elle contient a le pouvoir de détruire.”

Comme le souligne Sarah Todd sur le site américain Quartz, Dry January n’est pas nécessairement “une question de volonté rabat-joie”. Au contraire, dit-elle, on peut beaucoup s’amuser. Prendre un cours de cuisine japonaise, faire une exposition, prendre un cours d’improvisation théâtrale ou de dessin au fusain… Les possibilités pour se retrouver entre amis s’avèrent beaucoup plus variées lorsqu’on ne se cantonne pas à “boire un verre”.

Enfin, note Wired, d’un point de vue collectif, cette opération permet de dénormaliser la consommation d’alcool, et de montrer qu’elle n’est pas obligatoire dans une société où boire est considéré comme une norme. L’association Alcohol Change UK remarque par exemple que “la popularité croissante de l’abstinence a poussé les fabricants à élaborer des boissons sans alcool”. Pour beaucoup, c’est un moyen de prendre conscience de la difficulté de ne pas boire dans certains contextes sociaux.

NON

C’est “une façon de détourner notre attention d’une réalité qui dérange”

D’abord, ça tombe très mal, ironise The Guardian. Ce n’est pas pour rien que la saison des fêtes est célébrée en décembre. Au milieu d’une sombre période hivernale, “on a besoin de réconfort et de se faire du bien”, pas de “s’autopunir”.

Alors que le mois de janvier est rarement plus clément que décembre en termes de météo, quelle idée de soudainement “renoncer à l’alcool, se mettre en petite tenue et se faire houspiller par des instructeurs de la British Military Fitness dans un parc, reposer les biscuits sur l’étagère du supermarché, s’inscrire à un cours de basson et rejoindre un club de lecture étudiant la Critique de la raison pure de Kant” ?

Plus sérieusement, les histoires inspirantes mises en avant sur l’application de Alcohol Change UK – ces personnes qui changent totalement leur mode de vie après le Dry January et finissent par courir un marathon – ne représentent qu’une infime proportion des cas. La plupart du temps, les adeptes du janvier sans alcool “reprennent les hostilités contre [leur] foie” dès le 1er février. Sur le long terme, donc, les bénéfices de ces courtes purges sont finalement négligeables. Selon le quotidien britannique, ce qu’il faudrait viser, plutôt que d’essayer désespérément d’atteindre les 31 jours à sec, c’est “la voie de la modération”.

Bien souvent, les bienfaits pour la santé de ce janvier sobre sont surévalués, estime aussi The Conversation. Il coïncide en effet avec une période de bonnes résolutions. Au lendemain des fêtes, les gens ont tendance à manger plus sainement, à se remettre au sport, à prendre l’air. De très bonnes habitudes, mais dont les effets positifs sont souvent attribués à tort à l’arrêt temporaire de l’alcool.

Par ailleurs, The Conversation souligne que Dry January ne s’adresse pas aux buveurs les plus à risque. Pour un alcoolique, un sevrage si brutal serait très dangereux, voire potentiellement mortel. Bien plus qu’un danger pour le business, Dry January est ainsi devenu pour l’industrie de l’alcool “une façon sympa de détourner notre attention d’une réalité qui dérange”.

L’opération attire l’attention sur des problèmes mineurs rencontrés par les petits buveurs, tandis que les conséquences désastreuses pour les alcooliques continuent d’être ignorées. Paradoxalement, alors que les débats sur les risques liés à l’alcool sont omniprésents, l’accès à des services efficaces de traitement de l’alcoolisme continue de reculer.

Pour The Conversation, c’est un exemple classique de la “loi inverse des soins” : ceux qui ont le plus besoin d’un traitement médical y ont le moins accès. “On ferait mieux d’utiliser cet argent pour aider ceux qui ont le plus besoin d’aide et pour s’attaquer aux racines de la consommation excessive d’alcool”.

17 janvier 2020

Contortions

contorsions

17 janvier 2020

“1917”, un voyage au bout de la nuit immersif et fascinant

Théo Ribeton

1917 - Sam Mendes

La course effrénée de deux soldats filmée en un long plan-séquence : un parti pris virtuose, parfois envahissant, mais qui trouve in fine sa nécessité.

Il faut sauver le soldat Ryan : s’il est courant de se moquer des titres de films américains traduits en français (sans parler des titres anglophones simplifiés pour l’exploitation française), il faut de temps à autre leur reconnaître quelques belles fulgurances, parmi lesquelles ce petit “il faut” accolé voilà vingt ans à Saving Private Ryan. Clé d’un titre impérieux comme un commandement, qui exprimait mieux encore que la VO l’équation absurde par laquelle Spielberg sauvait paradoxalement l’honneur de la guerre : il faut sauver un soldat, un seul, même peut-être au prix de beaucoup d’autres. On y pense beaucoup en découvrant les prémices de 1917.

Nous sommes sur le front de la Somme, derrière les lignes britanniques, et deux soldats émergent d’une sieste qui leur fait encore de petits yeux lorsque leur état-major les envoie quelques instants plus tard en mission à haut risque : traverser le no man’s land, passer les lignes ennemies et s’en aller prévenir un général allié pour annuler coûte que coûte son attaque prévue le lendemain, qu’ils savent promise à un échec meurtrier. Des milliers de vies sont en jeu, mais ce qui tient le film, c’est d’en sauver une seule : le frère d’un des deux soldats est engagé dans le régiment qui part au casse-pipe.

Nul besoin de s’attarder sur la véracité, à tout le moins la plausibilité historique de cette intrigue, tant Sam Mendes (de toute évidence ravi de revenir au blockbuster d’auteur et d’échapper aux contraintes de genre, après dix années à charbonner pour la franchise James Bond) ne s’intéresse pas ici au réalisme. 1917, comme le Soldat Ryan, c’est de la guerre théorique : une traversée du décor, du “théâtre des événements” comme on dit, qui relève du paysage mental.

Du théorique au mystique

Schofield et Blake, soldats inconnus (on s’est demandé si ce n’était pas un film sur le Soldat inconnu), s’enfoncent dans les scènes spectrales du front : les limbes mortifères du no man’s land, les labyrinthes de tunnels charbonneux, les villages en ruine coiffés d’églises décharnées, le sifflement fantôme des obus.

Du théorique, on pousse au mystique, à quelque chose de chrétien : ici, une messe en forêt improvisée pour un bout de régiment ; là, une très belle et étrange séquence de Vierge à l’enfant dans un chaud halo de chandelle qui tranche totalement avec les régimes lumineux du reste du film.

1917 est ambitieux, c’est même sans doute là qu’il pèche, qu’il court le risque de gonfler. Une ambition cérébrale, donc (faire un grand film de guerre réflexif et théorique), mais aussi une ambition au niveau des muscles – on a omis d’évoquer jusqu’ici le coup de force le plus important : tout est en plan-séquence. A peine une poignée de soudures, à demi cachées, strient le long tunnel contigu de temps et d’espace dans lequel progressent le récit et ses deux petits messagers.

Comme tout coup de force, c’est encombrant : on voit bien à quel concours de la plus grosse Mendes s'applique ici à participer, puisqu’il s’agit de mettre son grain de sel dans la guerre retranchée du blockbuster panoptique. Le ballet pharaonique des mouvements de grue, les prouesses de Steadicam suivant des bidasses en sprint sous le feu ennemi cachent mal leur désir de grappiller du terrain à Nolan (Dunkerque) et aux Mexicains (Cuarón, et surtout Iñárritu, dont le Revenant a probablement inspiré au moins une scène).

Le spectateur mis à l'épreuve du grand voyage

Mais il serait injuste de s’arrêter là et de bouder les bienfaits de ce spectacle à la virtuosité certes très consciente et ostentatoire. Car il y a une vraie bonne raison de ne pas faire de coupes ou d’ellipses au film : c’est qu’il s’agit avant tout d’un trajet, d’abord incommensurable et qui, au fil de ce cadre coulissant, devient miraculeusement possible. On pourra se trouver un peu sonné d’avoir, virtuellement mais sans fermer les yeux, vu et éprouvé chaque centimètre qui sépare le premier plan de 1917 de son dernier.

Ce n’est pas sans rapport avec une dernière influence incontestable : celle du jeu vidéo, auquel Mendes emprunte toutes les ressources d’immersion, de participation du spectateur (la caméra embarquée d’un first person shooter à la Medal of Honor, les quick time events ponctuant le récit d’actions banales et répétitives comme pomper l’eau d’un puits fermier). Etrange : rarement un film nous aura ainsi donné le sentiment physique de la distance parcourue, le soulagement après chaque pas de n'avoir plus à le faire et d'en être un peu avancés – bref, l'épreuve du grand voyage.

Grisant, parce qu'il n'est guidé que par la nécessité morale (il faut sauver). Comme si la restitution physique, limite Futuroscope, de l'expérience poilue, n'était rien sans son corollaire mental : l'expérience de l'héroïsme – ce voyage, il fallait le faire.

1917 de Sam Mendes, avec George MacKay, Dean-Charles Chapman (R.-U., E.-U., 2019, 1 h 59)

film 1917 a voir

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17 janvier 2020

«VIVEZ COMME UN RÊVE» UNE NOUVELLE HISTOIRE VISUELLE DE RYAN HATTAWAY {NSFW / ÉDITORIAL EXCLUSIF}

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Le photographe Ryan Hattaway est un directeur créatif qui travaille dans les secteurs du luxe, de la mode et du divertissement depuis plus de 15 ans. Son approche distinctive de la marque, du design et des médias numériques lui a permis de travailler avec certaines des plus grandes marques de luxe, de mode et de divertissement au monde.

https://www.instagram.com/ryanhattaway/

http://ryanhattaway.com/

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16 janvier 2020

Le Livret A a-t-il encore un intérêt ?

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Ce sera 0,5 % au 1er février : le taux du Livret A va atteindre son plus bas niveau. Ce produit d’épargne a-t-il encore un intérêt ? Ou faut-il se tourner vers d’autres choix ?

1 Pourquoi le taux du Livret A va-t-il baisser ?

À partir du 1er février, le taux du Livret A va passer à 0,5 %, contre 0,75 % actuellement. Jamais le rendement de ce placement n’était descendu si bas. Après un gel du taux depuis plus de deux ans, Bercy a donc décidé d’appliquer la formule de calcul mise en place en 2016. Une formule qui prend en compte le niveau de l’inflation et les taux d’intérêt bas pratiqués par la Banque centrale européenne.

Maintenir le taux à 0,75 % ? « Ce serait irresponsable et incohérent par rapport à notre politique de diversification des placements », s’est justifié Bruno Le Maire, dans une interview au Parisien. À quelques semaines des municipales et en plein conflit sur les retraites, le sujet est pourtant sensible. Au final, « cela représente une perte d’un euro d’intérêts par mois pour qui détient 4 800 euros sur son Livret A », a tenté de minimiser le ministre de l’Économie. La perte sera évidemment plus importante pour ceux qui ont atteint le plafond de 22 950 euros. Ce nouveau taux s’appliquera également au Livret de développement durable et solidaire .

 2 Reste t'il attractif ?

« Oui, si on en fait un bon usage », s’accordent les experts. « Malgré un taux de rendement faible, le Livret A permet aux Français de se constituer un bas de laine pour répondre aux imprévus, comme la panne d’une voiture », explique Maxime Chiroy, directeur général de Money Vox. « Avec un taux de 0,75 % ou de 0,5 %, on ne fait de toute façon pas de rendement », ajoute Philippe Crevel, le directeur du Cercle de l’épargne.

Ce produit a des atouts : on peut y déposer et retirer son argent à tout moment, les dépôts sont garantis et les gains sont complètement exonérés d’impôt. La formule séduit les Français. On compte aujourd’hui 55 millions de Livret A en France avec toutefois de fortes inégalités. 40 % d’entre eux contiennent moins de 150 euros alors que les 20 % les plus dotés représentent près de 80 % des encours. Au final, à la fin novembre, près de 300 milliards d’euros étaient placés sur le livret. « Mais si le but est de gagner de l’argent, le Livret A n’est pas le bon placement », remarque Maxime Chiroy.

3 Vers quels produits d’épargne se tourner ?

Avant de placer son argent, il faut regarder plusieurs critères, conseille Maxime Chiroy : « La durée du placement - autrement dit combien de temps peut-on mettre de l’argent de côté sans y toucher ? - et la part de risque que l’on souhaite prendre ».

Aussi sûr que le Livret A, le Livret d’épargne populaire (LEP) offre un meilleur rendement. Lui aussi sera revu à la baisse au 1er février : 1 %, contre 1,25 %. Le gouvernement souhaite simplifier l’accès à ce produit, réservé aux plus modestes. La feuille d’imposition ne sera ainsi plus nécessaire pour ouvrir un compte.

« Pour tous les épargnants, il existe aussi les livrets fiscalisés. Comme leur nom l’indique, les intérêts sont imposables mais le rendement proposé et les primes offertes à l’ouverture permettent d’obtenir une meilleure rémunération que le Livret A », relève Maxime Chiroy.

Si le rendement des PEL (Plan épargne logement) ne bouge pas, à 1 % pour ceux ouverts après 2016, ce produit peut redevenir attractif. « Surtout, ne fermez pas vos PEL, même si votre banquier vous le conseille », estime Maxime Chiroy. Ce produit, dont le rendement moyen atteint aujourd’hui 2,25 %, coûte, en effet, cher aux banques : sept milliards d’euros par an.

Enfin, reste l’assurance-vie, même si le rendement baisse lui aussi. « L’assurance-vie est un placement à long terme, nous expliquait récemment Gérard Bekerman, président de l’Afer. « En ouvrant le plus tôt possible son compte, on peut moduler les placements, les panacher et les équilibrer ».

16 janvier 2020

Une île sur ARTE - 2ème partie - avec Laetitia Casta, ce soir

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16 janvier 2020

Notre intestin, cet organe qui sait tout de nous

intestin

DER SPIEGEL (HAMBOURG)

Le neuroscientifique irlandais John Cryan explique dans cet entretien donné à l’hebdomadaire allemand Spiegel à quel point notre flore intestinale reliée à notre cerveau  influence nos goûts, notre humeur et favorise même certaines maladies.

DER SPIEGEL : Professeur, que savez-vous de votre intestin ?

JOHN CRYAN : Pas grand-chose, je dois l’avouer. J’ai jusqu’à présent résisté à la tentation d’analyser ma flore intestinale. Bien sûr, je sais qu’il y vit toute une communauté de bactéries mais je suis plutôt le genre de propriétaire qui ne surveille pas ses locataires en permanence tant qu’ils semblent aller bien.

N’êtes-vous pas curieux ? Le microbiote, ces microbes qui peuplent notre organisme, est votre domaine de recherche après tout.

Cela peut vous surprendre mais je ne vois pas très bien ce que je pourrais faire concrètement des informations sur mon microbiote. Ça vous donne une idée de la situation de ce domaine de recherche. Il est de plus en plus clair que les bactéries intestinales jouent un rôle considérable dans notre santé comme dans de nombreuses maladies mais nous ne le comprenons pas encore vraiment.

Vous avez publié un livre sur le microbiote. Vous y décrivez celui-ci comme une structure d’une complexité inouïe qui se livre à des échanges permanents avec le tissu intestinal, le système immunitaire et le cerveau. Qu’est-ce à dire ? Le microbiote est-il un organe qui est passé inaperçu de la médecine pendant longtemps ?

Oui, il y en a certains qui parlent d’un organe. À mes yeux le microbiote est même quelque chose de bien plus grand. Car il ne faut pas oublier que les bactéries étaient là avant nous, nous ne sommes arrivés que bien plus tard. Nous avons tendance à nous imaginer que les bactéries se sont installées dans notre corps mais en fait c’est exactement le contraire : c’est nous qui nous sommes installés dans leur monde.

Et comment les occupants de notre intestin communiquent-ils avec nous ?

On commence à peine à le comprendre. Beaucoup des mécanismes nous sont encore inconnus mais on sait que les bactéries interagissent d’abord directement avec le mucus qui recouvre les parois internes de l’intestin. Ensuite elles communiquent avec les cellules épithéliales, c’est-à-dire la couche de cellules qui tapisse l’intérieur de l’intestin. Ce qu’il faut maintenant, c’est trouver quelles substances elles excrètent.

John Cryan enseigne les neurosciences à l’University College Cork, en Irlande.John Cryan enseigne les neurosciences à l’University College Cork, en Irlande.

Ces bactéries sont comme de minuscules usines qui fabriquent tout un tas de substances prodigieuses que notre corps ne peut produire sans elles. Quand la paroi intestinale fuit ou est modifiée d’une façon ou d’une autre, elles peuvent pénétrer dans le tissu et activer le système nerveux entérique, ce qu’on appelle le deuxième cerveau, qui entoure notre intestin comme une chaussette. Et ce deuxième cerveau envoie alors ses signaux jusqu’au système nerveux central.

Vous vous intéressez en particulier à l’influence des bactéries sur notre santé mentale. Quand avez-vous remarqué qu’elles avaient une influence là-dessus ?

À l’origine j’étudiais le stress. Je me suis donc intéressé aux effets du stress sur notre système immunitaire et sur la façon dont celui-ci communique avec notre cerveau. Il y a quinze ans, nous avons commencé un projet de recherche sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Personne n’en connaissait la cause exacte. Nous avons remarqué qu’un nombre incroyablement élevé de patients avait subi un stress quand ils étaient bébé ou petit enfant. Nous avons donc mis au point un modèle animal de stress de la petite enfance : nous avons séparé des souriceaux de leur mère quelques jours après leur naissance. Cela a des effets non seulement sur le cerveau, mais aussi sur le système immunitaire et l’intestin. Une MICI est donc un exemple classique d’une perturbation de la communication entre l’intestin et le cerveau.

Et que viennent faire les microbes là-dedans ?

Oui, c’est justement là que cela devient passionnant. Après une étude attentive de la flore intestinale de ces sujets, nous avons constaté qu’elle était peu diversifiée – même chez ceux qui étaient adultes depuis longtemps.

Une perturbation vécue dans la petite enfance avait donc modifié leur microbiote à vie.

Pouvez-vous vraiment être sûr que c’est dû au fait d’avoir été séparé de leur mère ?

Vous avez raison. Ça ne prouve pas encore qu’il y a une relation de cause à effet. Mais en étudiant la littérature sur la question, nous sommes tombés sur les travaux révolutionnaires de collègues japonais. Ils avaient étudié des souris qui avaient grandi dans un environnement stérile et dont l’intestin était donc stérile. Il est apparu que ces animaux étaient extrêmement sensibles au stress. Nous avions montré que le stress avait un effet sur le microbiote ; ils avaient montré que le microbiote avait un effet sur la réaction au stress. On dirait bien qu’il y a une interaction, vous ne trouvez pas ?

Et en quoi consiste cette interaction ? Comment les bactéries de l’intestin savent-elles que le cerveau, là-haut, est stressé ?

C’était l’étape suivante. Nous avons sectionné le nerf vague des sujets, il part du cerveau et va jusqu’à la périphérie, y compris l’intestin. Et nous avons ainsi interrompu la communication. Ce nerf est donc la voie par laquelle cerveau et microbiote échangent des informations.

Il y a des décennies que les chercheurs étudient l’interaction entre système nerveux, système immunitaire et système hormonal. Pourquoi est-on passé à côté du rôle des bactéries ?

Comme souvent, c’est l’évolution des technologies qui ont permis d’accéder à ces connaissances. Il y a vingt ans, on n’avait tout simplement pas les possibilités d’étudier le microbiote. On ne percevait l’effet des bactéries qu’en cas d’infection pathologique et l’effet du système immunitaire que quand une réaction inflammatoire devenait hors de contrôle. Ce n’est que maintenant qu’on dispose des moyens techniques pour étudier la communication quotidienne, non pathologique.

Vous avez inventé le terme “psychobiotique.” Qu’est-ce qu’il signifie ?

Le sens de ce terme a changé au cours des dernières années. Actuellement nous entendons par là, toute intervention sur le microbiote nécessaire à notre santé mentale. Nous voulions remettre en question la conception courante de la psychopharmacopée. La science des psychobiotiques cherche à nous pousser à envisager notre santé mentale autrement, en prenant en compte également l’alimentation et d’autres facteurs environnementaux.

Avez-vous le sentiment que la communauté scientifique est d’accord ?

Il y a beaucoup de scepticisme et c’est très bien. Car le scepticisme nous fait aller de l’avant. Nous avons fait de grands progrès. Aujourd’hui tout congrès de neurosciences comprend une séance consacrée au microbiote. Ç’aurait été impensable il y a dix ans.

De quoi parle-t-on lors de ces séances ?

Essentiellement d’alimentation. Cette question est en train de prendre de plus en plus d’importance en psychiatrie. Ce que nous mangeons fait prospérer certaines bactéries dans notre intestin. Et elles envoient certains messages au cerveau.

Quelle est la précision de ces messages ? Dans votre livre, vous affirmez que les bactéries intestinales pourraient même commander concrètement une pizza au cerveau, là-haut…

… ce qui ne me semble pas si aberrant. Nous avons pu montrer que le cerveau est influencé à presque tous les égards par les changements du microbiote : que l’on prenne l’isolation électrique des fibres nerveuses, la naissance de nouveaux neurones, la ramification des cellules nerveuses – les bactéries y contribuent. Ils contribuent à la croissance du cerveau, à son développement et à son vieillissement. Il n’y a que très peu de domaines des neurosciences dans lesquels on ne peut démontrer aucune influence du microbiote. Quant à nos préférences alimentaires, il n’y a aucune raison de supposer qu’elles ne dépendent pas des signaux envoyés par les bactéries.

Mais il n’y a pas de preuve ?

Si, du moins pour les mouches du vinaigre. Des chercheurs de Lisbonne ont pu démontrer que la présence de certaines bactéries déterminait si une mouche préfère la levure ou le sucre. Mais une chose est sûre : il nous faudra encore bien plus de données pour mieux comprendre comment les bactéries pilotent nos goûts alimentaires.

Dans votre livre, vous allez même encore plus loin : d’après vous, les microbes présents dans notre intestin ont non seulement une influence sur ce que nous mangeons, mais aussi sur notre comportement social. Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

C’est une question que je trouve particulièrement fascinante et j’ai hâte de voir si nous parviendrons à assembler les pièces du puzzle.

Il est évident que notre comportement social a une influence sur les bactéries qui vivent en nous

: le fait de se réunir facilite la vie des microbes parce qu’ils peuvent plus facilement passer d’un hôte à l’autre. Mais est-ce que ça marche aussi dans l’autre sens ? Je vais vous expliquer les constatations que nous avons faites dans nos expériences : si vous privez une souris de ses locataires bactériens, elle adopte un comportement étrangement différent. Elle ne recherche plus la compagnie de ses congénères et ne s’intéresse plus aux souris qu’elle ne connaît pas. Des chercheurs de Californie et du Texas ont montré qu’il suffisait d’administrer une certaine souche de lactobacille pour atténuer le déficit social de certaines souris.

Vous recommandez donc de prescrire un lactobacille contre l’autisme ?

On n’en est pas encore là. Mais vous avez raison : une partie importante de nos recherches visent effectivement l’autisme et d’autres troubles du comportement social – troubles anxieux, certains aspects de la schizophrénie, mais aussi la timidité ou tout simplement la question de savoir si on est plutôt introverti ou extraverti. Toutes ces choses pourraient être liées à la communication entre le cerveau et les bactéries.

 Dessin de Willis, Tunisie.Dessin de Willis, Tunisie.

Vous n’en êtes encore qu’au début, comme vous le disiez. Mais pouvez-vous déjà faire des recommandations aux praticiens en psychiatrie ?

Tout à fait. Ils peuvent commencer par pousser leurs patients à réfléchir à ce qu’ils mangent. Une étude réalisée en Australie a montré de façon flagrante que la nutrition pouvait améliorer l’état des dépressifs de façon significative. Le plus important, ce sont les fibres, ce qui en gros veut dire : beaucoup de légumes. De plus, il faut éviter certains aliments – par exemple les sucres et les émulsifiants. Sinon, on peut aussi tirer des conseils pratiques de nos recherches. Nous savons par exemple que l’aérobic est bonne pour le microbiote et le manque de sommeil mauvais.

Tout cela n’est pas très précis. Quelle que soit la pathologie dont on souffre quand on va consulter un psychiatre, les recommandations sont toujours : bouger, manger des légumes et dormir suffisamment.

Comme je l’ai dit, nous n’en sommes encore qu’au tout début. Le point négatif, c’est que pour le moment nous ne savons pas du tout de quoi à l’air un microbiote normal, sain. Nous ne savons donc pas vers quoi nous diriger. D’un autre côté, le point positif, c’est que les patients peuvent eux-mêmes contribuer à leur guérison, ce qui a un effet très positif sur le moral.

Le nombre de diagnostics psychiatriques augmente dans le monde entier. Cette augmentation serait-elle due à des perturbations du microbiote ?

À mon avis, c’est possible. Notre mode de vie a connu des changements drastiques au cours des cinquante à soixante dernières années – et essentiellement des changements qui ont un effet négatif sur notre microbiote. Prenez l’augmentation considérable de la prescription d’antibiotiques, l’arrivée des plats tout prêts et des aliments transformés. Plus le stress du quotidien. Tout cela a provoqué un appauvrissement du microbiote. La plupart des bactéries qui vivaient dans l’intestin de nos ancêtres ont disparu du nôtre.

Comment le savez-vous ?

Parce que des collègues ont étudié le microbiote de peuples primitifs de Tanzanie, du Malawi et du Venezuela. Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a chez eux pratiquement pas de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, pas de sclérose en plaques. On peut dire de façon très générale qu’on constate chez eux une incidence bien plus faible de presque tout ce qui a trait à l’inflammation. Et si, comme je le suppose, la dépression est également liée à un processus inflammatoire, du moins jusqu’à un certain point,

il n’est pas difficile d’imaginer qu’il y a une relation entre la disparition de certains microbes et l’augmentation des dépressions.

Il y a un autre facteur qui pourrait avoir un effet nocif sur notre microbiote dans notre société moderne : l’augmentation des césariennes. En cas de naissance par les voies naturelles, les bactéries présentes dans le vagin de la mère s’installent chez le bébé, alors que ce n’est pas le cas en cas de césarienne. Cela provoque-t-il un changement durable du microbiote ?

Beaucoup de signes indiquent que la réponse est oui. Il existe toute une série d’études qui montrent que l’effet dure pendant au moins six mois. Des collègues de Cork ont pu récemment constater qu’il y avait encore des différences entre le microbiote d’enfants nés par césarienne et celui d’enfants nés par les voies naturelles quatre ans après la naissance.

Et comment saurez-vous si ces différences ont des effets sur la santé ?

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est la question de la fenêtre critique…

… c’est-à-dire de savoir si les bactéries interviennent dans le développement d’un enfant à des moments précis ?

Exactement. Si le microbiote est modifié tout de suite après la naissance, ça veut dire que le système immunitaire qui est en train de se développer reçoit d’autres signaux. Et effectivement, les études épidémiologiques établissent clairement que le risque de maladies dues à des perturbations du système immunitaire, par exemple les allergies et le diabète de type 1, est plus élevé pour les enfants nés par césarienne. Il est possible que ce soit la même chose pour le cerveau, même si cette question a été moins bien étudiée jusqu’à présent.

Vous pensez donc que l’absence des bactéries maternelles chez les bébés nés par césarienne pourrait augmenter le risque de troubles du développement nerveux ?

C’est justement cette question que nous sommes en train d’étudier. Nous avons constaté chez des souris nées par césarienne des modifications durables du comportement – et ce bien que le microbiote du sujet adulte ne se distingue plus de celui des sujets nés par les voies naturelles. Cela montre que l’important ce ne sont pas forcément les bactéries qui vivent aujourd’hui dans votre intestin mais celles qui y vivaient quand vous étiez bébé.

Vous ne l’avez démontré que pour les souris ? Qu’en est-il pour l’homme ? Avez-vous des conclusions ?

Oui. Nous sommes en train de rédiger la publication. Après avoir soumis des étudiants en médecine à des tests de stress, nous avons constaté que les réactions tant immunologiques que psychologiques étaient plus fortes chez ceux qui étaient venus au monde par césarienne.

Et vous pensez que cela pourrait être dû à l’influence des microbes dans la petite enfance ? N’est-ce pas un peu tiré par les cheveux ? La flore intestinale peut-elle vraiment avoir une influence sur le développement du cerveau ?

C’est établi dans l’expérimentation animale. Les recherches que nous avons réalisées sur des souris qui ont grandi dans un milieu stérile montrent sans aucun doute que les microbes sont nécessaires au développement normal du cerveau. Il n’y a pratiquement pas de données en ce moment pour l’homme. Les neuropédiatres découvrent à peine la question. Vous pouvez vous imaginer qu’elle suscite un vif intérêt chez les fabricants de lait pour bébé.

Est-ce qu’on pourrait ensemencer le microbiote des bébés nés par césarienne avec un frottis vaginal de leur mère et leur transmettre ainsi la flore bactérienne de celle-ci ?

Cela a déjà été fait. Et ça a effectivement permis de remédier au déficit microbien de ces bébés. Mais l’Association américaine des gynécologues et des obstétriciens s’est fermement exprimée contre cette pratique – à cause du risque d’infection à streptocoques et autres germes dangereux. Nous préférons donc miser sur l’alimentation. Nous avons démontré sur des animaux qu’on pouvait éviter les suites durables de la césarienne en administrant très tôt du bifidus aux bébés. Nous travaillons maintenant avec l’industrie à trouver la bonne préparation pour les bébés humains.

Où en êtes-vous ?

Ça avance. Ce qui m’a vraiment stupéfié, c’est l’énorme complexité des sucres que nous avons trouvés dans le lait maternel humain. Le plus étonnant, c’est que ce sont des sucres que le nourrisson lui-même ne peut décomposer. La mère nourrit donc avec ces molécules uniquement les bactéries qui sont présentes dans l’intestin de son bébé. Et celles-ci font office d’usine pharmaceutique naturelle : elles transforment les sucres du lait maternel en substances utiles à l’organisme du bébé, par exemple en acide sialique, qui est très important pour le développement du cerveau. Cela pourrait expliquer l’effet positif du lait maternel sur le QI et les capacités cognitives.

Vous dites que la mère envoie des signaux pour le développement mental de son enfant par le biais du microbiote. Est-ce qu’on n’a pas là un tout nouveau vecteur de l’hérédité, que la science n’avait pas vu jusqu’à présent ?

C’est un sujet très sensible. Il y a beaucoup de recherches sur la question de savoir si certaines caractéristiques peuvent se transmettre d’une génération à l’autre par d’autres moyens que la génétique. En général, elles portent sur l’épigénétique, c’est-à-dire les modifications chimiques du matériel génétique. On ne s’est pratiquement pas intéressé au rôle du microbiote jusqu’à présent. Nous sommes cependant convaincus qu’il joue bien un rôle.

Quelle est la variabilité du microbiote au cours de notre vie ?

Il est relativement stable une fois qu’il est constitué. C’est ce que montre par exemple une étude d’Eric Alm, du MIT, à Boston. Ses postdocs ont pris un échantillon de leurs selles chaque jour pendant un an et noté exactement ce qui s’était passé. Leur microbiote est resté largement inchangé pendant cette période. Sauf quand Eric a suivi un traitement par antibiotiques. Là, paf, le nombre de bactéries a chuté. Et quand un postdoc a eu une intoxication alimentaire lors d’un congrès à Bangkok, il y a eu aussi un gros changement. Mais même dans ces cas, le microbiote a récupéré rapidement.

Comment se comporte-t-il lors d’une cure d’antibiotiques ? Si les bactéries ont vraiment un effet aussi fort sur notre cerveau, comme vous l’affirmez, une coupe claire dans notre intestin devrait nous saper le moral ? Je n’ai pourtant rien ressenti de tel quand j’ai dû prendre des antibiotiques à titre préventif après des soins dentaires.

Très bonne question. Malheureusement, nous n’avons aussi que trop peu d’études sur ce sujet. La plupart des études sur les antibiotiques ont été réalisées sur des sujets malades. Chez eux, ça ne veut naturellement pas dire grand-chose si leur moral n’est pas bon. Donc vous avez raison, il serait intéressant d’étudier des personnes qui prennent des antibiotiques à titre préventif. Le fait que vous n’ayez rien remarqué n’est pas significatif. On aurait peut-être dû vous exposer à un stress ou à certaines conditions d’expérience précises pour pouvoir constater des modifications subtiles de votre moral, dont vous n’aviez peut-être même pas conscience.

Le titre de votre livre promet une “révolution”. Quand devrait-elle se produire ?

Elle a déjà commencé. Il faut prendre ce terme dans le contexte de ce qui s’est fait en matière de santé mentale depuis trente ans : à savoir pratiquement rien. Nous comprenons les maladies mentales à peine mieux qu’il y a trente ans, et quant à la pharmacopée, nous avons maintenant la kétamine, mais c’est tout. Les gens sont de plus en plus conscients que notre mode de vie, notre alimentation et notre environnement peuvent avoir un effet thérapeutique sur notre santé mentale. Avec nos recherches sur les psychobiotiques, nous voulons donner un fondement biologique à cette idée. Et je pense que c’est un message très important.

Propos recueillis par Johann Grolle (août 2019)

16 janvier 2020

Milo Moiré et la banane...

banane

15 janvier 2020

Enquête - Hong Kong : Rester ou partir, le dilemme des expats

SOUTH CHINA MORNING POST (HONG KONG)

En proie à une crise sans précédent, Hong Kong n’est plus le pays d’expatriation idéal pour le business. Pour les Français sur place, la question se pose : faut-il quitter le pays ?

Les manifestations antigouvernementales ont convaincu une expat installée de longue date à Hong Kong – elle souhaite rester anonyme afin que son nom ne soit pas associé aux manifestations – de faire une liste des affaires à emporter au cas où la situation tournerait au vinaigre. Elle a recensé tous les objets à réunir au cas où elle aurait à fuir rapidement, a rangé cette liste dans le tiroir de son bureau, et y a trouvé un certain réconfort.

“Ce n’est pas long, comme liste, explique-t-elle. Les bijoux de ma mère, mon passeport et quelques photos, c’est à peu près tout.” Mais le fait de coucher cette liste sur le papier, confie-t-elle, lui a donné l’impression d’être à peu près préparée au cas où le conflit la pousserait à fuir la ville où elle a posé ses valises voilà 28 ans.

Elle fait partie de ces étrangers qui représentent près de 10 % des 7,5 millions d’habitants de Hong Kong. Beaucoup jaugent en ce moment les risques de rester dans une ville jusque-là connue pour sa stabilité et désormais la proie des troubles depuis des mois.

Plans d’urgence et lignes jaunes

Pour autant, on ne relève jusqu’à présent aucun signe d’exode. Les chiffres de l’immigration donnent 731 082 étrangers installés à Hong Kong en novembre 2018. Un an plus tard, ce chiffre s’élève à 726 032. Il comprend les aides ménagères, originaires pour la plupart des Philippines et d’Indonésie, soit environ 400 000 personnes, selon les statistiques des services de l’immigration.

Les étrangers qui travaillent dans le secteur de la finance ou qui dirigent des entreprises à Hong Kong se posent des questions sur leur sécurité et celle de leurs enfants à l’heure où les gaz lacrymogènes, les briques, les balles en caoutchouc et les cocktails Molotov remplacent le tourisme et le lèche-vitrines dans les rues de la ville.

Les plans d’urgence et les “lignes jaunes” divergent d’une personne et d’une famille à l’autre, mais beaucoup reconnaissent avoir eu des discussions animées avec un conjoint ou la famille restés au pays au sujet de la meilleure décision à prendre depuis que les manifestations globalement pacifiques de juin contre un projet de loi sur l’extradition ont dégénéré en batailles rangées entre la police et des manifestants radicaux.

Un banquier de 33 ans originaire de Nouvelle-Zélande, qui souhaite également rester anonyme, n’a pas établi de liste mais a amplement discuté avec sa femme, et tous deux ont décidé d’aller chercher du travail ailleurs, après quatre années passées dans la ville. “On constate que Hong Kong a changé radicalement, ce n’est plus le centre d’affaires que c’était”, relève-t-il.

Il y a les confiants…

Un autre expat, un courtier originaire de Corée du Sud, témoigne : partir ne fait pas partie des options pour ce trentenaire et sa famille. Son épouse, hongkongaise, et lui viennent d’avoir un bébé qu’ils ont bien l’intention d’élever à Hong Kong. Mais si la ville est plus intéressante pour lui professionnellement, il n’en a pas moins une ligne jaune.

L’histoire de la Corée du Sud est émaillée de mouvements antigouvernementaux lancés par les étudiants, par exemple dans la ville de Gwangju en 1980, où l’usage de la force par l’armée s’était soldé par la mort de plusieurs centaines de personnes : “Sauf événement grave de cette ampleur, je resterai à Hong Kong, même si le risque est toujours là – on sait tous que la Chine peut prendre des mesures radicales”, observe-t-il, réclamant à son tour l’anonymat en échange de son témoignage.

… et les nostalgiques

Les qualités qui séduisent les étrangers à Hong Kong – la sécurité, la stabilité et les loisirs – ont du plomb dans l’aile. Hong Kong est un des principaux centres financiers du globe, mais l’instabilité et la violence contrebalancent désormais la perspective de salaires juteux et de carrières alléchantes.

“On attend de voir. Ça dépendra de ce qui se passe à Noël ; beaucoup de gens retourneront voir leurs familles et se demanderont ce qu’ils vont faire”, remarque Tara Joseph, présidente de la chambre de commerce américaine à Hong Kong.

“Les gens se demandent s’ils ont pris la bonne décision”

Certains ont déjà décision prise. Un ancien militaire américain installé à Hong Kong explique qu’il n’a pas envie de vivre dans une ville où “la violence [est] tolérée” et prévoit d’émigrer à Singapour. “Je ne veux pas que mon enfant et ma femme vivent dans la peur”, justifie ce cadre américain de 39 ans, né à Hong Kong. “Quand vous avez deux régimes politiques différents, il y aura forcément une fusion, mais ça va prendre du temps. Personnellement, je n’ai pas le temps d’y prendre part… Ce n’est pas mon combat.”

La plupart des étrangers que j’ai interrogés disent comprendre l’opposition au projet de loi sur l’extradition et soutenir les appels à la démocratie lancés par les manifestants, mais dénoncent la violence et le vandalisme. D’autres s’inquiètent de la gestion des troubles par l’État et la police. Tous sont dans le flou.

Président du Forum des travailleurs indiens de Hong Kong, Anurag Bhatnagar s’y est installé en 1995, et ce n’est pas le premier mouvement social d’envergure auquel il assiste. “Ce qui m’a surpris, quand même, c’est la violence – que les choses aient pu déraper comme ça”, confie-t-il, précisant qu’il s’agit ici de son opinion personnelle, et non de celle de son organisation.

Ce négociant en matières premières et fondateur d’une société technologique explique que beaucoup de gens, dans son entourage, s’inquiètent du tour que prennent les manifestations et déplorent le manque de volontarisme du gouvernement. “Finalement, tous les expats qui se sont installés à Hong Kong y sont venus pour des raisons à la fois professionnelles et personnelles. Quand l’avenir devient flou, politiquement, les gens se demandent s’ils ont pris la bonne décision”, fait-il remarquer.

Des devis de déménagements en hausse

Si beaucoup d’entreprises sont impactées, les sociétés de déménagement observent quant à elles une multiplication des demandes de devis et s’attendent à une année 2020 chargée. Dans la plupart des cas, les manifestations ne sont que l’élément déclencheur du déménagement, et non la cause profonde, observe Lars Kuepper, directeur commercial de la société de déménagement Relosmart :

Ce n’est pas vraiment à cause des manifestations, même si elles ont servi d’élément déclencheur – ce sont des gens qui envisageaient de déménager depuis un certain temps à cause du coût de la vie et des frais de scolarité pour les enfants, et les derniers événements ont précipité leur prise de décision.”

L’entreprise a assuré 125 déménagements en octobre, soit deux fois plus que l’année précédente, dont près de la moitié pour des expatriés, précise-t-il. “C’est du sept jours sur sept en ce moment”, poursuit Lars Kuepper.

Les employeurs tranchent

Si on ne voit aucun signe d’exode, on constate en revanche un ralentissement du recrutement international. Certaines banques et multinationales cherchent également à répartir le risque en délocalisant certaines activités hors de Hong Kong.

“Ça ne veut pas dire qu’elles vont délocaliser l’ensemble de leurs activités, mais elles font une liste et voient ce qui doit impérativement rester à Hong Kong et ce qu’elles pourraient éventuellement mettre ailleurs”, constate Stephen West, directeur commercial du cabinet de conseil Quartermain Alpha à Hong Kong.

Il précise qu’il n’est pas inhabituel que les entreprises revoient leur stratégie de maîtrise du risque, mais qu’une fois installées ailleurs les chances de retour sont faibles.

Selon une enquête publiée [en novembre 2019] par la chambre de commerce et d’industrie japonaise à Hong Kong, plus d’un tiers des 270 entreprises qui y ont répondu envisageaient de rapatrier au Japon les familles de leurs employés sur place, ou l’avaient déjà fait. Seize entreprises faisaient savoir qu’elles relocaliseraient l’ensemble de leurs effectifs au Japon avant la fin 2019, et 90 autres disaient l’envisager. En revanche, d’autres marquaient leur intention de rester sur place.

Des entreprises restent optimistes

Tara Joseph, de la chambre de commerce américaine, assure ainsi que bon nombre de grandes entreprises américaines “tiennent absolument à rester”. Une étude conduite par la chambre de commerce, publiée en octobre, montre que moins d’un quart des entreprises membres envisagent de réduire la voilure ou de quitter Hong Kong.

Le président de la chambre de commerce de l’Union européenne en Chine, Jörg Wuttke, s’est également dit “frappé” par l’optimisme des entreprises étrangères au vu des événements en cours.

Beaucoup d’étrangers installés de longue date ont tissé avec la ville un lien qui n’est pas uniquement financier, mais aussi personnel, et ont hâte de voir Hong Kong se relever de cette épreuve. Bhim Prasad Kafle, vice-président de la chambre de commerce népalaise de Hong Kong, confirme : “[Les deux camps] doivent s’asseoir autour de la table des négociations et trouver une solution. Il le faut, c’est la seule option”, tranche-t-il.

Bhim Prasad Kafle, qui s’est installé à Hong Kong voilà 24 ans pour y faire des études dans l’industrie hôtelière, observe une baisse de 30 % de l’activité de son groupe de restauration situé dans le célèbre quartier [gastronomique] de Soho. Mais il n’en reste pas moins optimiste sur la capacité de la ville à rebondir. “Hong Kong a toujours été comme ça : quand [l’activité] redémarre, c’est sur les chapeaux de roue”, dit-il.

La fin d’une ère idyllique pour les expatriés ?

Le redressement de Hong Kong dépendra des enjeux clés qui ont fait descendre des millions de personnes dans la rue cette année : comment la ville se définira-t-elle dans sa relation au continent ? “Il va falloir que les politiques déploient des trésors de créativité pour redresser la barre et dessiner un projet pour Hong Kong”, prévient Michael Pepper, un avocat d’affaires installé dans la ville depuis plus de vingt ans.

“Il faut vraiment qu’on comprenne dans les cinq ans ce qui nous attend au-delà de 2047”, poursuit-il, faisant référence à la date où prendra fin le principe du “Un pays, deux systèmes” institué par la Déclaration sino-britannique qui définissait les termes de la rétrocession de Hong Kong à la Chine le 1er juillet 1997. L’indépendance du pouvoir judiciaire de Hong Kong avait permis à la ville de se poser en intermédiaire de confiance entre les entreprises étrangères et la Chine continentale.

Tara Joseph, de la chambre de commerce américaine, reconnaît que les troubles qui agitent en ce moment Hong Kong amènent à sérieusement s’interroger sur l’avenir :

Il faut se poser la question honnêtement, et dès maintenant : il y a eu l’époque coloniale, puis la rétrocession voilà de ça vingt ans… et les choses n’ont pas vraiment changé, les expats ont toujours plus ou moins les mêmes privilèges. Peut-être qu’on est on en train d’entrer dans une troisième ère, où les expats resteront sur place, mais avec un niveau de risque accru, où il n’y aurait plus cette coexistence des deux régimes… Ça a été une année riche en émotions. Tout le monde va essayer de digérer tout ça, y compris moi.”

Et vous, où placeriez-vous votre ligne jaune ?

Simone McCarthy

Cet article a été publié dans sa version originale le 27/12/2019.

Source

South China Morning Post

HONG KONG http://www.scmp.com/

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