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Jours tranquilles à Paris

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11 janvier 2020

V Magazine

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11 janvier 2020

Le Consentement

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11 janvier 2020

Vu des États-Unis - Réforme des retraites : un vieux conflit français opposant nantis et démunis

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THE NEW YORK TIMES (NEW YORK)

Les riches contre les pauvres, les protégés contre les vulnérables… La grogne actuelle contre la réforme des retraites illustre un antagonisme bien français et très ancien, écrit The New York Times dans un reportage à la gare de Lyon.

Une tapisserie rouge pétard à l’effigie de Che Guevara et frappée de l’inscription “En route vers la victoire !” exhorte les grévistes à ne rien lâcher, dans les locaux défraîchis de la permanence du syndicat. À l’extérieur, le responsable de l’antenne s’époumone dans un mégaphone, gare de Lyon, à Paris : “Les riches ne doivent jamais l’oublier : il y aura toujours la sueur des pauvres sur leur argent !”

La grève des transports contre le projet de réforme des retraites porté par le gouvernement est d’ores et déjà la plus longue de l’histoire du pays. Le jeudi [9 janvier], alors que le mouvement entrait dans sa sixième semaine, des milliers de manifestants sont redescendus dans la rue aux quatre coins de France.

Chaque jour, on débat pour savoir qui sortira gagnant ou perdant de la réforme défendue par Emmanuel Macron. Et personne ne s’accorde sur les détails.

Mais, au-delà des détails, c’est un conflit bien plus profond qui se joue, qui touche aux classes sociales, aux privilèges, à l’argent, nourri par deux cents ans d’histoire. Ces pommes de discorde sous-jacentes alimentent un mouvement-marathon qui met à l’épreuve la patience des Français, plombe l’économie et expose une nouvelle fois les lignes de faille d’une présidence macronienne qui se voulait réformatrice.

Les deux camps figés

Les slogans amers très marqués “lutte des classes” entendus gare de Lyon ne tombent pas du ciel. Le bras de fer en cours a des racines, réelles ou perçues, dans d’autres affrontements bien plus anciens – d’abord la suppression de privilèges séculaires lors de la Révolution française, puis les décennies de lutte acharnée entre le capital et les classes laborieuses au XIXe siècle, d’où est né le régime des retraites que Macron veut aujourd’hui mettre au rebut.

On retrouve dans le combat en cours une bonne partie du vocabulaire employé dans ceux d’hier, figeant les positions des deux camps, surtout celui des syndicats.

Les Français commencent à trouver le temps long. Il faut dire que rares sont les pays où le train occupe une place aussi centrale. La suppression des trains a coupé la province de Paris, où la quasi-absence de métros a coûté des millions et où la grève des professionnels de la culture a obligé les théâtres et les opéras à annuler des dizaines de représentations.

Les régimes spéciaux, pomme de la discorde

Le soutien aux grévistes, qui était substantiel au départ, de la part de Français inquiets pour leur retraite, commence à fléchir. Macron escompte un nouveau recul en lâchant un peu de lest – en faveur de la police, des danseurs de l’opéra, de l’armée – face à l’agitation de la rue et au malaise que provoque son projet chez une bonne partie de l’opinion.

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Le président veut remplacer le système en place, composé de 42 régimes de retraites distincts (dont la plupart sont taillés sur mesure pour la profession concernée), par un système de retraite par points qui serait le même pour tout le monde.

Ce sont ces régimes individuels – conquis de haute lutte au fil des ans par les différentes corporations et jalousement défendus comme des droits, et non comme des privilèges – qui sont ici la pomme de discorde. Macron voudrait s’en débarrasser ; les travailleurs voudraient qu’il enterre l’ensemble du projet.

Un antagonisme bien français

Cette grève au long cours des trains et des métros illustre un antagonisme bien français qui date d’avant même la révolution de 1789 : les nantis contre les démunis, les riches contre les pauvres, les protégés contre les vulnérables.

C’est un antagonisme qui existe tout autant dans l’esprit des grévistes que dans les faits, mais qui n’en est pas moins réel. Le ressenti devient réalité, avec un coup de pouce de l’histoire et des discours des dirigeants syndicaux.

“Ce sont deux conceptions de la protection sociale, deux notions différentes du projet social, qui s’affrontent”, expliquait, avant Noël, Philippe Martinez, le chef de file de la CGT, à la sortie d’une énième réunion infructueuse à Matignon, et il a répété cette semaine à la télévision :

C’est un choix de société qui est au cœur de cette réforme.”

Jugé excessif par certains analystes, ce langage n’en a pas moins infusé dans l’esprit de milliers de grévistes, notamment de la CGT, le syndicat farouchement anti-macronien au cœur de la grève.

Macron et le profit

Pendant des décennies, le syndicat était proche du Parti communiste français. Martinez y était d’ailleurs encarté ; le secrétaire général du syndicat, qui chapeaute aussi la CGT Cheminots, possède un buste de Lénine dans son bureau.

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“On a beaucoup de mal à trouver un terrain d’entente avec ce gouvernement”, confirme Bérenger Cernon, secrétaire général de la CGT Paris à la gare de Lyon.

De leur côté, ils disent : ‘Vous vous débrouillez.’ Nous, on parle de solidarité : liberté, égalité, fraternité. Eux, ils répondent : ‘Si on a réussi, tout le monde peut.’ Mais la réussite individuelle n’a jamais permis à une société d’avancer. Elle n’a jamais profité au collectif.”

Un point de vue largement partagé dans les rangs du syndicat, et qui galvanise les troupes.

La police lors d’une manifestation à Paris le 7 janvier 2019. Photo / Dmitry Kostyukov / The New York TimesLa police lors d’une manifestation à Paris le 7 janvier 2019. Photo / Dmitry Kostyukov / The New York Times

“La vision de Macron, c’est ça : il parle toujours de faire du profit”, dénonce Sébastien Préaudat, contrôleur et militant CGT à la gare de Lyon.

Mais, nous, on n’est pas là pour faire de l’argent. On est là pour apporter un service au public. Et ces gens-là – le gouvernement de Macron – ils viennent du monde de la finance. On se bat juste pour dire : ‘On a trimé toute notre vie, aujourd’hui on a le droit de se reposer.’”

Une société de classes

Les cheminots sont moqués par la droite française, beaucoup d’entre eux ayant la possibilité de partir à 52 ans avec une retraite confortable, parfois bien supérieure à la moyenne. Les cheminots n’y voient pas un privilège, mais une confirmation nécessaire de leur statut à part dans la société française. Comme le souligne Philippe d’Iribarne, sociologue au CNRS à Paris :

Pour un réformateur comme Macron, ce genre de filet de protection corporatiste est un archaïsme, La France reste une société de classes, constamment menacée par l’arrogance des puissants et le ressentiment des sans-grade. En France, l’égalité dont rêvent les gens ressemble à ça : tout le monde a droit aux mêmes lettres de noblesse.”

Autant dire que la réforme rationaliste de Macron ne trouve pas grâce aux yeux d’un mouvement syndical indifférent à cette conception de l’égalité. Macron propose de compenser le déficit probable du système et la baisse du ratio actifs-retraités. Il veut mettre tout le monde sur un pied d’égalité au moyen d’un système par points.

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Deux projets de société

“Macron, c’est un financier qui voit tout sous l’angle de la compétition. Nous, on a une vision collective, analyse Arnaud Bourge, un conducteur de trains rencontré parmi les centaines de cheminots qui écoutent, gare de Lyon, les harangues appelant à poursuivre la grève. Ce sont deux visions diamétralement opposées.”

Macron voit le problème des retraites avec l’œil d’un gestionnaire, et cette approche trouve le soutien de ses sympathisants de la classe moyenne supérieure, de certains intellectuels, de certains analystes, mais pas des travailleurs, qui entendent conserver leurs acquis.

“À vrai dire, on n’a pas affaire à deux ‘projets de société’, observe Dominique Andolfatto, sociologue du syndicalisme à l’université de Bourgogne, invalidant la vision de Martinez. Il y en a un qui tient compte de certaines réalités sociales et économiques, et en face on en a un autre qui dit : ‘On ne touche à rien, le navire garde le même cap, on ne s’occupe pas de l’iceberg.’”

Les macronistes nerveux

Mais, à mesure que la grève traîne en longueur, les députés de la Macronie montrent des signes de nervosité.

“On assiste au retour de l’opposition entre employeurs et travailleurs”, déplore Jean-François Cesarini, député macronien. Ce qui gêne surtout les députés, c’est de voir l’inflexibilité de l’exécutif sur un point particulièrement sensible : le report de l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans.

Plus modérée, la CFDT a bien proposé un compromis, mais sans succès à ce jour.

“Quand un pays est aussi divisé, c’est extrêmement dangereux de ne pas saisir la main tendue”, s’inquiète Aurélien Taché, un autre député de la Macronie.

Dans le hall de la gare de Lyon, les dizaines de grévistes réunis se voient demander de se prononcer à main levée sur la poursuite du mouvement. Toutes les mains se lèvent dans un brouhaha approbateur.

“Aujourd’hui, ils nous proposent de tout nous prendre, tonne Sébastien Préaudat, le contrôleur. Et je ne vais pas accepter.”

Adam Nossiter

Cet article a été publié dans sa version originale le 09/01/2020.

11 janvier 2020

Laetitia Casta en couverture de ELLE

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11 janvier 2020

Enquête - Ma trottinette est-elle de droite ?

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 Photo : J. Snap

Par Nicolas Santolaria

Cet engin motorisé en libre-service, dont l’usage a explosé pendant la grève, est accusé par ses détracteurs d’avoir converti les trottoirs au libéralisme. Notre journaliste a testé.

En France, le mouvement social contre la réforme des retraites, qui dure depuis le 5 décembre 2019, a eu pour principal effet collatéral de paralyser les transports en commun et de générer une incroyable cacophonie mobilitaire, surtout en région parisienne. En raison de la grève, le nombre d’accidents de deux-roues (scooters, trottinettes et vélos) aurait augmenté de 40 % dans la capitale, d’après la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP).

Après des semaines à me déplacer en VTT mono-vitesse pour aller au travail, je dois me rendre à l’évidence : parent pauvre de cette périlleuse foire d’empoigne, je suis positionné au plus bas de l’échelle du nouveau darwinisme des pistes cyclables, loin derrière le vélo à assistance électrique, la gyroroue clignotante et le skate motorisé, doublé par à peu près tout type d’embarcation, à l’exception peut-être de la mamie tirant son chariot à roulettes de retour du marché.

Un prolétaire de la mobilité

Après tout, je n’y peux rien si j’ai les cuisses aussi musclées que celles du chanteur Eddy de Pretto. Ma triste condition m’est rappelée à longueur de trajet par les coups de sonnette intempestifs qui m’intiment de m’écarter, comme un manant censé laisser le champ libre à plus rapide que lui. Parce que les temps sont durs pour les lents, j’éprouve le sentiment de plus en plus vivace d’être un prolétaire de la mobilité, en communion d’âme avec mon ami piéton.

Par les petits matins frais, l’interminable trajet domicile-bureau qui me conduit du 19e au 13e arrondissement de Paris procure, certes, quelques joies contemplatives (la vue de Notre-Dame en reconstruction, le soleil se reflétant sur la Seine quand il ne pleut pas), mais aussi beaucoup de désagréments : jambes endolories par la montée finale vers la place d’Italie qui fait figure de col d’Aspin pour moi, absorption de gaz d’échappement toxiques (631 kilomètres de bouchons ont été enregistrés sur les axes franciliens le 9 décembre, soit 91 % de plus par rapport à une journée normale), stress chronique à devoir tailler des trajectoires au cordeau entre le taxi et le camion-poubelle parce qu’un cuisiniste s’est garé sur la piste cyclable…

53 000 utilisateurs depuis le début de la grève

Au bout de quelques semaines de ce régime exténuant qui me fait arriver transpirant dans l’open space, je décide de céder à une option alternative : la trottinette électrique en free floating, sans station, sans borne d’attache, et souvent posée n’importe où sur les trottoirs. Au premier semestre 2019, le nombre de ces engins était estimé à 15 000 sur la chaussée parisienne.

Parce qu’on la déverrouille simplement en flashant un QR code (après avoir téléchargé une appli et communiqué ses coordonnées bancaires tout de même), la trottinette en free floating, qui compte une douzaine d’opérateurs dans la capitale, se taille aujourd’hui la part du lion sur les axes de circulation congestionnés.

Lime, un des principaux exploitants à Paris, annonce une explosion de l’usage de ses destriers mécaniques verts et blancs, sur lesquels se jucheraient chaque jour 53 000 utilisateurs depuis le début de la grève, soit une augmentation de 75 % par rapport à une période classique. « Quand on sait qu’une rame de métro peut contenir jusqu’à 600 personnes en moyenne, c’est l’équivalent de 80 rames de métro par jour », avance le porte-parole de la start-up californienne, fière de se substituer à la RATP.

« J’AI OPTÉ POUR LES SERVICES DE LA SOCIÉTÉ LIME QUI, EN PLUS DE CONFÉRER COMME LES AUTRES DES AIRS D’ARISTO DU BITUME, PROPOSE DE “DÉBLOQUER TA VIE”. »

Mais, parce qu’elle est un objet hybride qui brouille les frontières entre l’enfance et l’âge adulte, franchir le pas de monter sur une trottinette électrique n’est pas chose aisée, comme me le confiait récemment un collègue. « C’est un truc de gosse, on est d’accord ? ! Quand je voyais des cadres là-dessus, je les trouvais ridicules. Mais, un soir, sans moyen de locomotion, alors que je me voyais déjà traverser Paris la nuit à pied, il y avait toutes ces trottinettes dispos, sur le trottoir, comme un dernier recours. Et j’ai fini par craquer, avoue Nadir, 36 ans. Sur le moment, j’ai vécu ça comme une petite humiliation, tellement je me sentais con sur cet engin. »

Prendre place sur une trottinette électrique, c’est éprouver immédiatement un sentiment de domination physique sur tout ce qui vous environne, comme si l’ergonomie de l’engin tirait votre menton vers le haut pour vous affubler d’une soudaine morgue sociale.

J’ai opté pour les services de la société Lime qui, en plus de conférer comme les autres des airs d’aristo du bitume, propose de « débloquer ta vie ». Ici, on n’est plus dans le simple transport, mais indéniablement dans l’idéologie à roulettes. Comme le soulignent les travaux du chercheur Vincent Kaufmann, la mobilité est à envisager aujourd’hui comme un capital, dont la distribution est inégalitaire. Certains voient même dans cette répartition déséquilibrée des capacités de déplacement l’axe central d’une nouvelle lutte des classes.

Deux barres de batterie

Dans son ouvrage Les Deux Clans (Les Arènes, 2019), gros succès outre-Manche, le journaliste britannique David Goodhart diagnostique une fracture entre, d’un côté, ceux qui sont mobiles, à la fois socialement, symboliquement et géographiquement (« Les Partout ») et de l’autre ceux, statiques, dont la vie s’articule autour d’un ancrage local (« Les Quelque-Part »). Les premiers, moins nombreux, sont les grands gagnants d’une mondialisation qui rejette les seconds à la marge.« Si les deux positions sont parfaitement respectables, la perspective des Partout est devenue excessivement prédominante depuis que le monde s’est ouvert à la fin de la guerre froide », écrit Goodhart.

On retrouve cette dichotomie entre les bénéficiaires et les laissés-pour-compte de la mobilité géographico-statutaire dans la sociologie des usagers de trottinettes en free floating. D’après une étude du bureau de recherche 6t (juin 2019), 53 % des actifs qui utilisent ces moyens de déplacement sont des cadres et des professions intellectuelles supérieures. Les ouvriers, eux, ne représentent que 2 % des utilisateurs. « Bienvenue dans le monde de la micromobilité. Un monde de possibilités où la vie est plus saine, plus simple et plus connectée », martèle un clip sur le site de la marque Lime.

Par le capital de mobilité accumulée qu’elle contient, la trottinette électrique me conférerait alors le pouvoir de me mouvoir avec fluidité sur la grande carte des possibles, afin d’en saisir les opportunités. Mais avant cela, en cette fraîche matinée de janvier, il faut d’abord que je trouve une trottinette fonctionnelle pour aller au boulot. Malgré le système de géolocalisation de l’appli répertoriant les unités disponibles, la chose n’est pas simple. Beaucoup de ces engins sont vandalisés. Il semble par ailleurs exister une loi tacite qui fait que quand on cherche une trottinette, on n’en trouve pas ; alors que quand on n’en cherche pas, on en voit partout.

Après plusieurs tentatives infructueuses, j’en dégotte finalement une dont la batterie affiche deux barres faméliques. Et j’entame mon long périple comme si j’appareillais vers le Nouveau Monde. N’ayant même pas encore effectué un cinquième du trajet, je suis soudain prévenu par le petit écran au-dessus du guidon que je vais devoir faire le deuil de l’engin que j’ai eu tant de mal à dénicher, sa batterie est presque vide. Après avoir tenté d’abandonner ma trot’ sur un coin de trottoir, je reçois ce message de rappel à l’ordre : « Conformément à la réglementation locale, il est interdit de se garer en dehors des places de stationnement autorisées, encadrées en bleu sur la carte. »

« L’APPLI SE MONTRANT EXTRÊMEMENT ÉNERGIVORE, C’EST MON PORTABLE QUI TOMBE EN CARAFE. »

Je pars donc en quête d’une zone bleue. Puis, un peu comme au temps des diligences, d’une nouvelle monture, que j’abandonne quelques centaines de mètres plus loin faute de jus, au profit d’une autre. Laquelle, à l’approche de la place de la Bastille, ralentit dangereusement, batterie presque à plat. J’ai l’impression d’être perché non plus sur une Lime, mais sur une limace. Je décide alors de congédier ma trottinette agonisante, mais, l’appli se montrant extrêmement énergivore, c’est mon portable qui tombe en carafe.

Petit hic : sans smartphone, je ne peux mettre fin à mon trajet, et le compteur qui me facture 0,20 cent chaque minute écoulée continue de tourner. « Débloquer ta vie » : c’était bien ça, non, la promesse au départ ?! En réalité, on n’imagine pas le nombre de tracasseries que génèrent ces outils censés nous simplifier l’existence. Après m’être connecté à la prise USB d’un Abribus pour recharger mon téléphone, j’ai à peine le temps de cliquer sur « verrouiller » que les forces vitales de mon téléphone se trouvent de nouveau vampirisées en un clin d’œil.

J’opte donc pour la seule option qui vaille : la marche à pied. Ce qui me permet de constater à quel point la situation s’est tendue ces dernières semaines sur la chaussée, où règne désormais la loi du plus fort.

« Connards !, lance une cycliste, à l’endroit de deux hommes qui traversent devant elle sans regarder.

– Connasse ! », lui répondent en chœur les deux hommes, tirant chacun une valise.

Aurais-je pactisé avec un engin social-traître ?

Ce périple pédestre a aussi pour vertu de m’inviter à la réflexion. En louant une trottinette, suis-je réellement en train de participer à l’émergence des micromobilités vertes ou bien de concourir à l’édification d’un monde kafkaïen, savamment (dés)organisé depuis la banlieue de San Francisco ? Un monde où nos trottoirs auraient été transformés en marchés sur lesquels on ne peut plus marcher ?

Me revient alors en mémoire ce tract anti-trottinettes scotché sur un mur, dont j’avais pris le texte en note : « Attention, cet objet n’est pas destiné à vous véhiculer, et encore moins pendant que des gens se battent pour avoir une retraite décente, mais à construire des barricades pour pouvoir manifester pépère. Merci de les laisser où elles sont, si possible en position latérale de sécurité… » Bigre. Ma trottinette serait-elle de droite ? Aurais-je pactisé avec un engin social-traître ?

Aussi incongrues puissent-elles paraître, ces idées ont fait leur chemin ces dernières semaines, et pas que dans ma tête. Le 5 décembre, le mouvement international de désobéissance civile Extinction Rebellion a ainsi organisé une opération de « mise hors-service » de 3 600 trottinettes à Paris, Lyon et Bordeaux. Depuis cette date, 1  000 unités supplémentaires ont été rendues non opérationnelles dans l’agglomération parisienne.

« Ces véhicules ne représentent qu’un instrument de + de #greenwashing », pouvait-on lire dans un message publié sur Twitter par le collectif. « On invite nos rebelles à barrer le QR code avec un marqueur permanent, m’explique le chargé des relations presse d’Extinction Rebellion. Ça rend les trottinettes hors d’usage, sans les endommager. C’est une action qui a vocation à se poursuivre sur la durée. Ce qu’on veut dénoncer, c’est d’abord la volonté de ces sociétés de casser les grèves. »

Le 5 décembre toujours, premier jour de la mobilisation sociale, Lime offrait 1 euro de réduction sur 25 000 trajets, puis 10 % de réduction pendant la suite du mouvement social jusqu’au 31 décembre. Partagée par d’autres opérateurs, cette volonté de grignoter les parts de marché des transports en commun en surfant sur la grève confirmerait que ma trottinette n’est pas cégétiste.

« L’autre souci, c’est que ce mode de déplacement n’est absolument pas écologique, poursuit le chargé des relations presse d’Extinction Rebellion. Leur importation depuis la Chine est polluante, leur durée de vie à cause de l’incivilité est extrêmement faible, les matériaux utilisés ne sont pas recyclés. Pour nous, ce système très spéculatif est une fausse solution, qui a eu pour effet pervers de ralentir la progression du vélo en ville, en captant des investissements, notamment pour la construction de parkings à trottinettes. »

Fabriqué pour partie avec des métaux rares, cet engin qui se présente comme « respectueux de l’environnement » émet plus de 105 g d’équivalent CO2 au kilomètre par passager, d’après un rapport de la société d’ingénierie Arcadis. Il se révèle donc beaucoup plus polluant que les transports publics, et presque autant que la voiture individuelle en covoiturage. Ce mode de déplacement, souligne le rapport, « dégrade le bilan carbone des métropoles ».

Comble de cette histoire, d’après l’étude du bureau de recherche 6t, ces engins attractifs car ludiques ne servent pas à remplacer les trajets en voiture polluants… mais les déambulations piétonnes. Lorsqu’on leur demande comment ils auraient effectué leur déplacement en l’absence de trottinettes électriques partagées, 47 % des sondés répondent « à pied », et 29 % « en transport en commun ». Seuls 3 % auraient utilisé leur voiture.

« A MARSEILLE, ON A DÛ METTRE EN PLACE UNE BRIGADE SPÉCIALE POUR QUE LES GENS ARRÊTENT DE JETER DES TROTTINETTES DANS LA MER. » UN RESPONSABLE DE LIME

Au terme de cette enquête, cherchant une trottinette pour me rendre à l’enterrement d’un ancien collègue, j’ai été témoin d’une scène qui dit bien toute la « douceur » de ces nouvelles mobilités. Du côté du métro Jaurès, dans le 19e arrondissement de Paris, deux jeunes femmes, visiblement jumelles, juchées sur une trottinette électrique de location, percutent de plein fouet, sous mes yeux, une dame qui fait alors un magistral vol plané, avant d’atterrir sur une rambarde métallique. Je la retiens in extremis pour lui éviter de basculer sur la chaussée où circulent les voitures. Arrêtées quelques mètres plus loin, les deux demoiselles sont hilares.

Autre hasard incroyable, un responsable de Lime se trouvait fortuitement là à ce moment précis. Il s’est excusé au nom de l’entreprise, a pris le numéro de la trottinette et a définitivement bloqué le compte des jeunes filles, en pestant contre « l’incivilité des usagers ». « A Marseille, a-t-il ajouté, on a dû mettre en place une brigade spéciale pour que les gens arrêtent de jeter des trottinettes dans la mer. » « Ce qui m’a choquée, c’est qu’elles ne sont même pas venues s’excuser. Moi j’accorde une énorme importance à la notion de respect, dès que mon caniche fait ses besoins sur le trottoir, je ramasse », m’a confié Sandrine, la dame percutée, encore sous le choc.

A l’issue de cette balade houleuse au pays des micromobilités, on ne peut pas affirmer que la trottinette soit intrinsèquement de droite, mais une chose est sûre, c’est qu’elle vous emmerde.

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11 janvier 2020

La réforme de la Retraite

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11 janvier 2020

L’entrée en campagne d’Anne Hidalgo lance la bataille des municipales à Paris

Par Denis Cosnard

La maire socialiste sortante doit mettre un terme au faux suspense samedi 11 janvier, dans un entretien au « Parisien ».

Certains se sont dévoilés depuis près d’un an. Anne Hidalgo, elle, a choisi d’attendre le tout dernier moment pour officialiser sa candidature à la Mairie de Paris. A deux mois du premier tour, la maire socialiste sortante doit mettre un terme au faux suspense samedi 11 janvier, dans un entretien au Parisien. Face à l’urgence climatique, le mandat qui s’achève n’est que « la première ligne d’un nouveau chapitre de notre histoire », a-t-elle glissé, vendredi, lors de ses vœux aux élus de Paris.

Dès dimanche, ses militants vont diffuser un tract présentant l’ensemble de ses têtes de liste dans les arrondissements et rappelant ses priorités, l’écologie et le social. La candidate enchaînera ensuite interviews et débats, pour une campagne intensive, une « blitzkrieg » marquée par des déplacements dans tous les quartiers et sans doute plusieurs grands meetings. Objectif : convaincre les Parisiens de la réélire avec son équipe rouge-rose-verte, malgré le rejet très fort qu’elle suscite chez une partie des électeurs. A ce stade, le résultat de cette élection-clé, la plus scrutée de France, paraît incertain comme jamais. « Cette fois, c’est rock’n’roll », résume Jérôme Dubus, un élu macroniste de Paris, ancien de l’UMP.

L’entrée en lice d’Anne Hidalgo, dernière à se déclarer, marque le vrai coup d’envoi de la campagne des municipales à Paris. Pendant des mois, l’identité même des têtes d’affiche est restée confuse. En particulier à La République en marche (LRM). Après l’investiture accordée à Benjamin Griveaux, l’entrée en dissidence de son rival Cédric Villani a suscité le doute. Et si l’un ou l’autre se retirait, voire les deux, sous la pression d’Emmanuel Macron ? Et si Edouard Philippe, Agnès Buzyn, voire Jean-Louis Borloo les remplaçaient ? A droite, la candidature de Rachida Dati a aussi soulevé des interrogations, compte tenu des ennemis qu’elle compte dans son propre camp, et de la menace d’une mise en examen dans le cadre de l’affaire Renault-Nissan. Quant aux candidats décidés à se lancer hors des partis traditionnels, comme Pierre-Yves Bournazel, iraient-ils tous au bout de leur démarche ?

Six hommes, trois femmes

A présent, « on connaît à peu près les candidats sur la ligne de départ », estime un proche d’Anne Hidalgo. Sous réserve que le ralliement envisagé de Pierre-Yves Bournazel à Benjamin Griveaux se confirme, neuf personnalités – six hommes, trois femmes – semblent déterminées à présenter des listes dans tous les arrondissements de Paris, ou presque. Cinq d’entre elles sont créditées de plus de 10 % d’intentions de vote au premier tour par les récents sondages : Anne Hidalgo (Parti socialiste), Benjamin Griveaux (LRM), Rachida Dati (Les Républicains, LR), David Belliard (Europe-Ecologie Les Verts) et Cédric Villani (dissident LRM). Les quatre autres espèrent créer la surprise, qu’il s’agisse de Danielle Simonnet pour La France insoumise, de Serge Federbusch avec le soutien du Rassemblement national, de Gaspard Gantzer, ancien conseiller de François Hollande, ou du forain Marcel Campion.

Qui l’emportera ? Deux favoris se dégagent : Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux. Sur le papier, le président de la République Emmanuel Macron avait un boulevard devant lui pour qu’un de ses fidèles remporte la très symbolique bataille de Paris. La gauche, au pouvoir dans la capitale depuis 2001, n’est pas au mieux de sa forme. De Vélib’ à Autolib’ en passant par les polémiques sur la saleté des rues ou la dette qui s’envole, Anne Hidalgo a connu des années difficiles, qui lui ont laissé une image dégradée. Son parti n’est plus que l’ombre de lui-même. Ses alliés écologistes, très critiques, rêvent de s’émanciper d’elle, au point d’envisager un rapprochement concurrent avec Cédric Villani.

A droite, les macronistes bénéficient aussi d’un terrain favorable : Rachida Dati mène une campagne classique, axée sur l’ordre, qui parle à ses électeurs traditionnels mais laisse de l’espace plus au centre. Son parti est lui aussi très affaibli. Si elle est connue, l’ancienne ministre sarkozyste est, en outre, pénalisée par son image volcanique et les relations tendues qu’elle entretient au sein de son parti. Dans le 15e et le 17e, deux arrondissements-clés, les maires LR sortants refusent de lui prêter totale allégeance. Mercredi, elle a violemment critiqué la direction de LR qui veut lui forcer la main. « A partir de ce jour, je reprends toute ma liberté », a-t-elle déclaré théâtralement. Vendredi, elle a toutefois annoncé aux membres de la commission d’investiture qu’elle les retrouverait mercredi 15 janvier pour s’entendre sur les dernières têtes de liste en débat.

Arrogance

Face à des concurrents chancelants, le parti présidentiel apparaissait jusqu’à l’été comme la force montante. Depuis trois ans, Emmanuel Macron a obtenu d’excellents scores à Paris : 35 % dès le premier tour de l’élection présidentielle, 13 députés sur 18 aux législatives suivantes, 33 % des voix aux européennes de mai 2019. La sociologie parisienne, avec son mélange de gagnants de la mondialisation, de bourgeois éclairés, de professions intellectuelles, colle si bien à la promesse macronienne de progrès et de dépassement des anciens clivages… En quelques années, LRM s’est en outre constitué dans la capitale une petite armée de militants prêts à se mobiliser.

Pas sûr, pourtant, qu’Emmanuel Macron récolte le trophée parisien qu’il espère. Une question de casting, avant tout. Benjamin Griveaux n’a pas réussi à faire l’unanimité dans son camp. Pour certains, cet ex-socialiste incarne tous les travers de la macronie : arrogance, manque de vision, recyclage de l’« ancien monde ». Même brouillonne, la candidature dissidente de Cédric Villani lui complique la vie. Il se retrouve au sein de son propre parti avec un adversaire très médiatique, qui décoche des flèches de plus en plus acérées contre le « candidat de l’appareil ».

Face au scientifique un peu décalé, Benjamin Griveaux joue la carte de l’homme de terrain et de seul vrai représentant du président. « Certaines rumeurs disent que l’Elysée soutiendrait en cachette Cédric Villani : c’est faux », a assuré dans Le Parisien la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, qui figurera sur les listes Griveaux à Paris, de même que Stanislas Guerini, le patron de LRM. « Le problème, c’est qu’à coller ainsi à Macron, Benjamin va prendre sur lui le mécontentement des Parisiens à propos des retraites et des grèves », s’alarme un de ses partisans.

Surtout, Benjamin Griveaux va désormais avoir face à lui une « machine Hidalgo » lancée à pleine vitesse. « On va cogner sur Griveaux et Dati, en les mettant dans le même sac, promet un lieutenant de la maire. Soit on avance avec Hidalgo, soit on revient en arrière avec eux, notamment en matière de lutte contre la bagnole. » Retour à un affrontement gauche-droite, en quelque sorte.

Hidalgo, Griveaux, ou un troisième nom ? Compte tenu du mode de scrutin parisien, avec 17 élections distinctes dans les arrondissements, le résultat final se jouera peut-être sur quelques quartiers susceptibles de basculer d’un camp à un autre, comme le 12e ou le 14e. Certains évoquent même l’hypothèse d’un conseil municipal si émietté au soir du deuxième tour que tout se déciderait ensuite, lors de l’élection du maire, au terme d’alliances imprévisibles.

11 janvier 2020

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11 janvier 2020

Crash près de Téhéran : l’armée iranienne reconnaît avoir abattu l’avion ukrainien par « erreur »

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L’appareil civil s’est écrasé mercredi peu après son décollage, faisant 176 victimes. Téhéran présente ses excuses pour un « désastre », conséquence de l’« aventurisme américain ».

L’état-major des forces armées iraniennes a déclaré samedi 11 janvier qu’une « erreur humaine » était à l’origine de la catastrophe du Boeing 737 d’Ukrainian Airlines. L’appareil, dans lequel 176 personnes ont été tuées, a été pris pour un « avion hostile » et a été « touché » alors que les menaces ennemies étaient au plus haut niveau, indique un communiqué publié par l’agence officielle IRNA. Il n’y a eu aucun survivant.

L’avion qui s’est écrasé mercredi quelques minutes après son décollage de l’aéroport de Téhéran avait survolé une zone située à proximité d’un site militaire sensible appartenant aux Gardiens de la révolution.

Dans ce communiqué relayé par la télévision publique, l’armée iranienne précise que les fautifs seront traduits devant un tribunal militaire et présente ses condoléances aux familles des victimes, qui sont pour la plupart des Iraniens et des Canadiens d’origine iranienne. « On vous assure qu’en poursuivant des réformes fondamentales dans les processus opérationnels au niveau des forces armées nous allons rendre impossible la répétition de telles erreurs », écrit encore l’état-major dans ce texte.

Le président iranien Hassan Rohani a affirmé que son pays regrettait « profondément » avoir abattu un avion civil ukrainien, « une grande tragédie et une erreur impardonnable » selon lui. « L’enquête interne des forces armées a conclu que de manière regrettable des missiles lancés par erreur ont provoqué l’écrasement de l’avion ukrainien et la mort de 176 innocents », a-t-il estimé sur Twitter, ajoutant que « les investigations se poursuivent pour identifier et traduire en justice » les responsables.

« Jour triste », écrit de son côté le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif sur Twitter. Une « erreur humaine en des temps de crise causée par l’aventurisme américain ont mené au désastre », ajoute-t-il, « nos profonds regrets, excuses et condoléances à notre peuple, aux familles des victimes et aux autres nations affectées » par le drame.

Trudeau évoquait jeudi « un missile sol-air iranien »

Le crash de l’avion d’Ukraine Airlines a accru les pressions internationales contre l’Iran, sur fond de tensions croissantes entre Téhéran et Washington.

Depuis plusieurs jours, de nombreux doutes s’élevaient sur le caractère accidentel de la catastrophe. Dans le sillage de Newsweek, les médias américains diffusaient des citations anonymes de responsables du renseignement, tandis que des photos d’impacts extérieurs de shrapnels sur la carlingue, ou de restes d’un missile Tor à proximité du crash, étaient publiées sur les réseaux sociaux. Puis une première confirmation tombait, par l’entremise de Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, dont 57 ressortissants – d’après un bilan légèrement révisé à la baisse –, pour beaucoup binationaux, sont morts dans le crash.

« Nous avons des informations de sources multiples, notamment de nos alliés et de nos propres services », montrant que l’avion a été abattu « par un missile sol-air iranien », avait ainsi précisé M. Trudeau, lors d’une conférence de presse jeudi, avant d’ajouter que l’acte n’avait peut-être pas été intentionnel.

A Téhéran, on demeurait sur la défensive après les déclarations du premier ministre canadien. Jeudi, Mohammad Javad Zarif avait dénoncé des « mises en scène douteuses » et appelé Ottawa à partager ses informations avec la commission d’enquête iranienne sur l’incident. « Scientifiquement, il est impossible qu’un missile ait frappé l’avion ukrainien, de telles rumeurs sont illogiques », affirmait Ali Abedzadeh, responsable de l’organisation de l’aviation civile iranienne, cité par l’agence de presse semi-officielle ISNA.

11 janvier 2020

Carlos Ghosn

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