Cache-téton
A l’heure où les géants du Web traquent nos plus infimes courbures, où #metoo côtoie #freethenipple (« libérez le téton ») tandis que les Femen dépoitraillent la politique, force est d’admettre que les tétons sont devenus une partie très, très sensible de notre anatomie. Et pas seulement au féminin ! Au pays du Soleil-Levant (dont le drapeau ressemble furieusement à un mamelon écarlate), 84 % des femmes sont dégoûtées par la vision des rondelles transparaissant sous la chemise des salarymen (sondage SoraNews24). Heureusement, l’empire des sens a le sens du commerce : cette année, les cache-tétons masculins se sont vendus comme des petits seins : 55 000 unités. A 8 euros la paire sur le bien nommé Dot Store, ça défrise… d’autant que vous pourrez bientôt acheter des tee-shirts alvéolés haute technologie pour camoufler vos indécents renflements, pour la bagatelle de 62 euros. Ce dont on déduira l’équation suivante : cacher ses seins, ça coûte un bras.
En Europe, l’argument est plus pragmatique qu’esthétique : le joggeur du dimanche évite ce qui irrite tout en tenant sa bourse, à coups de gels, sparadraps et vernis à ongles (comptez 50 centimes la séance sportive confortable et pudique).
Ces timidités vous exaspèrent ? Pas de problème, le grand capital a réponse à tout. Les plus contrariants agrémenteront leur poitrine de faux tétons en relief, tandis que les adeptes des méthodes naturelles se tourneront vers les pompes et autres suceurs, destinés à faire gonfler les mamelons (mais pas les pectoraux, désolée). Entre les aréoles du péché et les auréoles de la vertu, le débat enfle : manifestement, il va falloir prendre nos mamelles en patience. Le Monde
Portrait - Alexandre Hezez, celui par qui les scandales pédophiles au sein de l’Eglise ont été révélés
Par Richard Schittly, Lyon, correspondant
Victime du père Preynat, Alexandre Hezez a brisé l’omerta sur les actes de pédophilie de l’ex-prêtre du diocèse de Lyon, qui doit être jugé à partir du 13 janvier.
C’est par lui que tout a commencé. Alexandre Hezez, 45 ans, est à l’origine de l’affaire qui a secoué le diocèse de Lyon. C’est lui qui a déclenché l’instruction judiciaire visant le père Bernard Preynat, en déposant plainte le 5 juin 2015, contre l’ex-prélat de Sainte-Foy-lès-Lyon. Lorsqu’il a su par hasard que le vieux curé exerçait encore, son passé est remonté. Une enfance chez les scouts, dans les années 1980, les déviances du curé sous les tentes ou dans le labo photo. Les attouchements, la sidération, l’isolement, la culpabilité. Il a choisi de le dénoncer, après un quart de siècle de silence plombé. « Quand j’ai découvert qu’il était encore en vie, ça m’est devenu insupportable. Pendant des mois, j’entendais des enfants crier la nuit dans mes cauchemars, il fallait que j’en parle », témoigne Alexandre Hezez, la voix posée, au débit clair et rapide.
Après cinq ans de procédure, les victimes du curé pédophile seront sur les bancs de la partie civile, au procès qui s’ouvre lundi 13 janvier au tribunal correctionnel de Lyon. Mais pas lui. Paradoxalement, le tout premier plaignant ne sera pas dans la procédure. Les faits qu’il a subis entre l’âge de 7 ans et 12 ans sont prescrits depuis juin 1989, juste avant la loi du 10 juillet 1989 qui a rallongé les délais de prescription pour les infractions sexuelles. Sur trente-cinq victimes entendues par les enquêteurs, dix seront parties civiles au procès, les autres sont « prescrites ».
« Ce sera le temps des victimes, enfin, elles pourront s’exprimer pleinement, et j’espère de tout cœur qu’on pourra encore apprendre des choses, comment tout cela a pu arriver », confie Alexandre Hezez. Il sera présent dans la salle d’audience, le premier jour. Symboliquement au moins, pour voir l’aboutissement d’un engagement personnel dont il ignorait l’ampleur au départ. Puis il retournera à ses activités de cadre supérieur dans la banque, à Paris.
La chute du cardinal Barbarin
Avant sa plainte, il a voulu alerter l’Eglise. Catholique fervent, il avait « une confiance aveugle dans l’institution ». Il a échangé des e-mails, rencontré le cardinal Barbarin, organisé une rencontre avec le père Preynat dont il est ressorti anéanti. La scène est saisissante dans Grâce à Dieu, le film de François Ozon, fidèlement inspiré des personnages de l’affaire Preynat. Sous les traits de Melvil Poupaud, le personnage d’Alexandre traverse doutes et colère pour mener un combat solitaire, avec le soutien essentiel de son épouse, enseignante dans un lycée catholique, et l’appui de ses enfants.
Sur les écrans en 2018, en plein procès Barbarin, le film produit un troublant jeu de miroirs avec l’affaire en cours, entre écran et salle d’audience. Alexandre Hezez garde de l’expérience un effet cathartique : « Mettre de l’art dans cette histoire, cela nous a permis d’ancrer ce que nous avions vécu de manière très forte. J’ai vu la puissance du cinéma dans les débats qui suivaient les projections, les personnages parlaient à l’intimité des spectateurs, mais pour moi c’était l’effet inverse, je laissais la lourdeur du passé au personnage, j’ai vécu le film comme une libération. »
Au bout d’un an de vains échanges avec le diocèse, il a choisi la voie judiciaire. Au moment où les déviances sexuelles au sein de l’Eglise se découvraient dans le monde entier. « J’ai eu l’impression de croiser un courant généralisé de prises de conscience, comme si toute une génération se levait. » Par secousses successives, le scandale a provoqué le retrait du cardinal Philippe Barbarin, et son procès pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs ». La décision finale est attendue le 30 janvier à la cour d’appel. A l’audience, l’accusé a affirmé qu’il avait conseillé à Alexandre de rechercher d’autres victimes pour activer une enquête. Et ses avocats ont mis en exergue les e-mails et la carte postale où Alexandre remercie le cardinal pour son aide. « C’est toujours difficile de penser qu’un évêque ment », a-t-il rétorqué à la barre.
Les victimes ont fini par se retrouver, puis par se fédérer au sein de l’association La Parole libérée. « C’était très troublant, j’étais soulagé de voir que je n’étais pas seul, et en même temps tellement triste de voir toute la souffrance qui s’était répandue », se souvient Alexandre Hezez. Une génération d’enfants maltraités, dans une véritable complicité ambiante : Alexandre Hezez voit une similitude évidente avec ce que dénonce aujourd’hui Vanessa Springora, sur les agissements de l’écrivain Gabriel Matzneff. Pour lui, c’était les scouts et l’Eglise, pour elle, le milieu littéraire.
« Dire que “tout le monde savait”, c’est la défense classique de ceux qui se sont accommodés de tout ça, c’est une façon de déresponsabiliser l’individu de ce qu’il doit faire », estime-t-il. La page ne va pas se tourner avec le procès Preynat. Alexandre Hezez compte poursuivre débats et actions auprès d’associations et d’institutions. « Il y a tellement de souffrance, de maltraitance d’enfants, qu’il y a un devoir de continuité. »
Crash du vol Ukrainian Airlines : l’Iran face aux critiques internationales et à la contestation intérieure
Des étudiants se sont rassemblés à Téhéran en hommage aux victimes. Le président américain a averti le régime qu’il ne pouvait « pas y avoir un autre massacre de manifestants pacifiques ».
La pression est maximale sur le régime iranien, et elle vient désormais de toute part. Donald Trump a averti, samedi 11 janvier, qu’il ne pouvait « pas y avoir un autre massacre de manifestants pacifiques, ni une coupure d’Internet » en Iran, en référence au mouvement de contestation qui avait eu lieu dans le pays en novembre 2019. « Le monde regarde », a averti sur Twitter le président américain, à la fois en anglais et en farsi.
Plusieurs centaines d’étudiants se sont en effet rassemblés samedi soir dans la capitale iranienne, en réponse à une invitation à honorer les 176 victimes du Boeing ukrainien abattu « par erreur » par un missile iranien mercredi. Le rassemblement, à la prestigieuse université Amir Kabir de Téhéran, s’est transformé en manifestation de colère.
La foule a lancé des slogans dénonçant « les menteurs » et réclamant des poursuites contre les responsables du drame et ceux qui, selon les manifestants, ont tenté de le couvrir. La police iranienne a ensuite dispersé les étudiants, qui scandaient des slogans « destructeurs » et « radicaux », selon l’agence de presse iranienne Fars.
« Au brave peuple iranien, qui souffre depuis longtemps : je suis à vos côtés depuis le début de ma présidence, et mon administration continuera à être à vos côtés, a également tweeté Donald Trump. Nous suivons de près vos manifestations, et votre courage nous inspire. »
L’ambassadeur britannique arrêté
Les manifestations qui avaient éclaté mi-novembre en Iran, pour protester contre une forte augmentation du prix de l’essence, ont fait plus de 300 morts, selon l’ONG Amnesty International. L’accès à Internet avait été coupé à plusieurs reprises, notamment après des appels à commémoration lancés sur les réseaux sociaux, un mois après les manifestations.
Ce samedi, en marge de ce nouveau rassemblement, les autorités iraniennes ont brièvement arrêté l’ambassadeur du Royaume-Uni à Téhéran, a indiqué le ministre des affaires étrangères, Dominic Raab.
« L’arrestation de notre ambassadeur, sans fondement ou explication, est une violation flagrante de la législation internationale », a déclaré M. Raab. Selon le Daily Mail, l’ambassadeur a été arrêté pour avoir prétendument « incité » les manifestants à Téhéran qui exprimaient leur colère.
Il a été relâché environ une heure après, selon la même source. M. Raab a estimé que l’Iran devait choisir entre « sa marche vers un statut de paria » ou « prendre des mesures pour la désescalade et pour s’engager sur le chemin diplomatique ». Les Etats-Unis ont, quant à eux, appelé Téhéran à s’excuser pour cette arrestation.
Trudeau « furieux »
« Furieux », le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a exigé de son côté que l’Iran fasse toute la lumière sur la catastrophe du Boeing ukrainien, et a appelé Téhéran à en « assumer l’entière responsabilité », y compris financière.
« Ce matin, j’ai parlé au président iranien, Rohani, et je lui ai dit que les aveux de l’Iran (…) étaient un pas important en vue d’apporter des réponses aux familles, mais j’ai souligné que d’autres mesures doivent être prises », a expliqué M. Trudeau. « Il faut faire toute la lumière sur les raisons qui ont provoqué une tragédie aussi horrible », a-t-il martelé, exigeant que le Canada soit étroitement associé à l’enquête.
« Ce que l’Iran a reconnu est très grave, abattre un avion de ligne commercial est horrible, l’Iran doit en assumer l’entière responsabilité », a ajouté M. Trudeau. Il s’est dit « scandalisé et furieux » et a estimé que « cela n’aurait jamais dû arriver, même dans une période de tension accrue ».
Interrogé pour savoir si Ottawa comptait demander des compensations financières pour les familles des victimes canadiennes, le chef du gouvernement a répondu positivement. « C’est certainement quelque chose qui va devoir faire partie » des discussions, a reconnu M. Trudeau, qui a rencontré vendredi, loin des caméras, des familles de victimes à Toronto.
Taïwan
Taïwan : la présidente sortante réélue. La présidente sortante de Taïwan, Tsai Ing-wen, a été réélue samedi pour un nouveau mandat, un camouflet pour la Chine et sa campagne systématique d’intimidation de l’île, écrit le South China Morning Post. À peine réélue, la présidente de 63 ans a exhorté Pékin à “abandonner ses menaces contre Taïwan”. Les autorités chinoises, sans commenter directement le résultat de l’élection, ont rappelé dans un communiqué leur “opposition à toute forme d’indépendance de Taïwan”. Les États-Unis ont été parmi les premiers à féliciter Tsai Ing-wen pour sa réélection, par la voix de son secrétaire d’État Mike Pompeo : “Sous son leadership, nous espérons que Taïwan continuera à servir de brillant exemple pour les pays qui se battent pour la démocratie”, a-t-il déclaré.
Retraites : le gouvernement prêt à renoncer à l’idée d’un âge pivot de 64 ans en 2027
Par Raphaëlle Besse Desmoulières
Dans une lettre aux partenaires sociaux, Edouard Philippe propose de retirer cette mesure controversée du projet de loi. Syndicats et patronat ont jusqu’à fin avril pour identifier une solution alternative afin d’équilibrer les comptes d’ici à 2027.
Le gouvernement fait un geste envers les syndicats dits réformistes. Dans un courrier adressé, samedi 11 janvier, aux partenaires sociaux, le premier ministre, Edouard Philippe, se dit « disposé à retirer » l’âge pivot fixé à 64 ans en 2027 du projet de loi sur la réforme des retraites. L’objectif d’une telle mesure est de faire travailler les actifs plus longtemps afin de remettre les comptes dans le vert. Le texte envoyé au Conseil d’Etat permet de régler ce paramètre pour qu’il entre en vigueur dès 2022 à 62 ans et quatre mois et atteigne progressivement 64 ans en 2027. Une disposition rejetée par l’ensemble des syndicats et dont la CFDT a fait sa ligne rouge.
L’ex-maire du Havre propose désormais que soit mise en place une « conférence sur l’équilibre et le financement du système de retraite », à laquelle les partenaires sociaux sont invités à participer. Elle aura pour mission d’arrêter les « mesures permettant d’atteindre l’équilibre financier en 2027, en s’inscrivant dans le cadre des projections du Conseil d’orientations des retraites ». En novembre 2019, cette instance avait évalué que le déficit du système se situerait entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros en 2025.
Un « âge d’équilibre » sera bien créé dans le futur système
La conférence, précise M. Philippe dans sa lettre, devra remettre « ses conclusions d’ici la fin du mois d’avril 2020 », c’est-à-dire « avant le vote du projet de loi en seconde lecture ». Si les participants à cette conférence parviennent à s’entendre d’ici là, comme l’« espère » le premier ministre, « le Parlement pourra en tenir compte lors de la seconde lecture et le gouvernement prendra une ordonnance transcrivant cet accord dans la loi ». Dans l’hypothèse où ce ne serait pas le cas, l’exécutif, « éclairé par les travaux de la conférence », « prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre en 2027 et financer les nouvelles mesures de progrès social ». « Je veux être parfaitement clair sur ce point : je prendrai mes responsabilités », insiste M. Philippe.
Ce dernier trace également la feuille de route qu’il donne à la conférence. « Les mesures destinées à rétablir l’équilibre ne devront entraîner ni baisse des pensions pour préserver le pouvoir d’achat des retraités ni hausse du coût du travail pour garantir la compétitivité de notre économie », insiste-t-il. Si la conférence rassemble « un nombre suffisant de partenaires sociaux », M. Philippe procédera « dès mardi à une saisine rectificative du projet de loi actuellement soumis au Conseil d’Etat » et recommandera qu’elle se réunisse d’ici « la fin du mois de janvier ».
Le premier ministre réaffirme par ailleurs que le futur système comportera un « âge d’équilibre ». Ce dispositif « constituera un des leviers de pilotage collectif du système dans la durée ». Concrètement, les départs avant l’âge pivot donneront droit à une pension frappée d’un malus, et ceux après cette borne donneront à l’inverse droit à une retraite majorée.
La CFDT et l’UNSA saluent l’annonce
La CFDT a « salué » dans un communiqué « le retrait de l’âge pivot du projet de loi sur les retraites » qu’elle dit avoir « obtenu ». La centrale de Laurent Berger, favorable à la retraite par points mais fermement opposée à un âge pivot à 64 ans assorti de bonus-malus, salue un « retrait qui marque la volonté de compromis ». « Le gouvernement a fait un geste, et nul ne peut le contester », a réagi Laurent Berger dans les colonnes du Journal du dimanche. « Mais ce retrait n’est pas un chèque en blanc. Pour la CFDT, le retrait de l’âge pivot est une victoire, mais c’est aussi une part de risque. Maintenant, le travail commence et il va falloir poursuivre notre action pour faire valoir nos propositions et revendications. On a perdu un temps précieux depuis un mois », regrette-t-il.
L’UNSA approuve également cette « avancée majeure » et assure que « les échanges peuvent enfin démarrer ». Le syndicat assure qu’il « apportera ses solutions » pour obtenir « l’équilibre financier, dès 2027 et à long terme, de notre régime de retraites ».
La CGT constate pour sa part « le maintien du projet de loi en l’état » et se dit « plus que jamais déterminée à obtenir le retrait de ce texte et à améliorer le système actuel », soulignant les « propositions concrètes faites depuis plusieurs mois ».
Enfin, le Medef a de son côté rappelé que l’impératif d’équilibre financier d’ici à 2027, défendu par M. Philippe, est un point que le syndicat patronal « a appelé de ses vœux », et s’est satisfait de la méthode employée par le premier ministre dans laquelle l’organisation dit vouloir « s’engager pleinement ».
Philippe défend un « compromis solide »
Dans un courrier adressé aux parlementaires de la majorité, Edouard Philippe a estimé qu’« il s’agit d’un vrai compromis, transparent et solide », et a précisé que « les partenaires sociaux acceptent que le futur système comporte un âge d’équilibre ».
M. Philippe, critiqué depuis le début du quinquennat pour sa rigidité, a justifié la suppression d’un âge pivot fixé à 64 ans en 2027 pour « donner toute sa chance au dialogue social » et « démontrer sa confiance dans les partenaires sociaux ». Le premier ministre a conclu en appelant les parlementaires à construire avec lui « sur la base de ce compromis (…) une belle réforme au Parlement », finissant sa lettre par « Haut les cœurs ! ».
Réforme des retraites en France - Abandon de l’âge pivot : “reculade majeure” ou “ruse” d’Édouard Philippe ?
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
Au 38e jour de grève contre le projet de réforme des retraites, Édouard Philippe a annoncé samedi le retrait de sa proposition visant à instaurer un âge pivot à 64 ans. Pour une partie de la presse internationale, c’est une “reculade majeure” de l’exécutif. Pour d’autres, ce pourrait être une “ruse” pour diviser et affaiblir les syndicats.
“Le gouvernement français a opéré une reculade majeure dans sa bataille contre les syndicats sur la réforme du complexe système de retraites du pays, qui a entraîné des grèves nationales et le chaos dans les transports depuis plus d’un mois”, écrit The Guardian.
Plus modéré, Le Soir qualifie la lettre d’Édouard Philippe aux syndicats, dans laquelle il se déclare “disposé à retirer” l’âge pivot, de simple “geste” envers ses opposants, soulignant que “le gouvernement ne renoncera pas pour autant au principe d’un âge d’équilibre pour le futur système universel”.
C’est sur ce point qu’insiste également le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Car si le Premier ministre français est prêt à renoncer provisoirement au fameux âge pivot, il demande en échange aux syndicats de s’asseoir à la table du gouvernement pour trouver avant avril la manière “d’ajuster le déficit du système de retraites d’ici 2027” – espérant les convaincre que le principe de l’âge d’équilibre est bel et bien la seule solution.
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, premier syndicat de France, avait fait du retrait de l’âge pivot le préalable à toute négociation et la lettre d’Édouard Philippe “lui offre l’opportunité de crier victoire et de cesser de soutenir les grèves du secteur public”, observe le Financial Times. Mais elle “force le syndicat à faire le choix difficile d’une augmentation des cotisations pour les travailleurs et les entreprises, s’il ne souscrit pas à la nécessité d’augmenter l’âge de la retraite”.
“Main tendue”
El País s’interroge sur les conséquences de la volte-face du Premier ministre. “En reculant, M. Philippe pourrait renforcer l’aile dure des grévistes et des manifestants”, estime le quotidien. Mais son annonce “accentue également la division des syndicats à un moment où les grèves et les manifestations montrent des signes d’essoufflement. Elle pourrait aussi servir à persuader l’opinion publique, où les grévistes bénéficient de nombreux soutiens, de la bonne volonté du gouvernement”.
Le Corriere della Sera penche pour cette dernière hypothèse, assurant que “la main tendue” d’Édouard Philippe “a été saluée par la plupart comme une ruse du Premier ministre pour se montrer disposé à dialoguer”.
Pour le titre transalpin, la division des syndicats est désormais inévitable. “Laurent Berger, le chef du syndicat majoritaire et modéré de la CFDT, est le seul à exulter”, écrit le quotidien. “Et c’est pour cela qu’il est traité de traître par les autres (syndicats), les vrais architectes de la contestation”.
De l’autre côté de l’Atlantique, le New York Times estime “peu probable que les concessions du gouvernement mettent fin à la grève et aux manifestations” et semble considérer que la réforme est déjà un échec.
“Confronté à des semaines de grèves et de manifestations massives qui ont saigné l’économie, le gouvernement de M. Macron a été obligé d’offrir une série de concessions à plusieurs professions ces derniers jours – la police, les danseurs de l’Opéra de Paris, les infirmières, les hôtesses de l’air et les pilotes –, revenant précisément aux mêmes retraites sur mesure auxquelles la réforme voulait mettre fin”, observe le quotidien.










