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Jours tranquilles à Paris
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13 juin 2020

L’emblématique château Turpault prend l’eau

turpault

L’emblématique château Turpault, à Quiberon, fuit de tous bords. Son propriétaire, engagé dans un combat judiciaire contre les entreprises chargées de sa rénovation, craint pour la survie du bâtiment.

Impossible de rater l’imposante bâtisse qui trône sur la pointe de Beg-er-Lann, tout au bout de la presqu’île de Quiberon. Le château Turpault, construit au début du XXe siècle, a affronté la Seconde Guerre mondiale et résisté à un incendie lors du départ des soldats allemands qui l’occupaient.

Aujourd’hui, c’est l’eau qui le menace. Elle semble venir de partout, s’infiltrer jusque dans le réseau électrique qui dégouline, quand Alain Bensoussan fait visiter sa propriété.

L’avocat spécialisé en droit des technologies avancées, et par ailleurs candidat aux élections municipales à Quiberon, l’a acquis en 2014. Un rêve pour ce fils d’un postier et d’une secrétaire, qui raconte être tombé amoureux de la construction un soir de tempête. « Je devais y installer mon bureau et venir y vivre avec toute ma famille. » Mais avant, Alain Bensoussan veut faire entrer le château dans le XXIe siècle et le doter des dernières technologies « plug and play » pour qu’il soit entièrement piloté par une intelligence artificielle. « Des webcams, des caméras partout, et des images du château projetées à l’intérieur, à l’extérieur, des jeux de lumière », décrit-il, passionné par ce qu’il avait imaginé. Les lieux étaient divisés en plusieurs appartements, Alain Bensoussan veut tout ouvrir pour ne garder que « des pierres et du verre pour faire entrer la lumière ».

« Les murs ruisselaient »

Pour la rénovation, il charge de la maîtrise d’œuvre une entreprise de la presqu’île. Elle a été liquidée, en décembre 2019. « Les travaux devaient répondre à trois impératifs : étanchéité, car on savait que le château était dans l’eau ; sécurité, pour pouvoir accueillir mes petits-enfants, et l’équiper pour qu’il soit géré par la voix ».

Le chantier débute et le rêve vire au cauchemar. Après plusieurs retards, en 2018, lors d’une ultime visite qui devait se solder par la réception des travaux, l’avocat découvre « une véritable fontaine dans la pièce principale. Il pleuvait, les murs ruisselaient, des flaques partout ».

Alain Bensoussan a engagé une procédure judiciaire, toujours en cours, contre l’entreprise en charge de la maîtrise d’œuvre et celles qui ont participé aux travaux. « Une seule avait demandé à faire arrêter le chantier », précise le propriétaire. Un expert a été mandaté.

En attendant, le château Turpault continue de se dégrader. Des bassines sous les fenêtres qui fuient, des murs porteurs humides qui s’effritent, des traces sur les planchers, des revêtements cloqués… Et aucune pièce ne semble épargnée. « Il y a plus d’eau après les travaux qu’avant », constate tristement Julien Lemoing, ami de l’avocat qui devait se charger de tout l’aspect connecté.

C’est ce qui inquiète désormais le propriétaire des lieux qui dit avoir dépensé plus d’un million d’euros dans les travaux dont il a payé 80 % de la facture. « Il faut tout recommencer. Trouver d’où vient l’eau sinon le bâtiment va finir par s’effondrer. » Et personne n’imagine la pointe Beg-er-Lann privée de son emblématique château.

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10 juin 2020

Nobuyoshi Araki dénude la top model Anja Rubik

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Reporter de l'érotisme et pourfendeur des tabous, le photographe star Nobuyoshi Araki capture la poésie d’un quotidien provocant dans ses portraits insouciants et ses nus idéalistes à imagerie bondage. Il photographie des femmes dénudées puis dissimule leur sexe avec les plus belles fleurs, les plus belles traces colorées. Mais parfois il ne dissimule rien du tout. Nobuyoshi Araki a immortalisé la top model polonaise Anja Rubik pour Saint Laurent et Anthony Vaccarello dans une série intitulée “Saint Laurent Shiki-in”, qui signifie littéralement “la soif de la couleur”.

Héros de la contre-culture nippone, Nobuyoshi Araki naît à Tokyo en 1940. Il étudie la photographie à l’université de Chiba et obtient son diplôme en 1963. Photographe freelance, il intègre l’agence de publicité Dentsu en tant que caméraman et réalise son premier film en 1963 : “Les enfants des cités”. Inspiré du néoréalisme italien, mouvement cinématographique qui documente le quotidien et porte son regard sur le collectif, ce film donne lieu à une série de photographies un an plus tard : Satchin, qui lui vaut son premier prix artistique. Dès lors, le photographe d’après-guerre explore les spécificités de chaque médium : Polaroïd, collage, peinture ou cinéma. Nobuyoshi Araki écume alors les bars, les boîtes de strip-tease, rencontre les geishas et les prostituées, collabore avec des revues SM et s'autorise les poses les plus suggestives (Love Hotel en 1981, My Love and Sex en 1982).

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2 juin 2020

Trump, le choix du chaos au risque du KO

trump bible intervention armée

Par Frédéric Autran — Libération

Le Président ne joue pas l’apaisement face à un pays fracturé, mais se sert de la situation explosive pour mobiliser sa base, à cinq mois d’une élection qui l’obsède.

Sa biographe l’a surnommé «le Prince du chaos». Donald Trump aime quand ça bataille, quand ça brûle. Le voilà plus que jamais aux premières loges. Le vent de colère soulevé par la mort de George Floyd à Minneapolis s’est en effet rapidement propagé à tout le pays, jusque sous les fenêtres de la Maison Blanche. Pour la troisième soirée consécutive, des échauffourées ont éclaté dimanche aux abords de la résidence présidentielle, en plein cœur d’une capitale fédérale sous couvre-feu. Signe de la tension au sommet de l’exécutif, Donald Trump et ses proches avaient été subitement mis à l’abri, vendredi soir, dans le bunker de la Maison Blanche, selon le New York Times. Lorsqu’il en est sorti samedi matin, «secoué» par cette expérience assure le quotidien, Trump s’est félicité sur Twitter que son service de protection dispose des «chiens les plus féroces» et des «armes les plus menaçantes» pour «accueillir» d’éventuels intrus.

«Anarchie»

Plus tard dans la journée, alors qu’il venait d’assister au lancement historique du premier vol habité SpaceX depuis Cap Canaveral, le Président s’est longuement exprimé sur la mort de George Floyd – une «grave tragédie» qui «n’aurait jamais dû se produire». S’il a assuré «comprendre la douleur» des manifestants, il a surtout promis de «stopper la violence collective», dénonçant les agissements «d’anarchistes» et de «gauchistes radicaux», notamment la mouvance radicale «antifa» (antifasciste), qu’il a annoncé vouloir désigner comme une organisation terroriste - même si la loi américaine ne le permet pas. Le lendemain, Trump a accentué sa rhétorique sécuritaire et clivante, reprochant leur faiblesse aux maires et gouverneurs démocrates. Et accusant les médias de «fomenter la haine et l’anarchie» dans leur couverture des manifestations, alors que de nombreux journalistes sur le terrain ont été ciblés par la police.

A cinq mois d’un scrutin présidentiel qui l’obsède depuis le premier jour et qui, dans sa psyché de milliardaire allergique à la défaite, ne peut avoir d’autre issue qu’une réélection, Donald Trump ne semble donc pas disposé à jouer l’apaisement. Le pourrait-il seulement ? Rien dans sa personnalité ni son parcours de promoteur immobilier, star de téléréalité puis homme politique, n’indique qu’il en soit capable. Jamais un président américain - homme d’affaires blanc new-yorkais qui a entamé sa carrière politique en 2011 en mettant en doute la nationalité de Barack Obama, a renvoyé dos à dos suprémacistes blancs et militants antiracistes à Charlottesville, puis exhorté quatre jeunes élues démocrates à «retourner» d’où elles venaient - n’a semblé aussi peu préparé, et surtout légitime, pour apaiser un mouvement de protestation à forte dimension raciale.

Duel

Dans son entourage, certains conseillers souhaiteraient néanmoins que Donald Trump prononce une adresse solennelle à la nation. Mais rassembleur, il n’a jamais été. Le conflit et le chaos - y compris au sein de sa propre administration, marquée par un turnover inédit - constituent à la fois sa zone de confort, son terrain d’expression favori et un outil crucial pour mobiliser sa base. «3 NOVEMBRE [la date de l’élection, ndlr]», a-t-il d’ailleurs tweeté lundi en majuscules, pendant que la porte-parole de sa campagne résumait le scrutin à un choix «binaire» entre «sécurité» et «anarchie». Désireux à l’inverse d’incarner la réconciliation d’une Amérique polarisée, Joe Biden joue une partition délicate. Très populaire au sein de la communauté noire, l’ancien vice-président doit relayer sa colère légitime sans donner le sentiment de cautionner les violences. «Nous sommes une nation qui souffre en ce moment, mais nous ne devons pas laisser cette souffrance nous détruire», a déclaré dimanche le futur adversaire de Trump.

En attendant le duel entre les deux hommes, mère de toutes les batailles électorales, les élus locaux vont tenter de répondre dans les jours, semaines et mois à venir, à la colère qui gronde et à la crise socioéconomique désastreuse qui couve. Certains aimeraient que Donald Trump reste dans son bunker. Aussi silencieux que possible. «Le président Trump aggrave les choses, a ainsi déclaré la maire démocrate d’Atlanta. Il devrait juste se taire.»

1 juin 2020

Le retrait américain plombe les finances de l’OMS

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Donald Trump a mis sa menace à exécution : en pleine pandémie, il a décidé de stopper la contribution financière des États-Unis à l’Organisation mondiale de la santé qu’il accuse de complaisance envers Pékin. Une décision qui va avoir des conséquences fortes sur le budget déjà maigre de l’agence onusienne. Les États-Unis vont « rediriger ces fonds vers d’autres besoins de santé publique urgents et mondiaux qui le méritent », a déclaré le président américain.

7 000 employés dans le monde

Agence sanitaire des Nations unies, l’OMS est une institution multilatérale créée en 1948. Énorme machine de 7 000 employés présents dans le monde entier, son fonctionnement et ses missions sont tributaires des crédits accordés par ses États membres et les dons de bienfaiteurs privés.

Dotée de 2,8 milliards de dollars par an, l’OMS a « le budget d’un hôpital de taille moyenne dans un pays développé », a récemment déploré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Avec 893 millions de dollars apportés sur la période 2018/2019, soit environ 15 % du budget de l’OMS, les États-Unis en sont le premier bailleur de fonds, devant la fondation Bill et Melinda Gates, premier contributeur privé, l’Alliance du vaccin Gavi, le Royaume-Uni et l’Allemagne, et loin devant la Chine et ses 86 millions.

L’UE appelle Washington à reconsidérer sa décision

La contribution américaine va essentiellement en Afrique et au Moyen-Orient. Environ un tiers de ces contributions co-finance les opérations de lutte contre les urgences sanitaires, le reste étant d’abord consacré aux programmes d’éradication de la poliomyélite, à l’amélioration de l’accès aux services de santé et à la prévention et la lutte contre les épidémies.

Alors que la pandémie de Covid-19 a déjà fait plus de 360 000 morts dans le monde, l’annonce américaine a stupéfié la communauté scientifique.

L’OMS a appelé ses partenaires à compenser le retrait américain.

À grand renfort d’annonces, la Chine, accusant Washington de « se soustraire à ses obligations », a fait savoir qu’elle prendrait ses responsabilités, directement ou indirectement, pour soutenir l’OMS. À l’occasion d’une levée de fonds organisée début mai par la Commission européenne au profit de la recherche et le développement d’un vaccin contre le nouveau coronavirus, Pékin s’est engagé à hauteur de 1,1 milliard de dollars. Et le 18 mai dans un message à l’Assemblée mondiale de la santé, réunion annuelle des États membres de l’OMS, le président Xi Jinping a promis deux milliards.

L’Union européenne a appelé samedi Washington à reconsidérer sa décision de rompre avec l’OMS.

1 juin 2020

« StopCovid n’arrêtera pas l’épidémie, mais cela peut être une partie de la solution »

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L’outil de traçage numérique censé participer à la lutte contre l’épidémie de Covid-19 sera disponible à partir du 2 juin. Nos journalistes spécialisés David Larousserie et Martin Untersinger ont répondu à vos questions lors d’un tchat, vendredi.

Le premier ministre, Edouard Philippe, a « invité », jeudi 28 mai, tous les Français à utiliser l’application pour smartphone StopCovid à partir du 2 juin. Cet outil de traçage numérique a fait l’objet de débats assez vifs, entre ceux (par exemple des épidémiologistes ou le gouvernement) qui estiment qu’il est un outil utile pour limiter la propagation de la pandémie et ceux qui pensent que les risques en matière de vie privée et de libertés publiques sont trop importants. Nos journalistes spécialisés David Larousserie et Martin Untersinger ont répondu à vos questions lors d’un tchat, vendredi.

Ulysse : Savez-vous quand l’on pourra télécharger l’application StopCovid ?

Martin Untersinger : Si l’on en croit le calendrier du gouvernement, l’application sera dans les magasins d’applications de Google (Play Store) et d’Apple (App Store) mardi 2 juin, peut-être lundi. Il y a une variable cependant : le temps que mettent lesdits magasins pour valider l’application. Ces derniers regardent, de plus ou moins près, si l’application ne comporte pas de virus, de fonctionnalité cachée…

Niet : Si la majorité des Français refusent cette application, en quoi sera t-elle efficace ?

David Larousserie : Le concept de « suivi de contacts » se pratique pour chaque épidémie et vise à casser les chaînes de transmission au plus vite en identifiant les personnes susceptibles d’avoir été contaminées. L’application StopCovid vise à automatiser cette pratique afin d’être plus efficace.

Mais cette efficacité dépend en effet du nombre de porteurs de l’application, des temps d’alerte mais aussi si les gens jouent le jeu, à savoir qu’ils informent s’ils sont malades et, s’ils sont notifiés d’un contact suspect, s’ils s’isolent ou se font tester. Une étude de l’université d’Oxford parue dans Science le 8 mai a quantifié ces trois paramètres. On en retient généralement que 60 % d’utilisateurs est une proportion efficace pour réduire les contaminations secondaires en dessous de 1.

A Singapour, pays en pointe dans le développement de telles applications, moins de 20 % de la population utilise TraceTogether (le StopCovid local).

L’efficacité dépendra aussi d’autres facteurs, dont la détection de la distance par Bluetooth (la technologie utilisée par StopCovid pour détecter les contacts).

tracing

Ledub : La question n’est pas tant le respect des données personnelles que le fait de laisser le Bluetooth opérationnel en permanence, ce qui ouvre de potentielles failles sur le téléphone. Quelle sécurité sur ce point ?

M. U. : Le Bluetooth est en effet une technologie dans laquelle de nombreuses failles ont été découvertes par le passé, parfois très sévères. Utiliser StopCovid augmente donc ce que les experts appellent « la surface d’attaque » de votre téléphone, c’est-à-dire sa prise à d’éventuels piratages.

D’ailleurs, une faille dont les détails sont encore secrets (afin d’en permettre la correction) concerne au premier chef les applications de suivi de cas contacts, comme StopCovid.

Dubitatif : Si je ne télécharge pas l’application, mon Bluetooth sera-t-il malgré tout « tagué » dans l’application d’une personne que j’aurai croisée ?

D. L. : Non, l’application StopCovid n’enregistre pas tous les signaux Bluetooth. Elle capte seulement les « pseudonymes » d’un téléphone envoyés périodiquement par l’application StopCovid. Ce sont ces pseudos que les téléphones enregistrent et qui permettront ensuite d’alerter ou non les contacts d’une personne malade.

BatterieZombie : Est-ce que, sur les vieux téléphones, laisser le Bluetooth activé en permanence ne va pas vider la batterie trop vite ?

M. U. : C’est effectivement un des risques. Selon l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) et Cédric O, le secrétaire d’Etat chargé du numérique, les tests ont cependant montré un impact limité sur la batterie (StopCovid utilise le Bluetooth « low energy », un type de Bluetooth qui, comme son nom l’indique, est moins gourmand que d’autres en électricité), de l’ordre de 10 % sur une journée.

A Concerned Citizen : Le gouvernement a décidé d’opter pour une technologie centralisée, moins respectueuse de la vie privée et potentiellement plus sujette aux piratages et fuites d’informations.

D. L. : Il existe en effet un débat de spécialistes entre plusieurs familles d’algorithmes (lire cette controverse en suivant ce lien).

Vous semblez considérer que la solution dite « centralisée », choisie par la France mais aussi le Royaume-Uni, est moins sûre. Or les solutions décentralisées ont aussi leurs défauts, comme l’a résumé l’informaticien Serge Vaudenay, de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), dans un preprint récent. Pour lui, aucune des familles n’offre de protection suffisante de la vie privée… Et il cite plusieurs attaques, y compris sur les protocoles dits centralisés.

Le directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), Guillaume Poupard, a bien expliqué les raisons du choix de la France. Il préfère avoir à sécuriser un serveur central (ce qui est leur métier) plutôt que de s’en remettre à des acteurs comme Google et Apple pour préserver la vie privée.

Une équipe de l’Inria a proposé une troisième voie pour un protocole corrigeant les défauts des deux autres. Il s’agit de Désiré, et son développement prendra plus de temps. Mais il répond à bien des critiques.

Du bon sens : Comment expliquez-vous cette défiance vis-à-vis de l’appli StopCovid ? Ne sommes-nous pas tracés avec Waze, Google Maps, Tinder…, toutes ces applications quotidiennes que nous installons de notre propre chef ?

M. U. : C’est une question compliquée, d’aucuns diraient politique. D’un côté, il est indubitable que de nombreux services numériques nous tracent de manière bien plus fine et intrusive que StopCovid. Cependant, c’est une chose d’être pisté par une entreprise, c’en est une autre de l’être par l’Etat. Et il est tout aussi indubitable que les données récoltées par StopCovid, même si elles sont sous pseudonymes et ne relèvent pas de la géolocalisation, sont cependant sensibles. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a souligné à plusieurs reprises que ce dispositif n’avait rien d’anodin.

Téléphone à touches : Je ne possède pas de smartphone, mais j’aimerais protéger les autres. Existe-t-il une alternative ?

M. U. : Le gouvernement a expliqué qu’il travaillait à un objet connecté pour proposer StopCovid à ceux qui ne disposent pas de téléphone portable récent. L’équipe de développement a, en particulier, commencé à travailler sur une montre. De nombreux obstacles, techniques et financiers, doivent être résolus. Le gouvernement a envisagé un déploiement durant l’été.

Geek06 : Comment et qui va déclarer qu’une personne est contaminée par le virus ? Comment empêcher qu’une personne déclenche de fausses alertes ?

D. L. : Vous pointez là un risque qui a très vite été perçu. On imagine bien des gens, pour importuner un voisin, rester près de lui puis se déclarer malade afin qu’il reçoive une notification qui le contraindrait à ne plus sortir…

Pour éviter cela, lorsque vous êtes déclaré malade, un code est remis par le médecin. Vous êtes ensuite chargé de l’envoyer par l’application.

Geoloc : On a beaucoup parlé de sécurité mais quasi jamais de précision de localisation.

M. U. : La question de savoir si l’application sera capable de mesurer adéquatement la distance, sans trop de « faux positifs » (l’application considère qu’un téléphone est à proximité alors que ce n’est pas le cas) ni, surtout, de « faux négatifs » (l’application considère qu’un téléphone n’est pas à proximité alors que c’est le cas), est un point crucial. D’autant plus important que le Bluetooth n’a pas été conçu, initialement, pour mesurer des distances.

La semaine dernière, l’équipe de développement de StopCovid a testé une centaine de téléphones dans différentes situations de la vie courante (supermarché, métro…). Les données ainsi récoltées servent à améliorer le système de mesure des distances grâce au Bluetooth afin de s’adapter au contexte (un téléphone dans une poche ou à la main, une cloison, les différents modèles de téléphones, etc.).

Télétravailleur : Si un des mes contacts StopCovid est diagnostiqué positif, quel est le niveau d’information que je vais recevoir ?

D. L. : Vous saurez seulement que vous avez été en contact à risque récemment. A priori, vous ne pourrez pas savoir qui vous a contaminé (cela peut même être à cause de plusieurs personnes). Sauf, bien sûr, si vous avez eu peu d’activité ou d’interactions, ce qui restreint de facto les hypothèses.

Vous restez libre de suivre les notifications et recommandations (à savoir, test ou isolement). Le risque est estimé par les autorités médicales qui gèrent les données de l’application et qui essaient de la calibrer en fonction des temps de contacts ou de leur nombre.

Il y aura forcément des faux négatifs (des gens non notifiés) et des faux positifs (des gens notifiés à tort), mais il s’agira de faire en sorte que leur nombre soit le plus faible possible.

Pragmatique : Il me semble impossible d’atteindre les 60 % d’utilisateurs… Quelle est l’utilité avec quelques pourcents de la population ? Pourquoi insister à mettre en place un tel outil probablement inutile ?

D. L. : Ce chiffre de 60 % correspond au seuil qui permet d’éteindre une épidémie avec un suivi de contacts d’envergure. Mais repérer quelques chaînes de transmission, par une application, peut déjà faciliter le travail des médecins et éviter des malades supplémentaires. A elle seule, StopCovid, contrairement à ce que sous-entend son nom, n’arrêtera pas l’épidémie. Mais cela peut être une partie de la solution. On le saura bientôt.

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30 mai 2020

Donald Trump annonce que les Etats-Unis mettent fin à leur relation avec l’OMS

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Depuis le début de la pandémie, le président américain accuse l’organisation onusienne de se montrer trop indulgente avec la Chine.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé, vendredi 29 mai, qu’il mettait fin à la relation entre son pays et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), agence des Nations unies (ONU) pour la santé publique.

« Parce qu’ils ont échoué à faire les réformes nécessaires et requises, nous allons mettre fin aujourd’hui à notre relation avec l’Organisation mondiale de la santé et rediriger ces fonds vers d’autres besoins de santé publique urgents et mondiaux qui le méritent », a déclaré M. Trump devant la presse.

Apparu dans la roseraie de la Maison Blanche, Donald Trump a annoncé que l’OMS n’avait pas procédé aux réformes qu’il avait demandées au début du mois et que, par ailleurs, l’instance avait fait l’objet de pression de la part des autorités chinoises pour qu’elle induise en erreur le monde entier lorsque le virus a été découvert par les autorités chinoises.

« Marionnette de la Chine »

« La Chine a un contrôle total sur l’Organisation mondiale de la santé, même si elle ne paie que 40 millions de dollars par an par rapport à ce que les Etats-Unis ont payé, ce qui représente environ 450 millions de dollars par an. Nous avons détaillé les réformes qu’elle doit faire et nous sommes engagés directement avec eux, mais ils ont refusé d’agir », a exposé Donald Trump.

Accusant l’OMS d’être une « marionnette de la Chine », où l’épidémie a débuté à la fin de 2019, le président des Etats-Unis, Donald Trump, lui avait donné, le 19 mai, un mois pour obtenir des résultats significatifs.

Depuis plusieurs semaines, le locataire de la Maison Blanche répète que le lourd bilan du Covid-19 – plus de 362 000 morts à travers le monde dont 102 201 aux Etats-Unis – aurait pu être évité si la Chine avait agi de manière responsable dès l’apparition du virus dans la ville de Wuhan.

Il a aussi menacé de rompre toute relation avec la Chine et a assuré qu’il ne souhaitait plus, pour l’heure, parler à son homologue, Xi Jinping. Pékin assure de son côté avoir transmis le plus vite possible toutes les informations à l’OMS.

30 mai 2020

Minneapolis : «Si on ne dit rien, alors l’injustice continue»

REPORTAGE

Par Isabelle Hanne, Envoyée spéciale à Minneapolis — Libération

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A Minneapolis jeudi, lors de la troisième nuit de manifestations. (Photo Julio Cortez. AP)

Depuis la mort, lundi, de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc, la ville du Minnesota est le théâtre de manifestations et d’émeutes. Derek Chauvin, le principal responsable, a été arrêté vendredi et inculpé d'homicide involontaire.

Des jeunes qui font la queue dehors pour piller des commerces. Des bâtiments saccagés, incendiés, un air parfois saturé de fumée et de cendres, des voitures calcinées. La nuit est traversée par des nuages blancs de gaz lacrymogène. En arrière-fond, les sirènes de pompiers et de police, bande-son des heurts à Minneapolis, dont l’intensité augmente chaque jour, en même temps que la colère des manifestants contre la police. La mort de George Floyd est venue réveiller des blessures jamais cicatrisées. Lundi, cet Afro-Américain de 46 ans est mort juste après son arrestation brutale par la police, qui le soupçonnait d’avoir voulu écouler un faux billet de 20 dollars. Lors de l’intervention, il a été menotté et plaqué au sol par un agent blanc qui a maintenu son genou sur son cou pendant de longues minutes. «Je ne peux pas respirer», l’entend-on dire sur une vidéo de la scène, filmée par un passant et devenue virale. Puis il arrête de parler, et s’immobilise complètement.

Les quatre policiers impliqués dans l’interpellation ont été renvoyés, et une enquête est en cours. Vendredi, Derek Chauvin, celui qui est responsable de la mort de George Floyd, a été arrêté, puis inculpé de meurtre au 3e degré et d'homicide involontaire. Dans l'Etat du Minnesota, le chef d'accusation de «meurtre au 3e degré», passible de 25 ans de prison, désigne le fait de causer la mort «sans intention» de la donner «en perpétrant un acte éminemment dangereux». En dix-neuf ans de service, le policier de 44 ans a fait l’objet de dix-huit plaintes, dont deux seulement s’étaient soldées par une lettre de réprimande. Jusqu’à son arrestation, les appels au calme et à la patience des autorités n’avaient fait qu’attiser l’exaspération des manifestants. Acmé de la violence et du symbole, dans la nuit de jeudi à vendredi, un groupe a forcé des barrières, brisé les vitres et incendié un commissariat de Minneapolis, évacué peu avant.

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Les portes d’un supermarché forcées

Anticipant les heurts, de nombreux commerces de la plus grande ville du Minnesota s’étaient barricadés. Outre des renforts policiers, 500 hommes de la Garde nationale ont été envoyés à Minneapolis. «Ces malfrats déshonorent la mémoire de George Floyd, et je ne laisserai pas faire cela», a tweeté le président américain, Donald Trump, dans la nuit, critiquant un «manque total de leadership» du maire démocrate de la ville, Jacob Frey. Et menaçant : «Quand les pillages démarrent, les tirs commencent.»

Les portes d’un supermarché, dans le nord-est de la ville, ont été forcées jeudi. Ballet de voitures et coffres qui claquent, sur le large parking du centre commercial. Les bris de verre crissent sous les roues des chariots, remplis par des jeunes qui pillent le commerce sans se presser. «Ce soir, tout est gratuit : servez-vous !» lance Mambo, un étudiant de Minneapolis, en observant la scène. La police reste discrète. Seuls le bourdonnement des hélicoptères et l’odeur âcre des grenades lacrymogènes tirées depuis les toits pour disperser les pillards indiquent sa présence. «Contre la violence policière, les manifestations pacifiques ne suffisent pas, reprend Mambo. L’argent qu’ils vont devoir dépenser pour réparer tout ça, c’est ça qui va leur faire du mal. C’est ça qui va attirer leur attention : l’argent perdu. Ça aide de voir que tout le monde est là, Noirs comme Blancs.» Sur un mur, un tag réalisé à la va-vite assène que «la marchandise peut être remplacée, pas les vies des Noirs».

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Dans le même quartier, entre le commissariat et le supermarché pillé, de hautes flammes orange dévorent un commerce de prêt sur gage. «C’est vraiment triste d’en arriver là, simplement parce qu’on n’a pas été entendus, regrette Rachel en regardant l’incendie. Et tout ça continue, parce qu’on nous dit qu’il y a besoin de faire une enquête !» La jeune femme, une Afro-Américaine qui a grandi et étudie à Minneapolis, a le visage fermé et les yeux sévères. «Le monde entier a vu qu’un homme a été tué par la police. N’importe qui d’autre serait déjà en prison. Mais lui, non, parce que c’est un policier blanc.»

A Minneapolis, avant George Floyd, il y a eu Philando Castile, un automobiliste noir abattu lors d’un banal contrôle de police en 2016, sous les yeux de sa compagne et d’une fillette. Le policier a été acquitté. A New York, il y a eu Eric Garner, autre Afro-Américain décédé en 2014 après avoir été asphyxié lors de son arrestation par des policiers blancs. Lui aussi avait dit à l’époque «Je ne peux pas respirer», une phrase devenue le cri de ralliement du mouvement BlackLivesMatter («la vie des Noirs compte»). La liste est longue. «On a manifesté pacifiquement pendant toutes ces années, et ça ne nous a menés nulle part, reprend Rachel. Qu’est-ce qu’on devrait faire ? Rester silencieux et attendre calmement qu’une autre vie soit détruite ?»

Les Afro-Américains représentent 20 % de la population de Minneapolis, mais ils sont plus susceptibles d’êtres contrôlés, arrêtés, et victimes de violences des forces de l’ordre que le reste de la population : de 2009 à 2019, 60 % des personnes tuées par la police étaient noires.

Quand il a appris la mort de Floyd, Kaleb s’est simplement dit «Encore un ?» raconte-t-il en marchant dans le cortège d’une manifestation qui s’est tenue sans heurts, dans le centre de Minneapolis, jeudi. Pour le jeune homme, très actif dans sa communauté, «il faut inculper ces gens, les mettre en prison. Mais le plus important, c’est quelle est la suite de tout ça ? Comment transformer ce mouvement pour obtenir un vrai changement ?»

Il juge les pillages et les destructions «absolument désastreux, même si tous les manifestants ne sont pas des casseurs, loin de là». «Mais c’est le symptôme d’un problème plus large, il ne s’agit pas seulement de la mort d’un homme, insiste Kaleb. Cette tragédie est venue s’ajouter à la détresse créée par le Covid : beaucoup de gens ont perdu leur emploi [710 000 nouveaux chômeurs dans le Minnesota depuis mi-mars et la mise en place des mesures de confinement, ndlr]. Je crois qu’on a atteint un point de bascule.» Dans l’ensemble des Etats-Unis, les Afro-Américains ont été touchés de manière disproportionnée par la pandémie.

«Pourquoi notre quartier brûle-t-il ?»

L’intersection où George Floyd a été interpellé, dans le quartier de Powderhorn, est devenue un lieu de rassemblement. Fresques murales, fleurs et photos lui rendent déjà hommage. Plusieurs leaders religieux de la ville s’y sont rendus jeudi pour tenter de calmer les esprits : «Ne gâchez pas ce moment ! Le monde nous regarde, vous avez du pouvoir ; maintenant, tout dépendra de ce que vous en ferez», prêche à la foule le pasteur Albert. «La colère, c’est ce que vous obtenez quand vous opprimez des gens pendant si longtemps, et que rien n’est fait pour la canaliser, explique-t-il après sa prise de parole. Si tout est si explosif en ce moment, c’est parce que c’est loin d’être la première fois que ça arrive. La police perpétue ces violences contre les Noirs. Nous avons tous vu cette vidéo, on a tous été forcés de regarder cette exécution. Si on ne dit rien, alors l’injustice continue. Et on en a assez.» Le pasteur évoque les disparités abyssales entre Blancs et Noirs à Minneapolis, dans le niveau de revenus, l’accès à l’éducation, ou encore le logement. «Pourquoi ce quartier, notre quartier, brûle-t-il ?» interroge-t-il, pointant le «redlining», cette pratique de discrimination consistant à refuser des services à des populations situées dans des zones géographiques déterminées (des prêts bancaires par exemple), à laquelle «les habitants du quartier font face depuis des décennies».

Douglas Ewart, un artiste septuagénaire d’origine jamaïcaine qui vit à deux pas de là, estime qu’avec le Covid-19, «les gens ne sont ni à l’école ni au travail : ça fait beaucoup plus de monde pour manifester. Cette tragédie, c’est la tempête parfaite pour qu’on puisse, enfin, changer de paradigme.» Douglas veut croire que les choses «peuvent s’améliorer». «Regardez, aujourd’hui, il y a beaucoup de jeunes Blancs qui comprennent la situation et manifestent. Ce sont eux qui permettront d’arriver à un changement réel.» Parmi les évolutions jugées positives par les manifestants, Minneapolis est doté d’un chef de la police afro-américain, Medaria Arradondo, le premier Noir à occuper un tel poste dans la ville. Le maire, le démocrate Jacob Frey, n’hésite pas à parler du «racisme systémique» qui fracture la société américaine.

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«Il y a beaucoup de douleur et de colère dans notre ville», a-t-il déclaré vendredi matin, tout en jugeant les pillages et les destructions «inacceptables». La Garde nationale a été déployée devant les commerces, banques, pharmacies ou magasins d’alimentation susceptibles d’être pillés. Mais Frey a défendu la position de la ville, et la réponse policière depuis le début des émeutes, qui évite globalement la confrontation avec les manifestants et n’a procédé qu’à une poignée d’arrestations (dont une équipe de journalistes de la chaîne CNN, relâchée plus tard). «Nous faisons absolument tout ce qui est en notre pouvoir pour maintenir la paix», a-t-il justifié.

En plus du caractère extrêmement volatil de la situation dans la ville, les heurts sont contagieux, dans un pays à vif après des années de violences policières contre les Afro-Américains, restées largement impunies. Des heurts ont également eu lieu dans la ville voisine de Saint-Paul, capitale de l’Etat, où près de 200 commerces ont été saccagés ou pillés. Des manifestations tendues se sont tenues à New York, mais aussi à Phoenix (Arizona), Los Angeles (Californie), Columbus (Ohio) ou Denver (Colorado). Près du commissariat et des commerces incendiés et pillés, à Minneapolis, un tag en lettres capitales : «Et maintenant, vous nous entendez ?»

29 mai 2020

Les Etats-Unis sous le choc des violences policières

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Par Gilles Paris, Washington, correspondant Le Monde

De nouvelles manifestations ont tourné à l’émeute à Minneapolis après la mort lundi de George Floyd, Afro-Américain, aux mains de la police.

Les images sont tragiquement familières. La mort d’un Afro-Américain aux mains de la police ; les manifestations de colère qui tournent à l’émeute ; la mobilisation de la Garde nationale. L’enchaînement des événements a pour théâtre cette fois-ci Minneapolis, dans le Minnesota. Tout part de l’interpellation musclée d’un Noir de 46 ans, le 25 mai. La scène, filmée par un témoin, est difficilement soutenable. George Floyd est jeté au sol et un policier s’agenouille sur son cou. « Je ne peux pas respirer », répète-t-il. Ni ses suppliques ni celles des personnes qui assistent à la scène ne sont entendues. Puis le corps de George Floyd s’immobilise. Lorsque les secours interviennent, le policier, Derek Chauvin, est toujours juché sur lui.

La réaction de la municipalité a été rapide : les quatre policiers ont été licenciés sur le champ. Le policier incriminé avait fait l’objet de dix-huit plaintes liées à son comportement. L’absence de conséquences judiciaires immédiates a cependant alimenté la frustration de manifestants pendant deux nuits consécutives. Ces troubles ont poussé le gouverneur démocrate de l’Etat, Tim Walz, à demander jeudi le déploiement de la Garde nationale. « La mort de Gorge Floyd doit apporter de la justice et des réformes de fond, pas plus de morts et de destruction », a-t-il imploré. Les manifestations de protestation ont essaimé dans le pays à Los Angeles comme à Chicago, Denver ou Memphis.

Cette routine sanglante est vérifiée par les chiffres. Le nombre de personnes tuées par la police aux Etats-Unis en 2019 s’est élevé à 1 004, selon la comptabilité du Washington Post qui ne recense que les morts par armes à feu. Un chiffre supérieur à celui enregistré en 2018 (992) et qui concerne de manière disproportionnée les Afro-Américains. Le décès tragique de George Floyd fait d’ailleurs écho à celui d’un jeune Afro-Américain, Ahmaud Arbery, pourchassé par un ancien policier et son fils alors qu’il faisait son jogging.

Le jeune homme avait été tué en février mais l’auteur du coup de feu mortel avait plaidé la légitime défense et argué d’une loi de l’Etat adoptée en 1863, en pleine Guerre civile, qui autorise un citoyen à en arrêter un autre s’il est témoin d’un délit. Ahmaud Arbery avait pénétré dans une maison en construction avant d’être pris en chasse par les deux hommes, puis intercepté. Un troisième avait filmé la scène, également difficilement soutenable. La publication de la vidéo, début mai, a forcé les autorités locales à réagir, après avoir initialement étouffé l’affaire. Les trois hommes sont aujourd’hui emprisonnés.

Donald Trump est sorti du silence

La mort de George Floyd a poussé Donald Trump à sortir du silence qu’il a longtemps observé à propos des violences policières. Il a dénoncé jeudi « un spectacle très choquant ».

« J’ai demandé au ministre de la justice, au FBI de se pencher vraiment sur cette affaire et voir ce qui s’est passé (…). Ce que j’ai vu n’était pas bon, pas bon, très mauvais », a assuré le président des Etats-Unis. Donald Trump va cependant avoir du mal à convaincre. « C’est la première fois que je l’entends évoquer un cas » de ce genre, a réagi le révérend Al Sharpton, militant des droits civiques et du président depuis des décennies. « Donc, il ne peut pas s’indigner si les gens sentent qu’il s’agit de mots vides », a-t-il ajouté.

Donald Trump n’a jamais commenté la mort d’Eric Garner, un Noir décédé en 2014 à New York après avoir été asphyxié lors de son arrestation par des policiers blancs. La phrase « Je ne peux pas respirer », qu’il avait prononcée avant son décès, était devenu un cri de ralliement du mouvement Black Lives Matter.

Il n’a pas varié en arrivant à la Maison Blanche. Il s’est refusé à commenter des drames très médiatisés impliquant la police, y compris la mort de Stephon Clark, un Noir abattu par la police de Sacramento en 2018. Le jeune homme avait été tué alors qu’il se trouvait dans le jardin de sa grand-mère. Il avait été confondu avec une personne suspectée d’avoir brisé des vitres de voiture. Il avait en main un téléphone portable que les policiers dépêchés sur place avaient pris pour une arme. Se considérant en état de légitime défense, ces derniers avaient tiré à vingt reprises sur lui. « C’est quelque chose qui est une affaire locale et c’est quelque chose qui, selon nous, devrait être laissé aux autorités locales », avait déclaré à l’époque la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders.

Au contraire, le président des Etats-Unis rend régulièrement hommage aux forces de police qu’il assure de son soutien. En 2017, il a mené une campagne virulente contre l’ancien maître à jouer de l’équipe de football américain de San Francisco, Colin Kaepernick. Ce dernier avait lancé un mouvement de protestation contre ces violences en posant un genou à terre pendant l’exécution de l’hymne national, au prix d’une carrière sportive écourtée. Mercredi, la star du basket LeBron James a publié sur Instagram, côte à côte, une photo de la scène mortelle de Minneapolis et une autre de Colin Kaepernick avec la légende suivante : « Voilà pourquoi, est-ce que vous comprenez maintenant !!??!!?? Ou bien est-ce que ça ne reste pas clair pour vous ? ».

30 mai 2020

Rencontre avec Irina Shayk : “Être exposée en permanence fait partie de mon métier”

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La sublime Irina Shayk a su imposer avec force et douceur sa beauté majestueuse sur les podiums des plus grandes maisons de mode comme sur les couvertures des plus beaux magazines. Rencontre.

Propos recueillis par Léa Zetlaoui

NUMÉRO : Quand avez-vous débuté votre carrière de mannequin ?

IRINA SHAYK : Je viens de Iemanjelinsk, une petite ville minière située en Russie, au milieu de nulle part, et, jeune, je n’avais aucune idée de ce qu’était la mode. Nous n’avions même pas de magazines de mode. Donc, je n’ai jamais envisagé de devenir mannequin car cette profession n’existait littéralement pas dans notre ville. J’ai commencé assez tard, à l’âge de 19 ans. Mon premier voyage à Paris fut une période difficile pour moi, je n’avais pas d’argent, je ne parlais pas anglais et je devais tout apprendre très vite.

À quel moment votre carrière a-t-elle décollé ?

Mon premier contrat avec Intimissimi, en 2007, a tout changé. C’était mon premier gros contrat. Grâce à cette marque, j’ai voyagé dans les plus beaux endroits du monde et travaillé avec des équipes incroyables pour des shootings. Tout se passe tellement bien que treize ans plus tard, nous collaborons toujours ensemble. L’équipe Intimissimi est une vraie famille pour moi.

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“J’ai compris qu’être enceinte me donnait une émotion puissante et me remplissait de bonheur et d’amour.”

Comment avez-vous vécu le fait d’être exposée à ce point sous le regard de l’industrie de la mode ?

Être exposée en permanence fait partie de mon métier. Je suis fière du travail que je fais, je donne toujours mon maximum. Pour chaque shooting, spectacle ou événement auxquels je participe, j’essaie de faire de mon mieux.

Quelle était votre relation avec votre corps lorsque vous avez commencé et qu’en est-il aujourd’hui ?

Au début, comme tout le monde, je n’étais pas sûre de mon corps. Mais avec l’âge et l’expérience, j’ai appris à avoir confiance en moi et à me sentir forte. Dans la vie, je pense que la beauté intérieure est beaucoup plus importante que la beauté extérieure. Au fil du temps, j’ai trouvé la paix intérieure et l’équilibre. Être mère a beaucoup changé ma vie, et aujourd’hui je découvre un nouvel aspect de la beauté féminine dans la maternité.

Comment la maternité a-t-elle modifié votre rapport à votre corps ?

C’est lors d’un shooting avec Peter Lindbergh que j’ai réellement commencé à me sentir différente. J’étais enceinte de cinq mois, mais personne ne le savait, et, grâce à Peter, je me suis sentie tellement à l’aise et tellement unique... Il a réellement su exalter ce que je ressentais au fond de moi à ce moment-là. J’ai compris qu’être enceinte me donnait une émotion puissante et me remplissait de bonheur et d’amour. Les photos de ce shooting comptent parmi les plus belles que j’ai faites. Peter en a même tiré quelques-unes pour me les offrir. Je les ai fait encadrer, et maintenant elles sont accrochées chez moi. C’était une personne qui comptait beaucoup pour moi et il me manque énormément.

Je pense que la mode prête aujourd’hui davantage attention à la personnalité.

D’ailleurs, Peter Lindbergh et Babeth Djian vous ont justement photographiée pour la couverture du Numéro 200, qui célébrait les 20 ans du magazine. Vous arboriez une perruque courte, un look garçonne qui contrastait avec votre apparence habituelle. Quel souvenir gardez-vous de ce shooting ?

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Ce shooting avec Peter et Babeth était tout simplement magique ! J’adore changer d’apparence et proposer des personnages différents. C’est toujours un grand défi et une expérience. Mais lorsque vous êtes entre de bonnes mains, vous avez ce sentiment que la magie opère réellement. Ils me demandaient souvent mon opinion pendant le shooting, et je leur répondais : “Comme vous voulez !”, car je faisais entièrement confiance à leur goût et à leur créativité. Sans que je le sache, ce devait être, hélas, mon dernier shooting avec Peter, et je ne l’oublierai jamais.

Dans la période actuelle, on assiste à de grands bouleversements pour les femmes, notamment dans la manière qu’elles ont de percevoir leurs corps et leur féminité. Que pensez-vous de ces changements ?

Pour moi, la beauté intérieure est la seule beauté qui compte chez un être humain. Il y a quelques années, Intimissimi avait lancé une campagne avec ce puissant message, et je suis fière d’en avoir fait partie. La mode change si vite, des tendances du passé paraissent bizarres aux générations suivantes, mais seule la beauté intérieure demeure. Je suis persuadée que chaque femme est belle à sa manière et possède une beauté qui lui est propre.

Selon vous, quel est l’impact de ces évolutions sur l’industrie de la mode ?

Je pense que la mode prête aujourd’hui davantage attention à la personnalité. J’aime le fait que, chaque année, on observe de plus en plus de diversité dans les campagnes et dans les défilés. L’industrie est beaucoup moins rigide qu’auparavant.

Dans notre monde, quand une femme ne se met plus aucune barrière et s’autorise à être entièrement elle-même, sa voix est entendue.

Lorsque vous arpentez les podiums, vous semblez pleine de confiance en vous, est-ce aussi le cas dans la vie ?

Oui, c’est le cas. Je viens d’une famille où les femmes ont beaucoup de caractère. C’est dans notre sang. J’ai toujours admiré la façon dont ma mère et ma grand-mère ont fait face aux moments les plus difficiles de leur vie. D’elles j’ai appris qu’il ne faut jamais abandonner et toujours garder espoir. Pourquoi aujourd’hui certaines mannequins travaillent-elles au-delà de 25 ans ? L’apparence compte, bien sûr, mais ce n’est plus l’essentiel. Celles qui aujourd’hui profitent d’une carrière plus longue possèdent bien plus qu’un physique avantageux. C’est davantage une question de personnalité et de caractère.

Aujourd’hui, votre nom est souvent cité parmi les Supermodels, à l’instar de Naomi Campbell ou de Linda Evangelista. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

C’est un grand honneur. Ces femmes sont de véritables icônes qui ont une force et un charisme impressionnants. Dans notre monde, quand une femme ne se met plus aucune barrière et s’autorise à être entièrement elle-même, sa voix est entendue.

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Vous avez eu la chance de défiler pour le dernier show couture de Jean Paul Gaultier. Quel regard portez-vous sur ce couturier ?

Je suis une fan absolue de Jean Paul Gaultier et de son héritage. Il a toujours été totalement libre. Il n’a jamais eu peur de prendre des risques ni de proposer des styles et des silhouettes fortes et provocantes. C’est un artiste extraordinaire, mais aussi une personne qui sait rester simple et à qui le succès n’a pas tourné la tête. Il est très attentionné vis-à-vis des autres et extrêmement talentueux. J’adore sa créativité qui n’a littéralement pas de frontières, et ses shows qui sont toujours une vraie déclaration de ce en quoi il croit.

Vous êtes aussi très proche de Riccardo Tisci...

La première fois que j’ai rencontré Riccardo Tisci, c’était il y a huit ans, lors d’une soirée, et ma première surprise fut de constater à quel point il était doux et simple. Je l’ai revu lors du casting pour mon premier défilé Givenchy : je me rappelle la façon dont il me regardait, et les belles choses qu’il m’a dites. Je suis littéralement tombée amoureuse de lui. Il est l’une de ces personnes qu’on a l’impression de connaître depuis toujours, même lorsqu’on les rencontre pour la première fois.

27 mai 2020

Jean-Marie Bigard, un "poivrot aviné" selon l'entourage d'Emmanuel Macron

bigart macron

Le récent échange téléphonique entre le célèbre humoriste et le président de la République a été mal vécu par certains proches de l'Élysée.

Jean-Marie Bigard commencerait-il à agacer l'entourage d'Emmanuel Macron ? Dans une vidéo postée le 11 mai dernier sur ses réseaux sociaux, le très populaire humoriste appelait le président de la République et son gouvernement à rouvrir au plus vite les bars et restaurants pour pouvoir "discuter le bout de gras" et retrouver "un peu de joie, un peu de bonne humeur", déplorant au passage d’être dans un pays dirigé par "des guignols".

Des déclarations percutantes accumulant rapidement plusieurs millions de vues et qui ont même été entendues jusqu'au sommet de l'État, puisque Bigard a affirmé ce week-end sur Sud Radio que le président himself lui a passé un coup de fil afin de le rassurer sur les échéances à venir :

"Il m’appelle pour me dire: 'vous avez raison'. Je trouve ça génial".

"Nous allons faire un putain d’échéancier, m’a-t-il dit. Comme je l’avais demandé, donc c’était assez mignon".

"Le président appelle qui il veut, quand il veut"

Mais si sa conversation avec le président de la République s'est avérée cordiale, Jean-Marie Bigard ne fait toutefois pas l'unanimité au sein du camp Macron. Comme le révèle un article mis en ligne par Libération ce lundi 25 mai, l'échange "sympa" entre les deux hommes aurait été très mal digéré dans l'entourage du chef d'État.

"Le président appelle qui il veut, quand il veut. Le problème, c’est de le voir répondre en direct à un poivrot aviné qui nous parle de ses couilles", regrette une parlementaire LREM. Mais pour d'autres, le chef d'État s'adonne là à un périlleux exercice de rassemblement, en vue de l'échéance 2022.

"Si on veut que les gens sensibles à ces personnes ne leur tombent pas dans les bras en 2022, il faut leur parler, leur manifester de la considération, montrer qu’on les entend", explique ainsi un conseiller. Un proche de l'Élysée abonde : "Il connaît très bien les codes de la culture de droite. D’où l’intérêt, parfois même la fascination, de ses interlocuteurs."

Virage à droite en vue de 2022 ?

Une stratégie qui explique sans doute les multiples appels du pied lancés par Emmanuel Macron à des personnalités (très) marquées à droite ces dernières semaines, précise Libération. Entre ses échanges plus si privés que ça avec Philippe de Villiers au sujet de la réouverture du Puy du Fou et son appel de soutien à Éric Zemmour, récemment agressé dans la rue, le chef de l'État, dont la popularité s'est fortement érodée au cours de la crise sanitaire, entendrait donc "lutter contre le populisme"... et pourquoi pas prendre un virage plus à droite en vue de 2022.

Par Tanguy Vallée

gouvernement new

27 mai 2020

Covid-19 - Nouvel épicentre de la pandémie, le Brésil pourrait atteindre les 125  000 morts d’ici août

bresil pandemie

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Le Brésil a de nouveau dépassé, mardi 26 mai, le millier de victimes en vingt-quatre heures, pour la quatrième fois depuis l’accélération de la pandémie, la semaine dernière. Selon une nouvelle étude américaine, le plus grand pays d’Amérique latine ne serait pas au bout de ses peines : le bilan des victimes pourrait dépasser les 125 000 morts d’ici le milieu de l’été.

Le pire reste à venir pour le Brésil. Alors que le pays est devenu ces derniers jours l’épicentre de la pandémie de coronavirus, une nouvelle étude américaine publiée mardi laisse entrevoir un été très sombre pour les Brésiliens.

Selon des prévisions de l’Institut de mesure et d’évaluation sanitaire (IHME) de l’université de Washington, le nombre de victimes du Covid-19 pourrait dépasser les 125 000 d’ici à début août, rapporte le site d’information brésilien G1. Les chercheurs estiment que l’État de São Paulo devrait être le plus touché, avec plus de 32 000 décès, suivi de Rio, avec environ 26 000 décès. Ces deux États ont décrété depuis la fin mars un confinement de leur population, malgré la farouche opposition du président Jair Bolsonaro, qui ne cesse de relativiser l’ampleur de la pandémie. Mais cette mesure n’est assortie d’aucune coercition.

“Il faut absolument que le Brésil suive l’exemple de Wuhan, en Chine, ainsi que de l’Italie, de l’Espagne et de New York, en mettant en place des restrictions et des mesures de contrôle face à l’épidémie, qui se propage rapidement, afin de réduire la transmission du virus”, a expliqué le directeur de l’IHME, Christopher Murray.

Les systèmes hospitaliers des grandes villes déjà “sur le point d’être complètement dépassés”

Selon l’institut de recherche, si les autorités n’agissent pas rapidement, “le nombre de morts pourrait continuer de grimper jusqu’à la mi-juillet, ce qui engendrera des pénuries de moyens humains et matériels vitaux dans les hôpitaux”, rapporte CNBC.

Alors que “le système de santé publique du Brésil était sous tension avant la pandémie”, “les réseaux hospitaliers de certaines grandes villes sont déjà sur le point d’être complètement dépassés”, note Vox.

Le Sénat brésilien a d’ailleurs adopté mardi une loi obligeant les hôpitaux privés à mettre à disposition des lits inoccupés pour l’hospitalisation de patients malades du Covid-19, rapporte O Globo.

Le nombre de personnes infectées sept fois supérieur à celui des statistiques officielles

“Dans le même temps, le virus se propage rapidement dans les communautés les plus vulnérables du pays, particulièrement dans les favelas, dans les banlieues des villes, où la distanciation sociale est quasi impossible en raison de la promiscuité et des conditions sanitaires”, précise également Vox.

Mardi, Eduardo Macário, secrétaire adjoint à la Vigilance sanitaire, a reconnu que le nombre de cas de Covid-19 dans le pays pourrait être plus élevé que celui des statistiques officielles en raison de retards dans les dépistages et les déclarations de cas, indique Folha de São Paulo.

Selon des résultats publiés dans le cadre de l’étude Epicovid-19, la première enquête nationale sur la maladie, le nombre de personnes infectées par le nouveau coronavirus pourrait être environ sept fois supérieur au chiffre actuel, qui est de 391 222, pour une population de 210 millions d’habitants.

Noémie Taylor-Rosner

26 mai 2020

Emmanuel Macron, président « attentif et fidèle » au sort du Puy du Fou

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Par Olivier Faye - Le Monde

A la suite de l’intervention du chef de l’Etat, le parc à thèmes vendéen pourra rouvrir le 11 juin. Edouard Philippe, de son côté, préférait temporiser avant une telle annonce.

Philippe de Villiers en est sûr : il vient de faire croquer Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans sa « pomme de discorde ». Un soubresaut de plus, après deux mois d’une crise sanitaire due à l’épidémie de coronavirus qui a déjà agité par moments les maisons Elysée et Matignon. Cette pomme, c’est le Puy du Fou, deuxième parc à thème français en termes de fréquentation (2,3 millions de visiteurs en 2019), que l’ancien président du conseil général de Vendée a fait sortir des ronces du bocage, il y a plus de quarante ans. Mercredi 20 mai, à l’occasion d’un conseil de défense réuni à l’Elysée, le chef de l’Etat a poussé en faveur de sa réouverture rapide – elle sera effective le 11 juin –, tandis que son premier ministre préférait temporiser avant de se risquer à une telle annonce.

Le 13 avril, alors qu’il vient d’achever sa troisième allocution télévisée depuis le début de la crise, Emmanuel Macron décroche son téléphone pour appeler son ami Philippe de Villiers, rencontré quelques années plus tôt sur les banquettes de la Rotonde, restaurant de la rive gauche parisienne où l’ancien ministre de l’économie a fêté sa victoire à la présidentielle, en 2017.

Les deux hommes ne s’accordent pas sur grand-chose du point de vue politique – l’un se définit comme progressiste et proeuropéen, quand l’autre est un apôtre de la droite identitaire et souverainiste – mais ils ont noué une solide complicité. Emmanuel Macron ne manque jamais d’égards envers ces hommes – De Villiers, Michel Houellebecq, Eric Zemmour – aux idées éloignées des siennes mais qui vendent leurs livres au ton d’apocalypse par dizaines de milliers.

C’est d’ailleurs au Puy du Fou qu’il a posé les jalons de sa future campagne présidentielle, à la fin de l’été 2016, jurant devant les caméras qu’il n’était « pas socialiste ». Au téléphone, le président de la République promet à son interlocuteur d’œuvrer en faveur de l’industrie touristique en général et du Puy du Fou en particulier, durement éprouvés par le confinement. Faute de pouvoir ouvrir ses portes au public, le parc perd un million d’euros par jour, assurent ses dirigeants.

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« Ils veulent nous briser »

Dans les jours qui suivent, Philippe de Villiers s’étonne de ne pas réussir à joindre Matignon pour rentrer dans le concret de la promesse présidentielle. Il s’étrangle même, le 19 avril, quand il entend Edouard Philippe poser lors d’une conférence de presse les fondations du déconfinement sans toucher un mot du secteur touristique. « Ils veulent nous euthanasier ! », enrage-t-il sur Twitter. Le premier ministre finit par l’appeler, le 14 mai. Ce jour-là, Edouard Philippe a de bonnes nouvelles à annoncer : un « plan massif pour le tourisme » au niveau national de 18 milliards d’euros. Mais il prévient le Vendéen qu’il lui est impossible de se prononcer dès maintenant sur une date de réouverture tant que la situation sanitaire n’est pas stabilisée.

Philippe de Villiers comprend de cet échange que le Puy du Fou, « son bébé », comme dit un ministre macroniste, pourrait ne pas rouvrir de la saison. L’ancien candidat à la présidentielle pianote de colère sur son compte Twitter. « J’ai eu Edouard Philippe au téléphone : il refuse la réouverture du Puy du Fou, contrairement à la parole du président. Ils veulent nous briser. »

A Matignon, on se défend d’une telle volonté. « Nous souhaitons évidemment que le Puy du Fou surmonte cette épreuve dans les meilleures conditions possible », assure l’entourage d’Edouard Philippe. Le parc, précise-t-on, s’est d’ailleurs vu octroyer 34 millions d’euros de prêts, dont 20 millions de prêt garanti par l’Etat. Qu’importe : de Villiers dégaine à nouveau son téléphone pour alerter Emmanuel Macron. « Je ne laisserai jamais tomber le Puy du Fou. On ne vivra pas que de grandes surfaces », lui répond le chef de l’Etat dans un SMS.

Les deux hommes s’appellent une nouvelle fois, dimanche. Le Vendéen lui fait remarquer que les parcs zoologiques, eux, peuvent rouvrir. « C’est la préférence des animaux exotiques aux Gaulois réfractaires », grince celui qui a fait du Puy du Fou un instrument de la bataille culturelle menée par une partie de la droite et de l’extrême droite en faveur d’une France « enracinée ». Emmanuel Macron sourit. Il rassure son ami : « On ne va pas quand même pas faire crever le pays. »

« Le président veille sur nous »

Mardi, Matignon assurait encore au Monde qu’« il serait trop dangereux » de se prononcer sur une date de réouverture avant la semaine du 25 mai ; il faut d’abord apprécier la situation épidémique, « comme c’est le cas pour d’autres parcs ou lieux culturels, ou commerces type restaurants ». Mais le président amène le sujet sur la table, mercredi, au conseil de défense. Charge est donnée aux préfets « de se rapprocher des établissements recevant du public afin de travailler aux modalités de leur réouverture dans la perspective de la nouvelle phase de déconfinement qui s’ouvre lundi 2 juin », résume le cabinet du secrétaire d’Etat au tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne.

Emmanuel Macron envoie un SMS à Philippe de Villiers pour l’avertir de la bonne nouvelle. Vingt-quatre heures plus tard, le Vendéen partage le contenu de ce message aux 50 000 abonnés de son compte Twitter (avec l’accord du chef de l’Etat, assure-t-il) : « Décision prise ce matin en conseil de défense : on commence dès aujourd’hui le travail en vue de la réouverture, objectif 2 juin. Mandat est donné au préfet de commencer le travail dès aujourd’hui. »

Le parc pourra rouvrir ses portes le 11 juin, le temps de remettre la machine en route. Depuis son bocage, Philippe de Villiers se réjouit : « Le président veille sur nous de manière attentive et fidèle. » Ainsi que sur ses amis.

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25 mai 2020

A Hongkong, des milliers de personnes manifestent contre le projet de loi sur la sécurité imposé par la Chine

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Le régime communiste a déposé au Parlement chinois un texte visant à interdire « la trahison » et « la sécession » à Hongkong, en réponse aux manifestations monstres de l’opposition démocratique en 2019.

La situation se tend de nouveau à Hongkong. Des milliers de personnes ont envahi dimanche 24 mai les rues de Hongkong pour dénoncer un projet de loi chinois selon eux liberticide, entraînant une vive riposte de la police antiémeute, des scènes qui n’avaient plus été vues depuis des mois dans l’ex-colonie britannique.

Après des manifestations quasi quotidiennes l’an passé, la contestation avait pu paraître étouffée en raison de l’impératif de distanciation sociale lié à la lutte contre le coronavirus. Mais le dépôt au Parlement chinois, vendredi, d’un texte visant à interdire « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion » à Hongkong a de nouveau mis le feu aux poudres. D’autant que Pékin a demandé dimanche son application « sans le moindre délai ».

La mouvance prodémocratie avait multiplié les appels pour dénoncer ce passage en force de la Chine sur une question qui suscite depuis des années l’opposition des Hongkongais. Des milliers d’habitants ont répondu présents dimanche malgré l’interdiction de manifester, scandant des slogans contre le gouvernement dans plusieurs quartiers de l’île.

Canons à eau et barricades

« Les gens pourront être poursuivis pour ce qu’ils disent ou écrivent contre le gouvernement », dénonce Vincent, un manifestant de 25 ans. « Les Hongkongais sont en colère car nous ne nous attendions pas à ce que cela arrive si vite et de façon si brutale, poursuit-il. Mais nous ne sommes pas naïfs. Les choses ne feront qu’empirer. »

Alors que le nombre de manifestants enflait dans les quartiers de Causeway Bay et Wanchai, la police a eu recours aux lacrymogènes et aux gaz poivrés pour tenter de disperser la foule, avec l’aide de canons à eau, selon des journalistes de l’Agence France-Presse.

Certains protestataires ont jeté des projectiles sur les forces de l’ordre, érigé des barricades de fortune et utilisé les parapluies pour se protéger des gaz lacrymogènes. La police a annoncé 180 arrestations. Le gouvernement de Hongkong a condamné « les actions illégales et extrêmement violentes » des manifestants, affirmant qu’elles mettaient en évidence « la nécessité et l’urgence de la loi sur la sécurité nationale ».

L’ex-colonie britannique a connu de juin à décembre 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession par Pékin en 1997, avec des manifestations parfois très violentes. Bien que confortée par le triomphe des « prodémocratie » aux scrutins locaux de novembre, cette mobilisation a accusé le coup en début d’année après des milliers d’arrestations dans ses rangs, et les manifestations ont cessé du fait des restrictions de rassemblement ordonnées pour lutter contre le coronavirus.

« Nous sommes de retour ! »

« Nous sommes de retour ! Rendez-vous dans les rues le 24 mai », demandait samedi un graffiti sur un mur proche de la station de métro de Kowloon Tong. La police avait averti qu’elle interviendrait contre tout rassemblement illégal, au moment où se réunir en public à plus de huit est interdit à cause du coronavirus.

Le territoire jouit d’une très large autonomie par rapport au reste du pays dirigé par le Parti communiste chinois (PCC), en vertu du concept « Un pays, deux systèmes » qui avait présidé à sa rétrocession en 1997.

Ses habitants bénéficient de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et d’une justice indépendante. Des droits inconnus en Chine continentale. Ce modèle est censé prévaloir jusqu’en 2047 mais nombre de Hongkongais dénoncent depuis des années des ingérences de plus en plus fortes de Pékin. Beaucoup interprètent le passage en force de Pékin avec cette loi sur la sécurité nationale comme l’entorse la plus grave, à ce jour, à la semi-autonomie hongkongaise.

Refuge pour un nombre restreint mais croissant d’activistes pro-démocratie fuyant Hongkong, Taïwan leur fournira l’« assistance nécessaire », a déclaré la présidente Tsai Ing-wen. Le projet de loi constitue une grave menace pour les libertés et l’indépendance judiciaire de Hongkong, regrette-t-elle.

« Forces étrangères »

Dimanche, le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a enfoncé le clou en demandant l’application « sans le moindre délai » d’une loi qui « n’influencera pas le haut degré d’autonomie de Hongkong, ni les droits, les privilèges et les libertés des habitants, ni les droits et intérêts légitimes des investisseurs étrangers ».

« Les actes violents et terroristes continuent à monter et des forces étrangères se sont profondément et illégalement ingérées dans les affaires de Hongkong », a-t-il estimé, dénonçant « une grave menace pour la prospérité à long terme » du territoire.

L’article 23 de la Loi fondamentale, la mini-Constitution hongkongaise, prévoit que la région se dote elle-même d’une loi sur la sécurité nationale. Mais cette clause n’a jamais été appliquée et la dernière tentative de l’exécutif hongkongais, en 2003, avait échoué face à des manifestations monstres.

Les opposants redoutent surtout une disposition qui permettrait aux policiers chinois de mener des enquêtes à Hongkong et pourrait servir à réprimer toute dissidence. « J’ai très peur, mais il faut manifester », déclare dimanche dans la foule Christy Chan, 23 ans.

Le projet sera soumis au vote du Parlement chinois jeudi, lors de la séance de clôture de l’actuelle session parlementaire. L’issue ne fait aucun doute, l’assemblée étant soumise au PCC.

24 mai 2020

Coronavirus : Pékin se dit «au bord d’une nouvelle Guerre froide» avec les Etats-Unis

Le ministre chinois des Affaires étrangères a dénoncé, sans le nommer, les multiples piques lancées par Donald Trump sur la gestion de la crise sanitaire par la Chine.

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« Outre la dévastation causée par le nouveau coronavirus, un virus politique se propage aux États-Unis » a regretté devant la presse le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi. REUTERS

Par Le Parisien avec AFP

Entre les deux pays, la tension ne descend pas. La Chine et les Etats-Unis sont « au bord d'une nouvelle Guerre froide », a averti dimanche le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, déplorant le regain de tensions avec Washington autour de l'épidémie de Covid-19.

Les premiers malades du nouveau coronavirus ont été signalés à la fin de l'an dernier dans la ville chinoise de Wuhan (centre). Il s'est depuis répandu sur la planète et fait quelque 340 000 morts.

Donald Trump a accusé régulièrement ces dernières semaines les autorités chinoises d'avoir tardé à communiquer des données cruciales sur la gravité du virus dont la propagation aurait pu, selon lui, être endiguée.

« Outre la dévastation causée par le nouveau coronavirus, un virus politique se propage aux États-Unis », a regretté devant la presse le chef de la diplomatie chinoise, sans nommer le président américain. « Ce virus politique saisit toutes les occasions pour attaquer et diffamer la Chine », a-t-il fustigé.

Les relations sino-américaines « prises en otage »

Pékin et Washington étaient déjà à couteaux tirés depuis deux ans et la guerre commerciale lancée par l'administration Trump à base de surtaxes douanières réciproques qui pénalise le commerce international.

Mais la pandémie de nouveau coronavirus a poussé la tension entre les deux puissances à des sommets. « Certaines forces politiques américaines prennent en otage les relations entre la Chine et les Etats-Unis et poussent nos deux pays au bord d'une nouvelle Guerre froide » avec la crise du coronavirus, a regretté Wang Yi.

Donald Trump a évoqué la possibilité de demander à Pékin de payer des milliards de dollars de réparations pour les dommages causés par l'épidémie. Et les Etats-Unis ont appelé à une enquête internationale sur l'origine du virus.

Bientôt une coopération internationale

La Chine est « prête » à une coopération internationale pour identifier la source du nouveau coronavirus, a affirmé Wang Yi. Mais une telle coopération devra s'abstenir de toute « ingérence politique », a-t-il averti.

23 mai 2020

Enquête - A l’Institut Pasteur, la rage de vaincre le Covid-19

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Par Florence Rosier, Dominique Perrin - Le Monde

Depuis le début de la pandémie, le personnel de ce fleuron français de la lutte contre les maladies infectieuses ne compte pas ses heures. Avec en ligne de mire la mise au point d’un vaccin. Les essais cliniques pourraient débuter en juillet.

Ce matin-là, le contraste surprend. Rue du Docteur-Roux, pas très loin de Montparnasse, dans le 15e arrondissement de Paris, peu de voitures circulent, quelques passants masqués s’écartent quand ils se croisent. Un café est ouvert, mais il est désert. C’est le tout début du mois de mai, le quartier est encore anesthésié, la vie confinée. Derrière des marronniers en fleur, un sas de sécurité ouvre sur un autre monde : l’Institut Pasteur. Depuis janvier, des chercheurs s’y démènent contre le coronavirus qui frappe la planète. Le niveau d’adrénaline y est à son plus haut.

Dans le bâtiment François-Jacob (le Prix Nobel décédé en 2013), les portes des bureaux sont vertes, les fauteuils de l’atrium orange et les cernes des chercheurs noirs. Au dernier étage, à la tête du Centre national de référence (CNR) des virus des infections respiratoires, Sylvie van Der Werf occupe un poste-clé. Elle a trois rangées de cernes. Depuis le début de l’épidémie, elle travaille douze à quatorze heures par jour, sept jours sur sept. « La pression sur la durée finit par être difficile », confie-t-elle. Elle s’est accordé une seule soirée de pause chez des amis, avant le confinement. Il y a si longtemps. Elle est fatiguée, mais soucieuse surtout. « Le déconfinement va être compliqué, s’inquiète-t-elle alors. Il faut être extrêmement vigilants pour éviter un rebond de l’épidémie. Désolée de parler comme ça, mais ce virus est une vraie saloperie. »

Alors que l’Institut Pasteur est interdit à toute visite, nous avons pu passer une journée dans ce lieu mythique de la recherche française, inauguré en 1888 par l’inventeur du vaccin contre la rage, Louis Pasteur. Sur plus de 2 hectares se côtoient des bâtiments de brique rouge du XIXe siècle et des constructions récentes. Un campus où les étudiants peuvent suivre les enseignements des pasteuriens, parmi les meilleurs spécialistes en microbiologie, immunologie, santé globale… Où, surtout, les scientifiques poursuivent leurs travaux de pointe sur les bactéries, les parasites et les virus, responsables de 17 millions de morts chaque année dans le monde.

Collaboration et concurrence internationales

Ce jour-là, sur 2 600 salariés, seulement 370 travaillent sur place, dont 300 entièrement mobilisés contre le SARS-CoV-2, le virus responsable du Covid-19. Tous lancés dans une course internationale contre la montre. Une course qui mêle une collaboration d’ampleur inédite à une concurrence effrénée. D’un côté, les scientifiques du monde entier partagent des informations comme jamais et Pasteur collabore, par exemple, sur la recherche de traitements avec l’université de Californie à San Francisco. De l’autre, la lutte pour la quête d’un vaccin, futur « blockbuster », fait rage.

La compétition s’annonce sans pitié : le 13 mai, Paul Hudson, le PDG américain du groupe français Sanofi, déclare que les Etats-Unis seront les premiers servis si le projet de vaccin de la multinationale voit le jour. Tollé immédiat, notamment en France, mais Sanofi explique que les Américains ont largement financé les recherches et que le vaccin sera en partie produit outre-Atlantique… L’autre argument est moins avouable : le marché américain, autant par sa taille que parce que le prix des médicaments y est quasi libre, est bien plus juteux.

Lundi 18 mai, l’annonce par la société Moderna de résultats encourageants sur ses premiers essais a ainsi fait flamber son cours en Bourse. Dans cette course, Pasteur ne fait pas partie de la dizaine d’équipes qui testent déjà leur projet de vaccin sur l’homme. Mais dès juillet, l’institut devrait rattraper son retard avec son premier essai clinique. Très prudent, son directeur, le Britannique Stewart Cole, explique qu’il ne faut ni s’emballer, ni « faire monter les attentes de la population inutilement ». Puis il convient qu’un des projets de vaccin de Pasteur « pourrait être payant ».

En France, une épidémie d’ampleur

De façon étonnante, les chercheurs parmi les plus chevronnés en virologie ont mis un certain temps à saisir l’ampleur de l’épidémie. A Pasteur, la mobilisation est lancée le 22 janvier. Ce mercredi-là à 18 heures, Arnaud Fontanet, qui dirige l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes, réunit plus d’une vingtaine d’experts. Lui qui suit de près l’évolution du virus en Chine depuis fin décembre estime qu’il est temps de mobiliser ses collègues. Deux heures de réunion.

« Un moment de grande excitation scientifique », se souvient-il. A ce stade, « nous ne sommes pas très inquiets, avoue cependant Sylvie van Der Werf. Nous n’avons encore aucune idée du fort degré de transmission du virus. Nous ne savons pas non plus qu’une personne peut être contagieuse avant d’avoir des symptômes, contrairement au SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère] de 2003. » Dans les études scientifiques, la transmission interhumaine vient à peine d’être évoquée.

Les chercheurs de Pasteur organisent une « task-force coronavirus » pluridisciplinaire composée de treize personnes, chapeautée par Christophe d’Enfert, directeur scientifique. Le 23 janvier, la Chine annonce le confinement de la ville de Wuhan.

Le lendemain, les trois premiers cas français sont déclarés, un à Bordeaux et deux à Paris. En fin de matinée, un coursier livre les prélèvements des patients parisiens dans des boîtes à triple emballage. L’Institut confirme la détection du coronavirus dans la soirée. L’équipe de Sylvie van Der Werf commence le séquençage du virus. Réalisé en trois jours, il est partagé en ligne le 29 janvier. Une première en Europe, après le séquençage chinois du 11 janvier. C’est une étape « cruciale pour permettre de développer des tests de diagnostics », note alors la chercheuse. Mais une étape qui ne l’empêche toujours pas de dormir. Le 3 février, sur RTL, Christophe d’Enfert rassure : « On est loin d’une épidémie importante en France. »

C’est huit jours plus tard que Sylvie van Der Werf réalise vraiment. Les 11 et 12 février, elle assiste à une conférence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à Genève. « En écoutant les Chinois, je prends conscience de ce qui se passe, confie-t-elle. Ils nous renvoient la notion que c’est la guerre. » Pour Arnaud Fontanet, le basculement se fait le 26 février, lors du décès d’un enseignant dans l’Oise, l’un des premiers foyers importants dans le pays. « Avant, je pensais que la France avait réussi à contrôler des petits foyers, comme celui des Contamines (Haute-Savoie), et qu’il n’y aurait pas d’épidémie. Mais ce jour-là, je me dis que c’est parti. »

Le rythme s’accélère soudain. Le 5 mars, reçu à l’Elysée avec d’autres scientifiques, il alerte Emmanuel Macron du risque de nombreux morts. Désormais membre du conseil scientifique créé le 11 mars pour éclairer le président, Arnaud Fontanet en veut aux Chinois, coupables, selon lui, « de ne pas avoir parlé des soignants atteints et d’avoir ainsi caché la transmission interhumaine ».

Mesurer la fiabilité des tests industriels

L’une des premières tâches de Pasteur a été de mettre au point des tests fiables capables de déterminer la présence du virus. Combinaison blanche intégrale, masque, lunettes et double paire de gants, la technicienne de recherche est méconnaissable. On l’aperçoit à travers les vitres d’une porte grise. Marion Barbet travaille dans le laboratoire P2 + du Centre national de référence des virus des infections respiratoires. Un lieu ultra-sécurisé : la pression de l’air y est basse, cela empêche l’air contaminé de sortir et permet donc d’étudier sans risques pour l’extérieur les échantillons de SARS-CoV-2.

Après une série de manipulations pour inactiver le virus, son matériel génétique (ARN : acide ribonucléique) est soumis à un test diagnostique, une réaction dite de PCR (« amplification en chaîne par polymérase »), qui permet de savoir, dans la journée, si le patient est atteint du Covid-19. « Au moment du pic de l’épidémie, nous avons testé 200 échantillons par jour pour aider certains hôpitaux. En ce moment, nous n’en traitons plus qu’une vingtaine », précise Sylvie Behillil, responsable adjointe du CNR.

Pasteur a mobilisé cinq laboratoires P3 sur la vingtaine dont il dispose. C’est dans ces lieux hautement sécurisés que se font les cultures du nouveau virus. Avec la plus grande des attentions. Car même une institution aussi prestigieuse que Pasteur n’est pas à l’abri d’incidents de sécurité. En avril 2014, l’Institut avait annoncé avoir égaré 2 349 échantillons du virus du SARS, « sans aucun potentiel infectieux », dans un de ses laboratoires P3. Et, en mars 2017, l’Institut a fait l’objet d’une enquête judiciaire sur les conditions du transport d’échantillons d’un autre virus (le MERS) en provenance de Corée du Sud. Cet envoi, par un vol Séoul-Paris, n’avait pas été déclaré aux autorités sanitaires. Deux incidents heureusement sans conséquences sanitaires.

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« J’AI VÉCU UN CERTAIN NOMBRE DE CRISES SANITAIRES, MAIS CETTE FOIS, ON NE SAIT PAS DU TOUT OÙ L’ON VA. » SYLVIE VAN DER WERF

C’est au CNR de Sylvie van Der Werf qu’ont été mis au point les tests de diagnostic (PCR) de référence ayant permis d’évaluer le degré de fiabilité d’une soixantaine de tests fabriqués par des industriels. En somme, les chercheurs ont été testeurs de tests. Un enjeu crucial, car les premiers tests apparus manquaient parfois de sensibilité : ils donnaient beaucoup de faux négatifs. Désormais, l’équipe se concentre sur les tests sérologiques. Ils permettent de détecter dans le sang la présence d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2. S’ils sont « neutralisants », cela signifie que leur réponse immunitaire est « très probablement » protectrice – un point essentiel qui reste à confirmer.

Là encore, le laboratoire, qui a développé sept types de tests séro­logiques de référence, évalue les performances de ceux des industriels. Car il en faut pour tous les goûts : une utilisation commerciale à grande échelle, ou plus restreinte mais plus sensible, ou encore un usage à des fins de recherche.

Comprendre le virus

Face au Covid-19, les plus aguerris des chercheurs de Pasteur s’avouent désarçonnés. Ce virus n’a-t-il pas été qualifié de « vicieux » par Philippe Sansonetti, chercheur à l’Institut et professeur titulaire de la chaire microbiologie et maladies infectieuses au Collège de France, pourtant rompu aux fourberies des pathogènes ? « J’ai vécu un certain nombre de crises sanitaires, mais cette fois, on ne sait pas du tout où l’on va, se désole Sylvie van Der Werf. Il sort chaque jour 50 nouvelles études scientifiques sur le Covid-19, c’est très compliqué à suivre ! »

Pour tenter de comprendre, la police des virus veille. Responsable de l’unité génomique évolutive des virus à ARN, Etienne Simon-Loriere tente de retracer l’itinéraire du Covid-19 lors de son entrée en France. Il a réalisé une étude sur 97 patients français infectés, en analysant les mutations du génome du virus. Il en déduit que les premiers patients, qui revenaient de Chine ou d’Italie, ont peu retransmis le virus. Le traçage des contacts et le confinement ont été efficaces. Mais ensuite, le virus a été introduit à de multiples reprises, dans de multiples régions.

Le chercheur a retrouvé une trace de séquence virale qui remonte au 19 février, chez un patient de l’Oise qui n’avait ni voyagé ni été au contact de voyageurs. « Avant même la vague de Covid-19 en France, le virus circulait silencieusement chez des gens asymptomatiques », conclut-il. En termes d’analyses, il lui manque cependant tout un pan de l’histoire, celle du foyer de Mulhouse. Débordés, les hôpitaux du Grand-Est n’ont pas envoyé d’échantillons. Rétrospectivement, on comprend mieux pourquoi les chercheurs étaient rassurants. « Les cas détectés semblaient être essentiellement des cas importés, explique le directeur scientifique Christophe d’Enfert. Ce qu’on ne voyait pas, c’était la partie immergée de l’iceberg, l’épidémie qui se répandait à bas bruit. »

Des premiers résultats attendus pour l’automne

Dans la course au vaccin, l’urgence sanitaire accélère toutes les étapes. Obtenir un vaccin efficace demande habituellement de cinq à dix ans. Pour le Covid-19, les chercheurs parient sur un délai de douze à dix-huit mois, soit au mieux en 2021, ce qui serait sans précédent. L’Institut Pasteur est engagé sur trois projets – trois « candidats-vaccins ». Le plus prometteur est un vaccin contre la rougeole adapté au Covid-19. « Depuis trois mois, je dors cinq heures et demie par nuit, confie Frédéric Tangy, responsable du laboratoire d’innovation vaccinale de l’Institut. Mais on a tellement travaillé que je suis optimiste. »

L’approche avec la technologie vaccinale de la rougeole est développée depuis des années à Pasteur contre d’autres infections virales, comme le Zika ou le chikungunya. Le virus de la rougeole, atténué mais vivant, sert de vecteur. Par génie génétique, on lui fait produire des fragments du SARS-CoV-2. Une fois dans l’organisme, il les présente au système immunitaire qui va, espère Frédéric Tangy, déclencher une réponse protectrice. Les chercheurs veulent aussi s’assurer que cela n’entraîne pas un effet secondaire observé contre d’autres coronavirus, avec d’autres candidats-vaccins. Au lieu de protéger, ceux-ci entraînaient la production d’anticorps « facilitants », qui aggravaient une infection ultérieure. « Avec le vaccin contre la rougeole, on obtient une réponse immunitaire qui réduit énormément ce risque, indique le virologue. Par ailleurs, plus de 2 milliards d’enfants dans le monde ont été vaccinés contre la rougeole. Ils sont protégés à 95 %, sans effet secondaire notable. »

En juillet, l’équipe de Pasteur commencera les premiers essais cliniques chez 90 volontaires sains, à l’hôpital Cochin et dans un centre clinique belge. Les premiers résultats sont attendus en octobre. L’équipe de Frédéric Tangy travaille dans le cadre d’un consortium avec l’entreprise Themis Bioscience, en Autriche, qui produit les lots cliniques, et l’université de Pittsburgh (Etats-Unis), qui réalise les tests chez des singes. Le projet est financé par la CEPI, une coalition de financement des technologies vaccinales réunissant une dizaine d’Etats et de fondations. Elle a déjà alloué 4,3 millions d’euros aux premières phases du projet.

« Un vaccin, c’est aussi difficile à concevoir qu’un A380 »

Les concurrents sont nombreux. La revue Nature a recensé pas moins de 115 candidats-vaccins. À la mi-mai, on comptait huit essais cliniques chez l’homme. Parmi cette centaine de projets, 72 % provenaient de big pharmas (Johnson & Johnson, Roche, Sanofi, Pfizer, GlaxoSmithKline…) ou de biotechs (l’américain Moderna Therapeutics ou le chinois CanSino notamment). Et 28 % étaient issus du secteur académique ou d’organisations à but non lucratif (comme Pasteur).

La concurrence est aussi géopolitique : 46 % des candidats-vaccins sont développés en Amérique du Nord, 18 % en Asie, 18 % en Australie et 18 % en Europe. Pour l’heure, « tant qu’on n’a pas démontré leur efficacité et leur tolérance chez l’homme, cela ne reste que des candidats-vaccins », tempère Stewart Cole. Mais avant même de savoir si le vaccin est efficace, il faut trouver des usines de production. « Un vaccin, c’est aussi difficile à concevoir qu’un Airbus A380, explique Frédéric Tangy, mais ça se produit dans les mêmes volumes que le PQ. » Soit, dans le cas du Covid-19, plus de cent millions de doses.

Pour son candidat-vaccin le plus prometteur, Pasteur est en phase avancée de négociation avec un industriel. S’il arrive jusqu’à cette étape, le vaccin ne sera donc pas produit par l’Institut Pasteur. Car il ne fabrique pas plus de vaccins que de tests. Il noue des accords avec des sociétés pharmaceutiques. C’est ici qu’intervient Isabelle Buckle. A la tête des 40 personnes du service des applications de la recherche et des relations industrielles, elle s’occupe des accords de fabrication et de commercialisation.

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« SI PASTEUR AVAIT PU PRODUIRE DES TESTS COMME C’ÉTAIT LE CAS AVANT LES ANNÉES 1970, LA FRANCE N’AURAIT PEUT-ÊTRE PAS ÉTÉ FACE À LA PÉNURIE QU’ELLE A CONNUE. » PIERRE SONIGO

En contrepartie, celles-ci versent des redevances à Pasteur. L’ensemble des produits industriels – redevances des 2 000 brevets et contrats avec les entreprises – rapportent 31 millions d’euros par an, à l’Institut, soit 10 % du budget (chiffre 2018). « Dès début janvier, peu après l’annonce des cas de coronavirus en Chine, nous avons commencé à prendre contact avec des groupes industriels, explique Isabelle Buckle, en télétravail. Avant même que Frédéric Tangy n’ait mis son projet au point. » Car les négociations sont longues et complexes. « Nous ne donnerons jamais carte blanche à un industriel pour faire ce qu’il veut avec un vaccin, insiste-t-elle. Le tarif doit être adapté et les clauses de santé publique sont multiples, comme de s’assurer de l’accès de nombreux pays au vaccin, y compris les pays pauvres. »

Une fondation reconnue d’utilité publique

Jusque dans les années 1970 pourtant, une partie de l’Institut Pasteur produisait et commercialisait vaccins, tests ou sérums. Mais l’organisme perdait beaucoup d’argent. En 1972, le directeur Jacques Monod décide de couper l’entité en deux. D’un côté, la Fondation Institut Pasteur, chargée de la recherche, de l’autre Pasteur Production responsable de la fabrication et de la vente. L’entreprise fera ensuite l’objet de maintes cessions. Aujourd’hui, Pasteur Production n’existe plus et l’Institut n’a plus aucun lien capitalistique avec les entreprises qui ont participé à ses rachats, Sanofi Pasteur et l’américain Bio-Rad. Leadeur en France dans la production de vaccins, cette division de Sanofi n’est liée à l’Institut que par une licence de marque contre une redevance annuelle.

Certains regrettent la séparation entre recherche et production, comme le virologue Pierre Sonigo. Aujourd’hui directeur de la recherche et développement (R&D) au laboratoire Sebia, il a travaillé sur le VIH à l’Institut. « La qualité de la recherche est de haut niveau à Pasteur, mais trop souvent déconnectée des besoins de santé, critique-t-il. Avec cette épidémie, la recherche et la pratique se rejoignent enfin, au service de la population, comme à l’époque de l’épidémie de sida. Mais si Pasteur avait pu produire des tests comme c’était le cas avant les années 1970, la France n’aurait peut-être pas été face à la pénurie qu’elle a connue. »

L’Institut Pasteur est en réalité un objet mal connu. Ni labo pharmaceutique, ni centre de recherche public. L’organisme centenaire est une fondation privée reconnue d’utilité publique, à but non lucratif. Il emploie des salariés maison mais héberge aussi des chercheurs détachés du CNRS, de l’Inserm, du CEA… Il collabore également avec un puissant réseau de 32 Instituts Pasteur, de différents statuts, partout dans le monde. Le budget du campus parisien (290 millions d’euros en 2018) montre, à lui seul, le statut ambivalent de la fondation. Il se divise en trois parties : les dons et les legs, l’argent public (59 millions d’euros de subventions et les financements des projets de recherche) et des ressources propres.

La fondation bénéficie donc à la fois de la générosité des particuliers et d’un financement public. « Elle joue sur les deux tableaux », grincent les jaloux, dans un contexte de manque de moyens – le budget de la recherche publique est loin du 1 % de PIB, maintes fois promis. Stewart Cole, lui, se réjouit d’avoir « un peu plus de confort financier que d’autres organismes publics » et insiste : « Notre indépendance nous est très chère, c’est elle qui permet cette réactivité. »

Le conseil d’administration est également un mélange de public-privé. Sur 21 personnes, siègent cinq membres de droits représentant l’Etat, dont le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Pas toujours facile à gérer. Cette instance a été le théâtre de guerres de succession féroces. En 2016, elle s’est ainsi déchirée autour du renouvellement du directeur général de Pasteur, Christian Bréchot.

L’urgence des financements

Avec la crise sanitaire, la fondation parie sur la sensibilité des portefeuilles. « Urgence nouveau coronavirus » : dès le 31 janvier, Pasteur lançait un appel qui n’était pas médical mais financier. Dons et legs représentent déjà une ressource majeure, à 90 millions d’euros par an (chiffre 2018). L’Institut espère faire mieux. Il a multiplié les e-mails auprès de plus de 200 000 donateurs, le directeur s’est fendu d’un dîner de gala, le 3 mars, à New York, des chercheurs ont multiplié les visioconférences auprès de comités de direction…

L’image de l’Institut relève toujours d’un fort enjeu financier. À la mi-mai, les particuliers ont versé 3 millions d’euros et une vingtaine d’entreprises (MAIF, BNP-Paribas, Kering, Axa, Total, Ipsen…) se sont engagées à hauteur de 12 millions d’euros. Joli pactole : la moitié de la collecte de l’an dernier (30 millions d’euros) est déjà atteinte, alors que l’habituel « Pasteurdon » d’octobre n’a pas encore eu lieu.

Moustache blanche, polo, petites lunettes rondes, Erik Orsenna, confiné comme tout le monde, est assis devant sa bibliothèque. Il est 8 h 30 ce 28 avril. Quelques crachouillis, un peu de parasites, la visioconférence démarre. Elle est organisée par Les Gracques, un groupe de patrons et de hauts fonctionnaires, tendance gauche libérale. Sujet : l’unité de la vie, ou comment l’homme, l’animal et l’environnement ne peuvent être dissociés. Environ 300 personnes sont connectées. L’écrivain-économiste-navigateur est ce matin-là ambassadeur de l’Institut Pasteur, fonction bénévole qu’il occupe depuis 2016.

Une semaine plus tôt, il parlait devant l’état-major de la Banque publique d’investissement (BPI). « Cela peut apporter des dons pendant l’épidémie, espère-t-il, mais j’explique surtout que l’intérêt pour la recherche est un état d’esprit permanent. Je raconte au monde de l’économie ce qui se passe dans le monde du vivant. » Le directeur de la communication et du mécénat, Jean-François Chambon a proposé cette fonction à l’académicien, alors qu’il écrivait une biographie de Pasteur. Il ne regrette pas. Orsenna est à fond : « Dans ma hiérarchie personnelle, les pasteuriennes et les pasteuriens arrivent à la première place devant les marins du Vendée Globe et les Prix Nobel de littérature, c’est dire. »

Pasteurien, un culte à part

Une communauté à part, ces pasteuriens. Ils parlent de l’Institut en disant « la maison ». Ils rêvent d’un prochain Nobel – le dernier, attribué à Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier pour l’identification, en 1983, du rétrovirus responsable du sida, remonte à 2008. Et surtout, ils revendiquent un héritage commun, celui de Louis Pasteur bien sûr, mais aussi d’Alexandre Yersin, qui a découvert le bacille de la peste, d’Emile Roux, qui a trouvé le vaccin contre la diphtérie.

PDG de la société de biotech Cellectis, André Choulika se présente comme un « vrai pasteurien », comprendre un ex-salarié de l’Institut, pas un chercheur détaché du CNRS ou de l’Inserm. Il a quitté « la maison » en 1997 pour fonder son entreprise, à partir de brevets achetés à l’Institut. Depuis un an, il fait partie du conseil d’administration. « L’Institut Pasteur, c’est un petit royaume, avec une hiérarchie importante, raconte-t-il. L’histoire y est très présente et vivante. Et tous les pasteuriens se connaissent. Cela crée un esprit de corps très fort. » Parmi les plus jeunes, certains relativisent ce « corporatisme ». « Personne de ma génération n’a aucune arrogance à être pasteurien », assure Etienne Simon-Loriere, 40 ans.

Cependant, nul ne renierait les valeurs communes, vantées dans chaque discours, chaque ouvrage. D’autant plus dans le contexte d’une telle pandémie. « Les pasteuriens invoquent des valeurs humanistes assez universelles, comme l’importance de la curiosité et du dévouement, le sens de la collaboration, la recherche du savoir et le souci de son application », explique Anne-Marie Moulin.

La médecin et philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS, précise : « En réalité, la seule chose qui me semble spécifique, c’est le souvenir d’une aventure commune, celle du saint fondateur et de ses saints héritiers. » Elle relève ­qu’André Lwoff, Prix Nobel en 1965, a risqué l’expression « d’ordre religieux », pour parler des pasteuriens. Elle-même, ancienne élève de « la maison », parle d’une « mythologie pasteurienne ». « Il n’est pas toujours facile d’écrire sur l’histoire de l’institution, quand elle devient à ce point patrimoniale », glisse-t-elle.

Cet héritage est une pression de plus dans cette course contre la montre dans laquelle l’Institut est engagé. Ici, chacun travaille sous l’œil du héros. Dans le bureau du directeur, on ne compte pas moins de trois bustes de Louis Pasteur plus une gravure. « Il nous regarde de partout », sourit Stewart Cole. Chaque année, comme tous ses prédécesseurs, le Britannique lui rend hommage. Les Français ont leur 14-Juillet, les pasteuriens leur 28 septembre, date anniversaire de la mort du grand homme. Décédé en 1895, il eut droit à des funérailles nationales, dix ans après celles de Victor Hugo. Tous les 28 septembre donc, a lieu un étrange rituel sur le campus. S’il est maintenu, celui de cette année prendra certainement une coloration particulière.

Une centaine de pasteuriens se retrouvent habituellement à l’entrée d’une crypte : la cave, où le chimiste stockait des vaccins, juste en dessous de son appartement, conservé en l’état. Elle s’est muée en chapelle mortuaire de style néo-byzantin, pour accueillir le corps de Louis Pasteur un an après son décès. Au centre, brille son imposant tombeau de granit noir. Au fond, un autel catholique. Tout autour, une voûte recouverte de mosaïques dorées, avec quatre anges, mais aussi des poules, des vaches ou des moutons, pour évoquer les maladies sur lesquelles le chimiste a travaillé.

A midi pile, le directeur lit un texte. Puis, sans un mot, les dévots laïcs défilent autour de la tombe. « J’y suis allé une fois, l’ambiance est très mystique », avoue André Choulika. D’autres, parmi les chercheurs rencontrés, y participent presque chaque année. Ils doivent rêver de confier au maître des lieux, le 28 septembre 2020, qu’ils ont trouvé la parade au Covid-19. Question d’honneur.

22 mai 2020

Chine - Pékin sonne la charge contre Hong Kong, au grand dam de Washington

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COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

La Chine va présenter devant son Assemblée nationale populaire (ANP) une loi sécuritaire pour Hong Kong, au risque de raviver les mouvements de protestation dans le territoire semi-autonome, et d’envenimer encore les relations avec les États-Unis.

“C’est la fin de Hong Kong”, s’alarme le député pro démocratie hongkongais Dennis Kwok dans les colonnes du Guardian. “Le gouvernement central de Pékin a totalement rompu ses promesses au peuple de Hong Kong et revient entièrement sur ses obligations”.

Zhang Yesui, porte-parole de l’Assemblée nationale populaire (ANP) – le parlement chinois, dont la session annuelle s’ouvre vendredi – a confirmé les révélations du South China Morning Post en indiquant, lors d’une conférence de presse, que l’ANP allait étudier une résolution visant à “établir un système juridique solide et un mécanisme d’application pour garantir la sécurité nationale” à Hong Kong.

Traduction, selon The Independent : “La Chine prépare une attaque en règle contre les libertés civiles à Hong Kong qui entraînera, selon ses opposants, l’abrogation de la liberté d’expression et l’interdiction de la contestation, et réduira à la peau de chagrin les derniers vestiges d’autonomie de l’ancienne colonie britannique”.

Depuis son retour dans le giron de la Chine en 1997, Hong Kong bénéficie d’un statut spécial, en vertu du principe “un pays, deux systèmes”, qui garantit notamment la liberté d’expression, la liberté de la presse, et un système judiciaire indépendant.

Les multiples tentatives du gouvernement central de rogner ces privilèges ont chaque fois entraîné des manifestations massives – les dernières, et les plus violentes en 2019. Pékin semble avoir perdu patience, et a choisi de court-circuiter le parlement hongkongais, qui n’est jamais parvenu à voter une loi sécuritaire, pourtant prévue dans la Constitution du territoire.

L’expert des droits de l’homme Patrick Poon, interrogé par le site Hong Kong Free Press, considère la décision de Pékin comme “l’événement le plus inquiétant de ces 20 dernières années. Où sont passés les ‘deux systèmes’ ?”, s’interroge-t-il.

“La Chine devrait faire attention”

China Daily, le quotidien chinois progouvernemental, étrille les critiques du texte et observe que “tous les pays attachent la plus grande importance à la sécurité nationale, et l’adoption d’une telle loi garantira la stabilité et la prospérité de Hong Kong à long terme”.

Jeudi soir, les autorités britanniques n’avaient pas réagi officiellement, laissant aux États-Unis la primeur de la colère et des menaces.

Donald Trump, déjà très remonté contre la Chine ces derniers temps, n’a pas ménagé Pékin. “Personne ne sait encore” ce que réserve le fameux texte de loi, mais “si cela se confirme, nous répondrons de manière très forte”, a-t-il déclaré à la presse, selon l’agence Bloomberg.

Le département d’État américain, qui se réserve le droit de mettre au fin au traitement commercial privilégié dont bénéficie Hong Kong – différent de la Chine – si le territoire n’est plus jugé suffisamment autonome, a lui aussi haussé le ton, rapporte Politico.

“Nous exhortons Pékin à honorer ses engagements et obligations” pour “préserver le statut spécial de Hong Kong dans le commerce international” a déclaré son porte-parole, Morgan Ortagus. “Toute tentative d’imposer une législation sur la sécurité nationale qui ne reflète par les aspirations de la population de Hong Kong serait extrêmement déstabilisatrice et susciterait une condamnation forte des États-Unis et de la communauté internationale”.

Dans une colonne d’opinion, le Washington Post estime que la menace américaine est réelle et que “la Chine devrait faire attention”. Que ce soit en raison des tensions commerciales ou du Covid-19, “les Américains n’ont jamais vu la Chine d’un aussi mauvais œil”, et les États-Unis “n’hésiteront pas à faire payer le prix fort en cas de répression à Hong Kong”.

22 mai 2020

À La Baule, une plage surchargée de serviettes

la baule

Elle a été prise d’assaut, ce jeudi 21 mai 2020, par les vacanciers, sous le soleil du pont de l’Ascension. Sur le sable chaud, beaucoup n’ont pas hésité à faire bronzette, malgré l’interdiction et le risque d’amende.

« Ce n’est pas interdit la serviette de bain sur la plage ? », lance une passante sur le remblai. Devant elle, l’image est saisissante en ce jeudi de l’Ascension, sur la longue plage de La Baule (Loire-Atlantique). Depuis 14 h, elle est bondée, sous un chaud soleil. Il fait entre 26 et 27 degrés. C’est marée montante. Les serviettes sont étendues sur le sable. Certains, plus rares, ont même osé déplier le grand parasol aux motifs fleuris.

« Un effet de masse », disent la plupart, pour se justifier de leur acte, passible d’une amende de 135 €. « Oui je sais que je n’ai pas le droit », lance l’adolescent, les cheveux encore mouillés. « Mais cette règle est presque injuste. Regardez les gens sur le remblai ! Eux sont assis, comme nous, mais ne risquent rien. »

Des mots partagés par beaucoup. Les « bronzés » calculent à vue d’œil, ils pensent respecter les distances barrières. « Autour de moi, ce sont les serviettes de mes proches », justifie Stéphanie, la maman nantaise qui surveille les enfants dans l’eau.

« Écœuré »

L’image de cette bronzette statique divise forcément sur le front de mer de la station balnéaire. « Je ne comprends pas ces gens. C’est quand même plus agréable de marcher dans l’eau fraîche », estime u ne famille rennaise, venue profiter du charme de la baie de neuf kilomètres… après avoir elle-même légèrement outrepassé la limite des 100 kilomètres…

« Je suis écœuré par ce non-civisme », lance Gildas en enfilant sa combinaison. Il arrive de Nantes avec ses enfants, pour une séance de paddle. « Ma femme, qui ne fait pas de sport nautique, est restée dans notre appartement. » Le père de famille craint une fermeture de la plage dans les jours à venir.

Un sentiment partagé par Alain, qui vient de croiser Annick et Jean-Yves, ses amis. Les trois résidents baulois, surpris par l’ampleur de la situation, observent ensemble la plage. Ils en débattent : « Mais où est donc la police ? C’est maintenant qu’il faut verbaliser ! » Pour ces retraités, les rares à être masqués ce jour, aucun doute : des sanctions vont tomber dans les jours à venir. « Nous allons probablement être privés d’un lieu incroyable à cause de ces comportements irrespectueux, c’est décevant. »

« Aucun contrôle »

Une nouvelle fermeture serait une catastrophe pour les quelques commerces de plage qui viennent de rouvrir. Au Punch in Baule, on sert des boissons à emporter. « On tente de sensibiliser les clients. On leur dit de consommer en marchant, explique le cogérant. Si la plage venait à fermer ? J’en voudrais aux touristes et aux forces de l’ordre. Aucun contrôle n’est fait pour réguler le phénomène. »

Mercredi, le préfet de région Claude d’Harcourt a annoncé faire un point de la situation ce vendredi, après une mise en garde ferme à propos des rassemblements sur les plages et en bord de Loire. S’il considère que ça dérape, il n’hésitera pas à sanctionner ferme. À l’image de son voisin du Morbihan. Source : Ouest France

20 mai 2020

Etats Unis... coronavirus, présidentielle...

situ obama

situation etats unis

Trump contre Obama, l’hostilité qui pèse sur la présidentielle américaine

Par Gilles Paris, Washington, correspondant Le Monde

Lorsque Donald Trump a dénoncé publiquement un complot, qualifié d’« Obamagate », le démocrate a répliqué d’un mot sur son compte Twitter : « Votez ».

William Barr a douché les ardeurs de Donald Trump. L’attorney general (ministre de la justice) des Etats-Unis a en effet écarté, lundi 18 mai, la perspective d’une enquête criminelle dont le président menaçait depuis plusieurs jours son prédécesseur démocrate, Barack Obama, ainsi que son adversaire en novembre, Joe Biden, ancien vice-président du premier.

« Nous vivons dans un pays très divisé en ce moment, et je pense qu’il est essentiel que nous ayons une élection pour laquelle le peuple américain puisse prendre une décision, faire un choix entre le président Trump et le vice-président Biden sur la base d’un débat politique solide », a assuré William Barr, qui est pourtant intervenu à deux reprises depuis le début de l’année en faveur de proches du président.

Selon la thèse aux accents complotistes avancée par Donald Trump et une partie de la presse conservatrice, Barack Obama aurait mobilisé les moyens de l’Etat fédéral dans les derniers jours de sa présidence (200 pour provoquer la chute de son successeur à l’aide d’une « imposture » : les interférences prêtées à la Russie pendant la présidentielle de 2016. Le président n’a cessé de nier la réalité de ces manœuvres russes, même si elles ont été confirmées par l’enquête de la commission du renseignement du Sénat où les républicains sont majoritaires.

Le président des Etats-Unis, qui avait déjà accusé en 2017 sans preuves le démocrate de l’avoir placé sur écoutes en 2016, a dénoncé « un crime » passible de la prison. Lorsqu’un journaliste du Washington Post lui a demandé le 11 mai à quoi il faisait référence, Donald Trump s’est montré évasif. « Vous savez de quel crime il s’agit. C’est évident pour tout le monde. Vous n’avez qu’à lire les journaux, sauf le vôtre », a répliqué le président.

Duel

La campagne présidentielle à venir explique ce nouvel épisode du duel auquel les deux hommes se livrent depuis de longues années. Origines familiales, parcours, personnalités : tout les a toujours opposés. Il serait difficile en outre de nier l’importance du facteur racial pour Donald Trump. En 1989, l’homme d’affaires avait assuré contre toute évidence lors d’un entretien à la chaîne NBC qu’« un Noir bien éduqué [avait] un énorme avantage sur un Blanc bien éduqué, en termes de marché du travail ». Il a été porté au pouvoir par une base convaincue que les discriminations envers les Blancs constituent un problème plus important que celles envers les Afro-Américains et les autres minorités, ce que démentent formellement les statistiques socio-économiques.

Au début de la décennie, Donald Trump s’était fait le promoteur d’une théorie du complot qui affirmait que Barack Obama n’était pas né sur le sol américain comme l’impose la Constitution pour postuler à la présidence, et qu’il était donc illégitime. Le démocrate s’était vengé en le tournant publiquement en ridicule à l’occasion du dîner annuel de l’association des correspondants à la Maison Blanche auquel les deux hommes assistaient. Le milliardaire a pris sa revanche cinq ans plus tard en lui succédant dans le bureau Ovale.

Ce lourd contentieux et la démolition systématique par le républicain du legs politique de Barack Obama, qu’il s’agisse d’immigration, d’environnement ou de politique étrangère, expliquent que ce dernier fasse de la victoire de Joe Biden sa priorité. L’ancien président est progressivement sorti de la réserve qu’il s’imposait depuis son départ du pouvoir. En apportant son soutien à son ancien vice-président, vainqueur en avril de la course à l’investiture démocrate, il a prononcé un réquisitoire implacable de la présidence Trump sans jamais mentionner son nom.

Au lendemain de l’annonce par le département de la justice de l’abandon des charges visant le premier conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Michael Flynn, le 8 mai, Barack Obama s’est ensuite inquiété de menaces contre « l’Etat de droit » dans une conversation privée qui a fuité dans la presse. Michael Flynn avait plaidé coupable d’avoir menti au FBI à propos de conversations avec l’ambassadeur russe à Washington pendant la transition, avant de se raviser. Lorsque Donald Trump a dénoncé publiquement un complot ourdi par l’ancien président, qualifié d’« Obamagate », ce dernier a répliqué le 14 mai d’un mot sur son compte Twitter qui a plus d’abonnés que celui de son successeur : « Votez ».

« Désastre chaotique absolu »

Deux jours plus tard, lors d’une cérémonie virtuelle de remise de diplômes, le démocrate est revenu sans le nommer sur sa gestion du Covid-19 déjà qualifiée de « désastre chaotique absolu ». « Cette pandémie a enfin enterré l’idée que tant de nos responsables savent ce qu’ils font », a-t-il assuré. « Nombre d’entre eux ne cherchent même pas à faire semblant d’être responsables », a-t-il ajouté dans une allusion au réflexe de Donald Trump de se défausser sur ses subalternes.

Ce dernier a répliqué en dénonçant « la grossière incompétence » de son prédécesseur. Il l’avait vivement attaqué sur sa gestion présentée comme « catastrophique » de la pandémie de grippe A (H1N1), dans les premiers mois de son premier mandat, en 2009, gonflant le chiffre des décès imputés à la maladie (17 000 au lieu de 12 500). Il a cessé de les mentionner lorsque le bilan du Covid-19 l’a dépassé au début du mois d’avril, mais il a alors accusé Barack Obama d’avoir laissé vides les stocks fédéraux de matériel médical.

Ces échanges virulents attestent que les deux hommes considèrent qu’ils sont de nature à mobiliser leurs camps respectifs. Ils ne sont pas non plus sans dangers. Barack Obama ne peut se permettre d’apparaître comme l’adversaire privilégié de Donald Trump sans risquer d’affaiblir Joe Biden. Ce dernier souffre déjà du confinement imposé par le coronavirus, alors que le président dispose du porte-voix de sa fonction.

Donald Trump comble sa base en s’en prenant à son prédécesseur, mais ses attaques, alors que la situation sanitaire reste incertaine tout comme la reprise de l’activité économique, peuvent troubler les centristes et les indépendants. Stigmatiser l’ancien président peut enfin aider à mobiliser un électorat crucial pour Joe Biden : celui composé par les Afro-Américains auprès duquel le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis jouit d’une popularité inégalée.

20 mai 2020

Ressources en ligne : on déconfine les parties fines ?

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Par Maïa Mazaurette

L’horizon n’est pas dégagé pour les clubs libertins ou les fêtes échangistes. En attendant leur hypothétique reprise, Maïa Mazaurette, la chroniqueuse de « La Matinale », livre quelques conseils pour aborder le sexe de groupe virtuel.

LE SEXE SELON MAÏA

La sociabilité sexuelle peut-elle survivre aux lenteurs du déconfinement ? La question mérite d’être posée. Car après les théâtres et les restaurants, après les grands festivals, il faudra encore se préoccuper du sort des discothèques, des saunas gays, des fêtes échangistes, des clubs libertins – ces lieux où l’on se touche, où l’on s’embrasse, et dont le rapprochement physique constitue la raison d’être. Limiter ces rassemblements à 10 personnes au maximum ? Si chacune s’embrasse goulûment, on sera bien avancés.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas retrouver de la fluidité sexuelle... en consommant directement en ligne ? En déportant nos ébats et orgies sur les plates-formes de vidéoconférence ?

Cette option suscite une grande curiosité. 28 % des Français ont déjà testé le sexe à distance (et 44 % des jeunes, selon l’IFOP/Charles.co) : ils constituent un considérable réservoir de participants potentiels. D’autant qu’après huit semaines en circuit fermé, les couples pourraient avoir envie de nouveauté, sans pour autant briser le lien spécial qui s’est tissé pendant le confinement.

Le sexe de groupe virtuel, pour qui et pour quoi ?

Précisons tout d’abord la proposition : les pratiques en groupe s’étendent du triolisme à l’orgie, en passant par la partie carrée (deux couples). Ces expériences remplaceront-elles une rencontre en chair, en os et en liquide ? Non. Mais elles comportent tout de même des avantages : moins de discrimination sur le physique, moins de discrimination envers les petites villes et les campagnes, moins d’efforts, moins de frais, moins de risques.

Comment ça marche ? Certaines orgies en ligne « professionnelles » (NSFW, Feeld, Killing Kittens, Virtual Purple) divisent l’écran en mini-vignettes – si vous utilisez un smartphone, vous ne verrez pas grand-chose. Notez bien que dans le noir en club, vous ne voyez pas grand-chose non plus... L’excitation se déplace alors vers deux paramètres : l’expérience collective et l’exhibitionnisme. Vous pouvez être vu, observé, désiré. Vous ne saurez pas exactement si c’est le cas, ni par combien de personnes. C’est au croisement de l’intime et du public que surgit le trouble.

Si vous préférez les joies du plein écran, je rappelle l’existence de la bonne vieille plate-forme Chatroulette, qui met en contact deux personnes dans le monde, au hasard... et sur laquelle encore aujourd’hui, on tombe sur des pénis en moins de trois secondes (je viens de tester : vraiment trois secondes).

2. Comment participer ?

Les soirées professionnelles demandent une obole (10 dollars, 20 dollars)... mais ça n’est pas forcément le cas de votre fête sexuelle de quartier. En France, les échangistes se retrouvent essentiellement sur Wyylde.

Une fois que vous aurez trouvé des compagnons de jeu, il faudra pro-té-ger votre identité. J’ai bien conscience de répéter constamment cet impératif, mais si 2020 aura prouvé une chose, c’est que la dystopie nous attend au coin de la rue. Ne vous filmez donc jamais entièrement, et cachez votre visage (dans l’ombre, derrière un élément de décor, derrière un masque ou un bandeau).

Ensuite, mettez-vous dans l’ambiance : habillez-vous joliment, quitte à vous déshabiller au bout de trois minutes. Préparez une atmosphère appropriée à la maison. Choisissez une musique qui vous inspire. Certains participants vont jusqu’à mettre du parfum. Ces petits efforts permettent de compenser le côté « froid » des écrans : vous ne rangez pas votre chambre pour les autres, mais pour vous-même.

Une fois que la fête commence, pour éviter la cacophonie, les micros seront par défaut en mode « silence » . Mais vous pouvez toujours tchatter... si vous avez les mains libres.

Si vous tchattez, veillez à maintenir les basiques du consentement et de la politesse : dites bonjour, faites connaissance. N’envoyez pas de photos de pénis sans demander la permission (les clubs qui organisent des orgies en ligne l’écrivent expressément). Ne prenez pas de captures d’écran. Ne filmez pas : l’enregistrement pour une consommation personnelle ultérieure est à la fois contre-productif (le moment sera passé, et vous vous en voudrez d’avoir volé des contenus) et dangereux (vous pouvez vous faire capter votre bande passante, ou vous faire voler vos appareils par la suite).

Enfin, si vous participez en duo, préparez le terrain en discutant des détails avant, notamment en ce qui concerne les limites et la jalousie. Si vous n’aimez pas l’expérience, ne vous acharnez pas : déconnectez-vous.

3. En tant qu’organisateur

Envie de créer votre propre événement ? Très bien. Pour commencer, il va falloir trouver une plate-forme, sachant que la plupart d’entre elles refusent la nudité ou même l’emploi de mots vulgaires, sous peine de suspendre votre compte – ce qui peut poser problème pour télétravailler ensuite.

Les organisateurs contournent cette barrière en limitant la publicité concernant leurs événements. Les plates-formes ont en effet d’autres priorités que la surveillance de leurs clients : objectivement, si votre regroupement conserve des dimensions raisonnables, il n’y a aucune raison qu’il soit remarqué.

Etes-vous au bout de vos ennuis ? Pas si vos comptes sont partagés entre plusieurs écrans (vos enfants pourraient tomber sur votre orgie), et pas si des aléas de sécurité informatique conduisent au piratage de vos données ! Pensez donc, pour vos petites réunions, aux solutions WhatsApp et FaceTime, liées à votre numéro de téléphone, donc plus sécurisées.

Quand vous aurez sélectionné votre plate-forme, vous pourrez savoir combien de participants peuvent vous rejoindre. Moins il y en a, plus ils auront de « place » pour s’exprimer – mais moins ils pourront faire preuve de timidité. Le cocktail magique dépend donc de vos invités : sont-ils des libertins confirmés, des débutants, des extravertis ? Certains clubs (mais ça demande un sacré budget) font venir spécialement des performeurs : la sex-party en ligne est agrémentée de shows burlesques, de démonstrations de bondage, etc. Sans aller jusqu’à casser la tirelire, pourquoi ne pas demander à vos participants s’ils ou elles ont un talent particulier ?

Rappelez ensuite les règles énoncées plus haut : courtoisie, discrétion, bonne présentation, interdiction d’enregistrer, pas de dick pics sans permission. Si un(e) invité(e) vous semble susceptible de ne pas respecter ces règles, annulez sa présence. Il est préférable de bannir quelqu’un en amont que de ruiner l’ambiance sur le moment. En virtuel comme en réel, il sera plus difficile d’attirer des femmes : demandez quelles sont leurs préférences, adaptez-vous... et amusez-vous bien !

La distanciation orgiaque vous déprime ? Je compatis. La perspective d’un monde sans saunas ni clubs libertins a quelque chose de triste – et pourtant la disparition des sex-shops, des cinémas porno et des soirées décadentes avait commencé bien avant la pandémie. Ma consœur Emmanuelle Julien, du site Paris Derrière, en faisait le constat en mai 2019 : « Il y a sept ans, la capitale comptait 18 établissements [échangistes]. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 10.» Trop hétéronormés, trop chers, un peu ringards, ces clubs subissaient depuis plusieurs années la concurrence des soirées privatisées, organisées par l’intermédiaire de sites Internet. Saupoudrez cette tendance à l’entre-soi d’une bonne dose de germophobie, et vous verrez apparaître les contours d’un véritable repli (ou du moins, d’un déplacement des expérimentations sexuelles vers d’autres modalités).

Si l’idée d’une sexualité privée de ces plaisirs interlopes vous désole, il faudra soutenir ces petites entreprises à leur réouverture. En donnant de votre personne !

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20 mai 2020

Plouharnel - Le bunker expositionouvre ses portes

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Les bénévoles de LBMG ont préparé le site pour accueillir du public durant ce week-end

Le bunker exposition de Plouharnel va ouvrir ses portes durant ce long week-end. Les bénévoles de l’association LBMG, Liberty Breizh Memory Group, ont tout préparé afin que le public découvre leur collection. Ils attendaient l’autorisation. Ils ont reçu le feu vert ce lundi. « L’exposition est prête, explique le vice-président Franck Muret. Il y a des nouveautés, avec notamment une vitrine sur l’organisation Todt. Le couloir est consacré à la Libération. La salle de la génératrice a été complétée ». Mais ce qui a beaucoup occupé les bénévoles, c’est la préparation de ce lieu historique si particulier pour le mettre en conformité avec les normes sanitaires : « Nous limiterons à dix personnes la présence dans le bunker », ajoute le président, François Cailloce. Le port du masque sera obligatoire, avec un sens de visite à respecter. Il sera interdit de toucher aux vitrines. Nous avons installé toute la signalétique en ce sens ».

Pratique

Bunker exposition 39-45 : 4€. Ouvert de 10 h à 18 h 30 de jeudi 21 à dimanche 24 mai. Visite guidée du site du Bégo départ à 10 h 30 et 14 h 30 : 5€.

20 mai 2020

ERDEVEN - La plage de Kerhillio, à Erdeven, fermera ce week-end

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La plage de Kerhillio, à Erdeven (56) va fermer. Déjà. Le maire Dominique Riguidel préfère anticiper avant le gros week-end qui se profile, et ne veut pas revoir les débordements des derniers jours.

La plage de Kerhillio, à Erdeven, avait fait l’objet d’une demande de dérogation pour bénéficier de l’option deux, celle qui autorise l’ouverture d’une « plage dynamique ». « Il était entendu qu’une surveillance visuelle serait assurée par une équipe d’ambassadeurs de « bonne conduite » rappelant les consignes de distanciation et les gestes barrières élémentaires ». Tout ne s’est pas exactement déroulé comme prévu. « Les plages ont été prises d’assaut. Si les règles ont été globalement respectées durant le week-end, la gestion des chiens a été très compliquée, pour ne pas dire impossible au regard du nombre de propriétaires souhaitant leur faire profiter des grands espaces. Nous n’avons pas les moyens de tout contrôler. Dès qu’ils étaient empêchés de rentrer par un accès, un autre chemin moins surveillé était alors emprunté. Les conseils et remarques étaient inutiles… Beaucoup n’en faisaient qu’à leur guise avec des remarques très désobligeantes », déplore Dominique Riguidel.

Les naturistes de retour

« Si seule la plage de Kerhillio avait fait l’objet d’une demande d’ouverture, c’est pourtant l’ensemble du littoral de la commune d’Etel qui a été envahi par une population irresponsable ignorant les secteurs sensibles, négligeant la nidification récente et la biodiversité en général. Rien n’a pu arrêter les visiteurs et les chiens en liberté. J’espère que ce week-end n’a pas réduit à néant ces deux mois qui ont au moins profité à la nature ».

Le relâchement est même vestimentaire : « Pour ce début de semaine, les plages ont été moins attractives en visiteurs, mais la serviette a été souvent la règle et le naturisme a même fait son apparition sur cette plage familiale de Kerhillio ».

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19 mai 2020

Michel Piccoli, les choses de sa vie

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Monument du cinéma français, l’acteur prolifique, anti star-system et intelligence aux aguets, n’a cessé de se réinventer à travers plus de 200 films, dont «le Mépris» et «Habemus Papam». Il est mort le 12 mai à 94 ans.

Alors voilà, le plus grand acteur que l’on ait connu est mort, un mardi 12 mai, à 94 ans. L’emphase chez Michel Piccoli se doublait toujours d’un envers de farce qui la faisait tenir debout, d’un souci de se rendre invisible, pudique à l’extrême sous l’habit des centaines de rôles endossés, pour mieux laisser l’imaginaire, le délire et le lyrisme s’y engouffrer à bas bruit. Et pourtant, on ne voit pas bien comment dire autrement l’un des seuls comédiens de ce siècle et du précédent qui ne puisse d’aucune manière se trouver réduit à une idée, un geste, un trait ou un rôle où l’on voudrait discerner, un peu plus qu'ailleurs : le plus grand. Personne, à vrai dire, depuis que des images fixent la vie des corps ne s’est approché sans doute de la démesure de la fresque composée par Piccoli, où se sont inscrites pendant près de soixante ans ce que tant de grands auteurs et d’insondables êtres de fictions avaient de secrets auxquels il prêtait son insatiable disponibilité. Des films qui nous écrasent, d’autres dont les beautés nous coulent dans les veines, des films aussi qu’on n’aime pas beaucoup, où il n’est pas moins génial, malgré sa discrétion, sa défiance des numéros d’acteurs. Il s’est souvent engouffré dans des rôles et des projets avec passion, perte et fracas, jusqu’à s’endetter pour que certains se fassent (pas forcément ses meilleurs), s’y ruiner, lui qui avait si longtemps été un acteur pauvre et méconnu, et devoir se refaire en cachetonnant dans des réclames.

Fraternité fusionnelle

«J’aimerais jouer comme Munch peint», a-t-il dit dans un de ces entretiens où se lisaient sa défiance des termes vagues, imprécis, et son souci de la valeur des mots, comme on parle de valeurs musicales - même s’il s’entichait aussi de vocables auxquels il prenait goût au point de vouloir y plier le monde entier : ainsi toutes choses et personnes dépeintes par Piccoli pouvaient se repeindre aux couleurs des «extravagant !» qu’il énonçait à tout propos, comme s’il cherchait à tirer tous les vertiges possibles d’un alcoolisme de mignonettes. A propos de Munch encore : «Ça peut paraître intellectuel et très prétentieux. Lorsqu’on regarde ses tableaux de loin, on voit bien ce qu’il a représenté, un arbre, quelqu’un qui crie. Alors on s’approche : il y a là, de près, un apparent désordre, un fouillis. Puis en reculant, le fouillis disparaît, mais le délire reste.» Face à la démesure et au délire calme du monument Piccoli, on aura beau s’avancer et reculer, on sera en peine de saisir quoi que ce soit qui ne nous échappe aussitôt, tout comme il semblait jouer une chose et en vivre une autre en même temps, écouter, entendre comme aucun autre acteur ne savait le donner à voir, et fomenter une acrobatie ravalée - «l’écoute peut suffire à jouer», a-t-il aussi dit. L’épaisseur de regards où l’on pouvait lire à la fois l’aménité et la folie, les abîmes de l’égarement en même temps qu’un coup d’avance ; la droiture stricte de postures cintrées mais comme vêtues de tutus imaginaires ; la furie tendue de velours rugissant quand les rêveries ductiles qu’il semblait contenir se faisaient orages électriques ; cette voix surtout, dont on n’aurait su dire si elle nous étreignait de douceur ou de violence contenue, si elle était un baume ou un venin, tout cela disait la multiplicité des vies que menait Michel Piccoli à chaque seconde passée sur un plateau de théâtre ou de cinéma : vivre toujours absolument, à la fois à côté de là où on l’attend, et si totalement présent.

«Il faut que l’acteur soit un peu auteur aussi, sans quoi ce n’est pas très passionnant», disait-il en 1973, sans deviner peut-être que la liberté de son appétit, sa force de travail, la reconnaissance de son génie et sa longévité le rendraient coauteur de centaines de films et spectacles, bien au-delà des quelques-uns qu’il aura mis en scène lui-même, sur le tard. Des films de Godard, Ferreri, Buñuel, Varda, Demy, Bava, Doillon, Ruiz, Sautet, Bellocchio, Hitchcock, Cavalier, Vecchiali, Costa-Gavras, Skolimowski, Brisseau, Malle, Corbucci, Lelouch, Carax, Bonello, Bonitzer, Lvovsky, Oliveira, Chahine…. enchaînés au gré d’une fraternité fusionnelle vouée aux personnages et aux auteurs, des rencontres et des fidélités aux petits et grands cinéastes, dont son intelligence mimétique se faisait souvent l’alter ego, ou le relais, en même temps que sa manière de paraître le spectateur le plus attentif, aux aguets de l’action dont il était au centre, ménageait un espace généreux à ceux qui le regardaient de part et d’autre de l’écran.

La dernière fois qu’on l’avait croisé en personne, il y a une dizaine d’années à Locarno, où il venait présenter encore, à 80 ans passés, un premier film (le Bel âge de Laurent Perreau), on l’avait vu se faire alpaguer par un officiel suisse qui, les yeux brillants, tenait à se rappeler à son souvenir : «Monsieur Piccoli ! Vous vous souvenez ? On avait déjeuné ensemble à Lausanne il y a cinq ans !» L’acteur, dont la mémoire devenue friable n’avait rien abîmé de la majestueuse répartie, s’était fendu d’un de ces sourires dont il cultivait mille nuances, et, avec cette affabilité si aiguisée qu’on ne saigne qu’une heure après sa coupure, avait répondu : «Et c’était bon ?» On n’y était pas, Michel, mais on jurerait que oui, c’était bon.

«Hasard tragique»

Il est né dans le XIIIe arrondissement de Paris le 27 décembre 1925 - père italien, mère française, tous deux musiciens. Cinquante ans plus tard, il écrira : «J’existe par hasard. Si mes parents n’avaient pas perdu un premier enfant peu avant ma naissance, je n’aurais sans doute jamais eu le loisir de vivre. Je ne pense pas être né de la surprise, mais bien d’une compensation. En soi une tragédie.» (Dialogues égoïstes, 1976, Olivier Orban). Ou encore : «C’est le hasard tragique par lequel je suis venu au monde. Je n’ai pas souffert d’être le fils de remplacement, mais cela me poursuit : tous mes amis sont nés de la quête d’un frère impossible.» (dans Libé en 2006). D’autres regrets plus ou moins tragiques planent sur le berceau : Henri Piccoli, dont le violon accompagne films muets et enterrements entre deux concerts, se serait rêvé acteur. La mère, Marcelle, qui joue du piano sans plus de gloire, macère entre sentiment de déclassement et révolte contre une condition de cadette d’une fratrie de douze, à la fortune évaporée. «Moi, je n’ai pas souffert comme elle, dira-t-il. Je suis tout de suite entré dans une vie modeste, mais tout à fait honorable. Je n’ai été blessé qu’à travers les souffrances de ma mère. C’est peut-être pour ça que j’ai une espèce de négligence, de mépris ou de hauteur vis-à-vis de l’argent.»

Dans un appartement minuscule où ses parents se vouent à leur activité musicale, Michel se révèle un enfant difficile, lorsqu’il ne se retranche pas dans une réserve «presque maladive». Il refuse furieusement d’apprendre la musique, prétextant même avoir la vue mauvaise pour déchiffrer les partitions - démasqué, il s’en tirera avec une paire de claques et la paix. On entreprend de soigner à la fois sa timidité et ses accès de caractère dans divers internats, où il monte pour la première fois sur scène, à 10 ans, dans une représentation des Habits neufs de l’empereur d’Andersen. En 1940, la famille choisit l’exil en Corrèze. Sur le trajet, qu’il accomplit seul à vélo tandis que sa mère prend le train, l’ado dira s’être senti pour la première fois libre et maître de lui-même, malgré le chaos des tableaux qu’il traverse sous la mitraille des avions allemands.

Bals populaires et boulots marmiteux

Depuis la grange d’une ferme où sa famille et d’autres s’entassent pour un temps, il poursuit sa scolarité sans éclat tantôt par correspondance, tantôt dans un moulin alentour, d’où il entend la voix de De Gaulle en juin. Sa mère rentrée à Paris rejoindre son père, son exode se poursuivra à Cavalaire, dans le Var, où il découvre l’amour en marge des bals populaires et de petits boulots marmiteux. Lors de ces deux années au vert, il contracte une passion qui ne le quittera pas, pour les chevaux - un coup de tête équin reçu bien plus tard lui vaudra bien à 70 ans une fameuse cicatrice sur le crâne. Puis il regagne la capitale en 1942, sèche les cours, fomente, comme on planifie une distraction, un attentat contre un officier allemand, feuillette les hypothèses de professions et de vies possibles sans fixer sur l’une d’entre elles sa passion. Chaque jeudi, il esquive les cours de maths pour lire voracement une revue hebdomadaire, Comédia : «Je lisais des articles qui traitaient de littérature, de cinéma, de spectacle… comme d’autres lisaient Mickey ou comme aujourd’hui les jeunes achètent, par exemple, des revues sur le surf. Ils adorent ça et ils dévorent pour nourrir leurs rêves… Je dévorais Comédia.»

Il n’idolâtre pourtant aucun acteur, ne sait rien du théâtre ou du cinéma, où ses parents ne l’ont jamais emmené. Et cependant, un jour, il assène à sa mère qu’il veut être comédien, et celle-ci le met alors simplement au défi d’intégrer un cours qui verrait un acteur en lui. Ce que, Paris libéré, il réussit. Il passe douze heures par jour à se familiariser avec quelques rudiments classiques d’articulation, «enfin heureux «d’apprendre». Il y croise épisodiquement Roger Carel, Maria Casarès venue se débarrasser de son accent et Luis Mariano, pas encore roucouleur. Il fréquente et fricote avec des danseuses. On est en 1945, la guerre s’achève. Il n’a pas encore 20 ans et n’aspire à rien tant qu’au théâtre, dont il se nourrit en auditeur libre au Conservatoire, puis au cours Simon, dans l’admiration éperdue d’un Louis Jouvet qu’il n’a pourtant aperçu que par bribes, avant de forcer la porte de la scène via la troupe de Georges Douking, «l’un des grands magiciens de théâtre». «Je ne pouvais pas tomber mieux. Cela m’a conduit vers un certain style dans le théâtre qui se divise en deux catégories, l’intellectuel et le boulevard. Moi je suis resté dans la première catégorie… Si j’étais tombé sur Bernstein ou Guitry ç’aurait été le contraire.» Sur la scène du Pigalle, théâtre bientôt détruit, il joue déjà deux rôles, un jeune homme et un vieillard.

«Mon talent réside entier dans le mimétisme»

D’autres costumes et pièces suivent, se montent et se chassent vite, où il est «un pion sur un jeu d’oie théâtral», classiques, staliniennes, cocardières, de cabaret, peu importe, irriguées par plus d’enthousiasme que de recettes, et il apparaît pour la première fois à l’écran, figurant en habit de paysan cévenol, dans Sortilèges de Christian-Jaque. Une fois, il joue une tragédie moderne sur une scène si étroite qu’un geste trop vaste lui brise l’index contre le mur. Parfois, la salle est moins peuplée que le plateau, mais à l’époque rien n’est cher et il survit de peu.

Il cachetonne sans honte ni ennui à la radio, vit sous le toit de ses parents qui le nourrissent encore et jouit de la voiture d’une amoureuse dotée «d’un monsieur très riche». A la Rose rouge, détenu par le futur cinéaste Nikos Papatakis, il rencontre des poètes, «les bohémiens de l’époque : Nimier, Blondin, Sartre évidemment». D’autres rencontres essentielles suivront : Boris Vian, Roger Blin… Un soir où il joue à la Renaissance, on le remarque. Le cinéaste communiste Louis Daquin lui offre en 1949 son premier rôle d’envergure, un mineur maudit, dans le Point du jour, puis le reconduit dans le Parfum de la dame en noir, en second couteau de Serge Reggiani. D’un revisionnage du Point du jour trente-deux ans plus tard, il dira à Libé : «C’était une autre personne que je voyais sur l’écran, mais ce qui m’a frappé c’est à quel point j’étais crédible en jeune mineur. J’ai compris à cet instant que mon talent réside entier dans le mimétisme, et que ma curiosité m’avait formé, plus que tout le reste.»

Humilité hirsute

Mais son apprentissage de la caméra, de laquelle il n’avait à ses débuts «aucun sens», s’opère aussi dans des courts métrages, pastiches de genres américains (western, épouvante et gangsters), plus tard réunis sous le titre Parodie parade. Entre deux spectacles, de G.B. Shaw ou des Frères Jacques, les tournages où il campe des rôles mineurs dans des films qui ne le sont pas moins aiguisent son goût de la technique, cette machinerie optique qui tend la mise en scène, pour mieux y faire luire les affects et les effets de son jeu. Il attendra toutefois ses 65 ans, en 1990, pour passer de l’autre côté de la caméra, le temps d’un court, sept ans avant de tourner le premier de ses trois beaux longs métrages de réalisateur, avec toute l’humilité hirsute du monde : Alors voilà (1997), la Plage noire (2001), C’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé (2005).

Jusqu’en 1953, il subsiste à force de petits rôles arrachés sur des scènes modestes de la rive gauche où se cherchent les avant-gardes théâtrales du moment dans une obscurité qui tardera à se dissiper. Il prend part à l’aventure coopérative du théâtre de Babylone. Mettant la main à tout, de la régie aux menus travaux, il bricole beaucoup, joue tout autant sans guère s’enrichir plus, et lie connaissance avec sa future première épouse, la comédienne Eleonore Hirt, qui sera aussi la mère de sa fille, Anne-Cordélia. Un soir où il joue, tremblant, l’un des rôles majeurs des Aveux les plus doux de Georges Arnaud, Jean Renoir et Luis Buñuel sont dans la salle. Le premier le couvre de compliments, le second s’éclipse par dégoût des mondanités, mais deviendra vite son ami, et tous deux seront les premiers grands cinéastes à employer Piccoli. Renoir en 1954, dans French Cancan, où Piccoli n’a qu’un petit rôle de militaire, dans l’ombre de Gabin, mais suit le travail du maître avec passion ; Buñuel deux ans plus tard (la Mort en ce jardin, tourné avec Simone Signoret à Mexico), pour ne cesser de le retrouver, à six reprises : le Journal d’une femme de chambre (1964), Belle de jour (1967), la Voie lactée (1969), le Charme discret de la bourgeoisie (1972), le Fantôme de la liberté (1974) et Cet Obscur Objet du désir (1977).

Gouaches et lumières primaires

En attendant, il se fâche avec Jean Vilar, mais nourrit sa boulimie de rôles au théâtre, s’y ébat désormais avec tant d’aise qu’il se plaît à jouer des tours improvisés à ses partenaires de jeu et y connaît quelques succès. Surtout, il commence à travailler pour la télévision, où il conquiert un début de notoriété. Au cinéma, quand Jean-Pierre Melville le remarque et l’embauche pour le Doulos (1962), il cumule déjà une trentaine d’apparitions plus ou moins heureuses sur grand écran, y compris en armure et en Yougoslavie, dans un péplum de Cottafavi (les Vierges de Rome, 1961). Melville le range avec Reggiani et Belmondo du côté des plus américains des acteurs français : «Ils sont underplay», «avec cette nonchalance, cette économie de moyens que j’admire tant».

Et quand survient enfin l’année suivante «le grand départ» de sa carrière de star éclose tardivement, à 38 ans, c’est dans l’ombre du glamour hollywoodien. Godard, qui s’est entiché de lui chez Melville, avait Frank Sinatra en tête avant de lui proposer le rôle de Paul dans le Mépris, où il doit porter toujours le chapeau selon le modèle du «Dean Martin de Comme un torrent». Un jour de 1963, il convoque Piccoli, lui annonce qu’ils tournent trois semaines plus tard l’adaptation du livre de Moravia. L’aventure peinte de gouaches et lumières primaires au soleil de Capri, la villa Malaparte («Un des plus beaux lieux qui existent. Un nid d’aigle de mégalomane superbe. Une espèce de paquebot»), la nudité de Bardot arrachée de haute lutte au jeune gourou Nouvelle Vague par les producteurs s’agaçant de la continence du scénario qui se réinvente au jour le jour en des coulisses «difficiles», les fétiches hollywoodiens Fritz Lang et Jack Palance, tout cela laissera pour Piccoli la trace d’«un éblouissement» joyeux, dont le film fixe pour le reste du monde l’éclat indélébile, aussitôt versé à jamais à la mythologie cinéphile.

Enfin, joyeux, «capital» pour lui, et bizarre, se souviendra-t-il en 1981, entre deux bouffées de cigare au journal de TF1, quand il retrouve le cinéaste pour Passion : «Godard ? Quelqu’un d’exceptionnel et de bizarre», Bardot, «un animal bizarre aussi» ; Jack Palance «encore un boxeur bizarre». Fritz Lang, qui deviendra son ami, «pas rien»… Lui ? «Moi, petit débutant.» «Rencontrer Bardot était exceptionnel. Palance, je le connaissais déjà, j’avais joué au basket avec lui en Yougoslavie où on tournait chacun un péplum. Avec Brigitte on jouait au basket aussi, en quelque sorte, une sorte de basket.»

«Happé par le cinéma»

Aussitôt l’affaire en boîte, une partition tout autre face à Jeanne Moreau dans le Journal d’une femme de chambre de Buñuel permet à l’acteur d’entériner sa stature nouvelle dans le regard de tous. A la télé, le Dom Juan de Marcel Bluwal (1965) que l’on montrera encore dans les salles de classe des décennies plus tard, nourri de sa réputation déjà faite de séducteur, achèvera de donner au plus vaste nombre la mesure de sa grandeur, tandis que l’aspire désormais le tourbillon des tournages : «Le cinéma, écrira-t-il plus tard, est une magie qui rend fous ceux qui le regardent et ceux qui le font. J’ai été un jour happé par le cinéma.»

Et ainsi s’engouffre-t-il avec exaltation dans une enfilade de projets et de rôles qui l’enlacent et le recrachent à toute allure. Sans vertige aucun. Car l’acteur est mûr, sûr de son métier autant que de son art : en 1966, alors que sa filmographie vient de s’enrichir d’une quinzaine de titres en dix-huit mois, en des contrées aussi dépareillées du cinéma français que les Demoiselles de Rochefort chez Demy, Paris brûle-t-il ? de René Clément, les Créatures de Varda, Belle de jour de Buñuel, les Ruses du diable de Paul Vecchiali, la Curée de Roger Vadim ou Compartiment tueurs d’un Costa-Gavras débutant, un journaliste lui demande si son métier déborde totalement sa vie, et il réfute placidement. «Absolument pas. Je fais mon métier, une fois qu’il est fini, je pense à vivre. Et pas seulement à travers mon métier. Vivre c’est me promener, prendre mon temps, faire du petit avion, m’occuper de ma fille, de ma femme, des amis. Pas se regarder le nombril toute la vie sous prétexte qu’on est acteur.»

Cette année-là, au lendemain du tournage de Belle de jour, fin 1966, vivre c’est aussi se marier «le plus discrètement possible» avec Juliette Gréco, de deux ans sa cadette, quelques mois seulement après leur coup de foudre. «Et vous savez, finalement, là où on est le mieux caché, c’est chez soi.» «On n’arrivera certainement pas toujours à concilier nos carrières, mais ça ira sans doute très bien», assure-t-il aux échos mondains, le lendemain de la noce. Il l’accompagnera dans son premier voyage en URSS, elle le nourrira de foie gras, ils iront ensemble aux concerts hippies de Hugues Aufray. Dix ans plus tard, ils se séparent. Il épousera en 1978 la scénariste Ludivine Clerc, auprès de qui il finira ses jours, entouré des deux enfants qu’ils avaient adoptés ensemble, Inord et Missia.

Mais alors que les médias raffolent désormais de lui, pourtant bombardé star totale seulement une fois la quarantaine passée, déjà dégarnie et grisonnante, loin des silhouettes de play-boys et éphèbes en vogue (Delon, Belmondo, Brialy), il a beau poser entouré de mannequins dénudées dans les pages de Lui, quelque chose de la discrétion qui enveloppait ses débuts ne le quitte jamais vraiment. A moins que ce ne soit l’emprise du souvenir de l’Homme invisible, le premier film qu’il se rappellera avoir vu, et une figure dont il dira souvent combien il aurait aimé l’incarner. Il esquive les questions personnelles («Parler des femmes avec qui j’ai vécu serait indécent») et n’envisage sa notoriété vrombissante qu’en véhicule de combats sociaux rivés à gauche (de manifestations contre la censure et la guerre du Vietnam ou pour l’Indochine, aux bras de Rocard et Krivine, en plaidoyers pour les précaires) et, surtout, de son insatiable appétit de jouer, de jouir à plein de ce monde et cette époque si distants des nôtres, de vagues nouvelles déferlant de toutes parts, qui ont consacré en idole ce type certes génial, mais dépourvu du minois ou de l’ego d’un jeune premier.

Expériences sauvages et monument ogresque

Jamais il ne perdra la mémoire amère de ses débuts, de la misère dans laquelle ont baigné les premières décennies de sa vie d’artiste, et il ne cessera de rappeler les éloges de ses interlocuteurs à la prime cruauté de son parcours. Jamais non plus il n’abandonnera le théâtre, où son itinéraire croise Peter Brook, Bob Wilson ou Chéreau, pour découvrir la cour d’honneur à Avignon en 1988, dans un Conte d’hiver mis en scène par Luc Bondy. Cela, en même temps qu’il sillonne autant de continents que possible du cinéma du moment, tournant avec (et «ratant», de son propre aveu) Hitchcock (l’Etau, 1969) comme Mario Bava (Danger : Diabolik ! 1969), croisant Orson Welles chez Philippe de Broca (la Poudre d’escampette, 1971) et Catherine Deneuve aussi souvent que possible (une quinzaine de films ensemble, de 1966 à 2012). Collectionnant également les pactes au long cours avec des cinéastes aimés (avec son «Pygmalion» Buñuel donc, Ferreri dont «l’univers fou [lui] convient parfaitement», comme par «télépathie», Sautet - «un jumeau» -, Chabrol, Deville, puis Rivette, Ruiz et De Oliveira ou même Carax) et les expériences sauvages où il se jette tête baissée ou cul nu, dont la liberté n’a pas toujours bien vieilli mais où la légèreté qui ourle ses excès et ses inventions n’apparaît aujourd'hui défraîchie en rien.

«Quand on a beaucoup travaillé, on a des amis, des metteurs en scène qui eux mettent un, deux ou trois ans à faire un film. Quand on a rencontré un metteur en scène, on ne peut plus le quitter comme ça, dira-t-il en 1973. On dit que je travaille beaucoup, d’aucuns disent même qu’avant 40 ans j’avais une carrière un peu nulle, ce qui était absolument faux alors que je travaillais autant, mais dans des théâtres. Ça ne se savait pas.»

Chaque fois qu’on l’interrogera au passé comme au présent sur ses faits de gloire de monument ogresque et suprêmement vivant, il aura semblé recevoir les honneurs avec le même alliage de moquerie et de défiance bravache avec lequel il essuyait les scandales - les films de Ferreri, souvent hués à Cannes, la Grande Bouffe en tête. En 1970, quand une speakerine lui demande s’il n’a pas le sentiment «d’être en ce moment vraiment LA vedette» («Sans doute, oui. Enfin, les autres ont la sensation, moi pas tellement»), comme en 2006, quand il s’agace dans la Croix qu’on veuille le statufier en ce roi Lear qu’il joue sur scène : «Il n’y a rien de pire, sinon se statufier soi-même. Cette seule idée m’est insupportable. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai beaucoup résisté à André Engel quand il m’a proposé de jouer le Roi Lear en 1993. Je n’ai dit oui [qu’en 2006] , parvenu à un certain âge, on vous épingle Lear comme une décoration. Je n’ai jamais aimé être décoré. Encore moins épinglé. C’est très beau, mais ça signifie la mort comme pour les papillons.»

«Fantasme»

Jusqu’au bout, veut-on croire, alors que sa santé et la frilosité des assureurs l’avaient éloigné des plateaux depuis cinq ans, Michel Piccoli n’aura jamais habité que cet intense présent qui était en lui le temps unique et absolu du jeu, d’une modernité toujours à venir, qui n’a cessé de rajeunir, des plus antiques traces de son art captées par l’ORTF et des cinéastes oubliés jusqu’en des films récents de Bertrand Bonello (De la guerre, 2008), Nanni Moretti (Habemus Papam, 2011) ou Bertrand Mandico (Notre-Dame des hormones, 2015, ultime surgissement de sa voix au cinéma). Ainsi n’aura-t-il peut-être jamais trouvé le temps de se livrer à ce projet, ajourné à un «plus tard» sans point de chute, qu’il énonçait à Libé en 2006, à 81 ans : «Longtemps, j’ai fait un rêve. Je marche dans la rue, Bresson me croise, m’arrête et me dit : "Je suis Robert Bresson, accepteriez-vous de jouer dans mon prochain film de cinématographe ?" Ce fantasme s’est en quelque sorte concrétisé quand j’ai rencontré Otar Iosseliani, qui m’a dit : "Que diriez-vous de jouer le rôle d’une vieille dame dans mon prochain film ?" J’ai fait des essais de robes, rouges à lèvres, soutiens-gorge, et ce fut extrêmement voluptueux. Je n’ai jamais demandé à Iosseliani pourquoi il avait pensé à moi mais, en me voyant dans ce rôle, je me suis immédiatement dit, et ce fut un choc : "Je suis ma mère."» Avant de se prescrire, pour «plus tard» et pour lui-même, du haut de ses quelque 200 films tournés : «Faire une psychanalyse à travers tous les personnages que j’ai joués.» LIBERATION

19 mai 2020

Plan de relance européen : l’Allemagne prête à un geste de solidarité sans précédent

Par Thomas Wieder, Berlin, correspondant, Virginie Malingre, Bruxelles, bureau européen

macron merkel

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont proposé lundi la création d’un fonds de relance de 500 milliards d’euros, financé par l’émission d’une dette commune européenne.

Après des semaines de discussions entre leurs équipes, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont présenté, lundi 18 mai, lors d’une conférence de presse commune, les grandes lignes du plan de relance européen qu’ils sont prêts à endosser. Physiquement distants l’un de l’autre, lui s’exprimant depuis Paris et elle depuis Berlin, les deux dirigeants ont en revanche affiché une totale unité de vue sur le plan politique. Leur objectif : garantir l’intégrité du marché unique et de la zone euro, menacée par la pandémie de Covid-19 et les ravages économiques qu’elle occasionne.

La France et l’Allemagne proposent que la Commission européenne s’endette à hauteur de 500 milliards d’euros et verse ensuite cet argent, par le canal du budget communautaire, aux Etats, régions et secteurs qui ont été le plus durement touchés par la pandémie. Cette initiative représente une petite révolution potentielle pour l’Europe. Pour l’Allemagne, elle matérialise en effet la fin de deux tabous qui ont longtemps empêché une plus forte intégration économique européenne : une mutualisation des dettes et une hausse considérable des transferts – c’est-à-dire de la redistribution entre les Vingt-Sept –, puisque 500 milliards d’euros représentent trois fois et demi le budget annuel européen actuel.

Angela Merkel, qui était encore fermement opposée à l’idée de tout endettement commun lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement européens du 26 mars, s’était montrée plus ouverte ces derniers temps. Pour autant, assurait-on encore récemment à Berlin, cet argent devra être remboursé par ceux qui l’auront dépensé. Mais voilà que la chancelière est désormais d’accord pour qu’il vienne abonder le budget communautaire et soit remboursé au niveau de l’Union européenne (UE), et non pas en fonction de ce que les uns et les autres auront touché.

Surplus de solidarité

Depuis l’apparition du Covid-19, l’Italie et l’Espagne, très touchés par le virus, réclamaient à hauts cris ce surplus de solidarité. Tout comme le Portugal, la Grèce ou la France, que la récession qui commence heurte de plein fouet. A l’inverse, les pays dits « frugaux » – Pays-Bas, Autriche, Suède et Danemark – refusaient d’en entendre parler. L’Allemagne, qui était jusqu’ici plutôt leur alliée sur ce genre de thématiques, vient donc de les lâcher.

Comment expliquer ce changement de pied ? « Merkel a compris que l’Allemagne, en s’en tirant mieux face au virus que les autres grands pays européens, avait une responsabilité immense et devait faire vraiment preuve de solidarité », explique l’économiste Henrik Enderlein, président de la Hertie School of Governance, l’équivalent de Sciences Po à Berlin. Restait à trouver le mécanisme adéquat.

L’arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe critiquant les plans d’aide de la Banque centrale européenne (BCE), rendu le 5 mai, a paradoxalement servi la cause des partisans d’une plus grande intégration de la zone euro. « Ce jugement a levé les contradictions de l’Allemagne vis-à-vis de la BCE. Dès lors que les juges de Karlsruhe ont dit qu’elle ne pouvait plus exercer sa solidarité par le biais monétaire, il fallait trouver un autre moyen, en l’occurrence budgétaire », observe M. Enderlein.

« Le plan présenté par M. Macron et Mme Merkel était déjà en discussion avant l’arrêt de Karlsruhe. Il n’est donc pas la conséquence de ce jugement, même si celui-ci a mis le doigt sur une question essentielle », assure le conservateur Norbert Röttgen, président de la commission des affaires étrangères du Bundestag et candidat à la présidence de la CDU. Certes, mais « les discussions ont vraiment avancé ces quinze derniers jours, et surtout la semaine dernière », note-t-on à l’Elysée. « Merkel a senti qu’il y avait un moment politique à saisir. Sortie renforcée de cette crise alors que Macron, lui, est très affaibli politiquement, elle a sans doute voulu envoyer un signe pour montrer que le tandem franco-allemand fonctionne encore », explique M. Enderlein.

Terrain d’entente entre Paris et Berlin

Si la chancelière allemande a fait un grand pas vers le président français, Paris a également su revoir ses ambitions, pour trouver un terrain d’entente avec Berlin. La France était initialement plus favorable à un fonds de relance en dehors du budget européen, qui lui semblait plus simple à mettre en œuvre compte tenu des bagarres homériques auxquelles se livrent les Vingt-sept sur le sujet. A l’inverse, l’Allemagne souhaitait rester dans le cadre du budget européen, que les parlementaires du Bundestag connaissent bien, mais qui, en théorie, doit être équilibré. Les deux partenaires ont finalement trouvé un montage qui permet à la Commission de s’endetter tout en respectant les traités.

« C’est un jour important », a souligné Emmanuel Macron. « La France et l’Allemagne se positionnent en faveur de la solidarité » européenne, a commenté Angela Merkel, en reconnaissant que la proposition franco-allemande était susceptible de s’attirer des critiques, notamment dans son propre parti où le jugement de la Cour de Karlsruhe a ravivé les clivages entre partisans d’une plus grande solidarité et défenseurs d’une stricte orthodoxie budgétaire. A l’instar de Friedrich Merz, autre candidat à la présidence de la CDU et vieux rival de Mme Merkel, qui fulmine depuis quelques jours contre les « orgies de dépenses » décidées depuis le début de la pandémie.

La proposition franco-allemande devrait également susciter de fortes réticences dans le nord de l’Europe. Ainsi, le gouvernement autrichien a insisté, lundi soir, sur le fait que toute aide européenne devrait prendre la « forme de prêts et non de subventions ». Quant à l’Europe de l’Est, elle veillera à ce que cette solidarité nouvelle, si elle devait se concrétiser, ne se fasse pas aux dépends des fonds de cohésion dont elle bénéficie largement.

« Un accord entre la France et l’Allemagne ne veut pas dire un accord à Vingt-Sept. Mais il n’y a pas d’accord à Vingt-Sept sans accord franco-allemand », a reconnu Emmanuel Macron. Avant d’ajouter : « Nous espérons que cet accord va donner une référence à la Commission », qui a été mandatée par les Etats membres pour proposer un plan de relance et qui doit le présenter le 27 mai.

Pour la Commission, un camouflet

Pour la Commission, le plan de Berlin et Paris sonne comme un camouflet. Sa présidente, Ursula von der Leyen, avait promis un plan « en milliers de milliards d’euros et pas en milliards d’euros ». Pour ce faire, elle envisageait certes de s’endetter, d’un peu plus de 400 milliards, mais souhaitait transférer aux pays les plus affectés par la pandémie « 200 milliards, même moins. A un moment, elle a parlé de 140 milliards », confie un proche des négociations. Pour le reste, elle apportait sa garantie à des prêts consentis aux entreprises pour l’essentiel, ce qui lui permettait, avec les effets de levier classiques, d’afficher une force de frappe de 1 000 milliards d’euros.

Ajouté aux premières mesures d’urgences d’ores et déjà actées par les Vingt-Sept – pour 540 milliards d’euros – cela représentait plus de 1 500 milliards d’euros, soit 10 % du PIB européen. « On ne souhaitait pas des affichages en milliers de milliards d’euros, obtenus par des effets de leviers, qui n’auraient pas résisté à l’analyse », commente-t-on à l’Elysée. Lors de la crise de la zone euro, à partir de 2010, les marchés ont montré qu’ils n’étaient pas dupes…

« Berlin et Paris apportent une première brique fondamentale, qui est celle de la solidarité », ajoute un diplomate, alors que les mesures d’urgence à hauteur de 540 milliards d’euros sont exclusivement des prêts. Même s’ils sont consentis à des conditions très intéressantes, ils alourdissent encore l’endettement des pays les plus touchés par le virus, comme l’Italie ou l’Espagne, qui étaient déjà les pays les plus endettés avant la crise.

Sous pression franco-allemande, Ursula von der Leyen, qui fut la ministre d’Angela Merkel pendant quatorze ans, n’a d’autre choix que de revoir ses plans. Quoi qu’elle décide, elle sait que les prochaines semaines seront difficiles, car il lui faudra négocier pied à pied, avec les Vingt-Sept, les moindres détails de ce plan de relance. Ce qui promet des discussions houleuses, dès lors qu’il faudra décider quelles seront les conditions du remboursement de l’emprunt contracté par la Commission, ou encore les critères qui accompagneront l’attribution de cet argent.

Sans oublier les autres postes du budget européen pour la période 2021-2027, comme les fonds structurels ou la politique agricole commune, sur lesquels les Etats membres de l’Union n’avaient pas réussi à s’entendre avant la pandémie… Lundi, dans un communiqué, Ursula von der Leyen s’est « réjouie de la proposition constructive de la France et de l’Allemagne ».

16 mai 2020

Auray - L’ouverture des ports et des plages suscite l’espoir dans le pays d’Auray

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À Kerhillio, à Erdeven, ce vendredi, « C’était bon de pouvoir revenir ! » Jean-Yves Collin

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Article de Mathieu Pelicart

L’ouverture des ports et des premières plages redonne envie de croire à la saison touristique dans le pays d’Auray. « On sent un frémissement », se félicite Philippe Le Ray, président de la communauté de communes, qui annonce de nouvelles aides aux commerçants et aux associations.

1 Premières plages

Erdeven (Kerhillio), Plouharnel (Sables blancs, Grande plage et Bois d’amour) et Plougoumelen (Le Traon) figurent parmi les quinze premières communes autorisées à rouvrir des plages dans le Morbihan. Dès l’annonce, ce vendredi, les premiers planchistes, surfeurs, promeneurs et baigneurs se sont rués à Kerhillio, pendant que les agents d’Erdeven installaient barrières et dispositifs de sécurité. Mais à 15 h 30, gendarmes maritimes et policier municipal sont venus faire respecter les règles et évacuer la plage, qui n’ouvre officiellement que ce samedi. La Trinité-sur-Mer annonce de son côté l’ouverture des plages de Port-Biren, Ty-Guard, Kervillen, Poulbert et Men-Du, ainsi que du sentier côtier côté chenal, de la pointe de Kerbihan à Kervillen. Si toutes les conditions sont réunies, les premières plages pourraient ouvrir dès ce week-end à Quiberon (Grande plage, Port-Haliguen, Aérodrome, Saint-Julien et Kermorvan) et Saint-Pierre-Quiberon (Penthièvre océan, Toulbragne, Fozo, Kerbourgniec, Kermahé, Keraude, Kerhostin et Sables blancs). À Carnac, où un kite-surfeur a été secouru hier par les sauveteurs côtiers des pompiers, le maire Olivier Lepick reste sur sa position et renvoie au 2 juin pour une ouverture éventuelle des plages. En attendant, les sentiers côtiers de la commune sont de nouveaux accessibles, de même que les cales de Saint-Colomban et de la base Est de Port en Drô pour les activités nautiques.

2 Ports ouverts

À l’inverse des plages, où la fermeture reste la norme, les ports du Morbihan sont tous autorisés à ouvrir, sauf exception, sur les îles notamment. Les maires de Belle-Ile, Houat et Hoëdic étaient ainsi dans l’attente vendredi soir d’un arrêté préfectoral spécifique, afin de pouvoir maîtriser l’accueil des plaisanciers. Les élus de Belle-Ile souhaiteraient permettre la navigation de port à port aux îliens, tout en limitant l’accès aux plaisanciers non-insulaires. À Hoëdic, où trois bateaux se sont cassé les dents cette semaine, on milite à l’inverse pour ouvrir le port à tous, mais en interdisant les mouillages et les échouages sur les plages. « On veut ouvrir, mais doucement, parce que l’île est un milieu fragile », explique le maire Jean-Luc Chiffoleau. L’accès au port serait limité dans un premier temps aux seuls plaisanciers qui y mouillent leur bateau pour la nuit, en attendant l’ouverture des cafés et des restaurants.

3 Nouvelles aides

Auray Quiberon Terre Atlantique (Aqta) a décidé de contribuer au fond Covid-Résistance de la Région Bretagne à hauteur de 178 000 €. « Ce dispositif d’avance remboursable s’adresse en priorité aux plus petites entreprises, commerces, hôtels, restaurants, artisans indépendants et associations, dont les besoins ne sont pas ou partiellement couverts par les dispositifs nationaux », justifie Philippe Le Ray, président d’Aqta. Pour les entreprises et associations marchandes de moins de dix salariés, le montant du prêt peut aller de 3 500 à 10 000 €. Pour les associations non marchandes et les groupements d’employeurs associatifs de moins de 20 salariés, il peut atteindre 30 000 €. Les demandes peuvent être déposées entre le 15 mai et le 30 septembre sur la plate-forme numérique covid-resistance.bretagne.bzh.

16 mai 2020

Fermée aux touristes depuis deux mois, la basilique Saint-Pierre rouvrira ses portes à partir du 18 mai.

basilique st pierre

La célèbre place Saint-Pierre, qui donne accès à la basilique, plus vaste sanctuaire catholique du monde, sera de fait elle aussi rouverte au public.

La basilique Saint-Pierre de Rome, fermée aux touristes depuis deux mois en raison du confinement lié au coronavirus, rouvrira lundi 18 mai ses portes aux visiteurs, tout comme la place Saint-Pierre, a annoncé ce vendredi 15 mai la salle de presse du Vatican.

200 personnes maximum à l'intérieur

Depuis le début de la pandémie, l'Etat du Vatican, enclave au milieu de Rome, a décidé d'appliquer les mêmes règles sanitaires que l'Italie.

La basilique Saint-Pierre, ainsi que trois autres basiliques pontificales dépendant du pape devraient donc suivre une recommandation du ministère italien de l'Intérieur limitant à 200 personnes maximum l'assistance à une célébration religieuse dans un lieu de culte fermé.

Vendredi matin, une équipe de nettoyage a investi l'immense basilique de 23 000 m2 pour la désinfecter.

Ce lieu saint, également temple du tourisme de masse, avait été fermé aux touristes le 10 mars, jour du début du confinement de toute l'Italie, foyer majeur de propagation du coronavirus qui a fait plus de 31 000 morts dans la péninsule.

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