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Jours tranquilles à Paris
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11 mars 2020

Xi Jinping, déjà proclamé en Chine vainqueur de la «guerre du peuple contre le virus»

xi et le virus

Le président chinois s’est rendu pour la première fois mardi à Wuhan, d’où est partie l’épidémie. Selon les autorités, le nombre de nouvelles infections est en chute libre dans le pays.

Xi Jinping, déjà proclamé en Chine vainqueur de la «guerre du peuple contre le virus»

«L’épidémie est presque jugulée», a déclaré le président chinois mardi, à Wuhan, épicentre du Covid-19. Tout en restant masqué et à bonne distance de ses interlocuteurs, et en discutant avec des malades par vidéoconférence. «Presque» car, selon les chiffres officiels, il reste plus de 20 000 malades du Covid-19 en Chine, et 349 cas suspects. Néanmoins, sur les 80 924 cas recensés dans le pays depuis trois mois, les trois quarts sont considérés comme guéris, et le ministère de la Santé n’a annoncé que 19 nouvelles contaminations au cours des dernières 24 heures, contre 40 la veille et environ 1 500 chaque jour au plus fort de la crise. Les deux hôpitaux de fortune de plus de 1 000 lits, construits en dix jours à grand renfort de publicité, sont toujours en activité, mais les 16 centres de conférences et gymnases réquisitionnés pour accueillir les malades ont été fermés.

Tribut

Depuis l’émergence du Covid-19, c’est la première visite du leader chinois dans le Hubei. La province de 56 millions d’habitants a payé un lourd tribut à la maladie, avec plus de 3 000 morts et 3 000 soignants contaminés. «Les premières étapes des objectifs de stabilisation et de redressement de la situation au Hubei et à Wuhan ont été réalisées. Mais les efforts de lutte contre le virus à Wuhan et la province environnante du Hubei restent ardus», a précisé Xi Jinping, cité par l’agence de presse officielle Chine nouvelle.

Pour le 49e jour consécutif, les 11 millions d’habitants de Wuhan, où le premier malade a été hospitalisé le 8 décembre, n’ont pas le droit de quitter la ville. En revanche, une application pour téléphone portable va délivrer aux autres citoyens du Hubei des codes QR de couleur déterminant leur droit à se déplacer, sans toutefois sortir des limites de la province. Les heureux détenteurs d’un «code vert» (aucun contact avec des cas confirmés ou suspects) pourront bouger librement à condition de ne pas venir de zones «à risque élevé». Les «jaunes» (en contact avec un cas suspect) restent assignés à résidence. Les malchanceux classés «rouge» (cas suspectés ou confirmés) sont contraints à l’isolement. La situation est toujours tendue dans le reste du pays, avec plusieurs centaines de milliers d’habitants confinés à Pékin. Cette situation encore critique n’empêche pas la propagande chinoise d’effrayer la population avec les quelques dizaines de cas importés d’Italie et d’Iran (en général des Chinois qui rentrent au pays), pourtant aisément traçables. «La police vient de frapper à ma porte, m’a interrogé sur mes voyages récents, et a vérifié les tampons sur mon passeport. Ils m’ont expliqué que la plus grande menace était désormais les gens ayant voyagé dans des pays à haut risque», racontait samedi sur Twitter Jared T. Nelson, un avocat de Shanghai.

Pendant ce temps, le Parti communiste peut continuer à réécrire l’histoire, avec Xi Jinping comme vainqueur de la «guerre du peuple contre le virus». Le 27 février, le célèbre épidémiologiste Zhong Nanshan avait déclaré que «le coronavirus pourrait ne pas venir de Chine». Une thèse aussitôt reprise par le ministère des Affaires étrangères et le corps des ambassadeurs. Dans une lettre envoyée à ses ressortissants le 5 mars, l’ambassade de Chine à Tokyo a parlé du Covid-19 comme du «virus japonais». Samedi, Lin Songtian, ambassadeur en Afrique du Sud, affirmait sur Twitter (interdit en Chine) : «Bien que l’épidémie ait d’abord émergé en Chine, cela ne signifie pas forcément que le virus en soit originaire.»

La censure d’Etat laisse opportunément proliférer les théories complotistes affirmant que le virus viendrait des Etats-Unis. Une présentatrice télé a réclamé que «le reste du monde fasse des excuses à la Chine pour les sacrifices qu’elle a consentis». L’objectif est de faire oublier que le régime a perdu trois précieuses semaines dans la bataille contre la maladie, en censurant l’information, en organisant un banquet de 40 000 familles le 18 janvier à Wuhan, et en laissant 5 millions de Wuhanais partir en vacances alors que l’épidémie était avancée et repérée. La presse officielle multiplie les images de malades remerciant des médecins épuisés mais victorieux, et met l’accent sur la propagation du virus sur la planète et la difficulté des pays démocratiques à freiner l’épidémie, faisant l’impasse sur les conséquences sociales dramatiques de la quarantaine du Hubei, qui fragilise les plus précaires et fait bondir les violences conjugales.

Ras-le-bol

Depuis le vent de colère qui a soufflé sur les réseaux après la mort de Li Wenliang, le médecin puni pour avoir, le 30 décembre, prévenu ses collègues de la dangerosité du virus, le régime met les bouchées doubles pour écraser toute critique. Xu Zhiyong, un juriste qui a appelé dans une lettre ouverte à la démission de Xi Jinping pour ses manquements dans la gestion de la crise, a été condamné lundi à 15 ans de prison pour «subversion». Une partie de l’opinion salue la réponse du pouvoir. Mais une autre laisse sourdre son ras-le-bol. «Les Chinois, les Wuhanais en particulier, ont découvert la lenteur et les problèmes de ce régime, confie une habitante du Hubei. C’est peut-être le début de quelque chose.»

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11 mars 2020

Coronavirus : comment l’Elysée renforce la protection autour d’Emmanuel Macron

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Visites et réunions limitées, stylos et blocs sous surveillance, espace maintenu autour du président… Des mesures fortes alors que le ministre de la Culture, Franck Riester, est lui-même atteint.

 Des mesures de protection renforcées s’appliquent aussi aux 800 employés de l’Elysée, et en particulier aux plus proches collaborateurs d’Emmanuel Macron.

L'ombre du coronavirus plane sur l'Elysée. Alors que 25 personnes sont décédées en France et qu'on recense 1412 contaminations, selon le dernier bilan transmis lundi soir par le ministre de la Santé, Olivier Véran, que Franck Riester - son collègue de la Culture - et cinq députés sont infectés, le palais a nettement renforcé depuis ce mardi les mesures de protection autour d'Emmanuel Macron.

Sans mettre le chef de l'Etat - ni ses collaborateurs - sous cloche, certains déplacements sont maintenus, mais visites et réunions sont limitées. Aussi, pour « préserver l'espace de travail du président », plus aucune réunion n'est organisée dans ses bureaux et une attention particulière est portée aux objets qu'il touche, comme les stylos, blocs ou dossiers. « Un espace est maintenu autour de lui », explique encore l'Elysée.

Des mesures de protection renforcées s'appliquent aussi aux 800 employés du palais et en particulier aux plus proches collaborateurs d'Emmanuel Macron. Les visites publiques sont suspendues, les invités pour des déjeuners ou dîners réduits au strict nécessaire. Tout visiteur se voit systématiquement demander s'il a été exposé à des cas contact ou s'est rendu dans des zones de cluster.

Des salles nettoyées entre chaque réunion

Outre les « mesures barrières » en place depuis une dizaine de jours - plus d'embrassade ni de serrage de main -, les réunions dans les bureaux sont désormais proscrites et les chaises davantage espacées. Des salles de réunion dédiées sont instituées, avec nettoyage entre chaque réunion.

Les principaux collaborateurs du chef de l'Etat sont soumis à des mesures de vigilance renforcées : ils doivent faire plus attention dans les transports, aller moins souvent au cinéma ou au théâtre, etc. Un plan de continuité d'activité a déjà été mis en place, avec un système de binômes. Les membres du personnel ayant été en contact avec un cas contact ou s'étant rendus dans un cluster sont priés de rester chez eux, ce qui est le cas pour trois personnes, « mais il n'y a aucun cas à l'Elysée », souligne encore la présidence.

Macron « n'entend pas vivre confiné »

« Le chef de l'Etat n'entend pas vivre confiné, il veut continuer à se déplacer », ajoute son entourage. Lundi, il a ainsi inauguré un Café Joyeux sur les Champs-Elysées avec des centaines de personnes et lundi soir il a encore reçu des centaines de personnes pour des décorations de chefs d'entreprise.

Lundi soir, la présidence n'a pas pu annuler les remises de décoration, « mais le président a été attentif » à limiter les contacts. « Ce sera la dernière séance de ce type pour l'instant », souligne son entourage. La cérémonie en hommage aux victimes du terrorisme prévue mercredi, en présence notamment du roi d'Espagne, a cependant été maintenue, mais le nombre d'invités limité à 900.

10 mars 2020

Au procès Fillon, «erreur honnête» et tartufferie

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Par Renaud Lecadre — Libération

La saga judiciaire a repris lundi. Au menu : «oublis» sur la transparence, «interrogatoire de personnalité» et potentielle addition présentée par l’Assemblée nationale.

On l’aurait presque oublié, mais François Fillon, en sus d’être poursuivi pénalement pour détournement de fonds publics, de même que son suppléant Marc Joulaud, pour avoir, selon les enquêteurs, employé fictivement son épouse, Penelope Fillon, en tant qu’assistante parlementaire - pour un total évalué à 1 million d’euros - est également jugé pour un délit annexe : omission déclarative devant la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Délit très accessoire en apparence (passible d’une seule année de prison, contre dix), mais qui en dit long sur le bonhomme, examiné lundi après-midi par le tribunal correctionnel avant clôture des débats.

En cause, un prêt accordé en 2012 par le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, de 50 000 euros, et non déclaré lors de la mise en place de la HATPV en 2013. Simple «oubli matériel, une erreur que je ne cherche pas à dissimuler», tempère à la barre François Fillon en un rare moment de contrition, avant toutefois de remonter illico au front, droit dans ses bottes, au risque du syncrétisme : "C’est une erreur honnête."

Petite bête.

Lacharrière n’est pourtant pas rien pour le couple : homme d’affaires en tous genres, toujours prêt à rendre service, il leur aura prêté pendant des années son chalet à Courchevel en guise de villégiature, et assuré le financement initial du microparti de François Fillon (Force républicaine), avant de dénicher en 2012 un petit boulot fort bien rémunéré au sein de la Revue des Deux Mondes à Penelope, qui se plaignait alors de «s’ennuyer» . En réponse à la question d’un parquet toujours à la recherche de la moindre petite bête, François Fillon assure avoir remboursé Marc Ladreit de Lacharrière en février 2017, en pleine campagne présidentielle : non pas pour éteindre l’incendie juridico-médiatique qui était en train de plomber sa candidature, mais parce que son éditeur venait de lui verser les droits d’auteur de son livre. Ouf, l’honneur est presque sauf, du moins sur ce point.

Autre omission déclarative, un prêt de sa propre fille, employée par lui-même comme assistante au Sénat, toujours pour la même cause - financer la rénovation de son manoir (150 000 euros de travaux au total) sis à Sablé-sur-Sarthe. Seul un prêt complémentaire du Crédit agricole, de 50 000 euros, sera déclaré. «Parce qu’il était documenté», justifie François Fillon à la barre, comme si le reste n’avait pas à être rendu public. Satanée HATVP : devant déclarer parallèlement l’activité de sa petite PME parallèle, 2F Conseil, il omettra fatalement un zéro pour ses revenus annuels de 2016 (22 000 euros déclarés au lieu de 220 000). Après avoir longtemps tu que Penelope était rémunérée pour l’épauler dans sa carrière politique, le cas de François relèverait-il davantage de la psychanalyse que du code pénal ?

Justement, ce lundi après-midi était, par la suite, consacré à l’«interrogatoire de personnalité» des prévenus : un bref instant d’humanité avant que les gens de robe ne prennent définitivement la parole (réquisitoire du parquet puis plaidoiries de la défense). Le tribunal restera sur sa faim. Service minimum de Penelope Fillon, toujours prisonnière de sa pudeur et /ou de sa timidité : «Je n’ai plus d’emploi rémunéré, ma vie est en suspens. Mais j’espère avoir des projets à la fin de cette histoire.» François Fillon, lui, n’aura rien lâché, si ce n’est ses actuels émoluments : 350 000 euros annuels au sein de la société d’investissement Tikehau Capital, plus 100 000 euros en tant que retraité de la politique, sans davantage vouloir quantifier le tarif de ses interventions lors de colloques devant des parterres de financiers mondialisés.

«Observateur».

La fin d’audience a vu un grand moment de tartufferie avec l’intervention d’un avocat de l’Assemblée, partie civile au procès. Mandaté par son actuelle majorité macroniste, il marche manifestement sur des œufs : il n’est «pas là pour aggraver l’accusation ou fragiliser la défense», fait-il valoir, mais en tant que simple «observateur» en vue de réclamer remboursement au cas où le tribunal entrerait en voie de condamnation - non seulement sur le million encaissé par Penelope, mais aussi, «à titre subsidiaire sur la part employeur», les cotisations patronales versées par ses députés-employeurs aux frais du Palais-Bourbon, portant l’addition potentielle à 2,1 millions d’euros.

Sauf que François Fillon, si d’aventure il devait plonger pénalement, n’entend manifestement pas le faire seul. Il avait déjà mouillé ses collègues députés et sénateurs, employant comme lui femmes ou enfants sur fonds publics. Question téléguidée de Me Antonin Lévy à son client : «Que pensez-vous de Nicole Belloubet [actuelle garde des Sceaux, ndlr] qui a omis de déclarer 330 000 euros à la HATVP, soit 26 % de son patrimoine ?» Réponse circonstanciée : «Aucune observation.» Du moins pour l’instant.

8 mars 2020

Frédéric Beigbeder démolit Florence Foresti et les César

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par Hugues Pascot

L’auteur de 99 francs a trouvé « écoeurante » la prestation de Florence Foresti lors de la 45ème cérémonie des César.

Cette fois, Frédéric Beigbeder avait soigneusement préparé son papier. L’auteur de L’homme qui pleure de rire (éditions Grasset) s’est exprimé ce jeudi au micro de Europe 1 sur la 45ème cérémonie des César. Avant de commencer son billet d’humeur, Frédéric Beigbeder a préféré annoncer la couleur « Ma tête va être mise à prix après ça. Je m'en fous parce que je ne suis pas sur les réseaux sociaux donc je pense que je peux être sincère ». S’en est suivi une tribune au ton grave, fustigeant sans vergogne la soirée des César et plus précisément la maitresse de cérémonie Florence Foresti. « Cette pauvre Florence Foresti qui s'est fait connaître par des imitations costumées chez Ruquier se prend désormais pour une grande intellectuelle obligée de dispenser son opinion sur le bien et le mal » lance-t-il avant de continuer « Elle ne connaît rien au cinéma ni au droit pénal mais on lui confie le pouvoir et elle s'en sert avec une violence absolue ». L’écrivain s’est ensuite concentré sur le sort réservé  lors de la cérémonie au réalisateur de J’accuse, Roman Polanski. « Que signifie cette blague J'accuse, un film sur la pédophilie dans les années 70' ? C'est une plaisanterie ? J'accuse est le titre d'un article d'Emile Zola qui dénonçait une injustice, comme Voltaire lors de l'affaire Calas. En réduisant J'accuse au casier judiciaire de son réalisateur, ce qu'elle ne fait pas avec Ladj Ly, Florence Foresti ne se rend même pas compte qu'elle reproduit l'injustice de l'affaire Dreyfus ». Un billet qui n’a pas laissé de marbre le présentateur Mathieu Noël qui a ensuite tempéré les propos de Frédéric Beigbeder « Il y a des éléments que je trouve justes dans ce que vous dites néanmoins, on ne peut peut-être pas ne pas se soucier de la douleur des femmes ».

2 mars 2020

Césars : «Désormais on se lève et on se barre», par Virginie Despentes

Par Virginie DESPENTES, romancière 

Que ça soit à l’Assemblée nationale ou dans la culture, vous, les puissants, vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, les exactions de votre police, les césars, votre réforme des retraites. En prime, il vous faut le silence de victimes.

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  Césars : «Désormais on se lève et on se barre», par Virginie Despentes

TRIBUNE. Je vais commencer comme ça : soyez rassurés, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal. Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coups de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête mais derrière vos jérémiades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons, les gros caïds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de consentement, vous ne comptez pas la laisser passer. Où serait le fun d’appartenir au clan des puissants s’il fallait tenir compte du consentement des dominés ? Et je ne suis certainement pas la seule à avoir envie de chialer de rage et d’impuissance depuis votre belle démonstration de force, certainement pas la seule à me sentir salie par le spectacle de votre orgie d’impunité.

Il n’y a rien de surprenant à ce que l’académie des césars élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est grotesque, c’est insultant, c’est ignoble, mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions à un mec pour faire un téléfilm, le message est dans le budget. Si la lutte contre la montée de l’antisémitisme intéressait le cinéma français, ça se verrait. Par contre, la voix des opprimés qui prennent en charge le récit de leur calvaire, on a compris que ça vous soûlait. Alors quand vous avez entendu parler de cette subtile comparaison entre la problématique d’un cinéaste chahuté par une centaine de féministes devant trois salles de cinéma et Dreyfus, victime de l’antisémitisme français de la fin du siècle dernier, vous avez sauté sur l’occasion. Vingt-cinq millions pour ce parallèle. Superbe. On applaudit les investisseurs, puisque pour rassembler un tel budget il a fallu que tout le monde joue le jeu : Gaumont Distribution, les crédits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… la main à la poche, et généreux, pour une fois. Vous serrez les rangs, vous défendez l’un des vôtres. Les plus puissants entendent défendre leurs prérogatives : ça fait partie de votre élégance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent. Et c’est exactement à cela que ça sert, la puissance de vos grosses fortunes : avoir le contrôle des corps déclarés subalternes. Les corps qui se taisent, qui ne racontent pas l’histoire de leur point de vue. Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent. Que ça soit à l’Assemblée nationale ou dans la culture – marre de se cacher, de simuler la gêne. Vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exactions de votre police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites. C’est votre politique : exiger le silence des victimes. Ça fait partie du territoire, et s’il faut nous transmettre le message par la terreur vous ne voyez pas où est le problème. Votre jouissance morbide, avant tout. Et vous ne tolérez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n’y a rien de surprenant à ce que vous ayez couronné Polanski : c’est toujours l’argent qu’on célèbre, dans ces cérémonies, le cinéma on s’en fout. Le public on s’en fout. C’est votre propre puissance de frappe monétaire que vous venez aduler. C’est le gros budget que vous lui avez octroyé en signe de soutien que vous saluez – à travers lui c’est votre puissance qu’on doit respecter.

Il serait inutile et déplacé, dans un commentaire sur cette cérémonie, de séparer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune différence de comportements. Il est entendu que les grands prix continuent d’être exclusivement le domaine des hommes, puisque le message de fond est : rien ne doit changer. Les choses sont très bien telles qu’elles sont. Quand Foresti se permet de quitter la fête et de se déclarer «écœurée», elle ne le fait pas en tant que meuf – elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la profession à dos. Elle le fait en tant qu’individu qui n’est pas entièrement assujetti à l’industrie cinématographique, parce qu’elle sait que votre pouvoir n’ira pas jusqu’à vider ses salles. Elle est la seule à oser faire une blague sur l’éléphant au milieu de la pièce, tous les autres botteront en touche. Pas un mot sur Polanski, pas un mot sur Adèle Haenel. On dîne tous ensemble, dans ce milieu, on connaît les mots d’ordre : ça fait des mois que vous vous agacez de ce qu’une partie du public se fasse entendre et ça fait des mois que vous souffrez de ce qu’Adèle Haenel ait pris la parole pour raconter son histoire d’enfant actrice, de son point de vue.

Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le pouvoir absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs. Enfin, ceux qui leur ressemblent, ceux qui sont puissants. On ne les aime pas malgré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du talent et du style parce qu’ils sont des violeurs. On les aime pour ça. Pour le courage qu’ils ont de réclamer la morbidité de leur plaisir, leur pulsion débile et systématique de destruction de l’autre, de destruction de tout ce qu’ils touchent en vérité. Votre plaisir réside dans la prédation, c’est votre seule compréhension du style. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défendez Polanski : vous exigez qu’on vous admire jusque dans votre délinquance. C’est cette exigence qui fait que lors de la cérémonie tous les corps sont soumis à une même loi du silence. On accuse le politiquement correct et les réseaux sociaux, comme si cette omerta datait d’hier et que c’était la faute des féministes mais ça fait des décennies que ça se goupille comme ça : pendant les cérémonies de cinéma français, on ne blague jamais avec la susceptibilité des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sourit. Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarité. Ne jamais parler en public de ce qui se passe pendant les castings ni pendant les prépas ni sur les tournages ni pendant les promos. Ça se raconte, ça se sait. Tout le monde sait. C’est toujours la loi du silence qui prévaut. C’est au respect de cette consigne qu’on sélectionne les employés.

Et bien qu’on sache tout ça depuis des années, la vérité c’est qu’on est toujours surpris par l’outrecuidance du pouvoir. C’est ça qui est beau, finalement, c’est que ça marche à tous les coups, vos saletés. Ça reste humiliant de voir les participants se succéder au pupitre, que ce soit pour annoncer ou pour recevoir un prix. On s’identifie forcément – pas seulement moi qui fais partie de ce sérail mais n’importe qui regardant la cérémonie, on s’identifie et on est humilié par procuration. Tant de silence, tant de soumission, tant d’empressement dans la servitude. On se reconnaît. On a envie de crever. Parce qu’à la fin de l’exercice, on sait qu’on est tous les employés de ce grand merdier. On est humilié par procuration quand on les regarde se taire alors qu’ils savent que si Portrait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uniquement parce qu’Adèle Haenel a parlé et qu’il s’agit de bien faire comprendre aux victimes qui pourraient avoir envie de raconter leur histoire qu’elles feraient bien de réfléchir avant de rompre la loi du silence. Humilié par procuration que vous ayez osé convoquer deux réalisatrices qui n’ont jamais reçu et ne recevront probablement jamais le prix de la meilleure réalisation pour remettre le prix à Roman fucking Polanski. Himself. Dans nos gueules. Vous n’avez décidément honte de rien. Vingt-cinq millions, c’est-à-dire plus de quatorze fois le budget des Misérables, et le mec n’est même pas foutu de classer son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l’année. Et vous le récompensez. Et vous savez très bien ce que vous faites – que l’humiliation subie par toute une partie du public qui a très bien compris le message s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misérables, quand vous convoquez sur la scène les corps les plus vulnérables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du violeur célébré ce soir-là et la situation du quartier où ils vivent. Les réalisatrices qui décernent le prix de votre impunité, les réalisateurs dont le prix est taché par votre ignominie – même combat. Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’industrie du cinéma, s’ils veulent bosser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le spectacle des césars. Et les hasards du calendrier font que le message vaut sur tous les tableaux : trois mois de grève pour protester contre une réforme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire passer en force. C’est le même message venu des mêmes milieux adressé au même peuple : «Ta gueule, tu la fermes, ton consentement tu te le carres dans ton cul, et tu souris quand tu me croises parce que je suis puissant, parce que j’ai toute la thune, parce que c’est moi le boss.»

Alors quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voilà comment je la vois votre histoire du réalisateur et son actrice adolescente, voilà comment je l’ai vécue, voilà comment je la porte, voilà comment ça me colle à la peau. Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste – toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur. On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

Adèle se lève et elle se casse. Ce soir du 28 février on n’a pas appris grand-chose qu’on ignorait sur la belle industrie du cinéma français par contre on a appris comment ça se porte, la robe de soirée. A la guerrière. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait démolir le bâtiment entier, comment on avance le dos droit et la nuque raidie de colère et les épaules ouvertes. La plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie – Adèle Haenel quand elle descend les escaliers pour sortir et qu’elle vous applaudit et désormais on sait comment ça marche, quelqu’un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80% de ma bibliothèque féministe pour cette image-là. Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon téléphone pour cette sortie-là. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir. La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre mascarade de respectabilité. Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

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29 février 2020

Pourquoi ? Parce que en 2005.... L'Académie des Césars fait sa propre loi ?

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Jean-Claude Brisseau, né le 17 juillet 1944 à Paris où il est mort le 11 mai 2019 est un réalisateur français.

Personnalité controversée du cinéma français, Jean-Claude Brisseau est un réalisateur autodidacte qui a enseigné le français pendant une vingtaine d’années avant de pouvoir se consacrer au cinéma grâce au succès commercial de son film Noce blanche. Ses films réalistes frôlent parfois le fantastique et traitent de la violence sociale, du plaisir féminin et du mysticisme.

En 2005, il est condamné à un an de prison avec sursis et à 15 000 € d'amende pour harcèlement sexuel sur deux actrices lors d'auditions pour son film Choses secrètes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Brisseau

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29 février 2020

Le trophée de meilleur réalisateur donné à Polanski couronne les “Césars de la honte"

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COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Le César du meilleur réalisateur décerné à Roman Polanski en pleine vague #MeToo n’est pas passé inaperçu dans la presse internationale, qui retient une grande soirée du cinéma français sous “haute tension».

L’histoire, au final, retiendra peut-être le César du meilleur film pour Les Misérables de Ladj Ly, couronnant une carrière fantastique commencée l’an dernier à Cannes. Mais vendredi soir, la presse internationale n’avait d’yeux que pour le trophée de meilleur réalisateur remis à Roman Polanski pour J’accuse.

Le Hollywood Reporter rappelle que le cinéaste franco-polonais “n’était pas présent à la soirée pour recevoir sa récompense, ayant renoncé à participer à la cérémonie, craignant selon lui d’être ‘lynché publiquement’ par les manifestantes féministes”.

De fait, de nombreux militants avaient fait le déplacement, observe le Daily Telegraph, et “se sont accrochés avec la police, peu avant que les grands noms du cinéma français n’arrivent à la Salle Pleyel, mais aucun n’a pu atteindre le tapis rouge. Non loin de là, d’autres manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire ‘Honte à une profession qui protège des violeurs’”.

El Mundo a parlé à l’une des militantes, Élodie, “une professeure de collège venue à la manifestation car elle est ‘engagée dans la lutte contre la violence machiste’”. Elle est contre l’idée, “défendue par certains en France, qu’il faut séparer l’homme et son œuvre à l’heure de récompenser ou non Polanski. ‘Quand un professeur est pédophile, on ne sépare pas l’enseignant de l’homme. Pour moi, c’est pareil pour l’art’, dit-elle”.

“Tension palpable”

La démission collective, en début d’année, de la direction de l’Académie des Césars, dans la foulée des critiques sur son fonctionnement, n’avait pas suffi à calmer les esprits.

Pendant la cérémonie elle-même, “la tension était palpable dans la salle, remplie d’artistes qui, ces dernières semaines, avaient exprimé ouvertement leur irritation vis-à-vis de l’Académie du Cinéma, même s’ils n’ont finalement pas profité de leurs discours pour la dénoncer”, rapporte El País.

Mais lorsque le nom de Polanski a résonné dans la Salle Pleyel pour le César du meilleur réalisateur, l’ambiance a définitivement changé. “Immédiatement après l’annonce, on a entendu des cris et des huées dans le public”, écrit The Guardian.

Adèle Haenel, l’actrice de Portrait de la jeune fille en feu, qui avait accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’avoir abusé d’elle sexuellement quand elle était enfant, s’est alors levée et a quitté la salle, “en bougeant les bras et en disant ‘C’est une honte’”, selon le New York Times.

L’actrice avait annoncé la couleur dans les colonnes du quotidien new-yorkais, en début de semaine. Elle avait estimé dans une interview que “distinguer Polanski reviendrait à cracher au visage des victimes. Cela voudrait dire que violer des femmes n’est pas si grave”.

L’actrice “ne fut pas la seule” à quitter la salle, souligne El País. “Au moins une dizaine d’invités ont décidé, au même moment, de quitter les Césars le plus controversés de l’histoire. La présentatrice de la soirée (Florence Foresti) a refusé de poser pour la photo finale et s’est déclarée ‘écœurée’ sur son compte Instagram. Et dans la rue, les manifestants s’en prenaient de plus belle aux ‘Césars de la honte’”.

cesar contestation

27 février 2020

La lettre politique de Laurent Joffrin - L'ouvrage de Penelope

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François Fillon assure qu’il arrive à son procès avec de nouvelles preuves qui l’innocenteront. On l’espère pour lui : il en aura grand besoin. Il est accusé de «détournement de fonds publics» pour avoir fait rémunérer son épouse en échange d’un travail que les juges d’instruction tiennent pour inexistant.

La présomption d’innocence doit évidemment jouer, dans la procédure, comme dans le commentaire. Mais il demeure qu’au terme de leur investigation, les juges ont estimé nécessaire de renvoyer l’affaire devant un tribunal. Un «présumé innocent», en fait, n’est ni innocent ni coupable : il est soupçonné d’avoir commis un délit et doit bénéficier des égards et garanties qu’on confère à tout prévenu, en ménageant avec rigueur l’hypothèse où il serait effectivement innocent. Nuance.

L’ennui pour le couple Fillon, c’est que de multiples enquêtes de presse et de police ont cherché à déterminer la nature du travail effectué par Penelope Fillon. Aux dires des enquêteurs, ils ont tous fait chou blanc. A cela s’ajoute, pour l’opinion, le fait que l’épouse du candidat avait déclaré elle-même à une journaliste qu’elle ne s’occupait pas de la carrière de son mari. Oups…

Certains pensent qu’on reproche à l’ancien député de la Sarthe d’avoir employé des membres de sa famille, pratique courante au Parlement, prohibée depuis, et qu’on jugerait de manière anachronique. Erreur : on lui reproche d’avoir employé son épouse fictivement pour une somme totale qui avoisine le million d’euros. C’est toute la différence.

Au fond, les Pénélope ne se ressemblent pas. Pour endiguer l’ambition de ses prétendants, Pénélope, l’épouse de l’industrieux Ulysse, défaisait la nuit le travail qu’elle effectuait dans la journée. Elle rendait fictif un travail réel. Celle de l’industrieux Fillon doit rendre réel un travail qu’on juge fictif. La tâche est plus malaisée.

Le procès permettra aussi, on l’espère, d’éclaircir une petite affaire dans l’affaire : la thèse du complot politique contre le candidat, ourdi par des puissances obscures, de gauche ou de droite. Personne n’apporte le moindre commencement de preuve à l’appui de cette romanesque hypothèse. Le seul «complot» pourrait être celui fomenté, dit-on, par Robert Bourgi qui aurait piégé Fillon en lui offrant des costumes Arnys. Mais ce pan de l’affaire n’est pas dans la procédure. Il a ridiculisé le candidat, mais il ne l’a pas incriminé.

La seule bizarrerie réside dans l’inhabituelle célérité du parquet financier, qui s’est saisi aussitôt de l’affaire et a mis en examen Fillon tout aussi rapidement. Mais s’il ne l’avait pas fait, on aurait pu lui reprocher d’avoir laissé élire un président soupçonné de malversation, lequel aurait été ensuite protégé par son immunité présidentielle. Le cas se discute…

Le candidat a accusé à plusieurs reprises un «cabinet noir» élyséen. Trois ans après, on attend les preuves de son existence. Quels étaient les conseillers supposément chargés de ces basses œuvres ? Qu’auraient-ils fait ? Pouvaient-ils donner des ordres au parquet financier, plutôt jaloux de son indépendance ? Sur aucun de ces trois points on ne donne le moindre détail. Le Canard explique qu’il a enquêté lui-même. Rien ne prouve le contraire. Au demeurant, pourquoi le président Hollande aurait-il voulu nuire à Fillon, alors qu’il s’était retiré de la course bien avant que l’affaire n’éclate ? Pour favoriser Macron, alors que son ancien conseiller et ministre avait joué contre lui et contribué à son empêchement ? Incompréhensible manœuvre… On passe de l’emploi politique fictif à l’emploi politique de la fiction. La justice devra démêler cet écheveau. C’est l’utilité des procès : on pourra examiner au grand jour preuves et contre-preuves. Il est temps.

27 février 2020

Procès Fillon : une affaire de famille

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François et Penelope Fillon sont jugés depuis ce mercredi (hier) pour «détournement de fonds publics» et «abus de biens sociaux». Des dossiers auxquels le couple a mêlé ses enfants.

Repoussé de quarante-huit heures après le renvoi symbolique demandé par les avocats de François et Penelope Fillon en solidarité avec la grève des robes noires, le procès de l’ex-Premier ministre et de sa femme, pour «détournement de fonds publics», et «abus de biens sociaux», débute ce mercredi jusqu’au 11 mars. Retour sur quatre enjeux au cœur du dossier.

A la recherche du travail de Penelope

La défense de Penelope Fillon aura produit pas moins de 300 documents en vue de justifier ses confortables émoluments sur près d’un quart de siècle. «Ils confirment l’abus consistant à qualifier de travail parlementaire la plus anodine des activités», grince l’accusation. Son principal job consistait à recevoir des solliciteurs en son manoir de Beaucé (Sarthe) : demandes de logement, de piston pour un emploi, d’inscription dans une école huppée… Selon le principe qu’il vaut mieux s’adresser à l’épouse du maître des lieux, «jamais très patient pour écouter les sollicitations des uns et des autres», reconnaît Penelope. Sauf que ses authentiques assistants parlementaires étaient également sur le pont. Sur les 1 664 «courriers de sollicitation» reçus par l’équipe Fillon sur son seul mandat de député de Paris (à partir de 2012), seuls 38, soit 2 %, étaient adressés à son épouse. «Elle est au centre de tout, les yeux et les oreilles de François sur place», ont témoigné des fillonistes. «De mon coin de Sablé», confirme l’intéressée. Y compris lorsqu’il cède son siège de député à son suppléant sarthois, entre 2002 et 2007, Marc Joulaud. Un garçon «timide et peu sûr de lui», résume Penelope, à laquelle on renverrait volontiers le compliment.

Pour en avoir le cœur net, les enquêteurs ont sondé la presse locale. Un journaliste du Maine libre a ainsi témoigné : «C’était la femme du Premier ministre et c’est tout. Et avant, c’était la châtelaine qui s’occupait de ses roses. Il n’y avait aucun intérêt à en parler.» L’éditeur de six hebdomadaires locaux, sur une base de 380 000 articles, réussira à en extraire 104 mentionnant son nom ou sa photo. Infime proportion certainement liée à sa pudeur : «Mon intention n’était pas d’être sur la photo ni de me mettre en lumière ou en avant», expliquera-t-elle. Les enquêteurs ont auditionné les anciens préfets de la Sarthe, témoignant de «brefs échanges de courtoisie lors de manifestations officielles». Mais aussi un policier des RG, qui dit «ne lui avoir jamais connu la moindre activité à part femme au foyer», et être «tombé de sa chaise» lors de la révélation de ses émoluments. Et les juges d’instruction de donner le coup de pied de l’âne dans leur ordonnance de renvoi en correctionnelle : la plupart de ses apparitions sur la scène locale «se rattachent à ses domaines de prédilection, comme l’équitation, le jardinage ou la musique baroque».

Une très chère relectrice

En 2012, Nicolas Sarkozy ayant quitté l’Elysée et François Fillon Matignon, ce dernier s’inquiète auprès du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière (MLL) : Penelope risque de «s’embêter»… Déjà en charge du financement du microparti filloniste Force républicaine, il s’exécute. Il en a l’habitude, pour mettre son chalet de Courchevel à la disposition des époux Fillon une semaine par an, distribuant aux enfants des places de concerts aux artistes qu’il produit par ailleurs (Hallyday, Sardou, Bruel), sans même parler d’un prêt de 50 000 euros pour la rénovation du manoir. Il propose de recruter Penelope Fillon au sein de l’agence France Muséums, en charge du Louvre Abou Dhabi, qu’il préside. Mais son directeur général rechigne. Direction sa Revue des deux mondes. Lacharrière se dit alors intéressé par son «œil anglo-saxon» en vue d’internationaliser la revue avec des «couvertures plus agressives».

Pour justifier ce «recrutement», MLL invoque son refus du «syndrome des deux C : conformisme et consanguinité». On est pourtant en plein dedans. Penelope ne publiera que deux notes de lecture, sous le pseudo de Pauline Camille. Qui suscitera ce commentaire par mail entre deux salariées : «J’ai commencé à relire et j’ai arrêté. Vraiment pas bon. Elle peut pas se trouver un amant au lieu de nous faire chier ?» Elle demandera elle-même la fin de sa collaboration fin 2013.

Des enfants qui rapportent gros

Septembre 2005 : évincé du nouveau gouvernement Villepin, Fillon trouve un point de chute au Sénat. Difficile d’y employer sa femme, déjà rémunérée par son député suppléant. Va donc pour les enfants. C’est d’abord l’aînée, Marie, tout juste titulaire d’un DEA : 2 700 euros net mensuels pendant quinze mois. Parallèlement, elle obtient un stage de six mois au sein d’un cabinet d’avocats, au risque d’enfoncer le maximum légal de soixante-dix heures par semaine. Puis Charles, durant six mois en 2007. La questure du Sénat relèvera qu’ils étaient tous deux «au maximum de la rémunération d’un collaborateur familial». «Aucun des travaux revendiqués par Marie et Charles Fillon ne présente un lien évident avec une activité parlementaire», pointe l’accusation.

François tente bien d’expliquer que son fils aurait réellement travaillé, œuvrant pour le futur programme présidentiel de Sarkozy. Avant que le fiston ne ramène son paternel à la raison : «Je ne sais pas pourquoi il a dit ça.» Les enquêteurs s’étonnent aussi que les parents Fillon continuent alors de verser de l’argent de poche à leurs deux aînés en fin d’études (entre 200 et 500 euros par mois). Explication : leurs revenus sénatoriaux étaient illico reversés sur le compte du père. Marie entendait ainsi rembourser son mariage (50 000 euros) financé par papa ; Charles ses études supérieures. Louable renvoi d’ascenseur. Mais pourquoi cette solidarité familiale passerait-elle par des fonds publics ? Si les enfants ne sont pas poursuivis, le paternel devra en répondre pénalement.

Des conseils fort bien monnayés

A partir de 2012, François Fillon doit se conformer à la récente loi sur la transparence de la vie publique. Et donc déclarer ses revenus annexes. De sa petite entreprise, 2F Conseil, il manque un zéro (22 000 euros de revenus déclarés en 2016 au lieu de 220 000). Il plaidera l’erreur matérielle. Les enquêteurs lui accordent un non-lieu dans ce sous-volet, mais pointent «les risques évidents de conflits d’intérêts ou de trafic d’influence». 2F Conseil a été créée en juin 2012, juste avant les législatives : un député a le droit de mener une activité de conseil à condition de l’avoir exercée avant son élection. A cinq jours près, Fillon coche la case. Parmi les premiers clients de 2F Conseil, ce bon vieux MLL : trois missions pour 100 000 euros, dont une étude sur la «réorganisation de l’actionnariat familial».

René Ricol, ex-commissaire général aux investissements, nommé à ce titre sous la double signature de Sarkozy et Fillon, lui fera aussi facturer 290 000 euros entre 2012 et 2017. L’assureur Axa mettra également la main à la pâte, avec 250 000 euros. Son président, Henri de Castries, a initié François aux plaisirs de la chasse. Patrick Pouyanné, patron de Total et ex-directeur de cabinet de Fillon, se démènera, lui, pour ouvrir des portes à un fabricant libanais de pipelines. Les juges d’instruction pointent une «clientèle d’hommes d’affaires qu’il avait eu l’occasion de fréquenter durant sa carrière politique». Mais, pour ne pas «alourdir le dossier», il est donc blanchi sur ce point, mais la lecture des pages que lui consacre l’ordonnance de renvoi est éthiquement désastreuse. Relevant un «mélange des genres entre 2012 et 2017, tout à la fois lobbyiste, intermédiaire, député, chef de parti et candidat à l’élection présidentielle».

27 février 2020

Récit - « Notre corps, nous-mêmes » : une nouvelle version du best-seller féministe

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Par Lucie Geffroy

Histoire d’un livre. Avec cette nouvelle version française de « Our Bodies, Ourselves », c’est tout un pan de l’histoire du féminisme qui resurgit. L’aventure débute à Boston, en 1969…

« Notre corps, nous-mêmes », du collectif NCNM, Hors d’atteinte, « Faits & idées », 384 p., 24,50 €.

C’est l’histoire d’un texte qui s’écrit à la première personne du pluriel. Un texte qui dit « nous les femmes », révélateur de l’actuel renouveau du féminisme autour de la question du corps. Ce « nous » du manuel de santé féministe Notre corps, nous-mêmes remonte pourtant à un demi-siècle, même si tout, dans cette édition française, est entièrement inédit, irrigué de centaines de témoignages de Françaises collectés par un collectif de neuf auteures. Ce tour de force, qui inscrit la recherche contemporaine dans les pas des pionnières, est le fait d’une jeune maison indépendante, les éditions Hors d’atteinte, créées à Marseille en 2018 sous l’impulsion d’un comité éditorial formé en partie aux éditions Agone.

Tout commence aux Etats-Unis, à Boston, au printemps 1969, en plein Women’s Lib, le mouvement de libération des femmes. « L’intime est politique ! », scande-t-on alors dans les rues. Un groupe de femmes se forme dans une université au cours d’un atelier de « conscientisation » non mixte. Elles parlent de leur sexualité, évoquent leurs avortements (encore illégaux), racontent leurs accouchements. L’expérience est si forte qu’elles décident de se réunir régulièrement pour collecter elles-mêmes des témoignages de femmes et des informations liées à leur corps, qu’elles complètent avec des sources scientifiques.

Tous les sujets encore tabous

Masturbation, contraception, avortement, maladies sexuellement transmissibles, tous les sujets encore tabous liés la sexualité féminine sont abordés. Révolutionnaire, leur projet d’un manuel écrit « par des femmes pour les femmes » s’inscrit dans l’esprit du Women’s Health Movement et du principe du self-help (« auto-assistance »), caractérisés par une contestation radicale du pouvoir médical et par l’appropriation d’une contre-expertise citoyenne.

Un an après leur première rencontre, une petite maison d’édition indépendante, New England Free Press, les aide à publier le résultat de leur travail sous la forme d’un livret intitulé Women and Their Bodies (« Les femmes et leurs corps »). Vendu 75 cents, il s’écoule en quelques mois à plus de 250 000 exemplaires. En 1973, une version élargie, Our Bodies, Ourselves (« Notre corps, nous-mêmes »), est publiée chez l’éditeur Simon & Schuster. Le livre va dès lors connaître une trajectoire exceptionnelle.

CE PROJET D’UN MANUEL DE SANTÉ FÉMINISTE EST CARACTÉRISÉ PAR UNE CONTESTATION RADICALE DU POUVOIR MÉDICAL ET PAR L’APPROPRIATION D’UNE CONTRE-EXPERTISE CITOYENNE

Aux Etats-Unis, OBOS, comme le désignent les initiées, devient un phénomène. Surnommé « la bible de la santé des femmes », il a fait l’objet de neuf rééditions majeures – la dernière date de 2011 – et a influencé plusieurs générations d’Américaines. Son succès dépasse néanmoins très largement les frontières nationales. De l’Europe au Japon en passant par la Russie, l’Inde, l’Afrique du Sud et l’Amérique latine, Our Bodies, Ourselves a été adapté dans une trentaine de langues et s’est vendu à plus de 4 millions d’exemplaires dans le monde.

Chaque fois, il s’agit, plus que de traductions, d’adaptations qui intègrent les enjeux propres à chaque pays et époque, quitte à tout réécrire, comme dans la nouvelle version française, mais en suivant la méthode créée par le collectif de Boston : collecte de témoignages, écriture collective et approche pédagogique. En France, ce sont les éditions Albin Michel qui publient, en 1977, la première adaptation du livre, sur la proposition de proches du MLF (Mouvement de libération des femmes). Là encore, le livre rencontre un franc succès et sera réédité à six reprises – mais jamais réactualisé. Souvent en bonne place sur les étagères des permanences du Planning familial, il circulera pendant deux ou trois décennies dans les milieux féministes.

Quand Marie Hermann, cofondatrice des éditions Hors d’atteinte, a l’idée en 2016 de reprendre le principe de Notre corps, nous-mêmes, la version française est épuisée depuis de nombreuses années et presque tombée dans l’oubli. « En relisant ce livre, que ma mère m’avait prêté quand j’étais adolescente, je l’ai trouvé vieilli : très axé sur la reproduction ou évoquant par exemple trop peu l’homosexualité », raconte-t-elle au « Monde des livres ». Si son contenu est daté, son esprit, lui, résonne avec l’air du temps : la montée des revendications sur les violences obstétricales et sexuelles, et, à partir de 2017, le mouvement #metoo.

Quatre cents témoignages

Après avoir obtenu de Simon & Schuster la possibilité de réutiliser gratuitement le titre original du livre, les éditions Hors d’atteinte regroupent autour du projet un collectif d’auteures, parmi lesquelles des journalistes, une anthropologue, deux blogueuses afroféministes ou encore une sage-femme à la retraite. « Le plus important, pour nous, c’était que le livre s’adresse à toutes les femmes sans distinction sociale, d’âge, de race ou d’orientation sexuelle », explique Mathilde Blézat, l’une d’entre elles.

Pendant trois ans, elles ont recueilli plus de quatre cents témoignages de femmes dans toute la France, à travers des groupes de parole non mixtes, dans des associations de femmes, des centres LGBT +, ou à travers des entretiens individuels. Un travail fidèle à la méthode du collectif de Boston, qui aboutit aujourd’hui à un Notre corps, nous-mêmes entièrement réinventé – de nouvelles problématiques sont abordées, telles que le cyberharcèlement ou les questions de transidentité. Mais la portée politique du livre, outil d’émancipation collective et individuelle, reste intacte.

Critique

Le corps féminin, concrètement

Notre corps, nous-mêmes, dans cette version entièrement renouvelée, regroupe une somme phénoménale de témoignages, conseils pratiques, informations scientifiques et ressources en tout genre sur le corps des femmes, de l’enfance à la vieillesse. Puberté, règles, plaisir, maladies sexuellement transmissibles, contraception, grossesse, avortement, accouchement, ménopause, rien n’échappe à ce manuel à visée encyclopédique, dans lequel toutes les informations médicales ont été validées par des médecins. « Parce que 84 % des filles de 13 ans ne savent pas représenter leur sexe », le livre contient également un cahier anatomique dans lequel le sexe féminin est décrit de manière non normative, faisant état par exemple des dernières recherches d’Odile Fillod sur la modélisation du clitoris.

Mais c’est aussi la dimension plus politique et sociale du corps féminin qui est traité dans cette nouvelle édition, avec des chapitres sur les stéréotypes de genre, le corps au travail ou encore la culture du viol. Si les questions de violence sexuelle sont très présentes tout au long des pages, le livre propose aussi des outils concrets pour permettre aux lectrices de se défendre individuellement ou collectivement face à ces violences. Rédigé dans une langue très accessible, il s’adresse à toutes les femmes à partir de l’adolescence. Il est signé Mathilde Blézat, Naïké Desquesnes, Mounia El Kotni, Nina Faure, Nathy Fofana, Hélène de Gunzbourg, Marie Hermann, Nana Kinski et Yéléna Perret.

Extrait

« Il y a mille façons de faire l’amour, et le corps entier peut être une zone érogène. La bouche, le cou, le creux du coude, derrière les genoux, les pieds, les mains, les oreilles, le dos, certaines zones poilues… Faire l’amour, c’est aussi se toucher, se caresser, aller à la rencontre du corps de l’autre, parcourir sa peau. On peut embrasser, pincer, lécher, sucer, mordiller, mordre, empoigner, réchauffer en soufflant, refroidir avec un glaçon, varier l’intensité et la pression… Parfois, comme sur les seins, la sensation peut changer à quelques centimètres près. Même sur une zone très érogène, une stimulation trop brutale ou mal effectuée peut ne provoquer aucun plaisir, car ce sont aussi des zones sensibles. »

Notre corps, nous-mêmes, page 113

Signalons, sur le même thème, la parution en poche de « Sexual Politics. La politique du mâle », de Kate Millett, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Gille, Des femmes-Antoinette Fouque, « Grands classiques du féminisme américain », 684 p., 10 €.

26 février 2020

INFO LCI - Roman Polanski et Adèle Haenel assisteront à la cérémonie des César

polanski

CÉSAR 2020 - Ce sont deux des protagonistes les plus en vue de la 45e cérémonie des César. D’après les informations de LCI, Adèle Haenel et Roman Polanski comptent tous les deux assister à la soirée qui se déroulera vendredi à la salle Pleyel à Paris. En début de semaine, la comédienne s’est insurgée dans le "New York Times" contre les 12 nominations de "J’accuse", le dernier film du cinéaste, accusé de viol par plusieurs femmes.

C’est un scénario surprenant que le cinéma français est en train d’écrire, à quelques heures de la 45e cérémonie des César. Bravant l’appel à manifester de plusieurs associations féministes, Roman Polanski aurait la ferme intention d’assister à la soirée qui sera retransmise vendredi par Canal + en direct de la salle Pleyel à Paris, a appris LCI.fr de sources concordantes. Le 29 janvier dernier, l’annonce des 12 nominations de "J’accuse", le dernier film du cinéaste franco-polonais consacré à l’affaire Dreyfus, avait suscité une vague de protestations jusqu’au sein de la classe politique.

 "Le fait qu’on aille applaudir une personne qui est accusée de viol par plusieurs femmes, je trouve cela choquant", avait déclaré dès le lendemain Marlène Schiappa sur notre antenne. La secrétaire d’Etat aux droits des femmes faisait notamment allusion au témoignage de la photographe Valentine Monnier qui avait affirmé en novembre dernier, dans les colonnes du "Parisien", avoir été violée par le cinéaste à Gstaad, en Suisse, en 1975. Mais aussi aux différentes accusations qui ont émaillé la carrière du cinéaste, à commencer par l’affaire Samantha Geimer qui a entraîné sa fuite des Etats-Unis vers la France en 1978.

"Je serai indignée de voir une salle entière debout en train d'applaudir" Roman Polanski, affirme Marlène Schiappa

Ce vendredi, Roman Polanski, 86 ans, devrait être entouré de plusieurs des comédiens de "J’accuse", un film qui a réuni plus d’1,5 million de spectateurs en salles. Sa compagne Emmanuelle Seigner bien sûr. Mais aussi Jean Dujardin, l’interprète du commandant Marie-George Picquart. Tout juste de retour du Kenya, où il vient d’achever le tournage du troisième volet des aventures d’OSS 117 sous la direction de Nicolas Bedos, il est en lice dans la catégorie meilleur acteur face à Roschdy Zem, Daniel Auteuil ou encore Vincent Cassel.

Au cours de la soirée, Roman Polanski a toutes les chances de croiser la route, et peut-être aussi le regard d’une certaine… Adèle Haenel, en lice pour son rôle dans "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma. Après avoir accusé en novembre dernier le réalisateur Christophe Ruggia d’attouchements et de harcèlement sexuel lorsqu’elle avait 12 ans, dans un entretien accordé au site Mediapart, la comédienne s’était faite discrète  depuis dans les médias.

Ce mardi, elle a fait un retour fracassant en accordant un entretien au "New York Times" dans lequel elle estime que "récompenser Polanski, c’est cracher au visage des victimes". Son entourage a confirmé à LCI.fr qu’elle serait bien présente vendredi à la salle Pleyel. Si elle l’emporte – elle est notamment opposée à sa partenaire Noémie Merlant – son discours de remerciements risque d’être l’un des moments forts de la première cérémonie depuis la démission surprise du conseil d’administration de l’Académie des César, le 13 février dernier.

A sa tête depuis 2003, le producteur Alain Terzian a en effet décidé de jeter l’éponge, miné par les critiques récurrentes sur sa gestion, avec en point d’orgue une pétition signée par 400 personnalités du monde du cinéma français, parue dans "Le Monde" le 10 février. Quelques jours plus tôt, il avait pourtant annoncé l’entrée de plus 700 femmes dans le collège des votants afin d’atteindre la parité dès 2021. Insuffisant pour calmer la grogne, renforcée par sa gestion du cas Polanski. "Les César ne sont pas une instance qui doit avoir des positions morales", avait-il déclaré à l’annonce des nominations.

En sera-t-il autrement à l’avenir ? Après s’être vu confié une mission de médiation face à la crise, le Centre National de la Cinématographique (CNC) se réunira ce mercredi matin pour désigner un président chargé d’assurer l’intérim à la tête des César. Et préparer la réforme de l’Académie en s’inspirant, pourquoi pas, du fonctionnement des Oscars, dont la direction a pris des mesures en faveur de la diversité depuis plusieurs années déjà. Elle a également évincé Roman Polanski en mai 2018, dans la foulée des révélations de l'affaire Weinstein. Cette personnalité, qui pourrait être une femme, aura sans doute un aperçu de l’étendue de sa mission dès vendredi soir…

25 février 2020

“La sensation était folle”- Des femmes racontent leur première masturbation

[Hors série Cheek x Les Inrocks - Plaisir féminin] Un jet de douche puissant, une selle de vélo serrée, un oreiller contre notre peau… et voilà que la chaleur monte dans le bas-ventre. Des premières sensations aux caresses autoérotiques, la première masturbation est un apprentissage (souvent) à l’aveugle.

Entre secousses sensorielles, tâtonnements maladroits et couacs, comment se passent ces premiers instants où l’on cherche la jouissance de soi ? Selon une enquête IFOP1, en 2019, trois femmes sur quatre (76 %) déclarent s’être déjà masturbées au cours de leur vie, contre 60 % en 2006 (CSF2). Comment trouve-t-on le chemin vers les terminaisons de son plaisir ? Peut-on jouir sans connaître son corps ? Des femmes entre 20 et 32 ans nous ont raconté leur autre “première fois”.

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Mathilde, 24 ans

“J’ai commencé à me masturber avec une peluche, vers l’âge de 6 ou 7 ans. J’avais un long serpent d’un mètre cinquante comme traversin dans mon lit. Le soir, dans ma chambre, je le mettais autour de mes jambes et de mes bras. Je baissais mon pantalon et je me frottais bien autour de lui. Je me suis rendu compte que c’était hyper agréable de faire ça. J’ai réussi à jouir et c’était assez dingue. J’avais très envie de le refaire.”

Marion, 27 ans

“La première fois que j’ai entendu parler de masturbation féminine, c’est en lisant… Le Journal d’Anne Frank. Je me souviens très bien de la scène où elle découvre le plaisir solitaire. Elle met un doigt dans son sexe et le décrit assez précisément. Au moment où j’ai lu ça, je devais avoir 12 ou 13 ans. Ça m’a bouleversée. J’ai essayé de le refaire, mais ça ne marchait pas du tout. Je crois que je ne savais pas comment m'y prendre, ça n’allait pas avec juste un doigt. J’avais l’impression que c’était un peu technique, un peu ardu… C’est bien plus tard que j’ai découvert qu’il me fallait un pommeau de douche ou un gode pour avoir un orgasme.”

Camille, 32 ans

“Vers l’âge de 7 ans, j’allais chez mes grands-parents avec ma cousine dont j’étais super proche. On dormait dans le même lit et je me souviens qu'on prenait nos doudous et qu'on les mettait entre nos jambes en se faisant des films. On se disait qu'on avait des amoureux et qu'on faisait l'amour – je crois qu'on mimait un peu maladroitement des bruits d'adultes. On savait toutes les deux très bien trouver notre plaisir, ce que je trouve assez fou si jeunes. Mais c'était notre secret évidemment.”

Chloé, 26 ans

“Ça a commencé vers l’âge de 8 ans, les jours de piscine. Dans mon lit, le matin au réveil, je me déshabillais pour enfiler mon maillot de bain sous mes vêtements avant de partir à l'école. Mais une fois toute nue, au lieu d'enfiler mon maillot, je retournais sous la couette. Je ne sais pas pourquoi je le faisais, mais c'est devenu un rituel. Ce qui éveillait un désir érotique, c'était vraiment le fait d'être nue et le contact des draps sur ma peau, la sensation de chaleur en retournant sous la couette. Je voyais des choses, des couleurs, des formes, comme si je visualisais le plaisir qui monte.”

Lucie*, 27 ans

“Je me suis masturbée pour la première fois vers l’âge de 19 ou 20 ans. J’ai parlé avec une amie qui m’a donné envie de tenter l'expérience. Intuitivement, j’ai trouvé mon clitoris. J’ai fait des gestes approximatifs mais efficaces. Le plaisir est monté de malade, je me suis demandé si c’était normal, si ça allait s’arrêter… La sensation était folle, j’ai eu un orgasme. J’ai écrit à mon amie pour le lui annoncer… J’ai regardé mon téléphone et j’ai vu : ‘Message envoyé à parrain.’ Et là, j’ai eu envie de crever… J’ai envoyé un second message, pour justifier le premier. Il a fait comme s’il n’avait rien vu et m’a dit que j’avais raison de ‘m’amuser’… Aujourd’hui, ça me fait rire, même si la honte brûlante a duré longtemps.”

Juliana, 24 ans

“Je me rappelle, vers l’âge de 8 ans, je me masturbais. J’appuyais sur mon sexe sans savoir. Ça faisait du bien, comme des guilis. C’était sympa. Je regardais les films de James Bond à la télé, dans le salon. Il y avait des scènes avec des meufs sexy et le mec qui commence à les chauffer. Ça plaisait bien à mon imaginaire de gamine. Un jour, ma mère m’a vue et m’a fait une remarque. Par la suite, je ne me suis pas arrêtée pour autant. J’avais envie de découvrir mon corps. Comme c’était un truc vraiment interdit, ça m’excitait encore plus. Je le faisais planquée dans les toilettes ou quand tout le monde dormait.”

Nina*, 26 ans

“J’avais autour de 8 ans quand j’ai découvert la masturbation. J’avais un scénario en tête, des fantasmes qui découlaient d’images volées, genre bande dessinées pornos. Pour me mettre en situation, je glissais un foulard dans mon T-shirt pour faire une fausse poitrine. Je crois que je visualisais l’image de la femme que j’aurais voulu être, avec ses jolies formes. Je me frottais contre un coussin ou une couverture, dans mon lit. Je stimulais mon clitoris. Du premier coup, ça a très bien fonctionné ! J’ai longtemps utilisé la même technique.”

Clara*, 21 ans

“J’étais chez mes grands-parents et je regardais la télé. Je me suis endormie sur le canapé et quand je me suis réveillée, la télé diffusait un film pornographique. Je devais avoir 10 ou 11 ans. J’étais perplexe. Un peu après, quand j’ai été seule chez ma mère, j’ai voulu retenter l’expérience. En regardant du porno, j’ai senti une sorte de chaleur au niveau de mon clitoris et j’ai commencé naturellement à me caresser. Chaque sensation était une découverte.”

Claire*, 23 ans

“J’ai découvert la masturbation un peu par hasard, quand j’ai eu 12 ou 13 ans. C’était plus comme un jeu, je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Je croyais que j’avais trouvé un truc fou, que j’étais la seule capable de faire. J’étais dans un internat catholique. Je ne pouvais pas en parler à mes copines, les questions de sexualité étaient hyper taboues. Je croyais que j’étais une obsédée sexuelle. Mais je le faisais assez régulièrement, même à l’internat, et je trouvais ça cool. J’avais l’impression d’avoir un genre de super pouvoir sur mon corps.”

1 Étude Ifop pour le magazine Elle “Où en est la vie sexuelle des Français en 2019 ?”, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 28 au 29 janvier 2019 auprès d’un échantillon de 1 007 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.

2 Enquête Contexte de la sexualité en France (CSF), réalisée entre septembre 2005 et mars 2006 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national d'études démographiques (Ined) à l’initiative de l’Agence nationale de recherche contre le sida (ANRS).

* Les prénoms ont été modifiés

Le Hors série Cheek x Les Inrocks "Plaisir féminin" est disponible en kiosque depuis le 7 février

24 février 2020

Belgique : nouvelles caricatures antijuives au carnaval d’Alost

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Des chars utilisant des stéréotypes antisémites avaient valu aux festivités d’être rayées de la liste du Patrimoine immatériel de l’Unesco en 2019

Capitale de la moquerie et de la satire » : c’est ainsi que se présente la ville flamande d’Alost (Belgique), à l’occasion de son carnaval annuel. Mais, depuis deux ans, la satire multiplie les stéréotypes antisémites. En 2019 déjà, la communauté juive s’était indignée devant un char caricaturant des personnages au nez crochu, entourés de rats et juchés sur des sacs d’argent. Le scandale avait été tel que l’Unesco avait exclu le carnaval d’Alost de la liste de son Patrimoine culturel immatériel. Six ans plus tôt, en 2013, le carnaval avait mis en scène un « char de déportation » censé expulser les Belges francophones. Cette année, le carnaval a persisté. Les marionnettes au nez crochu ont été réemployées dans un autre décor, un stand de foire, aux côtés d’autres religions. Plus loin, des carnavaliers affublés de deux papillotes tombant d’un grand chapeau de fourrure noire, de chaque côté de leur visage, et déguisés en fourmi devant un mur des Lamentations en or, a également suscité une vive controverse. Certains, y compris dans la foule, arboraient aussi fièrement un nez crochu en papier moulé. Le cortège comptait également des uniformes nazis côtoyant des costumes hassidiques. De quoi susciter une polémique encore plus violente que l’année précèdente. « Ils ne pensaient pas à mal » Les organisations représentatives de la communauté juive ont réagi avec consternation au cortège. Qu’il s’agisse du Forum des organisations juives, de la Ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA) ou encore du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), toutes affirment que l’affront est encore pire que celui de 2019. Les différentes organisations n’excluent pas de porter plainte auprès de l’UNIA (l’organisme public chargé de la lutte contre les discriminations), comme certaines l’ont fait l’année passée. A l’époque, toutefois, l’UNIA avait fini par juger que les chars problématiques ne tombaient pas sous le coup de la loi contre le racisme et la xénophobie, en raison du contexte particulier, celui du carnaval, dans lequel se déroulaient les attaques. Il avait toutefois initié un dialogue entre les parties. Pour Ludo Abicht, professeur de philosophie qui enseigne le Moyen­Orient et la culture juive à l’université d’Anvers, le jusqu’auboutisme des habitants d’Alost était prévisible. « Les Alostois se sont sentis accusés d’être racistes et antisémites après le carnaval de 2019, alors qu’ils ne pensaient pas à mal. Je ne suis pas étonné qu’ils aient choisi de réagir », note le professeur, bon connaisseur de la ville d’Alost. Dimitri, un spectateur qui exhibe fièrement un nez crochu, renchérit : « On nous décrit comme des antisémites. Mais ce n’est pas vrai, alors on fait pire. Nous ne sommes pas racistes ou antisémites, mais nous rigolons avec tout le monde. En premier lieu, on rigole avec nous­mêmes. » Un sentiment généralement partagé par la foule, arguant qu’il faut pouvoir « rire de tout ». Plus que tout, les Alostois n’ont pas apprécié l’attitude de l’Unesco, que certains carnavaliers ont d’ailleurs rebaptisée pour l’occasion « Unestapo ». Le bourgmestre (maire) de la ville, le nationaliste flamand Christoph D’Haese, avait pris les devants après que l’organisation onusienne avait commencé le réexamen de l’inscription du carnaval à sa liste du Patrimoine immatériel, et avait procédé lui­même à ce retrait en décembre 2019. Une décision confirmée quelques jours pour tard par l’Unesco. Et ce, alors que le président de son parti, l’Alliance néoflamande (N­VA, nationaliste), s’était distancié des caricatures de 2019 en les qualifiant d’« irrespectueuses ». Selon Philippe Markiewicz, président du Consistoire central israélite de Belgique, l’Unesco aurait dû attendre l’édition 2020 avant d’agir, pour laisser place au dialogue. L’homme dénonce par ailleurs l’immixtion de la diplomatie israélienne qui n’a, selon lui, rien arrangé. Quelques jours avant les festivités, le ministre israélien des affaires étrangères, Israel Katz, a en effet appelé dans un Tweet la Belgique « à condamner et à interdire » le carnaval d’Alost, soulignant que « la Belgique en tant que démocratie occidentale devrait avoir honte de permettre une telle manifestation antisémite ». Un appel balayé d’un revers de la main par le bourgmestre d’Alost, qui avait refusé « toute censure ». Fidèle à ses positions, il s’était limité à appeler les carnavaliers à « ne pas rechercher spécifiquement un thème juif si cela n’est pas nécessaire ». « Préjudice à nos valeurs » L’affaire a provoqué de vives réactions, y compris en France, avec un Tweet cinglant de l’eurodéputé socialiste français Raphaël Glucksmann particulièrement commenté. « Les juifs sont de la vermine (…) et les nazis sont des gars sympas que les enfants applaudissent et avec qui on a bien envie de boire une bière. Bienvenue au carnaval d’Alost en 2020, en Belgique, cœur de l’UE. Dégénérés ». Côté belge, les réactions de la classe politique, inquiète du score réalisé par l’extrême droite dans cette ville aux dernières élections fédérales, régionales et européennes (25 % en moyenne), n’ont pas non plus manqué. « Si ces faits ne résument pas le carnaval d’Alost, ils portent toutefois préjudice à nos valeurs ainsi qu’à la réputation de notre pays », a déclaré dans un communiqué la première ministre, la libérale Sophie Wilmès, invitant la justice à se pencher sur la controverse. 

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24 février 2020

Pourquoi la vente de sex-toys explose au Japon

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Au Japon, l’usage des sex-toys est en pleine expansion. S’il témoigne d’une reconnaissance du plaisir féminin, il est aussi l’indice d'une sexualité nipponne en berne. Rencontre à Tokyo avec des acteurs majeurs du secteur.

Dans les années 1980, le sex-toy japonais était ce drôle d'appareil de massage pour la nuque vendu au rayon électroménager des grands magasins, planqué entre les sèche-cheveux et les humidificateurs d'air. Officiellement, tout le monde connaissait son usage et savait qu'il n'était pas destiné à être manipulé sur le cou, mais les apparences étaient sauves, la discrétion assurée dans ce packaging qui ne laissait rien transparaître de sa fonction réelle. Le marché du sex-toy, c'était aussi quelques produits importés d'Europe ou des Etats-Unis, disponibles en magasins spécialisés. Mais là non plus, le succès n'était pas au rendez-vous. Qualifiés de grotesques, ces vibromasseurs venus d'ailleurs, surdimensionnés et aux couleurs flashy, avaient la réputation d'être peu confortables et désagréables, voire douloureux. Et puis, il y avait la honte de les acheter, la crainte de passer en caisse avec ça dans son panier. "A l'époque, c'était tabou. Les sex-toys représentaient un secteur de niche complètement underground", se souvient Sanae Takahashi, 57 ans, prêtresse du monde du jouet pour adultes au Japon.

Nous sommes à Akihabara, en plein cœur du "quartier électrique de Tokyo". Surnommé ainsi pour l'étourdissant choix de grands magasins dédiés au matériel électronique et informatique que l'on y trouve, c'est le lieu de la culture geek par excellence, avec des jeux vidéo à foison et des cafés où de jeunes femmes habillées en poupées mangas affirment être nées sur une autre planète. C'est au milieu de cette frénésie assourdissante, des enseignes clinquantes et des hordes de touristes surexcités que trône le Love Merci, un magasin de cinq étages exclusivement réservé aux sex-toys. Dans les rayons, plus de 10 000 références sont présentées. Tout est décliné, du vibromasseur aux vulves pénétrables, en passant par le cosplay, les poupées en silicone, les plaisirs fétiches, les coussins troués, les plugs anaux, les poitrines en latex.

Le vibromasseur Orgaster, l'un des deux articles les plus vendus du magasin Love Merci, Akihabara, Tokyo. Eric Rechsteiner/Panos Pictures

Cette boutique est la vitrine de la célèbre marque fondée par Sanae Takahashi, et c'est ici que se trouvent les bureaux de l'entreprise. Son téléphone rose bonbon vissé à l'oreille, la patronne, toute de noir vêtue, entre dans son bureau d'un pas décidé. Du haut de sa tour, elle est incontestablement la maîtresse des lieux et le staff lui obéit au doigt et à l'œil. Elle court, Sanae Takahashi, sept jours sur sept. Le mot "vacances", elle ne connaît pas. Sitôt posé sur la table, le portable sonne à nouveau. En quelques minutes, elle valide la confection de plusieurs milliers de sex-toys pendant qu'un de ses employés pose un jus d'orange avec une paille devant elle. Sa force de caractère et son assurance apparentes n'ont d'égal que la gentillesse qui émane d'elle.

Un vibromasseur conçu à partir d'une étude pointue du corps des femmes

Sanae Takahashi est celle qui a inventé, entre autres, deux sex-toys féminins que l'on trouve aujourd'hui dans un nombre incalculable de magasins et de love hotels au Japon, le Fairy et l'Orgaster. Un stimulateur clitoridien et un vibromasseur conçus il y a une quinzaine d'années et qui ont révolutionné l'approche réservée au plaisir féminin au Japon. Ils sont aujourd'hui toujours aussi plébiscités.

"Quand je me suis lancée dans le sex-toy, il y a trente ans, il n'était pas aussi démocratisé. C'était un milieu dominé par les hommes, j'ai dû faire ma place et cela n'a pas été facile", sourit-elle. Alors salariée d'une entreprise qui conçoit des jouets pour enfants, elle perd son emploi, "délocalisé en Chine où les frais de production étaient moins élevés". Elle réfléchit à un "moyen de gagner de l'argent" avec son savoir-faire. Un soir, alors qu'elle boit des verres avec un ami gynécologue, elle imagine un vibromasseur conçu à partir d'une étude pointue du corps des femmes. Elle s'associe avec un ami et peaufine ses modèles. Faire accepter l'objet n'était pas gagné puisque l'on ne parlait pas de plaisir sexuel à l'époque, encore moins de celui des femmes. Il faut replacer l'objet dans son contexte : pour la gent féminine japonaise, faire l'amour, c'était avant tout satisfaire son partenaire.

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"Il faut garder en tête qu'acheter des sex-toys reste une source de honte pour de nombreuses femmes"

Dans les derniers produits à l'étude dans le labo de Sanae Takahashi, "un vibromasseur qui sera fixé à une ceinture afin de pouvoir l'utiliser sans les mains" et un stimulateur clitoridien qu'elle promet "révolutionnaire". Son business n'oublie pas les hommes puisque la marque fut aussi pionnière dans le marché des vulves pénétrables. Malgré la notoriété de sa gamme pour femmes et la présence d'un staff à 50 % féminin dans le magasin, elle n'oublie pas que 80 % des clients du Love Merci restent des hommes, qui n'aiment pas être dérangés lorsqu'ils font leurs emplettes, "deux étages sont à la disposition des messieurs et interdits d'accès aux femmes".

La masturbation resterait malgré tout l'affaire des hommes dans ce pays classé 110e sur 149 par le Forum économique mondial en matière d'égalité des sexes. "Pour les femmes de ma génération, le plaisir sexuel reste un tabou insurmontable, assène Sanae Takahashi, devenue malgré elle une figure de cette révolution du sex-toy japonais. Mais pour les jeunes générations, les verrous sautent. Le fait de pouvoir acheter en ligne a modifié les comportements et changé les pratiques. On l'observe dans le magasin : les clients viennent majoritairement pour regarder. Ils jettent un œil, puis rentrent chez eux et commandent via internet." Elle ajoute : "Si les mentalités évoluent, il faut garder en tête qu'acheter des sex-toys reste une source de honte pour de nombreuses femmes, même aujourd'hui."

Un constat également dressé par Minori Kitahara, qui a ouvert le tout premier sex-shop du Japon en 1996. Un lieu qu'elle voulait conçu pour et par des filles, "le premier et seul sex-shop féministe du pays". Après des études supérieures où elle s'intéresse à l'éducation sexuelle, l'égalité des genres mais aussi à l'économie, elle s'interroge sur le rôle de la femme dans la société japonaise. Lorsqu'elle quitte l'université, elle se met à écrire pour un média et découvre "tout ce qui pouvait exister hors du Japon en matière de lutte pour les droits des femmes mais aussi d'épanouissement sexuel. Si le féminisme existe au Japon depuis plus de cent cinquante ans, il est différent de ce qui peut se faire hors de l'archipel."

Le sex-toy comme symbole d'affirmation de soi

Elle lance son affaire "dans une démarche militante. J'ai vu ce type de sex-shops à New York, et je m'en suis inspirée." Avec Love Piece Club, elle offre un espace unique à de nombreuses clientes. Elle invente également quelques modèles de sex-toys plus adaptés "que les gros pénis ou les vibromasseurs en forme de dauphins. Il fallait de nouveaux produits, avec lesquels les femmes auraient du plaisir et se sentiraient bien et en sécurité en les utilisant. Aujourd'hui, on vend surtout des vibromasseurs, des lotions : on a aussi une réflexion plus poussée sur le corps et on parle un peu plus facilement d'orgasme par exemple."

Minori Kitahara est sans doute l'une des figures féministes majeures du pays aujourd'hui. Elle est l'une des instigatrices des Flower Demo, ces manifestations qui brisent le silence à propos des violences sexuelles et exigent une révision du Code pénal pour une meilleure reconnaissance des victimes. Pour elle, le sex-toy est un symbole d'affirmation de soi, mais son succès particulièrement écrasant est aussi révélateur d'un mal-être, "celui de l'écart qui ne cesse de se creuser entre les hommes et les femmes de ce pays. Il y a un véritable problème de communication entre les sexes : à Tokyo, les hommes passent l'essentiel de leur temps avec leurs collègues ou dans leurs entreprises, les femmes font leur vie de leur côté, ils ne partagent rien. C'est d'une tristesse…"

Sanae Takahashi partage ce point de vue alarmant : "La situation ne va faire qu'empirer. Les jeunes gens sont captifs de leurs écrans, ne se rencontrent plus, essaient de se satisfaire autrement. Nos ventes n'augmentent pas forcément mais il y a toujours de nouvelles variétés, des références inédites." La quête de plaisir se fait volontiers seul.

Les filles d'un côté, les garçons de l'autre. Des étages de magasins réservés aux hommes ou encore ce bar conçu uniquement pour les femmes, le Vibe Bar Wild One. Direction le quartier des oiseaux de nuit, Shibuya. Pensé comme un parc à thème du plaisir féminin, ce showroom est une sorte de galerie du sexe très kitsch où les hommes sont admis, à condition d'être accompagnés. Derrière la porte noire capitonnée, une installation en forme de vulve fait office d'entrée. Sur les murs de l'établissement, des reproductions de shunga, ces célèbres estampes érotiques.

Du mobilier jusqu'aux toilettes, des objets artistiques représentent le sexe, avec un goût plus ou moins sûr. Sur les étagères, 350 sex-toys sont disposés. Le bar est une sorte de sex-shop déguisé où l'on vient regarder, manipuler les objets (avec les mains) puis passer commande si on le souhaite. Le tout à l'abri des regards.

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Petit à petit, le sex-toy est sorti des sex-shops

Le succès du sex-toy pose inévitablement la question de son influence sur la vie sexuelle des Japonais. Est-il révélateur d'une sexualité en berne ? Selon une enquête menée en 2005 par Durex, les Japonais font l'amour moins d'une fois par semaine, soit un peu moins de cinquante fois par an, ce qui correspond à la moitié de la moyenne annuelle réalisée sur un panel de vingt et un pays, et dévoilée par ce même sondage.

Une autre enquête indique que le recours à la masturbation dépasse désormais le nombre de rapports sexuels des Japonais, et ce à tous les âges de la vie. Les 20-29 ans ont par exemple recours à la masturbation à 100 % pour un peu moins de 60 % de rapports sexuels par an. Sur la même tranche d'âge, on recense deux rapports sexuels par mois pour dix recours à la masturbation. "La faible fréquence des rapports sexuels des Japonais a pour conséquence un plus grand recours à la masturbation, confirme Koichi Nagao, professeur d'urologie à la faculté de médecine de Toho. Les sex-toys sont utiles, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, s'ils concourent à une amélioration de la vie sexuelle."

Petit à petit, le sex-toy est sorti des sex-shops et a pris place dans les magasins généralistes. Supermarchés Don Quijote, boutiques de gadgets Village Vanguard, où même pharmacies, drug stores et librairies lui ont ouvert leurs rayonnages. L'été dernier, pour la première fois, un grand magasin annonçait la mise en place d'une large sélection de sex-toys féminins dans un corner temporaire. Derrière cette initiative, un paquebot du sex-toy nippon, Tenga, dont un produit se vend toutes les trois secondes dans le monde.

Tenga, c'est la Onacup, cette petite boîte rouge qui ressemble à une canette de soda et qui abrite une vulve pénétrable. Pour moins de 10 euros et à usage unique, elle promet aux hommes des sensations différentes selon le modèle. Le modèle original, en forme de sablier, procure une compression serrée au moment du passage du pénis au centre du sex-toy et donne une forte sensation d'aspiration. Parmi les quatre autres variantes, le Soft Tube qui permet de contrôler la pression et la force de la stimulation ou le Rolling Head qui possède une partie nervurée.

"Comme si la masturbation était quelque chose de sale et d'obscène"

En 2018, une enquête révélait que 89 % des Japonais âgés de 20 à 40 ans connaissaient les sex-toys estampillés Tenga et 33,5 % en avaient déjà utilisé un. La marque plaît autant aux hommes qu'aux femmes puisqu'elle s'est également lancée, en 2013, à la conquête de ce marché avec sa collection Iroha. "Il y a encore dix ans, les magazines féminins japonais titraient : 'Comment plaire à un homme ?' Aujourd'hui, on lit : 'Comment vous sentir bien et vous faire plaisir ?' Il n'est plus question de plaire mais bien d'être soi-même", se félicite Koichi Matsumoto, pdg de Tenga.

L'histoire de cet homme est une véritable success story. A 30 ans, il est mécano dans le domaine des voitures vintage lorsqu'il ambitionne de changer de vie. Il raconte une période difficile de sa vie, qu'il qualifie volontiers de "déprimante". Il plaque tout et reprend à zéro. Un jour, alors qu'il se rend dans un magasin pour adultes, il constate que "des sex-toys étaient vendus entre deux DVD pornos". Pas d'identité, pas de marques. "C'était il y a vingt-cinq ans, on avait alors l'impression de devoir acheter cela sous le manteau : comme si la masturbation était quelque chose de sale et d'obscène." C'est là que Tenga naît.

"Avoir recours à la masturbation et aux sex-toys peut être une alternative aux comportements toxiques de certains"

Koichi Matsumoto explique alors sa vision : "Le sexe fait partie de nos besoins biologiques naturels et il est nécessaire de les assouvir au même titre que manger, boire ou dormir. Lorsque l'on est célibataire, la masturbation peut répondre à cela. Elle ne remplace ni le sexe ni la connexion profonde que l'on peut avoir avec un ou une partenaire, mais elle peut être pratiquée lorsqu'elle devient nécessaire et il n'y a pas de mal à cela." Il va plus loin : "Je vois parfois des comportements d'hommes qui me révoltent... Les femmes ne sont pas des objets et ne sont pas faites pour répondre aux besoins sexuels des hommes. Avoir recours à la masturbation et aux sex-toys peut aussi être une alternative aux comportements toxiques de certains." Un discours inattendu de la part de ce patron qui a fait fortune avec le plaisir solitaire masculin.

Avec Tenga (que l'on peut traduire par "correct" et "élégant"), Koichi Matsumoto avait envie de sortir le sex-toy de cette "sphère underground. L'idée était de lancer un nouveau genre de produit, de qualité supérieure, avec une identité, un design soigné, que l'on peut acheter n'importe où et sans complexe". Après trois ans d'essais et de prototypes, Koichi Matsumoto aboutit à la première Onacup, qui connaît dès sa première mise en vente, en 2005, un succès immédiat. Tous produits confondus, l'enseigne compte aujourd'hui 256 références et continue d'innover.

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Fidèle à sa démarche – l'accès au plaisir pour tous –, Tenga a lancé un programme avec des maisons de retraite de jour. Il y a quelques années, les équipes se penchaient sur un sondage selon lequel 79 % des Japonais âgés de 60 à 69 ans et 81 % des 70 à 79 ans ont exprimé l'envie d'un rapport sexuel, au moins une fois par an. "Nous avons proposé aux vingt-neuf centres de la chaîne Iki-Iki Life Spa, que l'on trouve partout au Japon, une sélection de sex-toys à prix réduits pour leurs pensionnaires." Un projet sur lequel la marque ne fait quasiment pas de profit mais qui se heurte à un obstacle de taille. "Au Japon, beaucoup de personnes âgées vivent avec leurs enfants. Ils n'ont parfois pas de chambre à eux et souffrent d'un manque d'intimité." Certaines familles ont également confié ne pas comprendre cette initiative et nient par la même occasion les besoins sexuels de leurs aînés.

Le débat sur les sexualités envahit de plus en plus l’espace public nippon. Sanae Takahashi participe à des séminaires en ce sens. Tout comme Minori Kitahara qui, parmi ses actions, siège dans un groupe

de lutte contre la pornographie. Elle rappelle avec inquiétude que “les sex-toys qui se vendent le plus au Japon aujourd’hui, ce ne sont pas les Tenga mais les lolicon, pour les hommes”. “Lolicon”, raccourci de “Lolita complex”, soit des produits (porno, figurines, coussins troués, cosplay, etc.) à l’effigie d’adolescentes. L’image de la jeune fille en fleur fait vendre et inquiète également Human Rights Watch qui révèle dans une étude que le matériel pédopornographique serait toujours commercialisé, malgré la loi votée en 2015, qui criminalise l’acte.

Le sex-toy n’est pas toujours synonyme de positivité du corps, il est aussi objet de fantasme. Dans des pratiques extrêmes, il adopte des dimensions XXL, des formes surprenantes. Dans le Love Merci, on aperçoit aussi des appareils qui produisent des décharges électriques en tout genre, des coussins pénétrables sur lesquels sont imprimés des motifs d’héroïnes d’anime ou encore le fameux sex-toy moulé à partir de la main de Taka Kato, acteur porno surnommé Goldfinger, qui se vante d’avoir découvert huit zones érogènes dans le sexe féminin avec seulement deux doigts.

24 février 2020

Les bons filons de la famille Fillon

Par Renaud Lecadre — Libération

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Paris, le 9 avril 2017, pendant la campagne présidentielle, meeting de François Fillon en présence de son épouse. Photo Albert Facelly

L’affaire qui agita la campagne présidentielle de 2017 arrive au tribunal ce lundi. L’ex-candidat et sa femme sont poursuivis pour abus de biens sociaux et détournement de fonds publics.

Les bons filons de la famille Fillon

C’est l’heure de vérité pour François Fillon et son épouse Penelope, avec l’ouverture ce lundi, devant la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, de leur procès pénal pour «détournement de fonds publics» et «abus de biens sociaux». En cause, les emplois suspects de Penelope Fillon, comme attachée parlementaire de son époux ou de son suppléant à l’Assemblée nationale, mais aussi comme conseillère littéraire du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière. Autant de «prestations fictives ou surévaluées», selon l’accusation. Toutefois, le procès devrait avoir quelque retard à l’allumage : les avocats des époux Fillon, Antonin Levy et Pierre Cornut-Gentille, en solidarité avec leurs confrères en grève, vont demander le report symbolique de la première journée d’audience. Avec de bonnes chances de l’obtenir. Vu le précédent du récent procès en appel des époux Balkany, poursuivis pour blanchiment de fraude fiscale, les magistrats concédant bien volontiers aux avocats ce geste symbolique. Pour les Fillon, les choses sérieuses ne devraient donc débuter que mercredi.

Au Palais-Bourbon, Penelope Fillon, 64 ans, aura encaissé plus d’un million d’euros (1 053 000 précisément) entre 1998 et 2013, en tant qu’assistante parlementaire de François (de 1998 à 2002 alors qu’il est député de la Sarthe, puis de 2012 à 2013 alors qu’il est député de Paris) et de son suppléant local Marc Joulaud (de 2002 à 2007 quand Fillon était ministre du gouvernement Raffarin), lequel comparaîtra également à la barre. Sans jamais mettre les pieds à l’Assemblée nationale, Penelope Fillon «travaillait» la plupart du temps depuis son manoir de Beaucé à Solesmes (Sarthe), une bâtisse du XIVe siècle acquise en 1984 par le couple. Seule parenthèse à ce CV bien garni en apparence, le bail de François à Matignon (2007-2012) : Penelope avait alors renoncé temporairement à tout denier public.

Bocage sabolien

L’enquête pénale aurait pu remonter à la période 1981-1993. Sitôt élu plus jeune député de France en pleine vague rose, Monsieur rémunère d’entrée de jeu Madame, qui a pourtant accouché deux semaines plus tôt du premier de leurs cinq enfants (elle ne prendra jamais le moindre congé maternité) pour des missions ponctuelles de la plus haute importance, comme ces rapports - dont on n’a pas retrouvé la trace écrite, seulement les factures pieusement conservées - sur «l’aménagement du bocage sabolien», «le rôle des élus locaux», ou tout simplement intitulés «Etudes générales »… On comprend mieux la logique à l’aide de cette mention retrouvée dans les archives de l’administration du Palais-Bourbon : «Le contrat conclu entre François Fillon et son épouse a pour but d’utiliser son crédit collaborateurs.» Il fallait ainsi dépenser l’argent public coûte que coûte. Mais les enquêteurs ont finalement mis cette période de côté en raison de la prescription des faits. Et tant pis si les Fillon ont joué avec la vérité sur cette genèse, affirmant qu’elle travaillait alors «gratuitement» avant de concéder une panne de mémoire.

La native de Llanover, au pays de Galles, était fort bien rémunérée par rapport aux autres collaborateurs parlementaires de son époux qui, eux, trimaient bien plus à l’Assemblée nationale : jusqu’à 40 euros de l’heure pour elle, entre 10 et 20 pour les autres. Sous le mandat de Marc Joulaud, elle a réussi l’exploit d’être mieux payée (5 200 euros net par mois) que son propre député-employeur, grimpant même jusqu’à 7 400 euros quand François Fillon redeviendra député en 2012.

Les deux aînés de la famille, Marie et Charles, ont aussi participé à la PME familiale : ils ont été employés par leur père entre 2005 et 2007, quand ce dernier a brièvement siégé au Sénat. Ils n’avaient pourtant pas encore achevé leurs études. Simples témoins assistés, désormais avocats d’affaires l’une comme l’autre, ils ne comparaîtront donc pas à la barre du tribunal correctionnel. Après avoir dénoncé, les concernant, une «pratique d’appropriation systématique» de l’enveloppe collaborateurs parlementaires par la famille Fillon, les juges d’instruction Serge Tournaire, Aude Buresi et Stéphanie Tacheau ont retenu à leur décharge qu’ils «n’ont pas eu pleinement conscience de bénéficier d’un emploi de complaisance».

Manquera également au procès Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire, entre autres, de la Revue des Deux Mondes, qui a employé Penelope Fillon durant deux ans - en parallèle et en sus d’un présumé travail auprès de son époux à l’Assemblée. Après avoir timidement concédé aux enquêteurs qu’elle avait été «sous-employée», et que sa rémunération mensuelle de 5 000 euros brut «présentait un caractère excessif», le milliardaire a négocié en octobre 2018 avec le parquet une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC, évitant un déballage public à la barre) au terme de laquelle il a, en décembre 2018, été condamné pour abus de biens sociaux à huit mois de prison avec sursis et 375 000 euros d’amende.

Tous les paiements suspects ont cessé comme par magie en décembre 2013, au moment de l’instauration de la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique : les époux Fillon, que les juges d’instruction accusent d’avoir «tout fait pour dissimuler» la situation de Penelope, ont alors préféré y renoncer plutôt que de devoir les déclarer. La HATVP sera à l’origine de la révélation d’un autre délit qui sera examiné par le tribunal : «Manquement aux obligations déclaratives.» Il s’agit d’un prêt de 50 000 euros accordé en 2012 par le toujours serviable Marc de Lacharrière en vue de rénover le manoir de Beaucé. A la bonne franquette, sans papier, ni échéance ou intérêts. Non déclaré auprès de la HATVP, donc, il n’ a été remboursé qu’en février 2017, en pleine tornade politico-judiciaire. Trop tard.

Scrutin «volé»

La défense des époux Fillon devrait se montrer offensive à la barre du tribunal, comme elle le fut durant la phase d’enquête, dénonçant un «coup d’Etat constitutionnel, une méconnaissance grave de la séparation des pouvoirs» en pleine campagne présidentielle. Il est vrai que la justice pénale a fait preuve d’une célérité peu commune en matière politico-financière : ouverture d’une enquête préliminaire par le PNF (Parquet national financier) le jour même de la publication d’un article du Canard enchaîné faisant démarrer l’affaire, le 25 janvier 2017. Audition par la police des deux principaux intéressés cinq jours plus tard. Ouverture d’une information judiciaire confiée au redoutable juge Tournaire le 24 février, puis mise en examen de François Fillon deux semaines plus tard, quelques jours avant la date limite de dépôt des candidatures à la présidentielle.

L’électorat filloniste, déjà prompt à dénoncer un scrutin «volé» par une alliance entre les médias et la magistrature (tous de gauche, forcément), pourrait s’indigner derechef en cas de relaxe de son héros. Frisant parfois la défense de rupture, les époux Fillon ont ainsi déposé cette demande d’acte en janvier 2019 : recenser le nombre de parlementaires employant des membres de leur famille. Elle a été refusée mais un administateur du Sénat a donné quelques chiffres : en 2006, 91 des 330 sénateurs en employaient un (27 conjoints, 54 enfants, 8 beaux-enfants et même 2 petits-enfants). Sur le fond, ils plaident que «Penelope Fillon incarne parfaitement ce que doit être l’épouse d’un homme politique important : elle est à la fois présente, informée, active, mais avec l’élégance et la prudence qui sied à son statut.» Et que ce rôle de la plus haute importance mérite assurément rémunération.

L’accusation rétorque que « des occupations aussi banales que nouer des relations sociales et amicales, assister à une pièce de théâtre, aller en famille à une fête populaire, capter quelques informations sur la vie locale ne sauraient relever d’un travail de collaborateur parlementaire salarié». Et de la renvoyer à son statut de «femme au foyer jouant un rôle social de manière assez traditionnelle pour un conjoint d’homme politique, qui relève de la vie privée entre époux et non d’une activité salariée, surtout sur fonds publics». Le tribunal en jugera.

Le sous-volet des costumes offerts à François Fillon par Robert Bourgi, autoproclamé avocat de la Françafrique, plus ou moins désigné à ce titre par Jacques Chirac, ne fera finalement pas l’objet de poursuites pénales. Les enquêteurs se sont pourtant penchés sur le cas de ces quatre costards sur-mesure, de la marque de luxe Arnys, livrés gracieusement entre 2015 et 2017 pour la somme totale de 18 180 euros. Déjà donateur du microparti filloniste Force républicaine, Bourgi entendait ainsi aller au-delà du plafond légal de 7 500 euros par an. Une fois le pataquès révélé par le Journal du dimanche en mars 2017, dans la dernière ligne droite de l’élection présidentielle, Fillon s’est fait fort de rendre les costumes à Bourgi, lequel les a ensuite remis à la justice française. Elle les a depuis placés sous scellé sans trop savoir qu’en faire.

Amour commun

Pour se dépêtrer de cet ultime bâton merdeux, les juges d’instruction ont brandi cet argument : «Aucun lien ne pouvant être fait entre d’éventuelles décisions prises par François Fillon dans ses différentes fonctions et les cadeaux reçus de Robert Bourgi, ces faits ne donnaient pas lieu à poursuites pénales.» On en restera donc là sur cet épisode, judiciairement évacué mais moralement douteux. Les deux intéressés ont néanmoins été auditionnés par les enquêteurs. Bourgi : «J’avais, je ne sais pas pourquoi, une affection particulière pour François Fillon.» Un amour commun des belles voitures et de l’Afrique… Et de rapporter ce message adressé au candidat à la magistrature suprême : «La suspicion a porté sur les costumes parce que tu m’as empêché de dire que c’était moi et j’ai menti pendant une semaine aux journalistes.» L’ex-candidat s’est, lui, refusé à tout commentaire devant les enquêteurs. Par pudeur, sûrement.

23 février 2020

Triolisme

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84 % des hommes ont déjà rêvé de coucher avec deux femmes. Cet impressionnant succès place le triolisme au 3e rang des fantasmes masculins. Alors, c’est encore loin, le harem ? Eh bien, oui. Les femmes ne sont en effet que 31 % à rêver de rapports avec deux hommes. A peine un quart s’imaginerait pièce rapportée dans les ébats d’un couple (université de Montréal en 2014).

Comment expliquer ce décalage, alors même qu’à bisexualité à peu près égale (3 % des Français), les femmes sont plus bi-curieuses (20 %) que les hommes (13 %) (Harris Interactive, 2011) ? Ici, nos représentations pèsent des tonnes : le plan HFF (un homme, deux femmes) laisse présager complicité et sensualité. Le plan HHF, au contraire, nous plonge dans un imaginaire de tournante et suggère des pratiques hard comme la double pénétration. Le simple fait qu’on parle de « plan » en dit long sur la complexité logistique de l’entreprise (même les Trois Mousquetaires ont préféré se mettre en quatre, c’est un comble).

Au fait, pourquoi tant de succès ? Par narcissisme (« je plais à tout le monde »). Par plaisir charnel. Pour impressionner les copains. Par volonté de puissance, tant la possession de femmes (au pluriel) marque la réussite sociale. Et, de manière plus ambivalente, pour se retrouver au cœur de toutes les attentions, entre-deux, comme avec nos tout premiers partenaires érotiques… nos parents. Et puis, symboliquement, le chiffre trois renvoie à la Trinité, donc à la complétude : de quoi courir illico vers les clubs libertins ou les applications comme Feeld (ex-3nder). Les plus chanceux transformeront le fantasme en mode de vie : au Brésil et en Colombie, des « trouples » ont été autorisés à se marier !

20 février 2020

Femme, fabrique ton corps

Par Noémie Rousseau, correspondante à Strasbourg

femme fabrique ron corps

Photo issue de la série «Thing I Imagined» (2019) de Romy Alizée. Photo Romy Alizée

Une nouvelle version française du livre culte «Notre Corps, nous-mêmes» vient de paraître. Ecrit par un collectif de femmes d’âges, d’origines et d’orientations sexuelles différents, l’ouvrage, qui traite de sexualité, de travail, de santé ou d’autodéfense, est tout à la fois un outil et une arme, pour se connaître et riposter.

Femme, fabrique ton corps

«Si vous doutez de ce que vous pouvez mettre dans votre vagin, demandez-vous d’abord si vous pouvez le mettre dans votre bouche.» Simple, jouissif, émancipateur. Souvenir ému d’une lecture adolescente, celui de Marie Hermann. Cofondatrice des éditions Hors d’atteinte, la maison qui publie aujourd’hui une version entièrement réactualisée de Notre Corps, nous-mêmes, elle est une des neuf auteures. A l’époque, sa mère n’arrive pas à lui parler «de tout ça», alors elle met entre les mains de Marie Hermann ce classique du féminisme datant de 1977, écrit par et pour les femmes. Le volume est déjà une adaptation de l’original américain, publié pour la première fois en 1973 par le Collectif de Boston pour la santé des femmes, Our Bodies, Ourselves. Un bouquin culte, qu’on trouve encore dans certains plannings familiaux. Dans la vie des femmes, il fut souvent un tournant. «Je commençais tout juste à prendre conscience de mon corps, et le discours ambiant très normatif était violent : l’âge de chaque transformation physique, des premiers rapports sexuels, la manière dont cela devait se passer, ce qu’il fallait dire, faire ou pas, se souvient Marie Hermann. Dans ce livre-là, je pouvais me projeter, tant il y avait de voix différentes. Personne ne me faisait sentir que je n’étais pas normale, différente, ou que j’avais mal fait les choses. Tout était ouvert.»

Sa mère garde jalousement son exemplaire. Alors Marie Hermann s’en procure un d’occasion, le relit. Il a vieilli. L’idée de le réactualiser germe. Elle réunit ses copines, elles parlent de règles, du rapport à leurs mères… mais l’aventure tourne court : les filles sont happées par leurs études.

Plus tard, Marie Hermann fera une fausse couche. Au traumatisme s’ajoute le désarroi. Aucune amie n’a vécu cette expérience. Elle ne sait vers qui, vers quoi se tourner. Internet est larmoyant, religieux ou culpabilisateur. Il faudrait pleurer beaucoup ou s’en remettre, et vite. «Je n’avais rien qui me donne des mots, un imaginaire pour surmonter ça, me raccrocher.»

Groupes de parole

Il fallait réécrire Notre Corps, nous-mêmes. Cette fois, l’idée chemine dans les cortèges en pleine mobilisation contre la loi travail, et elle prend. Sans doute ne mesuraient-elles pas dans quelle entreprise périlleuse et fastidieuse elles s’embarquaient. Les premières réunions débutent à l’hiver 2016, chaque femme en invite d’autres, mue par le souci de former un collectif le plus hétérogène et représentatif possible afin de s’adresser à toutes. La blogueuse afro féministe Nana Kinski, étudiante de 23 ans, rejoint le projet. Elle apporte son regard sur les sujets de construction du genre, de racisme, de voile. Elle participe en douce, «je viens d’une famille très traditionnelle, centrée sur la religion. Le féminisme, c’est tabou à la maison», dit-elle. L’expérience l’a changée, «ce fut un apprentissage. Le féminisme, pour moi, c’était Simone de Beauvoir, quelque chose d’institutionnalisé, universaliste, qui ne me touchait pas du tout. J’ai découvert la sororité, être écoutée, soutenue, sans que son vécu soit remis en question».

Ainsi, neuf femmes, âgées de 20 ans à 70 ans, d’origines et d’orientations sexuelles différentes, se sont mises à écrire ce livre, «avec fierté, colère et détermination», disent-elles en introduction. Toutes ont vécu des mycoses à répétition, connu des violences, certaines ont eu des enfants, d’autres non… Elles se sont réunies régulièrement, se sont racontées, confiées, disputées. Suivant la même méthode que les féministes américaines un demi-siècle auparavant, elles ont mis en commun leurs travaux et leurs réflexions, se sont relues, corrigées, fatiguées.

Partant de leurs propres échanges comme matière première, elles ont organisé des groupes de parole dans la France entière et conduit des entretiens individuels. La collecte est colossale et intense, parfois douloureuse. Quatre cents femmes ont témoigné. «Quelle que soit la thématique abordée, même les plus légères, la violence rejaillissait en permanence, qu’on parle de travail, de sexualité, de médecine… Il suffit d’ouvrir un espace de parole. C’était très troublant et précieux aussi. On a mesuré leur envie de participer, de libérer la parole, de confronter leurs expériences dans un cadre bienveillant, une pratique perdue et que certaines veulent poursuivre.»

Perdue notamment avec la «confiscation du savoir féminin par le corps médical», relatée dans l’ouvrage qui est aussi un manuel d’autosanté, visant une autonomie des femmes par rapport au pouvoir médical, encore très masculin et paternaliste en France. «On ne parle pas du corps seulement dans son aspect scientifique et médical», insiste Marie Hermann. La santé des femmes est abordée comme un levier d’émancipation, «le sexisme est une oppression vécue partout, dans la rue, au travail, à Pôle Emploi comme chez le médecin, et il passe par le corps, c’est une violence éprouvée à laquelle on veut donner les moyens de répondre.»

Ecrire la sensation

La couverture de la première version américaine montrait des femmes en train de manifester. Elle a été remplacée par une mosaïque de portraits de femmes de couleurs et d’origines différentes sur la dernière édition outre-Atlantique. «Comme une pub Benetton, dépolitisée : on insiste sur la diversité pour ne plus poser la question politique de la lutte pour l’égalité», ajoute-t-elle. C’est que les Américaines se sont «déjà émancipées depuis longtemps du corps médical, le discours d’opposition n’est plus nécessaire, analyse plutôt le médecin Martin Winckler. Vous ne voulez pas voir un médecin, vous assumez les risques et responsabilités de vos décisions. Plus le corps médical est proche du pouvoir et plus il véhicule son idéologie. En France, les médecins continuent de sortir de la haute bourgeoisie et se comportent comme l’élite politique : on sait ce qui est bon pour vous, il n’y a pas à discuter.»

Et la référence, c’est le corps de l’homme avec son «fonctionnement binaire : malade ou pas malade», poursuit Winckler, un des premiers soutiens du collectif de Françaises, dans Tu comprendras ta douleur (avec Alain Gahagnon, Fayard, 2019), pointant les préjugés qui biaisent la prise en charge de la douleur. «Le corps des femmes, c’est des bouleversements constants, la puberté, le cycle menstruel, la grossesse, la ménopause qui sont considérés comme pathologiques. Si la physiologie féminine servait de référence, on enseignerait qu’il n’y a pas de normes, seulement des variantes. Et c’est aux femmes de dire si elles sont acceptables ou pas.» Et de rappeler que les douleurs des femmes sont moins bien soulagées que celles des hommes : «On les croit moins et à même niveau de douleur exprimé, elles ont moins d’antalgiques.»

Les auteures ont collaboré avec plusieurs médecins pour s’assurer de la fiabilité des informations. Avec Notre Corps, nous-mêmes, le vécu des femmes, leur expression, rencontre la science. «Ce qui est novateur, et l’était dès la parution de la première édition, c’est d’articuler une perception que la femme peut avoir de son propre corps avec une connaissance biologique, hormonale, sexuelle. Il s’agit de faire le lien entre ce qui arrive physiologiquement dans le corps vivant et la perception qu’une femme peut en avoir», relève le philosophe du corps Bernard Andrieu, auteur de la Langue du corps vivant (Vrin, 2018). Comment écrire la sensation pour pouvoir la partager, la transmettre ? Avec quels mots ? Une fréquence cardiaque ne dit rien de l’expérience sensorielle interne d’un cœur qui s’emballe. «Le corps vivant est inconscient par rapport au corps vécu. Il a mal avant que vous ayez mal, il jouit avant que vous vous disiez "ça y est je suis en train de jouir". Il est en avance sur notre perception. On le connaît par l’émersion, tous ces signaux incontrôlés qui remontent : la faim, la douleur, le plaisir, les rêves… Nous sommes informés par notre corps vivant, cela arrive à la conscience, je songe que j’ai mal ou joui, mais c’est déjà une représentation culturelle, je suis déjà dans le corps vécu.»

Corps «bioculturel»

Charnel et politique, le corps est «bioculturel», selon l’expression d’Andrieu. «Les gender studies nous ont enseigné que le genre était culturel, le corps des femmes l’est aussi. Avoir ses règles au Japon ou en Angleterre, ce n’est pas pareil, cela dépend des représentations. Ce type d’ouvrage nous rappelle que le corps des femmes n’est pas totalement culturel.» Et, surtout, il s’agit d’un corps rassemblé, unique, entier. Le philosophe souligne l’approche holistique du projet : «Le livre évoque l’ensemble des expériences de la femme dans la société, c’est un corps unifié qui se transforme, vieillit, alors que les politiques publiques sur la contraception, la grossesse, la famille, le harcèlement au travail, parcellisent le corps vivant de la femme en autant d’objets de prévention.» On coupe la femme en tranches, selon ses âges, ses rôles. Des tranches comme des parts de marché. «Avoir une réflexion globale est toujours délicat, car c’est risquer de proposer un modèle», souligne-t-il.

Mais dans Notre Corps, nous-mêmes, le projet politique d’émancipation «repose sur un savoir indigène, produit par les actrices elles-mêmes, enrichi par la communauté. Tout l’inverse d’un Laurence Pernoud, "je vous donne un modèle et suivez-le".» Les femmes du collectif n’en sont pas vraiment sorties indemnes. «On ne détruit pas le patriarcat en écrivant un livre», disent-elles en conclusion. L’écriture fut une épreuve, elles confient en être sorties transformées, bousculées jusque dans leurs lits.

L’anti-Instagram

«Si Notre Corps, nous-mêmes a détruit des pans de patriarcat dans nos vies, alors certaines batailles sont gagnées. Encore faut-il que ce qui s’est passé en nous puisse se rejouer auprès de nos lectrices.» On le feuillette, on y plonge et on y pioche. Il est déstabilisant et libérateur. On y revient comme on retrouve ses copines après le travail. Et, désormais, il est là. Il nous manquait mais on ne le savait pas encore. «Mon corps m’appartient.» Oui mais comment ? Notre Corps, nous-mêmes, c’est comme si on avait enfin la notice. Le livre est tout à la fois un outil et une arme, pour se connaître et se défendre. On a envie de le prêter à sa mère comme à sa fille ; on a autant envie d’essayer l’autocontrôle du col de l’utérus que de demander une augmentation. Foisonnant sans être bordélique. Rigoureux sans être chiant. Intime sans être voyeur.

La question de l’enfant, en avoir ou pas, est traitée dans le chapitre «Produire et se reproduire», reliée au travail, rémunéré ou non. La violence va avec l’autodéfense, et les techniques pour riposter, se relever, voire se venger. Les règles vont avec la ménopause. Les récits, tantôt drôles tantôt graves, sont parfois tel un haïku, d’autres fois, ils coulent sur plusieurs pages. Ce n’est jamais empathique, c’est délicat. L’intime sans la mise en scène de soi, et qui se raconte à la première personne du pluriel. Subjectivité assumée et collective qui nous épargne la peine de l’écriture inclusive pour lui préférer l’écriture «non sexiste», sorte de ripolinage grammatical finement mené. Côté illustration, c’est l’anti-Instagram. Toutes les photos sont des contributions qui alternent avec des schémas anatomiques ou des gros plans de vulves, qui permettent de comprendre précisément de quoi on parle. C’est un peu flou, plutôt mal cadré et souvent en bazar. Elles se parlent, traînent en pyjama, se baignent, marchent, jouent avec des gosses, partent en vacances, travaillent, accouchent, rient, mangent. Tout un monde de routines débarrassé des normes. Qui est-ce ? Elles sont petites filles ou vieilles dames, tatouées, rondes, noires, trans… Rien n’est légendé.

Notre Corps, nous-mêmes, collectif, éd. Hors d’atteinte, 384 pp., 24,50 €.

20 février 2020

Un séisme de magnitude 3,8 ressenti dans le secteur de Brest

Un séisme de magnitude 3,8 a été enregistré ce mercredi soir, dans la rade de Brest.

Ce mercredi à 22 h 20, une secousse sismique a été ressentie dans le secteur de Brest. Le RénaSS (Réseau national de surveillance sismique) l’a enregistrée avec une magnitude de 3,8, à 10 km de profondeur, dans la rade entre Brest et Plougastel-Daoulas. Elle avait, dans un premier temps, été évaluée à 3,4.

Cette intensité a des effets mineurs : entre 3 et 4, le tremblement est « ressenti sans causer de dommages ».

Un précédent tremblement de terre de magnitude 2,9 s’était produit dans la rade de Brest, le 20 août 2019.

seismes bretagne

Séismes. Quels sont les risques en Bretagne ?

La terre tremble régulièrement en Bretagne. Mais pour Olivier Dauteuil, tectonicien à l’université de Rennes 1, ces secousses ne doivent pas inquiéter les habitants de l’ouest de la France.

Comment expliquer l’activité sismique dans l’ouest de la France ?

Cette question fait toujours débat. Il y a deux causes possibles. Cette activité pourrait venir soit des mouvements de la plaque ibérique (où se trouve l’Espagne), soit des mouvements de la plaque apulienne (où se trouve l’Italie), qui entrent en collision avec la plaque européenne (sur laquelle se situe la France). Peut-être des deux combinés.

Les mouvements de plaque ayant donné naissance aux Pyrénées et aux Alpes sont donc à l’origine des séismes que l’on ressent dans l’Ouest ?

Oui, pour simplifier, ça pousse en bordure de la France. Comme les chaînes de montagne n’absorbent pas toute la déformation, une partie se propage vers le nord. Et cela peut craquer, notamment le long d’une zone de faiblesse résultant d’une ancienne chaîne de montagnes (la chaîne hercynienne), avec toute une série de failles qui peuvent être réactivées.

Quel est le niveau de risque en Bretagne ?

La Bretagne est la troisième région sismique de France métropolitaine. Nous ne sommes pas au risque zéro, comme dans le bassin parisien. Mais le risque reste faible. En général, dans l’ouest de la France, la magnitude des séismes ne dépasse pas 3,5 sur l’échelle de Richter.

A-t-on déjà connu des séismes destructeurs dans notre région ?

Non, on n’a pas de traces dans le passé de forts séismes en Bretagne. Bien sûr, plus on remonte dans le temps, plus c’est compliqué de retrouver l’intensité des séismes. Cela dit, une magnitude de plus de 5,5 dans la région, cela serait vraiment étonnant.

Est-ce que cela peut arriver un jour ?

Le risque zéro n’existe pas. En l’état actuel des recherches, nous n’avons aucun moyen de faire de la prévision à 100 % sur les séismes. Mais les probabilités sont très faibles. Nous ne sommes pas à San Andreas (la faille qui traverse la Californie), ni même dans les Alpes. Il n’y a pas lieu de s’affoler !

Source : Le Télégramme

19 février 2020

Propos sur la vie privée : Olivier Faure dénonce une «faute grave» de Christophe Castaner

Après les propos du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, tenus ce mercredi matin sur France Inter, concernant sa vie privée, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a décidé de riposter. Il a dénoncé lors d'un point presse organisé cette après-midi devant l'Assemblée nationale : «Christophe Castaner a commis une faute grave. Dès lors, il appartient au président de la République, garant de nos institutions, de convoquer le ministre de l'Intérieur dans les meilleurs délais et d'en tirer les conséquences.»

Dans sa déclaration retranscrite aussi sur son compte Twitter, il s'indigne : «Ce matin une ligne rouge a été franchie. Le fait pour un ministre de l'Intérieur de chercher à intimider l'un des dirigeants de l'opposition en ayant recours à des insinuations relevant de sa vie privée est une atteinte au fondement de la démocratie.» Il ajoute : «Ce n'est pas une affaire personnelle. C'est une question de principes. C'est ce qu'on souhaité dire toutes celles et ceux qui, issus de toutes les familles politiques, ont témoigné de leur indignation. Christophe Castaner a commis une faute grave.» «La vie publique exige de la probité, de la dignité et le respect de l'Etat de droit. Depuis quelques jours, la vie politique a pris un tournant inquiétant», a déploré le député de Seine-et-Marne.

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Olivier Faure - photo ci-dessus

13 février 2020

Comment protéger le mont Blanc et son écosystème ?

mer de glace

Emmanuel Macron présentera, jeudi, des mesures en ce sens, après avoir visité la mer de Glace, dont la fonte est l’illustration spectaculaire de l’impact du réchauffement en France.

Après une nuit en altitude, Emmanuel Macron visite, jeudi matin 13 février, la mer de Glace, pour illustrer les dégâts du réchauffement climatique et promouvoir le virage écologique annoncé pour la suite du quinquennat.

Mercredi soir, le chef de l’Etat a emprunté le petit train qui monte jusqu’au célèbre glacier, accompagné d’un groupe d’experts et de responsables associatifs, pour discuter de l’impact du réchauffement. Il détaillera jeudi, à Chamonix, des mesures de protection du mont Blanc.

Emmanuel Macron a présidé mercredi à l’Elysée un conseil de défense écologique. A la sortie, Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique, a confirmé une extension des parcs naturels et des mesures d’adaptation aux inondations.

L’Etat s’engage aussi à des pratiques écoresponsables : forfait annuel de 200 euros pour inciter les fonctionnaires au vélo ou au covoiturage, arrêt des achats d’objets en plastique à usage unique, parkings à vélos et bornes électriques sur ses sites. Le conseil a également annoncé la création d’une aire protégée du site du mont Blanc d’ici à la fin de l’année. Des mesures que les associations écologistes ont globalement jugées insuffisantes.

Pour son dîner mercredi dans l’hôtel surplombant la mer de Glace, Emmanuel Macron a réuni notamment le climatologue Jean Jouzel, la biologiste Camille Parmesan et la spécialiste de la biodiversité Anne Larigauderie, de l’IPBES, qui a publié l’an dernier un rapport glaçant sur la disparition des espèces.

Autour de la table se trouvaient aussi des dirigeants d’associations comme Michel Dubromel, président de France Nature Environnement, et des personnalités, dont l’explorateur-aventurier sud-africain Mike Horn, de retour du Pôle nord où il a alerté sur la fonte des glaces. Mike Horn revient aussi du rallye du Dakar, honni des écologistes.

macron mont blanc

Jeudi matin, le président descendra les 500 marches qui mènent au célèbre glacier, alternance de roches grises et de glace vive bleutée, dont la fonte accélérée ces dernières années — plus de 120 mètres de glace perdus en un siècle — est l’illustration la plus spectaculaire de l’impact du réchauffement en France.

Des mesures de protection du mont Blanc

Il doit ensuite détailler, à Chamonix, des mesures de protection du mont Blanc et de son écosystème, menacés par la surfréquentation et les incivilités. Le massif, qui culmine à 4 809 m, sera davantage protégé par l’entrée en vigueur d’un arrêté préfectoral de protection naturelle.

Ces derniers étés, plusieurs incongruités ou dégradations ont émaillé les ascensions du mont Blanc, dont les pentes attirent chaque année 20 000 visiteurs : l’atterrissage d’un avion de tourisme non loin du sommet pour que deux alpinistes suisses n’aient plus qu’à gravir les derniers mètres, un Britannique qui avait monté un rameur sans réussir à le redescendre, des Lettons qui avaient tenté de monter un mât de 10 mètres pour y faire flotter leur drapeau… Les autorités ont également décidé de rendre obligatoire la réservation en refuge, pour lutter contre les bivouacs sauvages.

M. Macron s’arrêtera ensuite à Saint-Gervais-les-Bains, pour déjeuner avec les élus locaux. Avec les associations locales, ils veulent l’interpeller sur la pollution entraînée, dans cette vallée de l’Arve, par le passage de trop nombreux poids lourds. Laurent Wauquiez, président de région, avec le maire de Chamonix, Eric Fournier, soutenu par La République en marche, lui ont demandé dans une lettre ouverte de réglementer les camions les plus polluants dans le tunnel du Mont Blanc et de développer le ferroviaire dans la vallée.

« Je ne peux pas interdire aux camions de passer », a répondu le chef de l’Etat au Dauphiné libéré, préconisant une politique européenne de renouvellement du parc, pour éviter de pénaliser les seuls routiers français.

13 février 2020

Les coups de vent s’enchaînent : après Ciara, ça va souffler fort jeudi et ce week-end

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Un nouveau coup de vent est attendu sur la Bretagne, ce jeudi, avant l’arrivée d’une autre dépression le week-end prochain, quelques jours après la tempête Ciara.

Les coups de vent s’enchaînent en ce début d’année 2020 sur le nord de l’Europe. Et la Bretagne n’est pas épargnée. La tempête Ciara a soufflé fort le week-end dernier, avec des rafales de vent au-delà des 100 km/h sur les caps exposés. À peine le temps de s’en remettre qu’une autre dépression arrive dans les prochaines heures, avec un risque de coup de vent avéré sur la région.

D’après La Chaîne Météo, qui a émis un bulletin d’alerte ce mercredi après-midi, le vent va sérieusement se renforcer dans la nuit de mercredi à jeudi, touchant principalement le littoral de la Manche. « À partir de 2 h, le vent de sud deviendra fort sur les littoraux du Finistère. Il se généralisera ensuite sur l’ensemble des littoraux du nord-ouest jusqu’en fin de nuit. Les rafales pourront alors avoisiner 90 à 110 km/h et localement 120 km à130 km/h sur la côte des Légendes au nord-ouest du Finistère », précise La Chaîne Météo.

Nouvelle tempête ce week-end

Et ce n’est pas fini ! Une nouvelle dépression est annoncée pour le week-end prochain. Cette tempête, baptisée Dennis par les services météorologiques britanniques, pourrait toucher les côtes bretonnes dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 février. Là encore, les conditions d’un coup de vent devraient être réunies, avec des rafales probablement supérieures à 100 km/h sur le littoral de la Manche.

« On peut s’attendre à des conditions très ventées sur la moitié nord de la France. (…) On peut raisonnablement s’attendre à ce que nous soyons secoués par un bon coup de vent au nord de la Loire et davantage sur les côtes de la Manche », prédit La Chaîne Météo. Sur les îles britanniques, notamment l’Irlande et l’Écosse, « les rafales de vent pourraient être tempétueuses ».

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13 février 2020

Nissan réclame 83 millions d'euros à Carlos Ghosn via une plainte au civil au Japon

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Nissan a porté plainte mercredi devant un tribunal civil au Japon pour réclamer 10 milliards de yens (83,4 millions d'euros) de dommages et intérêts à son ancien patron Carlos Ghosn, qui poursuit lui-même le constructeur automobile pour rupture abusive de son contrat. Le groupe japonais explique dans un communiqué que cette plainte vise à récupérer une «partie significative» des dommages causés selon lui par son ancien patron durant des années de «mauvaise conduite et d'activités frauduleuses» de sa part.

21 février 2020

L’immense salon du Vintage revient au Carreau du Temple !

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2020 signe le grand retour du SALON DU VINTAGE™ à Paris les 22 et 23 février au Carreau du Temple et l’on va y filer fissa !

Design, mode, décoration, découverte insolite et activités, le salon est vite devenu la référence en matière de trouvailles et de chine chez les Parisiens depuis son lancement en 2007.

Il revient donc cette année avec une centaine d’exposants venus de toute l’Europe et une superbe exposition inédite « Hommage à Karl Lagerfeld ».

Pour la première fois à Paris, une exposition rétrospective Hommage à Karl Lagerfeld sera présentée dans une scénographie inédite en plein coeur du Salon. Grâce à la participation de la Maison Anoushka, le Salon du Vintage reviendra sur les créations iconiques du créateur disparu il y a déjà plus d’un an : des premières pièces du Kaiser de la maison Chloé dans les années 70, jusqu’à ses années Chanel où il a su transfigurer à sa manière l’esprit de Gabrielle Chanel.

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2000m2 dédié au vintage

Les mordus de vintage ne sauront plus où donner de la tête avec 100 exposantstrié sur le volet et installés sur 2000m2 au cœur du Marais.

On y trouvera le meilleur du design, du mobilier, de la mode et du luxe mais aussi des accessoires, des vinyles, des jouets et du « neo-vintage » pour les plus pointus…

Un succès garanti d’autant plus que la préoccupation écologique gagne du terrain chez les acheteurs : consommer moins et mieux, dénicher de vraies belles pièces que l’on gardera à vie, recycler, transformer et acheter en seconde main… Tant de gestes qui réduisent l’emprunte carbone et augmentent de façon significative l’allure et l’élégance…

Chiner, c’est le nouveau chic, et ce n’est pas Karl qui dirait le contraire.

Des activités insolites

Salon avec barbier, tatoueur, relooking, bornes d’arcades, performances de danseurs de talent et stand de nourriture où la gourmandise sera à l’honneur : allez-y tôt et flânez-y des heures !

Infos pratiques :

Salon du Vintage 2020

Samedi 22 et Dimanche 23 Février 2020 de 10h-19h

Le Carreau du Temple

4, Rue Eugène Spuller – Paris 3

Entrée : 5 €

Gratuit pour les moins de 8 ans

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11 février 2020

Coronavirus : le président chinois veut des mesures « plus fortes » alors que le bilan dépasse les 1 000 morts

La province du Hubei déplore une centaine de nouveaux morts en une journée. Xi Jinping est apparu à la télévision nationale le visage recouvert d’un masque de protection.

Le chiffre et l’image sont hautement symboliques. Le nombre de morts en Chine dus au coronavirus 2019-nCoV a dépassé la barre des mille après l’annonce par les autorités, mardi 11 février au matin, de 103 nouveaux décès dans la province du Hubei, portant à 1 011 le bilan des victimes. Et parallèlement à cette progression, le président Xi Jinping est apparu à la télévision nationale le visage recouvert d’un masque de protection.

Alors que l’épidémie apparue en décembre dans un marché de Wuhan (au centre du pays) a contaminé plus de 42 200 personnes selon le dernier bilan quotidien, le numéro un chinois s’est rendu lundi dans un quartier résidentiel de Pékin pour assister aux efforts de lutte contre la contagion et visiter un hôpital.

Dans un long reportage diffusé au journal télévisé du soir, M. Xi est apparu pour la première fois avec le visage recouvert d’un masque de protection, comme le fait désormais l’immense majorité de ses compatriotes. Il s’est laissé prendre la température de l’avant-bras à l’aide d’un thermomètre électronique, un rituel désormais courant dans le pays à l’entrée des lieux publics. On l’a vu ensuite discuter à distance respectable avec des habitants du quartier, masqués eux aussi.

Le président chinois a évoqué la situation à Wuhan, placée de facto en quarantaine depuis le 23 janvier, ainsi qu’une grande partie de sa province, le Hubei, où se comptent le plus grand nombre de victimes. « L’épidémie au Hubei et à Wuhan reste très grave », a-t-il reconnu, appelant à prendre « des mesures plus fortes et décisives pour enrayer résolument l’élan de la contagion ».

Son gouvernement a déjà pris des mesures radicales en interdisant à quelque 56 millions d’habitants du Hubei de quitter la province. En outre, deux hauts responsables de la province ont été limogés, a annoncé mardi la télévision d’Etat, après des critiques de l’opinion sur leur gestion de la crise.

Zhang Jin, le principal responsable communiste à la Commission provinciale de la santé, et Liu Yingzi, la directrice, ont été démis de leurs fonctions sur décision du comité permanent du Parti communiste chinois (PCC) pour le Hubei. Cette décision semble vouloir apaiser l’opinion publique, qui réclamait des têtes après la mort de Li Wenliang. Cet ophtalmologue fait désormais figure de héros national face à des responsables locaux accusés d’avoir cherché à étouffer ses révélations.

Un ancien vice-ministre de la Commission nationale (ministère) de la santé, Wang Hesheng, remplace les deux responsables limogés.

Le Hubei est au cœur de l’épidémie, loin devant les autres régions de Chine et l’étranger : il concentre 96 % des plus de 1 000 morts enregistrés jusqu’à présent, et 74 % des cas de contamination.

Les transmissions hors de Chine inquiètent l’OMS

Le bilan des morts dépasse désormais celui du Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), qui avait traumatisé le pays en 2002-2003 et coûté la vie à 774 personnes dans le monde. En dehors de la Chine continentale, le virus a tué deux personnes, une aux Philippines et une autre à Hong Kong. Plus de 320 cas de contamination ont été confirmés dans une trentaine de pays et territoires. Les ministres européens de la santé se réuniront en urgence jeudi à Bruxelles pour discuter de mesures coordonnées contre l’épidémie.

L’expansion du virus hors de Chine pourrait s’accroître avec la transmission de la maladie par des personnes n’ayant jamais voyagé dans ce pays, a prévenu dimanche le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Nous ne voyons peut-être que la partie émergée de l’iceberg », a averti Tedros Adhanom Ghebreyesus, alors qu’une « mission internationale d’experts » de l’OMS est arrivée lundi en Chine.

Pas de nouveaux cas en France, les tests de Haute-Savoie négatifs

« En ce qui concerne la situation en France, il n’y a pas de nouveaux cas ce jour. Nous avons toujours onze cas confirmés dont un cas sévère », a indiqué lundi le directeur général de la santé, le professeur Jérôme Salomon, faisant le point de l’évolution de l’épidémie en France lors d’un point presse.

A propos des six malades hospitalisés à Bordeaux et dans les établissements parisiens Bichat et La Pitié, leur état « est tout à fait satisfaisant », hormis celui d’un patient chinois âgé « toujours en réanimation dans un état critique à Bichat ». Les cinq personnes porteuses du virus aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie) « sont hospitalisées et dans une situation clinique tout à fait rassurante, il n’y a pas d’inquiétude aujourd’hui sur leur état de santé », a-t-il poursuivi.

En Haute-Savoie, ce sont jusqu’ici « 61 personnes qui ont été testées, et 61 personnes ont eu un test négatif », a-t-il ajouté, soulignant qu’à cette date, « il n’y a pas de chaîne de transmission », ce qui est « rassurant pour la population concernée » dans ce département.

La ministre de la santé Agnès Buzyn et la ministre de la recherche, Frédérique Vidal, ont annoncé lors de ce point presse avoir décidé de débloquer 2,5 millions d’euros pour des travaux de recherche autour du coronavirus, menés en France par des consortiums multidisciplinaires.

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La Chine au ralenti

En Chine même, la sortie du président Xi coïncide avec une timide reprise du travail lundi en dehors des régions sous quarantaine, même si les étudiants restent en vacances et que les entreprises sont incitées à laisser leurs employés travailler à domicile.

A Pékin comme à Shanghai, la circulation automobile connaissait un léger regain d’activité, même si les deux mégapoles restaient très loin de leurs embouteillages habituels. Le métro de Pékin n’enregistrait que 50 % de sa fréquentation normale pour un jour de semaine, selon les médias publics.

Dans les bureaux, la mairie de Shanghai conseille d’éviter les regroupements de personnel en adoptant des horaires décalés, en évitant les repas entre collègues qui doivent conserver entre eux une distance d’au moins un mètre. Les systèmes d’aération par soufflerie doivent rester éteints.

Signe des difficultés économiques provoquées par le virus, Pékin a annoncé lundi un bond de plus de 20 % des prix de l’alimentation en janvier. Une flambée liée aux différents blocages routiers imposés dans l’ensemble du pays dans l’espoir d’endiguer l’épidémie. A la télévision, Xi Jinping s’est voulu rassurant, affirmant que l’impact du virus serait « de courte durée ». Il a appelé à « faire très attention à la question du chômage » et à « éviter des licenciements à grande échelle ».

Les Etats-Unis envoient du matériel médical au Laos

Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir envoyé du matériel médical au Laos, pays frontalier de la Chine, dans le cadre d’un programme de 100 millions de dollars (environ 90 millions d’euros) destiné à enrayer la propagation du nouveau coronavirus.

L’Agence internationale pour le développement (USAID) a indiqué avoir notamment envoyé 440 lunettes de protection et 1 500 blouses chirurgicales au Laos.

De son côté, le président américain Donald Trump s’est voulu rassurant : « D’ici avril, ou au cours du mois d’avril, la chaleur en général tue ce genre de virus, a-t-il déclaré depuis la Maison Blanche. Ce serait une bonne chose. » Une affirmation jugée discutable par les experts, alors que beaucoup d’aspects du virus restent à découvrir.

20 février 2020

Karl Lagerfeld

karlexpo

Voilà presque un an que le directeur artistique iconique de la maison Chanel est décédé, laissant derrière lui une industrie de la mode endeuillée. Si de nombreux hommages ont déjà été rendus à Karl Lagerfeld, une nouvelle exposition parisienne va permettre aux fans du créateur de (re)découvrir le travail de ce dernier. Les 22 et 23 février prochain, le Salon du Vintage accueillera en effet l’exposition « Hommage à Karl Lagerfeld », soit une rétrospective « sur les créations iconiques et croquis » de celui disparu le 19 février 2019. L’occasion de retracer le parcours hors norme de l’infatigable créateur, désormais inscrit au panthéon de la mode.

Salon du Vintage, les 22 et 23 février 2020 au Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller, Paris III.

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