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Jours tranquilles à Paris
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16 mai 2020

Cannes 2020 annulé : Thierry Frémaux expose ses solutions pour faire vivre le Festival

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Le directeur délégué du Festival de Cannes Thierry Frémaux en 2018.Le directeur délégué du Festival de Cannes Thierry Frémaux en 2018. (SYSPEO/SIPA)

Jacky Bornet - Rédaction Culture - France Télévisions

Alors que le 73e Festival de Cannes aurait dû commencer mardi 12 mai, pour être ensuite repoussé à juin-juillet, et enfin annulé sous sa forme habituelle en raison de la pandémie de coronavirus, le délégué général du Festival Thierry Frémaux a annoncé plusieurs mesures. Leur but : maintenir la vitrine que représente le plus grand festival de cinéma du monde pour les films.

Spike Lee reviendra comme président du jury en 2021

L’annulation sine die du Festival est un crève-cœur pour Thierry Frémaux, pour Pierre Lescure, président du Festival de Cannes, et pour tous les professionnels du cinéma, sans parler des cinéphiles. Mais le délégué général a exposé des solutions pour le faire vivre dans une longue interview au magazine professionnel britannique Screen International et à L’Obs.

Ainsi, l’événement que constituait la présence du réalisateur Spike Lee (BlacKkKlansman, Grand prix 2018), comme premier président du jury afro-américain, est reporté à 2021. Il devait apporter dans ses valises cette année son nouveau film Da 5 Blood, réalisé pour Netflix, film qui devait être présenté hors compétition.

La sélection du nouveau film de Paul Verhoeven (Elle), Benedetta, avec Virginie Efira en nonne du XVe siècle faisant des miracles, fera également partie de la sélection officielle 2021.

Marché virtuel et label

Si le Marché du film est, lui, maintenu online du 22 au 26 juin pour les distributeurs et producteurs, pas question de donner accès aux films de la 73e édition sur une plateforme de streaming, ne serait-ce qu’aux critiques.

Mais les enjeux sont tellement importants pour ces œuvres, qu’il n’est pas question de les laisser sur le bord du chemin. De ce point de vue Thierry Frémaux, a affirmé à plusieurs reprises que les "vendeurs" du marché (les producteurs venus vendre leurs productions aux distributeurs), sont demandeurs du Label Cannes2020 initié par le Festival pour valoriser leurs films.

La sélection 2020

La sélection officielle complète du festival sera annoncée début juin, a précisé le délégué général à Screen, en ajoutant que le comité y travaillera jusqu’à cette date. Elle comportera toujours les trois sections : compétition, hors compétition et Un certain regard, mais avec moins de films. Il n'y aura toutefois pas de jury donc pas de palmarès. En revanche la sortie des films sera programmée comme d’habitude entre juin et le printemps suivant. Mais le plus important est de "prévoir des événements avec les cinémas", précise Thierry Frémaux. C’est aux films prévus pour le grand écran que le Festival donnera la priorité, au détriment de ceux qui seront directement disponibles en VOD.

La quantité de films soumis au comité de sélection dépasse comme chaque année les 1 500. Parmi les titres de la sélection figure le nouveau Wes Anderson, The French Dispatch, tourné en France avec un casting dix étoiles : Bill Murray, Tilda Swinton, Timothée Chalamet, Owen Wilson, Frances McDormand, Adrien Brody, Benicio Del Toro, Mathieu Amalric, Léa Seydoux et Willem Dafoe. Un film monté comme un recueil de nouvelles, dont la sortie est prévue le 14 octobre. Inattendu : c’est un film Disney.

Nanni Moretti a été retenu avec Trois histoires qui recoupe en trois chapitres les déboires de familles bourgeoises vivant dans le même immeuble. Bruno Dumont est sélectionné avec Par un demi-clair matin, interprété par Léa Seydoux en journaliste de terrain vedette, mise sur la sellette. A ses côtés : Blanche Gardin et Benjamin Biolay.

Léa Seydoux dans \"Par un demi-clair matin\" de Bruno Dumont.Léa Seydoux dans "Par un demi-clair matin" de Bruno Dumont. (Copyright 3B Productions)

C’est également le retour de Léos Carax avec Annette, où sont réunis Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg et la chanteuse Angèle qui fait ses premiers pas au cinéma. L'histoire d'un couple hollywoodien et de leur fille Annette, une enfant mystérieuse au destin exceptionnel. Enfin, Pixar fait une fois de plus partie de la sélection avec Soul, où un homme sur le point de réaliser son rêve s’interroge sur la signification d’avoir une âme…

We Are One : A Global Film Festival

Dernier temps fort de ce 73e Festival, l’accord conclu entre une vingtaine de festivals pour faire face à la situation exceptionnelle et inédite de la pandémie.  "Avec le label Cannes2020 et le Marché du film online nous sommes en train de concevoir un Cannes hors les murs, qui constitue le troisième étage de la fusée prévu pour l’automne.  Nous irons à Toronto, Deauville, Angoulême, San Sebastian, New York, Busan en Corée et même au Festival Lumière de Lyon (…). Nous voulons même aller plus loin avec Venise en présentant des films en commun", s’enthousiasme Thierry Frémaux. "Mais on en saura plus en juin" précise-t-il.

Cette initiative collective a été rejointe par le festival de Tribeca, basé à New York et initié entre-autres par Robert De Niro. Elle s'est enrichie d'un festival online, We Are One :A Global Festival qui  proposera du 29 mai au 7 juin des longs-métrages, des courts-métrages, des documentaires, de la musique et des tables rondes virtuelles. L’accès sera gratuit sur YouTube, le but étant de solliciter des dons qui reviendront à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour lutter contre la pandémie.

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16 septembre 2011

"Erotica" - Photos de Daïdo Moriyama à la Galerie Da End

Exposition du 15 Septembre au 30 novembre 2011

Vernissage le jeudi 15 septembre 2011 à 18h

youtube_daido_moriyamaPlus connu pour sa vision des villes et de leurs signes, Daido Moriyama est aussi un photographe de nus. Né en 1938, il a commencé la photographie comme assistant de Eikoh Hosoe un grand maître de la photographie japonaise, avant de se lancer dès 1963. Avec ses rares nus, il a révolutionné un art où innover est difficile. Sa première série, datée de 1969, aborde le nu de manière inédite : une dizaine d’images, mal tirées, une femme sans visage et sans identité, sur un lit, les positions sont naturelles, sans fard ni pose, jambes écartées, cul en l’air, sous le drap ou la douche. Instantanés d’avant, pendant et après l’amour.

La galerie Da-End va présenter pour la première fois cet aspect méconnu de l’oeuvre de l’une des figures emblématiques de la photographie contemporaine : de cette première série pour le magazine Provoke (1969) qui décidera un jeune publicitaire - Araki - à se lancer à plein temps dans la photographie, aux remix perpétuels que sont les nus du mythique Kagerou («Mayfly»,1972), sans oublier l’incroyable feuilleton érotique qu’il réalisera pour Playboy. En tout une cinquantaine de photographies, du noir et blanc, mais aussi et surtout des clichés érotiques parfaits et en couleur, une couleur monochrome comme il les aime. Texte : Patrick Rémy. Photo : Daïdo Moriyama (source : internet)

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Ci-dessus l'entrée de la Galerie Da End (Rue Guénégaud).

Photos prises hier soir au cours du vernissage. Photos prises avec mon téléphone mobile Nokia N8.

Quelques liens à propos de Daïdo Moriyama :

Ici et ou encore ICI et aussi

25 août 2011

25 août 1944 : Libération de Paris

Une cinquantaine de Parisiens ont prêté leurs archives personnelles sur la Libération de Paris qui figureront dans le montage audiovisuel, "Mémoire d'une insurrection - Hommage au Peuple de Paris", qui sera diffusé jeudi soir sur le parvis de l'Hôtel de Ville.

Cette collecte de quelque 500 documents, photos, dessins, journaux, cartes de résistants, est le résultat d'un appel au prêt lancé en mai dernier par la Ville de Paris et le Mémorial Leclerc-Musée Jean Moulin.

Cinquante-quatre personnes ont prêté ou donné leurs documents, qui ont été sélectionnés par un comité d'experts pour figurer dans l'hommage audiovisuel réalisé par Daniel Charpentier, indique la mairie. Il s'agissait de trouver des témoignages sur les combats mais aussi sur la vie quotidienne des Parisiens pendant ces quelques jours décisifs, du 19 au 25 août 1944, qui ont abouti à la Libération de Paris.

Cet hommage audiovisuel sera diffusé jeudi à partir de 17 heures sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Le public pourra aussi entendre le témoignage de Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin et historien de la Résistance, et le Chant des Partisans, après une prise d'armes et la présentation des fanions du général Leclerc et des FFI d'Ile-de-France.

Le maire de Paris Bertrand Delanoë va également participer ce 25 août à plusieurs hommages aux héros connus ou inconnus de la Libération, du maréchal Leclerc de Hauteclocque aux fonctionnaires de la Ville de Paris et aux conseillers de Paris morts pour la France.

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MAJ du 27 août : voir les photos en cliquant ICI

5 août 2011

Lady Gaga: son livre de photos avec Terry Richardson sera hot

Lady_Gaga_Terry_Richardson_Homotography_2"Terry a été avec moi pendant presque un an et, Mon Dieu, je ne lui ai rien caché... il était avec moi à chaque minute, chaque instant. Il n'y a aucun filtre. Il a des photos de moi quand je me réveille le matin, quand je me brosse les dents, quand je suis aux toilettes, dans mon bain, sous ma douche. Et le truc avec Terry, si vous connaissez un peu sa photographie, c'est que rien n'est mis en scène. Je veux dire, c'est un peu ce pourquoi il est réputé. Il peut vous faire faire des choses, il peut capturer des choses que personne ne peut capturer".

C'est en ces termes que Lady Gaga explique le livre de photos réalisé avec Terry Richardson qui sera publié le 22 novembre prochain.

L'ouvrage, qui sera composé de 350 photos, est le fruit d'une collaboration de 10 mois pendant lesquels le photographe a suivi la chanteuse, aussi bien en concert que lors de ses meetings humanitaires. 

Ce n'est pas la première fois que les deux artistes collaborent. La fine équipe avait déjà travaillé ensemble pour le magazine Suprême, en février 2011, ainsi que pour produire LA couverture du Vogue Hommes Japon de septembre 2010 (sorte de prélude à sa robe en viande). "Ce que j'aime tellement avec Terry c'est qu'il pense que tout est vraiment beau. Je suis toujours en train de l'appelerlady_gaga_vogue_homme_japan_terry_richardson_total_front_skeuds 'Oh, Terry, sors de là!' et il me répond 'Oh, c'est tellement beau, laisse-moi le prendre en photo'. Je suis tellement à l'aise avec Terry, je l'aime tellement. C'est un ami très proche et je suis très honorée qu'il ait pu voyager avec moi."

Mais Richardson ne s'est pas contenté de suivre la chanteuse, il a aussi suivi ses fans. "Ce que je préfère, franchement, c'est que Richardson aimait les fans. Il les prenait en photo de la même manière qu'il me prenait moi: sans prétention. Pas de 'Oui, mais elle sort des disques et pas eux'. Pas de ça. La musique était à nous tous. Il venait backstage et disait 'Oh mon Dieu, les fans', et je lui répondais 'Je sais... Je sais ce que tu viens de photographier". Et il disait "Baby, Wow!" avant de me filmer en train de pisser dans une tasse ou d'autres trucs ridicules."

20 juillet 2011

Big Brother - l’artiste face aux tyrans - Dinard

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jusqu’au 11 septembre 2011

Palais des Arts et du Festival

2, boulevard Wilson - Dinard

Forte de son succès et pour la troisième année consécutive, la ville de Dinard renouvelle son engagement en faveur de l’art contemporain avec « Big Brother - l’artiste face aux tyrans », une exposition sur la relation de l’art avec le pouvoir, regroupant les grands noms de l’histoire contemporaine de l’art mais aussi les nouvelles figures de la création.

A travers une sélection de cinquante œuvres d’art contemporain d’une trentaine d’artistes, il s’agit de questionner devant chaque œuvre l’attitude de l’artiste : qui est son tyran, quelle est sa manière de lui résister? A la fin du parcours, comme dans une tragédie grecque ou comme dans le « Ministère de l’Amour » du livre de Georges Orwell, ces deux protagonistes sont renvoyés face à face dans un jeu de miroir renversant où « Big Brother », est à la fois celui qui observe et celui qui est observé.

Œuvres de : Adel Abdessemed, Francis Alÿs, Brigitte Aubignac, Ziad Antar, André Butzer, Zoulikha Bouabdellah, Claire Fontaine, Nathan Coley, Mircea Cantor, Maurizio Cattelan, Johan Creten, Braco Dimitrijevic, Dmitry Gutov, Kendell Geers, Jenny Holzer, Ramin Haerizadeh, Rokni Haerizadeh, William Kentridge, Käthe Kollwitz, Claude Lévêque, Andrei Molodkin, Fahrad Moshiri, Wilfredo Prieto, Martial Raysse, Marc Seguin, Cindy Sherman, Jaan Toomik, Joana Vasconcelos, Sislej Xhafa, Yan Pei-Ming, Zhang Huan.

 

 

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17 juillet 2011

Rafle du Vel d'Hiv

Aujourd'hui, a eu lieu, comme chaque année, la cérémonie en mémoire aux personnes déportées à la suite de la rafle du vélodrome d'hiver. Comme je suis en train de lire le tome 2 des mémoires de Jacques Chirac, je souhaite retranscrire ici quelques phrases extraites de l'allocution de Jacques Chirac du 16 juillet 1995.

« Le 16 juillet 1942,450 policiers et gendarmes français, sous l'autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis. Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de 10 000 hommes, femmes et enfants juives furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police. On verra des scènes atroces : les familles déchirées, les mères séparées de leurs enfants, les vieillards - dont certains, anciens combattants de la Grande Guerre, avaient versé leur sang pour la France - jetés sans ménagement dans les bus parisiens et les fourgons de la préfecture de police. On verra, aussi, des policiers fermer les yeux, permettant ainsi quelques évasions. Pour toutes ces personnes arrêtées commence alors le long et douloureux voyage vers l'enfer. Combien d'entre elles ne reverront jamais leur foyer ? Et combien, à cet instant, se sont senties trahies ? Quelle a été leur détresse ? La France, patrie des Lumières et des droits de l'homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. Conduites au vélodrome d'hiver, les victimes devaient attendre plusieurs jours, dans les conditions terribles que l'on sait, d'être dirigées sur les camps de transit - Pithiviers ou Beaune la Rolande - ouverts par les autorités de Vichy. L'horreur, pourtant, ne faisait que commencer. Suivront d'autres rafles, d'autres arrestations. À Paris et en province. 74 trains partiront vers Auschwitz. 76 000 déportés juifs de France n’en reviendront pas. Nous conservons à leur égard deux une dette indescriptible... »

« Je veux me souvenir que cet été 1942, qui révèle le vrai visage de la « collaboration », dont le caractère raciste, après les lois antijuives de 1940, ne fait plus aucun doute, sera, pour beaucoup de nos compatriotes, celui du sursaut, le point de départ d'un vaste mouvement de résistance.

Je veux me souvenir de toutes les familles juives traquées, soustraites aux recherches impitoyables de l'occupant et de la milice, par l'action héroïque et fraternelle de nombreuses familles françaises... »

« Certes, il a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n'a jamais été à Vichy. Elle n'est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres, incarnée par le général De Gaulle. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur de ces français, ces « justes parmi les nations » qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l'écrit Serge Karlfeld, les trois quarts de la communauté juive résidante en France, ont donné vie à ce qu'elle a de meilleur. Les valeurs humanistes, les valeurs de justice, de liberté, de tolérance qui fondent l'identité française et nous obligent pour l'avenir... Sachons tirer les leçons de l'histoire. N'acceptons pas d'être les témoins passifs, ou les complices, de l'inacceptable. »

Pages 73 et suivantes du livre « Le temps présidentiel » de Jacques Chirac. Editions Nil.

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19 juillet 2018

Fin de l’état d’urgence en Turquie

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Ce régime d’exception, qui élargit les pouvoirs du président et des forces de sécurité, avait été initialement mis en place le 20 juillet 2016 pour une durée de trois mois.

L’état d’urgence instauré en Turquie après la tentative de putsch du 15 juillet 2016, qui a permis aux autorités de mener de vastes purges, est arrivé à expiration tôt jeudi 19 juillet, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu.

Ce régime d’exception, qui élargit les pouvoirs du président et des forces de sécurité, avait été initialement mis en place pour une durée de trois mois ; il avait été sans cesse prolongé depuis. La septième et ultime extension de trois mois, qui avait débuté le 19 avril, a expiré jeudi à 1 heure (mercredi 22 h 00 GMT). Ankara avait récemment annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvelle prolongation.

Traquer putschistes et prokurdes

Sous l’état d’urgence, les autorités turques ont traqué de façon implacable les putschistes présumés et les personnes perçues comme leurs sympathisants, mais elles ont aussi visé des opposants prokurdes, des journalistes critiques et des ONG.

Selon le gouvernement, l’état d’urgence était nécessaire pour permettre aux forces de sécurité de lutter efficacement contre toute menace dans la foulée de la tentative de coup d’Etat de juillet 2016. Cependant, des organisations de défense des droits de l’homme et des responsables occidentaux accusent le président, Recep Tayyip Erdogan, d’en avoir tiré profit pour réduire au silence toute voix critique dans le pays.

L’état d’urgence reste notamment associé en Turquie aux purges rythmées par des décrets-lois souvent publiés la nuit annonçant le limogeage ou la suspension de milliers, voire de dizaines de milliers de fonctionnaires à la fois.

Pouvoirs élargis

Sa levée survient moins d’un mois après la victoire de M. Erdogan à des élections cruciales qui lui ont apporté de nouveaux pouvoirs, comme la possibilité d’émettre dans de nombreux domaines des décrets à valeur de loi, comme sous l’état d’urgence. L’annonce de la fin de l’état d’urgence n’a d’ailleurs pas rassuré l’opposition, qui accuse le gouvernement de vouloir prolonger ses effets à travers un projet de loi « antiterroriste » présenté cette semaine au Parlement.

Ce texte, consulté par l’Agence France-presse (AFP), contient plusieurs mesures inspirées de l’état d’urgence, comme la possibilité pour les autorités de continuer de limoger les fonctionnaires liés à des « groupes terroristes » pendant encore trois ans. Une autre mesure, très critiquée, vise à élargir les pouvoirs des gouverneurs des provinces, qui pourraient restreindre les déplacements de certains individus ou interdire l’accès à certaines zones.

Ankara affirme que de telles mesures sont nécessaires pour ne pas affaiblir la lutte contre le « terrorisme » après la levée de l’état d’urgence. Le porte-parole de M. Erdogan, Ibrahim Kalin, a par ailleurs récemment indiqué qu’il pourrait être rétabli en cas de « situation vraiment exceptionnelle ».

19 juillet 2018

L’impasse du Brexit fait monter l’hypothèse catastrophe d’un divorce sans accord

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Par Philippe Bernard, Londres, correspondant, Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen- Le Monde

Au Royaume-Uni, où le dossier du divorce avec l’UE est devenu synonyme de crise politique, aucune des issues possibles n’est soutenue par une majorité parlementaire.

Sauvée ! Une fois encore, la générale en chef du Brexit, Theresa May, a échappé à l’embuscade. Mardi 17 juillet, dans une atmosphère électrique aux Communes, il a fallu que quatre députés eurosceptiques de l’opposition travailliste votent avec le gouvernement pour sauver, à un cheveu près, la première ministre britannique, qui ne possède qu’une minuscule majorité parlementaire à Westminster. Douze députés conservateurs anti-Brexit lui ont fait défection, votant avec le Labour un amendement favorable au maintien dans l’union douanière européenne.

Après une journée de chaos, ce texte pro-européen visant à obliger Theresa May à renoncer à sa principale ligne rouge – la sortie du marché unique et de l’union douanière – a été rejeté de justesse par 301 voix contre 307.

La première ministre ne contrôle plus son propre parti – en cours d’implosion – et le Brexit est devenu synonyme de crise politique et d’impasse. Aucune des issues possibles au divorce avec l’Union européenne (UE) n’est soutenue par une majorité parlementaire. S’il en fallait la preuve, les derniers jours l’ont administrée.

Plus conciliant à l’égard de l’UE, le « livre blanc » de Theresa May sur l’avenir des relations avec le continent après le Brexit a déclenché un tollé aux tories. La visite de Donald Trump, qui a soufflé sur les braises, a donné des ailes aux pro-Brexit les plus durs. Lundi, ils sont passés à l’offensive à l’occasion de l’examen d’un projet de loi sur le commerce après le divorce. A la consternation des modérés, la première ministre leur a cédé, non pas sur un détail, mais sur un point central de son « livre blanc » : elle a accepté un amendement interdisant au Royaume-Uni de percevoir des taxes à la frontière pour le compte de l’UE, une mesure qu’elle veut emblématique de sa main tendue aux Vingt-Sept.

Radicalisation du débat

Ainsi, ni le « livre blanc » ni l’option nettement pro-européenne ni l’issue extrême d’une rupture avec l’UE sans le moindre accord (« no deal ») n’ont à ce stade les faveurs conjointes de la majorité parlementaire et du parti conservateur.

Partisans de ce dernier scénario, les extrémistes pro-Brexit n’ont pas, pour l’heure, les moyens politiques de leurs ambitions. Ils pourraient déclencher un vote de défiance (48 voix suffisent), mais ils ne le font pas, sachant qu’ils n’auront pas les 159 voix nécessaires pour faire tomber Theresa May.

Mais la radicalisation du débat est telle que le crash des négociations avec Bruxelles n’est plus une hypothèse d’école. « Beaucoup de tories eurosceptiques estiment que le choix est entre le plan de Theresa May et la sortie de l’UE sans deal », résume James Forsyth, chroniqueur à l’hebdomadaire conservateur The Spectator.

Furieux de voir la première ministre défendre le maintien dans le marché unique européen pour les marchandises, les partisans du « no deal » sortent peu à peu du bois. Le Brexit ultralibéral dont ils ont toujours rêvé consiste à transformer le Royaume-Uni en pays pratiquant le dumping fiscal, social et environnemental aux portes du continent. Pas question pour eux de rester dans une union douanière qui barre l’accès à leur nirvana : des accords de libre-échange purement « british » avec les Etats-Unis, l’Inde et la Chine.

« Lignes rouges » européennes

Mais ce « Singapour sur la Manche » heurte de plein fouet le vote populaire pro-Brexit qui recherche au contraire un Etat plus protecteur, voire protectionniste. Et les conséquences économiques immédiates – chaînes d’approvisionnement coupées, files de camion à la frontière – en seraient catastrophiques.

L’ex-patron du Foreign office, Boris Johnson, et l’actuel ministre de l’environnement, Michael Gove, attendent pourtant leur heure, misant sur une chute de Theresa May, voire de nouvelles élections pour promouvoir cette nouvelle révolution thatchérienne.

Ce scénario catastrophe, l’UE veut absolument éviter. Répondant à une question sur l’amende infligée aux responsables de la campagne pro-Brexit pour avoir enfreint le code électoral lors du référendum de 2016, Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne, a botté en touche : « La situation est assez compliquée pour que j’ajoute ici des commentaires. » A Bruxelles, personne n’ose encore dire officiellement son fait à Theresa May, de peur de l’affaiblir encore davantage et d’aggraver le chaos politique à Londres.

Le « livre blanc » de la première ministre ne respecte pas davantage les « lignes rouges » des Européens que ses précédentes propositions. Il réclame la poursuite de l’accès au marché intérieur européen sans en respecter les quatre libertés de circulation, puisque Londres veut se ménager la possibilité de contrôler sa migration.

L’échéance du Brexit se rapproche dangereusement

Les Britanniques souhaitent aussi maintenir leur participation dans des agences européennes (sécurité aérienne, sécurité des aliments), ce qui est incompatible avec l’autonomie de décision des Européens. Londres propose encore un système de double contrôle douanier, considéré comme une usine à gaz en puissance.

Pour autant, la Commission de Bruxelles et les Etats membres ne devraient pas repousser sèchement la proposition, sachant le capital politique qu’elle a déjà coûté à Theresa May. « Ce livre blanc ne doit pas être considéré comme une base de négociation, il est plutôt destiné à un usage de politique intérieure. Si on le décortique trop, on va casser la dynamique de discussion », relève un diplomate européen.

Si l’intérêt des Européens prime, ils ne souhaitent pas la chute de la première ministre britannique. Qui signifierait la perte de précieux mois de négociations, alors que l’échéance du Brexit se rapproche dangereusement : c’est pour dans huit mois. « Theresa May a fait preuve jusqu’à présent d’une vraie résilience », souligne un diplomate bruxellois. Les négociateurs, réunis à Bruxelles depuis le 16 juillet, se concentrent sur les aspects techniques de l’accord de divorce, les moins contentieux.

Preuve cependant que la crainte d’un « no deal » monte sérieusement à Bruxelles : la Commission a rédigé un document détaillant la marche à suivre en l’absence d’accord le 30 mars 2019, jour du Brexit officiel. Selon la chaîne irlandaise RTE, le texte souligne qu’au jour du divorce, les Etats membres devront considérer le Royaume-Uni comme un pays tiers et réintroduire les contrôles aux frontières, pour les biens et les personnes.

17 juillet 2018

Trump admet finalement l'ingérence des Russes dans la présidentielle 2016

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Rétropédalage.

Le président américain Donald Trump a assuré mardi admettre les conclusions de ses services de renseignement selon lesquels la Russie a bien interféré dans la campagne présidentielle en 2016, cherchant à apaiser la vive controverse après son sommet lundi avec Vladimir Poutine.

Le locataire de la Maison Blanche est revenu sur ses déclarations jugées trop conciliantes à l'égard du maître du Kremlin, expliquant s'être mal exprimé à Helsinki quand il a dit n'avoir aucune raison de ne pas croire les dénégations de Poutine sur l'interférence de Moscou dans l'élection. Le milliardaire américain a cependant précisé que cette ingérence de Moscou n'avait eu «aucun impact» sur le résultat du scrutin remporté. Libération.

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16 juillet 2018

Sand Van Roy décrit ses accusations de viol contre Luc Besson et "l'emprise" du réalisateur

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A Franceinfo, la comédienne décrit l'agression présumée qui l'a incitée à porter plainte.

Elle fait partie des femmes qui ont témoigné dans Mediapart contre le puissant réalisateur français. Parmi ces femmes, une ancienne directrice de casting a notamment écrit au procureur de la République de Paris, le 6 juillet, afin de dénoncer des faits qualifiés "d'agressions sexuelles". Cette femme en question aurait décidé de briser le silence après la plainte déposée par Sand Van Roy, le 18 mai dernier. Mediapart a pu obtenir les récits et les témoignages de quatre femmes ayant travaillé aux côtés du réalisateur.

Elles affirment toutes avoir été l'objet d'un "comportement sexuel inapproprié".

A Franceinfo, Sand Van Roy se confie sur "l'emprise" ainsi que sur les viols "répétés" qu'elle affirme avoir subis pendant plus de deux ans, entre 2016 et 2018, et détaille ce qui l'a poussé à porter plainte le 18 mai. La veille, elle aurait rejoint Luc Besson à l'hôtel Bristol à Paris depuis Cannes (Alpes-Maritimes). "Je suis rentrée car j'avais l'ordre de rentrer, pas parce que j'avais envie de le voir", assure -t-elle. Après avoir bu un verre de vodka au bar, elle se souvient d'avoir "perdu conscience", puis d'avoir reçu "un coup dans le dos sans savoir d'où il provenait" et d'être "tombée dans la salle de bains". Elle affirme que Luc Besson lui a "imposé des actes sexuels non désirés" et décrit : "Je sentais que ma vie était en danger". "C'est allé trop loin, ça n'avait jamais été aussi agressif ni violent."

Sur les photos qu'elle conserve dans son téléphone portable, que franceinfo a pu consulter, la jeune femme a un bleu à l'œil, "peut-être liée à la chute", et trois marques rondes dans le dos.

Le 6 juillet dernier, la comédienne a réalisé "un complément de plainte sur d'autres faits de viol, sous emprise et contrainte morale dans un contexte professionnel", détaille son avocate, Carine Durrieu-Diebolt.

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L’actrice de 28 ans assure avoir entretenu une liaison ponctuée de relations sexuelles non-consenties et «violentes» avec le cinéaste. Elle a déposé deux plaintes à l'encontre de ce dernier, les 18 mai et 6 juillet.

L’actrice de 28 ans assure avoir entretenu une liaison ponctuée de relations sexuelles non-consenties et «violentes» avec le cinéaste. Elle a déposé deux plaintes à l'encontre de ce dernier, les 18 mai et 6 juillet.

«Violences sexuelles : plusieurs femmes accusent Luc Besson.» L’enquête parue dans les colonnes de Mediapart, lundi 9 juillet, a fini d'accabler le cinéaste de 59 ans - qui nie toujours les accusations qui pèsent contre lui. Désormais, Sand Van Roy n'est plus seule. La comédienne belgo-néerlandaise de 28 ans est néanmoins la première à avoir accusé le patron d’EuropaCorp de l’avoir violée, dans la nuit du 17 au 18 mai, dans une suite du palace Le Bristol, à Paris.

Elle a de nouveau porté plainte contre le réalisateur du Cinquième élément, vendredi 6 juillet, pour des faits similaires. Elle évoque cette fois des rapports non-consentis et «violents», «parfois jusqu’au sang», qu’elle aurait entretenus avec le réalisateur entre mars 2016 et mai 2018. Elle aurait fini, toujours selon ses dires, par devenir «sa poupée Barbie privée qu’il contrôlait, habillait et brisait» à sa guise, ajoute-t-elle dans une interview accordée à Variety.

Ce samedi 14 juillet, au micro de FranceInfo, elle réitérait ses accusations et affirmait être «tombée dans la salle de bains» de la chambre d'hôtel du réalisateur après avoir reçu «un coup dans le dos sans savoir d'où il provenait». «Je sentais que ma vie était en danger, a-t-elle ajouté. C'est allé trop loin, ça n'avait jamais été aussi agressif ni violent.»

Selon l'avocate de l'actrice, interrogée par FranceInfo, il ne s'agissait pas d'une «relation affective ni amoureuse», mais plutôt d'un «lien professionnel» dans lequel «il a réussi à créer un système d'emprise», précédé d'une «mise en confiance». L'actrice explique par exemple qu'il lui aurait forcée de se teindre les cheveux en blond, de parler d'une certaine manière et de ne porter que des robes.

Stand-up et "Taxi 5"

Sand Van Roy rencontre le célèbre producteur en 2016. Luc Besson se dit alors intéressé par son projet de film Olga, sur lequel elle planche en tant que scénariste depuis 2014. Il lui offre un rôle secondaire dans Valérian et la cité des mille planètes, sorti le 26 juillet 2017, et celui de la petite amie de Malik Bentalha dans Taxi 5, dernier long-métrage en date du réalisateur, sorti en avril 2018. Le soir de son agression présumée, la jeune femme est encore en pourparlers avec Luc Besson pour figurer dans son film d’action, Anna, prévu pour 2019.

Tout cela est relativement nouveau pour elle. Sand Van Roy a grandi dans un univers étranger au box-office. Née en 1990, la jeune femme a commencé par le stand-up, avant d’écumer les scènes new-yorkaises, hollandaises et françaises, comme l'indique sa biographie IMDb. Un projet facilité par son aptitude à parler couramment anglais, français, allemand, néerlandais et italien. Son parcours conduit la jeune femme à assurer les premières parties d’humoristes comme Mathieu Madénian et Gad Elmaleh, ajoute VSD. Avant d’esquisser quelques rôles sur le petit écran, dans les séries What’s Up France (2017), Genius (2017) et Virgin (2016). À l'époque, elle apparaît rarement dans les médias.

"On ne dit pas non à Luc Besson"

Aujourd'hui, son témoignage attire lumière, soutiens et nouvelles prises de parole. Notamment celle d’une directrice de casting de la société EuropaCorp, qui a rédigé une lettre à l’attention du procureur de la République et du parquet de Paris. Dans la missive, consultée par Mediapart, elle raconte comment Luc Besson lui aurait notamment demandé «en présence du technicien de lui faire une fellation». Sans compter le glaçant mot d’ordre, employé dès les années 2000 par le cinéaste, comme l'assurait Geoffrey Le Guilcher dans sa biographie non-autorisée : «On ne dit pas non à Luc Besson». Une règle que Sand Van Roy a bel et bien fini par enfreindre.

14 juillet 2018

Sadiq Khan, l’homme qui a sérieusement réduit la grande visite à Londres de Donald Trump

sadiq

La réticence du président américain à s’aventurer sur son territoire est considérée comme une victoire pour le maire de la ville.

Sadiq Khan, l’homme qui a sérieusement réduit la grande visite à Londres de Donald Trump.

INTERNATIONAL - Il y a peu, le maire de Londres a été interrogé sur ce qu'il ferait si Donald Trump devait visiter sa ville. En sa qualité de tout premier musulman élu à la tête d'une grande capitale occidentale, Sadiq Khan aurait été en droit d'éluder la question.

Depuis sa victoire de 2016, avec le chiffre extraordinaire de 1,3 million de voix — la plus large victoire personnelle de l'histoire politique britannique —, il a fréquemment été la cible de tweets agressifs et à la limite du racisme de la part du président américain.

Mais l'ancien avocat spécialisé dans les droits de l'homme, qui, à la tête d'une ville rongée par la criminalité, fait lui aussi l'objet de critiques, a livré une réponse aussi élégante que caractéristique de son opposition avec Donald Trump.

"Je l'emmènerais dans ces endroits de Londres où règne la plus grande diversité, où chacun peut être lui-même tout en étant non seulement toléré, mais respecté, célébré et pleinement accepté", a-t-il affirmé.

Donald Trump a finalement obtenu ce fameux voyage au Royaume-Uni auquel il aspirait tant, avec thé en compagnie de la reine, parade militaire et conférence de presse commune avec Theresa May.

Mais ce n'est pas là la visite d'État qu'il désirait et que la Première ministre lui avait promise l'année dernière, lors de son propre passage à Washington. Pas de trajet en calèche avec la souveraine, un honneur dont avaient joui aussi bien Vladimir Poutine que George W. Bush. Pas de visite à Buckingham Palace, ni même au 10, Downing Street, la résidence officielle de Theresa May. Et pas de belles photos devant les nombreux grands monuments qui font la gloire de Londres.

L'atmosphère régnant sur la ville est clairement illustrée par la réaction de l'ambassade américaine à Londres: celle-ci recommande à ses ressortissants de demeurer discrets durant le passage de leur président, dans l'éventualité où les manifestations organisées contre lui seraient marquées par des violences.

En réalité, cet événement d'une remarquable sobriété s'est déroulé presque entièrement à huis clos. Point particulièrement remarquable, le chef de l'État américain a évité presque tout passage dans le centre-ville —sans doute par peur d'être confronté à environ 50 000 opposants, pour ne pas citer l'énorme ballon le représentant en couche-culotte qui flottera au-dessus de Westminster.

Tout maire de Londres a à la fois l'opportunité et l'ambition de prétendre un jour aux plus hautes fonctions de l'État — mais à l'heure où le Parti travailliste, sous l'influence de son chef Jeremy Corbyn, prend un virage de plus en plus à gauche, un politicien à tendance plus centriste tel que Sadiq Khan pourrait avoir bien du mal à faire son chemin jusqu'au 10, Downing Street.

Dans un tel jeu politique, s'affirmer comme une personnalité très en vue est un atout essentiel, et une petite confrontation avec l'homme le plus puissant (et, pour beaucoup, le plus détesté) du monde ne peut pas faire de mal à son image de marque. Le contraste entre les deux est frappant: là où Donald Trump a passé sa campagne à diaboliser les immigrés et à qualifier les Mexicains de "violeurs", Sadiq Khan n'a jamais manqué une occasion de rappeler que son père était un conducteur de bus pakistanais.

Son ascension à un poste si convoité — encore occupé, pendant les Jeux olympiques de 2012, par Boris Johnson, défenseur du Brexit et plutôt favorable à Donald Trump — n'avait rien d'une évidence en 2005, lorsqu'il n'était qu'un simple député de la circonscription de Tooting.

Après la défaite travailliste aux élections législatives de 2010, Sadiq Khan s'est trouvé condamné à se languir sur les bancs de l'opposition. Candidat à l'investiture de son parti pour la mairie de Londres, il était d'abord considéré comme un simple outsider face à Tessa Jowell, célèbre pour son rôle clé dans l'attribution des Jeux olympiques à la capitale.

EVENING STANDARD

Dans un article de l'Evening Standard, Zac Goldsmith accuse Sadiq Khan de fournir à l'extrémisme

Après sa victoire du sein de son camp, son adversaire conservateur Zac Goldsmith — un millionnaire très proche de David Cameron, alors Premier ministre — a fait un bien mauvais calcul: celui qu'une nette partie de la population reculerait à la perspective de voir sa ville dirigée par un musulman. Il s'est donc efforcé de salir la réputation de son opposant par des accusations de sympathies avec la mouvance islamiste, aujourd'hui reconnues comme une pure invention.

Loin de servir l'objectif voulu, ces coups bas ont joué en faveur de leur cible, participant à sa victoire aussi inattendue qu'écrasante.

Le candidat du parti Britain First — collectif ouvertement raciste dont Donald Trump reprendrait ensuite certaines thèses via une série de retweets, s'attirant un énième scandale — a tourné le dos au nouveau maire lors de l'annonce du résultat.

HUFFPOST UK

Paul Golding, chef du parti Britain First, tourne le dos à Sadiq Khan pendant son discours de victoire — sous les yeux du conservateur Zac Goldsmith, autre candidat malheureux.

Mais on ne peut affirmer que cette élection ait sonné le début d'une grande période de changement et d'essor pour Londres.

Le vote du Brexit est tombé à peine un mois plus tard, et en à peine plus d'un an, la ville a été endeuillée par deux terribles attentats terroristes et l'incendie de la tour Grenfell, avec ses 72 victimes.

C'est au cours de cette difficile période que le maire s'est pour la première fois confronté à Donald Trump. Leur premier conflit est survenu suite à l'attentat du pont de Westminster, au cours duquel un terroriste a renversé de nombreux passants et poignardé un policier désarmé, laissant un bilan de six morts.

Le président américain a alors tiré parti de cette tragédie pour vanter son projet de décret anti-immigration visant plusieurs États à majorité musulmane.

"Nous devons être intelligents, vigilants et durs", affirmait-il sur Twitter. "Nous avons besoin que les tribunaux nous rendent nos droits. Nous avons besoin du décret anti-immigration pour nous assurer un niveau de sécurité renforcé!"

Quelques semaines plus tard, le maire lui répondait:

Sadiq Khan

@SadiqKhan

 If he comes to London, President Trump will experience an open and diverse city that has always chosen unity over division and hope over fear. He will also no doubt see that Londoners hold their liberal values of freedom of speech very dear.

7:10 PM - Apr 26, 2018

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S'il se rend à Londres, le président Trump découvrira une ville d'ouverture et de diversité, qui a toujours préféré l'unité à la division et l'espoir à la peur. Il verra également, sans nul doute, que les Londoniens tiennent profondément à leurs valeurs progressistes, et particulièrement à la liberté d'expression.

Puis est arrivé l'attentat du London Bridge, où des islamistes ont tué huit personnes et blessé des dizaines d'autres.

La réaction de Donald Trump: une attaque brutale envers Sadiq Khan, accusé de préférer un discours "politiquement correct" à une action ferme.

Donald J. Trump

@realDonaldTrump

 We must stop being politically correct and get down to the business of security for our people. If we don't get smart it will only get worse

1:19 PM - Jun 4, 2017

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Nous devons cesser d'être politiquement corrects, et nous consacrer vraiment à assurer la sécurité de notre population. Si nous ne nous montrons pas plus intelligents, les choses ne feront qu'empirer.

Donald J. Trump

@realDonaldTrump

 At least 7 dead and 48 wounded in terror attack and Mayor of London says there is "no reason to be alarmed!"

1:31 PM - Jun 4, 2017

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Au moins 7 morts et 48 blessés dans un attentat terroriste et le maire de Londres affirme qu'il n'y a "pas de raison de s'alarmer!"

Vous avez remarqué qu'on n'est pas en train de débattre des armes à feu? C'est parce qu'ils se sont servis de couteaux et d'une voiture!

Face à ces nouvelles affirmations, un porte-parole de Sadiq Khan a déclaré que le maire avait "mieux à faire que de répondre à des tweets mal informés où Donald Trump sort délibérément ses paroles de leur contexte".

Une réaction que le président américain a ensuite qualifiée de "pathétique".

La tension est de nouveau montée entre nombre d'hommes politiques britanniques et Donald Trump lorsque ce dernier n'a pas hésité à partager trois vidéos anti-islam diffusées par le mouvement extrémiste Britain First.

TWITTER

L'une des vidéos à l'authenticité douteuse retweetées par Donald Trump. Sa source Jayda Fransen, vice-présidente du parti Britain First, a depuis été exclue de Twitter.

Le président américain s'est ensuite dit "prêt à s'excuser" pour ces publications, où figuraient de nombreuses affirmations erronées et particulièrement clivantes sur la communauté musulmane.

Le maire de Londres a été parmi les premiers à réagir:

Sadiq Khan

@SadiqKhan

 President Trump has used Twitter to promote a vile, extremist group that exists solely to sow division and hatred in our country. It's increasingly clear that any official visit from President Trump to Britain would not be welcomed.

11:59 AM - Nov 30, 2017

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Le président Donald Trump a utilisé Twitter pour mettre en avant un répugnant mouvement extrémiste, dont l'unique raison d'être est de semer la division et nourrir la haine au sein de notre pays. Il devient de plus en plus clair que toute visite officielle de sa part au Royaume-Uni ne serait pas la bienvenue.

Ces événements ont également instauré un rapport de confrontation entre les deux hommes, si bien qu'à l'émergence du débat sur la politique consistant à séparer les enfants de clandestins de leurs parents à la frontière mexicaine, Sadiq Khan n'a pas tardé à interpeller Donald Trump sur le sujet:

Sadiq Khan

@SadiqKhan

 President Trump's ban on refugees and immigrants from certain countries is shameful and cruel. https://www.facebook.com/MayorofLondon/posts/409741652705331 …

11:55 AM - Jan 29, 2017

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Le rejet des réfugiés et des migrants issus de certains pays par le président Donald Trump est aussi honteux que cruel.

Mais le président américain n'est pas le seul homme politique de premier plan à reprocher au maire des événements survenus à Londres.

Face au récent pic des homicides dans la capitale britannique —qui a même dépassé la proportion de meurtres dans la ville de New York, au printemps—, l'animateur de télévision Piers Morgan compte parmi les personnalités reprochant à Sadiq Khan son absence de déclaration publique après un jour férié particulièrement meurtrier, un peu plus tôt dans l'année.

Finalement confronté aux questions des journalistes, le maire s'est efforcé de détourner les accusations en s'en prenant aux coupes du gouvernement dans le budget de la police — une démarche jugée choquante par les familles des victimes, même s'il a finalement annoncé une série de mesures en faveur de l'augmentation du budget de la police.

Pour d'autres, son traitement de la crise du logement est loin d'être à la mesure des changements radicaux qui s'imposent: la pénurie chronique d'habitations salubres a été tragiquement mise en exergue par l'incendie de la tour Grenfell.

Sadiq Khan, qui rédigerait parfois lui-même ses communiqués de presse, a remporté sa victoire électorale en se présentant comme un ardent défenseur de la justice et de l'égalité. Sa promesse d'aider des promoteurs à bâtir "au minimum" 80 000 nouveaux logements sociaux par an lui avait valu le vote de nombreuses familles en difficulté.

Mais à la moitié de son mandat et alors que la demande atteint des sommets, il a reçu des critiques quant à la lenteur de la mise en œuvre de ses promesse électorales. En 2017-2018, la construction de 12.500 nouveaux logements "abordables" a toutefois commencé, et l'élu a également lancé un plan pour construire 10.000 logements sociaux dans la capitale d'ici à 2022.

Sadiq Khan s'était aussi engagé à geler les tarifs des transports en commun et à investir dans les infrastructures à travers l'organisme public consacré. Mais aujourd'hui, les embouteillages sont en hausse — un mauvais présage pour d'autres importants engagements touchant à la pollution de l'air —, et les projets d'amélioration du réseau prennent du retard.

Tout cela ne passe pas inaperçu auprès de la population: un sondage effectué au mois de mai signale une chute de 9% de sa popularité.

Mais Sadiq Khan garde un atout majeur: son image de progressiste pro-européen, dans une ville où le vote anti-Brexit a localement atteint les 70%.

Le maire de Londres comme le président des États-Unis semblant bien décidés à être candidats à leur propre succession, l'histoire de ces deux figures est encore loin d'être terminée.

Cet article, publié à l'origine sur le HuffPost britannique, a été traduit par Guillemette Allard-Bares pour Fast For Word.

13 juillet 2018

Albert Watson

Le calendrier Pirelli 2019 sera réalisé par Albert Watson, l'un des photographes les plus influents de tous les temps, célèbre pour son style unique et puissant, caractérisé par une virtuosité technique difficile à égaler.

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Durant quatre décennies d'histoire photographique, il a laissé une marque durable et persistante dans la meilleure tradition de représentation exemplaire, claire et convaincante qui invite à réfléchir et à méditer à travers la contemplation. Dans des centaines de couvertures de magazines et de portraits, il a célébré des personnalités de tous horizons, de tous horizons et de toutes personnalités de manière persistante et fortement iconographique et dans des séances de photos pour les magazines les plus prestigieux du monde. mondes, symboles et objets. Albert Watson est un vrai maître contemporain. Sa photographie est celle dans laquelle les concepts de réalité, de créativité et d'ingéniosité sont racontés avec un style pointu et une maîtrise technique exceptionnelle. Il adore parler de ses images en disant que ses photographies peuvent être graphiques, purement conceptuelles ou en mouvement, mais lorsqu'elles sont figées, elles ressemblent aux images d'un film, à une partie et à la synthèse d'une histoire mais réussissent souvent à être tout à la fois.

Les photographies d'Albert Watson ont captivé les lecteurs de Vogue depuis le milieu des années 1970, avec Watson photographiant une centaine de couvertures stupéfiantes aux côtés de plus de 40 pour le magazine Rolling Stone. Watson a pris quelques-unes des photographies les plus reconnues au monde, du portrait de Steve Jobs apparu sur la couverture de sa biographie et de la photo d'Alfred Hitchcock tenant une oie épilée, au portrait d'une Kate Moss nue prise sur elle 19ème anniversaire. Les empreintes de Watson de ses photographies sont exposées dans des galeries et des musées du monde entier.

ALBERT WATSON, UN VRAI MAÎTRE CONTEMPORAIN

"On m'a donné un appareil photo à objectif fixe comme cadeau pour mon vingt et unième anniversaire. C'était un coup de tonnerre, une révélation. J'ai été frappé et j'ai immédiatement compris mon chemin. J'utilise toujours cette caméra ". C'est ainsi qu'Albert Watson raconte sa rencontre avec la photographie.

Né et élevé à Édimbourg, en Écosse, Albert Watson a étudié le design graphique au Collège d'Art et de Design Duncan de Jordanstone à Dundee, et le cinéma et la télévision au Royal College of Art de Londres. Quoique aveugle d'un œil depuis sa naissance, il étudie la photographie dans le cadre de son cursus. En 1970, il s'installe aux États-Unis avec sa femme, Elizabeth, qui obtient un emploi de professeur d'école primaire à Los Angeles, où il commence à tourner des photos.

Plus tard dans l'année, il rencontra un directeur artistique chez Max Factor, qui lui offrit sa première session de test, à partir de laquelle l'entreprise acheta deux plans. Son style distinctif a finalement attiré l'attention des magazines de mode américains et européens tels que Mademoiselle, GQ et Harper's Bazaar, qui l'ont réservé pour un tournage avec Alfred Hitchcock, la première célébrité qu'il a jamais photographiée. Peu après, il a commencé à faire la navette entre Los Angeles et New York, et en 1975, il a remporté un Grammy pour la couverture de l'album "Come and Gone" de Mason Proffit. En 1976, il a décroché son premier emploi chez Vogue. avec son déménagement à New York cette même année, sa carrière a décollé.

Au fil des ans, ses photographies sont apparues sur plus de 100 couvertures de Vogue dans le monde entier et ont été présentées dans d'innombrables autres publications, de Rolling Stone à Time à Harper's Bazaar, de nombreuses photos de mode ou portraits de stars du rock, rappeurs, acteurs et d'autres célébrités. Il a également créé la photographie pour des centaines de campagnes publicitaires pour de grandes entreprises, telles que Blumarine, Prada, Gap, Levi's, Revlon et Chanel. Il a tourné des douzaines d'affiches de films hollywoodiens, comme «Kill Bill» et «Memoirs of a Geisha», et a également réalisé plus de 100 publicités télévisées.

Ses photographies saisissantes et ses superbes reproductions faites à la main sont exposées dans des galeries et des musées du monde entier. Photo District News, nommé Albert Watson l'un des 20 photographes les plus influents de tous les temps. Il a également remporté de nombreux honneurs, dont un prix Lucie, un prix Grammy, trois prix Andys, un prix Der Steiger, un prix Hasselblad Masters; et la Médaille du centenaire, un prix d'accomplissement à vie de la Royal Photographic Society. La reine Elizabeth II a décerné à l'Ecossais un Ordre de l'Empire britannique (OBE) en juin 2015 pour sa contribution à l'art de la photographie.

Albert Watson a publié cinq livres: "Cyclops" (1994, Bullfinch); "Maroc" (Rizzoli, 1998); «Albert Watson» (Phaidon, 2007), «Strip Search» (PQ Blackwell / Chronicle 2010) et «UFO: Unified Fashion Objectives» (PQ Blackwell / Abrams 2010). Son dernier livre, «Kaos», a été publié par Taschen. à l'automne 2017.

Depuis 2004, Albert Watson a présenté des expositions personnelles au Museum of Modern Art de Milan, en Italie; le KunstHausWien à Vienne, en Autriche; le City Art Centre d'Édimbourg; le FotoMuseum à Anvers, en Belgique; le Forum NRW à Düsseldorf, en Allemagne; la Forma Galleria à Milan; Fotografiska à Stockholm, Suède; et le musée d'art multimédia de Moscou. Une rétrospective majeure, avec un nouveau travail qu'il a tourné au Bénin, en Afrique, a été présentée au Deichtorhallen à Hambourg, en Allemagne, en 2013.

Ses photographies ont également été présentées dans plusieurs expositions collectives, notamment à la National Portrait Gallery de Londres, au Metropolitan Museum of Art de New York, au Musée des beaux-arts Pouchkine de Moscou, au Musée de la photographie de Lianzhou en Chine, au Centre international de la photographie à New York, le Brooklyn Museum et le Deichtorhallen. Ses photographies font partie des collections permanentes de la National Portrait Gallery, du Metropolitan Museum of Art, du Smithsonian, du Parlement écossais, du Deichtorhallen, du Multimedia Art Museum et du Museum Folkwang d'Essen, en Allemagne, entre autres.

Albert Watson a toujours été un bourreau de travail. Les archives de son studio à Manhattan sont remplies de millions d'images et de négatifs, sur lesquels on peut lire des magazines et des compagnies de renommée mondiale. Son studio, également utilisé comme galerie personnelle, est rempli de photographies extraordinairement grand format, dont beaucoup ont été prises à Las Vegas. À première vue, ces paysages, intérieurs et portraits surprennent le spectateur avec leur gamme de couleurs douces et filtrées. Mais même dans ses nouvelles créations, il reste fidèle à lui-même. Les photographies créent une aura qui amène le spectateur dans l'image mais exige simultanément une distance respectueuse.

9 juillet 2018

Le Congrès de Versailles - Discours d'Emmanuel Macron

versailles congres

La lettre politique de Laurent Joffrin

L'entêté de Versailles

Trop long, comme toujours. Ainsi que dirait Audiard : c’est curieux, chez Macron, ce besoin de faire des phrases… Une heure et demie de discours devant le Congrès réuni à Versailles. Pour un président concentré sur les grandes orientations du pays, voilà une prolixité contre-productive, comme s’il fallait conjurer par l’abondance des mots les critiques et les déceptions exprimées dans le pays. Comme si, au passage, il n’y avait plus de Premier ministre, puisqu’on a assisté au double développement d’un plaidoyer touffu sur l’action passée et d’une description détaillée de la politique à venir, habituellement dévolues au chef du gouvernement. Un chef réduit au rôle ingrat d’exécutant transparent du plan tombé de l’Olympe.

«Je suis humble», dit le président. On pense au mot de Sacha Guitry : «en matière de modestie, je suis imbattable». Celui qui proclame son humilité se met d’autant plus en valeur. Mais au fond, l’intention est bonne. Laissons ce point au président.

Plus sérieux : dans ce mélange de mea culpa et de profession de foi, un point retient l’attention, sur lequel le président s’accroche comme à un credo. Macron n’est pas le «président des riches», dit-il, mais celui qui veut mettre fin aux «inégalités de destin». Louable volonté : c’est un fait que l’inégalité des chances s’est enkystée en France, malgré les efforts de tant de gouvernements. Qui peut se plaindre qu’on tente d’arracher chacun à l’assignation sociale née de son origine, de favoriser la mobilité sociale, de «réparer l’ascenseur social». Chaque homme du rang, tel le soldat de l’an II, a son bâton de maréchal dans sa giberne : quoi de plus républicain ? Mais cet appel à l’émancipation individuelle s’oppose, bien sûr, à l’égalitarisme socialisant du «vieux monde». Aide-toi et la société t’aidera : voilà qui économisera «un pognon de dingue».

Problème : tout le monde ne peut pas être «premier de cordée», même si cette place enviable est ouverte à tous. Macron raisonne comme si, pour ne plus être le «président des riches», mais celui de tous les Français, il suffisait que tous les Français deviennent riches. Version «en marche» du rêve américain, qui est un mythe utile, mais un mythe tout de même. Le bon vieux socialisme professait à l’inverse que chacun, quelle que soit sa place dans la société, en bas, en haut ou au milieu, avait droit à une protection, une dignité, une sécurité, quand bien même ses rêves d’ascension, d’enrichissement, seraient déçus. Il remarquait aussi que «l’inégalité de destin» était souvent déterminée par l’inégalité tout court, celle de la situation d’origine, et que réduire la deuxième, c’était aussi combattre la première. Bref, qu’une politique égalitaire englobait tout l’être social, et pas seulement la capacité à échap per au déterminisme de classe. Mais c’était, il est vrai, la naïve ambition du vieux monde… Place à la compétition, à la concurrence, à la course implacable vers le sommet, du moment que tous soient sur la même ligne de départ. Libéralisme contre social-démocratie : on n’en sort pas.

LAURENT JOFFRIN

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L'ÉDITO de Muriel Pleynet - Le Parisien

Jupiter redescend - un peu - sur terre

C’est un président « résolu » a-t-il dit, qui s’est présenté devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles, mais un président « humble » a-t-il d’emblée tenu à préciser comme pour mieux déminer les critiques qui lui sont adressées. Des critiques qu’Emmanuel Macron aurait donc entendues, lui à qui il est souvent reproché d’être - trop - sûr de lui, inflexible, voire… arrogant. Et le chef de l’Etat de reconnaître dans un rare exercice de modestie : « Je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout… ». Accusé d’être le président des riches, Emmanuel Macron a, par ailleurs, assuré n’aimer « ni les castes, ni les rentes, ni les privilèges »… Et incité les 100 plus grandes entreprises françaises à s’engager en matière d’apprentissage et d’embauches, notamment dans les quartiers en difficulté.Une inflexion sur la forme donc, dans le discours mais… aucun changement de cap. Il ne faut pas s’y tromper, si le président défend le bilan de sa première année de quinquennat, c’est pour mieux dresser la feuille de route de l’an-II. Réformes de l’assurance chômage, des retraites, de l’hôpital… La rentrée s’annonce aussi chargée que compliquée.

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en meme temps

Congrès de Versailles : les dix phrases à retenir du discours d’Emmanuel Macron - Le Parisien

Le chef de l’État a prononcé un long discours devant l’ensemble des parlementaires pour défendre sa politique et faire un premier bilan, plus d’un après son élection.

Une heure trente de discours. Emmanuel Macron s’est exprimé ce lundi après-midi face aux parlementaires réunis en Congrès à Versailles, pour la deuxième année consécutive. Au menu, l’analyse de l’an I du quinquennat, les promesses pour l’an II, et quelques annonces, dont une modification de la Constitution pour pouvoir répondre aux parlementaires lors des prochains Congrès. Ce qu’il faut retenir de ce discours, en dix formules.

« Je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout. »

Emmanuel Macron a assuré n’avoir « rien oublié des peurs, des colères accumulées pendant des années qui ont conduit notre pays à ce choix. Elles ne disparaissent pas en un jour, elles n’ont pas disparu en une année ».

Macron devant le Congrès à Versailles : « Je sais que je ne réussis pas tout »

« Je n’aime ni les castes, ni les rentes, ni les privilèges. »

Emmanuel Macron a plaidé pour un « capitalisme populaire retrouvé » où les salariés soient impliqués financièrement.

« Si l’on veut partager le gâteau, la première condition, c’est qu’il y ait un gâteau. »

Accusé par ses opposants d’être un « président des riches », Emmanuel Macron s’en est défendu et a martelé : « Il est mensonger de défendre les salariés si on ne défend pas les entreprises, il est impossible de prétendre distribuer si on ne produit pas assez. » « Une politique pour les entreprises, ce n’est pas une politique pour les riches. C’est une politique pour toute la nation, une politique pour l’emploi, une politique pour les services publics » et « pour ceux qui restent en marge », a-t-il ajouté.

« Rien ne changera pour les retraités d’aujourd’hui. »

Sur le sujet sensible des retraites, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de « refonder le régime de retraite » mais a assuré que cette réforme n’aurait pas d’impact pour les retraités actuels. Cette annonce a suscité de vives réactions chez certains parlementaires de l’opposition, avec des rires ou de légères huées. « Faire croire que nous voudrions supprimer les pensions de réversion est une rumeur malsaine, visant à faire peur », a-t-il également dénoncé.

« Il y a une voie française vers l’inégalité. »

Emmanuel Macron a estimé qu’il y avait des « inégalités de destin » en France « depuis plus de trente ans ». Pour le chef de l’État, les Français ne doivent pas être aidés à « vivre mieux la condition dans laquelle ils sont nés », mais le but est de leur permettre d' « en sortir ». Et pour cela, la « priorité de l'année qui vient » sera de « construire l'État providence du XXIe siècle ».

« Quelle gloire peut-on avoir avec une politique sociale qui a mené un enfant sur cinq à la pauvreté ? »

Alors que la présentation du plan pauvreté, prévue ce mardi, a finalement été reportée à la rentrée, Emmanuel Macron a promis des « choix budgétaires clairs » pour aider les plus pauvres. Ce ne sera « pas une politique de redistribution classique », a-t-il promis, alors que ce plan sera mis en œuvre « en 2019 ».

« La lutte contre le terrorisme est le travail d’une génération. »

Après les sujets économiques et sociaux, Emmanuel Macron s’est exprimé sur les attentats qui ont frappé la France depuis son élection et a salué les soldats français qui combattent en opération extérieure mais aussi ceux qui « nous défendent sur notre territoire », suscitant une standing-ovation des parlementaires. La lutte contre le terrorisme islamiste est « le combat d’une génération », a-t-il ajouté.

« Qui aurait cru que l’État devrait encore se battre pour que cesse le harcèlement au quotidien ? »

Le chef de l’État s’est exprimé sur le mouvement Metoo, lancé à l’automne dernier pour dénoncer le harcèlement sexuel des femmes. « Ce combat a d’abord surpris », a reconnu Emmanuel Macron, qui s’est aussi réjoui de la loi pour imposer l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. « Nous avons précédé un mouvement mondial », s’est-il vanté.

« La République n’a aucune raison d’être en difficulté avec l’islam. »

Emmanuel Macron a cependant déclaré qu’il « y a une lecture radicale, agressive de l’islam, dont les principes n’obéissent pas à des mots d’ordre religieux ». Le chef de l’État a annoncé la mise en place « dès l’automne » d’un « cadre et des règles garantissant » que l’islam « s’exercera partout de manière conforme aux lois de la République ».

« Jamais la France n’acceptera des déportations à travers l’Europe. »

Emmanuel Macron s’est aussi exprimé sur les migrants, alors que l’opposition l’accuse de ne pas être assez généreuse pour accueillir les réfugiés. « Cette jeunesse qui quitte l’Afrique pour prendre tous les risques, cette jeunesse du désespoir n’a, dans sa majorité, pas le droit à l’asile » a affirmé Emmanuel Macron. « Jamais la France n’acceptera les solutions de facilité, en déportant des étrangers aux portes de l’Europe », a-t-il conclu. « La frontière véritable qui traverse l'Europe est celle aujourd'hui qui sépare les progressistes des nationalistes » a -t-il ajouté.

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9 juillet 2018

En signe de protestation, Emmanuelle Seigner refuse de rejoindre l’Académie des Oscars

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Dans une lettre ouverte, l’actrice française proteste contre l’exclusion de son mari, Roman Polanski, de l’Académie, « pour satisfaire l’air du temps ».

Dénonçant une « amnésie » et une « insupportable hypocrisie », l’actrice française Emmanuelle Seigner annonce, dans une lettre ouverte publiée par le Journal du dimanche du 8 juillet, son refus de rejoindre l’Académie des Oscars. Une décision prise en protestation à l’exclusion par cette organisation de son mari, le réalisateur Roman Polanski.

« L’Académie américaine des arts et des sciences du cinéma me propose de la rejoindre, en compagnie d’autres actrices, au nom d’une féminisation par ailleurs nécessaire. Qui peut croire que je ne me sente pas concernée par l’égalité des femmes et des hommes ? »

« Féministe, je le suis depuis toujours, mais comment puis-je faire semblant d’ignorer que l’Académie, il y a quelques semaines, a mis à la porte mon mari, Roman Polanski, pour satisfaire l’air du temps. La même Académie l’avait récompensé de l’Oscar du meilleur réalisateur pour Le Pianiste en 2003. Curieuse amnésie ! », poursuit-elle.

« Cette Académie pense probablement que je suis une actrice suffisamment arriviste, sans caractère, pour oublier qu’elle est mariée depuis vingt-neuf ans avec l’un des plus grands metteurs en scène. Je l’aime, c’est mon époux, le père de mes enfants. On le rejette comme un paria et d’invisibles académiciens pensent que je pourrais “monter les marches de la gloire” dans son dos ? Insupportable hypocrisie ! », dénonce-t-elle.

Une « caricature machiste » de son époux

Qualifiant cette proposition d’« injurieuse », elle affirme être « la seule à pouvoir témoigner à quel point il [Polanski] regrette ce qui s’est passé il y a quarante ans ». Le réalisateur a plaidé coupable en 1977 de détournement de mineure pour avoir eu une relation illégale avec une adolescente de 13 ans. Au terme d’un accord amiable, des chefs d’accusation plus graves, dont viol d’une mineure de 13 ans sous l’emprise de stupéfiants, avaient été abandonnés.

Le conseil des gouverneurs de l’Académie a annoncé le 3 mai l’expulsion de M. Polanski et du comédien déchu Bill Cosby, condamné pour agression sexuelle. La décision se conformait au nouveau code de conduite adopté par la prestigieuse institution, dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein.

« Roman n’est en rien cette caricature machiste, symptôme du mal qui ravagerait le cinéma », conclut l’actrice de 52 ans.

Après cette expulsion, l’avocat américain du cinéaste, Harland Braun, a menacé de poursuivre l’Académie, jugeant qu’elle n’avait pas respecté la procédure en l’absence d’audience préalable de son client.

30 juin 2018

Gay Pride aujourd'hui...

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Une Marche des fiertés LGBT pour réclamer la PMA pour toutes

Par Gaëlle Dupont - Le Monde

La  Gay Pride 2018 se tient ce samedi à Paris avec comme mot d’ordre la lutte contre les discriminations dans le sport et dans la vie quotidienne.

Les mots ont été tracés sur le sol à la peinture blanche, en lettres capitales, à quelques jours de la Marche des fiertés du samedi 30 juin : « LGBT hors de France ». Dans la nuit du 25 au 26 juin, les drapeaux arc-en-ciel peints sur la chaussée d’un carrefour du quartier du Marais, à Paris, ont également été recouverts de blanc. Les traces du vandalisme ont disparu dans la journée, et les couleurs repeintes seront désormais permanentes.

Une étude publiée le 27 juin par l’IFOP est venue confirmer l’ampleur des discriminations subies par les homosexuels, bisexuels ou transgenres : plus de la moitié ont déjà été victimes d’une agression (insultes, attouchements ou gestes à caractère sexuel, menaces de révéler l’orientation sexuelle, viol…).

De quoi mobiliser les participants à la marche, rassemblés autour du mot d’ordre : les discriminations au tapis, dans le sport comme dans nos vies. La mise en avant du sport, qui vise à lutter contre la « loi du silence » dans ce milieu, est contestée par une minorité d’association comme Act Up-Paris. Selon l’Inter-LGBT (Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans), organisatrice, l’actualité le justifie.

La Coupe du monde de football se déroule en Russie, un pays où les homosexuels sont contraints de vivre cachés. De nombreuses associations, parmi les quatre-vingt-sept présentes, continueront cependant à réclamer en premier lieu l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires.

« Tous les voyants sont au vert »

« Notre mot d’ordre c’est : PMA, l’égalité n’attend pas », souligne Joël Deumier, président de SOS homophobie. Pour les associations, qui pensaient la mesure acquise après les promesses de campagne de François Hollande en 2012, l’attente a déjà trop duré.

« C’est une urgence sanitaire et une mesure de justice sociale, plaide Clémence Zamora Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT. Il y a aujourd’hui une différence entre celles qui peuvent partir le faire à l’étranger et celles qui n’ont pas les moyens. »

L’optimisme est aujourd’hui de mise chez les partisans de la mesure. « Tous les voyants sont au vert, affirme M. Deumier. L’ouverture de la PMA est un engagement de campagne d’Emmanuel Macron. Plusieurs instances se sont prononcées pour : le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, le Défenseur des droits. On attend désormais l’avis final du comité d’éthique à la rentrée, sachant qu’il s’est déjà dit favorable en juin 2017. »

Malgré la forte mobilisation des opposants, en particulier de La Manif pour tous, pendant les états généraux de la bioéthique qui se sont achevés en juin, les sondages montrent de leur côté une opinion favorable à environ 60 %.

« En 2013, lors du débat sur le mariage pour tous, les Français étaient très divisés à ce sujet, poursuit M. Deumier. Ce n’est plus le cas. » Signal jugé positif, la garde des sceaux, Nicole Belloubet, s’est déclarée pour l’ouverture de la PMA « à titre personnel », le 6 juin, sur RMC, tandis que la ministre de la santé, Agnès Buzyn, ne s’est, jusqu’à présent, pas prononcée.

« Des oppositions dures »

L’attitude d’Emmanuel Macron, lors d’un dîner à l’Elysée consacré aux sujets de bioéthique, le 23 mai, a calmé les inquiétudes. « Il ne donne pas le sentiment de vouloir rester dans le statu quo », résume Alexandre Urwicz, président de l’Association des familles homoparentales.

Egalement présente, la sociologue Irène Théry se dit « optimiste » sur l’ouverture de la PMA, mais également sur l’accès aux origines des enfants conçus par don de gamètes, l’autoconservation des ovocytes, et la reconnaissance des enfants nés par gestation pour autrui à l’étranger (GPA), des revendications qu’elle soutient. « Mais je sais bien qu’il y aura des oppositions dures, dit-elle. Et la double filiation dès avant la naissance pour les couples de femmes n’est pas acquise. »

Les associations commencent, elles aussi, à mettre en avant cette question de la filiation.

« Elle doit être établie sur la base d’une déclaration commune anticipée, soutient M. Urwicz. Sinon, celle qui aura porté l’enfant sera considérée comme la seule mère, et l’autre n’aura aucun droit. »

A moins de se marier et d’adopter l’enfant de sa conjointe, comme le font aujourd’hui les couples qui réalisent des PMA à l’étranger. D’autres questions se posent : la disponibilité des gamètes, le remboursement…

« Entendre la diversité des points de vue »

Autre bon signe avancé, l’Assemblée nationale s’est déjà mise au travail, alors que le projet de loi du gouvernement sur la bioéthique n’est attendu qu’à l’automne. Des députés des commissions des affaires sociales et des lois ont commencé à mener des auditions.

Une mission d’information de trente-six députés fera de même, en juillet et en septembre, avant de rendre un rapport. Elle sera présidée par le député (Les Républicains) de l’Ain Xavier Breton, hostile aux changements de la législation, tandis que son rapporteur (La République en marche, LRM, Rhône), Jean-Louis Touraine, leur est favorable. « Aujourd’hui, la plupart des députés ne connaissent pas bien ces sujets et se fondent sur leur conscience et leurs a priori, analyse ce dernier. L’objectif est d’entendre la diversité des points de vue afin de les amener à se faire un jugement rationnel. »

En raison du nombre important de sujets qui pourraient être traités dans la loi de bioéthique (PMA, mais aussi recherche sur l’embryon, don d’organes, données de santé), certains élus, comme Jean-François Eliaou (LRM, Hérault), rapporteur de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, ont commencé à plaider en faveur d’un projet de loi spécifique pour la PMA, examiné dans la foulée de la bioéthique. Les pros-PMA pour toutes redoutent qu’une telle mesure ne renvoie – une nouvelle fois – le sujet aux calendes grecques.

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19 juin 2018

Donald Trump a mis fin aux séparations des familles de migrants

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Donald Trump a mis fin aux séparations des familles de migrants arrivées illégalement aux Etats-Unis, qui ont provoqué une vague d'indignation mondiale et un profond malaise au sein de son parti. Photo : Une manifestation devant le bureau de l'immigration et des douanes (ICE) à San Francisco, le 19 juin 2018.

21 juin 2018

Melania Trump

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La première dame Melania Trump arrive à la base aérienne d'Andrews le 21 juin 2018, après avoir visité un centre accueillant des enfants migrants à McAllen, au Texas. Gaffe ou provocation? Le message sur sa veste fait polémique : «I really don’t care, do u ?» (Je m’en fiche complètement, et vous ?).

23 juin 2018

Turquie : Muharrem Ince, l’espoir des anti-AKP

Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante - Le Monde

Le candidat républicain à la présidentielle du 24 juin tente de fédérer l’opposition au président sortant et espère l’affronter lors d’un second tour.

Il est la révélation de la campagne. Combatif, mordant, bon polémiste, Muharrem Ince, candidat du Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche) à la présidentielle du 24 juin en Turquie, a de quoi donner des sueurs froides au président Recep Tayyip Erdogan, dont la silhouette écrase le paysage politique turc depuis plus de quinze ans.

De Diyarbakir (sud-est) à Izmir (mer Egée), en passant par Esenyurt, Bagcilar, Kuçukçekmece, les quartiers périphériques d’Istanbul, les meetings de Muharrem Ince déchaînent les passions. Manches retroussées, le verbe haut et clair, cet ancien professeur de physique chimie, 54 ans, a réussi à briser le tabou selon lequel Recep Tayyip Erdogan est imbattable.

Il sait mettre le doigt sur les failles du numéro un turc : sa dérive autocratique, sa mauvaise gouvernance économique. « Mon rival vit dans un palais, il est riche, ses affaires marchent bien. Il boit du thé blanc, alors que moi je bois le même thé que vous, je suis le candidat des misérables », a-t-il lancé face à la foule venue l’acclamer, le 10 juin, à Esenyurt. Eclats de rires dans l’assistance. L’allusion aux « misérables » renvoie à l’adjectif employé récemment par le président Erdogan à l’endroit de Muharrem Ince, « ce misérable ».

Quand Erdogan promet d’ouvrir des « maisons de lecture » dans chaque quartier, avec distribution gratuite de « thé, café, et cakes », le tribun du CHP parle nouvelles technologies, investissements, emplois pour les jeunes. A chacun de ses meetings, il conjure son rival de l’affronter lors d’un débat télévisé « pour parler économie seulement ». Refus du numéro un turc, il n’y aura pas de débat.

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Muharrem Ince 

« Le doyen du cake »

« Après quinze années au pouvoir, que vous promet-il ? Des ponts, des parcs pour le peuple et des cafés librairies ! Il dit que vous mangerez du cake gratis. Ma parole, il est le doyen du cake ! Moi, je m’engage à trouver des emplois à vos enfants », clame Ince, micro en main, un insigne du drapeau turc à la boutonnière de sa veste bleu marine. « Ince, président ! », scande la foule.

Son slogan favori, « la Turquie a besoin de sang neuf », a l’assentiment de l’assistance. Ugur, la trentaine, en est convaincu : « Il faut que cela change, le pouvoir des islamo-conservateurs est usé, eux-mêmes le reconnaissent. Erdogan a parlé d’une “usure du métal” dans son parti, mais ça le concerne au premier plan, lui aussi est usé. »

Commerçant en pièces détachées à Esenyurt, un quartier populaire et dynamique à la périphérie d’Istanbul, Ugur a toujours voté CHP : « C’est de famille. » Mais il sent autour de lui « un grand désir de changement » d’autant que « les gens se serrent la ceinture ».

L’économie va mal. Le régime ultraprésidentiel de M. Erdogan, qui doit entrer en vigueur après les élections, ne plaît guère aux investisseurs, qui craignent pour l’indépendance de la banque centrale. Les capitaux fuient, les investissements stagnent, les déficits s’accentuent, les entreprises du secteur privé, endettées à hauteur de 65 % du PIB, luttent pour restructurer les crédits libellés en dollars alors que la devise locale, la livre turque, ne cesse de se déprécier.

« Si l’opposition parvient à convaincre les électeurs que la poigne de fer d’Erdogan est une source d’instabilité, la trajectoire politique de la Turquie pourrait changer », écrit la chercheuse Asli Aydintasbas dans une tribune publiée par le Washington Post le 12 juin.

Député CHP au Parlement depuis seize ans, Muharrem Ince a déjà brigué à deux reprises la direction du vieux parti d’Atatürk contre Kemal Kiliçdaroglu, l’actuel chef du CHP. Il sait capter l’attention de tous les publics. Nombreux sont les Kurdes qui se disent prêts à lui donner leur voix malgré leur hostilité bien ancrée envers son parti, honni pour son mépris des minorités. Ses arguments font mouche, sa popularité grandit.

Les nationalistes l’approuvent, les conservateurs pieux louent ses égards pour la religion, lui qui a pris soin de diffuser sur son compte Twitter une photo avec sa mère et sa sœur, têtes recouvertes du foulard simple, noué sous le menton, typique de l’islam turc. Car Muharrem Ince n’hésite pas à affronter son rival Erdogan sur son terrain réservé : l’islam. « Ce n’est pas eux [les islamo-conservateurs au pouvoir] qui vont nous apprendre ce qu’est l’islam, nous sommes musulmans autant qu’eux. »

Front commun de l’opposition

Les instituts de sondages assurent qu’il affrontera le président sortant au second tour de la présidentielle, le 8 juillet. Selon les études d’opinion, Recep Tayyip Erdogan arriverait en tête du premier tour, avec de 39 % à 43 % des suffrages. Recueillir 51 % des voix dès le premier tour s’annonce comme une gageure. Crédité de 26 % à 30 % des voix selon les enquêtes, Ince arriverait deuxième.

Pour la première fois en quinze ans, l’opposition est parvenue à s’unir. Chacun présente son candidat au premier tour de la présidentielle, un accord de désistement devrait avoir lieu au second tour pour mettre fin au règne sans partage du « reis » Erdogan.

Pour les élections législatives qui ont lieu le même jour, les républicains du CHP, le vieux parti fondé par Atatürk, ont choisi de faire front commun avec deux autres formations de l’opposition – les nationalistes du Bon Parti, de Meral Aksener, et les islamistes du Parti de la félicité, de Temel Karamollaoglu.

La course est inégale. Pendant que le candidat Erdogan bénéficie de tous les leviers étatiques et médiatiques à sa disposition, l’opposition a ses meetings en plein air pour seule tribune. Les chaînes de télévision, progouvernementales à 90 %, ne les diffusent pas, ou très peu. En revanche, ceux du reis sont retransmis en intégralité.

Ainsi, pour la seule journée du 1er juin, le temps d’antenne consacré au candidat Erdogan était de 105 minutes, contre 37 minutes pour Muharrem Ince, 14 minutes pour Meral Aksener, 5 minutes pour Temel Karamollaoglu et 3 secondes pour le candidat prokurde Selahattin Demirtas, censé faire campagne depuis sa prison de haute sécurité à Edirne, dans l’ouest de la Turquie.

10 mai 2020

La réouverture des plages attendra

Ces dernières heures, les élus et les préfectures ont planché sur les protocoles de réouverture des plages en mode dynamique. Les choses avancent mais il faudra attendre quelques jours pour poser à nouveau les pieds sur l’estran.

En Bretagne, on guette avec impatience la signature du décret ministériel qui permettra de mettre en musique, d’une manière réglementaire, cette reconquête du littoral. « Il devrait tomber dans les heures à venir », confiait, samedi, Dominique Cap, maire de Plougastel-Daoulas (29) et président finistérien de l’Association des maires de France (AMF). « Vendredi, j’étais très optimiste. Je pensais qu’on allait pouvoir rouvrir notre littoral lundi. Aujourd’hui, je sais qu’il faudra faire preuve de patience et attendre plusieurs jours. »

Dans le Finistère, 114 communes littorales pourraient être concernées. À présent, le préfet souhaite que l’ouverture des plages soit traitée à l’échelle de l’intercommunalité. « Apparemment, poursuit Dominique Cap, on ne va pas assister à une ouverture massive de notre côte, mais à certains sites. À mon avis, ce n’est pas la bonne solution. On va se retrouver avec beaucoup de monde en certains endroits. Et des difficultés à gérer cette promiscuité. » On sait déjà que des mesures restrictives ont été retenues : fermeture des plages la nuit, interdiction d’y consommer de l’alcool, limitation des groupes aux personnes vivant dans un même foyer (dans la limite de dix) et autorisation des pratiques sportives individuelles uniquement.

Nouvelle réunion lundi dans le Morbihan...

Dans le Morbihan, une soixantaine de communes sont concernées par cette réouverture du littoral. « Une réunion téléphonique est prévue, lundi, entre les maires et le préfet qui joue un rôle moteur dans ce qu’on essaye d’imaginer, explique Yves Bleunven, président de l’AMF 56 et maire de Grand-Champ. On a des plages très grandes, comme à Erdeven ou Plouhinec, où organiser un usage dynamique sera facile et permettra aux adeptes des sports nautiques ou aux randonneurs de s’adonner à leur passion. On a aussi de plus petites plages, comme Conleau, à Vannes, ou à Arzon, où les choses seront différentes. Mais toujours pas question de s’agglutiner sur des serviettes. Ça sera interdit jusqu’à nouvel ordre. » Yves Bleunven pense que, d’ici à cet été, et suivant la situation sanitaire, les choses évolueront dans le bon sens. « On va aussi traiter la problématique de l’accès à l’eau dans l’intérieur des terres : les lacs, les étangs, mais aussi la Laïta et le Scorff et les autres cours d’eau », conclut-il.

... et dans les Côtes-d’Armor

Dans les Côtes-d’Armor, on compte également une soixantaine de communes littorales. « Le préfet a déjà pris contact avec certains élus, annonce Armelle Bothorel, présidente de l’AMF 22 et maire de La Méaugon. Les choses avancent. Une réunion est prévue, lundi, entre le préfet et le président des huit intercommunalités du département. On attend avec impatience le décret qui nous permettra d’avancer dans un cadre légal. Je pense qu’il faudra attendre le milieu de semaine pour retrouver la côte. Les dérogations, une par commune, en fonction de leurs problématiques spécifiques, devraient être accordées dans les jours à venir. » Pas de précipitation donc. « En revanche, on peut envisager, dès lundi, l’ouverture de nos sentiers côtiers et ceux qui bordent nos plans d’eau intérieurs », poursuit la présidente de l’AMF 22, qui en appelle à l’esprit de responsabilité des Bretons.

Des appels à manifester ce lundi sur les plages

Ces derniers jours, de plus en plus de banderoles « Rendez-nous la mer » ont fleuri sur le littoral breton. Et des appels à manifester illégalement, ce lundi, sur les plages ont été lancés par plusieurs associations pour faire avancer les choses. Les instigateurs de ce mouvement de désobéissance civique demandent aux personnes qui se joindront à eux de respecter les consignes de sécurité sanitaire : distance entre citoyens, port du masque…

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9 mai 2020

Déconfinement : à quoi ressemblera le métro parisien le 11 mai ?

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Par Aude Lasjaunias

La RATP se prépare à passer de 30 % actuellement à 75 % de service. Mais garantir une faible densité, et le port obligatoire du masque, semble très compliqué.

Les usagers de la RATP connaissent bien ce lapin rose. Vêtu d’un T-shirt jaune, il a la fâcheuse habitude de se pincer les doigts dans les portes du métro et de trébucher sur les escalators. Depuis quelques jours, « Serge le lapin » – c’est son nom – n’est plus le seul sticker à promouvoir des messages de prévention dans les rames et stations franciliennes.

Il a été rejoint par près d’un million d’autocollants apposés en urgence pour dispenser les mesures de précaution à respecter pendant la pandémie de Covid-19. Le style est plus sobre : « Pour notre santé à tous, portons un masque », « Evitons les heures de pointe, si nous le pouvons », « Pour notre santé à tous, gardons nos distances »… La RATP a joint la parole au geste : dans les couloirs du sous-sol parisien, des annonces sonores égrainent le b.a.-ba des mesures barrières à observer face à la crise sanitaire.

Tout doit être prêt pour le lundi 11 mai, date de la levée progressive des mesures de confinement dans le pays, qui marquera aussi la reprise d’une partie des transports en commun dans les grandes agglomérations. Une reprise du trafic assortie d’une double injonction gouvernementale pour les voyageurs : le port du masque et le respect des mesures de distanciation sociale.

Un voyageur par mètre carré

J – 5, mercredi 6 mai, station La Fourche à Paris. Ce n’est pas la foule des jours d’avant la pandémie. Il est 7 h 45 et la ligne 13, qui traverse la capitale du nord au sud, l’une des plus engorgées d’Europe, n’accueille que quelques grappes de voyageurs. Malgré l’affluence restreinte, les règles sanitaires peinent à être appliquées : les usagers, qui ne portent pas tous de protection faciale, s’agglutinent les uns à côté des autres sur les sièges jaunes arrondis installés sur le quai, malgré les autocollants invitant à laisser libre un siège sur deux.

La RATP a fait de La Fourche la « station témoin » de son dispositif de signalétique censé favoriser la distanciation sociale et le respect des gestes barrières. Des autocollants rappelant l’obligation du port du masque aux marquages au sol devant les guichets et sur les quais, en passant par les panneaux accrochés au-dessus des poubelles pour inviter les usagers à y jeter leurs masques, gants et mouchoirs, le lieu préfigure ce à quoi ressembleront, à partir du 11 mai, les principales stations du réseau.

Le défi est titanesque : limiter la densité à un voyageur au mètre carré, quand la densité moyenne en période normale est de quatre personnes au mètre carré et peut monter au-delà de huit en heure de pointe.

Trois rangées de lignes discontinues peintes au sol suscitent la curiosité et une certaine circonspection. « Chaque trait marque l’emplacement des passagers ? Ou bien il s’agit de couloirs pour faciliter les passages ? », s’interroge Cédric Larrieu, qui transite tous les jours par La Fourche pour se rendre dans un hôpital du 17e arrondissement où il travaille. « On ne comprend pas bien », glisse le trentenaire – non équipé de masque – dans un sourire. Les voyageurs semblent opter pour la deuxième solution : presque tous se tiennent derrière la ligne la plus éloignée des rames. A tort. Le message n’est pas passé. Il est alors 13 h 45 et la station s’est étrangement remplie.

« Avec le confinement et la réduction du trafic, les heures de pointe ne sont plus vraiment les mêmes, explique le jeune homme. Il y a moins de trains, alors pour être sûr de ne pas trop attendre leur correspondance, les gens partent plus tôt. Et puis, il y a de plus en plus de passagers depuis quelques jours. » Sortant son téléphone portable de la poche de son jean, il monte une photo prise le matin même, à 6 heures, gare Saint-Lazare. Là encore, pas la foule des grands jours, mais déjà un flot d’usagers en attente de leur métro à moins d’un mètre les uns des autres.

Actuellement, seul 30 % du réseau francilien est opérationnel et la fréquentation sur les lignes est de l’ordre de 4 %, soit 500 000 voyages quotidiens contre 12 millions habituellement, selon les chiffres communiqués fin avril par la PDG de la RATP, Catherine Guillouard. A compter du 11 mai, la régie table sur une reprise progressive de son trafic de l’ordre de 75 %, ce qui correspond théoriquement à 8 millions de voyages quotidiens potentiels : mais seuls un peu moins de 2 millions seront réalisables en respectant la distanciation sociale.

L’OFFRE DU RÉSEAU, ELLE, RESTERA DANS UN PREMIER TEMPS LIMITÉE PAR DES CONTRAINTES TECHNIQUES ET HUMAINES

Sur la ligne 13, comme dans certains bus et trams de Seine-Saint-Denis, la direction de la RATP a décidé, avant même la levée du confinement, d’augmenter les liaisons disponibles face à l’afflux d’usagers, détaillait Mme Guillouard le 24 avril sur France Inter. « On parle d’usagers qui n’ont pas le choix : ils doivent se rendre à leur travail, explique au Monde Thierry Babec, le secrétaire général de l’UNSA-RATP (majoritaire). Dans des situations comme celle-ci, on ne va pas se mentir, la distanciation sociale est un vœu pieux. »

Et si la reprise de nombreuses activités économiques s’accompagnera mécaniquement d’une hausse de la fréquentation des transports, l’offre du réseau, elle, restera dans un premier temps limitée par des contraintes techniques et humaines : la remise en service des rames, interrompues depuis plusieurs semaines, prend du temps et les personnels doivent eux aussi composer avec les aléas inhérents à la crise sanitaire (arrêts de travail et garde d’enfants).

Malgré une alerte des opérateurs de transports, le gouvernement est catégorique : la séparation d’un mètre entre chaque passager est une obligation. Compte tenu de ces règles, la « capacité d’emport » va être restreinte à environ 15 % de la normale (moins de 2 millions de voyages quotidiens), en a conclu Catherine Guillouard, le 6 mai, lors d’une audition au Sénat. Mais « la grande inconnue du 11 mai, c’est les flux entrants dans nos réseaux ». Combien de Franciliens reprendront le RER, le métro, le tram ou le bus, parmi les 96 % qui les ont désertés depuis le début du confinement ?

Masques et gel hydroalcoolique

Tout l’enjeu est donc de limiter drastiquement la fréquentation pour prévenir les files d’attente sans fin devant les stations et la cohue à l’intérieur de celles-ci. Une charte visant à lisser les heures de pointe dans les transports et à maintenir au maximum le télétravail dans les entreprises a été signée mercredi pour la réduire en amont. La RATP, elle, tente d’optimiser la gestion sur place à l’aide de sa signalétique.

Elle va en outre installer d’ici à la fin juin un millier de distributeurs de gel hydroalcoolique dans ses stations. « On essaiera de fournir des masques en appoint la première semaine », a ajouté Mme Guillouard. Les voyageurs auront ensuite la possibilité de s’en procurer dans les distributeurs de boissons et friandises.

« On dirait qu’il y a eu l’apocalypse »

Mais « on ne peut pas évidemment s’engager sur le respect permanent et en tout point des distances de sécurité vu la taille du réseau », a-t-elle insisté. Des stations ou des lignes pourraient ainsi être fermées en cas de difficultés. Quant aux contrôles, la PDG a d’ores et déjà alerté sur le manque d’effectifs en interne, excluant la présence de personnel dans chaque wagon. Pour Thierry Babec de l’UNSA-RATP, « l’entreprise a mis en œuvre tout ce qui était dans ses capacités pour que les choses se passent le mieux possible ».

Bien sûr, la question des flux ne se posera pas partout, ni tout le temps. Mais le réseau compte plusieurs grands pôles d’échanges parmi les plus fréquentés d’Europe. C’est le cas de la gare de Lyon, où un test a été mené en début de semaine pour répartir les voyageurs sur les quais et dans les voitures du métro afin d’assurer le respect des distances sociales.

Ce 6 mai, à l’heure du déjeuner, le lieu a l’air à l’abandon. Sur le quai de la ligne 14, Léa Breton, étudiante de 21 ans, s’étonne de voir l’enceinte déserte : « On dirait qu’il y a eu l’apocalypse », dit-elle en plaisantant, ses yeux bleus brillant au-dessus de son masque en tissu. A en croire la jeune femme, en transit vers la Normandie, les consignes sanitaires étaient plus claires dans le train qui l’a menée de Marseille à la capitale.

« On aurait pu mettre en place un dispositif comme en Italie et sensibiliser les usagers dès le début du confinement », regrette Arnaud Moinet, secrétaire du syndicat La Base-RATP. Et ce dernier de citer l’exemple de Milan, où des emplacements prédéfinis indiquent notamment aux voyageurs où se tenir dans les wagons. A ce jour, dans les rames parisiennes, seuls quelques autocollants apposés à côté de « Serge le lapin » alertent sur les gestes barrières.

La réussite de la reprise « dépendra aussi du comportement des citoyens », a plaidé Catherine Guillouard devant les sénateurs. L’autodiscipline des usagers, une des variables majeures sur lesquelles la RATP est contrainte de miser à l’aube du jour J. « On aimerait bien avoir une mesure magique, mais honnêtement, je n’en vois aucune, juge Thierry Babec. De toute façon, on n’a pas le choix. »

7 mai 2020

Le couple Macron - Philippe à l’épreuve de la crise due au coronavirus

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Par Olivier Faye, Alexandre Lemarié

A l’approche du déconfinement, des divergences de fond apparaissent entre le président de la République et le premier ministre.

De ses jeunes années au Conseil d’Etat, maison où l’« on écrit le droit », selon lui, Edouard Philippe dit avoir appris une chose : « la rigueur dans l’expression » et la capacité « à ne pas employer un mot pour un autre ». C’est en tout cas ce qu’il raconte dans son livre – largement autobiographique – Des hommes qui lisent (JC Lattès), paru en 2017.

Quand le premier ministre prévient, devant l’Assemblée nationale, le 28 avril, que le confinement peut conduire à l’« écroulement » de l’économie française, il mesure donc a priori la portée de ce mot. « Je n’emploie pas ce terme au hasard, a insisté M. Philippe. On me reproche bien plus souvent la litote que l’exagération. »

C’est pourtant ce trait qu’a dénoncé chez lui Emmanuel Macron. « Je n’ai pas ces grands mots », a souligné le chef de l’Etat, mardi 5 mai, depuis une école de Poissy (Yvelines), où il répondait aux questions de TF1 et de France 2. Face au « choc massif économique », lui préfère célébrer cette « nation forte » qu’est la France, comme pour rassurer ses concitoyens à quelques jours de l’échéance du déconfinement, le 11 mai.

Les histoires de mots ont souvent scandé la chronique des désaccords entre président de la République et premier ministre sous la Ve République : Georges Pompidou avait avalé de travers la « nouvelle société » de Jacques Chaban-Delmas, et Nicolas Sarkozy le commentaire de François Fillon se disant « à la tête d’un Etat en faillite ».

Après des divergences de vue, fin 2018, sur la réponse à apporter aux « gilets jaunes », puis sur la réforme des retraites, fin 2019, l’épisode opposant aujourd’hui Emmanuel Macron et Edouard Philippe témoigne d’une différence d’approche quant à la deuxième phase de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Ces grincements dans la mécanique Elysée-Matignon interviennent à un moment très sensible, alors que le premier ministre devait présenter la mécanique précise du déconfinement, jeudi 7 mai, lors d’une conférence de presse.

« Le fusible »

Mardi, le chef de l’Etat voulait éveiller chez les Français une « part d’espoir, de sourire, de soleil », tout en les invitant à « continuer à être vigilants » face à l’épidémie causée par le SARS-CoV-2. Le déconfinement, le 11 mai, et le retour à l’école, c’est lui qui les a souhaités, provoquant un torrent de complications et de craintes. Charge pour son gouvernement en général et son premier ministre en particulier de le maîtriser. « Philippe est placé en première ligne, c’est le fusible », analyse un élu proche du président.

« PAR SES PRISES DE POSITION POUR LE MOINS ÉVOLUTIVES, [LE PRÉSIDENT] VOUS AFFAIBLIT À CHACUNE DE SES INTERVENTIONS », A RAILLÉ CHRISTIAN JACOB, MARDI, EN S’ADRESSANT À EDOUARD PHILIPPE

Le discours du chef du gouvernement à la tribune du Sénat, lundi, pour présenter le plan de déconfinement, s’est révélé être un exercice de style bien différent. Visage fermé, s’appuyant à l’occasion du coude sur son pupitre, Edouard Philippe a répété à quatre reprises « le moment est critique ». Il avait à peine fini de parler qu’Emmanuel Macron s’exprimait depuis l’Elysée pour demander que le déconfinement soit abordé avec « calme, pragmatisme et bonne volonté ». « Le président de la République ne vous aide pas, a raillé Christian Jacob, président du parti Les Républicains, mardi, en s’adressant à Edouard Philippe lors des questions au gouvernement. Au contraire, par ses prises de position pour le moins évolutives, il vous affaiblit à chacune de ses interventions. »

Depuis plusieurs semaines, la pression élyséenne ne se relâche pas sur Matignon. Le 19 avril, M. Philippe annonçait devant l’Assemblée nationale que la stratégie du déconfinement serait dévoilée « d’ici à quinze jours » ; quatre jours plus tard, M. Macron bouleversait le programme en révélant lui-même devant les élus locaux les éléments-clés de ce futur plan, dont une reprise de l’école sur la base du volontariat. Ce qui pourrait apparaître comme de simples difficultés de forme révèle des divergences de fond.

« Le gouvernement a ces derniers temps des difficultés à rester fidèle à la parole du président », estime un député La République en marche (LRM). Emmanuel Macron se montre favorable à l’idée de donner vingt-quatre heures de plus à l’opposition pour voter le plan de déconfinement à l’Assemblée nationale ? Matignon refuse. Le chef de l’Etat écarte l’hypothèse d’un déconfinement régionalisé ? Le coordonnateur national de l’opération, Jean Castex, choisi par Edouard Philippe et placé sous son autorité, travaille malgré tout à ce scénario, obligeant l’Elysée à rappeler la ligne officielle. Emmanuel Macron envisage de reporter le premier tour des élections municipales ? L’ancien maire du Havre (Seine-Maritime) fait tout pour l’en dissuader. « Macron était à 70 % pour un report et à 30 % pour un maintien. Pour Philippe, c’était l’inverse », explique un familier de l’Elysée.

Dimanche soir, enfin, le palais a fait savoir que les mesures de quatorzaine pour les voyageurs arrivant de l’étranger ne sauraient concerner les personnes venant de pays issus de l’Union européenne ou de l’espace Schengen, contredisant le discours tenu par le gouvernement la veille.

« Coup de poker raté »

L’imbroglio autour de la date du vote à l’Assemblée nationale du plan de déconfinement a été la démonstration de cette montée de température entre les deux têtes de l’exécutif. En particulier lorsque L’Express et Le Point ont révélé l’existence d’échanges téléphoniques entre le chef de l’Etat et des journalistes pour faire connaître sa divergence avec Matignon – ce que son entourage dément aujourd’hui.

« Pour la première fois, l’Elysée a assumé de mettre en scène leur différend. C’est nouveau, car depuis le début du quinquennat, même dans les périodes où il y a pu y avoir de la tension entre le président et son premier ministre, il n’y a jamais eu de son de cloche différent avec Matignon. Là, si », note un macroniste historique.

Certains proches d’Emmanuel Macron se répandent d’ailleurs en « off » et boules puantes contre ceux d’Edouard Philippe. « D’habitude, quand il y a des différences d’appréciation entre eux, ils les règlent à deux, en privé, et offrent un visage uni devant les responsables de la majorité. Ils connaissent bien le guide de survie du couple exécutif sous la Ve République : afficher des divergences les affaiblit l’un et l’autre, raconte un élu au cœur du pouvoir. Mais le président est un banquier d’affaires, il est joueur et il tente parfois des coups de poker. Cette fois, c’était un coup de poker raté ; il a affaibli son premier ministre et s’est affaibli lui-même. »

Outre la gravité et le caractère imprévisible de la crise en cours, ce regain de tension témoigne d’une différence de temporalités personnelles entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe : l’un vise sa réélection en 2022, quand l’autre chercherait à sécuriser son futur à court et à moyen terme. « Macron et Philippe n’arrêtent pas de se désavouer l’un l’autre, même si c’est fait d’une façon habillée. L’un sent qu’il faut commencer le déconfinement, il essaye de faire de la politique, l’autre se dit qu’il va porter le chapeau des morts », souligne un ancien conseiller de l’Elysée durant un quinquennat précédent.

Ceint de son immunité présidentielle, Emmanuel Macron a en effet moins à craindre des multiples procédures judiciaires qui menacent l’exécutif sur sa gestion de crise. « La première vague de mises en cause a été dure pour Edouard [Philippe], il l’a vécue comme une injustice, rapporte un ministre qui le connaît bien. Il a ça derrière le crâne, mais il s’en est délié désormais. Il est passé à autre chose. »

Siège éjectable

Selon plusieurs sources, les interrogations sur l’avenir d’Edouard Philippe à Matignon suscitent par ailleurs une intense lutte d’influences en coulisses entre les partisans du statu quo et les tenants de la table rase. « Comme personne ne sait si le premier ministre va le rester, cela conduit à des conjectures et libère la parole des entourages, qui veulent pousser leurs options », explique une source au sein de l’exécutif.

Dans la majorité, alors que l’aile droite plaide pour le maintien de l’ex-juppéiste à son poste, en vantant « sa solidité et sa loyauté », l’aile gauche milite pour une fin de quinquennat teintée de social et d’écologie, sous l’égide du ministre des affaires étrangères et ex-socialiste Jean-Yves Le Drian. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, qui semble se préparer dans cette optique, ainsi que le président du MoDem, François Bayrou, et celui de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, font aussi partie de la short list qui circule en Macronie.

Edouard Philippe a beau avoir confié à son conseiller spécial, Jérôme Bonnafont, la tâche de compiler des réflexions sur l’après-crise, le sujet ne l’accapare guère. D’après ses fidèles, le premier ministre aurait conscience d’être placé sur un siège éjectable.

« Edouard [Philippe] a beaucoup donné… Même physiquement, cela se voit, observe un proche. Il a toujours eu en tête qu’il pouvait se faire virer du jour au lendemain, d’autant qu’il ne devait en théorie pas devenir premier ministre. Déjà, après les retraites, il ne s’attendait pas à rester. Il estimait avoir fait le job après les “gilets jaunes” et cette réforme. »

« IL FAUT SEULEMENT VOIR SI [EDOUARD PHILIPPE] PEUT INCARNER LE CHANGEMENT… », S’INTERROGE UN MINISTRE QUI A SES ENTRÉES À L’ELYSÉE

Pourra-t-il aider à redessiner le monde d’« après » que promet Emmanuel Macron ? Certains, au sein même du gouvernement, en doutent. « Le premier ministre montre de la maîtrise et de la solidité dans l’épreuve », estime un ministre qui a ses entrées à l’Elysée, avant de s’interroger tout haut : « Il faut seulement voir s’il peut incarner le changement… »

La motivation du principal intéressé ne serait pas acquise, estiment certains macronistes. « Est-ce qu’Edouard Philippe peut incarner le “réinventer” du président de la République ? Le sujet ne se pose pas tant au président qu’au premier ministre lui-même, juge un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron. La question première, c’est : veut-il rester ? »

Amoureux de la Rome antique, l’ancien maire du Havre a rappelé, en conclusion de son discours au Sénat, la citation parfois attribuée à Galien, médecin de Marc-Aurèle, qui prescrit ce remède aux temps de peste : « Cito, longe, tarde. » « Pars, vite, loin et longtemps. » « Aujourd’hui, il n’est question pour personne de fuir », a assuré Edouard Philippe. Reste à savoir qui aura le dernier mot.

7 mai 2020

Macron cherche à apaiser les inquiétudes sur l’école

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Mardi, le chef de l’État a échangé avec quelques enfants de personnels indispensables, scolarisés à l’école élémentaire Pierre-Ronsard de Poissy. Photo AFP

C’est une des grandes inconnues du déconfinement : masque « grand public » sur le visage, Emmanuel Macron est venu mardi dans une école des Yvelines tenter d’apaiser les inquiétudes sur la périlleuse rentrée qui s’annonce en pleine épidémie de coronavirus.

Mardi, le chef de l’État a échangé avec quelques enfants de personnels indispensables actuellement scolarisés à l’école élémentaire Pierre-Ronsard, de Poissy (Yvelines), notamment autour des mesures de protection qui menacent de virer au casse-tête insoluble selon nombre de maires et d’enseignants.

À quelques jours du début du déconfinement, le 11 mai, il a également échangé en visioconférence avec des maires et directeurs d’école du département des Yvelines, prônant « bon sens » et souplesse face aux particularités locales.

Car alors que le bilan de l’épidémie a franchi, lundi, la barre des 25 000 morts, ce retour en classe inquiète parents, enseignants et élus locaux, particulièrement en région parisienne. Beaucoup de maires refusent de rouvrir les écoles dès la semaine prochaine, ou alors a minima. Ce qui entraînerait des répercussions en cascade, notamment sur la garde des enfants.

« Je comprends leurs angoisses, leurs questions, leurs inquiétudes », a lancé le Président. Et de plaider pour un « retour progressif et concerté », avec pour objectif que « tous les enfants qui ont besoin de revenir à l’école (…) puissent trouver une école ouverte avec un temps aménagé ».

Car alors que plusieurs pays voisins de la France entament, ces jours-ci, leur déconfinement, l’exécutif insiste sur l’urgence de remettre le pays en marche, après le confinement inédit de millions de Français pendant près de deux mois.

Les détails pratiques présentés jeudi

Édouard Philippe, qui doit présenter jeudi les détails pratiques du déconfinement, a également qualifié la fermeture des écoles de « catastrophe pour les plus vulnérables des enfants et des adolescents », le décrochage scolaire étant selon lui « probablement une bombe à retardement ».

Un protocole sanitaire très strict doit encadrer la réouverture des écoles : lavage de mains à répétition, bureaux espacés d’au moins un mètre, port du masque obligatoire ou conseillé selon les circonstances… Un vrai casse-tête pour les communes chargées de préparer cette rentrée à hauts risques.

Les élus sont aussi inquiets sur leur responsabilité pénale si la sortie du confinement devait mal se passer. « Nous sommes mobilisés, déterminés pour réussir le déconfinement, mais nous n’accepterons pas de le faire sans garanties », a ainsi prévenu le sénateur LR Philippe Bas.

9 mai 2020

A Paris, les masques gratuits promis par Anne Hidalgo vont finir par arriver

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Par Denis Cosnard

Avec plusieurs semaines de retard, les premiers masques en tissu vont pouvoir être retirés en pharmacie à partir du 11 mai. Gratuitement, mais après réservation sur Internet.

Promis, cette fois-ci, ils arrivent vraiment. Les millions de masques en tissu dont Anne Hidalgo a annoncé depuis le début avril la prochaine distribution gratuite aux Parisiens devraient enfin faire leur apparition à partir du 11 mai, a déclaré la maire socialiste de la capitale mardi 5 mai. Une mesure importante pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, et éviter une deuxième vague à la sortie du confinement. Mais elle intervient avec plusieurs semaines de retard, et ne fait pas taire les critiques.

En réalité, deux types de masques vont être distribués, selon deux circuits différents. La Mairie a d’une part commandé des masques en tissu réutilisables. Ils peuvent être lavés une vingtaine de fois, et reviennent de l’ordre de 2 euros à 3 euros pièce, en intégrant l’emballage, la notice, et la logistique. « Quelque 500 000 de ces masques seront disponibles dans la première semaine du déconfinement, puis 350 000 nouveaux chaque semaine », promet Jean-François Martins, l’adjoint chargé du dossier à l’Hôtel de Ville.

Ces équipements destinés au grand public seront distribués gratuitement par les pharmacies. Un réseau qui compte 906 points de vente à Paris, et a paru particulièrement adapté : les pharmaciens pourront ainsi fournir des conseils d’utilisation.

Tous les Parisiens pourront en principe en avoir un, mais seulement après réservation sur le site de la ville (Paris.fr), et en échange du bon de retrait ainsi obtenu. Les inscriptions seront ouvertes à partir du 11 mai. Objectif : veiller à ce que les officines ne soient pas prises d’assaut dès le premier jour, alors qu’elles n’auront pas d’emblée les stocks nécessaires pour faire face à la demande. « Les livraisons se succéderont jusqu’au 8 juin dans les officines », a précisé Anne Hidalgo au Parisien.

Coût « très raisonnable »

La Mairie a d’autre part acheté des masques en tissu à usage unique. « Ils sont plus faciles à obtenir, et moins chers », explique Jean-François Martins. Ils coûtent à la Ville environ 18 centimes d’euro pièce. Deux lots, comptant au total 500 000 exemplaires, doivent arriver d’ici à la fin de la semaine. Ils seront remis aux mairies des vingt arrondissements. A charge pour elles d’aller les donner aux personnes les plus vulnérables, dans les maisons de retraite, les associations d’aide au plus démunis, etc. « Cela va nous aider à passer le mur de la première semaine de confinement », estime Jean-François Martins.

Coût total de cette opération pour le budget de Paris : cinq millions à six millions d’euros. « C’est très raisonnable, commente l’adjoint. Nous achetons ces masques à des prix bien inférieurs à ceux du marché. »

L’arrivée désormais imminente de ces masques va-t-elle éteindre la polémique ? Pas sûr, tant l’attente a été importante. Le 7 avril, la municipalité avait fait une annonce à même de rassurer tous ceux qui ne savent pas comment coudre : « Deux millions de masques réutilisables en tissu vont être offerts aux Parisiens », avait déclaré Anne Hidalgo sur Franceinfo. Soit à peu près un par habitant ! Une aubaine pour les Parisiens, alors que les élus commençaient à évoquer l’obligation de porter un masque dans les rues et les transports en commun. Les premiers devaient être livrés « dans les prochains jours », avait alors précisé la Mairie.

En pratique, toutefois, les masques évoqués ne sont pas arrivés tout de suite. Le 19 avril, Anne Hidalgo a confirmé avoir commandé 2 millions de masques en tissu. Dans Le Journal du dimanche, elle a pris un double engagement : « les 500 000 premiers masques seront disponibles à la fin avril », et « à la mi-mai, tous les Parisiens pourront être équipés ».

Mais la fin avril est passée sans que les premiers masques n’arrivent. Principale adversaire d’Anne Hidalgo dans la course à la Mairie de Paris, l’ancienne ministre (Les Républicains) Rachida Dati n’a pas manqué de souligner ce rendez-vous manqué. « Anne Hidalgo avait promis 500 000 masques aux Parisiens pour le 30 avril. Où sont-ils ?, a-t-elle lancé lundi 4 mai sur Franceinfo. Nous n’avons rien reçu. Nous n’avons aucune information. »

« La grande illusion ! »

Aujourd’hui, la Mairie admet qu’il y a eu du retard par rapport aux promesses. Elle le met en partie sur le compte de ses fournisseurs, qui ont dû avancer à marche forcée. « Nous avons choisi de faire travailler des fabricants parisiens et français, pour les soutenir durant cette période difficile, et cela a représenté une contrainte supplémentaire », explique Jean-François Martins. Le marché a été réparti entre quatre groupes de fournisseurs : la société francilienne Coco & Rico pour l’essentiel (1,5 million de masques), ainsi que le réseau Résilience et l’entreprise Boldoduc (200 000 chacun), et divers ateliers parisiens appartenant à l’économie sociale et solidaire (100 000 masques).

« En fait, nous aurions pu commencer à distribuer une partie des stocks dès cette semaine, ajoute l’adjoint. Mais avant la fin officielle du confinement, cela risquait d’envoyer un mauvais signal. » Afin de ne pas inciter les Parisiens à relâcher leurs efforts avant le jour J, « nous avons préféré attendre le 11 mai pour entamer la diffusion des masques ».

Cette distribution tardive et très progressive est déjà critiquée. « Ces masques, c’est la grande illusion !, juge Patrick Trémège, le président des élus macronistes de droite au Conseil de Paris. Les derniers les auront quand les premiers en auront besoin de nouveau. »

A gauche, les écologistes en demandent eux aussi davantage. « Cela reste très insuffisant par rapport aux besoins : un masque en tissu doit être lavé après quatre heures d’utilisation, souligne dans un communiqué David Belliard, le candidat Europe Ecologie-Les Verts à la Mairie de Paris. Pour permettre un déconfinement en toute sécurité et en toute égalité, le gouvernement doit assurer la gratuité des masques pour tous et toutes. »

La tête de liste de La France insoumise, Danielle Simonnet, est sur la même longueur d’ondes. Elle réclame « la gratuité des masques de protection, et la réquisition des stocks amassés par la grande distribution afin de les distribuer gratuitement ». Message transmis au gouvernement.

7 mai 2020

Paul Verhoeven en 5 scènes trash

CINÉMA

Bientôt de retour avec “Benedetta”, Paul Verhoeven a dévoilé l’été dernier les premières images de Virgine Efira dans le rôle principal: on la voit encapuchonnée, dans un habit de religieuse. En plus de 50 ans de carrière, le cinéaste aujourd'hui âgé de 81 ans a souvent défrayé la chronique avec ses films ambigus, flirtant savamment avec le sexe et la violence, toujours dans la zone grise de la morale.

Par Margaux Coratte

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Virginie Efira dans “Benedetta” de Paul Verhoeven.

Alors que la sortie de Benedetta a été repoussée à une date encore inconnue, le nom de Paul Verhoeven est à nouveau sur toutes les lèvres. Sa représentation du viol dans Elle a soulevé son lot de controverses lors de sa sortie en 2016. Mais bien avant déjà, le cinéaste s’est fait connaître pour ses films complexes où les thématiques de la religion, du sexe et de la violence sont intrinsèquement liées. Avant même de commencer à faire du cinéma, le réalisateur avait créé la polémique aux Pays-Bas, où il avait interviewé en 1967 d’anciens SS dans le cadre d’un documentaire pour la télévision néerlandaise, ce qui était jusqu’alors interdit. À cheval entre l’Europe et les États-Unis, le cinéma de Paul Verhoeven se caractérise notamment par les portraits vibrants de femmes qui peuplent la plupart de ses récits. Jouant avec malice sur des représentations ambiguës, ses films divisent pourtant les critiques, certains y voyant des personnages féminins forts et maîtres de leur destin, d’autres des femmes objets, soumises au désir masculin. Retour sur cinq scènes audacieuses du cinéma de Paul Verhoeven, qui hantent encore délicieusement toute une génération de cinéphiles.

la chair et le sang

“La Chair et le sang” (1985).

1. La Chair et le sang (1985) : entre tension sexuelle et morbidité

Loin du manichéisme des productions américaines, La Chair et le Sang choque avant tout par son extrême violence. Une scène en particulier illustre la dualité entre tension sexuelle et morbidité qui anime le cinéma du réalisateur. On y voit Agnès (interprétée par l’Américaine Jennifer Jason Leigh), une jeune noble d’Europe de l’Ouest, creuser le sol sous les pieds d’un pendu en putréfaction. Alors que la caméra laisse voir le corps décharné du condamné, le mercenaire Martin (incarné par Rutger Hauer, acteur fétiche du cinéaste) s’approche de la jeune femme. “Chercheriez-vous quelque chose ?” lui demande-t-il. Agnès répond qu'elle pense y trouver une plante magique qui pourrait rendre éperdument amoureux quiconque la mange. Son air naïf et ses rêves d’amour contrastent avec la présence répugnante du corps en décomposition. Martin donne alors une autre dimension à la scène en ajoutant : “quand un homme est pendu, il jouit. Son sperme se répand alors et ensemence la terre. C’est donc là que votre plante doit pousser”.

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Scène tirée du film “Basic Instinct” (1992).

2. Basic Instinct (1992) : l'entrejambe de Sharon Stone devenu culte

Succès mitigé au box-office américain, Basic Instinct a pourtant rendu célèbre son actrice principale, Sharon Stone. Dans la peau de Catherine Tramell, une romancière soupçonnée d’avoir tué son mari à coups de pic à glace, l’actrice a marqué les esprits par une scène d’interrogatoire désormais devenue mythique. Interrogée par l’inspecteur Nick Curran (Michael Douglas) et une flopée d’hommes engoncés dans leurs costumes, Catherine s’amuse des questions qui lui sont posées. Évoquant avec délectation les ébats passionnés qu’elle entretenait avec le défunt, elle croise et décroise ses jambes, laissant entrevoir son entrejambe dénudé. L’atmosphère sulfureuse qui règne dans le récit a déclenché les holas de certains mouvements LGBT et féministes. Qualifié de “pornographique, mysogyne et homophobe”, Paul Verhoeven a encore une fois défrayé la chronique avec son style sans pareil.

showgirl

“Showgirls” (1995).

3. Showgirls (1995) : une femme contre le monde

Récemment intégré à la sélection “Perfect Failures” (“sublimes échecs”) de MUBI, Showgirls est l’un des films les moins aimés de Paul Verhoeven. Qualifié comme le “temple du kitsch et du mauvais goût” par la critique américaine, il dresse pourtant avec virtuosité le portrait haut en couleurs de Naomi Malone. Rêvant de devenir danseuse dans les cabarets de Las Vegas, la jeune femme passe dans cette scène une audition devant Zack Karey (Kyle MacLachlan), le directeur artistique d’un club huppé de la ville. Dansant seins nus – conformément aux attentes de ce milieu particulièrement véreux –, la jeune femme est humiliée par l’homme qui lui demande de passer de la glace sur sa poitrine pour la raffermir. De la vacuité du rêve américain à la critique d’une fétichisation du corps féminin, le film ne pouvait que déplaire au public étatsunien. Trop brutal, trop choquant, le jeu de son actrice principale Elizabeth Berkeley illustre savamment la fureur de vivre d’une femme qui refuse de se perdre dans un monde peuplé d’ordures et d’illusions perdues.

black book

“Black Book” (2006).

4. Black Book (2006) : les illusions du sexe

L’action se situe à La Haye, en 1944. Rachel, une jeune juive rescapée d’un massacre où elle a perdu toute sa famille, est infiltrée parmi les SS pour le compte d’un réseau de résistance. Chargée de séduire l’officier allemand Ludwig Müntze, celle-ci en tombe rapidement amoureuse. Dans une scène électrisée de tensions multiples, Rachel pénètre dans la chambre du militaire un soir après avoir loupé leur rendez-vous. Müntze est alors allongé sur le lit, nu, recouvert uniquement d’un drap. Tandis que la jeune femme se déshabille lentement, une bosse se forme au niveau de l’entrejambe de l’homme. Rachel rit. Elle soulève le drap, pour y découvrir que Müntze tient en réalité dans sa main un pistolet dressé vers elle. Cette scène iconique illustre l’ensemble du film, qui balance sans arrêt entre les sentiments qui unissent ce couple improbable et la réalité brutale de la guerre.

elle

“Elle” (2016).

5. Elle (2016) : quand Isabelle Huppert jouit avec son violeur

Ce film est certainement celui qui a fait le plus hurler la critique. Ambigu à souhait, on y voit Michèle (interprétée par Isabelle Huppert), renouer avec l’homme qui l’a violée. Dans un dangereux jeu de désir et de violence, elle se jette dans la gueule du loup en acceptant de le suivre dans la cave de sa maison. Là, il pense la violer à nouveau, mais c’est sans savoir que Michèle est consentante. Alors que l’homme se retire, l’héroïne du film jouit longuement allongée sur le sol, devant le visage incrédule de son violeur. Si beaucoup ont vu dans ce film un dénigrement des victimes de viol, c’est qu’ils n’ont pas saisi le point le plus important du récit. En exprimant son désir auprès de l’homme qui l’a violée, Michèle refuse d’accepter de n’être qu’un objet. Par cette scène, elle redevient un sujet maître de ses actions et de son désir. Plus encore, elle montre que son propre plaisir prévaut sur toute autre chose. Le film est en ce sens profondément féministe, il défend avec brio la personnalité vibrante de son personnage.

3 mai 2020

Réouverture des plages : les Bretons mettent la pression

rendez nous la mer

Le gouvernement a réaffirmé, ce samedi, sa position concernant les plages. La réouverture de ces dernières n’est pas au programme du 11 mai.

La non-réouverture des plages le 11 mai fait des vagues. Les adeptes de sports nautiques et certains élus espèrent faire changer d’avis au gouvernement qui campe sur sa position.

Solidarité coronavirus Bretagne

« Les plages, fermées depuis le début du confinement, resteront inaccessibles au public au moins jusqu’au 1er juin ». L’annonce faite, le 28 avril, par Édouard Philippe, le Premier ministre, lors de la présentation de son plan de déconfinement, reste en travers de la gorge de nombreux Bretons.

« Moins de risque que d’être dans le métro »

Entre pétitions et coups de gueule réclamant l’accès à la mer et aux chemins côtiers, c’est une véritable vague de mécontentement et d’incompréhension qui déferle sur Paris. Et ils sont nombreux à surfer dessus. À commencer par Ronan Loas, le maire de Ploemeur, commune du Morbihan comptant 17 km de côtes. « On ne demande pas le retour des serviettes sur la plage avec tout le monde qui s’agglutine dessus. Si les surfeurs, kitesurfeurs ou les planchistes sont sur l’océan, il y a moins de risque que d’être dans le métro ».

« On est plusieurs à faire du lobbying »

L’élu morbihannais est convaincu que la décision d’Édouard Philippe n’est pas définitive. « Je trouve qu’il y a un avis unanime sur le sujet. J’ai senti de la part du Préfet du Morbihan des signes d’ouverture. Il n’y a pas de blocage à son niveau », assure-t-il, tout en précisant que la décision n’appartient pas à la Préfecture. « On est plusieurs à faire du lobbying. Il n’est pas exclu qu’il y ait un assouplissement. Je pense qu’on peut être optimiste. »

Cet assouplissement, les surfeurs le réclament également. « Les Bretons ont besoin de retrouver leur espace », assure Stéphane Ibarboure, le président de la Ligue de Bretagne de surf. « Tout le mouvement breton, et pas uniquement le nautisme, milite pour pouvoir réouvrir le 11 mai. Je pense qu’on sera entendu ».

Du côté de la Ligue de Bretagne de voile, l’envie d’aller sur l’eau est la même. « Notre souhait est que nous puissions à partir du 11 mai aller à la mer, que ce soit au départ des plages, des cales ou des ports de plaisance », détaille son président, Bruno Le Breton, qui se montre toutefois moins optimiste que son collègue du surf. « On travaille pour mais j’ai un doute qu’on aille sur l’eau en mai ».

Castaner : « Les plages resteront fermées »

Des plages aux sentiers côtiers, il n’y a qu’un pas. Et là aussi, l’incompréhension et la colère sont vives face à l’interdiction de les fouler avant début juin. « Nos instances nationales sont en contact avec le ministère des Sports. Et les choses avancent », assure Christian Capoen, le président breton de la Fédération française de la randonnée pédestre.

Son enthousiasme et celui de milliers de Bretons ont été douchés, samedi après-midi, par Christophe Castaner. Le ministre de l’Intérieur a répété que l’accès aux plages restait interdit jusqu’au début juin.  La vague bretonne n’a pas fini de grossir…

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