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Jours tranquilles à Paris
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4 mai 2020

Diplomatie - Jack Ma, le Chinois qui savait parler au reste du monde

alibaba

QUARTZ (NEW YORK)

Le fondateur d’Alibaba est devenu le meilleur ambassadeur de Pékin. Loin de la rhétorique agressive de certains diplomates chinois, il prône la solidarité au niveau mondial. Face à la pandémie de Covid-19, il a annoncé l’envoi de matériel médical dans plus de soixante pays.

Alors que la Chine cherche ces temps-ci à revisiter l’histoire de la pandémie de Covid-19 à destination des opinions mondiales, responsables politiques et diplomatiques s’emploient à colporter diverses théories du complot autour d’une implication des États-Unis. Une diplomatie abrupte et peu reluisante, face à laquelle le fondateur d’Alibaba, Jack Ma, s’impose comme un antidote.

Retraité depuis septembre 2019 de la présidence d’Alibaba, le mastodonte chinois du commerce en ligne, Jack Ma a créé son compte Twitter le 16 mars et publié illico des photos de cargaisons contenant 1 million de masques et 500 000 kits de dépistage du coronavirus envoyés de Chine à “nos amis en Amérique” – des dons rendus possibles par sa propre fondation philanthropique et par la Alibaba Foundation. Par la suite, Ma a annoncé l’envoi d’équipements dans plus de 60 pays, dont toute l’Afrique et plusieurs pays d’Europe.

Visage connu et tempérament jovial

Par ses tweets et ses actes, l’homme d’affaires fait entendre une musique bien différente du refrain défensif et nationaliste entonné ces dernières semaines par les diplomates chinois sur les réseaux sociaux. Un rôle d’aimable ambassadeur que sait endosser à la perfection Jack Ma, le visage le plus connu de cette économie chinoise qui s’est transformée en vingt ans pour devenir un moteur mondial de la tech. Cet ancien professeur d’anglais était un habitué des grands forums internationaux, à commencer par celui de Davos, où son tempérament jovial a fait des miracles pour bâtir la confiance envers le monde chinois des affaires.

Et alors que la diplomatie officielle de Pékin canarde en tous sens, Jack Ma s’emploie à rappeler, en substance, que nous sommes tous dans le même bateau. Dans un communiqué annonçant le don de six millions de masques chirurgicaux et de plus d’un million de tests à des pays africains, il écrit :

Aujourd’hui, c’est comme si nous vivions tous dans la même forêt en feu. Membres de la communauté mondiale, nous serions irresponsables de rester spectateurs, à paniquer, à ignorer la réalité ou à refuser d’agir”

Et dans un post sur Weibo, le Twitter chinois, Jack Ma reprend un slogan qui fut celui des révolutionnaires américains, puis de Winston Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale :

United we stand, divided we fall !” [“l’union fait la force”].

Atténuer la défiance envers la Chine

Par sa notoriété mondiale, Jack Ma a souvent contribué à atténuer la défiance que suscite un État chinois de plus en plus autoritaire, soulignent les observateurs. Sun Xingjie, spécialiste de la diplomatie chinoise, a vu en lui “l’une des rares personnes compétentes en Chine pour s’impliquer dans une diplomatie publique” après qu’il a en 2017 rencontré Donald Trump et promis de créer un million d’emplois aux États-Unis dans un souci d’éviter une guerre commerciale sino-américaine.

Aujourd’hui encore, les cadeaux très médiatisés de Jack Ma pourraient aider la Chine à améliorer son image et à apaiser ceux qui dénoncent Pékin pour avoir tenté d’occulter l’épidémie à ses débuts et imposé le silence aux journalistes et lanceurs d’alerte.

Les beaux gestes de l’homme d’affaires interviennent alors que l’État chinois s’est lancé dans une grande opération de propagande : il s’agit d’apparaître comme une puissance qui a fait preuve de responsabilité et permis à la planète de gagner du temps contre le virus, et dont l’expérience pourra éclairer les autres.

“Les dirigeants chinois clament sur tous les toits que leur pays est un acteur bienveillant et responsable qui va aider les autres pays en difficulté à sortir de cette crise. Et les dons de personnalités en vue comme Jack Ma vont exactement dans le sens de ce message”, analyse Natasha Kassam, chercheuse au Lowy Institute de Sydney et ancienne diplomate pour la chancellerie australienne.

Réécrire l’histoire du Covid-19

L’ancien président d’Alibaba donne aussi de la visibilité, dans ses tweets, à un manuel en ligne publié par les deux fondations, qui reprend les conclusions tirées par le personnel médical chinois de son expérience en termes de dépistage, de diagnostic et de traitement du Covid-19.

Dans une énième démonstration de force, Pékin a annoncé le mardi 17 mars l’expulsion des ressortissants américains travaillant en Chine pour le compte du New York Times, du Wall Street Journal, et du Washington Post. Il s’agissait de répliquer au gouvernement Trump qui venait de requalifier en “missions étrangères” plusieurs médias d’État chinois et de plafonner leurs effectifs présents sur le territoire américain.

Mais si différentes soient les méthodes, insiste Natasha Kassam, le style agressif des autorités chinoises comme les grands gestes charitables de Jack Ma participent tous du même dessein : récrire l’histoire du Covid-19”

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29 avril 2020

Il y a 75 ans, la fin du cauchemar à Dachau

Le 29 avril 1945, quelques jours avant la capitulation de l’Allemagne, les Alliés libéraient les derniers camps de concentration encore en activité. Parmi eux, Dachau, le prototype et le modèle des usines de mort nazies.

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Dès de lendemain de la libération du camp par les GI’s, des détenus de Dachau brandissent un drapeau américain. ©Usis-Dite/Leemage

Le 29 avril 1945, lorsque les hommes des 42e et 45e divisions américaines franchissent les grilles du camp de Dachau,sur lesquelles figure, forgée dans le fer, la sinistre formule «Arbeit macht frei» («Le travail rend libre»), le fleuron du système concentrationnaire nazi, situé près de Munich, en Allemagne du sud, est en complète désintégration. Seuls sont restés sur place quelques dizaines de SS, plus préoccupés de préparer leur fuite que de surveiller les déportés, terrés dans les 30 baraques du camp et terrorisés par la rumeur d’un grand massacre final au lance-flammes. Le spectacle qui s’offre aux yeux des GI’s, déjà durement éprouvés par de violents combats au cours des semaines précédentes, est effroyable.

Partout, des corps livides et décharnés jonchent le sol ou s’entassent dans des wagons arrivés la veille de Buchenwald. Des piles de cadavres barrent l’entrée des fours crématoires qui n’ont pas pu les engloutir, faute de combustible et surtout en raison de leur nombre trop élevé.

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28 avril 2020

Gouvernement : la confiance n’y est pas

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La stratégie nationale présentée cet après-midi permettra-t-elle de contrôler la crise sanitaire ? « 62 % des Français disent ne pas faire confiance au gouvernement pour réussir le déconfinement », répond Gaël Sliman, le président d’Odoxa.

L’institut de sondage a interrogé 1 005 personnes, les 22 et 23 avril, pour son baromètre politique d’avril. La cote de popularité du Président y grimpe de 9 points par rapport à début mars et celle du Premier ministre de 10 points, mais ils restent impopulaires. Seuls 42 % des sondés tiennent Emmanuel Macron pour un bon Président, 46 % estiment qu’Édouard Philippe est un bon Premier ministre. Et la confiance dans leur capacité à bien gérer la crise s’est effondrée.

Fin mars, après les polémiques sur les masques, 65 % des Français estimaient que le gouvernement n’avait pas été à la hauteur de la situation. C’est toujours le cas un mois plus tard. S’ajoutent désormais les inquiétudes sur l’école. Selon Odoxa, 65 % des Français estiment que la réouverture des classes est « une mauvaise décision » et 64 % des parents assurent qu’ils ne rescolariseront pas leurs enfants le 11 mai.

« Au moment où il annonce le confinement, Emmanuel Macron a encore toute la confiance des Français quant à la gestion de la crise », rappelle Gaël Sliman. Les Français jugent le confinement « raté » et s’attendent à « un déconfinement non moins raté », estime-t-il. « Les masques ont coûté au gouvernement la réussite du confinement, la réouverture des classes va lui coûter la réussite du déconfinement. »

S. V.

27 avril 2020

Coronavirus en Ile-de-France : Des masques seront distribués gratuitement dans les transports

masque joli

masques effucacité

PROTECTION Cette distribution gratuite de masques a été annoncée par Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités. L’élue souhaite que la protection soit obligatoire dans les transports

Port du masque obligatoire dans le métro, le bus ou le RER ou le tram ? C’est le souhait de l’Académie nationale de médecine mais aussi de Valérie Pécresse. La présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités l’a déclaré, ce jeudi soir, sur BFM TV. Et pour ce faire, l’élue fait une promesse : équiper gratuitement  en masques​ les voyageurs dans les transports en commun.

Pour « que le port du masque soit obligatoire », indique Valérie Pécresse, « il faut d’abord donner les masques, il faut que tout le monde puisse en avoir ». La présidente de la région « réfléchit aux modalités » de collecte de ces masques pour les usagers, afin « d’éviter des effets de foule, des queues trop longues qui seraient totalement contraires à l’esprit des mesures barrières ».

Questionnée sur le type de masques qui seront proposés, « chirurgicaux » ou « grand public », l’élue a répondu « un peu des deux », en renvoyant à des précisions ultérieures. Valérie Pécresse a encore estimé que « les entreprises avaient aussi vocation à prendre le relais petit à petit », en faisant valoir que la mesure régionale était « ponctuelle pour redémarrer l’activité dans des bonnes conditions ».

L’Elysée veut lisser les heures de pointe dans les transports en commun

La présidente ex-LR du conseil régional d’Ile-de-France a en outre plaidé pour que les agents de la SNCF et de la RATP puissent « verbaliser » les voyageurs qui ne porteraient pas de masques, « parce que sinon les efforts de 98 % seront réduits à néant par l’indiscipline des 2 % », a-t-elle estimé. En temps normal, environ 5 millions de Franciliens utilisent les transports en commun chaque jour.

Jeudi après-midi, à l’issue d’une visioconférence entre le chef de l’Etat et des maires, l’Elysée a indiqué que le port du masque serait « probablement » obligatoire dans les transports en commun, partout sur le territoire, après le 11 mai. Le gouvernement veut également lisser les heures de pointe, en coordination avec les entreprises, et du gel hydroalcoolique devra être disponible dans les gares et les stations.

26 avril 2020

7 choses à savoir sur Kim Yo-jong, qui pourrait succéder à Kim Jong-un en cas de décès

Alors que les rumeurs sur la mort de Kim Jong-un ou sur un état végétatif se multiplient, c’est sa sœur qui aurait été désignée pour lui succéder le cas échéant.

Par L'Obs

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Kim Yo Jong, sister of North Korea's leader Kim Jong Un, attends wreath laying ceremony at Ho Chi Minh Mausoleum in Hanoi, March 2, 2019. (Photo by JORGE SILVA / POOL / AFP) (JORGE SILVA / AFP)

Kim Jong-un, qui règne sur la Corée du Nord d’une main de fer, est-il mort ?

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Impossible à dire compte tenu du manque d’informations en provenance de la dictature. Mais les rumeurs vont bon train. La vice-présidente de HKSTV (Hong Kong Satellite Television) a annoncé sa mort sur le réseau social chinois Weibo avant de supprimer son post. Une annonce qui a été reprise par des médias chinois. Côté médias japonais, pas de mort annoncée mais un magazine, « le Shukan Gendai », annonce un état végétatif après la chirurgie de cœur subie par Kim Jong-un et qui aurait mal tourné, avec aucune chance de survie à terme.

Selon Reuters, au contraire, le train du leader nord-coréen a été repéré durant la semaine à Wonsan. C’est dans cette station balnéaire de l’est de la Corée du Nord que la famille Kim se rend en vacances. Mais sans pouvoir certifier que Kim Jong-un se trouvait à bord…

Ce qui est en revanche à peu près certain, c’est que son opération du cœur ne s’est pas déroulée comme prévu. Plusieurs médias américains, dont CNN, avaient qualifié de « grave » son état de santé et plusieurs sources ont confirmé que des médecins chinois s’étaient rendus à son chevet.

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Spéculations sur l’état de santé de Kim Jong-un, qui aurait été opéré

Impossible de démêler le vrai du faux, donc. Mais en cas de décès, qui lui succéderait ? A priori, la dynastie des Kim débutée avec Kim Il-sung, le grand-père de Kim Jong-un, se perpétuerait avec sa sœur cadette, Kim Yo-jong, qui serait en bonne place pour devenir la première « dictatrice » au monde. Car si elle venait à s’asseoir sur le trône nord-coréen, il ne faudrait pas s’attendre à un assouplissement de la part de celle parfois qualifiée de « plus sanguinaire que Kim Jong-un ».

Portrait.

1. Veep

Selon plusieurs rapports et spécialistes, Kim Yo-jong aurait été promue à un poste important en décembre 2019, un poste d’équivalent de vice-président. Et le fait qu’elle succéderait à Kim Jong-un à sa mort aurait été à ce moment-là officialisé. « Kim Yo-jong a été officiellement nommé héritière en décembre 2019 par le Comité central du parti des travailleurs » a annoncé il y a quelques jours le quotidien japonais Yomiuri.

Les deux enfants de Kim Jong-un sont par ailleurs beaucoup trop jeunes pour régner et son frère, Kim Jong-chol ne serait pas intéressé.

2. « Baron noir »

Dans l’ombre, c’est elle qui orchestrerait les plans de communication de son frère depuis plusieurs années. En 2011, elle est nommée par Kim Jong-un au département de la communication étatique. La jeune femme, qui incarne une nouvelle génération de cadres du régime, s’attache alors à bâtir l’image de Kim Jong-un – dans l’ombre, puisque les médias d’Etat ne la citeront pour la première fois qu’en 2014, en marge d’un scrutin pour renouveler le Parlement. Fin 2014, signe d’une confiance absolue, Kim Jong-un la nomme vice-directrice de la propagande du régime. Dans le culte de la personnalité qu’elle forge autour de son aîné, elle s’attache à montrer un chef d’Etat bienveillant, accessible, à l’image de leur grand-père Kim Il-sung, fondateur du pays. Selon « The Guardian », elle encourage alors Kim Jong-un à visiter les foyers des humbles et à s’entourer de personnalités improbables telles que le basketteur américain Dennis Rodman.

3. Femme invisible

A l’inverse de son frère, elle ne souhaite pas prendre la lumière. L’une des premières images de Kim Yo-jong date du début de l’année 2012. Les Nord-Coréens la découvrent à la télévision d’Etat, en pleurs lors des funérailles de son père. Elle a alors autour de 23 ans, sa date de naissance exacte étant inconnue. Depuis, elle apparaît plus fréquemment lors des cérémonies. Elle avait par exemple accompagné son frère lors de la rencontre entre les deux Corées au moment des Jeux olympiques de 2018.

4. Working girl

La carrière de Kim Yo-jong est fulgurante. Le fait d’être le frère du « supreme leader » de la Corée du Nord facilite sans doute les choses. Il n’empêche : à chaque étape de sa carrière, elle a donné satisfaction à Kim Jong-un, que l’on sait pourtant versatile et qui aurait déjà fait assassiner des membres de sa famille. Après des études en Suisse, cette diplômée en informatique qui parle plusieurs langues a grimpé les échelons jusqu’à sa nomination, en octobre 2017, au Bureau politique du Parti des travailleurs de Corée, une instance de décision présidée par… son frère.

5. Affaire de famille

Les informations sur sa vie privée sont largement invérifiables. Selon le « Guardian », elle aurait épousé début 2015 le fils du vice-président du Parti des travailleurs, Chloe Ryong-hae, lui-même récemment promu à la puissante commission militaire du Parti, et serait mère d’une petite fille. Selon les sources, elle serait née entre 1987 et 1989. Elle est issue comme Kim Jong-un de l’union entre le précédent dictateur Kim Jong-il et sa troisième épouse, une danseuse nommée Ko Yong-hui qui a également fait l’objet d’un culte de la personnalité.

6. Rôle international

Outre sa présence lors de la rencontre historique entre les deux Corées au moment des Jeux olympiques, elle aurait joué - selon les spécialistes de la Corée du Nord - un rôle prépondérant dans le rapprochement entre Donald Trump et Kim Jong-un après l’escalade diplomatique au sujet de l’arme nucléaire. Et en mars dernier, elle avait félicité publiquement Donald Trump d’avoir envoyé à Kim Jong-un une lettre dans laquelle il espérait garder de bonnes relations bilatérales et proposait de l’aide pour faire face à la pandémie de coronavirus.

Elle ne manie pas que la carotte, elle sait aussi jouer du bâton. Il y a un mois, pour l’une des premières fois, elle avait pris publiquement la parole à propos d’un exercice militaire à tir réel, qui avait ému les Sud-coréens. Elle les avait alors traités de « chien effrayé qui aboie ». De « roquet » en quelque sorte, pour reprendre les mots de Laurent Fabius.

L’envergure qu’elle est en train de prendre sur la scène internationale n’est certainement pas innocente.

7. Suisse

Comme son frère, qui est passé par plusieurs établissements avec un nom d’emprunt, Kim Yo-jong a étudié en toute discrétion et sous haute protection dans une école privée de Berne, en Suisse, avant de revenir en Corée du Nord à la fin des années 2000. Elle parlerait couramment anglais et français.

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15 mai 2020

A Riyad, les ambitions contrariées de « MBS »

mbs versus mbz

Article de Benjamin Barthe

La crise économique liée au Covid-19 oblige le prince héritier saoudien à tailler dans les dépenses publiques

BEYROUTH - correspondant

Ce devait être l’année de la consécration pour Mohammed Ben Salman. La présidence du G20, le groupe des vingt pays les plus riches de la planète, ayant été attribuée en 2020 à Riyad, l’ambitieux prince héritier, fils du roi Salman, avait l’occasion de briller.

Le sommet des chefs d’Etat prévu en novembre devait lui permettre de retrouver sa place sur la scène internationale, après deux années d’ostracisme larvé, dû à l’affaire Khashoggi – du nom du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné dans le consulat de son pays à Istanbul, le 2 octobre 2018. Et la série de conférences programmées en amont, drainant ministres et hauts fonctionnaires étrangers, devait assurer la promotion de la « nouvelle Arabie » chère au dauphin. Un pays en mouvement, décidé à rompre avec ses archaïsmes, à s’ouvrir aux femmes et à sortir du « tout pétrole ».

La crise sanitaire mondiale déclenchée par l’épidémie de Covid-19 a remis en cause cet ambitieux programme. Les réunions ministérielles ont basculé en mode virtuel, chacun claquemuré dans sa capitale, le nez sur un écran d’ordinateur. L’incertitude plane sur la faisabilité du sommet qui doit avoir lieu les 21 et 22 novembre. Dans le royaume où l’on dénombre 44 830 cas d’infection et 273 morts, l’épidémie n’a toujours pas atteint son pic.

La cité Neom en sursis

La déconvenue est d’autant plus grande pour « MBS » que la crise pétrolière, exacerbée par le coronavirus, fragilise ses ambitions modernisatrices, socle de son ascension politique météorique. Parmi les mesures d’économie présentées lundi 11 mai par le ministre des finances, Mohammed Al-Jadaan, en réponse à l’effondrement des cours de l’or noir, figurent le gel ou le report de certains grands projets de développement.

Le ministre des finances n’est pas entré dans les détails, mais il y a fort à parier que Neom, la cité ultramoderne de « MBS », fera les frais de ce plan. Budgétée à 500 milliards de dollars (460 milliards d’euros), tête de gondole de Vision 2030, le programme de réformes du prince héritier, cette mégalopole futuriste est censée voir le jour dans les cinq prochaines années, dans le coin nord-ouest de la péninsule Arabique. Il est probable aussi que les investissements prévus dans le secteur touristique, emblématiques de la volonté d’ouverture du numéro deux saoudien, seront ralentis.

Le ministre Jadaan a aussi annoncé le triplement de la TVA, introduite il y a seulement deux ans, au taux de 5 %, et la suppression de l’allocation de 1 000 riyals (250 euros), versée depuis trois ans aux ménages les plus modestes. « C’est la deuxième vague de mesures d’austérité après la levée des subventions sur l’essence et l’électricité entamée en 2015, souligne François-Aïssa Touazi, ancien diplomate et cofondateur du think tank CAPmena, spécialisé dans les pays du Golfe. Le pouvoir saoudien semble résolu à mettre fin à l’Etat-providence, c’est un vrai tournant. »

Avec un baril à 30 dollars, contre plus de 50 début mars, le gouvernement est privé de la moitié de ses revenus pétroliers, qui représentent traditionnellement 70 % des recettes. La chute des cours résulte de la brutale hausse de la production décidée ce mois-là par la Russie et l’Arabie saoudite, et de l’effondrement de la demande en période de confinement.

L’hémorragie budgétaire est aggravée par l’arrêt du tourisme religieux. Le coût de la suspension de la Omra, le « petit pèlerinage », qui draine en temps de ramadan des flots de fidèles vers les mosquées saintes de La Mecque et Médine, se chiffre en milliards de dollars. Le manque à gagner sera encore plus élevé si Riyad, comme pressenti, renonce à organiser le Hadj, le grand pèlerinage, programmé pour la fin juillet. « Le royaume n’avait pas fait face à une crise d’une telle sévérité depuis des décennies », a reconnu Mohammed Al-Jadaan.

Refroidissement avec Trump

Contrairement à d’autres pays pétroliers, comme l’Algérie et l’Irak, l’Arabie saoudite pourra amortir le choc grâce à son matelas de devises et son faible taux d’endettement (23 % du PIB). La Couronne réfléchit d’ores et déjà à la plus grosse émission d’obligations de son histoire, qui promet, comme les précédentes, d’être sursouscrite par les établissements financiers locaux et internationaux.

Reste que personne ne peut préjuger de la durée de la dépression. Les gros pays consommateurs de pétrole ayant profité des prix bas pour surstocker, et le déconfinement s’opérant de façon graduelle, le retour au statu quo ante pourrait prendre un an, voire plus. « Je ne pense pas que le monde ou le royaume reviendront à la situation qui prévalait avant le coronavirus », a même prédit Mohammed Al-Jadaan. Or durant le seul mois de mars, le gouvernement a brûlé 27 milliards de dollars de réserves, 5 % du montant détenu par la banque centrale.

D’où ce tournant de la rigueur, qui sera compliqué à négocier pour « MBS ». La suppression, annoncée en septembre 2016, d’une série de primes qui permettent aux fonctionnaires d’améliorer leur paye, avait généré une certaine colère sur les réseaux sociaux et dans les majlis, ces salons de discussion privés. Le gouvernement avait fait marche arrière sept mois plus tard, à la suite d’un appel à manifester diffusé sur Internet. « C’est un défi risqué pour MBS, observe François-Aïssa Touazi. Il s’est imposé en promettant aux femmes, aux jeunes et aux classes moyennes une Arabie plus moderne, plus riche. »

En finir avec la rente pétrolière

Le prince héritier doit simultanément gérer un refroidissement de ses relations avec Washington. L’agence Reuters a révélé que, lors d’une conversation téléphonique avec « MBS », le 2 avril, le président américain, Donald Trump, a menacé de priver le royaume de la protection militaire des Etats-Unis si Riyad ne réduisait pas le niveau de sa production pétrolière. L’impact dévastateur de la dégringolade du prix du baril sur l’industrie du gaz de schiste américain menace les rêves d’indépendance énergétique de Donald Trump.

Dix jours après cette sommation, la Russie et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole s’accordaient sur une baisse historique de leur production, de l’ordre de 9,7 millions de barils par jour, dont 2,5 chacun pour Moscou et Riyad. Cette décision n’a pas eu l’effet escompté car, entre-temps, le coronavirus a paralysé une partie des économies les plus importantes de la planète. La révélation par le Wall Street Journal, début mai, que les Etats-Unis rapatriaient quatre batteries antimissiles Patriot, affectées à la protection des sites pétroliers saoudien, a accentué le sentiment d’une brouille entre Riyad et Washington.

« Je pense que les Patriot auraient été retirés de toute façon, mais il est clair que la relation n’est plus aussi confortable qu’elle l’a été, convient Steffen Hertog, spécialiste de l’Arabie saoudite à la London School of Economics. Il est probable que cela va accélérer le pivot de l’Arabie saoudite vers la Chine, même si, d’un point de vue sécuritaire, l’Arabie saoudite va continuer à dépendre des Etats-Unis pour de nombreuses années encore. »

La crise, paradoxalement, recèle des opportunités pour Mohammed Ben Salman. Même si elle survient trop tôt, alors que le royaume reste très largement pétrodépendant, elle conforte ses efforts visant à rompre avec cette rente qui entretient un secteur public pléthorique et sclérosé, et décourage l’esprit d’entreprise.

Coup de malchance, plusieurs des secteurs érigés en alternatives aux hydrocarbures, comme le divertissement et le tourisme, sont particulièrement pénalisés par l’épidémie de Covid-19, de même que l’aéronautique, une voie privilégiée par les voisins de Riyad, comme le Qatar, Dubaï et Abou Dhabi. « La crise doit inciter les pays du Golfe à repenser leur stratégie de diversification, estime François-Aïssa Touazi. L’Arabie saoudite a intérêt à investir davantage dans des secteurs plus résilients et profitables, comme la santé et les mines. »

Pour conserver le soutien des classes moyennes, dont le pouvoir d’achat ne cesse de baisser, l’homme fort du royaume devra probablement accélérer ses réformes sociétales. Introduire une liberté de mœurs croissante, à défaut de libertés politiques, qui ne sont pas de son goût. Avec la crise sanitaire mondiale, enfin, il devient plus urgent que jamais de ranimer les instances de concertation multilatérale comme le G20. Riyad a l’occasion de faire du sommet des chefs d’Etat, à la fin de l’année, un moment important de l’ébauche du monde d’après.

14 mai 2020

Auray - La tournée des plages qui doivent rouvrir

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Lundi, une déambulation pacifique a eu lieu sur la plage d’Etel. Les manifestants entendaient dénoncer l’interdiction, d’alors, d’aller sur les plages, d’« incohérence et absurdité ».

Si Olivier Lepick s’est déjà exprimé sur l’ouverture des plages de Carnac, ses collègues maires des communes du littoral vont dans une autre direction. Des demandes pour la réouverture des plages, espérées dès ce week-end, ont été formulées.

On a fait la tournée des plages pour vous.

Plouharnel.

« Bien sûr je demande l’ouverture des plages, mais pas question d’autoriser les serviettes ! Nous demandons l’option 2, celle des plages dynamiques (*), pour permettre les activités nautiques, la marche dans l’eau, les activités sportives », annonce Gérard Pierre. La demande a été faite pour les grandes plages, côté océan et la plage des Sables Blancs, côté baie. Les sentiers côtiers seront ouverts, mais interdiction de descendre dans les criques. D’importants aménagements vont être mis en place pour matérialiser les entrées et sorties de plages. Un travail a été fait en lien avec le grand site pour la protection de l’environnement, protection des espèces, nidifications… Matérialisé par la pose de signalétique et l’interdiction de certains accès.

Saint-Pierre Quiberon.

Laurence Le Duvéhat a privilégié la seconde option. « Pour toutes les plages, (sauf Port Rhu sur la côte sauvage, déjà interdite car dangereuse). C’est un énorme travail qui est fait par les agents pour que tout soit conforme. Le policier municipal a fait un état des lieux des aménagements à mettre en place pour prévoir les entrées et sorties ». En lien avec le Grand site, pour la protection des gravelots, la plage de Penthièvre sera interdite aux chiens.

Des demandes ont été faites pour Penthièvre côté océan et baie, la plage Saint-Joseph, Le Fozo, Keraude, Kermahé, Kerbourgnec. Comme à Plouharnel, il n’y aura pas d’accès aux criques.

Quiberon.

Même choix, avec une ouverture des cinq plages principales (sur dix) pour favoriser la reprise des activités nautiques et économiques. Par contre, le maire Bernard Hilliet, prévient : « Nous allons renforcer les équipes de surveillance pour s’assurer que toutes les mesures sanitaires et de préservation du littoral seront respectées, surtout lors des deux grands week-ends du mois de mai ».

La Trinité-sur-Mer.

Une demande a été faite auprès de la préfecture pour la réouverture des plages du Men-Du, de Kervillen, et de Port-Biren, dans le respect des contraintes sanitaires.

Locmariaquer.

Un accès à toutes les plages et criques de la commune a été rédigé, « en respectant la distanciation physique », insiste Michel Jeannot). « Les sentiers côtiers sont ouverts depuis lundi ».

Saint-Philibert.

Une seule demande a été faite, elle concerne la plage de Kernevest. François Le Cotillec : « Il ne s’agit pas de cocher des cases sur le formulaire de demande d’ouverture, il faut assurer avec certitude ». On aura donc une plage, avec une entrée et une sortie, mais aussi des sentiers ouverts avec un « appel au civisme et à la responsabilité des gens ».

Erdeven.

Dominique Riguidel, le maire, a adressé mardi un dossier de demande de dérogation à la préfecture pour l’ouverture de la plage de Kerhilio, avec option 2, et l’accès à la plage de Kerhouriec, uniquement pour pouvoir accéder aux mouillages. Les autres plages restent fermées : La Roche Sèche, Kerminihy, la Barre d’Etel.

Etel.

Le conseil s’est prononcé pour la réouverture des plages, des demandes doivent être adressées à la préfecture.

Belle-Ile.

Toutes les plages de Le Palais font l’objet d’une demande de dérogation d’ouverture en situation dynamique. « L’arrêté préfectoral est attendu dans 48 heures », annonce Frédéric Le Gars.

(*) Des demandes de dérogation motivée peuvent être faites pour l’ouverture uniquement aux activités nautiques (option 1), l’ouverture en mode « plage dynamique » à toutes les activités sportives (2) et pour une ouverture sans restrictions, (hors mesures sanitaires, bien sûr), l’option 3.

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14 mai 2020

La Commission européenne veut sauver les vacances

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Pour sauver le secteur du tourisme et soutenir des pays déjà très impactés par la crise sanitaire, la Commission européenne souhaite une réouverture des frontières intérieures cet été.

Bruxelles a encouragé mercredi les 27 pays de l’Union à rouvrir leurs frontières intérieures pour sauver les vacances d’été de millions d’Européens et empêcher un naufrage du secteur touristique, plombé par le coronavirus. « Cela ne va pas être un été normal… Mais si nous faisons tous des efforts, nous n’aurons pas à passer l’été bloqués à la maison ou l’été ne sera pas complètement perdu pour l’industrie touristique », a déclaré la vice-présidente exécutive de la Commission, Margrethe Vestager, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

Ce secteur, crucial pour l’économie de l’Union puisqu’il représente 10 % de son PIB et 12 % des emplois, regarde arriver avec anxiété la saison estivale après avoir déjà pâti depuis deux mois des mesures de confinement mises en place pour endiguer la pandémie. Le premier voyagiste mondial, l’allemand TUI, a annoncé mercredi son intention de supprimer 8 000 postes dans le monde, soit plus de 10 % de ses effectifs.

Une réouverture concertée des frontières

Après le repli sur soi de nombreux pays européens, la Commission européenne veut les inciter à lever progressivement les contrôles et restrictions mis en place pour faire face au coronavirus. Le Commissaire européen aux Affaires économiques, l’Italien Paolo Gentiloni, s’est, comme Margrethe Vestager, voulu rassurant. « Nous aurons une saison touristique cet été, même si ce sera avec des mesures de sécurité et des restrictions qui n’existaient pas l’an passé », a-t-il promis.

L’exécutif européen prône une réouverture des frontières intérieures de l’UE de façon « concertée », « la plus harmonieuse possible » et « non discriminatoire ». Il s’agit toutefois de simples recommandations puisqu’il appartient aux États membres de décider comment ils veulent protéger leur territoire. Mercredi, l’Allemagne a annoncé viser une levée à la mi-juin des restrictions de circulation mises en place à ses frontières, ajoutant que ses voisins français, autrichien et suisse avaient le même objectif. Ses frontières avec le Luxembourg seront complètement ouvertes dès samedi.

Un site internet d’ici à l’été

Dans ses lignes directrices, c’est précisément à une telle situation que la Commission européenne s’intéresse. Elle préconise que lorsque des pays sont dans une situation épidémiologique comparable et ont adopté les mêmes mesures de précaution, ils doivent être traités de la même façon. En clair, si un pays A ouvre ses frontières avec un pays B, il doit aussi le faire avec son voisin C si ce dernier est dans la même situation que B. De même, quand un État ouvre ses frontières avec un autre, il doit le faire pour tous les habitants de ce pays, qu’ils en aient la nationalité ou pas.

A l’attention des futurs vacanciers, l’exécutif européen voudrait mettre en place d’ici à l’été un site internet avec des informations en temps réel sur la situation aux frontières mais aussi dans chacune des régions touristiques.

Pour certains pays du sud de l’Europe, l’Italie et l’Espagne, les deux plus endeuillés par le coronavirus, mais aussi la Grèce et le Portugal, il s’agit de limiter les dégâts au maximum. Ces États sont très dépendants du secteur touristique et si les estivants restaient loin de leurs rivages, leur situation économique, déjà mauvaise, pourrait encore s’aggraver.

24 avril 2020

Pas de déconfinement régionalisé ni de retour obligatoire à l’école

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Emmanuel Macron a plaidé pour que le retour en classe se fasse sur la base du volontariat des parents. 

Une différenciation selon les territoires, un retour à l’école sur la base du volontariat, le masque sans doute imposé dans les transports : les grandes lignes du déconfinement se dessinent. Un plan qui place en première ligne les élus locaux, consultés, jeudi, par Emmanuel Macron et Édouard Philippe.

1- Pas de déconfinement « régionalisé »

« Le déconfinement doit se préparer avec les maires », a insisté Emmanuel Macron, et le cadre national devra être adapté et « territorialisé », mais pas par régions, « qui ne correspondent pas aux réalités des territoires ». Que ce soit pour les écoles, les commerces ou les transports, les réouvertures pourront se faire de manière différenciée. L’Ile-de-France et le Grand Est présentent des taux de personnes contaminées d’environ 12 % alors que d’autres régions sont très peu touchées. Il s’agit de faire du travail de dentelle, jusqu’à « adapter les mesures de déconfinement à la réalité d’une école, d’un quartier, d’une commune », selon le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, s’est dit favorable à la réouverture, dès le 11 mai, de « tous les commerces », hors bars et restaurants, sans distinction d’activité ou de taille de magasin.

2 - Pas d’obligation de retour à l’école

Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a évoqué, mardi, un retour à l’école étalé sur trois semaines, par niveaux de classe, avec des groupes de 15 élèves maximum. Emmanuel Macron a plaidé, jeudi, pour que le retour des élèves en classe se fasse sur la base du volontariat des parents, avec une priorité aux plus jeunes et aux plus en difficulté. Là aussi, la reprise sera « concertée avec les élus locaux et adaptée aux réalités locales », notamment en fonction de la taille des communes. 63 % des Français et 67 % des parents d’élèves jugent que la reprise de l’école à partir du 11 mai est une « mauvaise décision », selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et Le Figaro, publié jeudi.

3 - Le masque imposé dans les transports mais pas en dehors

Après le 11 mai, le port du masque sera « probablement » obligatoire dans les transports en commun, a indiqué l’Élysée à l’issue d’une visioconférence entre le chef de l’État et des maires. Le gouvernement veut aussi lisser les heures de pointe, en coordination avec les entreprises. Du gel hydroalcoolique devra être disponible dans les gares et les stations.

Autre principe, privilégier les transports du quotidien (domicile-travail et domicile-école). Ainsi, les métros et les trains seront progressivement plus fréquents, mais moins pour les trajets longue distance, TGV ou vols nationaux, considérés non-prioritaires. Dans les autres espaces publics, le masque en tissu est désormais « fortement recommandé », sans pour autant que son port ne devienne obligatoire. La France compte en importer et aussi en produire 17 millions par semaine. Emmanuel Macron a, par ailleurs, encouragé les maires à « acheter des masques de manière massive » et à organiser leur distribution.

4 - Déplacements et vacances

Aucune disposition pour empêcher le déplacement d’une région à l’autre n’a été évoquée jeudi, selon l’Élysée. Mais Christophe Castaner a rappelé que « le déconfinement, ce ne sera pas la liberté d’aller partout et de faire n’importe quoi ». Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a estimé « qu’il faudra éviter les transports inter-régionaux et les échanges de populations entre des zones massivement touchées et des zones peu touchées ».

5 - Quel calendrier ?

Le chef de l’État « s’est engagé à ce que le cadre (du déconfinement) soit présenté en début de semaine prochaine » aux élus locaux, notamment pour un temps de concertation. La présentation d’un plan détaillé doit, elle, intervenir début mai.

23 avril 2020

L’hommage de Kamel Mennour à Peter Beard: «Il n’avait qu’un désir, des oursins et des framboises!»

EXCLUSIF - C’est l’histoire d’un tout jeune passionné d’art et d’une légende de la photographie qui vient de s’éteindre à 82 ans. Elle fut déterminante pour le premier. Après vingt ans de carrière spectaculaire, le galeriste nous la raconte.

Par Valérie Duponchellekamel

Le catalogue de l’exposition «Peter Beard,» la première de la galerie Kamel Mennour en 1999, alors rue Mazarine à Paris. C’est aujourd’hui un «collector». Peter Beard/ Courtesy galerie Kamel Mennour

«RIP Peter Beard. Il était une légende vivante. Un artiste incroyable et si élégant. Il a été ma première exposition de galeriste, mon premier catalogue en 1999 et ma première Fiac en 2000. Je n’étais personne et il était le plus grand. Ma petite galerie au 60, rue Mazarine était trop petite. Le monde entier est venu voir son exposition. Il était là, accueillant tout ses amis, des Rolling Stones à n’importe qui. Il était le même avec tous. Il m’a tant inspiré. Un des plus grands rencontrés dans ma vie».

Figure du marché parisien et force montante du marché international, Kamel Mennour a posté ce message (en anglais) ce lundi 20 avril au matin sur son compte Instagram, dès que l’information de la mort de Peter Beard a traversé l’Atlantique.

Pour Le Figaro, il raconte en exclusivité cette rencontre décrochée contre toute probabilité et qui a lancé sa carrière de tout jeune marchand sans appui ni fortune, une carrière aujourd’hui bien établie (trois espaces à Paris et un à Londres).

«J’ouvre ma première galerie à Paris en 1998. Sans aucun programme, sans rien du tout. J’étais juste un jeune galeriste fantasmé. Je savais que j’étais galeriste, mais sans les outils, sans formation, sans soutien, sans mentor. J’allais voir toutes les Fiac, une par par une. Donc, en 1998, je récupère ce tout petit espace de François Mitaine, un homme inspiré et hors des contingences matérielles (ce galeriste parisien est disparu le 1 er mars 2015, NDLR). Je repeins les murs.»

«Je ne savais pas quoi montrer. J’achetais depuis deux trois ans des livres de photographie et d’art, aux Puces de Vanves. Dont un livre de Peter Beard, The End of the Game, qui m’avait fasciné. Quelle résonance avec ce qui se passe aujourd’hui, la fin d’un monde! L’itinéraire de cet homme qui part au Kenya rejoindre cette faune sauvage et témoigner n’avait rien à voir avec une mode. Il se parlait à lui-même. C’était un sauvage qui parle aux mondes sauvages. Il était brut de décoffrage, même s’il venait d’un milieu extrêmement civilisé. Un funambule de cette société W.A.S.P. des Hamptons qui a besoin d’un saut dans le vide. Il ressent que, dans cette terre africaine, c’est justement la fin d’un monde.»

«Séduit par cet engagement, ce côté énorme de l’aventure, cette gueule aussi formidable qu’il avait, j’essaie de rentrer en contact avec lui. Je vais le voir à New York au printemps. Je me présente, entre insouciance et aplomb, avec de la fraîcheur en fait, comme non pas moi, monsieur Personne, mais comme ‘‘Paris, une ville qui a besoin de pointures comme lui’’, qui n’a pas encore Paris Photo. Le studio-galerie de Peter Beard à Soho était énorme, s’appelait ‘‘’The Time Is Always Now’’. Il était beau, plus que beau, tellement beau que tout le monde, hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux, se retournaient sur son passage».

Vieux matelas et pieds nus

«Il m’a reçu complètement affalé sur de vieux matelas, pieds nus, dans le basement de son studio. De la peinture sur le corps. En train de travailler, de coller, pendant des heures. Il m’oublie, mais reste toujours d’une gentillesse désarmante. Je reste des heures à le regarder, sidéré. Débarque alors le tout New York de l’art, de la mode, de la jet set. Paul Morissey (réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, producteur, monteur et acteur américain, aujoud’hui âgé de 82 ans, il a réalisé des films d’Andy Warhol qui ont fait de lui l’une des figures du cinéma underground américain, NDLR), Naomi Campbell, et toutes les créatures d’une scène stylée et/ou underground.»

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Peter Beard, «larger than life». Une fascination pour l’Afrique sauvage en danger, comme ses espèces menacées. Et le goût des «Diaries», ses journaux intimes composés de photos, de collages, de sang séché et d’écriture cursive. Une formule Peter Beard / Courtesy galerie Kamel Mennour

«Je lui laisse ma carte. Un mois plus tard, il m’envoie un fax. On est fin 1998, c’est l’époque des faxs! Il est venu à Paris, a visité ma toute petite galerie. Il ne m’a demandé qu’une chose: il avait une envie d’oursins! À côté de ma minuscule galerie, il y avait le café Le Mazarin et son étale d’huîtres. Je n’avais jamais mangé d’oursins, je ne savais même pas comment cela se mangeait. Les premiers de ma vie furent donc avec Peter Beard! Cela coûtait monstrueusement cher. Après, il m’avait demandé des framboises! Ce n’étaient pas des caprices de riche, il était assez fou. Il vivait son temps, son moment, sa jouissance, ses envies. On a tout de suite fixé la date de l’exposition ‘‘Peter Beard, 28 pièces, Photographies choisies’’ du 9 décembre 1999 au 28 février 2000. Des photos qu’il adaptait toujours in situ en découpant les tirages, en les recomposant avec ses journaux intimes qui témoignent, comme chacune de ses expositions, de l’instant.»

La rue Mazarine fermée à cause de lui

«Il tenait table ouverte à la galerie. Donnant des rendez-vous au cinéaste expérimental Jonas Mekas, à Mick Jagger, à une foule de célébrités qui ne venaient que pour lui. Un flux constant de visiteurs qui dépassaient de beaucoup l’importance de ma micro-galerie, en face d’un parking, qui avait juste un an d’existence. Surréaliste. Je vivais ce sentiment surréel d’être de l’autre côté des choses, un peu ce sentiment de rêve éveillé que nous vivons tous aujourd’hui avec cette épidémie. Le soir du vernissage, la rue Mazarine a été fermée à cause de nous. Un monde fou. Tout Paris. Le monde interlope de la célébrité, le monde de l’art, un monde bigarré et vivant.»

«Je lui propose assez vite de faire un one man show avec lui pour la Fiac 2000, une figure obligée pour remonter une édition que l’on disait moribonde, alors Porte de Versailles. Il ne savait même pas ce qu’était la Fiac! Il me demande de venir à l’Hôtel du Cap au Cap-Ferrat. J’avais un camion à l’époque en leasing, je faisais tout dans ma galerie, transports et délivrance des œuvres. Je suis donc descendu avec mon épouse Annika en Ford Transit dans cet hôtel au luxe suprême. J’ai compris ce qu’était l’ Hôtel du Cap en arrivant. Je me suis garé à 300 mètres sur la corniche, pour cacher mon camion, du type qui servait alors à faire les marchés.»

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Le premier catalogue d’une toute jeune galerie en 1999, grâce à Peter Beard. C’est aussi lui, par le biais d’un one man show, qui lui ouvre les portes de la Fiac en 2000. Peter Beard / Courtesy galerie Kamel Mennour

«Il m’a accueilli royalement. Notre expo l’avait rendu heureux. Nous avions tout vendu, tout de suite, ce qui m’avait ébloui, mais cela n’était vraiment pas cher. À l’époque, un grand Peter Beard ne valait que 10.000 €! Les prix ont depuis flambé. Il me dit un oui de principe et me donne rendez-vous fin août. J’apprends qu’il est alors, non pas à New York, mais dans le sud, sur le bateau d’un ami. Et qu’il n’a rien fait. Je rappelle début septembre, toujours rien. Fin septembre, toujours rien. Octobre, toujours rien. Là, je me sens mal car c’est notre show qui m’a ouvert les portes de ma première Fiac, alors qu’il fallait dix ans pour y être accepté. Je me suis vu galeriste mort-né, la risée de ma communauté.»

«Et, deux jours avant la Fiac, pas trois, deux, il arrive à la galerie avec un rouleau de photos, ses chaussures complètement ouvertes, lui comme toujours, égal à lui-même et couvert de peinture. On n’avait plus le temps de faire encadrer les photos. Je les ai punaisées, un peu comme fait Wolfgang Tillmans aujourd’hui. Peter Beard trouvait cela très bien, me disait: «C’est comme ça, l’art!» La pauvreté des moyens, le geste, c’est un retour aux sources auquel nous pensons tous aujourd’hui.»

«Dans le stand à côté du mien, il y avait celui de la grande galerie londonienne, la Marlborough Gallery, qui avait un sublime petit tryptique de Francis Bacon qui valait plusieurs millions. Sujet de ce portrait peint? Peter Beard! La galeriste et collectionneuse Agnès B faisait un solo show de Jonas Mekas qui est venu du coup sur mon stand. Et moi, grâce à Peter Beard, je me connectais à tous ces gens, c’était un choc et une chance fantastiques. Il fallait comprendre très vite. D’où mon respect pour eux. Ce sont les artistes qui m’ont mis le pied à l’étrier, m’ont fait rentrer dans ce train de l’art qui partait à toute vitesse...»

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19 avril 2020

Charles de Gaulle : les vérités de l’amiral Christophe Prazuck

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Selon l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale, « Dès que la situation sanitaire a évolué à bord, la décision a été quasi-immédiate, sans débat ».

Selon l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale, « Dès que la situation sanitaire a évolué à bord, la décision a été quasi-immédiate, sans débat ». (Photo archives Claude Prigent)

La mise hors de combat du porte-avions Charles de Gaulle par le Covid-19 posait de légitimes questions. Le chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Christophe Prazuck, n’en élude aucune. Entretien vérité.

Solidarité coronavirus Bretagne

1 081 marins sont positifs au Covid-19. Dès le 6 avril, des familles de marins brestois du Charles de Gaulle avaient manifesté leur inquiétude. Que leur dites-vous ?

Je comprends leur inquiétude, comme celle de tous les Français touchés. Je leur dis que, dès le 7 avril, lorsqu’il apparaît que la situation évolue très rapidement à bord du porte-avions, la décision est prise quasi instantanément de le faire rentrer. Des rumeurs ont fait état de débats internes. Ce n’est pas du tout le cas. De surcroît, nous envoyons à bord des médecins pour tester les 60 cas les plus remarqués par le service médical. 50 se révèlent alors positifs.

Des marins relâchés avant ce 7 avril auraient-ils pu contaminer leurs familles…

Fin mars, lorsque le bâtiment mouille au Danemark, 11 marins sont débarqués pour diverses raisons. L’un d’eux, sans symptômes, sera dépisté positif deux jours après être rentré à Brest. L’était-il en descendant du bateau ou a-t-il contracté le virus sur le chemin du retour ? L’enquête répondra.

Combien la Marine nationale déplore-t-elle de contaminés au total ?

1 226 sont soit positifs, soit considérés comme tel sur décision médicale. Vous soulevez là un point important : oui, le Charles de Gaulle est un cas à part. Il était accompagné d’autres bateaux, qui ont aussi fait escale à Brest, sans quasiment aucune conséquence. La frégate La Motte-Piquet ne compte aucun contaminé. Sur le pétrolier ravitailleur La Somme, nous avons isolé 60 marins parce qu’ils auraient pu croiser des contaminés. Ils sont isolés au Centre d’instruction navale de Brest pour encore quelques jours. À Toulon, sur la frégate Chevalier Paul, qui a suivi exactement le même parcours que le porte-avions, une vingtaine de marins sont positifs, soit 10 % de l’équipage. C’est beaucoup, mais cela n’a rien à voir avec les plus de 50 % contaminés du Charles de Gaulle.

Il y a donc un sujet Charles de Gaulle…

Absolument. C’est probablement lié à la densité de population à bord, au fait qu’environ mille personnes vivent dans des chambres de 10. Cette promiscuité se retrouve dans le service, qui exige en permanence des mouvements de personnels sur le pont, entre la passerelle et les ponts inférieurs.

Comprenez-vous que la mise hors des combats en 10 jours du fleuron de notre Marine inquiète sur l’état de notre Défense ?

Moi aussi, je suis inquiet ! Comme je pense que le pays l’est en constatant la pression que cette crise inédite exerce sur tous les secteurs de notre société. La Défense n’y échappe pas.

Aurait-on pu - dû - prendre davantage de précautions pour « protéger » le Charles de Gaulle, qui contribue à la dissuasion nucléaire ?

Vous me demandez quelles mesures ont été prises ? Quand le bateau arrive à Brest, pour son escale du 13 au 16 mars, la France n’est pas en confinement.

Parlons donc de Brest où tout semble s’être noué…

Ce week-end-là, c’est le premier tour des élections municipales. Dans le Finistère, on sait bien qu’il y a entre 22 et 33 cas positifs au Covid-19. Mais c’est aussi un des départements de France les moins touchés. Il faut ravitailler le bateau, faire souffler l’équipage, en particulier le tiers qui habite dans le Finistère : les personnels du groupe aérien embarqué demeurent autour de Landivisiau. Le commandant délivre des consignes classiques, comme le respect des distances sociales. Il ajoute des mesures spécifiques : interdiction de fréquenter le principal foyer de l’épidémie en Bretagne, autour d’Auray (Morbihan). Quand les permissionnaires rejoignent le bord, l’éventualité d’une contamination est prise en compte. Un protocole est adopté pour 14 jours : la suppression des rassemblements du matin, la fermeture de carrés. Chaque marin remplit un questionnaire sur ses activités du week-end. 350 profils à risques sont identifiés et suivis médicalement deux fois par jour. Le 22 mars, un doute pèse sur un marin, mais son scanner des poumons ne révèle rien. À la fin des 14 jours, les autorités assouplissent donc ce dispositif qui pèse sur l’efficacité du service. C’était manifestement une erreur. Oui, le virus a contourné nos mesures.

La ministre a confirmé que l’équipage était fatigué avant d’arriver à Brest. Le Pacha a-t-il demandé à ce moment-là d’annuler sa mission en mer du Nord… ?

Cette rumeur est fausse. On sait très bien que le Charles de Gaulle est un outil extrêmement puissant, et que le Pacha est le mieux à même d’apprécier la fatigue de l’équipage. Quand le 7 avril, il nous alerte, la décision d’interrompre la mission est immédiate. Sans aucun débat. Combien de temps sera immobilisé le porte-avions à Toulon ? On est en train de procéder à son bio-nettoyage. On vise la fin du mois. C’est un travail très long, très compliqué. Mon attention se concentre sur l’équipage. Ma préoccupation est que les malades sortent de l’hôpital guéris, que les marins testés négatif puissent repartir chez eux en toute sécurité.

Pour assurer la résilience du groupe aéronaval, faudra-il un deuxième porte-avions ?

À chaque jour suffit sa peine !

porte avions

17 avril 2020

Raoult, le Gaulois réfractaire

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L’irrationnel est de toutes les crises. Dans celle du coronavirus, il atteint des sommets. Non dans le comportement des acteurs, étonnamment raisonnables en moyenne, qu’il s’agisse de la population ou des responsables gouvernementaux, mais dans le débat public, tel qu’il se développe principalement sur les réseaux sociaux. La polémique a pour emblème le professeur Raoult, star péremptoire de la scène phocéenne au physique de chef gaulois réfractaire, dont la tête a tant grossi, selon ses adversaires, qu’elle pourrait boucher le port de Marseille. Il a encore affolé la meute des réseaux mercredi, en déclarant que l’épidémie, comme les gelées d’hiver, pourrait bien s’arrêter avec le printemps. Il a été aussitôt contredit par le directeur de l’Agence régionale de santé locale qui prévoit, au vu de ses propres statistiques, une prolongation «de plusieurs semaines».

A vrai dire, le même dialogue théâtral se poursuit depuis que cet infectiologue fort savant et fort peu modeste a annoncé qu’il avait trouvé le médicament idéal pour bloquer la pandémie : la chloroquine, molécule utilisée habituellement contre le paludisme, en passe de devenir plus célèbre que l’aspirine, et qu’il administre généreusement à ses patients.

Faute de compétence, on se gardera ici de se prononcer sur l’efficacité de ce traitement, dont il faut espérer, après tout, qu’il est aussi bénéfique que ce qu’en dit son promoteur. C’est la forme du débat qui interpelle, plus que le fond. Le professeur Raoult semble voir dans la chloroquine une sorte de potion magique. Une grande partie des autres médecins, sans doute très majoritaires, expriment un scepticisme plus ou moins véhément. Les essais pratiqués par le scientifique devenu gourou d’Internet ne sont pas fiables, disent-ils, il leur manque le «groupe témoin» de patients non-traités nécessaire à la preuve. Pour ses adversaires, en effet, rien ne montre que les malades traités à la chloroquine n’auraient pas connu un sort identique sans qu’on leur administre le médicament.

Un observateur candide dirait que si cette chloroquine ne fonctionne pas, il n’y a pas non plus grand mal à la prescrire si l’on y croit : au pire, elle ne changera rien. Les adversaires de Raoult rétorquent, avec une certaine pertinence, que la médication peut provoquer des effets indésirables dangereux, pour le cœur notamment, si elle est ingérée à forte dose (ce qui est le cas dans le protocole de Raoult). Arguments qui n’atteignent pas les partisans du barbu professeur, dont une partie s’est changée en une secte agressive. Les adversaires de Raoult écopent d’un tombereau d’injures sur les réseaux, au point qu’une éminente spécialiste parisienne, Karine Lacombe, détractrice médiatisée, a dû se retirer de Twitter après avoir été menacée de mort.

On trouve dans ces échanges furieux l’application hystérisée du schéma déjà expérimenté pendant le mouvement des gilets jaunes, si cher aux populistes : les élites contre le peuple ; l’establishment médical d’un côté, un dissident solitaire qui exprime la colère populaire de l’autre. Raoult, gilet jaune en blouse blanche… On admettra que ce n’est pas le meilleur moyen d’apaiser une discussion scientifique… D’autant que le professeur s’est déjà illustré par des aphorismes à l’emporte-pièce rapidement contredits par les faits. Au début de l’épidémie, il avait déclaré d’un ton définitif que la maladie resterait confinée en Chine et qu’il n’y avait pas lieu de s’affoler comme on le faisait. Il y a une dizaine d’années, il avait aussi clamé que le réchauffement de la planète s’était arrêté en 1998 et que rien ne prouvait qu’il puisse être lié à l’activité humaine…

En fait, faute d’une étude rigoureuse validée par les pairs, l’efficacité de la chloroquine est comme l’existence de Dieu. On ne peut pas la prouver mais on ne peut pas la réfuter. C’est une question de foi. Dans cette aporie, toutes les peurs et tous les fantasmes s’engouffrent comme un tsunami sur une plage.

La science est en fait impuissante devant ce genre de phénomène. Les savants, en effet, concèdent volontiers qu’ils sont très loin de tout savoir sur le coronavirus, ses origines, ses effets divers sur les patients, son évolution et a fortiori sur les moyens de la guérir ou de le prévenir. Et si la chloroquine ou tout autre médicament hétérodoxe marche, ils en conviendront volontiers et s’en réjouiront. En attendant, ils doutent. Angoissante mais inévitable incertitude, qui caractérise souvent l’avancée du savoir médical. Ainsi ceux qui savent ne savent pas tout et le disent. Ce qui n’autorise pas ceux qui ne savent rien à dire n’importe quoi…

LAURENT JOFFRIN

17 avril 2020

Coronavirus: La Chine se défend après les réserves de Macron et appelle à l'unité

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Emmanuel Macron a émis plusieurs réserves sur la gestion de l'épidémie de coronavirus par Pékin. Des remarques qui n'ont guère été appréciées.

Emmanuel Macron a estimé qu'en Chine il s'était passé des choses

CORONAVIRUS - La Chine a appelé vendredi à l’unité internationale face au coronavirus, après des critiques du président français Emmanuel Macron et de plusieurs capitales occidentales sur la gestion de l’épidémie par Pékin.

Dans une interview au Financial Times parue jeudi, le président français a estimé qu’il existait des zones d’ombre dans la gestion de l’épidémie de coronavirus par la Chine, après son apparition dans le centre du pays fin 2019.

“N’ayons pas une espèce de naïveté qui consiste à dire que (la gestion de l’épidémie par la Chine, NDLR) c’est beaucoup plus fort. On ne sait pas. Et même, il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas”, a affirmé Emmanuel Macron.

Il était interrogé par le quotidien britannique sur le fait de savoir si les régimes autoritaires étaient mieux à même de gérer ces crises.

Vendredi, Pékin a jugé “inutile” d’argumenter sur les avantages et inconvénients des différents systèmes politiques.

“Il est impératif que tous les pays s’unissent pour combattre l’épidémie et gagner la guerre” contre le Covid-19, a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, démentant par ailleurs toute “dissimulation” dans le bilan du Covid-19, après une brusque augmentation du nombre de décès comptabilisés dans le pays.

Des doutes internationaux

D’après l’Elysée, Emmanuel Macron a souligné que dans les démocraties, qui garantissent la liberté d’information et d’expression, la gestion de la crise était transparente et faisait l’objet de débats, contrairement aux régimes où l’information et l’expression sont contrôlées.

Ces propos surviennent après la convocation de l’ambassadeur de Chine en poste à Paris par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui lui reprochait des propos critiquant la réponse occidentale au Covid-19.

Pékin a évoqué mercredi des “malentendus”.

Les réserves du chef de l’Etat sur la gestion de la crise par Pékin rejoignent les doutes exprimés par Londres et Washington.

Le Royaume-Uni a averti jeudi la Chine qu’elle devrait répondre à des “questions difficiles sur l’apparition du virus, et pourquoi il n’a pas été stoppé plus tôt”.

L’administration Trump a de son côté accusé Pékin d’avoir “dissimulé” la gravité de l’épidémie à son début en Chine, et a gelé mardi la contribution financière américaine au fonctionnement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lui reprochant de s’être alignée sur les positions chinoises.

15 avril 2020

Covid-19 : Trump coupe les vivres à l’OMS, l’accusant d’être responsable de la crise

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COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Donald Trump a décidé de suspendre, mardi 14 avril, la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la santé, dont les États-Unis sont le principal bailleur. Une décision controversée en pleine pandémie, qui a encore tué plus de 2 200 personnes aux États-Unis en vingt-quatre heures.

Critiqué de toutes parts pour la lenteur de sa réaction face au coronavirus, Donald Trump, qui “refuse de reconnaître ses propres erreurs”, “s’est trouvé mardi un nouveau bouc émissaire”, estime Vanity Fair.

Le président américain a annoncé la suspension de la contribution américaine à l’OMS, le temps d’évaluer son rôle “dans la mauvaise gestion et la dissimulation de la propagation du coronavirus”. Donald Trump a notamment reproché à l’agence de l’ONU de s’être alignée sur les positions de la Chine, que Washington accuse d’avoir initialement caché la dangerosité du virus lorsqu’il y a fait son apparition, en décembre. Ce qui, a-t-il dit, n’a pas permis de contenir l’épidémie “à sa source avec très peu de morts”.

“Trump a lui-même accordé le bénéfice du doute à Pékin”

Mais alors que le virus continue de faire des milliers de morts chaque jour dans le monde, dont plus de 2 200 ces dernières vingt-quatre heures aux États-Unis, la décision de Trump pourrait avoir des conséquences sanitaires, estime la presse américaine. “Les États-Unis contribuent plus que tout autre pays au financement de l’OMS, à hauteur de plus de 400 millions de dollars par an”, rappelle Politico. Ces coupes seront “un coup dur” pour cette organisation à l’heure où celle-ci “réalise des essais de vaccins, distribue des kits de dépistage et conseille les gouvernements du monde entier” pour lutter contre le coronavirus.

“Il y a des raisons d’être critique à l’égard de l’OMS”, note le Washington Post, qui rappelle que l’organisation a repris au début de la crise “des déclarations du gouvernement chinois affirmant qu’il n’y avait pas de preuve de transmission d’humain à humain”. Mais dans le même temps, Donald Trump a lui-même “accordé à la Chine le bénéfice du doute, la louant pour sa transparence, alors que ses agences de renseignement et ses conseillers l’avertissaient que le virus était beaucoup plus dangereux que le gouvernement chinois ne le laissait entendre”.

Suspendre l’aide américaine à l’OMS “exacerbera la crise et coûtera la vie à des Américains”

La décision de Donald Trump a suscité de vives critiques au sein de la communauté internationale et parmi les scientifiques. Ce “n’est pas le moment de réduire le financement” de l’OMS, qui est “absolument essentielle aux efforts du monde pour gagner la guerre contre le Covid-19”, a réagi mardi le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Selon plusieurs anciens responsables sanitaires ayant travaillé sous des administrations républicaines et démocrates, la décision de Trump pourrait “exacerber la crise et coûter la vie à des Américains”, rapporte Business Insider. “La réponse de l’OMS à la pandémie de Covid-19 n’a pas été parfaite”, concède au magazine l’expert Jeremy Konyndyk, qui a supervisé les efforts de l’administration Obama pour lutter contre l’épidémie d’Ebola en Afrique. “Mais si nous nous mettons à attaquer l’OMS, c’est à nous que nous allons finir par faire du mal, car il sera plus difficile d’arrêter l’épidémie à l’échelle mondiale”, estime-t-il.

Pour l’hebdomadaire Newsweek, même si la décision du président américain est “controversée” sur le plan sanitaire, elle a le mérite d’exiger des réponses de la part de l’OMS, “notamment concernant la date à laquelle l’organisation a eu connaissance du fait que le virus a commencé à se transmettre d’humain à humain”.

Noémie Taylor-Rosner

19 septembre 2020

La famille de Rimbaud s'oppose à son entrée au Panthéon

rimbaud verlaine

C’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur le monde de la culture. Depuis plusieurs jours, une pétition circule pour revendiquer l’entrée au Panthéon des deux grands poètes français Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Une décision qui crée de nombreuses discordes dans le cercle des intellectuels et chez les descendants...

Le réveil de la famille

La famille a rapidement réagi à cette pétition lancée sans leur accord. Vendredi dernier, Jacqueline Teissier-Rimbaud, l’arrière-petite-nièce d’Arthur Rimbaud, s’est formellement opposé à l’entrée du poète au Panthéon aux côtés de Paul Verlaine. « Rimbaud est né à Charleville-Mézières, il reste à Charleville-Mézières, avec toute sa famille » insiste-t-elle. En plus de vouloir le déterrer du caveau familial, les descendants s’indignent que l’on associe inlassablement sa figure à celle de Verlaine, comme des amants de toujours, alors que la relation n’a duré que quatre années de sa jeunesse. Dès ses 24 ans, Rimbaud a lâché ses manuscrits pour devenir trafiquant d’armes en Afrique, où il a vécu avec une jeune femme. Ainsi, le réduire à cette icône homosexuelle reste une méconnaissance de sa vie, selon Alain Tourneux, président de l’association des Amis de Rimbaud.

Un élan de voix

Plus d’une centaine de philosophes, écrivains, scientifiques et personnalités politiques ont lancé une pétition adressée au président de la République pour demander l’entrée de ces deux grandes figures littéraires au Panthéon. Parmi eux, Annie Ernaux, Michel Onfray, Edgar Morin, l’actuelle ministre de la culture Roseline Bachelot ainsi que la majorité de ses prédécesseurs. A l’origine destiné à être une église qui abriterait la châsse de sainte Geneviève, ce monument honore depuis la Révolution française les grands personnages qui ont marqué l’histoire de France. Parmi Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Alexandre Dumas et Jean Jaurès y est inhumée l’ancienne ministre Simone Veil depuis le 1er juillet 2018.

Un déchaînement des passions

A l’initiative de cette démarche : le journaliste Frédéric Martel, l’écrivain Nicolas Idier et Jean-Luc Barré, l’éditeur d’une biographie de Rimbaud. C’est en découvrant la tombe du poète dans le cimetière de Charleville-sur-Mézières que les trois personnalités se sont indignées : en effet, celui-ci repose dans un lieu qu’il maudit, au côté de « son ennemi et usurpateur Berrichon », un poète mineur qui fit du tort à sa postérité. Peu de temps après, une visite au cimetière des Batignolles les désole de plus belle, percevant les cendres de Verlaine « sous d’affreuses fleurs en plastique », dans le bruit du périphérique.

Les trois hommes se mettent rapidement d’accord sur une chose : sortir les deux poètes de leurs caveaux sinistres pour les transférer au Panthéon. Du fait des nombreuses discordances entre Verlaine et Rimbaud – le premier ayant tiré sur le second deux coups de revolver – la pétition insiste sur le fait qu’ils entreraient « en même temps » et non en couple dans une tombe commune.

Il a fallu attendre peu de temps avant de voir éclore les premières contestations de certains intellectuels. Ainsi, plusieurs journalistes, comme Etienne de Montety du Figaro, y voient un acte absurde. Selon lui, Rimbaud et Verlaine étaient « trop libres pour entrer au Panthéon ». Leurs personnalités insolentes et indépendantes n’auraient rien à faire dans un monument poussiéreux au service de la patrie. Une vie de bohème qui doit justement avoir sa place dans ce haut lieu du patrimoine français, selon Frédéric Martel. Pourquoi le Panthéon ne pourrait-il pas accueillir « ses rebelles et ses saltimbanques », ceux qui ont participé à sa révolution intellectuelle ?

L’ambigu Panthéon

Ce vaste débat nous ramène à une question initiale : quel rôle donner au Panthéon ? S’il est désigné comme un lieu de mémoire pour les personnalités qui se sont engagées publiquement au service de la France, Rimbaud et Verlaine ne semblent pas de ceux-là. Si on estime, en revanche, qu’il doit être un lieu réunissant les grands esprits de la culture française, ceux à qui l’on doit un véritable bouleversement de la pensée, ils y trouvent amplement leur place. Reste alors à repenser le discours fait sur les « panthéonisés », au risque de leur attribuer trop souvent une image poussiéreuse et conservatrice.

La démarche peut donc être honorable si l’on estime que le Panthéon doit célébrer la littérature et les arts, les révoltés et les contestataires à qui la France doit énormément. Une manière aussi de redorer le blason de ces disciplines trop souvent mises au second plan face aux actions politiques et militaires. Un monument des révolutionnaires ? Cela semble en premier lieu contradictoire, mais pourrait bien apporter au Panthéon bien plus de sens qu’il n’en a déjà.

10 avril 2020

La visite surprise d’Emmanuel Macron au microbiologiste Didier Raoult

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Par Olivier Faye, Alexandre Lemarié

Le président de la République a rencontré, jeudi à Marseille, l’infectiologue, célèbre pour avoir promu l’hydroxychloroquine dans la lutte contre le coronavirus.

Emmanuel Macron ne pouvait pas se tenir trop longtemps éloigné de l’« effet Raoult », comme dit un proche du chef de l’Etat. Jeudi 9 avril, le président de la République s’est rendu à Marseille pour rencontrer le microbiologiste Didier Raoult, patron de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, devenu célèbre dans le monde entier pour avoir promu l’hydroxychloroquine comme remède – controversé – au Covid-19. Une visite surprise, qui n’avait pas été annoncée à la presse et s’est effectuée sans journalistes.

Plus tôt dans la journée, M. Macron s’était déjà rendu, sans avoir convié la presse, à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) pour y rencontrer des équipes hospitalo-universitaires impliquées dans le programme de recherche européen Discovery, chargé de lutter contre l’épidémie. Mais c’est bien sa visite marseillaise qui capte toute l’attention, à quatre jours d’une nouvelle allocution du chef de l’Etat, prévue lundi 13 avril.

Officiellement, l’objectif de la journée était de « faire le point sur la question des traitements, au lendemain d’un échange avec le directeur général de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] sur les vaccins », explique-t-on dans l’entourage de M. Macron. Il ne faudrait pas donner le sentiment de favoriser telle ou telle équipe scientifique, alors que le débat autour de l’hydroxychloroquine fait rage. Cette dernière n’est autorisée, pour l’heure, que dans le traitement de cas graves.

Mais de nombreuses voix sur la scène politique, à droite en particulier, plaident en faveur de sa généralisation à tous les malades du Covid-19. « Ce n’est pas au président de trancher ce débat, il doit être tranché scientifiquement, estime-t-on dans son entourage. Une visite ne légitime pas un protocole scientifique, elle acte et marque l’intérêt du chef de l’Etat pour des essais thérapeutiques, qu’ils soient prometteurs ou pas. »

Ce qui n’empêche pas un proche du président de la République de souligner que « le professeur Raoult est un scientifique reconnu » et l’IHU de Marseille un « centre d’excellence ». « La lutte contre le Covid-19 n’est ni de droite ni de gauche », poursuit ce proche, qui jure : « Il n’y a pas de dimension politique à ce déplacement. »

« Pas d’ostracisme »

Depuis plusieurs semaines, M. Macron n’a de cesse de vouloir multiplier ses sources d’information. « Le président a très vite saisi que ce virus nouveau finirait tôt ou tard par faire l’objet d’analyses différentes de la part du corps médical. Il appelle quantité de médecins », assure un habitué de l’Elysée.

Pas question de se contenter d’échanger avec le seul conseil scientifique, réuni depuis mars pour l’épauler dans la gestion de la crise sanitaire. Des « médecins de bureau », a raillé Didier Raoult, qui entretient des rapports houleux avec son président, Jean-François Delfraissy.

« EMMANUEL MACRON VEUT MONTRER QUE TOUS LES ACTEURS DE LA LUTTE ONT LEUR PLACE. PAS D’OSTRACISME », RÉSUME LE DÉPUTÉ LRM DE L’EURE, BRUNO QUESTEL.

Selon l’Elysée, ce dernier accompagnait pourtant Emmanuel Macron dans son périple marseillais. « Compte tenu de l’effet Raoult, il est logique qu’à un moment le président aille le voir. Il ne peut pas s’abstraire d’un tel débat national », estime un proche. Ni se couper d’un homme qui, en développant une image de rebelle, est devenu, en l’espace de quelques semaines, une star des réseaux sociaux.

Cette visite représente une manière pour le chef de l’Etat d’établir un dialogue avec une catégorie de la population qui nourrit de la défiance vis-à-vis du discours des autorités depuis le début de la crise sanitaire. « Emmanuel Macron veut montrer que tous les acteurs de la lutte ont leur place. Pas d’ostracisme », résume le député (La République en marche, LRM) de l’Eure, Bruno Questel.

Théories conspirationnistes

Ces dernières semaines, les débats autour du traitement à l’hydroxychloroquine ont inspiré des théories conspirationnistes. Avec une question récurrente : pourquoi ce médicament, présenté comme efficace par ce médecin marseillais reconnu mondialement, n’est-il pas généralisé ?

Certains, en particulier parmi les sympathisants de droite ou d’extrême droite, croient y voir un complot de la part de l’industrie pharmaceutique. « L’idée que le bon sens du terrain doit prévaloir face aux élites déconnectées est réactivée à l’occasion de la crise du coronavirus, en particulier à travers le professeur Raoult, note Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l’IFOP. Le fait qu’il soit parti bille en tête face aux institutions le rend sympathique aux yeux des antisystèmes, voire des complotistes. »

Une partie des Français – sous la pression notamment du monde politique – ont ainsi reproché aux autorités de faire preuve d’une trop grande prudence pour généraliser rapidement l’utilisation de l’hydroxychloroquine, sans même attendre les résultats d’études standardisées. Une pétition, lancée par l’ancien ministre de la santé Philippe Douste-Blazy, baptisée « Ne perdons plus de temps », réunissait, jeudi soir, plus de 462 000 signatures.

« Discrédit des scientifiques »

« Nous avons manqué d’une prise de parole plus limpide sur ce sujet, ce qui a donné l’impression qu’on serait trop frileux quant à son utilisation », regrette un responsable de la majorité. Deux décrets successifs ont en effet été nécessaires pour préciser la position de l’exécutif sur le sujet.

« Raoult a réussi une prouesse : à lui seul, il a accéléré le délitement de la parole politique et provoqué le discrédit des scientifiques, analyse un poids lourd du groupe LRM à l’Assemblée nationale. Par sa prise de position frondeuse, il a rompu dès le départ l’unité nationale. C’est pour tenter de résorber cette entaille dans l’unité nationale que Macron vient le voir. »

« LE PRÉSIDENT Y VA POUR FAIRE CESSER LES RUMEURS ABSURDES DE COMPLOT CONTRE RAOULT. JE COMPRENDS POURQUOI IL LE FAIT. MAIS ÇA LE NORMALISE », REGRETTE UN DÉPUTÉ

Cette visite présidentielle est diversement appréciée au sein de la majorité. « Je trouve que c’est utile, il n’est pas nécessaire d’affronter le professeur Raoult, ce n’est pas un adversaire, juge Sacha Houlié, député (LRM) de la Vienne. Soit il a une solution, et tant mieux, il devra être reconnu pour cela ; soit il ne l’a pas, et il devra alors répondre des espoirs qu’il a suscités. »

« Le président se positionne au-dessus des guerres de chapelles entre scientifiques, abonde son collègue des Deux-Sèvres Guillaume Chiche. Tous les travaux méritent d’être menés et appréciés à l’aune de leur efficacité en termes de santé publique. Pas en fonction de ceux qui les conduisent. »

D’autres craignent que le locataire de l’Elysée n’ait apporté un blanc-seing à un homme qui propose un remède dont l’efficacité et la dangerosité potentielle continuent de faire débat au sein du monde scientifique. « Le président y va pour faire cesser les rumeurs absurdes de complot contre Raoult. Je comprends pourquoi il le fait. Mais ça le normalise », regrette un député. Le président (Les Républicains) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, fervent soutien de Didier Raoult, ne s’y est pas trompé. « C’est une marque de reconnaissance de l’Etat pour ce grand médecin, mais c’est aussi la démonstration qu’Emmanuel Macron sait écouter », a-t-il affirmé.

Olivier Faye et Alexandre Lemarié

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En France, première baisse du nombre de patients en réanimation. Pour la première fois, jeudi, le solde des entrées est des sorties de malades du Covid-19 hospitalisés en réanimation était en baisse en France. Cet indicateur, qui permet de mesurer le nombre d’ouvertures de lits, est très suivi par les professionnels, car il montre la pression sur le système de santé. Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a déclaré lors de son point quotidien sur l’épidémie : « Le besoin de trouver de nouvelles places, de nouvelles équipes et de nouvelles machines diminue pour la première fois. On peut donc espérer un plateau, mais c’est un plateau très haut. Il faut donc rester extrêmement prudent. » Entre mercredi et jeudi, 412 morts supplémentaires ont été comptabilisés en milieu hospitalier, portant au total le bilan à 8 044 personnes mortes à l’hôpital depuis le 1er mars ; 30 767 personnes sont hospitalisées pour une infection au coronavirus (soit 392 places de lits supplémentaires attribués aux malades du Covid-19 en vingt-quatre heures), dont 7 066 cas graves en réanimation ; 369 personnes ont été transférées en réanimation depuis la veille ; toutefois, avec les sorties, l’écart nette du nombre de patients en réanimation entre hier et aujourd’hui est, pour la première fois, en baisse, avec un solde de – 82 (contre + 17 mercredi, + 59 mardi, + 94 lundi et + 140 dimanche) ; le bilan total est estimé à 12 210 personnes mortes en France du Covid-19. La mort de 4 166 personnes a été déclarée dans les Ehpad et autres établissements sociaux et médico-sociaux recevant des personnes âgées ; 86 334 cas ont été confirmés par test PCR, soit 4 286 cas de plus que le chiffre communiqué hier. Plus de 23 200 personnes sont sorties de l’hôpital depuis le début de l’épidémie. La surmortalité au niveau national, calculée par l’Insee sur la base de l’état civil, atteint + 41 % pour la semaine 14 (du 30 mars au 5 avril). Cette surmortalité prend en compte toutes les causes de décès en France, et pas seulement les morts du Covid-19.

 

8 avril 2020

ALERTE Politique-Décès: Christian Bonnet, ancien ministre de l’Intérieur de VGE, est mort (famille)

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Christian Bonnet est mort à l’âge de 98 ans dans un EHPAD de Vannes (Morbihan), annonce sa famille. Elle précise qu’il est mort de « sa belle mort » et qu’aucun cas de Covid-19 n’a été constaté dans la maison de retraite où il résidait.

Après « Ponia » (Michel Poniatowski), il fut de 1977 à 1981 Le 2e ministre de l’Intérieur du président Valéry Giscard d’Estaing. Son action est notamment marquée par l'arrestation de « l’ennemi N°1 » Jacques Mesrine et l'attentat à la moto piégée devant la synagogue de la rue Copernic, à Paris.

1 avril 2020

Reportage - Face au coronavirus, New York retient son souffle

empire

Par Arnaud Leparmentier, New York, correspondant

En quelques semaines, la ville et ses environs sont devenus un foyer majeur de l’épidémie aux Etats-Unis. Hôpitaux et musées, pauvres et riches, toutes les composantes de la cité s’organisent tant bien que mal, dans la crainte d’un désastre sanitaire.

Chance Landesman a décampé dans les montagnes boisées du Maine, à 650 kilomètres au nord de New York. L’étudiant de Brooklyn, 21 ans, s’est réfugié, avec cinq amis, dans une maison cossue pour fuir le coronavirus. Là, il s’est lancé dans la construction d’une serre, et il a nourri les poulets, tout en gardant l’œil rivé sur son smartphone et sur son portefeuille boursier. Wall Street plonge, l’Amérique compte 3,3 millions de chômeurs supplémentaires en une semaine, New York est une ville fermée, cernée par le coronavirus, mais le gamin a fait une petite fortune en Bourse en pariant sur l’effondrement des marchés financiers.

C’était il y a cinq semaines, une fraction de temps, mais une éternité. Ce lundi 24 février, on est encore dans l’ancien monde. La Bourse a atteint des plus hauts historiques. Aucun cas de coronavirus n’a encore été détecté à New York. Il faudra attendre le dimanche 1er mars pour que soit annoncé le premier malade, une auxiliaire médicale revenue d’Iran. Chance Landesman, qui a appris à boursicoter sur l’application Robinhood, voit arriver la catastrophe économique et sanitaire, qui a déjà frappé l’Asie, puis l’Europe. « Je pensais qu’on allait avoir une récession. L’épidémie due au coronavirus allait en être le déclencheur, et j’ai vendu à découvert. » Il parie toutes ses économies, ainsi qu’un don fait par un de ses oncles pour ses 18 ans. Quatre semaines plus tard, il a multiplié sa mise par 25 (chiffre retombé à 16 entre-temps) et prend l’avion pour le Maine. « J’adore New York, mais il n’y avait plus rien de ce qui la rend sympa », confie-t-il au Monde par téléphone.

Curieuse impression. Chance Landesman est hors du temps, mais dans le monde. Il a suspendu ses études de philosophie et de religion, et se passionne pour la finance. « Cela fait longtemps que j’attends un changement majeur, poursuit-il. Beaucoup de jeunes ont une vision plus apocalyptique, avec le changement climatique, les perspectives économiques. On s’est très vite inquiétés, tandis que les vieux avaient un train de retard. »

Atmosphère irréelle

Les « vieux », comme il dit, sont confinés à New York. Sa mère, par exemple : Shanny Peer, directrice de la Maison française de l’université Columbia, restée dans sa maison de Brooklyn. « Je fais du yoga. Mon club donne des cours par Internet », nous dit-elle. Tout est allé si vite… Brutalement, l’université a décidé de fermer, comme d’autres institutions new-yorkaises. « Je travaille plus ou moins à la maison, même si je ne peux pas organiser d’événements. Je suis payée. Tout le monde est payé pour l’instant, on ne parle pas de licenciements. » Tout est annulé, y compris la cérémonie de remise des diplômes, à laquelle assistent d’ordinaire des dizaines de milliers d’étudiants. Et l’on espère une reprise en septembre, sans en être vraiment sûr. La priorité ? Eviter la maladie. « Je crois que j’ai le virus, poursuit Shanny Peer. Il y a dix jours, j’ai eu un peu de fièvre et des courbatures. Et puis, j’ai perdu le goût et l’odorat. Mais, comme le gouvernement fédéral est incompétent, les tests sont très rares, et on ne peut pas en faire. En tout cas, je fais comme si j’avais la maladie. »

A la date du mardi 31 mars, celle-ci avait touché 76 000 personnes et fait 1 550 morts dans l’Etat de New York (20 millions d’habitants) ; 8 500 personnes y étaient hospitalisées, dont plus de 2 000 en soins intensifs avec respirateurs artificiels. New York et sa région sont bien devenues le cœur américain de l’épidémie. « Le virus est peut-être né à Wuhan, mais New York va être Ground Zero », prévient Jimmy Van Bramer, conseiller municipal de la ville, élu démocrate du Queens, en référence au no man’s land laissé à l’emplacement des tours jumelles du World Trade Center, après les attentats du 11 septembre 2001.

A New York, l’atmosphère est irréelle. La ville est désertée, contaminée, mais pas encore submergée par l’afflux des malades. La comparaison la plus pertinente est sans doute celle avec ce moment si particulier qui précède les cyclones de Floride, lorsque l’orage est là qui arrache les toitures des maisons, mais que le pire est à venir avec la montée des eaux.

Depuis deux semaines, nulle âme qui vive devant l’embarcadère de la statue de la Liberté. Le Mémorial du 11-Septembre s’est tari : l’eau a cessé de couler dans les deux gouffres installés à l’emplacement des tours. Times Square s’est vidé de ses touristes, les music-halls de Broadway ont baissé le rideau. Les personnes croisées dans les avenues, désormais silencieuses et sans voitures, sont souvent afro-américaines ou latinas, manifestement pauvres, comme si les Blancs de la finance et des beaux quartiers avaient disparu. La criminalité est en chute libre. Les livreurs en tout genre apportent leurs paquets, gantés et masqués, mais qu’on ne compte pas sur Whole Foods, la filiale alimentaire d’Amazon, pour remplacer le supermarché : la première fois, les articles livrés n’étaient pas ceux sélectionnés ; la seconde, il n’y avait plus de créneau de livraison. De nombreux magasins de bouche ont fermé. Chez ceux qui restent ouverts, le choix s’est raréfié, et les clients s’invectivent dès que l’un approche à moins de 2 mètres. La maladie progresse, l’appréhension aussi.

Un patient passé sous les radars

Le gouverneur de l’Etat, Andrew Cuomo, a sonné le tocsin, mardi 24 mars : « Le taux d’infection double tous les trois jours, a-t-il prévenu. Nous ne ralentissons pas l’épidémie, et elle accélère d’elle-même. » La situation est telle que Donald Trump a envisagé de confiner l’Etat de New York, tandis que la police du Rhode Island voisin faisait la chasse aux visiteurs indésirables, propagateurs potentiels du virus. Un compromis a finalement été trouvé : les New-Yorkais sont invités à se mettre en quatorzaine lorsqu’ils quittent leur territoire.

La ville a réalisé l’ampleur du désastre à venir il y a une dizaine de jours, en voyant l’interminable file de patients désireux de se faire dépister à l’hôpital d’Elmhurst, dans le Queens. Depuis, un camion frigorifique a été installé devant cet établissement pour stocker les cadavres, et le nombre d’admissions quotidiennes aux urgences a doublé, pour atteindre quatre cents. « L’angoisse est accablante », a confié l’urgentiste Colleen Smith au New York Times. « La situation est mauvaise, les gens meurent, et nous n’avons pas le matériel dont nous avons besoin », a-t-elle précisé, déplorant le manque de masques et s’inquiétant du nombre de malades jeunes sans antécédents médicaux. Les médecins réquisitionnés décrivent leur quotidien sur Twitter, telle la pneumologue Anna Podolanczuk : « Aujourd’hui, j’ai dit à un homme de 28 ans qu’il devait être intubé. Il était terrorisé et ne pouvait respirer ; j’ai annoncé sur FaceTime à l’épouse d’un homme de 47 ans qu’il était en train de mourir ; j’ai fait une bronchoscopie à un patient atteint du Covid-19. J’ai sauvé sa vie, risqué la mienne », écrit-elle. Et d’ajouter : « C’est notre nouvelle normalité. New York va s’en sortir. 

etats unis

Des semaines durant, la ville a vécu dans une curieuse insouciance. Une fois isolé, le « patient zéro » (l’auxiliaire médicale revenue d’Iran) n’a pas inquiété grand monde. En revanche, chacun a tiqué lorsque a été connue l’histoire du second malade. Le 27 février, Lawrence Garbuz, un avocat résident de New Rochelle, banlieue résidentielle située au nord de New York, est conduit à l’hôpital par un ami. Les médecins diagnostiquent d’abord une pneumonie, puis il est transféré dans un hôpital de Manhattan. Enfin, les autorités annoncent, le mardi 3 mars, que le test révèle qu’il est positif au coronavirus. Sauf que, ce jour-là, nul n’y prête vraiment attention : c’est le Super Tuesday, jour décisif de la primaire démocrate américaine qui voit le centriste Joe Biden devancer le socialiste Bernie Sanders. « Nous avons réalisé que cela allait changer la vie de notre communauté, mais sans saisir que c’était l’avant-garde d’une lame de fond nationale », nous explique Noam Bramson, le maire de New Rochelle, ville fondée par des huguenots français au XVIIe siècle.

Cauchemar en cuisines

En ce début du mois de mars, les autorités peinent à trouver l’origine de la contamination. Lawrence Garbuz a voyagé en Floride en février, mais il n’existe aucun lien avec un foyer infectieux manifeste. En revanche, ces mêmes autorités s’inquiètent vite de l’itinéraire du malade : il fait chaque jour l’aller-retour en train entre New Rochelle et ses bureaux de Manhattan. On apprend aussi que sa famille est contaminée : sa fille de 14 ans étudie dans le Bronx, son fils âgé de 20 ans du côté d’Harlem. Surtout, M. Garbuz s’est rendu à trois reprises, alors qu’il était déjà malade, dans sa synagogue, pour assister à des funérailles, à une bar-mitsva et à un office religieux. « Nous avons confiné plusieurs centaines de familles, soit environ un millier d’individus », précise M. Bramson. Un périmètre sanitaire de 1 mile (1,6 kilomètre) est alors établi autour de la synagogue. La garde nationale intervient pour assainir les bâtiments publics et les écoles, et distribuer des repas aux habitants. A la date du 11 mars, New Rochelle est l’épicentre, dans l’Etat de New York, de l’épidémie, avec 121 cas sur 212.

A cette époque encore, beaucoup croient qu’il sera possible de la contenir. Début mars, M. Cuomo annonce le rapatriement de quelque trois cents étudiants partis en échange universitaire à l’étranger (Chine, Italie, Iran, Corée du Sud). Bien sûr, ils seront confinés. Les premières recommandations du maire de New York, Bill de Blasio, sont bien peu strictes : ceux qui craignent d’être malades ne doivent pas appeler les pompiers, mais sont priés de se rendre chez le médecin. Au risque de propager l’épidémie…

Arrive le week-end des 7 et 8 mars. Au cœur de Manhattan, le chef français Daniel Boulud organise son dîner de gala annuel, destiné à financer Citymeals, une association de livraison de repas chauds aux personnes âgées. La famille Troisgros, de Roanne, a fait le voyage, de même que Julien Royer (Odette), de Singapour, ou Alexandre Gauthier (La Grenouillère) de la baie de Somme, en Picardie. On se salue déjà du coude, par précaution, avant de déguster de la saint-jacques aux rutabagas ou des crêpes à la truffe. Le gala permet de lever 1 million de dollars.

Le mercredi suivant, Daniel Boulud reçoit une lettre du département de la santé new-yorkais : un des clients de son restaurant, Rick Cotton, patron de l’autorité portuaire locale, a été testé positif au Covid-19. A en croire la missive, il n’y a pas lieu de s’inquiéter : l’homme n’est pas contagieux. M. Boulud s’inquiète quand même. Le vendredi 13 mars, il décide de fermer ses sept restaurants new-yorkais. Plus de 750 salariés sans travail, du jour au lendemain. « Et dire qu’on était tous autour de la table, il y a trois semaines », soupire M. Boulud, retiré dans sa maison de campagne, au nord de la ville.

Le système de bienfaisance se met en marche

L’entrepreneur se bat pour faire activer son assurance perte d’exploitation, qui, sans surprise, avait inclus en bas de page une clause d’exclusion pour les pandémies. Pour aider ses salariés, il leur paiera une assurance-maladie au moins jusqu’en avril. Il a également trouvé un moyen ingénieux de leur donner un coup de pouce. « Nous avons lancé une fondation, Main dans la main, dans laquelle il y a mon PDG, mon directeur financier et trois représentants du personnel pour voir quels salariés ont le plus besoin de soutien. On ne veut pas qu’ils perdent leur appartement, même s’il a été demandé aux bailleurs d’être patients. » En dix jours, Main dans la main a récolté 147 000 dollars auprès de 395 donateurs ayant versé entre 5 dollars et 10 000 dollars.

En ces temps troublés, le système de bienfaisance new-yorkais se met en branle. L’association Citymeals s’est reconvertie et apporte désormais aux personnes âgées des vivres empaquetés. En plus du million de dollars levé lors du gala, elle a reçu deux autres dons de 1 million de dollars de la part d’institutions financières. Mais tout n’est pas facile : certaines des quarante cuisines réparties dans les cinq districts de la ville de New York ont dû cesser leurs activités.

Si M. Boulud a fermé ses restaurants avant que les autorités ne lui en donnent l’ordre, c’est aussi parce que deux d’entre eux avaient déjà perdu leur clientèle, l’un sur Broadway, près de Times Square, l’autre à côté du Lincoln Center, temple de la vie musicale. Depuis, la vie sociale s’est totalement arrêtée, et New York n’est plus vraiment New York.

L’une des grandes attractions mondaines de Manhattan est le gala du Metropolitan Museum (Met Museum), organisé chaque début mai par Anna Wintour, rédactrice en chef du magazine Vogue et star de la mode. Cette année, l’épouse du prince Harry, Meghan Markle, devait être de la fête, mais la cérémonie a été reportée sine die. Le musée, aux abords de Central Park, sonne désormais le creux. Seuls restent quelques gardes de sécurité et le conservateur, l’Autrichien Max Hollein, qui arpente les galeries. « Je me rends au bureau chaque jour. Ce sont des temps très occupés », assure M. Hollein, qui multiplie les vidéoconférences avec son conseil d’administration et prévoit une perte de 100 millions de dollars.

Avec l’effondrement de Wall Street, les donateurs vont se montrer moins généreux. Le trésor de guerre (endowment) de 3,6 milliards de dollars sur lequel est assise l’institution fluctue avec la Bourse. Mais M. Hollein prépare déjà l’après. « Notre public va devenir plus local à cause de la baisse prévisible du nombre de touristes. Et il va vouloir le célébrer, ce qui nous offre une opportunité pour créer du lien émotionnel. De plus, les prêts d’œuvres vont se réduire et les musées vont compter sur leurs propres collections. C’est une chance. » Le musée, qui devait inaugurer début mars l’exposition célébrant le 150e anniversaire de sa création, espère retrouver ses racines, celles d’un musée communautaire.

La contagion à tous les secteurs

De l’autre côté du parc, le directeur général du Metropolitan Opera (Met Opera), Peter Gelb, a décidé de diffuser chaque jour, gratuitement, une œuvre sur son site Web. « Ce soir, c’est le dernier opéra du Ring, de Wagner. C’est un moyen pour le Met de rester relié à son public local et international. On apporte un peu de réconfort culturel aux populations confinées », assure M. Gelb, qui estime toucher entre 200 000 et 300 000 spectateurs par jour. En réalité, le premier opéra du monde est durement frappé. Il a annulé la fin de saison, n’encaisse pas les abonnements pour 2020-2021 et ne dispose pas de matelas financier. « A la différence du Met Museum, nous n’avons pas été conçus comme une organisation philanthropique en 1883 : c’était une aventure lucrative. Résultat, nous n’avons que 300 millions en réserve. » L’opéra, où 3 000 personnes sont employées, a mis au chômage son personnel technique, réduit les salaires des administratifs indispensables au redémarrage de l’institution. « J’ai renoncé à mon traitement », ajoute l’administrateur, qui a lancé une campagne de souscription de 80 millions de dollars et déjà trouvé 20 millions. Ici aussi, la reprise est espérée fin septembre, avec une nouvelle création, l’Aida de Verdi. « Le Met va revenir, prévient M. Gelb. Je ne sais pas quand, mais il va revenir. »

La planète finance, elle, tourne. Grâce au télétravail, certes, mais elle tourne. Et même si l’ancienne criée du New York Stock Exchange, contaminée, a été suspendue le 20 mars, il est hors de question de fermer Wall Street, thermomètre de l’Amérique pour Trump. Selon le Wall Street Journal, la première banque américaine, JPMorgan, a indiqué à ses tradeurs qu’ils ne pouvaient pas fermer boutique dans des domaines où la banque assure 20 % des échanges. La Fed de New York inonde le marché de liquidités, protégeant les institutions de Wall Street. La Bourse a même rebondi de 20 % par rapport au plus bas du 23 mars.

Ainsi va New York la contagieuse… Pendant que les (toujours) bien portants préparent déjà l’avenir, l’autre partie de la population est en mode survie. Toute la ville est contaminée, y compris la sinistre prison de Rikers Island (5 300 détenus). La crise y a pris un tour « people » lorsqu’on a appris que l’ancien magnat d’Hollywood Harvey Weinstein était positif – sans symptômes – au Covid-19, quelques jours après avoir été condamné à vingt-trois ans de prison pour crimes sexuels. L’affaire a attiré l’attention sur les détenus new-yorkais. « C’est une bombe à retardement », a mis en garde Justine Olderman, représentante des avocats du Bronx. Un détenu, Juan Giron, transféré à Rikers Island, en a fait un récit édifiant à l’agence Associated Press : le jeune homme s’ennuie dans son dortoir, quand arrive un nouveau détenu, vers 18 heures. « Quelques heures plus tard, deux policiers reviennent avec des masques et des gants, et essayent de donner un masque au type. Ils avaient l’air terrifiés, ne voulaient pas le toucher. » Le détenu est finalement exfiltré du dortoir : « C’est la procédure désormais pour les gars porteurs du virus », explique un des deux policiers à Juan Giron. Rien n’aurait été fait pour ceux qui ont été en contact avec le malade.

« Nous sommes à l’épicentre de l’épidémie »

Les tests se sont révélés positifs pour au moins trente-huit personnes dans les prisons de New York. Malgré tout, les libérations se font au compte-gouttes (cinquante-six libérations au 22 mars). Alors que Bill de Blasio voudrait relâcher trois cents détenus de plus de 70 ans en mauvaise santé, les avocats demandent un chiffre plus ambitieux de 1 500 détenus peu dangereux. Les délinquants en col blanc en profitent pour tenter leur chance, à l’image de Michael Cohen : l’ancien avocat de Donald Trump, incarcéré pour trois ans dans la prison d’Otisville, un centre pour VIP dans le nord de l’Etat, a demandé à être assigné à résidence. Refus sec du juge de Manhattan William Pauley, qui lui a reproché de « vouloir se glisser dans le cycle de l’actualité », mais a estimé qu’il était « manifestement inéligible » à une libération compassionnelle. « Au bout de dix mois d’internement, il est temps que Michael Cohen accepte les conséquences de sa condamnation pénale », écrit le juge.

Les plus pauvres, eux, sont confinés à domicile, comme Lamia Rahman, 22 ans. Cette étudiante en médecine de Columbia a été priée de quitter sa résidence universitaire et de retourner vivre chez ses parents, des immigrés du Bangladesh, dans un deux-pièces en rez-de-chaussée du quartier de Queens, à deux pas du fameux hôpital d’Elmhurst. « On lit que beaucoup d’étudiants ont fui à la campagne, confie Lamia Rahman. Mais ce n’est pas la réalité de tout le monde. Nous sommes à l’épicentre de l’épidémie. Je suis inquiète pour mes parents. Mon père a arrêté de conduire son taxi depuis deux semaines. Il a 64 ans, et sa santé n’est pas des meilleures. »

La jeune femme suit ses cours par Internet. Les notes sont supprimées pour éviter les discriminations. Son stage dans un centre de recherche du Maryland a été annulé, et elle espère trouver un stage d’été dans un hôpital. Boursière, elle n’a pas ce souci, mais des étudiants ont lancé une pétition pour obtenir le remboursement de leurs frais de scolarité. En attendant, la famille Rahman vit sur ses économies. Le Congrès a voté une assurance- chômage pour les travailleurs indépendants, les loyers publics sont censés être suspendus, mais ces décisions ne soulagent pas encore la famille, qui habite dans le parc privé. « Pour l’instant, il semble qu’on devra payer le loyer d’avril », s’inquiète Lamia Rahman.

Obtenir l’annulation des loyers pendant trois mois : tel est l’objectif du conseiller démocrate Jimmy Van Bramer, dont la permanence croule sous les appels d’électeurs au chômage. « L’Etat a suspendu les expulsions pendant trois mois, mais, au bout de cette période, les gens seront incapables de payer. C’est pourquoi je soutiens la suspension des loyers pendant trois mois », dit-il au Monde par vidéoconférence.

Le pire du choc économique n’a pas encore eu lieu : les inscriptions au chômage n’ont atteint « que » 80 333 pour la semaine close le 21 mars, une proportion deux fois et demie moindre que dans le reste des Etats-Unis. Certains employeurs ont manifestement maintenu les contrats jusqu’à fin mars, tandis que l’allocation-chômage n’est pas négligeable : 504 dollars par semaine à New York, plus 600 dollars octroyés par l’Etat fédéral, ce qui fait environ 4 500 dollars maximum par mois avant impôts.

Les trois figures de la crise

L’autre problème était la prise en charge des malades. De nouveau, les employeurs, comme Daniel Boulud et le Met Opera, paieront l’assurance-santé, au moins jusqu’en avril. L’Etat de New York a permis à ceux qui perdraient leur assurance privée de s’inscrire à l’assurance subventionnée Obamacare. A l’évidence, la ville démocrate n’est pas la caricature que certains croient. « A New York, personne ne peut être renvoyé des urgences sous prétexte qu’il n’a pas d’assurance. On a dit aux gens qu’ils ne seraient pas facturés pour le traitement du coronavirus », assure Jimmy Van Bramer. Les médecins consultent par téléconférence, et la promotion de médecine de la New York University a été diplômée par anticipation, afin de pouvoir soigner les patients, tandis que les New-Yorkais confinés applaudissent désormais le personnel médical à 19 heures.

Sur le plan politique, la crise sanitaire est gérée par trois figures, qui se disputent les créneaux horaires pour leurs conférences de presse quotidiennes. Ces trois personnages, le conseiller municipal démocrate Van Bramer les croque volontiers, en reflétant un avis général. Donald Trump ? « Le président est un désastre, son incompétence aggrave la crise pour des Américains qui attendent désespérément du leadership. » Le maire de New York, Bill de Blasio, qui a tardé à fermer les écoles, car il se souciait du repas des enfants pauvres ? « Il fait de son mieux face à une crise qu’il n’a jamais imaginée. » Le gouverneur Andrew Cuomo ? « Il est fantastique. Il est très rassurant et fait preuve d’un leadership déterminé. » De fait, c’est lui, Andrew Cuomo, qui a mené la danse, ferraillant avec Trump pour obtenir le droit de développer ses propres tests. C’est lui, encore, qui a appelé à l’aide l’Etat fédéral, exigé des hôpitaux l’augmentation de leurs capacités et mis en garde contre la submersion du système sanitaire.

Les cris d’alarme vont-ils permettre d’éviter l’explosion du système ou les hôpitaux new-yorkais vont-ils réellement être dépassés par la vague de contaminations ? L’hôpital d’Elmhurst, déjà mentionné, a dû être réapprovisionné à trois reprises en respirateurs, mais son autorité de tutelle dément qu’il ait été proche de la pénurie.

Il n’empêche que la course contre la montre est engagée et que l’armada américaine se met en marche. « La courbe [des infections] suggère que nous pourrions avoir besoin de (…) 37 000 places en soins intensifs avec respirateurs, contre une capacité actuelle de 3 000. C’est notre problème principal », a déclaré, le 25 mars, M. Cuomo, qui veut aussi doubler le nombre de lits disponibles dans l’Etat, pour atteindre 110 000. Un hôpital de campagne doit ouvrir sous peu dans un centre de congrès de Manhattan. De son côté, l’hôpital Mont Sinaï installe des tentes dans Central Park pour s’étendre, tandis qu’un bateau hôpital militaire, le USNS Comfort, doté de 750 lits et de douze salles d’opération, est arrivé, lundi, dans le port de New York. Il soulagera les hôpitaux en traitant les cas hors Covid-19. « L’arrivée du USNS Comfort devait prendre deux semaines. Cela a pris huit jours », a dit satisfait M. de Blasio, qui a même remercié le président Trump.

En attendant la suite de l’épreuve, les Américains refusent de baisser les bras. On bricole des respirateurs pour qu’ils puissent alimenter en oxygène plusieurs patients à la fois. Le patron de Tesla, Elon Musk, a proposé, sur Twitter, le 19 mars, de fabriquer des respirateurs. « J’ai parlé hier soir avec Elon Musk. Il donne des centaines de respirateurs à la ville et à l’Etat de New York, y compris à nos hôpitaux publics. Nous l’en remercions profondément », a tweeté le maire, vendredi.

La quarantaine de New Rochelle a été levée samedi 28 mars. Le premier malade de la petite ville, M. Garbuz, semble tiré d’affaire. « C’est avec une immense gratitude envers Dieu et envers vous tous, dans le monde entier, de toutes les religions, cultures et foi, qui avez prié pour mon mari, que je partage des nouvelles très joyeuses : Lawrence est éveillé, alerte et semble être sur le chemin d’une récupération complète », a écrit sa femme sur Facebook. Les optimistes veulent espérer, mais Andrew Cuomo a prévenu les New-Yorkais, lundi 30 mars : « Ce virus est devant nous depuis le premier jour. Si on n’arrive pas à passer devant lui, il y aura beaucoup de victimes. »

1 avril 2020

Avec le confinement, l’Ile-de-France passe en mode silencieux

paris silence

Par Stéphane Mandard

Une étude relève une chute historique du bruit en région parisienne, où 90 % de la population est habituellement soumise à des niveaux sonores dépassant les recommandations sanitaires.

Les aboiements d’un chien, le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles dans les arbres : ces derniers jours, les citadins redécouvrent des mélodies habituellement étouffées par le vacarme des grandes villes. Si ce n’était le froid, ils en seraient presque à dormir fenêtres grandes ouvertes. Confinement oblige, la ville est passée en mode silencieux.

Moins de voitures, camions, motos, scooters dans les rues. Moins d’avions dans le ciel. Moins de trains ou de métros. Moins de marteaux-piqueurs ou d’engins de chantier. Le bruit a déserté les agglomérations. Et tous les soirs, à 20 heures, peut se propager de fenêtre en balcon la claque donnée en l’honneur des soignants engagés dans le combat contre le coronavirus.

Jusqu’à 90 % de baisse près de certaines voies

Bruitparif, l’organisme chargé de surveiller la pollution sonore en Ile-de-France, a mesuré l’impact des mesures de confinement et du ralentissement de l’activité qui en découle. Les 150 capteurs disséminés dans la région sont formels : le niveau de bruit a chuté. Jusqu’à près de 90 % la nuit aux abords de certaines voies dans Paris intra-muros.

Selon le bilan des deux premières semaines de confinement publié mardi 31 mars par Bruitparif, le niveau sonore a baissé entre 5 et 10 décibels le long des axes routiers. « Du jamais vu, réagit Aurélie Solans, conseillère déléguée à l’environnement à la Mairie de Paris. Nous vivons une expérience grandeur nature inédite ». La même tendance historique avait été mise en évidence par Airparif avec la réduction drastique de la pollution de l’air liée au trafic routier.

Un impact sur la qualité de vie

Cette chute sans précédent du niveau de bruit s’est encore amplifiée au cours de la deuxième semaine, précise Bruitparif. Elle bénéficie également aux personnes vivant à proximité des aéroports de Roissy et Orly – où le trafic est désormais quasiment nul – ou sous des couloirs aériens. Les stations de mesure de l’organisme notent aussi une baisse le long des voies ferrées qui accompagne la réduction du trafic ferroviaire.

Cette réduction de la pollution sonore ne se limite pas aux transports, elle est aussi perceptible pour les riverains des chantiers (ceux du Grand Paris Express sont à l’arrêt) ou dans les quartiers festifs de la capitale. « Les nuisances sonores ont disparu des quartiers animés de la capitale, qui comptent de nombreux bars et restaurants ou établissements habituellement fortement fréquentés en soirée et en début de nuit », relève Bruitparif. Les baisses peuvent atteindre jusqu’à 20 décibels.

« On ne peut évidemment pas souhaiter que le pays reste paralysé mais peut-être que ce répit, lorsque le confinement prendra fin, aura au moins le mérite de faire prendre conscience aux gens que le bruit peut avoir un impact sur leur qualité de vie, commente Fanny Mietlicki, la directrice d’Airparif. Car beaucoup de Français, et en particulier de Franciliens, vivent en permanence dans un univers sonore bruyant. »

Un enjeu de santé publique

De par la densité de sa population et de son maillage (routes, voies ferrées, aéroports), l’Ile-de-France est la région de France la plus touchée par le bruit lié aux transports. 90 % de la population est exposée à des niveaux supérieurs aux valeurs recommandées par l’Organisation mondiale de la santé : 53 décibels (dB) pour le trafic routier (et 45 dB la nuit), et de respectivement 45 dB et 40 dB pour les avions.

« L’exposition au bruit des transports constitue un enjeu de santé publique, rappelle Aurélie Solans. La chute de l’exposition à cette pollution transforme notre paysage sonore avec des bénéfices en termes de santé. » Le bruit est en effet considéré comme « la seconde cause de morbidité derrière la pollution atmosphérique » parmi les facteurs de risque environnemental en milieu urbain. Troubles du sommeil, infarctus du myocarde, acouphènes, gênes… dans une étude publiée en février 2019, Bruitparif estimait que le bruit des transports était responsable, en moyenne, d’une perte de 11 mois de vie en bonne santé par habitant et jusqu’à trois ans pour les plus exposés, vivant souvent à proximité d’un aéroport.

31 mars 2020

Le sexting, rituel risqué de la vie amoureuse des jeunes

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Par Joséphine Lebard

L’envoi de photos ou textos à caractère sexuel est largement répandu chez les jeunes. Une nouvelle pratique de l’intime déroutante pour les autres générations. Et à utiliser avec précaution.

Isabel Espanol

La période de confinement qui a débuté mardi 17 mars sera-t-elle l’âge d’or du « sexting » ? La pratique, en tout cas, est bien installée chez une partie de la jeunesse. « L’envoi de messages textes, photos ou vidéos à caractère sexuellement explicite et suggestif envoyés ou reçus par le biais des nouvelles technologies. » Telle est la définition que donne du « sexting » – contraction des termes anglo-saxons « sex » et « texting » – Justine Bastin, psychologue clinicienne et auteure d’un mémoire sur le sujet (Le Sexting chez les jeunes. Quelles réalités ?, Liège, 2020). Par SMS, sur Snapchat ou Instagram… Les « sextos » désignent ces mots ou images qui viennent ainsi titiller l’œil et la libido des destinataires, parmi lesquels bon nombre de milléniaux.

Technologie et sexualité

Peu d’études existent en France sur ce sujet. En 2017, Michelle Drouin, enseignante-chercheuse à l’université de l’Indiana (Etats-Unis), a mené une étude sur le sexting auprès d’étudiants de son établissement (« Le sexting est-il bon pour les relations amoureuses ? Cela dépend »). Sur son échantillon d’étudiants âgés en moyenne de 19,7 ans, 62 % disaient avoir envoyé ou reçu une « photo sexuellement explicite ». « Cela fait partie de la sexualité du XXIe siècle », reconnaît la psychologue, spécialiste, notamment, des rapports entre technologie et sexualité.

« LES SEXTOS SERVENT MOINS À RAVIVER LA FLAMME QU’À MAINTENIR LE LIEN », MARGOT, ÉTUDIANTE EN PSYCHOLOGIE

Cette pratique est parfois incomprise par d’autres générations. Elisabeth Mercier, professeure au département de sociologie de l’université de Laval, autrice d’un article sur le partage d’images intimes chez les jeunes, souligne que, de tout temps, l’émergence de nouvelles pratiques sexuelles a suscité un phénomène de « panique morale ». « Avant le sexting, il y a eu les Polaroïd coquins, avant encore, la correspondance érotique… » Bref, en mots ou en images, exprimer à l’autre ses désirs sexuels n’a fondamentalement rien de révolutionnaire.

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« On peut enjoliver »

Les étudiants, ainsi que certains chercheurs, en soulignent les aspects positifs. « Les sextos peuvent permettre de nourrir une relation à distance », reconnaît Michelle Drouin. Margot (les prénoms ont été modifiés), étudiante en licence de psychologie, âgée de 20 ans, raconte : « Je suis dans le Rhône, mon copain dans le Loiret, nous ne nous voyons qu’une à deux fois par mois. Les sextos servent moins à raviver la flamme qu’à maintenir le lien », explique la jeune femme. « Le sexting peut renforcer la capacité à être intimes », confirme la psychologue Justine Bastin.

Félix, 23 ans, en licence d’administration économique et sociale, a également commencé à pratiquer le sexting en raison de son éloignement géographique avec sa petite amie de l’époque. Redevenu célibataire, il y trouve d’autres avantages. « Il y a évidemment un côté narcissique, estime-t-il. Avec le sexto, on peut enjoliver, raconter ce qu’on veut. Il n’y a pas les mouvements maladroits qui existent lors d’un rapport physique. On envoie des photos qui nous mettent en valeur. Et puis c’est plaisant quand la fille répond, qu’elle dit qu’elle te trouve beau. Pour être honnête, il y a des filles avec qui j’ai préféré sexter que coucher… »

Jules, étudiant lui aussi, y voit un moyen de « prendre la température » et de faire tomber quelques complexes physiques avant de se retrouver entre les draps. « Cela permet de se découvrir et d’anticiper », résume-t-il. Et si la pratique laisse circonspects certains de leurs aînés, grand bien leur fasse : « On avance avec notre temps, balaie Jeanne, 23 ans, étudiante en licence de psychologie. Pouvoir exprimer sa sexualité, s’exciter mutuellement, je trouve ça plutôt bien. J’envisage les sextos comme une forme de préliminaires. »

« Sous la pression »

Les étudiants interrogés soulignent néanmoins que cette pratique ne peut s’accomplir qu’avec des partenaires de confiance. Ce que corrobore l’étude de Michelle Drouin : les étudiants pratiquant le sexting dans le cadre d’une relation suivie sont 69 % à y trouver des conséquences positives, contre 42 % pour ceux qui le pratiquent avec des partenaires occasionnels.

« ÇA, TU NE LE FAIS PLUS, TU ES VRAIMENT UN ENFOIRÉ… », FÉLIX, ÉTUDIANT EN LICENCE D’ADMINISTRATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

Car plane sur le sexting l’ombre de certaines de ses conséquences moins joyeuses. Dans son étude de 2017, Michelle Drouin relève que 52 % de son échantillon déclarait avoir ressenti « un malaise » à la suite d’un échange de sextos. En outre, 23 % déclaraient en nourrir des regrets ou de l’inquiétude. Il y a ces photos ou vidéos de pénis reçues sans qu’on les ait sollicitées, l’insistance d’un partenaire à réclamer des clichés qu’on n’a pas forcément envie d’envoyer… Envoyer des sextos « sous la pression » de quelqu’un « a été le cas pour 1/5e de mon échantillon », raconte Michelle Drouin. Sans parler de ces photos intimes dévoilées sans le consentement de l’expéditeur.

Jules comme Félix admettent avoir, à l’occasion, montré des photos de leurs conquêtes dénudées à leurs copains… « Un moment de partage », argue Jules, qui reconnaît ne pas penser, dans ces moments-là, à ce que pourrait dire l’intéressée de voir ses photos intimes dévoilées. « Mais c’est rare qu’elle soit identifiable. Et à partir du moment où cela ne se sait pas… », justifie-t-il. Félix non plus n’a pas pensé à la personne en question, mais plutôt à lui-même : « Après avoir montré la photo, quand je reprenais mon téléphone de la main de mes copains, je me disais : “ça, tu ne le fais plus, tu es vraiment un enfoiré” . » Jeanne, elle, se souvient d’amis garçons lui montrant des photos conservées dans leur téléphone, « un peu en mode collection ».

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« Revenge porn »

Le sexto peut aussi être diffusé plus largement, notamment sur les réseaux sociaux, et utilisé dans une optique de vengeance personnelle : c’est le fameux « revenge porn ». « Et du “revenge porn” découle directement ce qu’on appelle le “slut-shaming”, explique Justine Bastin, c’est-à-dire le fait de juger une femme négativement sur ce qu’on a perçu de son activité sexuelle, et en s’appuyant sur des stéréotypes de genre. »

« #METOO M’A FAIT UN PEU RÉFLÉCHIR », FÉLIX

A l’aune de ces stéréotypes puissants, garçons et filles ne sont pas jugés à la même enseigne. Comme le résume Jeanne, « la fille qui envoie des sextos va être considérée comme une chaudière », là où le garçon « va passer pour un conquistador ». « 80 % des mecs que je connais vont se vanter de sexter », confirme Félix. Ce que corrobore Elisabeth Mercier : « On estime que, chez les garçons, le sexting n’a pas la même implication, car, contrairement aux filles, leur “réputation” n’est pas en jeu. »

Elle souligne d’ailleurs qu’au Canada les campagnes de prévention sur les pratiques à risque du sexting sont le plus souvent adressées à un public féminin, considéré comme plus « à risque », en raison de ces stéréotypes culturels, et qui doit donc se responsabiliser sur le sujet. Elle se remémore l’histoire d’une jeune fille dont la photo en soutien-gorge avait été divulguée par le récipiendaire. « Elle avait été humiliée, alors que le garçon avait ensuite tranquillement continué à distribuer des photos de son pénis. »

Face au sexting, on enjoint aux filles de « se protéger », de « faire attention ». Côté garçons, certains prennent conscience de cette inégalité. Félix a ainsi vu son comportement évoluer : « #metoo m’a fait un peu réfléchir, admet-il. Le mouvement et toute la réflexion qu’il y a autour m’ont fait prendre conscience que je pouvais être parfois un peu intrusif dans mes envois. Qu’un sexto pouvait vite sombrer dans l’exhibitionnisme. Mais, comme pour le harcèlement sexuel, ce n’est pas aux filles de faire attention. Pour moi, il faudrait autant informer le receveur que l’envoyeur. » C’est bien là le sujet pour Elisabeth Mercier. Pour elle, « plutôt que de le diaboliser, on devrait envisager le sexting comme un bon levier pour éduquer au consentement et à l’usage des médias numériques ». En posant cette pratique comme un danger, on ne s’attaque finalement pas au fond de la question. Jeanne ne dit pas autre chose : « Le problème, ce n’est pas le sexting en lui-même. C’est ce que les gens en font. »

24 mars 2020

Coronavirus : Sorties sportives limitées, marchés fermés… Edouard Philippe annonce un durcissement du confinement

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Invité du journal de TF1, lundi soir, le Premier ministre a estimé que le confinement pourrait encore durer « quelques semaines »

Il va signer un nouveau décret ce lundi soir, qui s’appliquera dès mardi. Face à la crise du coronavirus, Edouard Philippe a apporté des « précisions » pour durcir les exceptions au confinement. Au programme : des sorties sportives limitées à une heure quotidienne dans un rayon d’un 1 km autour du domicile, une fermeture des marchés ouverts sauf en cas de dérogation demandée par les maires, et des visites médicales restreintes aux urgences et aux soins chroniques. Alors que le Conseil scientifique doit rendre son avis mardi, le Premier ministre a estimé que « le temps du confinement pourrait encore durer quelques semaines ».

« Je sais que beaucoup de nos concitoyens aimeraient pouvoir retrouver le temps d’avant, mais il n’est pas pour demain. Le temps du confinement pourrait durer quelques semaines », a déclaré Edouard Philippe. Le nouveau décret va apporter des restrictions dans trois domaines :

Les sorties sportives ou pour promener un chien seront limitées « à 1 heure, une seule fois par jour, tout seul, dans un rayon maximum de 1 km autour de chez soi ». Il faudra donc inscrire l’horaire, en plus de la date, sur l’attestation.

Les marchés ouverts seront fermés mais « les préfets, sur avis des maires, pourront déroger à cette interdiction », selon le Premier ministre, notamment dans les villages.

Les visites chez le médecin doivent être limitées « aux urgences et aux soins programmés », notamment pour les maladies chroniques.

« Besoin d’une réserve civique »

Disant « chapeau » aux personnels soignants, Edouard Philippe a promis une « montée en puissance pour être capable de faire face à cette vague », notamment en « augmentant le nombre de lits en réanimation ou en soins intensifs » et en « garantissant à tous les soignants un accès au matériel indispensable : masques mais aussi blouses, lunettes, charlottes ou respirateurs ».

« Nous avons besoin d’une réserve civique pour accompagner les personnes âgées, en veillant à respecter les consignes de sécurité que nous imposons et notamment le confinement », a encore estimé le locataire de Matignon. Il a appelé les plus jeunes à, par exemple, aller faire les courses pour une personne âgée en laissant les commissions sur le palier.

Pas de couvre-feu national prévu pour l’instant

Du côté des verbalisations, les 135 euros d’amende forfaitaire doivent passer à 1.500 euros en cas de récidive « dans les 15 jours ». Et alors qu’une trentaine de villes ont imposé un couvre-feu, « nous ne voulons pas le faire à l’échelle de tout le pays », a assuré Edouard Philippe. Mais selon lui, l’Etat « n’hésitera à prendre des mesures de couvre-feu là où la situation sanitaire l’impose », en concertation avec les maires et les préfets.

Selon le Premier ministre, « nous ne sommes pas dans une logique de confinement absolu et général du pays, il faut que les gens mangent et que d’autres produisent ». Mais il l’a martelé : « Il faut que nos concitoyens respectent très strictement les consignes de restriction ». Il s’agit selon lui « d’un effort de solidarité nationale ».

16 mars 2020

Coronavirus : l’exécutif réfléchit à confiner les Français

Dimanche, le confinement total de l’ensemble de la population et l’annulation du second tour des élections municipales ont été envisagés.

Par Cédric Pietralunga et Alexandre Lemarié Publié - Le Monde

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Place de la République à Paris, le 15 mars. MARLENE AWAAD POUR « LE MONDE »

C’était le 6 mars, mais c’est comme si c’était il y a un siècle. Après avoir visité une maison de retraite à Paris, Emmanuel Macron s’était ce jour-là rendu avec sa femme, Brigitte, au Théâtre Antoine (10e arrondissement), pour y assister à une représentation de la pièce Par le bout du nez. On était alors au début de l’épidémie due au coronavirus SARS-CoV-2, et le chef de l’Etat voulait montrer que « la vie continue ».

« Il ne faut pas, sauf pour les populations fragiles, modifier les habitudes de sortie », avait alors déclaré M. Macron, selon des propos rapportés par le producteur Jean-Marc Dumontet, un très proche du couple présidentiel.

Dix jours plus tard, le temps n’est plus à l’innocence. Après avoir décidé, jeudi 12 mars, de fermer tous les établissements scolaires, puis, samedi 14 mars, les restaurants, bars, discothèques, cinémas, le chef de l’Etat envisage désormais de confiner tous les Français chez eux, comme l’ont déjà décidé l’Italie ou l’Espagne.

« Des Parisiens qui font comme si de rien n’était »

Une mesure jamais appliquée en France en temps de paix, mais qui pourrait être la seule façon de ralentir l’épidémie, qui ne cesse de s’étendre et prend des proportions qui effraient jusqu’au sommet de l’Etat.

Dimanche soir, le bilan était officiellement de 5 423 cas de Covid-19 en France, soit plus de 900 supplémentaires en vingt-quatre heures, et de 127 morts liés à la maladie. Un bilan que tous les médecins s’accordent à dire sous-estimé, tous les patients n’étant plus testés.

Moyen efficace d’enrayer l’escalade, le confinement de l’ensemble de la population a été évoqué lors d’une réunion téléphonique, dimanche après-midi, entre les directeurs de cabinet du gouvernement. Durant cette discussion, la liste des options possibles pour freiner la propagation du virus a été passée en revue, dont celle du confinement total. Une issue jugée désormais possible au sommet de l’Etat, au vu « des images des Parisiens qui font comme si de rien n’était », indique Matignon.

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Le long des quais de Seine à Paris, le 15 mars. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

« Si les Français ne respectent pas les mesures barrières comme on l’a vu dimanche sur les quais de Seine, aux Buttes-Chaumont ou au parc du Luxembourg, on va vers un modèle “à l’italienne”. C’est-à-dire un confinement total, hors courses nécessaires et activités de soignants, sécurité… », indique une source gouvernementale. « En fonction du degré d’appropriation de la distanciation sociale, on verra s’il est nécessaire d’aller plus loin », a reconnu la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, dimanche soir sur RTL.

Abstention record au premier tour des municipales

Lors de cette réunion, une annulation du second tour des élections municipales a également été étudiée. L’exécutif a confirmé, dimanche soir, qu’il demanderait leur avis aux autorités sanitaires sur l’opportunité de tenir le scrutin, prévu le 22 mars.

Le chef du gouvernement, Edouard Philippe, a annoncé qu’il réunirait « à nouveau en début de semaine » les experts scientifiques et « les représentants des forces politiques » afin de prendre une décision. « Sans doute mardi », a précisé le ministre de la santé, Olivier Véran, sur France 2. « Mais les choses évoluent à une telle vitesse qu’il faut être prudent », nuance-t-on à Matignon. Le premier tour du scrutin, qui s’est déroulé dimanche, a été marqué par un taux d’abstention record estimé entre 53,5 % et 56 %.

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Bureau de vote à l’école Maurice-Korsec à Marseille, le 15 mars. FRANCE KEYSER / MYOP POUR « LE MONDE »

Parmi les personnalités politiques, le report du second tour des municipales ne fait en tout cas guère de doute. « Compte tenu [des] circonstances exceptionnelles et d’un éventuel confinement national à venir, le report d’un deuxième tour (…) me semble être plus prudent », a déclaré Damien Abad, le président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale. « Le second tour n’aura manifestement pas lieu, compte tenu de l’aggravation prévisible de l’épidémie. Il faut considérer acquises les élections de premier tour et reporter les autres dans quelques mois », a demandé la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, lors d’une allocution dimanche. « Face à l’urgence sanitaire, relayée par de nombreux médecins, le président doit prononcer dès demain l’annulation du second tour », a abondé Carole Delga, présidente (PS) de la région Occitanie.

Selon un sondage Harris Interactive publié dimanche, 54 % des Français disent ne pas comprendre la décision du gouvernement d’avoir maintenu le premier tour du scrutin.

Malaise de la majorité

Durant le week-end, l’exécutif s’était pourtant échiné à convaincre les Français que la démocratie serait plus forte que le Covid-19. Dimanche midi, Emmanuel Macron a lui-même justifié le maintien du premier tour au nom de « la vie démocratique » du pays. « Il est important de voter dans ces moments-là », a-t-il déclaré, après avoir glissé un bulletin dans l’urne au Touquet (Pas-de-Calais), tout en appelant les Français à respecter les consignes de prévention. « Les opérations de vote se dérouleront demain comme prévu et je sais que les Français démontreront à cette occasion leur calme, leur civisme et leur capacité à respecter les règles que nous avons édictées pour leur sécurité », avait aussi vanté Edouard Philippe samedi soir, lors de l’annonce de la fermeture de tous les commerces hors alimentaire.

Un ton péremptoire qui cache mal le malaise de la majorité face à la décision de l’exécutif d’organiser coûte que coûte ce scrutin. Tout l’après-midi de samedi et jusque tard dans la soirée, c’est une « bataille de titans » qui s’est jouée entre les partisans de l’annulation et ceux du maintien, selon un habitué de l’Elysée. Une sorte de répétition des débats qui s’étaient déjà tenus, jeudi, alors que le chef de l’Etat avait hésité à reporter le scrutin.

D’un côté, le président du MoDem, François Bayrou, et plusieurs députés importants de la majorité ont plaidé en faveur d’un report. « Dès jeudi, étant donné l’aggravation de la situation sanitaire, j’ai soutenu l’idée d’une annulation et d’un report des élections. Une conviction renforcée après les déclarations du premier ministre samedi soir. La situation pose beaucoup de questions pour le second tour », confie M. Bayrou, candidat à sa réélection comme maire de Pau.

A l’Elysée, le secrétaire général de la présidence, Alexis Kohler, aurait poussé dans le sens inverse, tout comme le directeur du cabinet d’Edouard Philippe, Benoît Ribadeau-Dumas. Une position également défendue, selon plusieurs sources, par le premier ministre lui-même. « Remettre en cause des élections n’est pas un acte anodin dans une démocratie », explique un conseiller au fait des discussions.

« Chantage inacceptable »

Mais la gravité de l’intervention du chef du gouvernement, samedi soir, a semé le trouble. Immédiatement après sa prise de parole, un sentiment de panique avait envahi le sommet du pouvoir : comment faire appliquer les consignes de confinement, tout en appelant 47,7 millions de Français aux urnes ? Comment justifier une telle décision, dans un contexte où la France vient de passer au stade 3 de la gestion de l’épidémie ?

« A vrai dire, je ne sais plus… », soufflait un ministre, samedi soir. Sur les coups de 23 heures, certains membres du gouvernement se demandaient encore si un conseil des ministres extraordinaire n’allait pas être convoqué avant minuit pour prendre un décret annulant la convocation des élections.

Redoutant que l’exécutif soit tenu responsable d’une accélération de la propagation de l’épidémie, plusieurs soutiens de M. Macron ont alors tenté de faire reposer le choix de maintenir le scrutin sur l’opposition, en chargeant en particulier le président (LR) du Sénat, Gérard Larcher, et celui de l’Association des maires de France, François Baroin, qui auraient fait pression de tout leur poids sur Emmanuel Macron, jeudi, pour que ce dernier renonce à annoncer un report.

« Larcher et Baroin on fait du chantage inacceptable en criant à la dictature », accusait samedi soir Stéphane Séjourné, aujourd’hui chef de file des eurodéputés macronistes

« Larcher et Baroin on fait du chantage inacceptable en criant à la dictature. En réalité, ils avaient en tête de protéger leurs intérêts électoraux », accusait, samedi soir, l’ex-conseiller de M. Macron, Stéphane Séjourné, aujourd’hui chef de file des eurodéputés macronistes. Un argumentaire repris par le patron de La République en marche (LRM), Stanislas Guerini, dimanche soir, sur France 2 : « Les formations politiques ont été réunies à deux reprises autour du premier ministre. A ce moment-là, pas une formation politique n’a demandé le report des élections. »

Une attaque jugée irrecevable par l’opposition, en particulier par le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, soulignant que « le premier ministre a rigoureusement écarté l’option de reporter les municipales », jeudi, lorsqu’il a reçu l’ensemble des responsables politiques à Matignon.

« Un jour, un bilan devra être tiré des décisions prises et surtout non prises », a attaqué de son côté Marine Le Pen, dimanche soir, en dénonçant les « atermoiements », « retards », ou encore « les choix idéologiques et contradictoires » de MM. Macron et Philippe. « Il y a un vrai risque que ça retombe sur le gouvernement », redoute un ministre.

Président « concentré » et « déterminé »

Des accusations balayées au sommet de l’Etat. « La vérité, c’est que nous avons une méthode : nous suivons les recommandations des scientifiques, explique un proche d’Edouard Philippe. Jeudi comme samedi, ils nous ont dit que le premier tour des élections municipales pouvait se tenir. C’est pour cela qu’on a maintenu le scrutin. On ne pouvait pas ajouter une crise politique à la crise sanitaire en prenant une décision unilatérale. »

Dans l’entourage du premier ministre, on observe d’ailleurs que « le consensus républicain évolue » sur la question d’un report du second tour. « Les déclarations de ce dimanche soir ne sont pas les mêmes que celles de jeudi dernier », analyse un conseiller.

Reste que la décision d’un confinement de l’ensemble de la population ne sera pas facile à prendre, tant les conséquences sur la vie quotidienne mais aussi l’économie seraient importantes.

Pour le moment, les proches d’Emmanuel Macron décrivent un président « concentré » et « déterminé ». « Il a le sentiment d’être d’une cohérence absolue, il n’a aucune envie de tomber dans la politique politicienne. Il doit à chaque étape embarquer le pays et toutes ses forces, sans effet de panique », observe un habitué du palais, qui échange nuit et jour avec lui.

Seule certitude, M. Macron devait tenir, lundi, une réunion par visioconférence avec les chefs d’Etat du G7, dont l’américain, Donald Trump. Objectif : faire le point sur l’avancée de la recherche et coordonner la réponse économique à l’épidémie. De son côté, Edouard Philippe devait de nouveau rencontrer, « en tout début de semaine », les responsables de parti et des associations d’élus, pour recueillir leur avis et les informer des décisions de l’exécutif. « On n’est qu’au début de la crise, le pic épidémiologique n’est pas encore en vue, souffle un conseiller de l’exécutif. On doit tenir sur la longueur. »

16 mars 2020

La une de LIBERATION ce lundi matin... Coronavirus

libé lundi

De Paris à Nice, l’appel du soleil plus fort que la prise de conscience

Par Maïté Darnault, (à Lyon) , Stéphanie Harounyan, (à Marseille) , Mathilde Frénois, (à Nice) , Charles Delouche et Eva Fonteneau, (à Bordeaux) 

Après la fermeture de nombreux commerces samedi soir, les grandes villes françaises se sont réveillées entre sidération et inconsciente légèreté.

La France, le jour d’après. Au lendemain de l’annonce de la fermeture des bars, restaurants et commerces non alimentaires, les nombreuses devantures du quartier du Marais, à Paris, ont baissé leur rideau. Ce dimanche matin est bien trop calme, d’autant que la météo a des airs de printemps. La rue de Bretagne est clairsemée de petits groupes de passants qui aiment se rappeler les fameux «gestes barrières», notamment en maintenant entre eux la distance sociale de sécurité.

Du bar-tabac du Progrès, dont la terrasse est entièrement rangée, une dame, parka de l’armée russe sur le dos, sort avec deux cartouches de cigarettes sous le bras, «histoire de faire des réserves». Didier est à la tête du Progrès depuis vingt-trois ans. Son bar est désormais fermé. «Mes gars travaillent trente-neuf heures par semaine. L’Etat ne va prendre en charge que 80 % des salaires. On est dans le IIIe arrondissement, les loyers sont hyper chers et j’ai 26 employés à gérer. Ça va être compliqué pour moi», explique le patron, qui compte vider son stock de sèches (les tabacs sont autorisés à rester ouverts) avant de fermer tout son établissement. «Au début de la semaine, on avait déjà dû aménager les temps de travail. Mais là, avec la fermeture totale, je n’ai pas de perspective au-delà des quinze prochains jours, dit l’homme en se massant les sinus. Ça me fait flipper.»

Devant le commerce, avec ses deux cartouches de cigarettes et son sac de courses, Rayan s’apprête à passer plusieurs jours cloîtré chez lui. «Je devais partir en Libye et au Nigeria pour un tournage, mais je ne sais même pas si c’est reporté ou complètement annulé, explique ce jeune reporter d’images. Les chaînes n’ont plus besoin de moi et ont annulé leurs commandes jusqu’à fin avril. Pour moi, c’est une perte colossale.» Dans le quartier, la majorité des personnes croisées ne portent pas de masque. Le Monoprix de la rue du Temple ferme exceptionnellement ses portes avant 13 heures et le service de livraison ne sera pas assuré, «suite à une affluence inhabituelle», explique l’un des vigiles présents à l’entrée du magasin. Devant le Franprix du quartier, les gens patientent, espacés les uns des autres. Les employés du magasin font entrer les acheteurs au compte-gouttes. Au stand libanais du marché des Enfants rouges, le patron, appuyé contre une table, a les yeux dans le vide. «Pas un client aujourd’hui. Juste un sandwich à emporter. Alors que normalement, le dimanche, c’est blindé», affirme-t-il. Dimanche soir, son stand a fermé pour «une durée indéterminée».

Au café le Sancerre, rue des Archives, c’est nettoyage de printemps. Ahsen, le patron, se tient sur le trottoir, le regard vers le néon éteint de son bar. De nombreux riverains et habitués du quartier viennent le saluer dans un ultime «check», pied contre pied ou coude contre coude. «On s’y attendait. Mais lorsqu’on a appris la fermeture, l’équipe était dépitée et sous le choc. Il y en avait même un qui pleurait», dit-il en désignant du doigt un imposant bonhomme qui nettoie la terrasse au Kärcher.

Mais au fil de la journée, les Parisiens n’ont pas résisté aux incitations du beau temps. Ils se sont largement affranchis des consignes de prudence et sont allés tranquillement faire leurs courses, panier à la main. Ce qui a suscité l’ire de certains internautes. Nombreux ont posté sur les réseaux sociaux des photos ou des vidéos montrant une foule compacte en train de faire ses achats au marché d’Aligre (Paris XIIe). «Comment ne pas être inquiet ? commentait Guillaume Mélanie, un comédien, sur Twitter. Le virus ne circule pas ! Ce sont les femmes et les hommes qui le font circuler. Soyez, soyons responsables.» Les grands parcs parisiens ont aussi été pris d’assaut par une foule d’habitants en quête d’un bain de soleil.

à Marseille, Affluence normale

A Marseille, la Corniche se fiche aussi du coronavirus. Ce dimanche, c’est le ballet habituel des joggeurs, solitaires ou en groupe, qui longent la mer. Ils y croisent des promeneurs ou des randonneurs chaussures de marche aux pieds et doudoune sans manches, qui semblent bien partis pour aller jusqu’à l’extrémité de la ville et ses calanques. Pour les commerces alimentaires ouverts dans ce quartier résidentiel au sud du Vieux-Port, c’est l’affluence normale. Il fait beau, pas question de rester chez soi.

En haut de la colline de Notre-Dame-de-la-Garde, deux couples de touristes venus de Saint-Etienne profitent de la vue sur la ville. «C’était un week-end prévu de longue date. Mais on a dû écourter : on ne peut pas se restaurer… Ce matin, l’hôtel nous a tout de même fait un petit-déjeuner, du coup on a mangé comme quatre !» Le groupe d’amis repart tout à l’heure et voudrait bien jeter un œil à la basilique. A l’entrée, le gardien a posé des plots et s’est posté au milieu de la route, bras croisés sur le torse. «La moitié de la crypte est fermée, il n’y a que l’entrée qui est accessible», pour déposer un cierge, explique-t-il. Ce matin, le diocèse de Marseille a indiqué que toutes les messes étaient annulées. Des fidèles ont raté l’annonce et ont fait le déplacement, jetant tout de même un coup d’œil au panorama avant de rebrousser chemin. «On va vers la fermeture totale», prévoit le gardien.

Sur le Vieux-Port, les restaurants et les cafés ont rangé leurs chaises. Mais face aux rideaux tirés, c’est la queue - avec quand même le mètre de sécurité respecté - pour emprunter la navette qui part vers le Frioul. Les autres bateaux touristiques ont interrompu leur tournée, mais pas celui-ci, qui doit assurer la continuité territoriale vers l’île, où résident une centaine de Marseillais. «Ça ne s’arrête pas, on a autant de monde qu’hier, et ce sont surtout des visiteurs, des touristes, souffle le capitaine. On tourne comme une journée normale de soleil. Je ne les comprends pas. Ils se font la bise, se touchent…» Le pire, raconte-t-il, c’est lorsque la dernière navette est rentrée samedi soir : «Comme il faisait froid, il y avait près de 160 personnes confinées à l’intérieur du bateau, à dix centimètres les unes des autres, c’est n’importe quoi !» Impossible, pour l’heure, de faire jouer leur droit de retrait, précise-t-il. Alors le personnel fait attention. «On applique les consignes, on a aussi reçu une bouteille de gel hydroalcoolique», énumère le capitaine, pas convaincu. Dans la file, un jeune homme intervient, tout sourire : «La vie continue ! Et puis il y aura moins de gens sur l’île. Moi, le virus, ça ne m’impressionne pas !» Un peu plus loin sur le quai, Camille et Irina prennent le soleil. «Il paraît que ça atténue le virus», tente Irina. Peur du Covid-19 ? «Pas du tout, sourit-elle. Moi, ça ne me dérange pas de faire la bise aux gens.»

à Bordeaux, fin de fête

Mais les choses changent dans le pays. Il y a tout juste une semaine, Bordeaux était en fête. Des milliers de personnes déambulaient joyeusement dans les rues pour assister au traditionnel carnaval des Deux Rives. Cette légèreté s’est évanouie à la vitesse des annonces gouvernementales. «La vie en société se réduit comme peau de chagrin, mais je relativise en me disant que ça va permettre aux gens d’enlever leurs œillères et de voir l’ampleur de la crise», commente Geneviève, retraitée, à travers la fenêtre de son appartement situé dans l’hypercentre. A quelques mètres de son domicile, les rideaux métalliques des boutiques et magasins sont fermés ou baissés de moitié pour les cafés et restaurants. A l’intérieur, pas de public, mais des employés qui s’affairent. Après les inventaires, ils vont devoir jeter une grande partie de leur marchandise. La mort dans l’âme

Thierry, qui tient un café-brasserie près de l’hôtel de ville, accuse le coup : «Tout est arrivé très vite. Je n’ai pas dormi de la nuit. On doit mettre de la viande, du poisson, plein de denrées fraîches à la poubelle. En plus du gaspillage, c’est des milliers d’euros de pertes car on nous a prévenus au dernier moment.» Une situation d’autant plus dommageable que pour la première fois depuis plusieurs semaines, il fait beau à Bordeaux. «Un grand soleil qui aurait attiré du monde à coup sûr», souffle un des employés.

Les transports en commun bordelais ne sont pas épargnés par la crise sanitaire. Depuis dimanche matin, ils ne circulent quasiment plus. Les conducteurs de tram et de bus ont fait valoir en masse leur droit de retrait. Un cas de contamination est suspecté dans les effectifs.

Pendant ce temps, dans les rues, le long des quais, sur les places, malgré la menace du Covid-19, beaucoup de familles et de touristes continuent de faire leur vie. On s’étonne par exemple de voir une longue file d’attente devant un magasin de cannelés ou des tables bondées à l’heure du déjeuner au marché des Capucins. Les livreurs à vélo sont eux aussi de sortie, avec des carnets de commandes bien remplis. «On marche sur la tête. Les gens sont bornés. Il va falloir les contraindre à rester chez eux pour qu’ils écoutent», fulmine Aude, 36 ans, qui retourne se calfeutrer chez elle après avoir voté.

à Lyon, des badauds sur les marchés

A Lyon, sur la presqu’île, la rue Mercière, qui aligne les bouchons typiques de la gastronomie locale, est étrangement déserte ce dimanche. De l’autre côté de la Saône, la cathédrale Saint-Jean-Baptiste n’a pas fermé ses portes à «ceux qui veulent venir y prier», indique un écran à son entrée, mais elle n’accueillera plus de messe «jusqu’à nouvel ordre».

Pour trouver des badauds, il fallait aller sur les marchés. Celui de la place Guichard, dans le IIIe arrondissement, est resté très fréquenté. Kader, 63 ans, vit à Vénissieux et a traversé la ville en tram pour rejoindre un ami vendeur. Il regrette la fermeture des bistrots : «On s’emmerde car on ne peut même pas aller boire un café, je n’arrive pas à rester chez moi.» Pourtant, il reconnaît que «le virus fait un peu peur, en trois jours, c’est allé vite».

Plus loin, Martine tire son chariot, mains gantées de latex. «C’est par précaution, surtout pour manipuler l’argent», explique-t-elle. Ce matin, elle a trouvé le «quartier bien vide et la salle de sport fermée». Mais elle a envie d’être «optimiste» : «Si tout le monde respecte les règles, on en est sortis mi-avril.» La quinquagénaire fait aussi des courses pour une amie malade : «Je vais poser les sacs devant sa porte et elle les récupérera plus tard.» Le confinement n’est pas si simple à appliquer, admet Martine, grand-mère de deux jeunes enfants : «Lundi et mardi, je vais les garder car ma fille est enseignante et elle doit suivre une formation pour faire classe à distance.»

Alexis et Djampa, la vingtaine, s’apprêtent à entrer dans le métro. Thésards en biologie, ils vont s’efforcer de limiter au «strict minimum» les manipulations en laboratoire qu’impliquent leurs recherches. «Le reste, on peut le faire en télétravail, expliquent-ils. Les nouvelles mesures, ça a l’air excessif, mais on est bien placés pour comprendre que c’est nécessaire.»

Dans le VIIIe arrondissement, le directeur d’un supermarché tient à diffuser un message rassurant : «Il n’y aura pas de pénurie, les grossistes fonctionnent normalement, on va être livrés sur tous les produits.» Même en pâtes, riz, papier toilette, savon et Javel, dont les rayons ont été dévalisés. Dans la matinée, le gérant a dû filtrer les entrées pour «éviter l’effet bouchon en caisse». A midi, à une demi-heure de la fermeture, l’enseigne n’avait pas désempli.

A Nice, «triste ambiance»

Sur le port de Nice, le store de la Barque bleue est le seul déroulé. A l’ombre de sa toile tendue, les tables sont empilées, les chaises emboîtées. Pas de clients pour manger les spécialités italiennes. Terrasse fermée, comme toutes les autres. «C’est la première fois que je vois ça. Il devrait y avoir cent couverts, là. C’est triste de voir cette ambiance», déplore Gigi, cuisinier depuis douze ans dans l’établissement. D’habitude, c’est ici que l’on vient bruncher le dimanche matin.

Au-dessus des quais, surtout quand le ciel est azur, les Niçois s’arrêtent boire un verre à midi et les touristes grignotent leur plat du jour. On fait le plein de vitamine D avant de repartir pour une semaine au bureau. La vraie vie méditerranéenne. Mais ce dimanche, les trottoirs sont vides. «On a de la place pour marcher. Nice nous appartient enfin, s’exclame Françoise, habitante d’un quartier voisin du port. On n’est pas envahis par le bruit et par la foule. On peut respirer et admirer les façades du XVIIIe siècle. On a retrouvé un équilibre.» Elle est bien la seule à se réjouir. Marise pousse sa porte d’entrée. Ses fenêtres donnent sur les terrasses : «Ici, c’est un quartier dynamique. Habituellement, les gens promènent leur chien, les enfants courent. Aujourd’hui c’est mortel. On sent la psychose.»

16 mars 2020

Les seins, grands gagnants du désir, grands oubliés du plaisir

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Par Maïa Mazaurette

Les tétons ont des érections, la stimulation de cette zone du corps peut provoquer des orgasmes, mais force est de constater que nous la « sous-utilisons » chez les femmes ET les hommes. La chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette nous explique pourquoi et livre quelques conseils.

LE SEXE SELON MAÏA

« Nous devons à des siècles de conception phallocentrée de la sexualité la négation, quand ce n’est pas la répression, de la sensibilité érogène des seins. » Dans son ouvrage paru la semaine dernière (Seins. En quête d’une libération, Ed. Anamosa, 224 p., 20 euros), la chercheuse Camille Froidevaux-Metterie nous vise en pleine poitrine.

Nions-nous la sensibilité érogène des seins ? Même si l’espèce humaine a la chance de pouvoir copuler face à face, force est de constater que nous sous-utilisons ce champ des possibles : dans un cadre hétérosexuel, les caresses des seins des femmes sont renvoyées aux préliminaires. Quant aux seins des hommes… hein, quoi ? Quels seins ? Vous voulez parler des pectoraux ? Notre désintérêt est tel que les études récentes dont nous disposons sur la sexualité des Français ne mentionnent même pas cette source de jouissance !

Pourtant, nous savons bien que les seins ont une vie sexuelle. Les tétons ont des érections, et se contractent pendant l’orgasme. Leur stimulation active le cortex sensoriel génital (Journal of Sexual Medicine, juillet 2011) et libère de l’ocytocine, hormone du lien (Medical Hypothesis, décembre 2015). Les seins figurent en haut de la liste des zones érogènes : selon une étude publiée en 2013 dans la revue Cortex, ils arrivent en cinquième position des zones les plus agréables pour les femmes, et en 11e place pour les hommes – quant aux tétons, ils sont appréciés à égalité par les deux sexes, au 6e rang.

Extases mammaires

Par ailleurs, on peut avoir des orgasmes par stimulation des seins. Les témoignages ne manquent pas d’extases mammaires… même si ces dernières demeurent rares, et même si nous ne sommes pas toutes et tous à égalité ! Ainsi, selon une étude de 2006, publiée dans la revue Sexual and Relationship Therapy, les petites poitrines seraient plus sensibles que les grosses.

Sans aller forcément jusqu’à l’orgasme, l’efficacité est au rendez-vous : 81,5 % des jeunes femmes ressentent du plaisir lors de la stimulation de leurs seins, et 51 % des hommes (on trouve 7 % de réticents, également répartis chez les deux genres). 59 % des femmes ont déjà demandé qu’on leur touche la poitrine, mais seulement 17 % des hommes (Journal of Sexual Medicine, février 2006).

Comment faire pour développer sa sensibilité ? Eh bien, exactement comme on développe ses talents au piano ou en éternuements dans le coude : en faisant attention à ce qu’on fait, et en s’entraînant.

Les femmes pourront par exemple se tourner vers le tantrisme, qui pose les seins comme le pôle positif de la sexualité féminine (les femmes « donnent » avec leur cœur, donc avec leur poitrine, contrairement aux hommes qui donnent avec leur pénis). Charge aux femmes, donc, de mobiliser cette énergie par des exercices de méditation ou de respiration. Ouvrez vos chakras !

Si ce paradigme très Mars/Vénus vous donne des boutons, vous pourrez vous tourner vers le nipple play (les jeux de tétons), vastement exploré dans les sexualités gays. Internet regorge de conseils pour masser, sucer, pincer, caresser, effleurer, faire gonfler les seins – et pas seulement le mamelon ou l’aréole, parfois ultrasensibles, mais la surface entière ! Sans oublier la fameuse « branlette espagnole » (ou cravate du notaire, ou masturbation intermammaire).

Côté sextoys, vous avez l’embarras du choix : des pompes à tétons pour favoriser l’afflux sanguin jusqu’aux vibrateurs spécialisés (ou classiques : les seins ne font pas de discrimination) en passant par des pinces, reliées ou non à des chaînes ou des poids. Les plus audacieux tenteront les pulsateurs clitoridiens (qui s’adaptent facilement aux mamelons), se livreront aux chatouillements prodigués par des plumeaux, au froid des bijoux en métal… ou oseront les roues crantées et autres aiguilles (aïe). Pas assez original ? Optez pour le fétichisme des seins, ou les fantasmes d’allaitement.

Ampleur du répertoire

Face à l’ampleur du répertoire, reste à expliquer pourquoi cette zone suscite tant de timidité. Eh bien, c’est compliqué – et pour un tas de raisons. Côté hommes, les seins sont tellement associés au corps féminin qu’ils peuvent se sentir « féminisés » quand on les touche à cet endroit. Côté femmes, les relations sont tout aussi conflictuelles. Camille Froidevaux-Metterie résume ainsi les enjeux : « Les seins ne condensent-ils pas à eux seuls toutes les caractéristiques féminines qui ont justifié et perpétué la domination masculine ? Ils sont le symbole par excellence de la maternité (seins nourriciers), le signe privilégié de la féminité (seins étendards) et l’antichambre de la sexualité (seins préliminaires). »

La première expérience que font les jeunes femmes quand leurs seins poussent, c’est celle de « la présence inesquivable du féminin ». Les choses s’aggravent quand l’anatomie justifie des comportements abusifs, par une présomption de disponibilité sexuelle (« si elle a des seins, alors elle est prête à avoir des rapports »), ou par une très douteuse naturalisation des transgressions (« les seins d’une femme épousent parfaitement la main d’un homme, c’est normal qu’on veuille mettre la main à la pâte »…).

A ce titre, nul ne s’étonnera que les attentions masculines soient majoritairement mal vécues, comme le révèlent ces statistiques sur la pratique du topless à la plage : 59 % des femmes de moins de 25 ans passent leur tour à cause des regards concupiscents, 51 % craignent des agressions physiques, 28 % cherchent à éviter les commentaires désagréables (Ifop, juillet 2019).

Censure

A cause de leur pouvoir d’attraction, et des conséquences que ce pouvoir génère, les seins sont victimes de censure virtuelle (sur Facebook ou Instagram) mais aussi de censure réelle, puisqu’il faut les recouvrir, même sur les enfants. Je vous invite à faire le test vous-même : si vous tapez sur Google Shopping les mots « maillot de bain enfant fille », 99 % des résultats comportent des brassières. La sexualisation n’attend même pas qu’on sache nager…

Un autre frein au plaisir des seins est à chercher du côté de ce que Camille Froidevaux-Metterie appelle le « partage hiérarchisateur entre maternité et sexualité qui domine encore nos représentations. » Si les seins sont destinés aux bébés, alors le plaisir pris par les seins serait vaguement incestuel. On préfère donc faire comme s’il n’existait pas.

Face à cette double pression de sursexualisation et de sacralisation de la maternité, comment les femmes pourraient-elles réinvestir leur poitrine ? Le sujet pourrait paraître anecdotique, mais il est redoutablement politique. Camille Froidevaux-Metterie rappelle par exemple qu’on parle du clitoris comme d’un « double dérisoire du pénis », mais que personne ne qualifie les tétons masculins de « doubles dérisoires de la poitrine féminine ».

En s’emparant de cette zone érogène, les femmes pourraient « éprouver les seins non pas comme de simples objets destinés à satisfaire le désir masculin, mais comme le terreau d’un désir spécifiquement féminin ». Soit une nouvelle excuse pour brûler les soutiens-gorge !

13 mars 2020

Coronavirus : la France sous protection rapprochée

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Par Tonino Serafini , Laure Equy , Marie Piquemal et Laure Bretton - LIBERATION

Le Président a annoncé jeudi soir la fermeture jusqu’à nouvel ordre de tous les établissements scolaires à partir de lundi, mais se refuse à laisser sombrer l’économie et appelle à une «mobilisation générale» pour aider les plus fragiles.

Coronavirus : la France sous protection rapprochée

«Quoi qu’il en coûte.» Face à la propagation du Covid-19, Emmanuel Macron a promis jeudi soir une riposte massive - sanitaire, sociale, économique - et sans compter. «La santé n’a pas de prix, a insisté le chef de l’Etat dans une allocution prononcée en direct depuis l’Elysée. Le gouvernement débloquera tous les moyens qu’il faut pour sauver des vies. Nous continuerons quoi qu’il en coûte.» Jeudi soir, le gouvernement dénombrait 2 876 contaminés et 61 morts. Au terme d’une journée de consultations tous azimuts avec les élus et les scientifiques, le Président a décidé de maintenir les élections municipales (lire ci-contre) et la circulation des transports publics.

«Faire bloc»

Il a en revanche annoncé la fermeture des crèches et établissements scolaires «dès lundi et jusqu’à nouvel ordre» dans l’espoir de ralentir encore la diffusion du coronavirus. Sans décréter le passage au stade 3 de l’épidémie ni prononcer le mot «confinement», il a recommandé aux «plus vulnérables» de rester «autant que possible» chez eux. La trêve hivernale sera ainsi prolongée de deux mois. Le Président a évoqué pendant vingt-cinq minutes «la plus grave crise sanitaire qu’ait connue la France depuis un siècle», rendant un hommage très appuyé aux personnels de santé et annonçant des décisions «de rupture» à plus long terme, adoptant d’inhabituels accents antilibéraux et altermondialistes. «Je compte sur nous tous pour inventer […] de nouvelles solidarités. Je compte sur vous toutes et tous pour faire nation», a proclamé Emmanuel Macron, lançant un appel à «l’union sacrée» : «On ne vient pas à bout d’une crise d’une telle ampleur sans faire bloc.»

Côté éducation, le chef de l’Etat a opéré un changement de stratégie. Jusqu’ici, la ligne adoptée par le gouvernement, répétée encore jeudi par le ministre de l’Education, était de s’en tenir à des fermetures localisées d’écoles, dans certains départements ou établissements, pour freiner la propagation de la pandémie. «Quand vous fermez les écoles de tout un pays, cela signifie que vous paralysez en bonne partie ce pays, faisait valoir Jean-Michel Blanquer. C’est évidemment quelque chose qui doit être regardé avec beaucoup de finesse pour ne pas être contre-productif.» Tout a donc changé en quelques heures et la France se met au diapason de nombreux autres pays : écoles et universités ont progressivement fermé en Italie, principal foyer de la maladie en Europe. Pologne, Grèce, République tchèque, Roumanie, Danemark, Ukraine, Slovénie… Dans le monde, plus d’un élève sur cinq ne peut plus fréquenter l’école à cause du coronavirus, ainsi qu’un étudiant sur quatre, annonçait mardi l’Unesco. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation organisait à la hâte une réunion avec les hauts responsables du secteur pour «échanger des stratégies susceptibles de réduire au minimum la perturbation des systèmes éducatifs». En France, le ministère de l’Education assure que tout est opérationnel depuis plusieurs semaines pour un enseignement à distance, et ainsi assurer la «continuité pédagogique». Dans les 2 000 établissements déjà fermés en France (notamment dans l’Oise, la Corse, le Haut-Rhin), 420 000 élèves et leurs profs communiquent beaucoup comme ils ont déjà l’habitude de le faire, via les espaces numériques de travail. Le Centre national d’enseignement à distance (Cned) met à disposition des contenus pédagogiques : environ trois ou quatre heures d’activités sont proposées chaque jour aux élèves dans des matières différentes. La fermeture des écoles pose tout de même la question très concrète de la garde des enfants, avec un casse-tête supplémentaire dans l’équation : les grands-parents, par leur âge, font partie pour beaucoup des populations vulnérables et donc ne peuvent pas vraiment s’en occuper. Jeudi soir, Emmanuel Macron a annoncé que serait organisé région par région un service de garde pour les enfants des personnels soignants, «indispensable à la gestion de la crise sanitaire puisse continuer à travailler».

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Plan de relance

Tout au long de son discours, le Président a félicité les personnels des hôpitaux, «engagés avec dévouement et efficacité» et qualifiés de «héros en blouse blanche». Il a aussi enjoint les Français à mieux respecter les «gestes barrières» qui permettent de freiner le virus. Car plus la progression de la maladie est ralentie et plus elle donne du répit aux équipes médicales. L’objectif est d’éviter un afflux massif, qui rendrait difficile la prise en charge de tous ceux qui en auraient besoin.

Se voulant rassurant sur les remèdes du gouvernement, il a aussi promis qu’il n’ajouterait pas «aux difficultés sanitaires la peur de la faillite». Il a confirmé la «mobilisation générale», assurant là aussi que le gouvernement agirait «quoi qu’il en coûte». L’Etat prendra entièrement à sa charge un «mécanisme exceptionnel et massif» de chômage technique, s’inspirant de l’exemple allemand qui l’indemnise mieux que la France. Pour les entreprises, toutes les échéances d’impôts et de cotisations dus pourront être reportées, rééchelonnés voire annulés afin d’éviter au maximum les faillites. Un plan de relance national et européen verra enfin le jour, en complément des mesures annoncées par la BCE «pas suffisantes» à ses yeux. Enfin, gare aux appétits financiers qui pourraient profiter de la déconfiture des marchés pour s’emparer d’entreprises affaiblies. Pour aider les salariés, la ministre du Travail a convié les partenaires sociaux ce vendredi. Au menu, un éventuel report de la réforme de l’assurance chômage.

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