"L'Homme fidèle"
Louis Garrel a une passion pour les trios. Dans son nouveau film, « L'Homme fidèle », comme dans son premier, « Les Deux Amis », où Golshifteh Farahani hésitait entre deux hommes, son personnage navigue entre son ex-femme, sublime mère de 40 ans incarnée par Laetitia Casta, et la jeune Eve, fougueuse amoureuse campée par l'adorable Lily-Rose Depp. Mais un autre trio se cache derrière ce savoureux long-métrage qui flirte avec les genres, drame existentiel héritier de Claude Sautet, empruntant à la comédie sa légèreté et sa cocasserie, tout en osant quelques incursions dans le thriller. Laetitia Casta, Louis Garrel (son mari) et le scénariste Jean-Claude Carrière, 87 ans, illustre plume du cinéma, auteur, conteur, traducteur, metteur en scène aussi connu pour sa culture que pour ses collaborations avec Luis Buñuel, Jacques Tati, Pierre Étaix, Peter Brook ou encore Michael Haneke, ont une longue et belle relation d'amitié.
Elle nourrit souterrainement le film. « Si mon rôle au théâtre dans 'Scènes de la vie conjugale' m'a préparée à celui de la femme forte affranchie qu'est Marianne, il y a aussi beaucoup de Jean-Claude dans ce personnage, une mer d'apparence calme, agitée de mille courants en profondeur », confie Laetitia. Le vieil homme (« bien plus jeune que Louis, en réalité ! » sourit la comédienne) confirme avec malice avoir endossé le costume, face à Louis, pendant la phase d'écriture en tant que coscénariste. S'il connaît Louis depuis l'enfance du fait de sa collaboration avec son père, Philippe Garrel, il entretient une magnifique relation d'amitié avec Laetitia depuis vingt ans, faite de déjeuners en tête à tête, où ils ont toujours beaucoup à se dire, sur à peu près tout, sauf sur Louis, qu'il regarde parfois « d'un œil d'envie » pour son épouse si bouillonnante. Normalien paysan, Jean-Claude Carrière admire en elle « la femme du peuple » qui a conquis le monde par sa beauté, son intelligence et son talent. L'actrice, d'une curiosité folle pour tout, dit de lui qu'il est un « phare », un « chat persan », capable de voir l'âme des gens et de pressentir les événements. Et bien que son intelligence et sa sagesse la « désarçonnent parfois par une clairvoyance sur le monde et la vie quelque peu décourageante », c'est avec lui qu'elle a voulu dialoguer. En toute complicité.










