Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
5 septembre 2020

Presse

presse55

presse56

presse57

presse59

presse61

Publicité
5 septembre 2020

Vu sur internet - j'aime bien

jaime48

jaime64

jaime68

jaime69

5 septembre 2020

La région Normandie et la tentation du business mémoriel

L’écrivain Gilles Perrault, L’universitaire Bertrand Legendre Et Le Médecin Christian Derosier

L’écrivain Gilles Perrault, l’universitaire Bertrand Legendre et le médecin Christian Derosier s’indignent du projet de création, par la région Normandie, d’un site touristique consacré au Débarquement, qui, selon eux, serait une « indécente machine à grand spectacle »

Faisant à la fois le constat de la force d’attraction touristique de la région qu’il préside, la Normandie, et de la difficulté qu’elle rencontre à retenir ses visiteurs, Hervé Morin a annoncé début 2020 sa volonté de créer un site supplémentaire consacré au Débarquement de juin 1944. Initialement connu sous le nom de « D-Day Land », puis renommé « L’Hommage aux héros », ce projet suscite de vives inquiétudes en France et à l’étranger.

Loin de préfigurer un nouveau musée ou un nouvel espace de recueillement, c’est une mascarade historique à visée commerciale qui se dessine. Ce projet de spectacle vivant porté par trois promoteurs privés, spécialisés en communication, dramaturgie musicale, cinéma et télévision, entend donner, en quarante-cinq minutes, une évocation du Débarquement et de la bataille de Normandie, en faisant appel à des projections audiovisuelles et à 150 comédiens et circassiens. Un budget de 250 millions d’euros est prévu pour ce business mémoriel, ainsi qu’un site d’une trentaine d’hectares, proche des plages du Débarquement. La reconstitution d’un village placé sur le circuit de la visite assurera la vente de produits locaux et de produits dérivés, prétendus souvenirs de la guerre.

Projet lourd de menaces

En cherchant à attirer 600 000 visiteurs chaque année, le projet est lourd de menaces sur les plans économique, écologique et sur celui des relations avec les Etats-Unis. Sur le plan économique, d’abord, qui constitue sans doute sa réelle raison d’être dans l’esprit d’Hervé Morin, une de ses premières conséquences sera de mettre en difficulté le réseau culturel que représente la quarantaine de musées normands, de tailles variables et qui assurent souvent un travail rigoureux et respectueux de la mémoire des victimes.

L’importance du budget annoncé fait craindre que les pires ressorts du retour sur investissement soient mobilisés pour attirer le public et l’amener à dépenser autant que possible au détriment des autres sites consacrés au Débarquement. A l’image des supermarchés ou hypermarchés qui asphyxient le commerce de proximité, ce projet mettra à mal le tissu commercial qui bénéficie actuellement des importants flux du tourisme mémoriel répartis sur l’ensemble des sites normands.

Sur le plan écologique, il convient de se demander si l’on peut accepter les dommages que ce nouveau parc ne manquera pas de causer tant par l’occupation de terres agricoles que par les flux importants de véhicules et de visiteurs. Peu après qu’ont été abandonnés le projet Europacity en Ile-de-France et celui de Center Parcs en Isère, et au moment où le modèle même des parcs de loisirs donne de sérieux signes de fragilité, la question mérite aussi d’être posée pour ce projet qui n’est censé fonctionner que six mois par an.

Enfin, sur le plan des relations entre la Normandie et les Etats-Unis, les risques ne sont pas moindres : celles-ci sont fortement marquées par le respect des morts et par la conscience de ce que la Normandie, la France, l’Europe et le monde doivent aux sacrifices des soldats américains.

Peut-on penser que les vétérans et leurs familles, dont on sait combien elles sont sensibles à la mémoire du Débarquement, puissent ne pas être choqués par ce projet ? Comment pourraient-ils percevoir cette mise en spectacle autrement que comme un simulacre de travail de mémoire, mentant sur les souffrances endurées, réduisant l’histoire à une succession de prouesses d’acteurs et de circassiens, nouveaux héros d’un jeu de guerre usurpant le véritable héroïsme des vétérans pour satisfaire des appétits économiques ?

L’histoire et la mémoire ne s’inculquent pas à coups de shows, par fournées de trois quarts d’heure, six fois par jour, six mois par an, délivrées à des centaines de spectateurs qui seront plus encouragés à consommer qu’à comprendre, méditer et se recueillir.

Le tourisme mémoriel est respectable quand il préserve un équilibre, toujours délicat et fragile, entre économie et mémoire. Il cesse de l’être et tourne au loisir et à la distraction quand il fonctionne comme une machine à grand spectacle, ou comme un supermarché vendant indifféremment de l’émotion, des nuits d’hôtel et des babioles. Il devient alors indécent, et les Américains ne s’y tromperont pas, qui verront dans ce projet une insulte à la mémoire de leurs morts et à l’éthique. Est-ce bien là le message que les Normands et les Français dans leur ensemble veulent leur adresser ?

Devons-nous nous résoudre à ce que la bataille de Normandie soit réduite à un simple spectacle qui se joue en costumes d’époque avec force effets spéciaux, jeux de mises en scène et sonorisations si efficaces pour distraire le public ? Faut-il faire du chiffre d’affaires sur le dos des morts… et oublier l’essentiel ?

Christian Derosier, médecin ;

Bertrand Legendre, professeur à l’université Sorbonne-Paris-Nord et romancier (L’Homme brut, Anne Carrière, 2018) ; Gilles Perrault, écrivain (Dictionnaire amoureux de la Résistance, Plon-Fayard, 2014)

5 septembre 2020

Fahrenheit 451 avec Julie Christie

fahrenheit

5 septembre 2020

La République est volonté, la République est transmission. Jamais achevée, toujours à reconquérir

Vendredi 4 septembre, au Panthéon, Emmanuel Macron a présidé une cérémonie de naturalisation. L’occasion de prononcer un discours célébrant les 150 ans de la proclamation de la République par Léon Gambetta. Mais aussi, pour le chef de l’Etat, de préciser son agenda sur les questions de sécurité et de séparatisme.

Matthew, Noura, Patricia, Catherine, Rana. Le moment, je le mesure, est solennel et émouvant, pour vous, pour vos proches. Non seulement vous accomplissez un rêve, mais vous le faites dans un lieu à part, le Panthéon, là où reposent les grandes femmes, les grands hommes honorés par notre patrie ; la vôtre désormais. Qui plus est votre cérémonie de naturalisation se tient le jour même où la République célèbre son anniversaire. C’était le 4 septembre 1870.

Alors que l’Empire venait d’être défait à Sedan, un jeune député de 32 ans, Léon Gambetta, répondait à l’appel du peuple de Paris et proclamait la République depuis le balcon de l’Hôtel de ville. Léon Gambetta, dont nous avons entendu les mots, était comme vous : fils d’immigré, récent naturalisé. Français de sang mêlé. C’est lui, pourtant, qui ressuscita la République, ce régime politique de liberté sous lequel nous vivons depuis cent cinquante ans.

Il y a tant d’autres Léon Gambetta. Tant de figures, françaises non par héritage mais par les combats menés, qui ont façonné notre histoire. Marie Curie naquit et grandit en Pologne. Elle reçut deux prix Nobel, fit le choix de servir la France dans les tranchées comme simple infirmière. Avant d’ouvrir aux femmes deux portes qui leur avaient été jusque-là closes : celles des chaires d’enseignement de la Sorbonne et les portes de bronze du Panthéon. Joséphine Baker, née américaine, choisit la France pour la faire briller de son talent et de son énergie. Elle aimait sa patrie d’adoption au point de risquer sa vie pour elle, en entrant en résistance.

Et bien d’autres héros, Français par la naissance, nés parfois loin de métropole, ont porté si haut nos valeurs et marqué l’édification de notre République. Félix Eboué, descendant d’esclaves, répondit dès le 18 juin à l’appel du général de Gaulle. Il fut le premier à planter l’étendard de la France libre au Tchad. Sans lui qui allait devenir compagnon de la Libération et repose en ces lieux, l’épopée des Forces françaises libres n’aurait pas été la même. Comment ne pas évoquer Gisèle Halimi, disparue cet été ? De sa chère Tunisie à notre Assemblée nationale, des prétoires aux hémicycles, de plaidoyers en manifestes, celle qui était née Zeïza Taieb plaida pour l’émancipation des peuples et fit faire des bonds de géant à la cause des femmes. Un hommage national lui sera prochainement rendu dans la cour des Invalides.

Léon Gambetta, Marie Curie, Félix Eboué, Joséphine Baker, Gisèle Halimi : autant d’exemples, avec d’autres figures que nous mettons à l’honneur ce jour, de vies en République. Autant de destins dont Matthew, Noura, Patricia, Catherine, Rana, vous êtes aujourd’hui les légataires. Car c’est votre tour désormais. Votre tour, par-delà la diversité de vos origines — vous venez du Royaume-Uni, d’Algérie, du Pérou, du Cameroun, du Liban, d’écrire vos vies en République. Je ne parle pas là de façonner vos existences personnelles : à 35, 36, 42, 46 et 48 ans, vous avez tous déjà un métier, souvent une famille ici. Mais d’endosser pleinement les habits de citoyen français, en vous hissant au-delà de vous-mêmes.

Devenir français, c’est est en effet accepter d’être plus qu’un individu poursuivant ses intérêts propres ; un citoyen, qui concourt au bien commun, fait preuve de responsabilité vis-à-vis de ses compatriotes, qui cultive une vertu toute républicaine. Des devoirs et des droits. Mais toujours des devoirs d’abord. Devenir français, c’est avoir ancré en soi-même la conscience que, parce que la République est toujours fragile, toujours précaire, elle doit être un combat de chaque aube, une conquête de chaque jour. Ce que j’appelle le « patriotisme républicain ».

« Liberté, liberté chérie », entonne La Marseillaise. Etre français, c’est d’abord aimer passionnément la liberté. De Gaulle a évoqué le « pacte vingt fois séculaire entre la France et la liberté du monde ». A partir d’aujourd’hui, vous êtes liés par ce pacte.

La liberté, dans notre République, est un bloc. C’est la liberté de participer au choix de ses dirigeants — et donc le droit de vote. Mais qui est indissociable de la soumission au verdict des urnes, à la liberté collective du peuple. C’est la liberté de conscience et en particulier la laïcité, ce régime unique au monde qui garantit la liberté de croire ou de ne pas croire. Mais qui n’est pas séparable d’une liberté d’expression allant jusqu’au droit au blasphème.

Le droit de caricaturer

Et je le dis au moment où s’ouvre le procès des attentats de janvier 2015 : être français, c’est défendre le droit de faire rire, la liberté de railler, de moquer, de caricaturer dont Voltaire soutenait qu’elle était la source de toutes les autres. Etre français, c’est être du côté des combattants de la liberté. Et plus encore quand les renoncements prospèrent, quand la censure progresse.

Egalité. Etre français, c’est reconnaître en chaque femme, en chaque homme, une même dignité. Etre français, c’est aimer la justice. Abolition des privilèges et Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789, suffrage universel masculin et abolition de l’esclavage par Schœlcher en 1848, droit de vote des femmes en 1944, abaissement de la majorité à 18 ans en 1974, abolition de la peine de mort en 1981 : vous vous inscrivez dans une belle et grande histoire, celle du progrès de l’égalité des droits.

Vous êtes aussi les continuateurs d’une marche encore inachevée vers l’égalité concrète, effective. Péguy, Jaurès, Blum, Mendès France, ont porté haut la République sociale. Cette idée simple au fond : chaque citoyen, quel que soit le lieu où il vit, le milieu d’où il vient, doit pouvoir construire sa vie par son travail, par son mérite. Nous sommes encore loin, trop loin de cet idéal. Combien d’enfants de France encore discriminés pour leur couleur de peau, leur nom ? Combien de portes fermées à de jeunes femmes, de jeunes hommes, parce qu’ils n’avaient pas les bons codes, n’étaient pas nés au bon endroit ? L’égalité des chances est une priorité de ce quinquennat. Nous irons plus loin, plus fort dans les semaines à venir, pour que la promesse républicaine soit tenue dans le concret des vies.

Force à la loi

Mais l’égalité, elle aussi, est un bloc. Des droits, des devoirs. L’égalité devant la loi implique ainsi que les lois de la République sont toujours supérieures aux règles particulières. C’est pourquoi il n’y aura jamais de place en France pour ceux qui, souvent au nom d’un dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe, non. La République, parce qu’elle est indivisible, n’admet aucune aventure séparatiste. Un projet de loi de lutte contre les séparatismes sera présenté dès cet automne.

Fraternité. Etre Français, c’est voir en son compatriote plus qu’un semblable, un des siens. Notre nation a ceci de singulier qu’elle a développé un Etat-providence, un modèle de protection sociale qui ne laisse personne au bord du chemin. Or, ce système unique au monde ne tient que par les liens toujours fragiles qui unissent nos concitoyens. Liens du respect et de la civilité qu’à tout moment, la violence et la haine peuvent venir briser. C’est pour cela qu’en République, les policiers, les gendarmes, les magistrats, les maires, toutes celles et ceux qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme, jouent un rôle déterminant et que, par symétrie, ceux qui s’en prennent à eux doivent être lourdement condamnés. Force à la loi. Jamais à l’arbitraire. Ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux élus, ne passeront pas.

Liens de la solidarité et de l’engagement. Notre Etat-providence a une nouvelle fois montré sa force en accompagnant chaque Français durant la pandémie. Et nous nous souviendrons longtemps du courage de nos soignants, du dévouement des bénévoles, de l’entraide entre voisins qui nous ont permis de faire face au plus fort de la crise. Mais là encore, la fraternité est un bloc. Elle ne peut vivre, perdurer elle que si chacun reconnaît l’autre comme digne d’être aidé, accompagné. C’est pourquoi le partage d’un commun est décisif. Je ne peux, en effet, consentir des sacrifices pour mes compatriotes que si je me sens lié à eux non seulement par un contrat social, mais par des références, une culture, une histoire commune.

« La France, écrivait Marc Bloch, est la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. » C’est tout cela, entrer en République française. Aimer nos paysages, notre histoire, notre culture. En bloc, toujours. Le sacre de Reims et la Fête de la Fédération. On ne choisit jamais une part de France, on choisit la France.

La République commence, vous l’avez compris, bien avant la République elle-même car ses valeurs sont enracinées dans notre histoire. Devenir français, c’est aussi épouser une langue qui ne s’arrête pas à nos frontières, mais fut un des ciments de notre nation. « Ma patrie, c’est la langue française », écrivait Camus. Maîtriser le français permet bien sûr de communiquer, d’échanger avec ses compatriotes, de comprendre notre droit. C’est pour cela que la langue est un prérequis pour accéder à la nationalité. Maîtriser le français, c’est un passeport vers une culture et une histoire incomparables, aux dimensions des cinq continents. C’est accéder à l’imaginaire de Hugo, Dumas, Zola, Malraux, Césaire tous, honorés ici au Panthéon. C’est accompagner les personnages de Mauriac, disparu il y a cinquante ans, de tous ces écrivains dont la grandeur honore non seulement l’esprit français, mais le génie universel.

Maîtriser notre langue, c’est plus encore, toucher l’âme de la nation, une forme « d’éternel français ». La France est en effet l’un des rares pays qui, avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, a été comme créé, engendré par sa langue.

Notre langue a forgé notre rapport à la liberté et à l’universel : l’abbé Grégoire, qui repose ici, ne disait-il pas que le français est « l’idiome de la liberté » ? Notre langue est le berceau de la République bien avant qu’elle ne soit proclamée par les conventionnels de 1792. La République prend forme dans les textes de Bodin à la Renaissance, elle s’affirme chez Condorcet, Rousseau, tous les penseurs des Lumières. Notre langue, c’est ce qui tient ensemble notre peuple, notre histoire, c’est ce qui fait que Charles Péguy pouvait clamer « la République… notre Royaume de France ! » En France, décidément, tout commence par les mots.

La République est transmission. La République est volonté. Jamais achevée, toujours à reconquérir. Si elle tient depuis la Révolution, c’est parce qu’entre ceux qui l’ont rêvée, ceux qui l’ont fait advenir, ceux qui l’ont défendue, parfois dans les heures les plus tragiques de notre histoire, et ceux qui l’ont renouvelée dans le projet européen, s’est nouée une « chaîne des temps » qui a traversé les siècles.

En ce jour anniversaire, ce n’est pas tant la joie qui domine qu’une gravité lucide face aux menaces qui pèsent sur elle. Matthew, Noura, Patricia, Catherine, Rana, c’est à vous aujourd’hui de reprendre le flambeau, de faire vivre la promesse républicaine dans les bourrasques des temps. Reprendre le flambeau. Et le confier à notre jeunesse représentée par des collégiens qui nous entourent ce matin. Notre jeunesse à qui j’ai souhaité redonner le goût des rites républicains en créant le service national universel.

Je souhaite à notre jeunesse de France, d’aimer la République d’une passion toujours intacte. A chaque fois qu’il sera à terre, rehisser le drapeau. A chaque fois que quelques-uns la menacent, défendre de toutes ses forces ce régime qui lui a permis de naître et de vivre libre. Soyons donc tous rassemblés, vous qui venez de rejoindre la communauté nationale et tous les autres qui en êtes membres depuis plus longtemps. Etre français n’est jamais seulement une identité. C’est une citoyenneté, l’adhésion à des valeurs, à une langue, un combat chaque jour recommencé. Ensemble, formons la France Unie. Ainsi pourrons-nous clamer, pour longtemps encore : vive la République ! Et vive la France !

Publicité
5 septembre 2020

"ELLE" - Isabelle Huppert

huppert elle

5 septembre 2020

LUX AETERNA - Conférence de presse - Cannes 2019 - VF

5 septembre 2020

Faire des pointes...

boots

5 septembre 2020

Ce soir sur ARTE - Les victimes des zoos humains, ces oubliés de l’histoire

« Sauvages » décortique le racisme pseudoscientifique à l’origine de cette pratique qui persista jusqu’en 1939

ARTE

SAMEDI 5 – 20 H 50

DOCUMENTAIRE

Al’exception peut-être de Saartjie Baartman, une jeune femme originaire d’Afrique du Sud arrivée en Europe en 1810 et dont le destin a été porté à l’écran par Abdellatif Kechiche dans Vénus noire (2010), l’histoire populaire n’a retenu aucun nom, aucun visage. Pendant tout le XIXe siècle et jusqu’à la seconde guerre mondiale, près de 35 000 personnes ont pourtant été exhibées dans des cirques ou lors d’expositions universelles et coloniales en Europe et aux Etats-Unis. Devant un public assoiffé d’exotisme, des hommes, des femmes et des enfants ont été présentés comme des bêtes sauvages ou des monstres sexuels.

Ce documentaire retrace la vie de Petite Capeline, Tambo, Moliko, Ota Benga ou Jean Thiam. Ils ont été arrachés au Congo, à la Guyane, à la Patagonie ou à l’Australie. Sans pathos, le film de Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet retrace leur vie grâce à d’innombrables archives (vidéos, affiches, films, cartes postales, articles de presse…), à des éclairages d’universitaires parmi lesquels l’anthropologue Gilles Boëtsch (CNRS) et des historiens comme Benjamin Stora et Sandrine Lemaire. A l’écran, le résultat final ressemble à un hommage aussi fort qu’émouvant.

Asservir et coloniser

« Vouloir se souvenir, ça ne veut pas dire vouloir culpabiliser les gens », prévient au début du documentaire Lilian Thuram, ancien pilier de l’équipe de France de football et président de la Fondation Education contre le racisme. Le film conserve le même esprit grâce, notamment, aux commentaires du rappeur et écrivain Abd Al Malik, qui accompagne les récits des « déracinés » et ceux de leurs descendants. L’évolution des zoos humains montre comment la société européenne est passée d’un racisme pseudoscientifique à un racisme de masse, les « sauvages » étant montrés comme des êtres inférieurs qu’il faut asservir et coloniser pour assurer leur développement.

Dans les années 1880, en Europe, il faut montrer d’authentiques « primitifs » dans les zoos, quitte à faire croire qu’ils sont cannibales. Le grand public veut ressentir le même frisson que les aventuriers lors de leurs expéditions lointaines. Petite Capeline a été capturée à l’âge de 2 ans avec dix membres de son village de Patagonie. Morte d’une broncho-pneumonie après quelques mois en France, elle est enterrée à deux pas du Jardin d’acclimatation, à Paris. Quant à sa famille, elle est exposée en Allemagne puis en Suisse. Deux membres survivront et reverront leur terre natale, mais en y rapportant un virus respiratoire qui décimera leur peuple.

Aux Etats-Unis, Phineas Barnum a construit sa fortune en présentant dans ses spectacles des femmes à barbe, des frères siamois, des obèses, mais aussi des Aborigènes d’Australie ou des Pygmées du Congo. Ces derniers, en raison de leur petite taille, ont longtemps été classés au dernier rang de l’espèce humaine.

En Allemagne, au début du XXe siècle, Carl Hagenbeck a été l’un des grands imprésarios d’Europe. Marchand d’animaux, il a aussi alimenté en « sauvages » des cirques, des ménageries et des jardins zoologiques. Un siècle après sa mort, en 1913, un zoo de Hambourg porte encore son nom.

Sauvages – Au cœur des zoos humains, de Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet

(Fr., 2018, 90 min).

5 septembre 2020

François Bayrou au Plan...

bayrou au plan

bayrou

bayrou25

bayrou26

Publicité