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Jours tranquilles à Paris

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3 septembre 2020

Les caricatures de Mahomet en Une de Charlie Hebdo indignent la Turquie

La réédition en une de Charlie Hebdo des caricatures risquerait, selon Ankara, “d’encourager la haine contre l’Islam et les étrangers” et “de faire le jeu des racistes”.

De son côté, l’institution islamique sunnite Al-Azhar a qualifié la republication des caricatures d’“acte criminel”. “L’insistance sur l’acte criminel de republier ces caricatures offensantes renforce le discours de haine et attise l’émotion des croyants”, a estimé sur Facebook l’Observatoire pour le combat contre l’extrémisme d’Al-Azhar. De même que le Conseil français du Culte musulman, qui a appelé à “ignorer” les caricatures, l’institution sunnite a aussi condamné les attentats en précisant que “l’islam exècre tout acte de violence”.

Charlie Hebdo était devenu une cible des jihadistes après avoir publié en 2006 douze caricatures de Mahomet, provoquant un tollé et des manifestations parfois violentes dans plusieurs pays musulmans.

Les représentations du prophète sont considérées comme un blasphème dans l’islam traditionnel.

La réaction turque intervient à un moment où les tensions sont vives entre Ankara et Paris à propos des recherches turques d’hydrocarbures dans une zone revendiquée par la Grèce en Méditerranée orientale. La France s’est attiré les foudres du président turc Recep Tayyip Erdogan en affichant son soutien à la Grèce dans cette crise.

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Pour Ankara et l’institution islamique sunnite Al-Azhar, cette réédition "renforce le discours de haine" contre l'Islam.

La Turquie condamne la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo

INTERNATIONAL - La republication des caricatures de Mahomet en Une de Charlie Hebdo pour l’ouverture du procès fait encore des remous. Après le Pakistan, la Turquie et l’Observatoire pour le combat contre l’extrémisme d’Al-Azhar ont condamné ce mercredi 2 septembre un choix “irrespectueux”, qui “encourage la haine contre l’Islam.”

Dans un contexte de vives tensions entre Ankara et Paris, Ankara a aussi critiqué le président Emmanuel Macron pour avoir défendu mardi “la liberté de blasphémer”, estimant qu’il était “inadmissible” de justifier la publication des caricatures controversées au nom de la liberté d’expression.

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3 septembre 2020

Port Haliguen - Quiberon

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3 septembre 2020

Inquiétudes et débats de fonds à «Libération»

Par Les salarié·e·s de «Libération» 

Le journal doit devenir ce jeudi la propriété d’une nouvelle structure à but non lucratif, à l’initiative d’Altice, son actionnaire actuel. Sans avoir obtenu les garanties permettant d’assurer sa pérennité et de renforcer son indépendance, selon les salariés.

A première vue, le projet ferait rêver n’importe quel journaliste ou lecteur soucieux de l’indépendance de la presse. Après une assemblée générale de sa société éditrice, ce jeudi, Libération ne sera plus détenu par Altice France, l’entreprise du milliardaire Patrick Drahi, maison-mère de l’opérateur de télécoms SFR. Le quotidien cofondé par Jean-Paul Sartre et Serge July en 1973 deviendra la propriété d’un fonds de dotation - un organisme à but non lucratif dont l’objectif est d’assurer une mission d’intérêt général - créé en août à l’initiative d’Altice. Outre le fait qu’un fonds de dotation ne recherche pas le profit, il a l’avantage de ne pas pouvoir être vendu à un tiers. Ce qui le protège de l’appétit d’investisseurs extérieurs : un modèle intéressant à l’époque où de nombreux médias appartiennent à des grands hommes d’affaires. C’est par exemple le schéma adopté par le site d’information Mediapart, en 2019.

Lors de l’annonce de ce bouleversement dans l’histoire déjà tumultueuse de Libé, le 14 mai, le secrétaire général d’Altice France, Arthur Dreyfuss, s’était félicité d’une grande avancée : «Cette nouvelle structure garantit à Libération sa totale indépendance éditoriale, économique et financière.» Dans un article intitulé «Libération, toujours plus libre», le directeur du quotidien, Laurent Joffrin, se réjouissait : «Après avoir surmonté plusieurs crises intenses, défendu bec et ongles ses principes journalistiques, Libération voit ainsi son avenir assuré et adopte un statut d’autonomie que détiennent peu de quotidiens de presse écrite à travers le monde.» Depuis, Laurent Joffrin a quitté le journal. A la mi-juillet, il a annoncé se lancer en politique avec la création du mouvement Les Engagé·e·s. Son successeur devrait être désigné dans les semaines à venir.

Nouveau modèle

Sortir d’une multinationale des télécoms ayant des intérêts industriels majeurs pour entrer dans le giron d’une entité incessible et non capitalistique : que demander de plus pour une rédaction ? Nous avons accueilli cette idée avec enthousiasme dès le premier jour. Dans un communiqué, nous indiquions «salue [r] ce projet», que nous découvrions en même temps que tout le monde. Le groupe Altice n’avait pas jugé utile de nous avertir en amont. Prudents, nous exigions cependant des «garanties juridiques, financières et sociales» et une «association à la mise en place et à la gouvernance de ce dispositif». L’indépendance, c’est bien de la proclamer. Mais c’est encore mieux de la traduire en actes.

Dans la foulée de cette annonce, des discussions se sont ouvertes entre la direction et les élus de la Société des journalistes et du personnel de Libération (SJPL) et du comité social et économique (CSE). Dès le départ, nos représentants ont insisté sur un enjeu majeur : l’indépendance la plus aboutie d’un journal passe nécessairement par sa capacité à s’autofinancer. Il est préférable de ne pas avoir à quémander auprès d’un mécène à chaque fin d’année. Dans son nouveau schéma de détention, via le «Fonds de dotation pour une presse indépendante» (son nom officiel), Libé doit donc être doté, selon les élus, de suffisamment d’argent pour aborder l’avenir en toute sérénité. En 2019, notre quotidien a bouclé l’année sur un excédent brut d’exploitation (Ebitda) négatif de 8,9 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 35 millions.

Paris, le 29 avril 2020. Dans les locaux de la rédaction du journal Libération, vidée de la majorité de ses journalistes, en télétravail, pendant la période du confinement sanitaire du Covid-19 (Coronavirus).Dans les locaux du journal, en avril. Photo Denis Allard pour Libération.

Libé est-il condamné à perdre de l’argent ? La réponse à cette question est un point d’accord entre la direction et nous : non. Ces quinze dernières années, le numérique a chamboulé l’économie des journaux. Mais un nouveau modèle vertueux se dessine, basé sur l’abonnement en ligne, comme le prouvent des succès à l’étranger (le New York Times, le Financial Times) ou en France (le Monde, l’Equipe). Le portefeuille d’abonnés numériques de Libé est passé de 9 000 en janvier 2018 à plus de 20 000 en février 2020, avant d’exploser pendant le confinement, à la sortie duquel il flirtait avec la barre des 50 000. Grâce à cette nouvelle source de revenus, qui doit compenser la chute inéluctable des ventes du papier, Libération peut raisonnablement envisager de gagner à nouveau de l’argent. Quand ? Dans le business plan qu’il a établi cet été, le directeur général du journal Denis Olivennes, nommé en juin par Altice, estime que Libé cessera d’être déficitaire en 2023. D’après ses prévisions, le journal enregistrera cette année-là un chiffre d’affaires de 37,7 millions d’euros, pour un Ebitda positif de 0,1 million.

Saut dans le vide

D’ici là, il faut tenir, c’est-à-dire éponger les pertes à venir. Mais il est impératif aussi de financer les développements technologiques et les projets éditoriaux à conduire : un journal qui cesse d’investir est un journal qui n’a aucune chance de survivre. Le business plan de Denis Olivennes, validé par Arthur Dreyfuss, évalue précisément le montant des besoins de financement d’ici la fin 2023 : 17,4 millions d’euros. Ce chiffre ne comprend pas le coût de la clause de cession qui va automatiquement s’ouvrir après le transfert au fonds de dotation. Cette disposition légale, spécifique au monde des médias, permet aux journalistes de quitter leur entreprise avec des indemnités après un changement d’actionnaire.

Depuis le début des discussions avec Altice, nos représentants ont demandé à ce que Libé soit capitalisé à hauteur de ses besoins de financement au moment de son passage sous la coupe du fonds de dotation. Ils n’ont malheureusement pas été entendus. En début de semaine, Altice promettait une enveloppe de 13 millions d’euros, en plus de l’effacement des dettes - une opération comptable n’entraînant pas de nouveau décaissement. Le groupe de Patrick Drahi assure aux élus du personnel qu’il ne laissera pas tomber Libé dans les années à venir, qu’il lui apportera les moyens de sa pérennité. Mais il refuse de s’engager formellement par écrit, avec un accord en bonne et due forme juridique.

Pour nous, salariés de Libération, garants et dépositaires de l’histoire de ce journal, le transfert vers ce fonds de dotation ressemble à un grand saut dans le vide. Dans un communiqué publié lundi, nous regrettions «la faiblesse des engagements financiers annoncés par Altice». Et nous appelions le groupe de Patrick Drahi, qui a soutenu financièrement Libé depuis 2014, à augmenter le montant de son abondement pour coller - au moins - aux estimations de Denis Olivennes. Mercredi, l’actionnaire évoquait cette fois la somme de 15 millions d’euros… Un montant trop modeste au regard des grandes ambitions prononcées mi-mai. En 2019, Altice France a comptabilisé des revenus de 10,8 milliards d’euros et un Ebitda de 4,2 milliards d’euros. Les besoins de financement de Libé d’ici 2023, tels qu’ils sont calculés par le directeur général, représentent 0,4 % de ce second chiffre.

Paris, le 29 avril 2020. Dans les locaux de la rédaction du journal Libération, vidée de la majorité de ses journalistes, en télétravail, pendant la période du confinement sanitaire du Covid-19 (Coronavirus).Salle du comité de rédaction de Libération, en avril. Photo Denis Allard pour Libération.

Avec une évaluation à 17,4 millions d’euros, Denis Olivennes est très optimiste. Elle se base sur une très forte progression du nombre d’abonnés numériques, une relative stabilité des ventes papier, un doublement des recettes publicitaires et un quasi-maintien des revenus liés aux événements organisés par Libé. En pleine crise sanitaire et économique, le pari est osé. Les élus de la SJPL et du CSE ont demandé au cabinet d’expertise Technologia de mener sa propre estimation. Le résultat est moins heureux : il table sur une fourchette de besoins de financement allant de 21,5 à 30,2 millions d’euros. La réalité se situe sans doute par ici.

Par ailleurs, des doutes juridiques entourent le fonctionnement du fonds de dotation. L’argent versé à ce fonds, qui permet à son émetteur de bénéficier d’un système de défiscalisation, peut-il redescendre à la filiale commerciale - donc à but lucratif - que restera Libération ? Mandaté par les représentants du personnel, le cabinet d’avocats Gide Loyrette Nouel, qui a échafaudé le fonds de dotation de Mediapart, estime que non. Selon lui, le schéma ne fonctionne qu’avec une entreprise qui gagne de l’argent. Altice et ses conseils affirment l’inverse. Le débat est ouvert.

«Volonté ferme»

Second enjeu : la gouvernance de la nouvelle architecture. Mi-mai, nous avons immédiatement fait part de notre volonté d’y être associés, y voyant l’une des conditions pour «renforcer la confiance des lecteurs et l’indépendance de Libération». A sa nomination, Denis Olivennes avait annoncé vouloir renforcer la participation des salariés à la marche du journal. Trois mois et demi après le début des discussions, rien n’est scellé. Alors qu’il était initialement prévu que Laurent Joffrin siège au conseil d’administration du fonds de dotation, son départ pour lancer un mouvement politique laisse désormais pleine et entière la question de la représentation de l’histoire et des valeurs du journal au sein de cette instance - le principe d’une représentation directe des salariés ou indirecte par la société civile ayant été d’emblée exclu par Altice. Le fonds devrait se voir doté d’une charte éthique, en cours de discussion.

Quant aux négociations sur la place des salariés dans la gouvernance du journal, elles sont pour l’heure au milieu du gué. Un point de consensus : les élus de la SJPL seront informés préalablement des décisions structurantes prises au-dessus de Libé, au niveau de sa nouvelle holding. Reste désormais à trouver un accord sur tout le reste, notamment les modalités de notre présence au capital du journal (actuellement, la SJPL dispose d’une part sociale), ou encore les décisions sur lesquelles nos représentants pourraient bénéficier d’un droit de veto dans cette nouvelle instance.

Les élus entendent poursuivre les discussions «avec la volonté ferme de renforcer l’indépendance de la rédaction et sa participation à la gouvernance du journal», comme l’indique notre communiqué de lundi. Nous l’avons dit il y a trois mois et demi : le transfert à un fonds de dotation peut être une opportunité et une chance. A condition que les garanties que nous demandons nous soient accordées. Il en va de l’avenir de Libé.

3 septembre 2020

Exposition Galerie Templon - bientôt

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3 septembre 2020

Privée de son chef, l’équipe d’Alexeï Navalny poursuit son travail

Par Benoît Vitkine, Moscou, correspondant

Entre pression permanente des autorités et préparation des élections locales du 13 septembre, les alliés de l’opposant empoisonné reviennent à l’ordinaire.

Alexeï Navalny est plongé dans le coma dans un hôpital de Berlin depuis dix jours et déjà, en Russie, pour ses alliés, c’est le retour aux affaires courantes. Comme si l’absence du chef, dont on ne sait pas si elle durera, n’était qu’une péripétie de plus dans la vie tourmentée et sous pression de ceux qui le suivent depuis des années/

Ce lundi 31 août au matin, par exemple, Lioubov Sobol s’est réveillée avec un compte en banque affichant un découvert de 34 millions de roubles, environ 400 000 euros, qu’elle ne possède évidemment pas. Parmi les lieutenants de M. Navalny, Lioubov Sobol, est la figure la plus en vue. Elle s’est fait remarquer pendant le mouvement de contestation de l’été 2019, contre les élections truquées à Moscou. Interdite de se présenter à un poste de députée de quartier, elle avait mené la contestation, enchaînant les arrestations et les amendes.

Ces millions qu’on lui réclame sont la suite de cette révolte d’août 2019 et de plaintes de plusieurs institutions de la ville. Le bureau du procureur exige d’être payé pour le surcroît de travail des agents de police, obligés de réprimer des manifestations parfois même le week-end ; le métro se plaint lui aussi d’un surplus de travail de ses employés ; une autre société de transport dénonce, à l’inverse, le manque à gagner provoqué par les troubles…

« Cela fait des années que je vis dans ce harcèlement, avec six ou sept arrestations rien que l’année dernière, mais là, il va falloir s’adapter encore, reconnaît la jeune responsable du Fonds contre la corruption, le navire amiral de l’équipe Navalny. Je n’ai rien à moi, donc ils peuvent venir chez moi saisir l’appartement familial, mes habits, l’ordinateur de ma fille… »

« Foutre ces gens à poil »

Le reste de la somme saisie par la banque de l’opposante est le reliquat d’une condamnation pour diffamation suite à une enquête sur la fourniture de nourriture avariée aux cantines scolaires de la capitale. Cette vidéo désignait une société de l’homme d’affaires Evgueni Prigojine, patron présumé des milices Wagner et des « usines à troll ». Depuis qu’Alexeï Navalny a été empoisonné, M. Prigojine a racheté personnellement cette dette pour, a-t-il expliqué, « foutre ces gens à poil ».

Lioubov Sobol accuse aussi Evgueni Prigojine d’avoir fait empoisonner son mari (sans conséquence grave) en pleine rue en 2016. Elle le compte également parmi les suspects potentiels de la tentative de meurtre sur M. Navalny, avec le FSB, les services de sécurité – ils seraient les seuls à disposer de tels poisons – mais pas sans le feu vert du Kremlin.

Le quotidien de Lioubov Sobol, ce sont justement ces vidéos, fouillées et rigoureuses, dénonçant la corruption des élites russes et le décalage entre leur mode de vie et leurs discours. Sur ce front-là aussi, c’est une journée presque ordinaire : dans l’après-midi sort la dernière vidéo réalisée par Alexeï Navalny, qui décrit la mainmise de la mafia de la construction sur la ville de Novossibirsk, dont elle contrôle la moitié des élus locaux.

Le soir, une autre équipe du Fonds contre la corruption est arrêtée, cette fois au Tatarstan. Attaquée par des inconnus sur une route, c’est elle qui a appelé la police. En vain ; le matériel de tournage et les téléphones sont saisis. La veille, un jeune sympathisant du mouvement, lui aussi une figure de la contestation de l’été 2019, avait été tabassé en bas de chez lui ; Egor Joukov venait d’expliquer dans une vidéo en ligne s’être fait renvoyer de son université pour des raisons politiques.

L’arme du « vote intelligent »

« Personnellement, je n’ai plus peur depuis longtemps, commente Lioubov Sobol. Je dois être un peu fanatique mais je ne peux pas vivre dans l’injustice. Je n’avais aucune illusion non plus sur le fait que l’on puisse chercher à tuer Alexeï. » Si l’opposante a bien sûr été choquée par l’annonce de son empoisonnement, déjà, elle est capable de citer ceux qui pourraient s’imposer en cas d’absence prolongée, y compris hors des rangs navalnistes : l’ancien maire de Iekaterinbourg Evgueni Roïzman, les libéraux Ilia Iachine, Vladimir Milov, Dmitri Goudkov…

Leonid Volkov, lui, refuse de se prêter au jeu. Ce lieutenant de toujours de l’avocat anticorruption n’y est « pas prêt ». Volkov est resté à Berlin, au côté de la famille de M. Navalny. Lui aussi a l’esprit coupé en deux, une moitié à l’hôpital, l’autre qui regarde vers la suite. « Même si dans la pratique, précise-t-il, on s’est habitué à travailler sans Navalny, avec des structures souples et variées. Alexeï a souvent été absent, en prison ou sans droit de communiquer. »

Volkov aussi est un habitué des arrestations, des condamnations pénales et des filatures illégales, y compris à l’étranger, assure-t-il. La structure qu’il supervise, ce sont les « Chtab Navalny », ces équipes dédiées au combat politique à Moscou et en province. Malgré d’innombrables tentatives et des milliers de militants, la structure n’a jamais eu le droit de s’enregistrer comme parti politique.

Dans le viseur, les élections locales du 13 septembre, qui se déroulent à différents niveaux dans environ un tiers des 85 régions russes. Dans certains rares cas, les candidats de Navalny ont pu se présenter en tant qu’indépendants. Mais partout, reste l’arme du « vote intelligent », la dernière trouvaille d’Alexeï Navalny : plutôt que de boycotter les suffrages où ils ne peuvent se présenter, ses partisans s’attachent à faire battre le candidat du parti au pouvoir, Russie unie, en soutenant une autre candidature bien placée. Ceux qui en profitent sont le plus souvent des communistes, concurrents électoraux du pouvoir mais loyaux sur l’essentiel.

« La colère monte dans les régions »

« C’est un outil qui a montré son efficacité, notamment à Moscou l’année dernière, et face à cela, le pouvoir est perdu, assure M. Volkov. Ces élections sont les dernières avant le scrutin législatif de 2021, et le Kremlin sent bien que la colère monte dans les régions. A nous de nous concentrer sur ce qu’on sait faire, sur ce qu’Alexeï sait faire de mieux : de la politique. »

Novossibirsk est la cible principale de l’équipe Navalny. Là, dans la troisième ville de Russie, 31 candidats sur 37 ont été autorisés à se présenter à des mandats de députés municipaux sous les couleurs d’une « Coalition » qui englobe des activistes indépendants et des représentants de formations libérales.

« Novossibirsk a toujours été une ville assez libre politiquement, explique Sergueï Boiko, le chef de file local du Chtab Navalny et de la Coalition. Moscou est loin et intervient peu. C’est plus facile d’y être candidat, et on falsifie moins les votes, en tout cas pas sous les yeux des observateurs. » Selon M. Boiko, le Kremlin est aussi prudent pour éviter une contagion du mouvement de Khabarovsk, où des dizaines de milliers de personnes manifestent depuis deux mois contre l’arrestation de leur gouverneur.

Pour autant, la campagne électorale est loin d’être paisible. Les stands de rue de la Coalition ont été attaqués et détruits à une dizaine de reprises, des candidats ont été menacés de poursuites judiciaires. Sergueï Boiko lui-même a déjà fait quatre séjours en prison, le plus long pendant un mois.

Le dernier candidat barré des listes l’a été, justement, ce lundi 31 août. Il apparaissait dans la vidéo diffusée le même jour par l’équipe de Navalny. Les deux hommes y décortiquent les schémas juteux mis en place par un baron local de la construction grâce à son mandat de député municipal. L’après-midi même, la candidature de Daniil Markelov, jusque-là valide, a été annulée après que des signatures de soutien ont subitement été déclarées irrégulières.

« Pour nous, l’empoisonnement de Navalny n’a pas changé grand-chose, nous avons toujours eu conscience des risques, souligne Sergueï Boiko. Dans l’opinion, dans la rue, cela attire peut-être l’attention sur nous, tout le monde comprend que c’est le Kremlin qui est derrière cela. Mais ce n’est pas le genre d’attention dont nous avons besoin. Alexeï est plus utile debout, à nos côtés pour nous soutenir. »

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3 septembre 2020

TREATS Magazine

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2 septembre 2020

Procès des attentats de « Charlie Hebdo » et de l’Hyper Cacher : Hayat Boumeddiene et les frères Belhoucine, les grands absents

Par Elise Vincent

L’épouse religieuse du terroriste Amedy Coulibaly, en cavale, et ses soutiens opérationnels, présumés morts, seront jugés en leur absence.

Parmi les quatorze personnes renvoyées devant la cour d’assises spéciale de Paris pour le procès des attentats de janvier 2015, trois devraient être jugées en leur absence et cruellement manquer à l’appel, mercredi 2 septembre, à l’ouverture des audiences.

Comme souvent dans les affaires de terrorisme, ce sont les petites mains qui se retrouvent devant la justice. Le dossier des attaques de Charlie Hebdo, de Montrouge, et de l’Hyper Cacher ne devrait pas échapper à la règle. D’autant que le sort d’un des commanditaires présumés des tueries, Peter Cherif, arrêté fin 2018, a été disjoint.

Les trois grands absents de ce procès historique sont ainsi deux hommes et une femme, tous présumés morts, disparus, ou en cavale dans la zone irako-syrienne. Hayat Boumeddiene, 32 ans, est la figure la plus connue de ce trio. Cette enfant de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), était l’épouse religieuse d’Amedy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher, mort lors de l’assaut des forces de l’ordre. Longtemps présumée morte, elle est réapparue il y a quelques mois sur les radars de la justice après qu’une djihadiste française de retour de Syrie a assuré l’avoir vue vivante dans un camp géré par les Kurdes.

Bien qu’elle se soit envolée pour la Syrie une semaine avant les attentats, la justice accuse Hayat Boumeddiene d’avoir été l’un des soutiens logistiques clé de son mari. Que ce soit en couvrant ses nombreux préparatifs – en prêtant par exemple sa ligne téléphonique – ou en montant, à son nom, des demandes de faux prêts à la consommation pour financer l’achat d’armes ou autres équipements. Plus rigoriste encore qu’Amedy Coulibaly, la jeune femme aujourd’hui en fuite, remariée et mère de plusieurs enfants, a eu, avant les tueries, un rôle moteur dans la radicalisation du couple.

« Ne vous inquiétez pas »

Les deux autres absents majeurs du procès seront les frères Belhoucine. A la différence d’Hayat Boumeddiene, tous les deux sont présumés morts. Depuis cinq ans, aucune preuve de vie n’a filtré à leur sujet.

Mohamed, l’aîné, 27 ans lors des faits, est celui qui est renvoyé avec la plus lourde charge : « complicité » dans l’attaque de l’Hyper Cacher. Cet ancien élève de l’Ecole des mines d’Albi est considéré comme ayant été à la fois le mentor religieux et le soutien opérationnel le plus décisif auprès d’Amedy Coulibaly. C’est à lui que des expertises graphologiques attribuent la rédaction du serment d’allégeance du djihadiste à l’organisation Etat islamique. C’est aussi lui qui aurait fourni l’aide informatique nécessaire aux échanges avec un donneur d’ordre, probablement situé à l’époque hors de France.

Mehdi Belhoucine, le cadet, sera pour sa part jugé en son absence en raison du rôle qu’il a eu dans l’exfiltration d’Hayat Boumeddiene vers la Turquie, puis la Syrie, début janvier 2015. C’est lui qui a notamment été chargé de jouer les compagnons de route auprès de la jeune femme depuis Madrid, où ils ont ensemble pris un vol pour la Turquie, le 2 janvier. Les caméras de vidéosurveillance des aéroports ont permis formellement de l’identifier. La veille, ce garçon de 23 ans était passé chez ses parents pour dire qu’il partait en Egypte « étudier la religion ». Son frère, Mohamed, a pris le même jour un vol pour la Turquie avec sa femme et son fils de 4 ans.

Après avoir fait de l’aide aux devoirs à la mairie d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) jusqu’en septembre 2014, tous les deux étaient sans emploi lors des attentats. Ils pratiquaient aussi de longue date un islam très rigoriste.

Mohamed aimait s’improviser professeur de morale islamique et assumait même ses sympathies djihadistes auprès de son entourage familial. En juillet 2014, il avait été condamné à deux ans de prison dont un ferme – effectué lors de sa détention provisoire – pour son rôle dans une filière d’acheminement de djihadistes vers la région afghano-pakistanaise. « Maman/Papa, ne vous inquiétez pas, on a rejoint le califat. Ne vous inquiétez pas, on préfère vivre dans un pays régi par la charia et pas les lois inventées par les hommes », a-t-il notamment écrit à ses parents après son départ.

Pièce manquante

Celui dont l’absence devrait se faire le plus sentir lors des audiences est Peter Cherif, 37 ans, commanditaire présumé de l’attaque contre Charlie Hebdo. Ce proche des frères Kouachi – auteurs de la tuerie contre l’hebdomadaire satirique – est un vétéran du djihad, et un ex-cadre d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) au nom duquel les Kouachi ont revendiqué leur attaque. Il a été interpellé fin 2018 à Djibouti, puis extradé après plusieurs années de cavale et incarcéré en France. Mais, à cette date, l’enquête principale sur les attentats de janvier 2015 était close. Un nouveau volet des investigations a donc été ouvert.

Peter Cherif est, depuis le début, la pièce manquante du dossier des attentats de janvier 2015. C’est lui qui est soupçonné d’avoir facilité, à l’été 2011, à l’occasion d’un périple au sultanat d’Oman, pays voisin du Yémen, base arrière de l’organisation terroriste, l’intégration de Chérif Kouachi dans les rangs d’AQPA. Or, c’est lors de ce voyage que, soupçonne la justice, Chérif Kouachi a pu être formé au maniement des armes et a pu recevoir pour mission de s’en prendre à Charlie Hebdo.

Elise Vincent

Dates-clés des attentats de janvier 2015

7 janvier 2015. Les frères Chérif et Saïd Kouachi attaquent la rédaction de Charlie Hebdo en fin de matinée. Parmi les morts, huit font partie de la rédaction : Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Mustapha Ourrad et Elsa Cayat. Les autres victimes sont : Frédéric Boisseau (agent d’entretien de l’immeuble), Michel Renaud (ancien directeur de cabinet du maire de Clermont-Ferrand, invité par la rédaction ce jour-là), Franck Brinsolaro ( un des deux policiers qui assurait la sécurité de Charb) et Ahmed Merabet ( un gardien de la paix assassiné dans la rue).

8 janvier 2015. Un homme déclenche une fusillade à Montrouge (Hauts-de-Seine) et tue Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale. La police identifiera le lendemain Amedy Coulibaly comme l’auteur de cette fusillade.

9 janvier 2015. Amedy Coulibaly prend en otage, vers 13 heures, une vingtaine de clients d’un supermarché cacher, l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes (Paris 20e). Il tue quatre personnes : un employé, Yohan Cohen, et trois clients, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab. Il est abattu par les policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) vers 17 heures. Chérif et Saïd Kouachi sont tués par les militaires du GIGN devant l’imprimerie CTD de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, dans laquelle ils s’étaient réfugiés, à 16 h 50.

2 septembre 2020

DEDALE à Vannes - vu aujourd'hui

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2 septembre 2020

La Mostra de Venise brave la pandémie

Par Philippe Ridet, Jérôme Gautheret, Rome, correspondant Le Monde

Le festival de cinéma italien a maintenu son édition, qui se déroule du 2 au 12 septembre. C’est le premier grand festival international qui a lieu en présence d’un public depuis l’épidémie due au Covid-19.

Un mur blanc haut de deux mètres masque sur toute sa longueur le tapis rouge qu’empruntent habituellement les stars le long du Palazzo del Cinema, cœur battant de la Mostra de Venise qui, malgré la pandémie, aura lieu du 2 au 12 septembre.

Le plus vieux festival du monde résiste. Venise tient l’affiche et entend bien le montrer, fût-ce au prix de quelques entorses au glamour (lunettes noires, décolletés profonds, hors-bord d’acajou fendant les eaux de la lagune) qui jusqu’ici avait été sa marque. Aujourd’hui, la Mostra a trouvé un nouveau slogan : « Moins de paillettes et plus de courage. »

Ce mur blanc est à lui seul le symbole de la dualité de cette édition 2020, placée sous le signe de la prudence sanitaire et de la renaissance du cinéma, agonisant depuis le début de la pandémie. Après un printemps et un été marqués par des tournages arrêtés, des cinémas fermés, une fréquentation catastrophique, les organisateurs se sentent, à raison, à l’avant-garde de la reconquête.

Malgré l’épidémie, les sites d’information et les télévisions du monde entier pourront témoigner de cette résurrection en diffusant les images de vedettes sur le « red carpet ». Le festival est sauvé puisqu’il se projette… Le public, lui, n’en verra rien, séparé de l’objet de son désir par ce sinistre mur blanc. Objectif de ce dispositif ? Eviter les attroupements et la formation de foyers d’infection.

Un « symbole de redémarrage »

Les visiteurs les plus enthousiastes auront tout de même le droit de voir, sur un écran géant installé à proximité, les images du tapis rouge, équivalent de la montée des marches cannoise. Mais pour ne pas provoquer d’attroupement, elles seront diffusées en différé… Toutefois les stars ne seront pas nombreuses sur la lagune.

ROBERTO CICUTTO, LE PRÉSIDENT DE LA BIENNALE DE VENISE : « LA MOSTRA MET TOUT EN ŒUVRE POUR ASSURER 50 % DE LA SÉCURITÉ ; L’AUTRE MOITIÉ, C’EST AU PUBLIC DE LA FOURNIR EN RESPECTANT LES PROTOCOLES ET LES RÈGLES ANTI-COVID-19 »

L’actrice britannique Tilda Swinton devrait faire le déplacement pour recevoir un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière. Cate Blanchett et Matt Dillon, respectivement présidente et membre du jury (où figurent également Ludivine Sagnier et Christian Petzold), devraient accaparer les objectifs des paparazzis. Les plus mordus pourront également se rendre dans les quelques cinémas de la Péninsule qui diffuseront les images de l’inauguration à laquelle participeront six autres directeurs de festivals (Berlin, Cannes, Locarno, etc.), venus témoigner de leur solidarité en faisant le voyage jusqu’à la lagune.

« La Mostra 2020 est un symbole de redémarrage, explique Roberto Cicutto, le président de la Biennale de Venise, dont la Mostra est l’une des facettes. Ce n’est pas seulement le premier grand festival international qui a lieu en présence d’un public, mais c’est aussi un laboratoire de vivre-ensemble dans la situation sanitaire en cours. La Mostra met tout en œuvre pour assurer 50 % de la sécurité ; l’autre moitié, c’est au public de la fournir en respectant les protocoles et les règles anti-Covid-19. »

Celles-ci sont drastiques. Ainsi, l’accès à la zone du festival sur l’île du Lido sera autorisé par sept voies, toutes équipées de caméras thermiques pour contrôler la température des festivaliers. Passé 37,5º C, il faudra rebrousser chemin et envisager sérieusement une quatorzaine. Ceux-là peuvent s’estimer privilégiés : les ressortissants des pays n’appartenant pas à l’espace Shengen devront, eux, présenter un test PCR négatif et en subir un autre à leur arrivée. Bien sûr, le port du masque sera obligatoire au cours des projections, lesquelles ont été multipliées alors que la capacité des salles a été fortement réduite pour permettre la distanciation physique.

La part belle aux films italiens

La Mostra aura donc bien lieu, fût-ce dans des conditions acrobatiques, dont témoigne le choix des dix-huit films en compétition officielle. Les blockbusters américains, qui trouvaient à Venise un accueil toujours bienveillant, y compris lorsqu’ils étaient produits et diffusés par des plates-formes sans passer par les salles, sont absents.

CONSÉQUENCE DE LA PANDÉMIE OU VÉRITABLE OPTION ÉDITORIALE : HUIT RÉALISATRICES, DONT LA FRANÇAISE NICOLE GARCIA, PARTICIPENT À LA COURSE AU LION D’OR

L’édition 2020 fait la part belle aux films italiens, à l’image de Lacci de Daniele Luchetti qui ouvrira, hors compétition, le festival. Quatre longs-métrages transalpins sont programmés. Toutefois, Nanni Moretti et son Tre Piani a préféré retenter sa chance à Cannes en 2021 plutôt que de griller une cartouche sur la lagune… Conséquence de la pandémie ou véritable option éditoriale : huit réalisatrices, dont la Française Nicole Garcia avec le très réussi Amants (projeté le 3 septembre), participent à la course au Lion d’or.

Pour la Cité des Doges, la tenue de cette Mostra est un signal d’espoir. Le premier depuis l’arrêt précipité du carnaval, en février, puis le report de la Biennale d’architecture, et la fête du Redentore, point culminant de l’été vénitien.

Aussi, l’ouverture de la Mostra, même a minima, marque-t-elle pour Venise une esquisse de redémarrage, alors que l’activité touristique, vitale pour la ville, repart doucement et que la plupart des hôtels de luxe ont rouvert en ordre dispersé, malgré la disparition des clientèles américaine et asiatique.

Cette situation artistique, économique et sanitaire a fait dire à Alberto Barbera, le directeur du festival : « Pouvait-on ne pas faire la Mostra ? Oui. Devait-on éviter de la faire ? Peut-être. Mais pour nous, la bonne réponse est : on ne pouvait pas ne pas la faire. »

Fatalisme ? Prise de risque inconsidérée ? Venise en a vu d’autres. Projeté lors d’une cérémonie rituelle de pré-ouverture mardi 1er septembre, le documentaire Molecole d’Andrea Segre explore la lagune au temps du Covid-19, alors que Lasciami andare, de Stefano Mordini, qui sera présenté en clôture du festival, se déroule pendant la spectaculaire acqua alta (inondation) de 2019. Parfait symbole d’un festival entre deux eaux, entre deux maux.

2 septembre 2020

Photo prise dans un magasin à Quiberon

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