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Jours tranquilles à Paris

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2 septembre 2020

A Hongkong, l’art à l’état purge

Par Anne-Sophie Labadie, Correspondante à Hongkong 

La nouvelle loi imposée par Pékin fait craindre une censure et une autocensure généralisées, et affecte les relations commerciales internationales spéciales qui ont favorisé le succès de l’archipel comme carrefour mondial de l’art.

«Il y a deux mois, nous étions à Hongkong, nous sommes aujourd’hui en Chine, la différence est assez considérable», résume l’artiste français Maurice Benayoun, basé dans l’archipel. La loi sur la sécurité nationale a balayé la liberté d’expression exceptionnelle dont bénéficiait l’ex-colonie britannique revenue dans le giron chinois en 1997. Censée ne viser officiellement qu’une poignée d’«émeutiers», le texte criminalisant la sécession ébranle en réalité tout l’espace créatif de la région administrative spéciale ainsi que sa stature de plaque tournante de l’art en Asie.

«Jusqu’à présent le contrôle était plus ou moins furtif», explique Maurice Benayoun. Les artistes pouvaient être exposés librement sans être soumis à la censure comme sur le continent. «Maintenant, ce contrôle est institutionnalisé et on se trouve dans la même situation qu’en Chine continentale. C’est un énorme changement : les artistes à Hongkong ne sont pas habitués, c’est un peu comme si on demandait à des oiseaux de nager. Jusqu’à présent, nous gardons des réflexes de liberté d’expression qui ne s’appliquent plus avec cette loi aux contours suffisamment flous pour être source de multiples interprétations», explique celui qui est aussi professeur à la School of Creative Media de la City University de Hongkong.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, le 30 juin, il n’y a pas eu d’autodafé dans les rues mais les implications du texte se révèlent au fil de l’eau, des arrestations et des livres expurgés de leurs contenus dans les écoles et bibliothèques. «C’est très inquiétant et la situation est encore très confuse», confie la peintre Cheng Yin-ngan. «J’essaie de naviguer dans la nouvelle réalité où nous ne savons pas si nous devons subitement utiliser un autre langage pour aborder les sujets politiques, comme le font les artistes sur le continent, ou s’il faut éliminer tout sujet politique ou perçu comme une opposition à Pékin», explique l’artiste de 25 ans. Le performeur contestataire Kacey Wong prédit quant à lui que «tout le milieu va sombrer plus encore dans l’autocensure», déjà rampante dans les institutions et l’espace public, et plus diffuse encore depuis la contestation anti-régime qui a débuté en 2019.

Plus-values

Les institutions vont-elles faire le ménage dans leurs collections ? L’ambitieux musée M+ dédié à la culture visuelle des XXe et XXIe siècles et qui doit ouvrir l’an prochain, évoquant l’autonomie et l’indépendance de ses curateurs, se dit «convaincu de continuer à maintenir le plus haut niveau d’intégrité professionnelle» et estime qu’«une ville ne peut être un pôle artistique mondial que si elle offre un environnement accueillant pour l’art qui reflète un large éventail de perspectives et de points de vue». Le musée, à qui le collectionneur suisse Uli Sigg a fait don de plus de 1 400 œuvres - avec la garantie que les artistes contestataires comme Ai WeiWei puissent y être exposés -, assure qu’il lui appartient «de s’assurer que [ses] collections et expositions seront présentées correctement, de façon à stimuler la discussion, le débat et l’apprentissage».

La loi nourrit aussi des inquiétudes concernant le rayonnement économique du port franc. Si Hongkong s’est taillé la part du lion dans le dynamique marché de l’art asiatique, attirant les galeries de renommée internationale telles que Gagosian ou White Cube et les maisons d’enchères Sotheby’s et Christie’s, c’est entre autres parce qu’elle offre aux collectionneurs et investisseurs des politiques fiscales, douanières et d’exportation plus souples et avantageuses, sans impôt sur la fortune, les cadeaux ou les plus-values, alors qu’en Chine continentale les importations d’œuvres d’art sont taxées à 34 %.

Or, l’administration Trump a annoncé mi-juillet la fin du régime économique et commercial préférentiel accordé par les Etats-Unis au territoire qu’elle ne considère plus semi-autonome du fait de la nouvelle législation. De quoi affecter la renaissance culturelle de Hongkong incarnée par le nouveau quartier dédié de West Kowloon et le musée-centre commercial géant K11, voisin du mécène Adrian Cheng, ou la pépinière de galeries à Aberdeen.

Sanctions

Sur le plan fiscal, rien n’a changé et aucun droit douanier ne devrait être appliqué aux Etats-Unis sur les œuvres d’art d’origine hongkongaise, contrairement aux œuvres de Chine continentale, selon l’entreprise de logistique Integrated Fine Arts Solutions. Mais le bras de fer entre Pékin et Washington pourrait rebuter les collectionneurs de même qu’il hypothèque l’avenir de l’industrie du luxe déjà affaiblie par la pandémie et les manifestations. Quatre entreprises américaines sur dix songent déjà à quitter Hongkong pour éviter les sanctions, selon la Chambre de commerce américaine. «Nous croyons fermement que Hongkong à long terme est le meilleur endroit pour notre foire», assure toutefois Adeline Ooi, directrice Asie d’Art Basel, la foire d’art contemporain implantée depuis 2013 dans l’archipel, où de nombreux membres de son équipe sont basés.

«Hongkong est un hub international avec des liens étroits avec de nombreux autres pays en dehors des Etats-Unis», relève pour sa part Fabio Rossi, de la galerie Rossi & Rossi et coprésident de la Hong Kong Art Gallery Association, et l’expérience montre «que lorsque qu’un marché est moins actif, un autre intervient». Jonathan Crockett, de la maison d’enchères Phillips, affiche le même optimisme : «Les Chinois continuent de lever des fonds à Hongkong. Or, quand la situation du centre financier est bonne, celle du marché de l’art l’est aussi et il sera plus florissant encore avec l’ouverture de M+.» En cultivant la subtilité et une certaine dose d’ambiguïté, les galeries vont continuer d’œuvrer entre les lignes, estime aussi Maurice Benayoun. Selon lui, «c’est le grand avantage de l’art, nous gardons une liberté dans la pratique qui va au-delà des régulations et qui joue avec les règles et les cadres».

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2 septembre 2020

Audrey Hepburn

audrey hepburn

2 septembre 2020

Nécrologie - Cambodge : Douch, ancien tortionnaire khmer rouge, est mort

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Par Adrien Le Gal

Kaing Guek Eav s’est éteint mardi à 77 ans. Ex-responsable de la prison S21, où des milliers de personnes ont été tuées, il avait été condamné pour « crimes contre l’humanité, torture et meurtres » en 2010.

Devant ses juges, un jour d’avril 2009, Kaing Guek Eav, alias « Douch », avait récité ces vers d’Alfred de Vigny, dans un français à peine compréhensible : « Gémir, pleurer, prier, est également lâche ; fais énergiquement ta longue et lourde tâche ; dans la voie où le sort a voulu t’appeler ; puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. » Quelques secondes de vérité pour résumer une vie d’obéissance, de stoïcisme et de tristesse. L’ex-dirigeant de la prison de S21, au Cambodge, incarnation morbide de la folie meurtrière des Khmers rouges (1975-1979), est mort « à l’hôpital » mardi 1er septembre, dans son pays, a annoncé un porte-parole du tribunal cambodgien. Il avait 77 ans.

Kaing Guek Eav était né le 17 novembre 1942, dans le village de Poevveuy, dans une famille de paysans d’origine chinoise, pauvres et endettés. Discipliné, il éprouve un grand respect pour ses instituteurs – ce qui ne l’empêchera pas, plus tard, d’en envoyer plusieurs à la mort, après les avoir fait torturer. Il entre au lycée Sisowath de Phnom Penh, où il passe le baccalauréat, puis devient professeur de mathématiques dans le collège de Skoun, à 75 kilomètres de la capitale.

En 1968, il rejoint le Parti communiste clandestin, après l’arrestation de trois de ses étudiants. Lui-même est emprisonné pendant deux ans. A sa libération, il gagne le maquis, où il est accueilli à bras ouverts par les Khmers rouges – une poignée de révolutionnaires se réclamant du marxisme dont le monde ignore encore tout.

Cette « révolution de la forêt » est implacable. Elle entend libérer le pays de la dictature de Lon Nol, allié des Américains pendant la guerre du Vietnam. Elle prétend aussi accoucher d’un homme nouveau, pur, libre des influences occidentales, à l’abri de la corruption des villes. Elle compte, surtout, beaucoup d’ennemis : Saloth Sar, alias Pol Pot ou « frère numéro un », voit des espions et des contre-révolutionnaires partout. Aussi, dans les zones qu’ils contrôlent, les Khmers rouges arrêtent, interrogent et exécutent quiconque pourrait s’opposer à eux. En 1971, Douch, serviteur zélé de la cause communiste, est chargé de diriger le « bureau 13 » (M13), un centre de prisonniers situé à Amleang, dans la province de Kompong Speu.

Techniques perverses

Dans ce camp, au cœur de la jungle, se dessinent les prémisses de l’horreur khmère rouge. Des confessions grotesques sont extorquées sous la torture, à laquelle Douch participe parfois en personne.

Cet homme mince, aux dents déchaussées et au regard perçant, fait régner la terreur. Pas un jour ne s’écoule sans que des détenus soient exécutés, après avoir signé leurs aveux. « A te supprimer, nulle perte ; à te garder en vie, nul profit », dit un slogan khmer rouge.

Douch, pourtant, sait aussi se montrer affable, voire mielleux. Ainsi, lorsque François Bizot, un membre de l’Ecole française d’Extrême-Orient, est fait prisonnier, il s’assure qu’il ne manque de rien. Et, dans ce cas précis, tente méticuleusement d’établir si le jeune ethnologue est, ou non, un espion. En discutant avec le Français, Douch se livre, justifie d’avance le déluge de sang qui est sur le point d’engloutir le pays. « Peu importe l’ampleur du sacrifice, ce qui compte, c’est la grandeur du but que l’on s’assigne », lance-t-il un jour à François Bizot, qui retranscrira ces mots dans son récit Le Portail (La Table ronde, 2000).

Après trois mois d’interrogatoires, usant de toutes les techniques perverses de manipulation mentale, Douch le libère, semblant convaincu de son innocence – ou mû par une étrange volonté de laisser un témoin vivant. Ou tout simplement, comme il l’affirmera plus tard, parce qu’il en a reçu l’ordre de Pol Pot.

Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh, qu’ils vident de ses habitants. Leur priorité est de se débarrasser des « ennemis de la révolution », des espions à la solde des Etats-Unis, de l’URSS et, surtout, du Vietnam – un allié théorique, mais avec qui un conflit se prépare. Le modèle de M13 est répliqué à l’échelle du pays : une vaste toile d’araignée de prisons, de camps de rééducation, de sites d’exécution et de charniers. A leur sommet, le « centre de sécurité 21 », abrégé en S21, est installé en janvier 1976 dans un ancien lycée de Phnom Penh : Tuol Sleng.

Douch est d’abord nommé vice-président chargé du groupe d’interrogateurs, puis, en mars 1976, devient le seul responsable du camp. Il s’entoure de ses anciens subordonnés de M13, en qui il a toute confiance, et recrute comme gardiens des adolescents, car ils sont selon lui « comme une feuille blanche », facilement endoctrinables.

A leur arrivée, les détenus sont photographiés, puis interrogés. Trois méthodes sont distinguées : la méthode « froide » – persuader le détenu de coopérer, au moyen de la propagande ; la méthode « chaude » – insultes et tortures ; et enfin la « mastication » – établissement d’un lien de confiance, puis tortures si le détenu refuse d’avouer ce qui lui est reproché. Dans les faits, presque tous les prisonniers subissent la méthode « chaude » : électricité, suffocation, ongles arrachés, coups. Une fois les aveux signés, le « réseau » de « complices » mis au jour, les détenus sont envoyés à Choeung Ek, un centre d’exécution en périphérie de la capitale, où ils sont froidement abattus.

« Ecraser » tous les détenus

La machine de mort khmère rouge, comme l’a appelée le cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh dans un de ses films, est aussi une machine bureaucratique. Les confessions annotées de la main de Douch, les photographies, les règlements destinés aux détenus et aux employés sont autant de témoignages de l’horreur du système.

Des paysans s’accusent d’être à la fois des espions du KGB et de la CIA – des organisations dont ils n’ont, de toute évidence, jamais entendu parler auparavant. Une femme « reconnaît » avoir déféqué sur les légumes d’un potager sur ordre des services secrets américains.

Douch croyait-il un mot de ces confessions aberrantes ? Etait-il autre chose qu’un exécutant zélé ? A son procès, des témoins ont rapporté des actes de cruauté gratuite. Un jour, dans la salle occupée par les artistes – une poignée de peintres et de sculpteurs employés à réaliser des œuvres de propagande –, il ordonne ainsi à deux prisonniers de se battre entre eux, à coups de tuyau en caoutchouc. Un autre jour, une détenue vietnamienne arrive à S21 avec un bébé dans ses bras ; celui-ci est jeté du dernier étage du bâtiment.

Alors que le pays est en difficulté face au Vietnam, la paranoïa s’empare des hauts responsables khmers rouges. Les purges s’enchaînent, les arrestations se multiplient. Plus de 12 000 personnes – peut-être 15 000, voire 18 000 – sont exécutées à S21.

En janvier 1979, le régime s’effondre et Douch reçoit l’ordre d’« écraser » tous les détenus. Les quatre derniers sont attachés à des lits et achevés à coups de baïonnette. Le 7 janvier, l’armée vietnamienne entre dans Phnom Penh et découvre le bâtiment du lycée, fraîchement abandonné. Les cadavres sont là, ainsi que des milliers de documents, éparpillés au sol, mais intacts. Douch, curieusement, n’a pas cherché à détruire les preuves.

Il prend la fuite avec les Khmers rouges, redevenus des maquisards. En 1986, il est exfiltré en Chine – un pays qui soutient la guérilla –, et il revient au Cambodge en 1989. Les Khmers rouges lui confient des fonctions administratives dans les villes qu’ils contrôlent encore.

Le mouvement s’étiole, et Douch perd peu à peu le contact avec ses hauts dirigeants. En 1995, pourtant, il est victime d’un mystérieux cambriolage, au cours duquel sa femme est assassinée. Douch y voit la main de Pol Pot, qui aurait tenté de se débarrasser d’un témoin gênant.

Trous de mémoire opportuns

Après la mort de son épouse, Douch se tourne vers Dieu. Il fréquente une des Eglises évangéliques qui pullulent dans ce pays en reconstruction, y fait baptiser ses enfants. Il s’engage aussi dans une ONG américaine qui vient en aide aux personnes déplacées.

S’est-il converti au christianisme, la religion du pardon, pour échapper à un karma bouddhique décidément trop lourd à porter ? Ou a-t-il, par pragmatisme, choisi la religion des étrangers qui lui fournissaient un emploi ? Il semble, en tout cas, décidé à regarder son passé en face.

En mars 1999, un photographe irlandais, Nic Dunlop, qui a une photo de lui dans son portefeuille, le reconnaît et se confronte à lui. Il commence par nier, mais ne prend pas la fuite. Le reporter revient à la charge. Le 22 avril, Douch admet être le tortionnaire de S21. Quelques semaines plus tard, il est arrêté et emprisonné.

Depuis sa cellule, Douch présente ses excuses et endosse la totale responsabilité des crimes commis sous son autorité, tout en affirmant n’avoir fait qu’obéir aux ordres.

En 2009 s’ouvre son procès, devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, un tribunal mixte parrainé par les Nations unies. Mais si l’accusé fournit de nombreux détails sur l’organisation de S21, il manie aussi les silences, les trous de mémoire opportuns et les ambiguïtés.

Il laisse d’ailleurs se développer deux stratégies de défense contradictoires. Tandis que son avocat français tente d’obtenir une peine allégée en échange d’une reconnaissance de culpabilité, son avocat cambodgien s’entête à exiger sa libération. Au dernier jour de son procès, et contre toute attente, il donne raison au second. Ce coup de théâtre jette irrémédiablement le doute sur la sincérité de son repentir.

En 2010, il est condamné pour « crimes contre l’humanité, torture et meurtres » à trente-cinq années de prison. Sa peine est aggravée à la perpétuité en appel deux ans plus tard. Avec sa mort se tourne une page de l’histoire khmère rouge. Celle d’un homme qui, en dépit de sa contrition affichée, n’a pas livré toutes ses vérités.

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Dates

17 novembre 1942 Naissance à Poevveuy

1971 Responsable du camp khmer rouge M13

1976 Directeur de S21

1999 Reconnu et arrêté

2012 Condamné à la perpétuité

1er septembre 2020 Mort à 77 ans

2 septembre 2020

Autoportraits

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2 septembre 2020

« En acceptant que le procès des attentats de janvier 2015 soit filmé, le ministère public en souligne la dimension historique »

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Par Antoine Flandrin

En acceptant que les audiences du procès des attentats de janvier 2015 soient intégralement captées en tant qu’archives audiovisuelles de la justice, le ministère public en souligne la dimension historique, estiment l’historien Christian Delage et l’archiviste Martine Sin Blima-Barru dans un entretien au « Monde ».

Alors que le procès des quatorze personnes soupçonnées d’avoir apporté leur soutien logistique aux auteurs des attaques contre Charlie Hebdo, à Montrouge (Hauts-de-Seine) et à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes s’ouvre mercredi 2 septembre, le ministère de la justice a décidé que, pour la première fois dans les affaires de terrorisme, les audiences en seront intégralement filmées.

Regards croisés de deux spécialistes du filmage des procès : l’historien Christian Delage, directeur de l’Institut d’histoire du temps présent (CNRS-Paris-VIII), et Martine Sin Blima-Barru, responsable du département de l’archivage électronique et des archives audiovisuelles aux Archives nationales. Tous deux sont commissaires de l’exposition intitulée « Filmer les procès, un enjeu social », présentée aux Archives nationales, à Paris, à partir du 18 octobre.

Quels sont les enjeux du filmage du procès des attentats contre « Charlie Hebdo » et l’Hyper Cacher ?

Martine Sin Blima-Barru : Pour la première fois, des caméras filmeront un procès pour terrorisme en France. Cinq caméras suivront les audiences, qui se tiendront jusqu’au 10 novembre au tribunal judiciaire de Paris, porte de Clichy. Quatorze personnes (dont trois sont toujours recherchées) sont jugées pour leur soutien logistique aux auteurs des attaques qui avaient fait dix-sept morts en janvier 2015 [à Charlie Hebdo le 7 janvier, à Montrouge (Hauts-de-Seine) contre la policière municipale Clarissa Jean-Philippe le 8, et à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes le 9].

En acceptant que les audiences soient intégralement filmées en tant qu’archives audiovisuelles de la justice, le ministère public en souligne la dimension historique. Une fois le procès terminé, celles-ci seront immédiatement versées aux Archives nationales et seront librement consultables, dès que la décision sera devenue définitive, selon les termes du code du patrimoine, qui en règle les modalités d’enregistrement, la communication et la diffusion.

Quelles sont vos préconisations pour le filmage de ce procès ?

Christian Delage : En France, la règle courante veut que la prise de vues suive le droit fil de la parole, autrement dit que seule la personne dont le président du tribunal a ouvert le micro soit à l’image. Pour l’instance judiciaire, cette disposition vise à limiter l’autonomie du réalisateur, par crainte qu’il ne soit pas « objectif » dans le rendu de l’audience.

Notre point de vue, celui d’un historien et d’une archiviste, est qu’il faut s’assurer que les archives audiovisuelles soient les plus fidèles et complètes. A cette fin, il nous semble que le tournage doit saisir simultanément les individus et leur coprésence, donc la personne qui est autorisée à parler mais aussi celle à qui elle s’adresse (champ-contrechamp). En effet, dans les débats, le langage du corps soutient les échanges et il convient de le saisir par l’image. Cette recommandation que nous avons formulée devrait être mise en pratique à l’occasion de ce procès. Cette avancée importante pourrait faire jurisprudence.

Les images de ce procès ne seront pas diffusées par les médias pendant ni après le procès. Pourquoi ?

M.S.B.-B. : Jusqu’à la première moitié du XXe siècle, les journalistes pouvaient accéder aux prétoires et étaient autorisés à enregistrer, photographier ou filmer les débats.

La loi du 29 décembre 1954 modifie celle du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse en introduisant un article qui interdit de photographier, filmer ou enregistrer des audiences. On considère alors que la présence des caméras trouble la sérénité des débats et met en péril la sécurité des parties. Il existe également une méfiance envers les journalistes, dont on pense qu’ils pourraient introduire un biais et orienter l’opinion publique.

C.D. : La justice internationale fonctionne différemment. Depuis 1994, tous les procès sont filmés et retransmis en léger différé – environ trente minutes. Cela a été le cas pour le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dont les images ont été diffusées sur son site Web. Aux Etats-Unis, si la Cour suprême interdit l’entrée des caméras dans son enceinte, chaque Etat est libre de décider de ce qu’il fait. C’est ainsi qu’en Californie les procès des policiers qui avaient battu Rodney King (1992-1993) ont été filmés par Court TV, et le procès d’O. J. Simpson (1995) diffusé en direct sur CNN et Court TV.

Le premier jour du procès de Klaus Barbie (1987) avait pourtant été filmé et retransmis en direct à la télévision française…

M.S.B.-B. : Le retentissement et l’émotion qu’avaient engendrés l’arrestation de l’ancien tortionnaire nazi et l’annonce de son procès pour crime contre l’humanité devant la cour d’assises du Rhône étaient tels que le ministre de la justice, Robert Badinter, avait décidé d’aménager la loi de 1954 interdisant tout enregistrement sonore ou audiovisuel. C’est ainsi que la loi du 11 juillet 1985 autorise le filmage à condition que le procès « présente un intérêt pour la constitution d’archives historiques de la justice ».

Le cadre réglementaire de cette loi est très strict : l’enregistrement vidéo se fait à partir de points fixes dans la salle d’audience et doit suivre le droit fil de la parole. L’initiative du filmage revient au président du tribunal. En cas d’incident, il peut interrompre l’enregistrement. Cependant, les caméras des journalistes ont été admises dans le prétoire lors du premier jour du procès, une exception qui ne se reproduira plus lors de l’enregistrement des treize autres procès qui ont bénéficié de ce dispositif.

C.D. : Ce premier jour n’est cependant pas le plus intéressant, étant donné les contraintes de la procédure. Dès le lendemain, les seules images disponibles sont celles, prises sur les marches du palais, de certains des protagonistes du procès, comme les avocats. L’interdiction de diffuser en direct les images des audiences conduit ainsi à une médiatisation tronquée, ce qui pourrait ouvrir une réflexion sur cette question. Pourquoi ce qui est pratique courante pour la justice internationale ne l’est-il pas à l’échelle nationale ? Surtout si l’on considère que certains procès ont une visée sociétale et éventuellement réparatrice.

« DERRIÈRE L’OBLIGATION DE SUIVRE LE DROIT FIL DE LA PAROLE, IL Y A L’IDÉE QUE LES ARCHIVES NE DOIVENT PAS ÊTRE CONDITIONNÉES PAR LE REGARD DE CELUI QUI FILME »

Pourquoi aussi peu de liberté est-elle donnée aux réalisateurs qui filment les procès ?

M.S.B.-B. : Se voulant impartiale, la justice suppose une objectivité de l’enregistrement du procès. Derrière l’obligation de suivre le droit fil de la parole, il y a l’idée que les archives ne doivent pas être conditionnées par le regard de celui qui filme. Il s’agit de rendre celui qui visionne les archives libre de les interpréter à sa guise et de faire sa propre opinion. C’est oublier que regarder les archives dans ces conditions empêche de voir comment l’autre partie au procès réagit.

C.D. : Certains réalisateurs chargés de l’enregistrement des archives audiovisuelles de la justice ont réussi à négocier avec le président du tribunal de meilleures conditions de filmage. C’est le cas de Guy Saguez lors du procès de l’ancien milicien Paul Touvier (1994) : il obtient de remonter le siège de l’accusé, de changer le micro, d’ajouter un éclairage…

On est loin des libertés octroyées au célèbre cinéaste John Ford lors du filmage du procès de Nuremberg, où sont jugés les grands dignitaires nazis en 1945…

C.D. : Il faut garder en tête le contexte d’urgence. Dès le 12 juin 1945, John Ford reçoit un ordre de mission pour « préparer le filmage du procès international, un film documentaire, après le procès, concernant l’ensemble des débats, et filmer les interrogatoires de certains dignitaires nazis, sous l’autorité du juge ».

Les cameramen américains, officiellement désignés pour filmer les audiences, ont cependant des moyens techniques très limités. Ils sont obligés de passer en direct d’un plan large à un plan rapproché en actionnant une tourelle rotative de trois objectifs. De temps en temps, ils effectuent un plan panoramique allant, par exemple, de la table des juges vers celle des prévenus, en passant par la barre des témoins. L’usage de caméras 35 mm n’autorise que de courts moments de filmage sans interruption. En tout, ils filment une trentaine d’heures. C’est très peu pour un procès qui dure dix mois, mais suffisant cependant pour constituer une archive précieuse.

« LE PROCÈS LE MIEUX FILMÉ DE TOUS CEUX QUI ONT FAIT L’OBJET D’UNE CAPTATION AUDIOVISUELLE EST, SANS CONTESTE, CELUI D’ADOLF EICHMANN À JÉRUSALEM, EN 1961 »

Quelles ont été les évolutions notables après Nuremberg ?

C.D. : Le procès le mieux filmé de tous ceux qui ont fait l’objet d’une captation audiovisuelle de 1945 à nos jours est, sans conteste, celui d’Adolf Eichmann à Jérusalem, en 1961. Le réalisateur Leo T. Hurwitz, grâce à son expérience dans les films documentaires pendant la Grande Dépression et la guerre, mais aussi à son travail à la télévision chez CBS, maîtrise le filmage en vidéo [alors rarissime, l’invention du magnétoscope datant de 1956]. Disposant de plusieurs caméras pour saisir dans tous ses détails le déroulement du procès, sa réflexion sur l’acte du montage lui permet de réaliser, en direct, un mélange de vues rendant très dynamique et très fidèle le quotidien des débats.

Depuis la loi Badinter et le filmage partiel du procès Barbie, treize autres procès ont été filmés en France…

M.S.B.-B. : Le visionnage des archives filmées de chacun de ces procès, consultables aux Archives nationales, permet de découvrir des détails imperceptibles sur une transcription. Lors du procès Barbie (1987), on a affaire à un accusé silencieux et méprisant. Dans le procès Touvier (1994), l’accusé, par ses bafouillements, donne à voir un personnage falot qui répond tel un enfant pris en faute. En 1997-1998, Maurice Papon [ancien préfet et ancien ministre accusé d’avoir contribué à la déportation de 1 690 juifs entre 1942 et 1944, lorsqu’il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde] se montre d’abord éloquent et offensif, avant d’apparaître, à la suite d’une attaque, physiquement et moralement affaibli, mais cependant répondant sur tout.

La place qu’occupe l’accusé n’est jamais la même dans des procès comme celui du sang contaminé (1992-1993), du négationniste Robert Faurisson contre Robert Badinter (2007), de la catastrophe AZF à Toulouse (2009 et 2017), de Pascal Simbikangwa (2014 et 2016), Tito Barahira et Octavien Ngenzi (2016 et 2018), jugés pour crime contre l’humanité et génocide des Tutsi au Rwanda.

Et puis, il y a le cas où il n’y a pas d’accusés : celui, en 2010, sur la disparition de quatre Franco-Chiliens au moment du coup d’Etat de Pinochet au Chili. Ici, le procès en absence – aucun des quatorze accusés ne s’est déplacé – n’a d’existence que pour et par les témoins.

Quel sera l’enjeu du filmage du procès des attentats du 13 novembre 2015 ?

C.D. : Ce procès sera sans précédent : il doit s’étendre sur six mois (septembre 2021-février 2022), et 1 740 personnes se sont constituées parties civiles. Parmi les accusés figure le Franco-Belge Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos qui ont frappé les terrasses des restaurants et la salle du Bataclan au cœur de Paris, ainsi que les abords du Stade de France. C’est la première fois qu’un procès durera aussi longtemps en France. Pour les équipes de production qui seront choisies pour se relayer sur le tournage, ce sera un défi de taille.

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2 septembre 2020

Vu sur internet - j'aime bien

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2 septembre 2020

Procès des attentats de « Charlie Hebdo » et de l’Hyper Cacher : Hayat Boumeddiene et les frères Belhoucine, les grands absents

Par Elise Vincent

L’épouse religieuse du terroriste Amedy Coulibaly, en cavale, et ses soutiens opérationnels, présumés morts, seront jugés en leur absence.

Parmi les quatorze personnes renvoyées devant la cour d’assises spéciale de Paris pour le procès des attentats de janvier 2015, trois devraient être jugées en leur absence et cruellement manquer à l’appel, mercredi 2 septembre, à l’ouverture des audiences.

Comme souvent dans les affaires de terrorisme, ce sont les petites mains qui se retrouvent devant la justice. Le dossier des attaques de Charlie Hebdo, de Montrouge, et de l’Hyper Cacher ne devrait pas échapper à la règle. D’autant que le sort d’un des commanditaires présumés des tueries, Peter Cherif, arrêté fin 2018, a été disjoint.

Les trois grands absents de ce procès historique sont ainsi deux hommes et une femme, tous présumés morts, disparus, ou en cavale dans la zone irako-syrienne. Hayat Boumeddiene, 32 ans, est la figure la plus connue de ce trio. Cette enfant de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), était l’épouse religieuse d’Amedy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher, mort lors de l’assaut des forces de l’ordre. Longtemps présumée morte, elle est réapparue il y a quelques mois sur les radars de la justice après qu’une djihadiste française de retour de Syrie a assuré l’avoir vue vivante dans un camp géré par les Kurdes.

Bien qu’elle se soit envolée pour la Syrie une semaine avant les attentats, la justice accuse Hayat Boumeddiene d’avoir été l’un des soutiens logistiques clé de son mari. Que ce soit en couvrant ses nombreux préparatifs – en prêtant par exemple sa ligne téléphonique – ou en montant, à son nom, des demandes de faux prêts à la consommation pour financer l’achat d’armes ou autres équipements. Plus rigoriste encore qu’Amedy Coulibaly, la jeune femme aujourd’hui en fuite, remariée et mère de plusieurs enfants, a eu, avant les tueries, un rôle moteur dans la radicalisation du couple.

« Ne vous inquiétez pas »

Les deux autres absents majeurs du procès seront les frères Belhoucine. A la différence d’Hayat Boumeddiene, tous les deux sont présumés morts. Depuis cinq ans, aucune preuve de vie n’a filtré à leur sujet.

Mohamed, l’aîné, 27 ans lors des faits, est celui qui est renvoyé avec la plus lourde charge : « complicité » dans l’attaque de l’Hyper Cacher. Cet ancien élève de l’Ecole des mines d’Albi est considéré comme ayant été à la fois le mentor religieux et le soutien opérationnel le plus décisif auprès d’Amedy Coulibaly. C’est à lui que des expertises graphologiques attribuent la rédaction du serment d’allégeance du djihadiste à l’organisation Etat islamique. C’est aussi lui qui aurait fourni l’aide informatique nécessaire aux échanges avec un donneur d’ordre, probablement situé à l’époque hors de France.

Mehdi Belhoucine, le cadet, sera pour sa part jugé en son absence en raison du rôle qu’il a eu dans l’exfiltration d’Hayat Boumeddiene vers la Turquie, puis la Syrie, début janvier 2015. C’est lui qui a notamment été chargé de jouer les compagnons de route auprès de la jeune femme depuis Madrid, où ils ont ensemble pris un vol pour la Turquie, le 2 janvier. Les caméras de vidéosurveillance des aéroports ont permis formellement de l’identifier. La veille, ce garçon de 23 ans était passé chez ses parents pour dire qu’il partait en Egypte « étudier la religion ». Son frère, Mohamed, a pris le même jour un vol pour la Turquie avec sa femme et son fils de 4 ans.

Après avoir fait de l’aide aux devoirs à la mairie d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) jusqu’en septembre 2014, tous les deux étaient sans emploi lors des attentats. Ils pratiquaient aussi de longue date un islam très rigoriste.

Mohamed aimait s’improviser professeur de morale islamique et assumait même ses sympathies djihadistes auprès de son entourage familial. En juillet 2014, il avait été condamné à deux ans de prison dont un ferme – effectué lors de sa détention provisoire – pour son rôle dans une filière d’acheminement de djihadistes vers la région afghano-pakistanaise. « Maman/Papa, ne vous inquiétez pas, on a rejoint le califat. Ne vous inquiétez pas, on préfère vivre dans un pays régi par la charia et pas les lois inventées par les hommes », a-t-il notamment écrit à ses parents après son départ.

Pièce manquante

Celui dont l’absence devrait se faire le plus sentir lors des audiences est Peter Cherif, 37 ans, commanditaire présumé de l’attaque contre Charlie Hebdo. Ce proche des frères Kouachi – auteurs de la tuerie contre l’hebdomadaire satirique – est un vétéran du djihad, et un ex-cadre d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) au nom duquel les Kouachi ont revendiqué leur attaque. Il a été interpellé fin 2018 à Djibouti, puis extradé après plusieurs années de cavale et incarcéré en France. Mais, à cette date, l’enquête principale sur les attentats de janvier 2015 était close. Un nouveau volet des investigations a donc été ouvert.

Peter Cherif est, depuis le début, la pièce manquante du dossier des attentats de janvier 2015. C’est lui qui est soupçonné d’avoir facilité, à l’été 2011, à l’occasion d’un périple au sultanat d’Oman, pays voisin du Yémen, base arrière de l’organisation terroriste, l’intégration de Chérif Kouachi dans les rangs d’AQPA. Or, c’est lors de ce voyage que, soupçonne la justice, Chérif Kouachi a pu être formé au maniement des armes et a pu recevoir pour mission de s’en prendre à Charlie Hebdo.

Elise Vincent

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Dates-clés des attentats de janvier 2015

7 janvier 2015. Les frères Chérif et Saïd Kouachi attaquent la rédaction de Charlie Hebdo en fin de matinée. Parmi les morts, huit font partie de la rédaction : Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Mustapha Ourrad et Elsa Cayat. Les autres victimes sont : Frédéric Boisseau (agent d’entretien de l’immeuble), Michel Renaud (ancien directeur de cabinet du maire de Clermont-Ferrand, invité par la rédaction ce jour-là), Franck Brinsolaro ( un des deux policiers qui assurait la sécurité de Charb) et Ahmed Merabet ( un gardien de la paix assassiné dans la rue).

8 janvier 2015. Un homme déclenche une fusillade à Montrouge (Hauts-de-Seine) et tue Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale. La police identifiera le lendemain Amedy Coulibaly comme l’auteur de cette fusillade.

9 janvier 2015. Amedy Coulibaly prend en otage, vers 13 heures, une vingtaine de clients d’un supermarché cacher, l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes (Paris 20e). Il tue quatre personnes : un employé, Yohan Cohen, et trois clients, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab. Il est abattu par les policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) vers 17 heures. Chérif et Saïd Kouachi sont tués par les militaires du GIGN devant l’imprimerie CTD de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, dans laquelle ils s’étaient réfugiés, à 16 h 50.

2 septembre 2020

Nicolas Guérin - photographe

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