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Jours tranquilles à Paris

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21 octobre 2018

L’épouse de l’ex-président d’Interpol, arrêté en Chine, demande des comptes

Par Harold Thibault, Lyon, envoyé spécial, Richard Schittly, Lyon, correspondant - Le Monde

Grace Meng dénonce le fonctionnement de la justice dans son pays et prend à partie l’organisation de coopération policière qui a accepté la prétendue démission de son mari.

La voix est ferme, le regard dur. « C’est dingue. Ce n’est pas raisonné », nous lance Grace Meng, dans une salle au sous-sol d’un hôtel lyonnais. L’épouse de l’ancien président d’Interpol, Meng Hongwei, est désormais seule à Lyon avec ses deux enfants de 7 ans. Son mari a été arrêté lors d’un séjour en Chine, fin septembre. Mme Meng dénonce aujourd’hui la situation des droits de l’homme dans son pays, semblant faire abstraction du fait que son mari, vice-ministre de l’intérieur depuis 2004, a tant participé à ce système : « Ça a choqué toute la planète. Personne ne peut imaginer pourquoi ils font ces choses, folles, cruelles, sales. »

La famille Meng s’est installée à Lyon il y a tout juste deux ans. La Chine venait d’obtenir un de ses premiers postes à la tête d’une organisation internationale. La présidence d’Interpol est un poste aussi prestigieux qu’utile, en pleine campagne de traque des fugitifs chinois à l’étranger. Les organisations de défense des droits de l’homme, dont Amnesty International, s’inquiètent de voir un Etat autoritaire se saisir d’une telle fonction. La femme de Meng Hongwei, qui se fait appeler Grace en anglais, le suit avec leurs jumeaux.

Puis arrive l’automne 2018. Le monde se retourne pour la famille Meng, piégée par un système chinois qui se mord en permanence la queue : les officiels qui faisaient arrêter sont arrêtés à leur tour. Meng Hongwei, parti en voyage de travail en Chine, envoie un message à sa femme sur WhatsApp, le 25 septembre : « Deng wo dian » (« Attends mon appel »). Puis une émoticône représentant un poignard, signe qu’il est en danger.

Grace Meng se rend à la police française, malgré des menaces, notamment un anonyme lui disant par téléphone que « deux équipes avaient été envoyées » par les « autorités chinoises » pour « s’occuper d’elle ». Les autorités françaises jugent ces menaces suffisamment crédibles pour la placer sous protection policière. La Chine confirme le 7 octobre l’arrestation de son mari, écornant au passage sa propre crédibilité au sein des institutions internationales.

« Je vous ai donné le nom d’une personne »

A l’heure où la Chine gagne en stature, Mme Meng demande : « Si ça arrive au président d’Interpol, pourquoi ça n’arriverait pas à vous, ou vous, ou vous ? », pointant du doigt chacun de ses interlocuteurs.

Le contexte, c’est le resserrement radical sous les six années de Xi Jinping au pouvoir. Comment imaginer d’ailleurs que le président de la République et secrétaire du parti n’ait pas été consulté sur une telle arrestation ? Mais Mme Meng se garde bien de s’en prendre à l’homme fort de la Chine populaire : « Je ne veux pas parler de ce genre de choses du fait de la situation de mon mari, parce que c’est très sensible. Mais je vous ai donné le nom d’une personne. »

Cette personne que Mme Meng accuse, c’est le directeur de la coopération internationale du ministère de la sécurité publique, Liao Jinrong : « C’est lui qui pilote cette action, dénonce-t-elle. Ce qu’il fait est très mal, très sale. » Quand certains à Interpol ont demandé à ce cadre des informations sur le sort de son mari, il aurait répondu, selon elle, qu’il était impossible d’en savoir davantage « car c’était les vacances de la fête nationale chinoise », le 1er octobre.

Dans le communiqué annonçant son arrestation, les autorités chinoises ont accusé Meng Hongwei de corruption. Ils ont aussi fait référence à l’influence résiduelle de Zhou Yongyang, ex-tsar de l’appareil sécuritaire, arrêté en 2015 et condamné ensuite à perpétuité. Il a été l’une des plus grosses prises de la purge menée par le président et ses proches. M. Meng avait été promu vice-ministre en 2004, deux ans après que M. Zhou ait été fait ministre de l’intérieur – il montera ensuite à des postes clés à la tête du parti.

Grace Meng soutient que son mari n’était pas corrompu mais au contraire « clair comme le soleil, toujours dans le droit » et qu’il n’était pas non plus un protégé de Zhou. « C’est ridicule. Je peux dire la vérité. Mon mari avait travaillé dans ce ministère pendant si longtemps. Ce Zhou Yongkang, je ne connais pas son visage. Nous n’appartenions à aucune faction, nous appartenions aux réformateurs, à la liberté, à la démocratie. Nous appartenions à notre patrie, à la Chine ouverte. » Une fibre réformatrice bien enfouie… En 2014, M. Meng lançait aux agents chinois partant en Libye pour contribuer au maintien de la paix : « La politique d’abord, le parti d’abord, et l’idéologie d’abord ! »

« Interpol dit avoir reçu un mail. Moi, je n’ai rien vu »

Meng Hongwei a chuté moins d’un an après la nomination, fin 2017, d’un nouveau ministre de l’intérieur ultra-loyal à Xi Jinping. « Je ne veux pas me focaliser sur des figures politiques », répète-t-elle, arguant de la sécurité de son mari aux mains des autorités. Mais elle dénonce ce système dans lequel chacun, y compris au plus haut de la police, peut se volatiliser aux mains de l’Etat : « Personne n’aime vivre dans cette situation, dans cet environnement. »

Grace Meng en veut aussi à Interpol. Le 6 octobre, le secrétaire général, l’Allemand Jürgen Stock, qui est chargé du fonctionnement au quotidien de l’organisation, a demandé « une clarification » aux autorités chinoises sur le « statut » du président Meng. Mais dès le lendemain, Interpol a pris acte de la démission « avec effet immédiat » de son président.

Mme Meng s’offusque que l’organisation internationale ait pu se satisfaire d’un document sans source, ni garantie. « Interpol dit avoir reçu un mail. Moi, je n’ai rien vu. Qui l’a envoyé ? Est-il vrai ou faux ? L’organisation mondiale est composée de grands professionnels de la police, elle doit vérifier cela », s’insurge-t-elle. Grace Meng ne décolère pas.

Choquée, Grace Meng s’interroge sur la validité juridique de cette démission. La dame à la silhouette fluette questionne, au fond, le cœur de métier de l’organisation, rassemblant 192 pays, qui doit notamment s’assurer de la fiabilité des fiches de recherches qu’elle diffuse. « L’opinion publique doit se demander pourquoi l’organisation mondiale de police agit avec une telle légèreté. Comment pourrait-on croire plus tard à ses actions, si elle laisse son propre président disparaître dans ses fonctions dans de telles conditions ? Peut-on faire confiance à cette organisation ? », interroge-t-elle

Interpol a annoncé aussitôt le remplacement temporaire de Meng Hongwei par son vice-président, le Sud-Coréen Kim Jong-yang, et a précisé que la prochaine assemblée générale, prévue à Dubaï du 18 au 21 novembre, élirait un nouveau président pour achever les deux ans de mandat qui restaient à M. Meng. Pas un mot de plus sur la situation de son ex-président, retenu en Chine dans des conditions inconnues.

« Savoir s’il est en vie »

« Nous demandons des clarifications sur le document qui vaut prétendument démission du président d’Interpol avec effet immédiat, il est important d’en connaître précisément l’origine », précise Patrice Le Houelleur, avocat de Mme Meng. Contacté, vendredi 10 octobre, le service des relations presse d’Interpol n’a souhaité faire aucun commentaire. « Il n’y a rien à ajouter, un nouveau président va être élu jusqu’en 2020 », se contente de dire l’institution.

L’épouse du président déchu demande également à l’organisation internationale d’obtenir des nouvelles de son mari : « Ce qui importe c’est au moins de savoir s’il est en vie ».

Improbable militante vu le parcours de son époux, Grace Meng exige donc des comptes. « Mme Meng va saisir les institutions traitant des questions de droits de l’homme rattachées à l’ONU à Genève », ajoute son avocat. Elle devra aussi clarifier son statut, car elle était jusqu’à présent en France dans le cadre de l’expatriation de son mari – ce qui ne manquera pas de poser des questions aux autorités françaises. Va-t-elle garder sa protection et sa résidence dans le pays ? « Son combat implique qu’elle sécurise sa position et celle de ses enfants. Il lui faut des fondations pour ensuite se battre pour son mari, dit Me Le Houelleur. Toutes les options sont sur la table, y compris la demande d’asile. »

Grace Meng est de ces gens qui, face aux événements, ne peuvent se résigner et se dressent. Cette diplômée de l’université de Pékin, meilleur établissement de Chine, ne peut ignorer l’ironie tragique de son discours. Après tant de temps dans les cercles officiels chinois, elle doit aussi savoir que chaque mot qui, depuis l’étranger, embarrasse publiquement la Chine, est un risque de plus pour son mari détenu au pays. « Ce qui se passe actuellement en Chine est très particulier, lance-t-elle malgré tout. Tant de gens disparaissent ainsi, même si la plupart des familles ont peur de parler. C’est le cadre de la Chine d’aujourd’hui. »

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21 octobre 2018

Moi Magazine

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21 octobre 2018

Emily Ratajkowski

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21 octobre 2018

Les vélos en libre-service d’Uber débarquent à Paris

Par Éric Béziat

Le géant américain des VTC a choisi Berlin et Paris comme têtes de pont en Europe pour sa marque Jump de bicyclettes électriques.

Il est rouge, gros, rapide et a de quoi faire peur à ses ­concurrents. Lui, c’est le vélo électrique Jump. Il tire son nom de la marque de bicyclettes partagées que vient d’acheter Uber, et qui s’apprête à débarquer en Europe.

Jeudi 18 octobre, le géant américain de la réservation de VTC (voitures de transport avec chauffeur) a annoncé qu’il allait lancer début 2019 une flotte de vélos électriques à Paris, sans fournir plus de précision sur la date et le nombre d’appareils déployés.

Paris ne sera pas la première tête de pont de Jump en Europe. Uber va lancer cette nouvelle offre à Berlin « dans quelques semaines », là encore sans indication précise. « L’objectif, c’est de se lancer dans d’autres villes » après la capitale française, a déclaré Steve Salom, le directeur général d’Uber pour la France, la Suisse et l’Autriche, citant Lyon.

L’engin a été présenté à Paris lors du salon de la mobilité urbaine Autonomy. Malgré son aspect massif et son air robuste, il est très souple à conduire grâce à l’assistance électrique qui lui donne une autonomie de cinquante kilomètres et lui permet de rouler à 25 kilomètres/heure. Jump sera le premier vélo à batterie disponible en free floating à Paris, c’est-à-dire en stationnement libre, sans borne d’attache. Un cadenas en forme de U permettra de l’accrocher au mobilier urbain.

Pour le réserver, le déverrouiller et le reverrouiller, il suffira de passer par l’application Uber de réservation de VTC. Le prix du trajet n’a pas été donné, mais une porte-parole de la marque souligne que les tarifs devraient s’aligner sur ceux de la concurrence (louer un Vélib’ électrique de manière occasionnelle coûte 5 euros de forfait pour la journée + 1 euro la demi-heure). Aux Etats-Unis, Jump est accessible moyennant 2 dollars (1,7 euro) les trente premières minutes, puis 7 cents de dollar la minute supplémentaire.

« Devenir rapidement un acteur majeur »

Uber arrive donc sur un nouveau marché en Europe, lesté de sa notoriété, de la puissance de son application et, paradoxalement, de sa capacité à perdre de l’argent. « L’idée est de devenir rapidement un acteur majeur », relève-t-on chez Uber, première entreprise de mobilité au monde par la valeur (elle est estimée à environ 100 milliards de dollars, soit 87 milliards d’euros) et qui pourrait faire son introduction en Bourse en 2019.

Débutant en matière de vélos partagés, Uber compte sur sa jeune expérience outre-Atlantique. D’abord partenaire de Jump à San Francisco (Californie), où ont été déployés 250 engins en février, la société a, devant le succès de l’expérimentation, racheté son partenaire un mois plus tard. A présent, 7 000 vélos Jump sont déployés dans dix villes aux Etats-Unis, dont New York et Chicago (Illinois), et des trottinettes électriques Jump commencent à être testées à Santa Monica (Californie).

L’irruption de cette marque en Europe correspond au virage stratégique amorcé par le PDG d’Uber, Dara Khosrowshahi. « De plus en plus, Uber ne sera plus seulement destiné à réserver une voiture, mais il servira à se déplacer d’un point A à un point B avec le meilleur moyen [de transport] possible », déclarait, en avril, le ­patron irano-américain qui a succédé au fantasque Travis Kalanick, débarqué par ses actionnaires en août 2017.

D’où l’investissement dans Jump, mais aussi dans les trottinettes en libre-service Lime (désormais disponibles à Paris).

Défi complexe

Aux Etats-Unis toujours, Uber s’est allié avec la société de covoiturage et d’auto-partage Getaround pour proposer un service de location de voitures entre particuliers baptisé « Uber Rent ». Insatiable, le groupe a aussi noué un partenariat avec la start-up Masabi, spécialisée dans les billets électroniques, afin de permettre à ses clients de payer leurs trajets en bus et en train avec l’application Uber. Celle-ci deviendrait, dans le monde rêvé de M. Khosrowshahi, un assistant personnel universel de mobilité.

UBER-JUMP POINTE LE BOUT DE SON GUIDON AU MOMENT OÙ LE VÉLIB’ PARISIEN, EN GRANDE DIFFICULTÉ OPÉRATIONNELLE AU DÉBUT DE L’ANNÉE, RESSORT LA TÊTE DE L’EAU

En attendant, Uber doit parvenir à gagner son pari du vélo en free floating en Europe. Un défi complexe. Dans la capitale française, nombreux sont ceux qui s’y sont cassé les dents. Des quatre acteurs présents début 2018, il ne reste que les deux opérateurs de vélos chinois, Mobike et Ofo. Ce dernier, filiale de l’Uber chinois, Didi, a d’ailleurs décidé de réduire la voilure sue le Vieux Continent, décidant de ne rester qu’à Milan (Italie), Londres et Paris.

Uber-Jump pointe le bout de son guidon au moment où le Vélib’ parisien, en grande difficulté opérationnelle au début de l’année, ressort la tête de l’eau. Les 11 000 Vélib’, désormais opérationnels à 80 %, vont être difficiles à concurrencer.

« Augmenter les bases de clients »

Sans compter que d’autres rivaux se placent sur le marché hexagonal, telle la start-up Zoov, qui propose aux villes une flotte de vélos électriques partagés accrochés à des stations minimalistes et très bon marché. Un système astucieux fondé sur une petite batterie fournie aux abonnés permet de gérer la recharge sans coûts opérationnels élevés.

En revanche, pour ce qui est de Jump, de nombreux observateurs critiquent l’impossibilité de changer la batterie. Un défaut que les manageurs d’Uber ­envisagent de corriger.

« Uber-Jump comme Didi-Ofo ne gagneront jamais d’argent avec le free floating, assure Yann Marteil, directeur général de Via ID, l’un des actionnaires du nouveau Vélib’. Mais ce n’est pas forcément leur but. Ce type d’activité est, pour ces acteurs, une façon finalement peu onéreuse d’augmenter leurs bases de clients pour proposer ensuite des trajets en voiture, des livraisons, des voitures à louer. »

20 octobre 2018

Milo Moiré

milo64

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20 octobre 2018

FIAC hors les murs

fiacout01

20 octobre 2018

Arabie saoudite : « Mohammed Ben Salman, l’erreur de casting »

Par Nabil Mouline, Chargé de recherches au CNRS

Dans une tribune au « Monde », le chercheur au CNRS Nabil Mouline estime que l’image de « réformateur » revendiquée par le prince héritier prend un sérieux coup depuis la disparition du journaliste Jamal Khashoggi.

La mystérieuse disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre, après s’être rendu au consulat de son pays à Istanbul, a sans doute levé le voile sur le vrai visage de la transition politique en Arabie saoudite, voulue par le prince héritier, Mohammed Ben Salman, dit « MBS ». Cet acte, qui rappelle à bien des égards les agissements des dictateurs arabes de la seconde moitié du XXe siècle, montre bien jusqu’où peut aller le nouvel homme fort de Riyad pour conserver son pouvoir absolu et donner à voir sa toute-puissance.

Arrivé au pouvoir à la faveur de circonstances exceptionnelles – le décès de ses trois oncles Sultan, Nayef et Abdallah entre 2011 et 2015, l’intronisation de son père et l’élection de Donald Trump –, le jeune prince, 33 ans aujourd’hui, adopte très rapidement une stratégie de communication agressive dans l’objectif de légitimer son pouvoir fraîchement acquis et de consolider son image de « modernisateur ». Séduits par les effets d’annonce, les gouvernements et les médias occidentaux prennent fait et cause pour Mohammed Ben Salman, arguant que… la fin justifie les moyens !

Grâce à la protection de son père et au soutien de Donald Trump, « MBS » entreprend, de manière aussi brutale que fulgurante, de transformer le système politique local. Le traditionnel autoritarisme collégial, plus ou moins souple, cède très rapidement la place à un autoritarisme personnel répressif.

Cela a commencé par l’élimination de tous ses rivaux au sein de la famille royale. Après s’être arrogé de larges prérogatives dans tous les domaines, Mohammed Ben Salman destitue, en 2017, le prince héritier Mohammed Ben Nayef, l’assigne à résidence, puis emprisonne un grand nombre de princes au Ritz-Carlton – notamment le puissant chef de la garde nationale, Mitab Ben Abdallah, et le milliardaire Al-Walid Ben Talal – et limite les mouvements des autres. Dans la même dynamique, il embastille, rackette ou pousse à l’exil des dizaines d’officiers, de bureaucrates et d’hommes d’affaires. Si ces opérations inédites permettent à « MBS » de monopoliser le pouvoir, elles brisent quasi définitivement le consensus au sein de la famille royale et divisent les élites dirigeantes (deux piliers du régime saoudien depuis plus d’un demi-siècle).

Mise au pas

Cette nouvelle configuration autoritaire a naturellement ouvert la voie à la répression des voix dissonantes – pour ne pas dire dissidentes. Oulémas, prédicateurs, activistes, intellectuels : de grandes vagues d’arrestations ont décimé les rangs des opposants potentiels ou réels. Certains ont même été condamnés à mort et exécutés. Par ailleurs, la presse et les réseaux sociaux ont été muselés. Cette chape de plomb inédite a poussé des dizaines d’acteurs « politiques », parfois très proches des Saoud, à l’exil, forcé ou volontaire, comme cela a été le cas de Jamal Khashoggi.

La mise au pas en cours a été masquée jusqu’à présent par un discours légitimateur qui s’appuie sur trois piliers : la réforme de l’islam wahhabite, la libéralisation de la société et la transformation de l’économie. Mais force est de constater que la politique religieuse du prince héritier reste très ambivalente. La promotion d’un islam du « juste milieu » se réduit à un combat acharné contre les Frères musulmans et les djihadistes, concurrents directs du régime pour le monopole du discours religieux. Les quelques mesures adoptées – et surmédiatisées –, particulièrement la réduction des prérogatives de la police religieuse, l’octroi sous conditions du permis de conduire aux femmes et l’ouverture des cinémas, ne perturbent nullement les équilibres macrosociaux. En effet, comme d’habitude, les clercs wahhabites acceptent certains changements (cosmétiques)… pour s’adapter aux modes du moment.

L’alliance historique entre la monarchie et l’institution religieuse, au fondement même du royaume, est loin d’être remise en question. L’Arabie saoudite demeure une théocratie qui applique sévèrement la charia et s’appuie largement sur la doctrine wahhabite pour régner sans partage sur l’espace social et exporter son idéologie ultraconservatrice à travers le monde.

Camouflets et crises

L’économie saoudienne continue, elle, à dépendre complètement du pétrole. Mais les bouleversements sociodémographiques que connaît le pays et les changements géopolitiques rendent le pacte social insoutenable sous sa forme actuelle à moyen terme. Malgré un grand nombre de proclamations pompeuses, peu de chose a été entrepris sérieusement pour remédier à des problèmes structurels tels que le chômage des jeunes, la mise à niveau du système éducatif et la diversification de l’économie. Pire, le comportement brutal du prince à l’égard des milieux d’affaires ne peut que plomber la confiance d’éventuels investisseurs. Et la disparition de Khashoggi n’arrange rien à la situation…

L’héritier des Saoud a entrepris, depuis son arrivée au pouvoir, de faire de l’Arabie saoudite un acteur majeur de la région. Or, en dépit de son alliance avec les Etats-Unis, du soutien des autres puissances occidentales et de l’appui des Emirats arabes unis, Mohammed Ben Salman cumule les erreurs, les camouflets et les crises. Cela va de la guerre meurtrière au Yémen au blocus contre le Qatar, en passant par l’enlèvement du premier ministre libanais, l’intervention brutale à Bahreïn, le rapprochement imprudent avec Israël, les échecs en Syrie et en Irak, les tensions avec la Turquie, l’escalade verbale avec le Canada, etc. Le royaume de « MBS » est ainsi devenu, à l’instar de l’Iran, un facteur d’instabilité de la région, qui risque de se muer en fardeau pour ses alliés.

La tempête médiatico-politique provoquée par la disparition du journaliste Jamal Khashoggi a permis de jeter une nouvelle lumière sur la transition voulue par l’homme fort de Riyad : l’instauration d’un système de gouvernement personnel, brutal et interventionniste. Cette transition reste toutefois très fragile, car elle dépend d’innombrables facteurs internes et externes. Mais une chose est sûre : l’Etat saoudien se retrouve maintenant dans une impasse inédite, qui semble être le résultat d’une simple erreur de casting !

jamal

20 octobre 2018

Riyad reconnaît que Jamal Khashoggi a été tué dans son consulat à Istanbul

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L’Arabie saoudite, qui avait jusqu’à présent démenti, évoque une rixe qui a dégénéré. Donald Trump a estimé que ces déclarations étaient « un bon premier pas ».

Pour la première fois depuis le déclenchement de cette affaire, l’Arabie saoudite a reconnu samedi 20 octobre que le journaliste Jamal Khashoggi, dont la disparition le 2 octobre avait eu un retentissement mondial, a été tué à l’intérieur de son consulat à Istanbul (Turquie).

La confirmation de sa mort de Khashoggi est intervenue aux premières heures de samedi par l’agence de presse officielle du royaume, SPA. « Les discussions entre Jamal Khashoggi et ceux qu’il a rencontrés [dans l’enceinte de la représentation diplomatique] (…) ont débouché sur une rixe », a détaillé cette dernière, citant le parquet.

Riyad a simultanément annoncé la destitution d’un haut responsable de son renseignement Ahmad Al-Assiri, et celle d’un important conseiller à la cour royale, Saoud Al-Qahtani. Les hommes sont des proches collaborateurs du prince héritier Mohammed Ben Salman, dit « MBS », sur lequel la pression était montée ces derniers jours.

Les autorités saoudiennes ont par ailleurs fait savoir que dix-huit personnes avaient été arrêtées dans le cadre de l’enquête menée par le royaume.

MBS chargé de restructurer le renseignement

La disparition du journaliste, qui était entré le 2 octobre au consulat d’Istanbul pour une démarche administrative et n’était pas reparu depuis, a suscité une crise internationale. Critique envers le prince héritier saoudien, Jamal Khashoggi vivait en exil aux Etats-Unis depuis 2017. Des responsables turcs ont affirmé que le journaliste avait été assassiné par un commando spécialement envoyé de Riyad. Jusqu’à ce samedi matin, l’Arabie saoudite avait toujours démenti être impliquée dans sa disparition.

Le roi Salman a ordonné, samedi, la mise en place d’une commission ministérielle présidée par MBS pour restructurer le service saoudien du renseignement et « définir précisément les pouvoirs » de celui-ci, ont rapporté les médias officiels.

L’annonce de SPA confirmant la mort du journaliste au consulat est intervenue peu après une nouvelle conversation téléphonique sur ce dossier entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le roi Salmane. Les deux dirigeants, qui se sont entretenus vendredi soir, « ont souligné l’importance de continuer à travailler ensemble en complète coopération ».

M. Erdogan et le roi Salman ont échangé des informations sur les enquêtes respectives de leurs pays.

Des explications crédibles selon Trump

Les Etats-Unis ont réagi rapidement à l’annonce de Riyad : « Nous sommes attristés d’apprendre que la mort de M. Khashoggi a été confirmée », a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, quelques heures après l’annonce saoudienne.

Le président américain Donald Trump a de son côté affirmé qu’il jugeait les explications du royaume crédibles. S’adressant aux journalistes en marge d’un déplacement dans l’Arizona, le locataire de la Maison Blanche a estimé que ces déclarations étaient « un bon premier pas ». Interrogé avant les révélations du royaume et prié de dire si des sanctions faisaient partie des mesures envisagées, M. Trump a répondu : « Le Congrès sera très impliqué pour décider de la suite (…). Je serai très à l’écoute de ce qu’il dira. » Le Congrès est contrôlé par les républicains, dont plusieurs élus ont déjà réclamé des mesures sévères contre Riyad.

Donald Trump a toutefois rappelé que l’Arabie saoudite était un « grand allié » de Washington et un « investisseur formidable » aux Etats-Unis. « C’est pour cela que c’est si triste », a-t-il commenté.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit, lui, « profondément troublé par la confirmation de la mort » de M. Khashoggi.

20 octobre 2018

FIAC hors les murs - Jardin des Tuileries et Place Vendôme

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19 octobre 2018

Dita von teese photographiée par Ali Mahdavi

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Dita von Teese

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