Banksy peut-il échapper aux règles du marché ?
Par Laurence Bertrand Dorléac, professeur d'histoire de l'art à Sciences Po
L’artiste critique le marché de l’art, ce qui n’empêche pas qu’il soit parfois rattrapé par la spéculation, explique la professeure d’histoire de l’art Laurence Bertrand Dorléac.
Depuis que l’économie de l’art existe, depuis l’Antiquité, les artistes jouent au chat et à la souris avec leurs commanditaires, leurs mécènes, leurs collectionneurs. Mais le monde actuel qui fétichise avant tout la performance financière relègue l’art comme jamais derrière sa valeur marchande. C’est agaçant pour toutes celles et tous ceux qui voudraient que l’on parle d’autre chose que d’argent, et l’artiste britannique Banksy en fait partie.
La semaine dernière, pendant la foire londonienne de Frieze, il a troublé le rituel bien rodé d’une salle de ventes par son œuvre d’art totale que l’on n’oubliera pas de sitôt. Les faits sont à présent connus : alors que sa Girl with Balloon (2006) vient d’être achetée chez Sotheby’s à Londres pour la somme considérable de plus de 1 million de livres sterling (1,133 million d’euros), au dernier coup de marteau, une alarme sonne et l’œuvre sort de son cadre pour passer à travers une broyeuse à papier qui la découpe à moitié en lamelles.
Une vidéo rend compte de la stupéfaction du public et du personnel de la salle des ventes devant cette scène imaginée par Banksy, qui déclare juste en riant sur Instagram : « Adjugé, vendu ! » Son post sur le réseau social, où il raconte avoir longtemps médité sa bombe à retardement, au cas où l’œuvre serait vendue, cumule plus d’une dizaine de millions de vues. Sa machinerie rappelle la sculpture autodestructrice de Jean Tinguely dans les jardins du MoMA en 1960 : avec son Hommage à New York, lui aussi voulait redonner à l’art un rôle sur la place publique.
Mélange de poésie et de politique
Banksy multiplie les interventions qui mélangent la poésie et la politique à travers le street-art, inventé dans les années 1960 pour sortir du cadre policé des collections. On reconnaît désormais dans les rues d’Angleterre et de Navarre ses révolutionnaires masqués qui lancent des fleurs, ses policiers qui s’embrassent, ses gavroches, son Steve Jobs qui porte un ordinateur et un baluchon pour rappeler à Calais que le créateur d’Apple est un fils d’immigré syrien arrivé aux Etats-Unis dans les années 1950. Toujours à Calais – où l’on a besoin d’abris pour les réfugiés –, il a récemment envoyé le bois qui avait servi à la construction de son parc d’attractions à Weston-super-Mare, près de Cardiff, où l’on parodiait Disneyland.
CÔTÉ MARCHÉ, IL A DÉJÀ ESSAYÉ DE DÉTOURNER LA RÈGLE DU JEU EN 2004 EN FAISANT IMPRIMER UN FAUX BILLET DE 10 LIVRES À L’EFFIGIE DE LADY DIANA
On ne sait pas grand-chose de celui qui surgit pour disparaître aussi vite, mais il est devenu archipopulaire : quand ses pochoirs sont menacés de destruction ou d’être recouverts de peinture, des pétitions circulent pour les défendre. Il a dû faire partie dans les années 1990 d’un groupe de graffeurs proche de la scène underground artistique et musicale de Bristol. Côté marché, il a déjà essayé de détourner la règle du jeu en 2004 en faisant imprimer un faux billet de 10 livres à l’effigie de Lady Diana (au lieu de la reine d’Angleterre), ou quand il a changé la « Bank of England » par la « Banksy of England ». Il a pratiqué la dépense gratuite en dispersant tout cela lors du carnaval de Notting Hill et il a vendu ses œuvres pour 60 dollars pièce dans la rue alors qu’elles coûtaient déjà 160 000 dollars (138 000 euros) sur le marché.
Il s’est fait récupérer au moins une fois en beauté quand l’une de ses pièces a tellement plu qu’elle est restée dans la collection permanente du British Museum : il avait introduit un artefact qui représente au fusain un homme préhistorique en train de pousser un chariot de supermarché.
Cette fois encore, avec son œuvre déchirée en lambeaux chez Sotheby’s, il risque de voir augmenter sa cote, mais le vieux rêve des artistes d’échapper au marché et à la marchandisation a la vie longue. Sa petite fille au ballon circule encore dans les rues et sur Internet pour échapper aux calculs mortifères. Elle a joué une réfugiée syrienne (dans la campagne de soutien aux enfants organisée par les ONG), elle a servi de cadeau promis par Banksy à toutes celles et tous ceux qui voulaient bien voter à Bristol contre le candidat conservateur, en 2017. Et même si la police est intervenue à cette occasion pour rappeler que recevoir quelque chose en échange d’un vote relève de l’infraction pénale, la fillette ne s’arrête pas là. Dans les escaliers de Londres, l’artiste a d’ailleurs inscrit à côté d’elle : « There is always hope », il y a toujours de l’espoir dans la tradition grinçante de l’humour romantique anglais.
Laurence Bertrand Dorléac est également l’auteure de Contre-déclin : Monet et Spengler dans les jardins de l’histoire, collection Art et artistes, Gallimard, 2012.
«Clashes on Gaza’s border»
Déjà récompensé en 2007 à #Bayeux (prix photo et prix du public), Mahmud Hams , 38 ans, se voit à nouveau attribuer le prix en photo pour «Clashes on Gaza’s border». Un cliché réalisé dans une zone «d’accès très difficile et très dangereuse», qui fait partie de ces «lieux à couvrir sans endroits pour se protéger», a souligné Thomas Coex, chef de la couverture photo d’Israël et des territoires palestiniens de l’AFP. Au moins 205 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis le 30 mars, la plupart lors de protestations le long de la frontière, selon des sources palestiniennes.
Le remaniement est attendu lundi dans la journée
Par Virginie Malingre - Le Monde
De retour d’Arménie vendredi soir, Emmanuel Macron a mené une « large consultation politique » tout le week-end et livré enfin ses derniers arbitrages.
Le remaniement le plus long. Après son retour d’Arménie, vendredi 12 octobre dans la soirée, Emmanuel Macron a repris ses tractations politiques, qui se sont poursuivies tout le week-end. Même ceux de la Macronie historique qui avaient quitté Paris pour assister au mariage d’Ismaël Emélien, le conseiller spécial du président de la République, n’ont pas totalement décroché.
La constitution de la nouvelle équipe gouvernementale devrait être connue lundi 15 octobre dans la journée. Vraisemblablement après le retour du premier ministre Edouard Philippe, qui devait passer la matinée à Nantes et rentrer à Paris pour déjeuner avec le chef de l’Etat.
Le processus avance « dans le calme », a déclaré Emmanuel Macron dans un entretien à France 24 et RFI, vendredi soir, à l’issue du sommet de la francophonie qui se tenait à Erevan. Un tel remaniement « c’est important, ce sont des engagements, et donc il faut faire les choses avec méthode, au bon rythme (...) J’essaie de faire les choses de manière professionnelle », a-t-il affirmé.
« Le président a beaucoup consulté samedi et dimanche », fait savoir l’Elysée, où l’on parle d’ « une large consultation politique ». Il s’est entretenu avec Edouard Philippe, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, et Christophe Castaner, le délégué général de La République en Marche. Il a également « beaucoup » parlé avec François Bayrou, confie-t-on dans son entourage, et discuté avec le centriste Jean-Louis Borloo, ainsi qu’avec certains élus locaux.
« Les remaniements n’ont jamais rien changé »
Plus de dix jours après la démission de Gérard Collomb le 3 octobre, Matignon et l’Elysée se savent très attendus sur ce remaniement qui aura pris un temps record dans l’histoire de la Cinquième république. Invité du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, dimanche 14 octobre, François Bayrou, qui a affirmé avoir « la chance de parler avec le président presque tous les jours », a voulu minimiser les enjeux de ce changement d’équipe, évoquant de simples « ajustements » et quelques « réglages ». « Les remaniements n’ont jamais rien changé », veut également convaincre le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, « les cimetières politiques en sont remplis ».
« En prenant beaucoup de temps pour ce remaniement, l’exécutif a créé des attentes fortes », nuance un député LRM, « il faut qu’il en sorte quelque chose qui nous donne un second souffle ». « Le signal qu’il enverra sera observé, comme toujours, en termes d’équilibre politique ou territorial. Ce qui m’intéresse, c’est le nouvel élan qu’il sera capable d’engager. La durée du processus excite les attentes et les appétits et interdit à la nouvelle équipe de décevoir », a expliqué de son côté Gilles Le Gendre, le président du groupe LRM à l’Assemblée nationale, dans un entretien au Figaro, le 10 octobre.
De fait, les choix d’Emmanuel Macron seront examinés à la loupe, pour savoir s’ils maintiennent l’équilibre subtil que le président tente de réaliser entre ses alliés du Modem, la droite et la gauche, le monde politique et la société civile, les hommes et les femmes. Ou s’ils renforcent le poids de la droite modérée, avant les élections européennes qui pourraient donner l’occasion d’une alliance entre LRM et les amis d’Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin notamment.
Dans ce contexte, la rencontre entre la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, et Alain Juppé à Bordeaux, vendredi 12 octobre, n’est donc pas passée inaperçue. « Il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre ce qu’elle pense et ce que je pense sur l’Europe », lui a répondu l’ex-premier ministre dans un clin d’œil aux propos d’Édouard Philippe, mercredi, sur ses relations avec le chef de l’État. Le maire de Bordeaux, qui se dit « pas compétent pour le remaniement », n’a pas caché qu’il se réjouirait de voir entrer des juppéistes au sein du gouvernement. « En général, j’aime bien soutenir des amis », a-t-il souri.
Un second souffle
L’exécutif espère que ce remaniement mettra un point final à la mauvaise séquence dans laquelle MM. Macron et Philippe sont englués depuis l’affaire Benalla et apportera un second souffle au chef de l’Etat. « La semaine sera consacrée à engager cette nouvelle étape du quinquennat », commente-t-on à l’Elysée, « notamment en relançant le lien avec les territoires ». L’agenda d’Emmanuel Macron pour les jours à venir est à cet égard éloquent. Mardi, à l’Elysée, il recevra le matin Jean Rottner, président du Conseil régional du Grand Est et Hervé Morin, président des régions de France, puis l’après-midi Gérard Larcher, président du Sénat, et Dominique Bussereau, président de l’Association des départements de France. Vendredi, le chef de l’Etat recontrera également Xavier Bertrand, président du Conseil régional des Hauts-de-France.
« Le président veut évoquer avec eux la république contractuelle » , qu’il a mise au cœur de son action, lors de son discours devant le Congrès, le 9 juillet, explique l’un de ses conseillers. « La première phase [du quinquennat] a été d’une grande verticalité mais elle était nécessaire. Aujourd’hui, nous devons davantage nous appuyer sur toutes les forces de progrès. Seuls on va plus vite, mais ensemble on va plus loin », avait expliqué au JDD daté du 7 octobre le président de l’assemblée nationale, Richard Ferrand.
Le remaniement devrait porter la trace de cette préoccupation alors que les relations entre l’Etat et les collectivités locales sont tendues. Ces dernières se plaignent de ne pas avoir un interlocuteur unique : les dossiers les concernant sont traités par trois ministères, l’intérieur, la cohésion des territoires et Bercy. Il devrait faciliter ce « pacte girondin » qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux.
Au plus bas dans les sondages, le chef de l’Etat devrait aussi chercher à renouer avec les Français. Après l’affaire Benalla, la démission de Nicolas Hulot puis celle de Gérard Collomb, dans un contexte où les résultats de la politique menée tardent à arriver, le président est conscient qu’il lui faut à la fois « reprendre de la hauteur et paraître moins déconnecté », confie l’un de ses proches. A l’occasion du centenaire de la première guerre mondiale, Emmanuel Macron a d’ailleurs prévu une « itinérance mémorielle » inédite, qui le verra, du 4 au 9 novembre, se déplacer dans onze départements du Grand Est et des Hauts-de-France.
Lors du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, François Bayrou l’a par ailleurs exhorté à s’exprimer devant ses concitoyens. « Je suis certain qu’il doit le faire et je pense qu’ il le fera », a-t-il glissé, ajoutant qu’Emmanuel Macron « aurait dû sortir de l’Elysée pour aller à la rencontre » des Français cet été, après l’affaire Benalla.
"Le Cubisme" au Centre Pompidou
Tout ce que vous devez savoir sur le cubisme, en somme, est à Beaubourg. On pourrait considérer la prochaine exposition du Centre Pompidou comme la bible de ce courant pictural majeur du début du XXème siècle. Picasso, Duchamp, Picabia, Delaunay, Braque, Léger, Derain... Les plus grands noms du cubisme se sont tous donnés rendez-vous à Beaubourg pour cette exposition exceptionnelle qui sonde les étapes clés du courant en faisant dialoguer peintures, sculptures... Au total 300 oeuvres d'art pour la première fois toutes réunies dans une seule et même exposition qui appréhende notamment l'écho du mouvement cubiste sur la société actuelle et ses arts. Incontournable.
Le Cubisme, du 17 octobre 2018 au 25 février 2019, Centre Pompidou, Place Georges Pompidou 75004 Paris











