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Jours tranquilles à Paris

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19 octobre 2018

Ministère de la culture : « Franck Riester sera-t-il l’oiseau rare qui bousculera ce petit mammouth ? »

Par Michel Guerrin - Le Monde

Dans sa chronique hebdomadaire, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », revient sur les défis qui attendent le nouveau ministre.

Franck Riester est le 13e ministre de la culture en trente ans. Environ deux ans, c’est une rotation rapide, mais qui se retrouve ailleurs. En étant un peu taquin, et pour signifier la difficulté du poste, disons que celle qui a duré le moins longtemps, Audrey Azoulay, est aussi celle qui en est le mieux sortie, occupant ses quinze mois à régler les affaires courantes et à rebondir à la tête de l’Unesco.

Pourquoi un ministre de la culture s’en va souvent avec un goût amer ? Certains n’ont pas les armes, comme Françoise Nyssen, qui s’est jetée dans la mare sans savoir nager – avec sincérité, elle a confié ne pas avoir été préparée. Car beaucoup pensent que la culture, c’est fun, facile, sympa. « Tous les soirs, il faut que tu te tapes des spectacles et dire que c’est bien », a conseillé François Hollande à Fleur Pellerin, qui débarquait tel un ovni. Elle a fini concassée par un procès en illégitimité. Car la culture devient vite un enfer pour qui n’est pas de la partie, ne maîtrise pas les rouages, croit – à tort – que c’est plus aisé de la bouger que de réformer la SNCF, ne sait pas tenir tête aux artistes.

La culture flatte un ministre mais ce dernier est vite tétanisé par un secteur qui, au moindre dérapage, le méprise. Au point que Franck Riester, à peine nommé, et comme d’autres avant lui, s’est cru obligé de manier le mot ronflant et de dire que « la culture est le ministère essentiel », alors qu’elle ne l’est pas – sinon on lui donnerait plus que 1 % du budget de l’Etat.

Un boutiquier qui gère la pénurie

La réalité, c’est que 85 % des crédits alloués à la création sont engloutis dans les établissements, événements et personnels avant même que le ministre ne bouge le petit doigt. Comme son budget est stable, donc en baisse puisque tout augmente, il devient un boutiquier qui gère la pénurie et doit affronter les jérémiades du milieu. Les fins diplomates y parviennent. Mais tous vacillent quand le président de la République leur demande d’aller plus loin, bref de faire plus avec moins.

Justement, Emmanuel Macron, qui se comporte depuis un an en véritable ministre de la culture (discours, nominations, décisions), est champion pour lancer des idées tout en laissant au ministre régler la note avec un portefeuille vide. Il y a, par exemple, la restauration du château de Villers-Cotterêts (Aisne) pour 100 à 200 millions, sans trop savoir où les trouver, qui deviendra ensuite un laboratoire de la francophonie au prétexte que c’est dans cet ancien pavillon de chasse que François 1er a fait du français la langue des textes officiels. Mais cinq siècles plus tard, la francophonie a-t-elle besoin d’un machin pareil et comment le financer ?

Il y a surtout le Pass culture, qui est le projet culturel phare de Macron. Chaque jeune, le jour de ses 18 ans, recevra, grâce à une application géolocalisée, 500 euros en bon d’achat pour aller au musée, au théâtre, à l’opéra, acheter un roman, etc. Le projet est en phase d’essai mais déjà la quasi-totalité du monde culturel est contre. Parce que ses vertus éducatives sont incertaines : des expériences similaires ont montré que ce sont surtout les jeunes de milieux aisés qui profitent d’un tel pass, et que ce sont les œuvres populaires et ludiques qui sont les plus demandées (films à gros budget, jeux vidéo, etc.).

Le Pass culture pourrait devenir un boulet

Et puis ce Pass culture, comment le financer ? Des millions ont déjà été engloutis pour le mettre au point, avant un lancement prévu en 2019. Il coûtera alors 400 millions par an. A trouver chaque année. Comme il n’y a pas d’argent, le mécénat pourrait donner un coup de main. Une piste serait de demander aux fournisseurs, publics comme privés, d’offrir leurs œuvres, en leur disant : c’est bon pour vous, vous allez capter un nouveau public. La réponse fut froide, certains hurlant au racket. Bref, ce Pass culture pourrait devenir un boulet.

La priorité des quatre derniers ministres, Françoise Nyssen en tête, était de lutter contre la ségrégation culturelle. Idée louable. Sauf que le ministère de la culture est organisé autour de son offre, beaucoup moins sur l’élargissement des publics. Et puis aller chercher ceux qui ne mettent pas les pieds au théâtre, au musée ou à l’opéra coûte très cher. On ne voit qu’une solution : supprimer des actions existantes pour renflouer les caisses, revoir de fond en comble la cartographie des subventions, lutter contre le gaspillage, casser les corporatismes d’une administration enkystée.

Personne n’a osé lancer un tel chantier en trente ans, pour une raison simple : il faudra affronter une tempête. Entre des artistes à l’ego aussi (voire plus) élevé que le talent, qui savent trouver les relais politiques et médiatiques pour jouer les indignés, des responsables de théâtre ou de festival qui défendent avec acharnement leur action, une administration où l’on pense souvent plus à soi qu’au public, et des syndicats souvent très chauds, il faut être sacrément armé et avoir une vraie légitimité pour monter au feu.

Franck Riester sera-t-il l’oiseau rare qui bousculera ce petit mammouth ? D’autres personnes ont été approchées, aux profils très divers, ce qui laisse à penser que la compétence pour mener à bien des dossiers complexes n’était pas le critère prioritaire. Mais l’élu a des qualités. Il est un spécialiste de l’audiovisuel public, qui attend sa réforme et qui pèse plus (3,9 milliards) que la culture (3,6 milliards). Il aime aussi la culture, à laquelle il a consacré une belle part de son action, et il rêvait de devenir ministre. Maintenant, il est face à un choix : boutiquier ou réformateur. S’il opte pour la voie difficile, celle d’une culture ouverte à tous, il lui faudra trouver beaucoup d’argent pour irriguer le territoire, et beaucoup de temps pour que les résultats se fassent sentir. Ses prédécesseurs n’ont eu ni l’un ni l’autre.

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19 octobre 2018

Moi Magazine

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19 octobre 2018

Une campagne photo dans le métro brise les clichés de la Parisienne

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Toujours active, toujours pressée, toujours hautaine, voici comment est perçue "la Parisienne". Visiblement, la Parisienne est toujours iconique. Elle s’affiche en grand dans le métro pour la très belle campagne de 24 Sèvres qui se joue des clichés qui lui collent à la peau.

Si on aime beaucoup les très beaux clichés de la photographe mexicaine Cecy Young, on adore le ton de la campagne internationale de 24 Sèvres, qui détourne avec beaucoup d'humour tous les clichés qui font l'aura de la Parisienne. Une réécriture de l'image des femmes de la capitale qui est plus que bienvenue et surtout qui interroge un nouvel imaginaire. 4 femmes de caractère venant d'horizons différents incarnent cette campagne : le mannequin iconique des années 90 originaire d'Afrique du Sud, Georgina Grenville, l'actrice française Audrey Marnay, Exaucée Makuiza, jeune talent "News faces" et Louise Follain, l'influencueuse parisienne.

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La Parisienne ne s'épile jamais

On la dit "effortless", son style se situe entre l'élégance et une attitude décontractée. Le style de la Parisienne symbolise une mode pleine d'audace, une liberté, une exigeance, et une modernité liées à un héritage. Quand on parle de la Parisienne, on parle aussi de son individualité, et de la pluralité de son style. Un mythe féminin difficile à définir mais qui est très bien incarné par le mannequin Georgina Grenville.

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La Parisienne ne porte que du noir

On ne présente plus l'actrice Audrey Marnay, ancienne égérie du Bon Marché. Aves ses chaussures Mui Mui et son manteau, elle incarne totalement l'audace de la Parisienne et tord le cou au stéréotype de la Parisienne qui ne porte que du noir. C'est rafraîchissant, espérons que les femmes de Paris s'en inspirent.

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La Parisienne se prend au sérieux

C'est assurément notre phrase préférée. Nous au Bonbon, on n'aime pas non plus se prendre au sérieux. Dans cet esprit, les visuels de la campagne mettent en avant le "mix &match", en mélangeant des marques de porduits de luxe et contemporains qui reflètent les associations faites par les femmes dans la vraie vie. On a toutes un jour associé un belle pièce de créateur avec des baskets mainstream. Donc oui vraiment, la Parisienne ne se prend pas au sérieux.

Et évidemment la Parisienne lit le Bonbon, et ça c'est pas un cliché !

Campagne Mad&Women

18 octobre 2018

Vu dans la rue

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18 octobre 2018

En Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed Ben Salman dans l’ouragan Khashoggi

Par Benjamin Barthe, Beyrouth, correspondant - Le Monde

A 33 ans, « MBS » a gravi les échelons du pouvoir à toute vitesse et avait les faveurs des Américains. Mais l’assassinat du journaliste, le 2 octobre, à Istanbul, jette un doute sur son ascension.

Sur les images de sa rencontre avec le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, mardi 16 octobre, dans un palais de Riyad, il apparaît souriant et détendu. Pourtant, Mohammed Ben Salman, le prince héritier saoudien, homme-orchestre de la monarchie, joue son avenir politique dans l’ouragan médiatique soulevé par la disparition de Jamal Khashoggi.

Pour les bons connaisseurs du royaume, il est inconcevable que les agents saoudiens, à qui est imputé l’assassinat de ce journaliste et dissident, le 2 octobre, à Istanbul, aient pu opérer sans son aval. Photos et témoignages à l’appui, le New York Times a rapporté qu’au moins quatre d’entre eux font partie de sa garde rapprochée. « L’opération porte définitivement la marque de Mohammed Ben Salman, dit l’universitaire Nabil Mouline. Vu la configuration actuelle du système politique saoudien, le donneur d’ordre, c’est lui. »

Le haut-le-cœur planétaire suscité par les révélations sordides de la presse turque – de la scie à os qui aurait permis de démembrer le corps de Jamal Khashoggi, jusqu’au médecin légiste qui aurait écouté de la musique tout en exécutant sa basse besogne – a gagné les rangs du Parti républicain américain, jusque-là fan du numéro deux saoudien, surnommé « MBS ». « Ce type est un engin de démolition, s’est écrié le sénateur Lindsey Graham, dans une interview à la chaîne conservatrice Fox News. Rien ne se passe en Arabie saoudite sans qu’il en soit informé. C’est un individu toxique. Il ne peut pas devenir un dirigeant sur la scène mondiale. »

Un souverain bis

Les défections en cascade enregistrées par le « Davos saoudien », prévu la semaine prochaine à Riyad, de la part de mastodontes de la finance, comme le PDG de BlackRock, le plus grand gestionnaire de portefeuilles du monde, constitue un plébiscite anti-MBS supplémentaire. L’an passé, l’édition inaugurale de cette foire aux investisseurs avait tourné au triomphe du prince héritier, qui avait dessiné, devant des entrepreneurs bluffés, les contours d’une nouvelle Arabie, high-tech et « modérée ».

La deuxième édition scellera-t-elle son déclin ? L’homme que l’on voyait déjà régner cinquante années d’affilée a-t-il compromis ses chances d’accéder au trône ?

Agé de 33 ans, Mohammed Ben Salman a gravi les échelons du pouvoir à toute vitesse, dans le sillage de son père, le roi Salman, intronisé en janvier 2015. Il a non seulement ravi le poste de dauphin à son cousin, l’ex-ministre de l’intérieur Mohammed Ben Nayef, mais il s’est aussi imposé comme un souverain bis.

Sa réputation de réformateur, portée par quelques mesures spectaculaires, comme l’autorisation faite aux femmes de conduire et la réouverture des salles de cinéma, a été progressivement entachée par des initiatives calamiteuses, comme l’intervention militaire au Yémen, le blocus du Qatar et la démission forcée du premier ministre libanais, Saad Hariri.

Paranoïa

Sur la scène intérieure, le jeune prince a fait montre d’une brutalité similaire, en neutralisant, sans ménagement, tous les pôles de pouvoir susceptibles de lui faire de l’ombre. Des pontes de la famille royale aux magnats de l’économie, en passant par les prédicateurs islamistes et les défenseurs des droits de l’homme, toutes les voix capables de développer un discours alternatif ont été bâillonnées. Y compris celles des militantes féministes, pourtant séduites par ses mesures de libéralisation sociale.

C’est ainsi qu’a émergé un nouveau pouvoir, concentré dans les mains du duo Salman-Mohammed, le fils occupant le devant de la scène et le père, octogénaire à la santé vacillante, lui offrant sa protection politique. Une couverture en forme de blanc-seing, sauf sur la question de Jérusalem, où le roi, en juillet, a recadré son héritier, qui était tenté de reconnaître l’annexion de la partie orientale de la ville sainte par Israël.

L’hyper-centralisation du système va de pair avec une forme de paranoïa. Depuis que des coups de feu ont été tirés en avril à proximité d’un palais – sans que l’on ait su de quoi il s’agissait, des rumeurs affirment que le prince héritier passe l’essentiel de son temps sur son yacht, au large de Djeddah.

Le 17 août 2017, Saoud Al-Qahtani, le « spin doctor » (conseiller en relations publiques) de MBS, fameux pour ses tweets au vitriol, avait appelé la population à former une « liste noire » de sympathisants du Qatar, accusé de conspirer contre Riyad. Des « traîtres » qu’il promettait de traîner en justice. Le même jour, en réponse à un opposant réfugié à Londres, il publiait un message glaçant : « Le dossier assassinat a été rouvert. »

« Khashoggi, le gêneur par excellence »

Le nom de Jamal Khashoggi figurait-il dans ce « dossier » et sur cette liste noire ? Depuis son exil américain, cette ancienne figure de la presse saoudienne, longtemps proche de la famille royale, rédigeait des tribunes dans le Washington Post et courait les conférences et les plateaux télévisés. Dans ses écrits et dans ses interventions, il dévoilait la face noire du prince héritier, sapait la fable du modernisateur, en butte aux extrémistes et à l’immobilisme de sa société.

Ses critiques portaient d’autant plus qu’elles émanaient d’un homme du sérail, attaché à son pays, et qu’en trente ans de carrière, il s’était constitué un vaste réseau de contacts parmi trois institutions très influentes : la presse, les think tanks et le Congrès américain. A plusieurs reprises, Saoud Al-Qahtani, l’inquisiteur en chef de l’exécutif, l’a appelé aux Etats-Unis, pour lui faire miroiter un poste de conseiller du prince. En vain.

« Jamal Khashoggi était le gêneur par excellence, estime un fin connaisseur du royaume. Il débinait le pouvoir saoudien depuis Washington, au moment où le royaume a absolument besoin des Etats-Unis, pour faire refluer l’Iran. Que MBS ait cherché à le faire taire, je n’ai guère de doute là dessus. C’est dans l’air du temps. D’Erdogan à Poutine, en passant par Khamenei et Xi Jinping, tous les despotes du monde se sentent autorisés à faire ce qu’ils veulent. »

L’erreur fatale de MBS a été de ne pas comprendre que ce qui lui rendait Khashoggi insupportable, le rendait aussi intouchable. Sa renommée et son implantation aux Etats-Unis faisaient de lui l’inverse exacte de Giulio Regeni. La mort de ce jeune étudiant italien en février 2016, très probablement sous la torture des services de sécurité égyptien, n’a causé de scandale que dans les étroites limites de son pays.

Amateurisme crasse

« Que MBS n’ait pas compris cette réalité (…), qu’il ait pu croire qu’il s’en tirerait posent de sérieuses questions sur son jugement et sa fiabilité, sans parler des réponses définitives que cela apporte sur sa moralité », écrit, atterré, l’ambassadeur américain à Tel-Aviv, Daniel Shapiro, dans les colonnes du quotidien israélien Haaretz.

A supposer que les Etats-Unis et la Turquie lui offrent une échappatoire, en s’accordant par exemple sur la thèse de l’interrogatoire qui a mal tourné, aussi peu crédible soit-elle, MBS ne serait pas sortie d’affaire. Il devra toujours assumer la responsabilité d’une opération à l’amateurisme crasse et de deux semaines de déclarations mensongères. Des décisions funestes, qui ont plongé le royaume dans la pire crise qu’il ait jamais connu depuis les attentats du 11-Septembre, dont quinze des dix-neuf auteurs étaient Saoudiens.

Pour autant, il n’est pas du tout acquis que ce fiasco monumental conduise à la mise à l’écart du dauphin saoudien. Si le président américain Donald Trump passe l’éponge, comme ses récentes déclarations le laissent entendre, la seule personne susceptible de lui barrer la voie du trône est le roi, son propre père. « Ce ne serait pas la première fois qu’on dépose un prince héritier, dit Joseph Bahout, analyste à la Fondation Carnegie. Et son père lui a déjà tapé une fois sur les doigts. Que va-t-il lui dire cette fois-ci ? Impossible de deviner. Ce n’est plus de la science politique, c’est du Shakespeare. »

Partie de poker

« Je parie sur un retour au statu quo ante, se risque un homme politique libanais qui a ses entrées à Riyad. La probabilité que le roi conclue que son fils est un danger pour le royaume n’est pas plus grande que 5 %. » « Si les Etats-Unis ne demandent pas sa tête, il survivra, car en Arabie, il n’y a pas d’opinion publique », abonde un diplomate onusien, qui a rencontré le prince héritier par le passé.

Dans cette partie de poker, la famille royale fait figure de joker. Humiliée par MBS, profitera-t-elle de son affaiblissement pour redresser la tête et demander une réorganisation de l’ordre de succession ? Sur le papier, plusieurs princes ont la légitimité suffisante pour se présenter comme des recours : Mohammed Ben Nayef, le prince héritier déchu, Mitaeb Ben Abdallah, fils du défunt roi Abdallah, et Ahmed Ben Abdelaziz, un frère de Salman.

Leur marge de manœuvre paraît cependant très limitée. Le premier vit en résidence plus ou moins surveillée à Riyad, avec l’interdiction de voyager. Même chose pour le deuxième, qui a perdu le contrôle de la Garde nationale, une armée bis de 80 000 hommes. Quant au troisième, qui a fait parler de lui début septembre, dans une courte vidéo, où il critiquait la conduite de la guerre au Yémen, il réside à Londres et ne semble pas pressé de rentrer dans le royaume. Aucun d’entre eux n’a pris la parole depuis le début de l’affaire Khashoggi. Et si Donald Trump ne se décide pas à lâcher MBS, il est probable qu’ils resteront muets.

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18 octobre 2018

Milo Moiré

milo69

18 octobre 2018

Vérité

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18 octobre 2018

Ce que révèle la fascination pour les sexualités « exotiques »

Par Maïa Mazaurette - Le Monde

On l’a vu avec #meetoo, le désir n’est pas toujours un compliment. L’heure est aujourd’hui aussi à la dénonciation des stéréotypes (étalon noir, Chinois raffiné…). Un imaginaire raciste qui raconte, selon notre chroniqueuse Maïa Mazaurette, la tragique absence de culture sexuelle européenne. Mais il n’est jamais trop tard pour changer.

A l’époque où j’ai grandi, l’érotisation des corps « exotiques » ne se questionnait même pas : j’avais le choix entre le sensuel Amant chinois de Duras, les lycéens japonais des mangas, les beaux Indiens des westerns, la musique de Prince, les pectoraux de Sayid dans « Lost », les mots troublants de Césaire au programme du bac : « Et ce ne sont pas seulement les bouches qui chantent, mais les mains, mais les pieds, mais les fesses, mais les sexes, et la créature tout entière qui se liquéfie en sons, voix et rythme »…

Les Blancs non seulement clamaient leur attirance pour les non-Blancs, mais souhaitaient les épingler à leur tableau de chasse sexuel (une fascinante version humaine du safari). Il fallait avoir « essayé » un Noir comme on essaierait un chemisier ou la tarte flambée. L’angélisme des générations antérieures, passées parfois par les colonies, était encore plus flagrant (« ces gens sont formidables »). Indifférents à leur propre couleur, les Occidentaux réduisaient ces partenaires sexuels à leur peau… et demandaient, en plus, qu’on leur donne des médailles du mérite. Etre antiraciste, c’était ça.

En 2018, cette vision unilatérale du monde, ces bons sentiments, ne sont plus acceptables. On l’a vu avec le mouvement #metoo : le désir n’est pas toujours un compliment. Il peut même être un mauvais traitement.

En l’occurrence, les personnes racisées en ont ras-le-bol de la fascination des Blancs qui les assigne à des stéréotypes : l’étalon noir et sa tigresse, le Chinois raffiné, le Japonais pervers, les Maghrébins chauds comme la braise, les femmes asiatiques forcément soumises… Cette exaspération s’exprime sur Twitter (#jenesuispastanegresse, #misogynoir), dans des livres (La Légende du sexe surdimensionné des Noirs, par Serge Bilé), dans des podcasts comme le Tchip sur Arteradio ou Code Switch sur NPR). Cette lassitude se heurte à la confusion des antiracistes d’hier : peut-on être un mauvais allié quand on couche hors-sol ? Très manifestement, oui.

Hiérarchie du désir

D’ailleurs, ce désir se traduit-il réellement dans les faits ? En 2014, le site de rencontres OkCupid révélait que les femmes noires et les hommes asiatiques avaient beaucoup moins de succès que les autres (ils recevaient 15 % ou 20 % moins de messages), tandis que les hommes blancs et les femmes asiatiques étaient particulièrement recherchés. Ces chiffres ont été confirmés par l’analyse de données Facebook de 2013. Cette hiérarchie du désir se traduit dans les unions : en France, 14 % des mariages sont mixtes (Ined, 2015), dont un quart implique deux partenaires européens. Traduction : neuf fois sur dix, on finit par se caser dans sa propre « couleur ». La fétichisation des minorités se double donc d’un maintien des distances de « sécurité » qui rappelle les mots de Freud : « Là, où ils aiment, ils ne désirent pas et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer. »

On objectera qu’il est naturel d’avoir des préférences, ou d’avoir un type. Sauf que le regard se forme culturellement, et peut en conséquence être déconstruit, reconstruit et augmenté. Le fait de reconnaître plus facilement les visages des personnes appartenant à sa propre ethnie s’appelle le cross-race effect. Ce biais cognitif influe sur nos capacités à individualiser les minorités, à comprendre leurs émotions et in fine, à les désirer. L’histoire ne s’arrête heureusement pas là. En s’exposant à d’autres visages, on apprend à les intégrer à son univers mental. Les préférences peuvent donc être questionnées : nous n’en sommes pas victimes.

La fascination occidentale s’exporte en outre dans le domaine de pratiques sexuelles spécifiques : le bondage au Japon, le twerking des filles des cités qui savent bouger des fesses (comme chacun sait), le kunyaza du Rwanda, le Kamasutra et le tantra de l’Inde, les harems des Arabes, l’innocence des Indo-Américains…

Autant de projections qui alimentent l’essai Sexe, race & colonies, paru en septembre aux éditions La Découverte sous la direction de Pascal Blanchard – et dont les choix esthétiques (1 200 illustrations) ont fait débat (montrer ou ne pas montrer ?). On peut y lire : « Le corps de l’“Autre” est pensé simultanément comme symbole d’innocence et de dépravations multiples : un corps qui excite autant qu’il effraie. Dans ce contexte, les femmes “indigènes” sont ainsi revêtues d’une innocence sexuelle qui les conduit avec constance au “péché” ou à une “dépravation sexuelle atavique” liée à leur “race” : tout ceci confortant la position conquérante et dominante et du maître et du colonisateur. »

Le point de vue du colonisateur

Position conquérante ? Certainement. Position dominante ? Pas de manière unilatérale, d’autant que le temps des colonies est passé, en transformant les codes de la performance ou de la beauté : la pornographie vante les prouesses des Noirs, la pop culture tombe sous le charme de la minceur et la lisseté « naturelles » des Asiatiques. Car l’étrange contrepoint de ces clichés, c’est qu’« ils » (les Noirs, les Arabes, les « autres ») sont mieux membrés que les Blancs, plus musclés, plus performants, et qu’« elles » sont plus fermes que les Blanches, plus douces, meilleures coucheuses, plus soumises, moins soumises. (Le point de vue adopté est celui du colonisateur : les vainqueurs écrivent l’histoire, ils écrivent aussi le désir.)

Outre cette persistante tendance à imaginer que l’herbe soit plus verte dans le champ (de coton) du voisin, cette idéalisation en dit long sur les angles morts de la blanchité. Elle projette en effet, en creux, le reflet inversé d’un quotidien perçu comme médiocre : une sexualité trop ennuyeuse, trop réprimée, des corps trop couverts, des voyeurismes impossibles, des fétichismes inassumables, des vierges pas assez vierges, des homosexualités, bisexualités ou transexualités trop difficiles à vivre…

Cet imaginaire raciste renvoie à une tragique absence de culture sexuelle européenne : sous les stéréotypes, le roi est nu. Car du côté de l’héritage érotique occidental… ce n’est pas exactement Byzance. Les compétences « de souche » se réduisent de prime abord au missionnaire, au tout-pornographique et à la honte. La grande invention restera la ceinture de chasteté (bon, d’accord, et le vibrateur).

Cette admiration pour les corps et sexualités « exotiques » enferme en outre les Blancs dans le rôle de novices impuissants, d’amants essentiellement incapables, attendant d’être initiés par un sombre inconnu. Quitte à se délester de tout sens de l’initiative. Quitte à créer une nouvelle charge pour les racisés : celle d’alimenter les fantasmes et la formation sexuelle de la classe dominante (sans oublier de remercier les Blancs de leur généreux intérêt). Cette déresponsabilisation est une lâcheté et une paresse : rien n’empêche aux Occidentaux d’apprendre par eux-mêmes de nouvelles formes d’érotisme et de nouvelles pratiques.

On ne peut pas réduire les minorités à leur peau sans se réduire soi-même : sortir des stéréotypes anciens ou contemporains, c’est augmenter le champ de tous les possibles. Si le sexe est politique, comment ne pas s’enthousiasmer pour ce programme-ci ?

18 octobre 2018

Tournage - Saint Denis

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18 octobre 2018

Lars von Trier, aux racines du mal

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Par Aureliano Tonet

Rencontre chez lui à Copenhague avec le très controversé cinéaste danois alors que sort son dernier film, l’horrifique « The House that Jack Built ».

L’architecte danois Bjarke Ingels, fameux pour tordre les dogmes de sa profession, expose au Kunsthal Charlottenborg, un musée d’art contemporain de Copenhague, sa collaboration avec son compatriote Lars von Trier, cinéaste non moins doué et roué.

Ensemble, ils ont bâti une maison à partir d’un matériau des plus macabres : une pile de cadavres – en réalité, des mannequins de silicone grimés. Avant d’être exposé, l’édifice a servi de décor pour The House That Jack Built, le nouveau film de Von Trier, présenté hors compétition à Cannes. C’était le grand retour du réalisateur sur la Croisette sept ans après en avoir été tenu à l’écart en raison de propos lors d’une conférence de presse où il déclara notamment « comprendre Hitler ».

En salle mercredi 17 octobre, The House That Jack Built raconte l’histoire d’un architecte médiocre, sexiste et néonazi qui, incapable de dessiner sa propre maison, finit par en construire une avec les dépouilles de ses victimes – l’homme est tueur en série à ses heures.

Lars von Trier habite dans une maison autrement chaleureuse, au nord de Copenhague. Depuis sa naissance, il y a 62 ans, il n’a jamais quitté cette banlieue aisée et boisée. Mobilier clair, canapé épais, lumières douces ; un gâteau achève de nous souhaiter la bienvenue. Les Danois ont un adjectif – « hyggelig » – pour décrire ces intérieurs qui respirent le confort et le bien-être. « Ici, ce n’est pas très “hyggelig”, corrige le cinéaste. Ce n’est pas assez petit, et il n’y a pas de bougies. » Quid de ces chandelles, dans les recoins ? « Ah oui…, admet-il, rigolard. C’est la marque d’une présence féminine. Les femmes aiment les bougies ; moi pas. »

Terrain glissant

Un nounours, échappé des décors de Diretkor (2006), lorgne des livres de Stephen King et Somerset Maugham, posés sur la table basse : « Mon petit-fils joue avec… »

Cheveu long, barbe blanche, chemise à motifs tropicaux sur teintes militaires, Von Trier préfère s’attarder sur le tableau qui surplombe la table à manger. Il représente l’épisode biblique du Massacre des innocents, quand le roi Hérode ordonna le meurtre de tous les bébés mâles, à Bethléem : « Ça a été peint par des étudiants en art, d’après une gravure de la Renaissance. Il y a plein d’erreurs, voyez le nez, les hanches…, pointe-t-il. Lorsque mes garçons – des jumeaux – étaient petits, je les prévenais : regardez bien ce tableau, voilà ce qu’il vous coûtera d’être un homme. »

Lars est hilare. Il sait que, en reprenant à gros traits l’antienne de Jack (« Les hommes sont victimes », martèle le serial killer), il s’aventure sur un terrain glissant. Depuis un an, le mouvement #metoo a amplifié les accusations de misogynie à son encontre.

Dans la presse danoise, neuf femmes ont dénoncé le « climat toxique » que faisait régner l’associé de Von Trier, Peter Aalbaek Jensen, au sein de Zentropa, la maison de production qu’ils ont cofondée en 1992. Le temps où l’entreprise se targuait d’être à la pointe du féminisme semble bien loin, quand elle produisait les « premiers films pornographiques réalisés par et pour des femmes », à la fin des années 1990. Soupçonné de harcèlement sexuel, Jensen a été démis de toute fonction managériale – son nom figure encore, cependant, au générique de The House That Jack Built, en tant que producteur exécutif.

« Qui n’a pas été déclaré coupable est présumé innocent »

Le 17 octobre 2017, sur Facebook, la musicienne Björk a décrit par le menu les épreuves que lui aurait fait subir Von Trier sur le tournage de Dancer in the Dark, Palme d’or en 2000 : attouchements, avances, dénigrement constant…

« Internet est une invention formidable, qu’aucun écrivain de science-fiction n’aurait pu prédire, répond-il, agacé par la sonnerie d’un portable qui résonne dans la cuisine. Quiconque a été blessé peut faire part de ses griefs ; c’est une bonne chose. Mais, dans le même temps, il est devenu plus facile de répandre des mensonges. Cet effet de zoom accroît ce qu’on appelle au Danemark le “Parlement de la rue”. Je crois en la loi ; qui n’a pas été déclaré coupable est présumé innocent. »

Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir attaqué Björk en diffamation ? « J’y ai songé, mais elle ne fait pas tant de mal que ça. Oui, je l’ai serrée dans mes bras – comme tous mes acteurs après une scène dure –, pour la réconforter. Mais je n’ai jamais eu d’ambitions érotiques avec elle. Le premier jour du tournage, elle s’est assise sur mes genoux… C’est un étrange enfant sauvage. Elle a écrit à Nicole Kidman que je dévorais l’âme de mes actrices, pour lui déconseiller de jouer dans Dogville (2003)… Une partie de sa colère vient, je crois, de la haine que vouent les Islandais aux Danois, qui ont conquis leur île, il y a des siècles. »

Il lève les yeux vers deux autres peintures, dans l’entrée : « Ce couple fait partie de la famille Trier, il y a cinq générations. Une lignée de marchands juifs… Leurs portraits veillent strictement sur moi. » Qu’auraient-ils pensé de sa scandaleuse déclaration cannoise de 2011? Sur cette question comme sur les autres, la rhétorique de Von Trier obéit au même mouvement : rétractation, digression, provocation, nouvelle rétractation, etc.

« Les édifices fantastiques » d’Albert Speer

« La Shoah est une abomination, affirme-t-il, avant de marquer une pause. Je me suis toujours intéressé aux criminels. Qu’est-ce qui pousse un homme à une telle extrémité ? Quand je dis que je comprends Hitler, je dis que j’essaie de comprendre ces êtres humains-là, dont Jack fait partie. A mes yeux, le criminel devient une “deuxième victime”, dans la mesure où il est emprisonné, tué, etc. »

Son regard se pose sur la télévision, derrière laquelle trône une énorme peinture brunâtre, utilisée pour le générique d’Antichrist (2009) : « Il existe une chaîne danoise spécialisée sur la seconde guerre mondiale. Quand je tombe dessus, je dois dire que je reste scotché. L’autre jour, j’ai vu des images de sévices perpétrés sur des officiers SS juste après la guerre, en Europe de l’Est, par les libérateurs… C’est presque aussi sadique que… »

Il ne finit pas sa phrase. Compare le cinéma à la guerre, pour mieux avouer que, lorsqu’il jouait à la bataille militaire, enfant, il se rangeait derrière les nazis – à l’âge même où il tournait ses premiers films, en Super 8. Evoque les « édifices fantastiques » d’Albert Speer, l’architecte du IIIe Reich, qui « fut le seul dignitaire nazi à dire non à Hitler ». S’égare encore et encore, sans guère se soucier d’exactitude historique. Puis, énième rétropédalage : « Quand j’affirme que je suis nazi, je veux dire que j’ai des origines allemandes. Pour les Danois, “nazi” et “allemand” sont presque synonymes. »

En 1989, sur son lit de mort, la mère de Lars von Trier lui révèle qu’il n’est pas juif : son père biologique n’est pas Ulf Trier, qui l’a élevé jusqu’à son décès en 1978, mais Fritz Michael Hartmann, issu d’une famille d’artistes allemands. Employé au ministère danois des affaires sociales – comme la mère de Lars, dont il était le supérieur –, Hartmann participa à la résistance. « J’ai essayé d’entrer en contact avec lui… Il m’a dit de ne lui parler qu’à travers son avocat. Et qu’il pensait que ma mère s’était protégée pendant leur rapport sexuel. » Les lettres F.U.C.K., tatouées sur quatre doigts de sa main droite, tremblent de plus belle : « C’était un vrai connard. »

Des airs de vieillard moribond

Car, quels que soient les détours qu’emprunte sa dialectique, tous le ramènent à cet infranchissable seuil maternel. Il a beau louer les méandres de ses artistes favoris – David Bowie et ses zigzags, Glenn Gould et ses contrepoints, Andreï Tarkovski et ses miroirs… Décrire sa lutte contre les pathologies – alcoolisme, T.O.C. – qui lui donnent des airs de vieillard moribond. Diagnostiquer les hauts et les bas de sa filmographie (« Melancholia est trop joli et commercial, mais il a de la vitalité ; The House That Jack Built est un film malade, né du désir de filmer un homme ignoble, après tant d’héroïnes positives »). Insister sur la dose d’humour qui sous-tend, par-delà les torrents de bile et les tollés, son ténébreux talent. Se décréter incurable (« Faire des films ne me guérit pas, ça me mine encore plus »)…

Il a beau dire tout et son contraire, en somme, il n’est rien qui ne l’arrache au souvenir de cette femme, Inger Host, féministe, communiste, nudiste, érudite, qui l’éduqua sans la moindre règle, mais avec de grandes espérances : « J’ai passé ma vie à combler les attentes de ma mère. Je suis devenu artiste. J’ai racheté et embelli sa maison, puis celle d’un architecte dont elle était éprise… C’est la maison où nous sommes, et où je vis depuis vingt ans. »

Ses yeux se perdent à travers la baie vitrée, sur les champs blonds et orangés où il s’ébrouait, petit. Puis sur la rivière, en contrebas, dont il craignait le courant et la pollution. Lars von Trier n’a-t-il jamais cessé d’être cet enfant, pour qui toute joie se paie, fatalement, d’effroi ?

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