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Jours tranquilles à Paris

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11 juin 2020

Fanny Müller

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11 juin 2020

SAS Gérard de Villiers

L’œuvre de Gérard de Villiers rassemble 50 ans d’évolution géopolitique internationale en 200 histoires sous l’acronyme SAS – Son Altesse Sérénissime. Un travail titanesque nourri des secrets les mieux gardés de la planète. Retour sur la saga littéraire française la plus vendue au monde.

De 1965 à 2013, Gérard de Villiers a vendu (environ) 200 millions des aventures de SAS. Les chiffres sont incertains, plutôt plus que moins, à l’image des dettes légendaires de l’écrivain qui, malgré son aversion pour les impôts, ne s’est jamais expatrié dans un paradis fiscal, contrairement à beaucoup de ses confrères. Véritable témoin du monde, Malko Linge, son héros, est un prince Autrichien missionné par la CIA. Gérard de Villiers l’envoie ici ou là en fonction de l’actualité internationale. L’endroit est toujours explosif et, dès les premières pages, le monde si grand devient alors tout petit. Malko est un grand voyageur – SAS renvoie pareillement aux initiales d’une compagnie aérienne scandinave que notre héros apprécie – dont les aventures se lisent comme autant de reportages au cours desquels l’auteur dévoilent certains secrets d’état par le biais d’analyses politiques remarquables.

Une œuvre inspirée du Nouveau Journalisme américain

Formé à Sciences-po avant de devenir journaliste, Gérard de Villiers se définissait à la fois comme « journaliste & romancier » dans la veine du Nouveau Journalisme, mouvement littéraire – auquel appartiennent Truman Capote, Norman Mailer et Tom Wolfe – consistant à joindre le roman au reportage à travers une trame de faits réels. Gérard de Villiers enquêtait systématiquement dans les pays où se déroulaient les actions de ses livres, afin d’en capter l’esprit et d’apprivoiser la géographie locale. Les décors sont toujours reconstruits au plus juste. Le nom des rues, leur description et l’architecture peuvent-être vérifiés sur Google Earth afin d’en constater l’exactitude, la situation économique et sociale est précise, mais aussi les armes employées (Villiers sait qu’un pistolet semi-automatique allemand Walther P38 est chambré en calibre 9mm Parabellum), il connait l’univers industriel et technologique du sujet traité, tout est reproduit de manière quasi encyclopédique dans chaque SAS.

Ouvrir un SAS c’est lire le journal d’un époque révolue

Alors que moult intellectuels de sa génération cautionnèrent (sans jamais s’être rétractés depuis) certains régimes politiques pour le moins discutables, Gérard de Villiers a, quant à lui, toujours été un anti-communiste vigoureux dépeignant avec exactitude les ravages mondiaux causés par la Guerre Froide. Il aura su être l’observateur lucide et pertinent de son époque, l’un des rares qui dénoncera les débordements d’une gauche génocidaire (SAS n°35 : Roulette cambodgienne, et n°102 : La solution rouge) ; il s’attaquera à la dictature de la junte pinochienne (SAS n°39 : L’ordre règne à Santiago), et au régime autocratique de la famille Duvalier à Port-au-Prince (SAS n° 34 : Requiem pour Tontons Macoutes), ces deux derniers titres lui vaudront d’ailleurs des plaintes diplomatiques officielles et une interdiction de séjour au Chili et à Haïti. Sa méthode de travail lui permettra de prévoir les grands bouleversements sociaux-politiques relatifs à l’implosion du communisme soviétique et à l’avènement du terrorisme islamiste qu’annonçaient déjà avec une remarquable intuition les SAS des années 70/80. Citons le n°59 : Carnage à Abu Dhabi, et le n°61 : Le complot du Caire, dans lesquels l’auteur modifie ou/et intervertit les informations, mais le lecteur informé peut aisément rétablir les termes exacts qui font passer du roman à la vérité.

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Un auteur qui « sentait » l’Histoire

Lire un SAS produit le double effet d’une découverte insoupçonnée dans un monde que l’on croit pourtant connaitre, accentuée par la peur et l’angoisse d’une violence prévisible sans savoir d’où elle viendra. Le lecteur devine qu’une partie de ce qu’il va découvrir est authentique, mais l’autre partie, celle dont il est incapable de la savoir inspirée ou non de faits réels, apparaît à ce point évidente qu’elle impressionne autant que la précédente. Le SAS n°193 : Le chemin de Damas – T1, décrit l’attaque d’un centre de commandement du régime syrien, à deux pas du palais présidentiel. Rien d’extraordinaire, si ce n’est la publication du roman un mois avant que le régime de Bachar el-Assad ne soit décapité par un attentat, bien réel celui-là, contre le bâtiment de la Sécurité nationale. Quasi prophétique ! Plus saisissant encore. En 1980, Villiers écrit Le Complot du Caire (SAS n°61), dans lequel des militants islamistes tentaient d’assassiner le président égyptien, Anouar Al-Sadate, un an avant que ce dernier le soit réellement.

Toutes ses histoires relèvent d’un vocabulaire décomplexé : le machisme est sans tabou, la violence sans œillère ; Gérard de Villiers était le dernier à employer certains mots,  épithètes et verbes désormais lissés par le politiquement correcte. Pute… Salope… Nègre… sont néanmoins des « courtoisies » utilisés par les plus grands romanciers dix-neuvièmistes, expressions que l’on retrouve également en Pléiade chez Jean Cocteau, Jean genet ou Raymond Queneau ; ce même vocabulaire fleuri qui, lorsqu’employé par Frédéric Dard devient une « truculence littéraire », mais est considéré comme une langue de bas étage chez Gérard de Villiers. Allez comprendre !

Homme de culture et génie de la dramaturgie

Au-delà de ses talents de reporter et de son flair géopolitique, Gérard de Villiers fut aussi et surtout un génie de la dramaturgie. Il savait mieux que personne construire une histoire, presque toujours introduite par une scène agressive, voire extrêmement violente. Pour exemple, l’intrigue des SAS n°56 : Opération matador, et n°190 : Ciudad Juarez, est introduite par un viol suivit d’un double meurtre ; notons aussi l’attentat terroriste du premier chapitre des SAS n°125 : Vengez le vol 800, et n°137 : La Piste du Kremlin ; en outre, nombre de ses histoires débutent par le passage à l’Ouest d’un transfuge soviétique, parmi lesquels l’exceptionnelle SAS n° 21 : Le bal de la comtesse Adler (plus beau titre de la série), et le SAS n°126 : Une lettre pour la Maison-Blanche.

Par ses études et son éducation issue de l’ancienne haute-bourgeoise blésoise, Gérard de Villiers était un homme de culture dont il glissait des références dans ses livres. Prenons deux repères cinématographiques parmi d’autres. Ceux des SAS n° 135 : SAS contre PKK, et n°137 : La piste du Kremlin, dans lesquels le chef de station de la CIA de Vienne s’appelle James Whale, référence au cinéaste des films Frankenstein (1931) et La Fiancée de Frankenstein (1935). Mais aussi dans le n°162 : Que la bête meure, où l’assassinat programmé du président vénézuélien Hugo Chavez, ramène au titre du film éponyme que Claude Chabrol réalisa en 1969. L’influence du septième art dans la construction des SAS est flagrante. Villiers utilise deux procédés éminemment cinématographiques. Soit il engage son histoire en partant d’un plan d’ensemble pour ensuite isoler un détail, exemple dans l’ouverture du SAS n°29 : Berlin Check-Point Charlie ; soit, à l’inverse, il part d’un détail pour l’élargir au plus vaste comme dans le SAS n°110 : Tuez Rigoberta Menchu. L’efficacité de l’écriture sans que le héros soit encore intervenu est alors maximale. Un autre aperçu est à découvrir dans les premières pages du SAS n°92 : Le tueur de Bruxelles, merveille d’images suggérées digne d’un Balzac qui aurait voyagé dans le temps.

 De pulpeuses couvertures immédiatement identifiables

La qualité des histoires, leur originalité à faire comprendre le monde, et la touche « porno-chic » ont largement contribué au succès de la série. N’oublions toutefois pas les jolies filles armées des pulpeuses couvertures immédiatement identifiables qui, elles aussi, ont grandement participé au succès du feuilleton durant un demi-siècle. Des illustrations à la fois provocantes et sobres, racoleuses mais élégantes, véritable symbole d’une Pop Culture à la française à laquelle participeront d’immenses photographes, dont Francis Giacobetti, réalisateur du film Emmanuelle 2, Helmut Newton (SAS n° 52 : Panique au Zaïre) avec Brigitte Lahaie allongée sur une soie rouge, et beaucoup d’autres parmi lesquels Thierry Vasseur, puis Christophe Mourthé qui saura créer une cohérence esthétique sur les 20 dernières publications à partir du numéro 181 : La liste Hariri.

Les collectionneurs s’arrachent aujourd’hui chaque édition originale. Certaines valent une petite fortune. Celle de Brigitte Lahaie par Helmut Newton, bien entendu ; également celle du numéro 4 : Samba pour SAS, avec la particularité d’une double édition sous deux illustrations différentes non créditées ; ou encore celles (rares) qui illustrent une des protagonistes du roman, comme la « religieuse » du numéro 73 : L’ange de Montevideo. Pourquoi un tel engouement ? Parce que jusqu’au décès de Gérard de Villiers, toutes les couvertures relevaient d’une photographie originale, alors que les rééditions post-mortem ont été faites avec des illustrations au rabais achetées dans une banque d’images internationale. Franchement ! Comment peut-on remplacer Helmut Newton par un crédit sans intérêt ?

Un hommage officiel en forme de pied de nez soviétique

Le 31 octobre 2013, Gérard de Villiers et SAS le prince Malko Linge meurent conjointement d’un cancer du pancréas dans une clinique privée du XVIe arrondissement de Paris. Le silence du ministre de la Culture de l’époque (dont le nom n’aura pas l’honneur de figurer dans cet article) est proprement scandaleux. La coutume veut qu’une communication officielle salue la mémoire d’un écrivain lorsqu’il décède, d’autant que Gérard de Villiers était de son vivant l’auteur français qui vendait le plus de livres, la TVA sur ses écrits rapportait une petite fortune à l’État ; mais non ! en guise d’éloge funèbre nous aurons ceci : « Il n’existe pas d’hommage systématique.  Faire des choix est donner du sens ». Traduction. Les opinions de Gérard de Villiers ne sont pas celles du gouvernement qui réfute son attirance assumée pour les croupes féminines, ses idées « rances» ou supposée l’être, bref ! nous n’avons que faire d’un homme blanc de plus de 50 ans du siècle dernier.

SAS Made in Hollywood

Personne n’est prophète en son pays. Peut-être la survie de Malko Linge viendra-t-elle des États-Unis où Gérard de Villiers fut couronné roi du roman d’espionnage d’anticipation. En effet. Quelques mois avant sa mort, alors qu’il travaillait à son 197e épisode, le pape du « roman de gare » fut mis à l’honneur par le New York Times Magazine, qui lui consacra un véritable panégyrique intitulé « The Spy Novelist Who Knows Too Much«  – « L’auteur de romans d’espionnage qui en savait trop« .

« De Villiers a passé le plus clair de sa vie à cultiver ses relations avec des espions et des diplomates, qui semblent apprécier de se retrouver, eux-mêmes et leurs secrets, transfigurés dans une fiction populaire (sous des noms d’emprunt). Ses livres renferment souvent des informations sur des projets d’attentats, des faits d’espionnage ou de guerre qui n’ont jamais été évoqués ailleurs. D’autres romanciers populaires, comme John le Carré et Tom Clancy, assaisonnent leur travail de quelques scénarios inspirés de la réalité et de quelques idiomes d’espions, mais les ouvrages de Gérard de Villiers sont en avance sur l’actualité et parfois même en avance sur les événements. »

S’en suivront des négociations hollywoodiennes pour le tournage d’une adaptation du SAS n°29 : Berlin Checkpoint Charlie, avec dans le rôle du prince Malko, un certain Michael Fassbender. Les bons livres font toutefois rarement les bons films, on a rarement décrit la subjectivité (de la mort, de la vie, de la politique…) d’une manière aussi intense que dans les SAS, et il sera difficile d’adapter au cinéma des œuvres constituées d’une psychologie intraduisible par l’image. Raison pour laquelle toutes les précédentes tentatives furent des échecs cinglants. Preuve que la série SAS est bel et bien de la littérature.

Le feuilleton littéraire le plus long jamais écrit par un même auteur

Quels que soient les reproches que l’on aura pu faire à Gérard de Villiers, et ceux qu’on lui fera encore, il n’en reste pas moins que les aventures du prince Malko sont l’une des créations phare de la littérature française ; plus longue série jamais écrite par un même auteur, les SAS attestent qu’il est possible de signer une œuvre littéraire sans faire de littérature ; on le savait déjà depuis Alexandre Dumas, si ce n’est que ce dernier avait des nègres, alors que Gérard de Villiers a écrit lui-même tous ses livres, en partie sur une machine à écrire boule-IBM de 1976. Pour preuve, les deux-tiers de ses manuscrits annotés de sa main ont été mis aux enchères par maitre Cornette de Saint Cyr.

Lira-t-on SAS dans un siècle ?  Valery Giscard d’Estain et Jacques Chirac n’ont jamais dissimulé leur goût pour les aventures de Malko…  Nicolas Sarkozy prétendait le lire… Vladimir Poutine, partie prenante de la dernière intrigue, a réclamé des livres dédicacés… Gérard de Villiers laisse en héritage l’une des plus fabuleuses analyse sociale-politique du XXe siècle : post-décolonisation, Guerre Froide, conflit israélo-palestinien, géopolitique de la drogue et ses multiples trafics, lutte contre le terrorisme, avènement de l’islamisme… Il faut très sérieusement recommander la collection intégrale à qui souhaite comprendre le monde dans lequel nous avons vécu. Oui. Gérard de Villiers sera lu dans un siècle. Son œuvre est intemporelle.

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« Je ne fais pas de littérature. J’écris des contes de fées pour adultes. Et j’essaie d’y mettre un peu de substance. »

Gérard de Villiers

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Quelques incontournables :

– SAS Berlin Check-Point Charlie – N°29 – 1973

Malko élabore un plan audacieux pour faire passer un transfuge (ancien prix Nobel) de Berlin-Est à Berlin-Ouest, alors que le Mur, quasi infranchissable, n’a jamais été autant surveillé. Une description au cordeau du Berlin de l’époque. Géographie. Ambiance sociale et politique. Tout y est.  — L’action se passe entre Berlin-ouest et Berlin-Est, notamment autour du mythique Check-Point Charlie.

– SAS L’Ange de Montevideo – N°31 – 1973

L’un des rares SAS où la mission de Malko se révèlera un échec, et le seul où il se rendra en Uruguay. L’histoire traite des Tupamaros, mouvement politique uruguayen d’extrême gauche subventionné par Cuba, prônant l’Action Direct et la guérilla urbaine. En réponse, les USA favoriseront un coup d’état militaire et l’installation d’une junte de 1973 à 1980. Bien qu’il s’agisse de deux histoires indépendantes, ce livre forme un diptyque avec le SAS n°39 : L’ordre règne à Santiago. – L’action se passe à Montevideo.

– SAS L’ordre règne à Santiago – N°39 – 1975

La seule fois où Gérard de Villiers s’attaquera de front au gouvernement d’une junte militaire. Il choisira celle d’Augusto Pinochet au Chili. Toutes les exactions politiques décrites sont basées sur des faits réels. Effroyable ! — L’action se passe à Santiago du Chili.

– SAS Le complot du Caire – N°61 – 1981

Dans cette histoire troublante, des militants islamistes assassinent le président égyptien, Anouar el-Sadate, un an avant son véritable assassinat. Villiers dira plus tard à ce propos : « Les Israéliens savaient que cela allait se produire, et ils n’ont rien fait.  » — L’action se passe au Caire.

– SAS Enquête sur un génocide – n° 140 – 2000

Explication limpide au sujet de « L’opération Turquoise » (1994) au Rwanda, destinée à sauver les Tutsis survivants, mais qui avait surtout permis aux génocidaires Hutus de s’enfuir vers le Congo voisin grâce à la protection de l’armée française trompée par les autorités politiques locales. Toute la trame historique est véridique. Glaçant !– L’action se passe entre le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda.

– SAS Féroce Guinée – N°185 – 2010

Le marché de la cocaïne aux USA est de plus en plus difficile d’accès aux trafiquants colombiens ; les cartels ont besoin d’une nouvelle clientèle, ils se replient vers l’Europe avec une porte d’entrée surprenante : la Guinée. Cette théorie d’une nouvelle route de trafic via l’Afrique s’est avérée exacte par la suite. — L’action se passe entre la Colombie, le Maghreb et la Guinée-Bissau.

– SAS Ciudad Juarez – N°190 – 2011

L’un des SAS les plus violents. Drogue, trafic d’armes, collusion entre FARCS et Hezbollah… La scène d’entrée (viol, torture, double assassinat) est insoutenable. Villiers expose clairement pourquoi (selon-lui) tant de femmes sont retrouvées suppliciées à Ciudad Juarez, ville frontière américano-mexicaine où la corruption gangrène toutes les strates politiques et administratives. — L’action se passe entre Ciudad Juarez au Mexique, et El Paso au Texas.

Jérôme ENEZ-VRIAD

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11 juin 2020

Cultura Inquieta

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11 juin 2020

Eté 85 de François Ozon (en salle le 14 juillet)

En annonçant la date de sortie de son nouveau long métrage le jour de l’annonce de sa (quatrième) sélection cannoise, Ozon a envoyé un joyeux signal à tous les cinéphiles impatients de repeupler les salles de cinéma. Eté 85 est la chronique d’une idylle entre deux adolescents sur fond de tubes rétro et de soleil estival normand. Un teen movie intimiste a priori aux antipodes de Grâce à Dieu, son dernier film (Ours d’argent à Berlin, 915000 entrées en France), dont les premières images enivrantes font irrésistiblement penser à My Own Private Idaho de Gus Van Sant ou le plus récent Call Me by Your Name de Luca Guadagnino. EB

Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge, Valeria Bruni-Tedeschi (Fr., 2019, 1 h 40)

11 juin 2020

La plage de Deauville au moment du confinement...

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Vu d’Autriche

Tourisme : Deauville entame sa reconversion

DER STANDARD (VIENNE)

À l’approche de la haute saison, la cité normande, qui accueille habituellement des touristes du monde entier, entend se réinventer pour attirer les familles françaises, explique le quotidien autrichien Der Standard.

Le capital de Deauville, c’est le sable. À marée basse, la plage de la petite cité normande s’étend à perte de vue, au point que de la promenade on n’entend même pas le bruit du ressac. Mais aujourd’hui, ce paradis des baigneurs et des flâneurs est fermé.

“Dommage”, soupire Julie, une jeune femme qui vit près d’ici. “Avec ce temps estival, on irait bien courir pieds nus sur le sable chaud. Comme avant.” Seulement voilà, rien n’est plus comme avant. Même sur la promenade en bois qui longe la longue langue de sable, la flânerie est réglementée.

Un seul sens de circulation

Les panneaux rouge et blanc signalant d’ordinaire les sens uniques pour les voitures s’appliquent ici aux piétons : on ne peut se promener le long de la plage que dans le sens est-ouest. Pour le retour, il faudra passer par le parking. D’ailleurs, selon les consignes municipales en vigueur, seule la “promenade dynamique”, et donc sportive, est autorisée.

C’est l’Ascension, et les visiteurs vont leur train de sénateur mais, comme ils sont moins nombreux, le respect des distances de sécurité n’est pas vraiment un problème. Pendant un week-end à rallonge comme celui-ci, les fameuses “Planches” de Deauville devraient être bondées, comme les cabines de plage qui portent les noms de vedettes hollywoodiennes.

Un festival sans visiteurs étrangers ?

Au début de l’automne, pendant le Festival du film américain, les stars de ciné s’y pressent. En 2019, Kristen Stewart, Pierce Brosnan ou encore Johnny Depp avaient fait le déplacement. La prochaine édition du festival, en septembre, reste programmée. “Mais ça m’étonnerait que beaucoup d’Américains nous honorent de leur présence”, soupire Philippe Augier, le maire de la station normande.

Des visiteurs du Japon, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient ont déjà annulé leur réservation. C’est un désastre.”

En arpentant la ville silencieuse et déserte ces dernières semaines, l’édile, à la tête de la mairie depuis près de vingt ans, avait l’impression, selon ses propres termes, d’être dans un mauvais film de science-fiction.

Premiers signes de vie

Aujourd’hui, les premiers signes de vie réapparaissent. Les magasins viennent de rouvrir leurs portes, les petits hôtels reçoivent leurs premiers clients – sous réserve qu’ils respectent des consignes d’hygiène draconiennes. “En ce moment, on accueille des transporteurs allemands venus ramener un cheval de course”, confie Annie Budinsky, de l’hôtel deux étoiles La Côte fleurie.

L’hippodrome, évidemment désert, se trouve juste derrière l’établissement. Des courses y sont toujours organisées de temps à autre, mais elles sont interdites au public et réservées aux paris nationaux. Les restaurants devraient rouvrir prochainement à leur tour.

Certains restaurateurs comme Yann France, qui tient une élégante adresse, La Flambée, livrent des plats traiteurs aux locations de vacances, “pour garder au moins l’impression de travailler”, comme il dit. “Ça redonne un peu le moral.” Les livraisons à domicile ne représentent toutefois que 5 % de son chiffre, poursuit Yann, qui dirige également l’antenne locale de l’Union des métiers de l’industrie hôtelière (UMIH).

Trente pour cent des établissements ne pourront pas rouvrir, estime-t-il. Ils ont mis la clé sous la porte pendant ces deux mois. C’est une catastrophe pour le secteur.”

Philippe Augier, le maire, tente de motiver ses 3 600 habitants, qui vivent à 85 % du tourisme grâce à 2 500 lits d’hôtel. Deauville doit se reconvertir : les événements comme les congrès, les festivals ou les fameuses ventes de yearlings [des chevaux de pur sang] de Deauville ne seront pas possibles avant un certain temps.

Miser sur les familles

La station huppée entend donc se rabattre sur les vacances “famille et baignade”. “On veut miser sur le bien-être des clients. Et sur la sécurité en toutes circonstances.” Philippe Augier prévoit donc, en concertation avec toutes les parties concernées, de réorganiser la vie balnéaire.

Deauville doit s’inspirer des lieux emblématiques du Sud comme Cannes ou La Grande-Motte, où les plages sont divisées en tronçons. Ceux qui veulent prendre un bain de soleil devront désormais réserver une tranche horaire et une place sécurisée sur le site Web de l’office du tourisme. Un couple aura droit à 9 mètres carrés, quatre personnes à 16.

D’autres tronçons sont réservés aux familles avec enfants pour qu’ils puissent se promener ou faire du sport (surf, pêche, paddle). Tous les accès sont à sens unique : ceux qui arrivent rejoignent leur carré de sable par un itinéraire fléché, ceux qui partent en empruntent un autre.

Quid de la liberté ?

Quid de la sensation de liberté sur une plage ? Philippe Augier rappelle que ce type de réglementation existe depuis belle lurette, et pas seulement sur les plages privées. Mais pas encore à Deauville, où les immenses plages de sable n’avaient jamais l’air bondé, même au plus fort de la saison.

Aujourd’hui, de nouvelles habitudes entrent en vigueur. Et peut-être bientôt dans toutes les stations balnéaires des quelque 5 000 kilomètres de côtes que compte l’Hexagone, sur la Méditerranée, l’Atlantique et la Manche.

Stefan Brändle

Source

Der Standard

VIENNE http://derStandard.at

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11 juin 2020

Virginie Efira

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11 juin 2020

Jan FABRE, Chevalier du désespoir - Extrait 2 from Fred Bonnet on Vimeo.

10 juin 2020

États-Unis - À Houston, le dernier adieu à George Floyd

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COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

La mort de cet homme noir, sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis le 25 mai, a déclenché une vague mondiale de contestation contre le racisme et les violences policières.

George Floyd voulait “toucher le monde”, se souvient Jonathan Veal, son ami depuis le lycée. “Il ne pouvait pas imaginer la façon tragique par laquelle les gens connaîtraient son nom”, poursuit-il dans un portrait publié par le New York Times. 

Mardi, après des hommages ces derniers jours à Minneapolis, dans le Minnesota, où il est mort, et à Raeford, en Caroline du Nord, où il est né, une ultime cérémonie en l’honneur de George Floyd avait lieu à Houston, au Texas, où il a grandi. Des funérailles retransmises en direct sur les principales chaînes de télévision américaines, qui ont marqué “un moment de reconnaissance et de deuil national”, analyse le quotidien dans un autre article. Comme celles “de Michael Brown et Eric Garner, en 2014”, deux Afro-Américains eux aussi tués par des policiers blancs.

Un “Superman”

Dans l’église Fountain of Praise, sa famille, tout de blanc vêtue, a “célébré sa vie”. Ses proches ont salué un “Superman”. “Le monde connaît George Floyd. Je le connais sous le nom de Perry Jr. (son deuxième prénom). C’était un sale petit coquin, mais nous l’aimions tous”, a dit Kathleen McGee, une de ses tantes.

Le révérend Al Sharpton, figure de la lutte pour les droits civiques, s’en est pris, dans son élgoge funèbre, à Donald Trump, rapporte The Root. Il a accusé le locataire de la Maison-Blanche de “malfaisance” et de ne pas avoir évoqué le calvaire de George Floyd :

Le président parle de faire appel à l’armée. Mais il n’a pas dit un mot sur les 8 minutes et 46 secondes du meurtre de George Floyd par la police.”

Une vidéo enregistrée par Joe Biden, le candidat démocrate à la présidentielle de novembre, a été diffusée. S’adressant directement à la fille de George Floyd, Gianna, âgée de six ans, l’ancien vice-président de Barack Obama a expliqué :

L’heure est à la justice raciale. C’est la réponse que nous devons donner à nos enfants lorsqu’ils demandent “Pourquoi ?” Parce que lorsqu’il y aura une justice pour George Floyd, nous serons vraiment sur la voie de la justice raciale en Amérique. Et alors, comme tu l’as dit, Gianna, ton papa aura changé le monde.”

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Inhumé auprès de sa mère

Les familles d’autres victimes noires “tuées aux mains de la police, telles que Breonna Taylor, Michael Brown, Ahmaud Arbery, Botham Jean et Eric Garner”, étaient présentes, raconte Vox.

Devant l’édifice, où “le service ait été limité à 500 personnes”, “des centaines de personnes en deuil”  s’étaient regroupées, sous un soleil de plomb, pour “manifester leur soutien et leur solidarité”.

La dépouille a ensuite été transportée en calèche jusqu’aux Houston Memorial Gardens. Quinze jours après le cri de détresse qu’il avait adressé à sa défunte mère, alors que le genou du policier Derek Chauvin lui bloquait la respiration, George Floyd repose maintenant à ses côtés.

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10 juin 2020

Corée du Nord - Kim Yo-jong, sœur de Kim Jong-un, s’affirme comme numéro deux du régime

coree du nord

HANKYOREH (SÉOUL)

Pour condamner l’envoi sur la Corée du Nord de ballons porteurs de tracts hostiles à Pyongyang, Kim Yo-jong, 33 ans, est montée en première ligne. C’est là le dernier indice en date qui prouve que Kim Jong-un a choisi sa cadette pour dauphine, décrypte le journal sud-coréen Hankyoreh.

Tout a commencé le 4 juin avec un communiqué de Kim Yo-jong, première vice-directrice du Parti des travailleurs et sœur de Kim Jong-un. Elle y critiquait violemment l’envoi, par des transfuges nord-coréens installés au Sud, de ballons porteurs de tracts dirigés contre le régime de Pyongyang. Depuis, les autorités nord-coréennes ne cessent de menacer de couper tout lien avec le Sud : après une déclaration du Département du front uni [qui s’occupe des relations intercoréennes] du Comité central du Parti des travailleurs du 5 juin, le journal officiel Rodong Sinmun a évoqué le 6 puis le 7 des rassemblements de citoyens [pour condamner leurs compatriotes partis pour le Sud et le gouvernement de Séoul], ainsi que les “réactions des différents milieux”.

Alors que la question des transfuges et celle des tracts antirégime constituaient jusque-là des tabous en Corée du Nord, ils apparaissent à présent comme des sujets qui concernent tout le peuple. Dans son communiqué, Kim Yo-jong pointe “des crimes parmi les plus graves et un affront à tout le peuple nord-coréen”. La façon dont cette prise de parole est traitée dans le pays, c’est-à-dire comme si elle provenait de Kim Jong-un lui-même, montre que la sœur cadette de ce dernier y occupe désormais une position clé.

À la tête des affaires sud-coréennes

Trois éléments sont significatifs et pour le régime de Pyongyang et pour l’avenir des relations intercoréennes. Le premier est que le Département du front uni a explicité, chose exceptionnelle, que Kim Yo-jong “supervisait les affaires sud-coréennes”. Le deuxième est que, d’après le même organe, elle aurait ordonné des mesures concrètes. Le troisième élément, ce sont les “réactions des différents milieux”, qui ont occupé presque entièrement les pages du Rodong Sinmun le 6 et le 7 juin.

En effet, le Département du front uni a déclaré au sujet du communiqué de Kim Yo-jong que “la première vice-directrice, qui supervise les affaires sud-coréennes, a adressé un avertissement au Sud” et qu’elle a “donné des ordres pour mettre en pratique le contenu de son communiqué”, comme la décision de fermeture du bureau de liaison intercoréenne à Kaesong. Dans le projet nord-coréen de “réunification de la nation”, le chef est Kim Jong-un, secondé par le directeur du Département du front uni. Or ce dernier a précisé que c’est Kim Yo-jong qui supervisait les affaires sud-coréennes, invitant indirectement le Sud à passer par elle pour toute discussion à venir.

Le Rodong Sinmun a publié les “réactions des différents milieux” les 6 et 7 juin. Sept titres sur quarante-sept concernaient le communiqué de Kim Yo-jong dans l’édition du 6 en pages un et deux et douze titres sur trente dans l’édition du 7 en pages un, trois et six. Les rassemblements organisés par l’Union de la jeunesse socialiste Kim Il-sung et Kim Jong-il, par l’université de technologie Kim Chaek, par l’équipe de construction de l’hôpital de Pyongyang, par l’Usine de locomotives électriques Kim Jong-tae y sont présentés avec des photos. Les représentants du Parti pour Pyongyang et pour Samjiyon, le président de la Commission des plannings nationaux, le président du parquet central, la présidente du comité central de l’Union démocratique des femmes de Corée et bien d’autres se sont exprimés à propos du communiqué de Kim Yo-jong.

L’héritière du trône

Dans le passé, seul le leader suprême pouvait susciter un tel enthousiasme, dont même Choe Ryong-hae, président du présidium de l’Assemblée populaire suprême, n’a jamais bénéficié. “Les ordres donnés par quelqu’un d’autre que le leader ne peuvent être publiés dans le journal Rodong Sinmun. C’est une preuve incontestable de l’ascension de Kim Yo-jong comme héritière du trône”, explique un ancien haut fonctionnaire de Séoul au fait des affaires nord-coréennes.

Il ajoute : “Le Nord interpelle le Sud : que pourront-ils bien faire ensemble si ce dernier n’est même pas capable de respecter les promesses qu’il a faites au plus haut niveau et qui ne sont pas entravées par les sanctions internationales à l’encontre du Nord ? Le moment est délicat. Un nouvel envoi de tracts risque d’interrompre définitivement la communication entre les deux Corées. En revanche, si le gouvernement sud-coréen respecte les termes des accords bilatéraux, cela peut ouvrir des opportunités.”

Le 7 juin, le ministère de la Réunification sud-coréen s’est montré prudent, déclarant : “Notre gouvernement souhaite respecter et appliquer les accords conclus par les dirigeants des deux Corées.” Le jour du communiqué de Kim Yo-jong, il avait annoncé l’instauration d’une loi interdisant l’envoi de ces tracts, qualifiés par la présidence d’“absolument inutiles et nocifs”.

Yi Che Hun

10 juin 2020

Nobuyoshi Araki dénude la top model Anja Rubik

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Reporter de l'érotisme et pourfendeur des tabous, le photographe star Nobuyoshi Araki capture la poésie d’un quotidien provocant dans ses portraits insouciants et ses nus idéalistes à imagerie bondage. Il photographie des femmes dénudées puis dissimule leur sexe avec les plus belles fleurs, les plus belles traces colorées. Mais parfois il ne dissimule rien du tout. Nobuyoshi Araki a immortalisé la top model polonaise Anja Rubik pour Saint Laurent et Anthony Vaccarello dans une série intitulée “Saint Laurent Shiki-in”, qui signifie littéralement “la soif de la couleur”.

Héros de la contre-culture nippone, Nobuyoshi Araki naît à Tokyo en 1940. Il étudie la photographie à l’université de Chiba et obtient son diplôme en 1963. Photographe freelance, il intègre l’agence de publicité Dentsu en tant que caméraman et réalise son premier film en 1963 : “Les enfants des cités”. Inspiré du néoréalisme italien, mouvement cinématographique qui documente le quotidien et porte son regard sur le collectif, ce film donne lieu à une série de photographies un an plus tard : Satchin, qui lui vaut son premier prix artistique. Dès lors, le photographe d’après-guerre explore les spécificités de chaque médium : Polaroïd, collage, peinture ou cinéma. Nobuyoshi Araki écume alors les bars, les boîtes de strip-tease, rencontre les geishas et les prostituées, collabore avec des revues SM et s'autorise les poses les plus suggestives (Love Hotel en 1981, My Love and Sex en 1982).

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