
THE WALL STREET JOURNAL (NEW YORK)
Quelques mois après le déclenchement de la pandémie de Covid-19, plusieurs vaccins commencent à être testés sur l’humain. Une avancée fondamentale pour enrayer la progression du virus même s’il reste beaucoup d’interrogations.
Alors que gouvernements et groupes pharmaceutiques réfléchissent au moyen de développer des vaccins contre le Covid-19 et d’en réserver éventuellement les premières doses au personnel soignant, plusieurs candidats sont sur les rangs et tentent de se démarquer.
Sur la centaine de vaccins en cours de développement dans le monde, huit au moins sont entrés dans la phase des tests cliniques chez l’humain, dont plusieurs mis au point par [l’américain] Pfizer et la société de biotechnologies Moderna. Dans le même temps, des géants comme [l’américain] Johnson & Johnson, [le Britannique] AstraZeneca et [le français] Sanofi augmentent leurs capacités afin de pouvoir produire des centaines de millions de doses de leur vaccin ou de celui d’un de leurs partenaires.
Ces efforts s’inscrivent dans une grande course contre la montre, y compris à la Maison-Blanche. L’objectif : trouver les financements nécessaires pour accroître les capacités de production et de dépistage et disposer d’un vaccin aux États-Unis dès l’automne prochain.
Période de développement courte
Un vaccin sûr et efficace est le meilleur moyen de lutter contre le Covid-19, la maladie provoquée par le nouveau coronavirus, et de réduire les contaminations, affirment les autorités sanitaires. Les groupes pharmaceutiques travaillent d’arrache-pied pour mettre au point un potentiel vaccin le plus vite possible.
Il n’est toutefois absolument pas certain que les vaccins candidats, même les plus avancés, seront efficaces après une période de développement aussi courte. Certains traitements, comme ceux à l’étude chez Pfizer et Moderna, sont basés sur des technologies relativement nouvelles et qui n’ont pas encore été approuvées.
Une fois l’efficacité d’un traitement établie par des tests cliniques, les industriels comptent sur la diligence de la Food and Drug Administration (FDA) pour en autoriser l’usage – même si l’agence ne dispose pas de tous les éléments ordinairement requis pour une mise sur le marché.
Le 1er mai, la FDA a autorisé en urgence l’utilisation du remdesivir développé par Gilead Sciences quelques jours seulement après qu’une étude a démontré que ce traitement permettait de réduire la durée d’hospitalisation de malades souffrant du Covid-19.
L’agence s’est engagée à “faire usage de tous les instruments de réglementation adaptés et à rapidement formuler des recommandations pour accélérer le développement et la commercialisation d’un vaccin sûr et efficace contre le Covid-19”.
“Pas assez de doses pour vacciner toute la population”
Parmi les laboratoires qui ont augmenté leurs capacités de production, un certain nombre s’est engagé à fournir plusieurs millions de doses d’ici la fin de l’année. D’après leurs projections ainsi que les estimations des spécialistes, il est toutefois probable que la population générale doive patienter jusqu’aux premiers mois de 2021 pour pouvoir en bénéficier.
Les spécialistes espèrent que plusieurs vaccins candidats franchiront avec succès les différentes étapes de validation afin de disposer d’un grand nombre de doses. “Dans l’idéal, nous voudrions pouvoir produire entre sept et huit milliards de doses une fois le traitement autorisé afin de vacciner le monde entier, explique Walter Orenstein, directeur associé du centre de vaccinologie de l’université Emory, à Atlanta.
Néanmoins, le fait est que nous n’aurons probablement pas assez de doses pour vacciner toute la population des États-Unis”, reconnaît-il.
Sachant que les premières doses ne seront certainement disponibles qu’en quantités limitées, la question est de savoir quels pays y auront accès en priorité. D’après des représentants de l’industrie pharmaceutique, les entreprises bénéficiant de financements de l’État américain, comme Johnson & Johnson, Moderna ou Sanofi, sont vivement incitées à en réserver un certain nombre à la population américaine.
La Coalition for Epidemic Preparedness Innovation, une fondation qui défend la distribution équitable de vaccins dans le monde, a récemment accepté de verser plus de 380 millions de dollars à la société de biotechnologies américaine Novavax pour l’aider à mettre au point un vaccin susceptible d’être produit dans plusieurs pays et distribué dans le monde entier.
Vacciner les soignants et les travailleurs essentiels en priorité
Aux États-Unis, c’est probablement une agence fédérale comme les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) qui décidera où seront envoyées les premières doses et quelles catégories de population seront immunisées en priorité. Et les autorités sanitaires examinent la possibilité de s’appuyer sur des réseaux d’agences d’État chargées des campagnes de vaccination des enfants dans des hôpitaux publics, ainsi que sur des institutions privées agissant sous le contrôle des CDC, explique Claire Hannan, directrice exécutive de l’Association of Immunization Managers.
Parmi les premiers vaccinés figureront probablement le personnel soignant travaillant en première ligne et les secouristes, ainsi que les métiers essentiels comme les employés des supermarchés, des commerces alimentaires, des pharmacies et des transports publics, indique Paul Offit, directeur du Vaccine Education Center à l’hôpital pour enfants de Philadelphie et membre d’une commission réunissant des représentants de l’État fédéral et de l’industrie pharmaceutique pour accélérer le développement d’un vaccin contre le Covid-19.
Johnson & Johnson estime pouvoir fournir ses premières doses au début de l’année 2021. D’après son directeur scientifique, Paul Stoffels, l’entreprise devrait en avoir suffisamment pour vacciner l’ensemble des soignants. À terme, elle devrait produire plus d’un million de doses.
Moderna renforce elle aussi ses capacités de production, grâce notamment à un partenariat avec le groupe suisse Lonza, afin de pouvoir fabriquer plusieurs dizaines de millions de doses par mois d’ici la fin de l’année. L’objectif est de pouvoir en fabriquer un milliard par an, indique le directeur, Stéphane Bancel.
Réponses immunitaires incertaines face au vaccin
Les laboratoires ne chercheront probablement pas à modifier ou à améliorer les vaccins déjà mis sur le marché, car cela nécessiterait une nouvelle autorisation formelle, estime Florian Krammer, professeur en vaccinologie à l’Icahn School of Medicine de l’hôpital Mount Sinai, à New York.
Les tests des premiers vaccins pourraient toutefois permettre aux chercheurs d’avoir une idée plus précise du niveau de réponse immunitaire nécessaire pour parvenir à une bonne protection contre le virus, explique Walter Orenstein
Reste à savoir si les personnes âgées pourront bénéficier du vaccin. Les défenses immunitaires décroissant avec l’âge, l’efficacité du vaccin pourrait être limitée chez les seniors. Une partie de ces incertitudes tient à la nature des premiers essais cliniques, qui portent sur des sujets sains âgés de 18 à 55 ou 60 ans, et dont le but est d’estimer rapidement les effets secondaires chez les personnes les plus susceptibles d’en souffrir.
La réponse immunitaire aux vaccins est généralement moins forte chez les personnes âgées, il est donc difficile de se baser sur les réactions d’individus plus jeunes pour prédire les effets chez les personnes plus âgées”, prévient Lisa Jackson, chercheuse au Kaiser Permanente Washington Health Research Institute, qui a participé à l’une des études pour le vaccin de Moderna.
Le National Institute of Allergy and Infectious Diseases a récemment élargi le recrutement de sujets aux plus de 55 ans pour son étude sur le vaccin développé en collaboration avec la société de biotechnologies.
Peter Loftus