Mort de George Floyd - Les 4 policiers inculpés, Donald Trump découpé par un ancien ministre
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
Le nouveau procureur en charge de l’affaire George Floyd a décidé de poursuivre pour complicité les trois policiers qui accompagnaient Derek Chauvin, lui-même désormais accusé de meurtre et non plus d’homicide involontaire. Pendant ce temps, le général James Matthis, ancien secrétaire à la défense de Donald Trump, dénonce un leader “qui tente de nous diviser”.
Keith Ellison, le nouveau procureur supervisant le dossier George Floyd, a décidé mercredi d’alourdir les charges retenues contre l’ex-policier impliqué dans la mort de l’homme de 46 ans et de poursuivre les trois personnes qui l’accompagnaient lors de l’intervention, rapporte le Minnesota Star Tribune. Une décision qui intervient, signale le quotidien, deux jours après que le gouverneur de l’Etat Tim Walz lui a confié l’affaire en remplacement du procureur local Mike Freeman.
Dereck Chauvin, qui s’est agenouillé sur le cou de M. Floyd pendant plus de 8 minutes, fait face désormais à un chef d’accusation de meurtre non-prémédité alors qu’il avait été initialement inculpé pour homicide involontaire. Tou Thao, J. Alexander Kueng et Thomas Lane, renvoyés comme M. Chauvin de la police, sont poursuivis pour complicité. C’est la première fois dans l’histoire du Minnesota que la justice poursuit plus d’un policier impliqué dans un incident de ce genre, relève le Minnesota Star Tribune.
“Nous croyons avec force que ces développements sont dans l’intérêt de la la justice pour M. Floyd, sa famille, cette communauté et notre Etat”, a assuré le procureur général. “George Floyd comptait. Il était aimé. Sa vie avait une valeur”, a-t-il ajouté, tout en insistant sur le fait que le climat de protestation à travers le pays n’avait pas influencé sa décision.
La famille de George Floyd et son avocat Benjamin Crump ont évoqué “un moment doux-amer”, saluant “l’action décisive” du procureur. Toutefois, a prévenu l’avocat, “nous ne pouvons pas célébrer parce qu’une arrestation n’est pas une condamnation”. Quincy Floyd s’est rendu mercredi sur les lieux de la mort de son père, “s’agenouillant au milieu des fleurs et des posters”, décrit le Los Angeles Times. “Nous voulons la justice”, a réclamé ce Texan de 27 ans.
Une condamnation difficile à obtenir
Les quatre hommes risquent une peine maximum de 40 ans de prison, précise le Washington Post. Mais le procureur Ellison a évoqué la “difficulté de poursuivre les policiers”, note CNN. Ils “sont rarements jugés pour des crimes contre des hommes noirs et les jurys sont souvents réticents à les condamner. La liste d’affaires perdues est longue”, insiste la chaîne d’information.
“S’ils sont condamnés, il est probable que les policiers écoperont de beaucoup moins” que 40 ans, estime le New York Times. Le quotidien s’appuie sur l’analyse de Richard Frase, professeur de droit à l’université du Minnesota. Selon lui, la peine pour un meurtre au second degré dans l’Etat ne dépasse rarement 12 ans. “Il y a évidemment énormément de pression pour être durs avec ces policiers mais le jugement ne tombera probablement pas avant deux ans. Cela dépend”, confie-t-il au Times.
Pendant que la justice avance à Minneapolis, la pression continue de monter à Washington où Donald Trump a suggéré lundi d’envoyer l’armée face aux manifestants. Mercredi, James Mattis, son ancien ministre de la défense, a formulé une “critique extraordinaire” du président américain dans une lettre publiée par The Atlantic.
“Donald Trump n’essaie pas d’unir les Américains”
Le site remarque que le général, démissionnaire en décembre 2018 en raison de désaccords sur la politique syrienne du commandant en chef, est resté silencieux jusqu’ici, considérant que s’exprimer serait “inapproprié”. Sa prise de parole – “son J’accuse”, ose The Atlantic – revêt donc un caractère d’autant plus exceptionnel.
“J’ai suivi les événements de cette semaine consterné et en colère”, raconte-t-il, outré que le droit des Américains à manifester puisse être remis en cause. “Nous devons rejeter et demander des comptes à ceux qui au pouvoir se moqueraient de notre constitution”, écrit-il avant d’enchaîner avec des mots forts : “Donald Trump est le premier président qui n’essaie pas d’unir les Américains, qui ne fait même pas semblant d’essayer. A la place, il tente de nous diviser. Nous sommes les témoins des conséquences de trois années d’efforts délibérés. Nous sommes les témoins des conséquences de trois années sans leadership mature”.
Son successeur au Pentagone, Mark Esper, se retrouve quant à lui “à marcher sur des œufs”, peut-on lire dans Politico. Le ministre de la défense a fait comprendre mercredi matin qu’il n’approuvait pas l’idée de Donald Trump. Il a même ordonné aux militaires présents dans la capitale de quitter la région avant de revenir sur cette décision quelques heures plus tard.
Une réunion à la Maison Blanche, qui n’aurait pas bien accueilli du tout ses propos de la matinée, expliquerait ce revirement selon le site. Mais le pensionnaire de la Maison Blanche a finalement déclaré à la chaîne Newsmax TV qu’il ne pensait pas avoir besoin de faire appel à l’armée.
A travers le pays, les manifestations continuent. Barack Obama les a encouragées dans un message vidéo, indique le New York Post. “Un changement d’état d’esprit est en train de se produire, une prise de conscience croissante que nous pouvons mieux faire”, se félicite le 44e président américain qui n’a pas prononcé le nom de son successeur. Il a invité les manifestants à “mettre les personnes au pouvoir dans une situation inconfortable”, louant le rôle de la jeunesse dans le mouvement.
Donald Trump recadré par Snapchat.
Après Twitter qui a signalé des tweets jugés trompeurs ou glorifiant la violence, la messagerie créée par Evan Spiegel a décidé de ne plus faire la promotion du compte du président dans sa section Discover. “Nous n’allons pas amplifier les voix qui incitent à la violence raciale et l’injustice”, a expliqué la plateforme dans un communiqué. Selon The Verge, M. Spiegel a envoyé dimanche soir un mémo de 2000 mots à ses employés pour leur rappeler, sans citer le nom de M. Trump, que l’application cherchait à “avoir un impact positif”. La veille, le locataire de la Maison Blanche avait suggéré qu’il enverrait “des chiens vicieux” sur les manifestants menaçants. Son compte avec 1,5 millions d’abonnés reste toutefois ouvert. Ce qui n’a pas empêché son équipe de campagne d’accuser Snapchat “d’essayer de truquer l’élection de 2020”, traitant le fondateur de l’application de “radical” préférant promouvoir “les vidéos d’émeutes d’extrême-gauche (…) plutôt que de partager les mots positifs d’unité et de justice” du président américain.
Un tiers des ralentisseurs français illégaux
Dans les grandes villes comme dans les bourgs, les ralentisseurs sont de plus en plus nombreux pour inciter les automobilistes à diminuer leur vitessse. Ils sont généralement installés aux abords des écoles, dans les zones limitées à 30 km/h ou près des résidences. Mais sur les 400 000 ralentisseurs en France, un tiers (37 %) serait non conforme, selon le magazine Auto Plus, « soit parce qu’ils sont trop hauts, trop raides ou, pire, mal ou pas du tout signalés ».
Pour Thierry Modolo, président de l’association Pour une mobilité sereine et durable, l’ensemble des ralentisseurs en France sont concernés : « Aujourd’hui, nous n’avons pas trouvé un seul ralentisseur conforme. » L’association a porté plainte contre la métropole de Toulon (ville où elle s’est implantée) et contre le département du Var pour des infrastructures routières ne répondant pas au décret de 1994.
Son président réclame leur suppression et s’étonne que les « élus continuent d’installer des ralentisseurs en toute illégalité ».
À Paimpol, dans les Côtes-d’Armor, un ralentisseur fraîchement installé va être raboté après plusieurs signalements d’internautes à propos de la hauteur du dos-d’âne. « En passant même doucement, mon pare-chocs a tapé », témoigne l’un d’eux sur la page Facebook d’Ouest-France Paimpol. Trois jours après son installation, un accident de moto s’est produit au niveau du ralentisseur. La mairie précise cependant que les travaux d’abaissement ne seraient pas en lien avec l’accident.
Un maire condamné
Il existe trois sortes de ralentisseurs : de type dos-d’âne, de type trapézoïdal et les coussins berlinois. Selon le décret de mai 1994, qui fixe les règles à respecter, aucun d’entre eux ne peut être implanté en dehors des zones où la vitesse est limitée à 30 km/h. Les dos-d’âne ne doivent pas dépasser 10 cm de hauteur et ne peuvent être installés sur les voies en pente, dans un virage ou sur les routes desservies par des transports publics. Dans la pratique, de nombreuses communes semblent faire fi de cette réglementation. Pourtant, le non-respect de ces règles peut coûter cher aux collectivités.
À Saint-Jean-le-Vieux, dans l’Ain, un automobiliste a obtenu gain de cause après avoir saisi le tribunal de Lyon à la suite d’une avarie sur son véhicule de sport. En cause ? Un ralentisseur trop haut. Le jugement rappelle « qu’aucun ralentisseur ne peut être implanté sur une route située en agglomération qui supporte une circulation de plus de 3 000 véhicules légers ou 300 poids lourds par jour ».
Selon la législation, si un accident est provoqué par un ralentisseur hors normes, la responsabilité pénale et administrative du maire peut être engagée. « Les automobilistes ou usagers peuvent engager un recours indemnitaire pour défaut d’entretien de la voirie devant un tribunal administratif », indique la norme Afnor de juin 1994 qui régit ces réglementations. Il existe pourtant des guides méthodologiques rappelant les normes d’installation. Édité par le Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques, ce guide est à destination des services techniques des Villes ou des Départements.
Baisser la vitesse de circulation
Même si certains ralentisseurs sont hors normes, il n’y a pas là de quoi les remettre en cause, estime Christophe Ramond, président de l’association Prévention routière : « Ces équipements servent à baisser la vitesse des véhicules. Accompagnés d’aménagements complémentaires, les ralentisseurs restent le meilleur outil pour la sécurité dans nos villes. »
Il rappelle que ces installations « ne sont pas qu’une contrainte pour les automobilistes, ils permettent de sauver des vies ». La vitesse excessive est la cause d’un accident de la route sur deux en milieu urbain.
Marion DURAND. Ouest France














