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Jours tranquilles à Paris

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8 mai 2020

Milo Moiré - photo : Peter Palm

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8 mai 2020

FotoNostrum Magazine : Premier Numéro

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FotoNostrum Gallery lance le premier numéro de son magazine bimensuel, dans la lettre de l’éditeur Julio Hisch-Hardy écrit:

“Nous avons inauguré la Galerie FotoNostrum à Barcelone le 4 mars, après d’importants efforts de rénovation pour la convertir en l’un des plus grands espaces d’exposition privés d’Europe entièrement dédié à la photographie. Il était difficile de croire que quelques jours plus tard, une situation sans précédent affecterait nos entreprises, nos communautés, nos familles et notre mode de vie. Six jours après l’ouverture, le gouvernement espagnol a décidé d’interdire tous les événements avec plus de 1 000 participants. Le 13 mars, nous avons fermé au public en raison du coronavirus. Notre exposition de groupe avec les lauréats du 15e prix Julia Margaret Cameron et du 15e prix Pollux, qui devait se terminer le 29 mars, était kaput. Comme de nombreux autres musées et galeries du monde entier, nous avons fermé notre galerie au milieu de l’exposition.

Juste après la fermeture, nous avons commencé à réfléchir pour être créatifs et maintenir le programme de nos expositions vivant et maintenir le contact avec notre communauté dynamique d’artistes et de spectateurs. En conséquence, nous avons décidé de deux lignes d’action: d’une part, nous allons commencer à montrer des expositions en ligne. En ce moment, vous pouvez voir une exposition des artistes représentés par la galerie. Dans une autre salle virtuelle, une exposition des œuvres de l’inventaire de la galerie. D’autre part, nous avons conclu qu’un magazine en ligne bimensuel était un excellent moyen de maintenir vivant le contact avec la communauté des photographes et des collectionneurs, ainsi que de présenter des portefeuilles photographiques et des interviews avec différents artistes. Nous nous engageons à rester en contact avec notre communauté dynamique de photographes et de collectionneurs. Le magazine FotoNostrum sera entièrement dédié à la présentation de portefeuilles et d’entretiens avec les auteurs, les éditeurs, et les conservateurs. Nous pensons que cette initiative contribuera à maintenir notre contact avec les photographes et collectionneurs lors de la fermeture de notre espace physique. Et nous pensons que c’est une excellente initiative de continuer à promouvoir les beaux-arts auprès du public, même après avoir surmonté cette pandémie qui affecte notre vie quotidienne. (…)

(…) Ce premier numéro # 0 présente deux invités spéciaux. Julia Fullerton-Batten, ambassadrice Hasselblad et photographe acclamée, lauréate des Pollux Awards, et Renée Jacobs, qui après avoir été dans le passé avocate des droits civils et constitutionnels aux États-Unis est maintenant une éminente photographe de nus. Renée Jacobs exposera à FotoNostrum conjointement avec la collection Private Property de Helmut Newton juste après que nous ayons pu rouvrir la galerie. Honorant Helmut Newton pour son 100e anniversaire, ce numéro présente des images sélectionnées de la collection de Private Property par Helmut Newton. La série entière sera exposée dans la galerie FotoNostrum dès que nous pourrons la rouvrir. Les photographies emblématiques de Helmut Newton sont accompagnées d’une longue interview avec Matthias Harder, directeur et conservateur de la Fondation Helmut Newton. Nous publions également des images sélectionnées et des interviews de Michael Knapstein, Judith Minks, Tom Chambers, Calli McCaw, Cheraine Colette, Julia SH, Susan Onysko, Vicky Martin, Schnezana von Büdingen, Lennette Newell et Alain Schroeder qui a été le vainqueur du World Press Photo 2018 dans la catégorie Sports et a été récompensé à deux reprises dans le World Press Photo 2020. »

Julio Hirsch-Hardy

Éditeur, FotoNostrum Magazine

www.fotonostrum.com

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7 mai 2020

Déconfinement : rouge ou vert, voici la couleur de votre département pour le 11 mai (et ce que cela implique)

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Cette carte bicolore doit permettre d'adapter le déconfinement aux "réalités locales" à partir du 11 mai, selon les mots du Premier ministre, Edouard Philippe. Elle est mise à jour quotidiennement.

Nouvelle attestation de déplacement, tests, plages... Ce qu'il faut retenir des annonces du gouvernement avant le début du déconfinement

"Le pays est divisé en deux." Edouard Philippe a dévoilé, jeudi 7 mai, la carte de France par départements qui sera prise en compte à partir du 11 mai pour engager un déconfinement "très progressif". Tous les départements des quatre régions du quart nord-est de la France (Hauts-de-France, Grand-Est, Bourgogne-Franche-Comté et Ile-de-France) sont classés en rouge. C'est dans ces territoires que l'épidémie sévit avec le plus de virulence depuis le mois de mars. Dans les outre-mer, seul Mayotte est classé en rouge. A l'inverse, tous les départements du sud et de l'ouest du pays sont en vert.

"Nous sommes en mesure de valider le déconfinement sur l'ensemble du territoire métropolitain, mais certains départements ont des résultats moins bons", a indiqué le Premier ministre. Deux cas particuliers sont à noter : à Mayotte, le déconfinement sera "retardé" en raison de l'augmentation du nombre de cas positifs au coronavirus et en Ile-de-France, une "discipline renforcée" sera mise en place en raison de la circulation encore forte du Covid-19.

Comment sont définies les couleurs des départements ?

La teinte des départements est attribuée en fonction de trois critères principaux : la circulation active du virus, la tension hospitalière en réanimation et la capacité en tests de dépistage du Covid-19, par prélèvement nasal.

Dans le détail, plusieurs indicateurs objectifs sont utilisés par le gouvernement. Tout d'abord, les autorités de santé calculent la proportion de passages aux urgences pour une suspicion de Covid-19 dans les départements. Ensuite, le taux d'occupation des lits en service de réanimation par des patients atteints de coronavirus est mesuré sur les sept derniers jours et comparé à la capacité initiale, avant l'épidémie. Enfin, le taux de couverture des besoins en tests a été estimé pour le 11 mai.

Trois cartes sont ainsi réalisées avec trois couleurs, avant d'être rassemblées sur une seule carte bicolore. L'indicateur prioritaire étant celui des tensions dans les services de réanimation, a indiqué le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Quelles sont les limites de cette carte ?

Comme toute représentation, cette carte n'est qu'une interprétation de la réalité à un instant précis. Pour cartographier ce qu'il désigne comme la "circulation active du virus", le ministère de la Santé se base seulement sur la proportion de passages aux urgences pour une suspicion de Covid-19 dans les départements.

Or, ce taux exclut par définition tous les porteurs du virus qui n'ont pas poussé la porte des urgences, ainsi que les éventuels porteurs asymptomatiques. Le seul moyen de connaître de façon certaine le taux de circulation du virus dans notre pays consisterait à tester l'ensemble de la population régulièrement, ce que le gouvernement a choisi de ne pas faire.

Cette carte n'échappe également pas aux effets de seuils, qui peuvent conduire deux départements à la situation comparable à être classés différemment. Un département dont la part de passages aux urgences pour une suspicion de Covid-19 est de 5,9% est ainsi classé en vert, tandis qu'un autre pour lequel ce taux atteint 6,1% bascule en orange. Des effets de seuils qui peuvent se retrouver dans la carte bicolore finale.

Que change la couleur pour le déconfinement ?

De "grandes règles", communes à tous, ont été édictées sur l'ensemble du territoire. Mais plusieurs différences subsistent à l'échelle locale entre les départements "verts" et "rouges".

Concrètement, dans les départements "verts", les parcs et jardins pourront être rouverts dès le 11 mai. Idem pour les collèges, qui pourront accueillir des élèves de 6e et de 5e dès le 18 mai. Après trois semaines durablement "vertes", le gouvernement pourra "envisager" pour ces départements une étape nouvelle, à savoir la réouverture des cafés et restaurants ainsi que des lycées. Ce ne sera pas possible pour les départements "rouges".

Pour les départements en "rouge", ces activités ne seront pas possibles et les autorités locales, comme les élus et les préfets, auront aussi "la possibilité d'aller fermer si nécessaire des écoles, fermer si nécessaire un certain nombre de commerces ou de lieux extérieurs", a précisé le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur franceinfo.

Une particularité à noter : en Ile-de-France, des règles "très strictes" supplémentaires seront imposées dans les transports en commun pour au moins trois semaines, en raison de la densité de population ainsi que de la forte circulation du virus dans la région.

Peut-on circuler d'un département "vert" à un département "rouge" ?

Oui, dans la limite des 100 km. Il n'y aura pas de postes-frontières entre les départements de couleurs différentes. Mais attention, des contrôles de police sont toujours possibles afin de vérifier que vous êtes bien dans un rayon de 100 km autour de votre domicile. Au-delà de cette distance, et où que vous soyez sur le territoire, il faudra vous munir d'une attestation de déplacement justifiant d'un motif familial ou professionnel impérieux.

Une précision importante est à noter concernant le calcul des 100 km. Il s'agit d'une distance calculée à vol d'oiseau et non d'un kilométrage sur la route, comme cela a été précisé dans une lettre du Premier ministre aux préfets, jeudi 7 mai. Dans un même département, la distance de déplacement libre n'est pas limitée. Enfin, il reste tout de même recommandé d'"éviter les déplacements entre des territoires plus ou moins éloignés, mais très différents sur le plan de la circulation du virus", a souligné le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Un département peut-il changer de couleur ?

Oui. La carte de France bicolore n'est pas gravée dans le marbre. Chaque département peut potentiellement changer de couleur du jour au lendemain, en fonction de l'évolution des indicateurs. Une version actualisée de la carte doit être présentée tous les soirs par Jérôme Salomon, le directeur général de la santé. De quoi inciter tout le monde à respecter les gestes barrières afin d'éviter toute accélération de l'épidémie.

7 mai 2020

Fanny Müller

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7 mai 2020

La lettre politique de Laurent Joffrin - Pour se libérer, il faut se contraindre

La France, désormais, ressemble à la barbe d’Edouard Philippe : une partie est moins sombre que l’autre, selon une diagonale comparable. Cette dichotomie se conçoit : on aurait mal compris que les départements nettement moins affectés par le virus obéissent aux mêmes contraintes que les autres. Au Sud et à l’Ouest, les règles seront plus souples, au nord et à l’est, plus contraignantes.

Faut-il s’indigner de ce régime de liberté surveillée ? Difficile. Outre qu’il rencontre une demande majoritaire, il obéit à un paradoxe imposé par la situation : pour que le déconfinement entamé lundi se poursuive, il faudra éviter une éventuelle «deuxième vague» de l’épidémie. C’est-à-dire respecter toutes les précautions nécessaires pour limiter la circulation du virus. A cette condition, les obligations multiples qui organiseront la vie sociale nouvelle pourront être progressivement levées. Autrement dit – désagréable contradiction – pour redevenir libres, il faudra d’abord se contraindre. Dans l’explication de ce paradoxe, Edouard Philippe et ses ministres ont livré une prestation technique, sobre et précise, dont on connaissait d’ailleurs les principales dispositions.

Deux points accroissent un regret rétrospectif. Le gouvernement promet une mise à disposition massive de masques de protection. C’est bien que ces masques sont utiles. Eussent-ils été présents au début de l’épidémie que tout le monde s’en serait nettement mieux trouvé. Même chose pour les tests, dont le rythme devrait atteindre enfin un régime de croisière à la hauteur du défi, quoique le Premier ministre n’ait pas donné de chiffres sur ce sujet, ce qui est inquiétant. Voilà qui contraste avec l’ancien discours : les tests sont une arme secondaire. Non : ils sont essentiels, on l’a vu à l’étranger.

Un point aveugle : le traitement de la deuxième crise qui s’ouvre maintenant, la crise sociale. On pare au plus pressé, par exemple avec les mesures sur le chômage partiel, mais on reste muet sur les demandes patronales, ou libérales, qui préconisent un accroissement du temps de travail et écartent toute contribution supplémentaire des plus aisés. Un silence éloquent : on n’en parle pas, mais de toute évidence, on y pense…

LAURENT JOFFRIN

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7 mai 2020

Étel - Il y a 75 ans, la redditionde la poche de Lorient

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Le 7 mai 1945 à 20 h 15, au Café Breton, le colonel Borst, de la Wehrmacht, signe au nom de l’Allemagne nazie la reddition de la poche de Lorient avec cessez-le-feu pour le 8 à 0 h GMT.

Engagées le 4 mai, les négociations préalables s’avèrent difficiles. Considérant ne pas avoir d’ordre de Berlin ni de Dönitz, et ne pas avoir été défaits sur le terrain opérationnel, les Allemands restent intransigeants. Néanmoins, l’après-midi du 7 mai, au café Le Carour, au Magouer, Borst retrouve le colonel Keating, représentant les Américains, et le colonel Joppé, l’armée française, pour une dernière négociation où Keating menace de bombardements massifs si les conditions ne sont pas acceptées. Le seul accord est de se retrouver le soir à Etel, déjà libérée.

Après s’être rendu à Lorient auprès du général Fahrmbacher, Borst revient et traverse à bord d’un bateau de la Croix-Rouge. Quai des Thoniers, il s’adresse en anglais à Keating et en français à Joppé pour dire que les conditions de la reddition sont acceptées.

Pose d’une plaque

Cette reddition fait qu’Etel commémore habituellement la fin de la Seconde Guerre mondiale le 7 mai et non le 8.

Ce 7 mai était prévue la pose d’une plaque à l’angle des rues de la Libération et du 8-Mai, face au Café Breton, pour honorer la mémoire de cinq combattants FFI tués le 23 août 1944 pour libérer Etel : Jean Aubert, d’Auray, Eugène Le Chevillé, de Ploemel, Alphonse Lamouric et Antoine Le Priellec, de Saint-Goustan, et Grégoire Guillevic, de Merlevenez. Par leurs recherches historiques, Georges Millarec et le comité de l’ANACR - Amis de la Résistance les ont sortis de l’oubli. La plaque sera posée lorsque les circonstances le permettront, mais Maryline Le Sauce, de l’ANACR, tenait à ce qu’en ce 7 mai, leur mémoire soit néanmoins évoquée.

7 mai 2020

TROPICALEO VISUAL STORY BY CHARIS KIRCHHEIMER & SCARLETT LILLIA {EXCLUSIVE EDITORIAL/NSFW}

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Today’s Visual story by Charis Kirchheimer and Scarlett Lillia is inspired by  tropical and steamy days of summer under the Miami sun.

“Find me under the Palm trees…”

See more of Charis’ work here:

https://www.chariskirchheimer.com/

https://ello.co/chariskm

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7 mai 2020

Le couple Macron - Philippe à l’épreuve de la crise due au coronavirus

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Par Olivier Faye, Alexandre Lemarié

A l’approche du déconfinement, des divergences de fond apparaissent entre le président de la République et le premier ministre.

De ses jeunes années au Conseil d’Etat, maison où l’« on écrit le droit », selon lui, Edouard Philippe dit avoir appris une chose : « la rigueur dans l’expression » et la capacité « à ne pas employer un mot pour un autre ». C’est en tout cas ce qu’il raconte dans son livre – largement autobiographique – Des hommes qui lisent (JC Lattès), paru en 2017.

Quand le premier ministre prévient, devant l’Assemblée nationale, le 28 avril, que le confinement peut conduire à l’« écroulement » de l’économie française, il mesure donc a priori la portée de ce mot. « Je n’emploie pas ce terme au hasard, a insisté M. Philippe. On me reproche bien plus souvent la litote que l’exagération. »

C’est pourtant ce trait qu’a dénoncé chez lui Emmanuel Macron. « Je n’ai pas ces grands mots », a souligné le chef de l’Etat, mardi 5 mai, depuis une école de Poissy (Yvelines), où il répondait aux questions de TF1 et de France 2. Face au « choc massif économique », lui préfère célébrer cette « nation forte » qu’est la France, comme pour rassurer ses concitoyens à quelques jours de l’échéance du déconfinement, le 11 mai.

Les histoires de mots ont souvent scandé la chronique des désaccords entre président de la République et premier ministre sous la Ve République : Georges Pompidou avait avalé de travers la « nouvelle société » de Jacques Chaban-Delmas, et Nicolas Sarkozy le commentaire de François Fillon se disant « à la tête d’un Etat en faillite ».

Après des divergences de vue, fin 2018, sur la réponse à apporter aux « gilets jaunes », puis sur la réforme des retraites, fin 2019, l’épisode opposant aujourd’hui Emmanuel Macron et Edouard Philippe témoigne d’une différence d’approche quant à la deuxième phase de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Ces grincements dans la mécanique Elysée-Matignon interviennent à un moment très sensible, alors que le premier ministre devait présenter la mécanique précise du déconfinement, jeudi 7 mai, lors d’une conférence de presse.

« Le fusible »

Mardi, le chef de l’Etat voulait éveiller chez les Français une « part d’espoir, de sourire, de soleil », tout en les invitant à « continuer à être vigilants » face à l’épidémie causée par le SARS-CoV-2. Le déconfinement, le 11 mai, et le retour à l’école, c’est lui qui les a souhaités, provoquant un torrent de complications et de craintes. Charge pour son gouvernement en général et son premier ministre en particulier de le maîtriser. « Philippe est placé en première ligne, c’est le fusible », analyse un élu proche du président.

« PAR SES PRISES DE POSITION POUR LE MOINS ÉVOLUTIVES, [LE PRÉSIDENT] VOUS AFFAIBLIT À CHACUNE DE SES INTERVENTIONS », A RAILLÉ CHRISTIAN JACOB, MARDI, EN S’ADRESSANT À EDOUARD PHILIPPE

Le discours du chef du gouvernement à la tribune du Sénat, lundi, pour présenter le plan de déconfinement, s’est révélé être un exercice de style bien différent. Visage fermé, s’appuyant à l’occasion du coude sur son pupitre, Edouard Philippe a répété à quatre reprises « le moment est critique ». Il avait à peine fini de parler qu’Emmanuel Macron s’exprimait depuis l’Elysée pour demander que le déconfinement soit abordé avec « calme, pragmatisme et bonne volonté ». « Le président de la République ne vous aide pas, a raillé Christian Jacob, président du parti Les Républicains, mardi, en s’adressant à Edouard Philippe lors des questions au gouvernement. Au contraire, par ses prises de position pour le moins évolutives, il vous affaiblit à chacune de ses interventions. »

Depuis plusieurs semaines, la pression élyséenne ne se relâche pas sur Matignon. Le 19 avril, M. Philippe annonçait devant l’Assemblée nationale que la stratégie du déconfinement serait dévoilée « d’ici à quinze jours » ; quatre jours plus tard, M. Macron bouleversait le programme en révélant lui-même devant les élus locaux les éléments-clés de ce futur plan, dont une reprise de l’école sur la base du volontariat. Ce qui pourrait apparaître comme de simples difficultés de forme révèle des divergences de fond.

« Le gouvernement a ces derniers temps des difficultés à rester fidèle à la parole du président », estime un député La République en marche (LRM). Emmanuel Macron se montre favorable à l’idée de donner vingt-quatre heures de plus à l’opposition pour voter le plan de déconfinement à l’Assemblée nationale ? Matignon refuse. Le chef de l’Etat écarte l’hypothèse d’un déconfinement régionalisé ? Le coordonnateur national de l’opération, Jean Castex, choisi par Edouard Philippe et placé sous son autorité, travaille malgré tout à ce scénario, obligeant l’Elysée à rappeler la ligne officielle. Emmanuel Macron envisage de reporter le premier tour des élections municipales ? L’ancien maire du Havre (Seine-Maritime) fait tout pour l’en dissuader. « Macron était à 70 % pour un report et à 30 % pour un maintien. Pour Philippe, c’était l’inverse », explique un familier de l’Elysée.

Dimanche soir, enfin, le palais a fait savoir que les mesures de quatorzaine pour les voyageurs arrivant de l’étranger ne sauraient concerner les personnes venant de pays issus de l’Union européenne ou de l’espace Schengen, contredisant le discours tenu par le gouvernement la veille.

« Coup de poker raté »

L’imbroglio autour de la date du vote à l’Assemblée nationale du plan de déconfinement a été la démonstration de cette montée de température entre les deux têtes de l’exécutif. En particulier lorsque L’Express et Le Point ont révélé l’existence d’échanges téléphoniques entre le chef de l’Etat et des journalistes pour faire connaître sa divergence avec Matignon – ce que son entourage dément aujourd’hui.

« Pour la première fois, l’Elysée a assumé de mettre en scène leur différend. C’est nouveau, car depuis le début du quinquennat, même dans les périodes où il y a pu y avoir de la tension entre le président et son premier ministre, il n’y a jamais eu de son de cloche différent avec Matignon. Là, si », note un macroniste historique.

Certains proches d’Emmanuel Macron se répandent d’ailleurs en « off » et boules puantes contre ceux d’Edouard Philippe. « D’habitude, quand il y a des différences d’appréciation entre eux, ils les règlent à deux, en privé, et offrent un visage uni devant les responsables de la majorité. Ils connaissent bien le guide de survie du couple exécutif sous la Ve République : afficher des divergences les affaiblit l’un et l’autre, raconte un élu au cœur du pouvoir. Mais le président est un banquier d’affaires, il est joueur et il tente parfois des coups de poker. Cette fois, c’était un coup de poker raté ; il a affaibli son premier ministre et s’est affaibli lui-même. »

Outre la gravité et le caractère imprévisible de la crise en cours, ce regain de tension témoigne d’une différence de temporalités personnelles entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe : l’un vise sa réélection en 2022, quand l’autre chercherait à sécuriser son futur à court et à moyen terme. « Macron et Philippe n’arrêtent pas de se désavouer l’un l’autre, même si c’est fait d’une façon habillée. L’un sent qu’il faut commencer le déconfinement, il essaye de faire de la politique, l’autre se dit qu’il va porter le chapeau des morts », souligne un ancien conseiller de l’Elysée durant un quinquennat précédent.

Ceint de son immunité présidentielle, Emmanuel Macron a en effet moins à craindre des multiples procédures judiciaires qui menacent l’exécutif sur sa gestion de crise. « La première vague de mises en cause a été dure pour Edouard [Philippe], il l’a vécue comme une injustice, rapporte un ministre qui le connaît bien. Il a ça derrière le crâne, mais il s’en est délié désormais. Il est passé à autre chose. »

Siège éjectable

Selon plusieurs sources, les interrogations sur l’avenir d’Edouard Philippe à Matignon suscitent par ailleurs une intense lutte d’influences en coulisses entre les partisans du statu quo et les tenants de la table rase. « Comme personne ne sait si le premier ministre va le rester, cela conduit à des conjectures et libère la parole des entourages, qui veulent pousser leurs options », explique une source au sein de l’exécutif.

Dans la majorité, alors que l’aile droite plaide pour le maintien de l’ex-juppéiste à son poste, en vantant « sa solidité et sa loyauté », l’aile gauche milite pour une fin de quinquennat teintée de social et d’écologie, sous l’égide du ministre des affaires étrangères et ex-socialiste Jean-Yves Le Drian. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, qui semble se préparer dans cette optique, ainsi que le président du MoDem, François Bayrou, et celui de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, font aussi partie de la short list qui circule en Macronie.

Edouard Philippe a beau avoir confié à son conseiller spécial, Jérôme Bonnafont, la tâche de compiler des réflexions sur l’après-crise, le sujet ne l’accapare guère. D’après ses fidèles, le premier ministre aurait conscience d’être placé sur un siège éjectable.

« Edouard [Philippe] a beaucoup donné… Même physiquement, cela se voit, observe un proche. Il a toujours eu en tête qu’il pouvait se faire virer du jour au lendemain, d’autant qu’il ne devait en théorie pas devenir premier ministre. Déjà, après les retraites, il ne s’attendait pas à rester. Il estimait avoir fait le job après les “gilets jaunes” et cette réforme. »

« IL FAUT SEULEMENT VOIR SI [EDOUARD PHILIPPE] PEUT INCARNER LE CHANGEMENT… », S’INTERROGE UN MINISTRE QUI A SES ENTRÉES À L’ELYSÉE

Pourra-t-il aider à redessiner le monde d’« après » que promet Emmanuel Macron ? Certains, au sein même du gouvernement, en doutent. « Le premier ministre montre de la maîtrise et de la solidité dans l’épreuve », estime un ministre qui a ses entrées à l’Elysée, avant de s’interroger tout haut : « Il faut seulement voir s’il peut incarner le changement… »

La motivation du principal intéressé ne serait pas acquise, estiment certains macronistes. « Est-ce qu’Edouard Philippe peut incarner le “réinventer” du président de la République ? Le sujet ne se pose pas tant au président qu’au premier ministre lui-même, juge un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron. La question première, c’est : veut-il rester ? »

Amoureux de la Rome antique, l’ancien maire du Havre a rappelé, en conclusion de son discours au Sénat, la citation parfois attribuée à Galien, médecin de Marc-Aurèle, qui prescrit ce remède aux temps de peste : « Cito, longe, tarde. » « Pars, vite, loin et longtemps. » « Aujourd’hui, il n’est question pour personne de fuir », a assuré Edouard Philippe. Reste à savoir qui aura le dernier mot.

7 mai 2020

Warum ?

11 mai warum

7 mai 2020

A voir ce soir à la télévision...

Chronique d’une victoire des Alliés longtemps incertaine

Philippe-Jean Catinchi

Un documentaire inédit sur France 2 raconte astucieusement la fin de la seconde guerre mondiale en Europe

FRANCE 2

JEUDI 7 - 21 H 05

DOCUMENTAIRE

Souvent présenté comme les prémices de la victoire des Alliés, le Débarquement de Normandie, en juin 1944, n’a pas eu l’impact décisif qu’on lui prête souvent. Outre une progression territoriale plus difficile que prévu, les tensions entre les généraux alliés, la délicate manœuvre de De Gaulle pour se faire admettre à la table des vainqueurs, le cynisme parallèle d’un Staline et d’un Hitler interdisant tout repli, assimilé à une trahison, rien ne permet de conclure avant la Noël 1944.

Bénéficiant du concours de la documentaliste Marie-Hélène Barbéris et de l’historien Olivier Wieviorka, cette évocation, qui mêle images d’archives – certaines rares – et scènes reconstituées, a une vertu précieuse : montrer à quel point l’issue a pu sembler incertaine. Entre les ultimes complots contre le Führer, qui aggravent, si possible, sa paranoïa, le martyre du Vercors, tache terrible dans l’histoire de la Libération, la rocambolesque aventure des SS déguisés en GI qui sèment le chaos sur le front ardennais et le traumatisme du bombardement de Dresde, le récit, astucieusement mené, convoque le témoignage de protagonistes plus ou moins fameux.

Chapitres singuliers

De Vassili Grossman, correspondant de guerre soviétique, et Grigory Pomeranz, alors simple lieutenant de l’Armée rouge, à Nicolaus von Below, officier d’ordonnance d’Hitler, Arthur « Bomber » Harris, commandant de la RAF, ou l’escrimeur René Bondoux, chef de cabinet du général de Lattre, qui assiste à la signature de la capitulation nazie à Berlin, le 8 mai, la narration alterne leçon générale, chapitres singuliers et paroles d’acteurs. Un cocktail qui soutient l’intérêt d’une geste qu’on croyait plus simple. Plus glorieuse aussi.

Bien sûr, ce programme entend célébrer les 75 ans de la reddition de l’Allemagne nazie, tenue pour la fin du conflit mondial. C’est toutefois un peu rude de ne pas même mentionner que la guerre est loin d’être finie et que le Pacifique est encore à feu et à sang. L’arrivée aux commandes du président Truman, à la mort de Roosevelt, aurait justifié d’évoquer Hiroshima et la capitulation du Japon, le 2 septembre 1945. Dommage que l’européocentrisme ait éliminé un chapitre aussi essentiel pour évoquer la victoire des Alliés.

Cellule de crise : l’histoire secrète de la victoire, de Caroline Benarrosh (Fr., 2020, 115

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