Déconfinement : le déploiement inédit et délicat des « brigades » de traçage des patients infectés
Par Camille Stromboni, François Béguin, Stéphane Mandard, Faustine Vincent, Elisabeth Pineau
Des milliers d’agents de la CNAM et des agences régionales de santé vont être mobilisés pour identifier et contacter les personnes qui ont côtoyé les malades. En première ligne pour les signalements, les médecins généralistes.
Le 11 mai, un dispositif sanitaire d’une ampleur inédite démarrera en France. Pour briser les chaînes de transmission et ne pas risquer une nouvelle flambée épidémique à l’heure du déconfinement, tous les patients porteurs du Covid-19 et tous ceux qu’ils auraient pu contaminer devront être testés, tracés et isolés.
Pour y parvenir, une organisation ad hoc a dû être construite de toutes pièces en urgence – en seulement une dizaine de jours –, même si à ce stade toutes les modalités ne sont pas encore arrêtées. A la manœuvre : les médecins généralistes, et en appui, des « brigades », comme les a qualifiées le premier ministre Edouard Philippe, constituées de milliers d’agents de l’Assurance-maladie et des agences régionales de santé (ARS).
Le défi est colossal. En Ile-de-France, on s’attend par exemple à un millier de nouveaux cas Covid-19 par jour (contre 400 à 600 aujourd’hui), pour lesquels dix à vingt contacts en moyenne seront recherchés. Entre 10 000 et 20 000 personnes devraient donc être identifiées et appelées, même si l’ARS table plutôt sur la fourchette basse. Chaque département français verra son niveau de déconfinement lié à l’efficacité de son « système local de tests et de détection des cas contacts », a prévenu Matignon.
Dans le Bas-Rhin, où l’on anticipe de 60 à 120 cas par jour, la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) a mobilisé 200 agents, soit presque un cinquième de ses effectifs. Sur toute la France, 4 000 salariés de la CNAM vont être affectés dans un premier temps à ces plateformes d’appel. A partir du 11 mai, chaque patient diagnostiqué positif sera recontacté après son passage chez son généraliste de manière à identifier toutes les personnes avec qui il a eu un échange de quinze minutes à moins d’un mètre depuis quarante-huit heures avant l’apparition des symptômes. « On ne va pas rechercher les personnes croisées dans la rue, explique Maxime Rouchon, le directeur du site. Mais on sait très bien que dans le milieu professionnel, le patient n’aura pas forcément tous les contacts. Il y aura donc un travail d’investigation pour rechercher les coordonnées. »
Equipes mobiles et plateformes téléphoniques
Objectif de tous ces appels : inviter les cas contacts à se faire tester, gratuitement, sans prescription, dans un laboratoire indiqué par la CPAM. Des masques seront également proposés. Les personnes contaminées seront par ailleurs invitées à rester confinées à leur domicile pendant quatorze jours. « On s’assure aussi qu’il n’y a pas de difficultés pour se rendre au laboratoire ou que l’isolement est possible à domicile », précise le directeur de la CPAM de Strasbourg.
A cinq jours de son lancement, les contours définitifs du dispositif n’étaient toutefois pas tout à fait arrêtés. Mardi 5 mai, certaines ARS étaient par exemple incapables de dire si des équipes mobiles – mises en place en lien avec le préfet – allaient venir en soutien aux plateformes téléphoniques. En Ile-de-France, de telles équipes sont déjà en place depuis la mi-avril dans quatre hôpitaux de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) dans le cadre du programme « Covisan ». Cette fois, « c’est ni plus ni moins le déploiement de Covisan à grande échelle, on passe à un niveau “industriel” », résume-t-on à l’ARS Ile-de-France.
Chaque jour, ces intervenants se rendent dans les familles où des cas potentiels ont été signalés pour proposer un dépistage et un isolement à l’extérieur du logement si nécessaire. « Idéalement, il faudrait avoir 500 équipes déployées juste à Paris pour parvenir à casser la chaîne des transmissions et étouffer le virus », estime Jean-Sébastien Molitor, de l’ONG Solidarités international, venu participer au projet.
Outre cet appui de terrain aux CPAM, les ARS sont spécifiquement chargées d’enquêter sur les « cas complexes » de contamination collective. Celle d’Ile-de-France, en collaboration avec des ONG comme Médecins sans frontières (MSF), déploie déjà des équipes mobiles dans des foyers de migrants, des camps de sans-papiers, des centres de demandeurs d’asile… En un mois, environ 230 sites ont été visités. « Tout ce qui a fait ses preuves, on va continuer à s’appuyer dessus », explique Luc Ginot, directeur de la santé publique à l’ARS.
Période de rodage
Alors que le premier ministre avait évoqué la possibilité de mobiliser « des personnels des centres communaux d’action sociale, des mairies, des départements, ou [des personnes] mises à disposition par les grandes associations, par exemple la Croix-Rouge », ces contributions n’ont à ce stade pas été retenues.
A Bordeaux, on s’étonne ainsi de ne pas encore avoir été sollicité : « Les services de la ville et le maire se tiennent à la disposition de l’ARS mais pour l’instant, les brigades sanitaires, ça reste un point d’interrogation. Si les communes doivent être associées, il serait temps de s’en occuper, surtout qu’il y a d’autres priorités avec la rentrée, le déconfinement, etc. » Dans le Gers, le département a déjà fait des offres de service pour mettre à disposition des agents pour apporter de l’aide alimentaire ou du soutien psychologiques aux personnes confinées.
Pendant une première période de rodage, l’Assurance-maladie a prévu d’être seule à la manœuvre. « Dans un deuxième temps, après quinze jours ou trois semaines de fonctionnement, précise Maxime Rouchon, on pourra envisager d’avoir recours à d’autres structures et en tout état de cause sur la base d’un cahier des charges précis. »
En première ligne de ces « brigades d’anges gardiens », comme les a surnommées le ministre de la santé Olivier Véran le 2 mai : les médecins généralistes. A compter du 11 mai, si un patient est testé positif, il leur sera demandé d’inscrire son identité et de renseigner le maximum de noms de personnes qui sont entrées en contact avec lui, en remontant jusqu’à quarante-huit heures avant l’apparition des symptômes.
Pour les encourager à poursuivre l’enquête au-delà de la famille proche, outre les 55 euros de forfait pour la consultation, l’Assurance-maladie leur versera 2 euros « à chaque contact supplémentaire, pour le nom, le prénom, la date de naissance », et 4 euros « s’ils trouvent les coordonnées permettant de le joindre ».
Crainte de violation du secret médical
« Tracer le patient, c’est facile. Sa famille, c’est déjà plus compliqué, si elle n’est pas trop nombreuse, je pourrai éventuellement demander l’aide de ma secrétaire, mais aller enquêter sur qui nos patients ont croisé, je n’aurai pas le temps », insiste Xavier Marc-Tudor, généraliste à Nantes. Tous les médecins interrogés sont sceptiques sur la faisabilité d’enquêter au-delà du seul cercle familial.
« A un niveau plus large, ça va être un casse-tête ; quid du patient qui prend la ligne 13 ? », demande Xavier Geanty, généraliste parisien. Autre interrogation : les laboratoires de ville seront-ils en capacité de faire les tests de dépistage dans les plus brefs délais ?
La principale critique adressée au dispositif porte sur le traçage des patients. « J’ai l’impression que je vais devoir violer le secret médical, confie sous couvert d’anonymat un médecin généraliste d’Orléans. On va devoir traquer les gens. Même pour les patients atteints de sida on n’a pas fait pas ça. » « Ethiquement j’émets des réserves. Il ne s’agit pas d’extorquer une acceptation d’un patient. Il est hors de question qu’un médecin déclare qui que ce soit sans son accord », renchérit Jean-Luc Fontenoy, président du conseil de l’Ordre des médecins de Seine-Saint-Denis.
Interrogée sur cette crainte de violation du secret médical, la CPAM du Loiret assure que la question ne se pose pas dans la mesure où « [ses] agents y sont eux-mêmes soumis ». Une loi fixant un cadre précis sur le champ des structures habilitées à intervenir devrait être votée cette semaine. L’un des points les plus délicats, à savoir divulguer le nom du patient contaminé lors de l’appel aux personnes contact, n’a pas encore été tranché. « Mais si on le fait, dans tous les cas, ce sera avec l’accord du patient », assure Maxime Rouchon, à la CPAM du Bas-Rhin.
Côte sauvage - Presqu’île de Quiberon
« Non à un retour à la normale »
Tribune - « Non à un retour à la normale » : de Robert De Niro à Juliette Binoche, l’appel de 200 artistes et scientifiques
Un collectif de personnalités, dont Madonna, Cate Blanchett, Philippe Descola, Albert Fert, lancent dans une tribune au « Monde » un appel, initié par Juliette Binoche et Aurélien Barrau, aux dirigeants et citoyens pour changer en profondeur nos modes de vie, de consommation et nos économies.
La pandémie de Covid-19 est une tragédie. Cette crise, pourtant, a la vertu de nous inviter à faire face aux questions essentielles.
Le bilan est simple : les « ajustements » ne suffisent plus, le problème est systémique.
La catastrophe écologique en cours relève d’une « méta-crise » : l’extinction massive de la vie sur Terre ne fait plus de doute et tous les indicateurs annoncent une menace existentielle directe. A la différence d’une pandémie, aussi grave soit-elle, il s’agit d’un effondrement global dont les conséquences seront sans commune mesure.
Nous appelons donc solennellement les dirigeants et les citoyens à s’extraire de la logique intenable qui prévaut encore, pour travailler enfin à une refonte profonde des objectifs, des valeurs et des économies.
Point de rupture
Le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains. La pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture.
Pour ces raisons, jointes aux inégalités sociales toujours croissantes, il nous semble inenvisageable de « revenir à la normale ».
La transformation radicale qui s’impose – à tous les niveaux – exige audace et courage. Elle n’aura pas lieu sans un engagement massif et déterminé. A quand les actes ? C’est une question de survie, autant que de dignité et de cohérence.
===================
Signataires :
Lynsey Addario, grand reporter ; Isabelle Adjani, actrice ; Roberto Alagna, chanteur lyrique ; Pedro Almodovar, réalisateur ; Santiago Amigorena, écrivain ; Angèle, chanteuse ; Adria Arjona, actrice ; Yann Arthus-Bertrand, photographe, réalisateur ; Ariane Ascaride, actrice ; Olivier Assayas, réalisateur ; Josiane Balasko, actrice ; Jeanne Balibar, actrice ; Bang Hai Ja, peintre ; Javier Bardem, acteur ; Aurélien Barrau, astrophysicien, membre honoraire de l’Institut universitaire de France ; Mikhail Baryshnikov, danseur, chorégraphe ; Nathalie Baye, actrice ; Emmanuelle Béart, actrice ; Jean Bellorini, metteur en scène ; Monica Bellucci, actrice ; Alain Benoit, physicien, Académie des sciences ; Charles Berling, acteur ; Juliette Binoche, actrice ; Benjamin Biolay, chanteur ; Dominique Blanc, actrice ; Cate Blanchett, actrice ; Gilles Bœuf, ancien président du Muséum national d’histoire naturelle ; Valérie Bonneton, actrice ; Aurélien Bory, metteur en scène ; Miguel Bosé, acteur, chanteur ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène ; Stéphane Brizé, réalisateur ; Irina Brook, metteuse en scène ; Peter Brook, metteur en scène ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice, réalisatrice ; Khatia Buniatishvili, pianiste ; Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à l’Inrae ; Guillaume Canet, acteur, réalisateur ; Anne Carson, poète, écrivaine, Académie des arts et sciences ; Michel Cassé, astrophysicien ; Aaron Ciechanover, Prix Nobel de chimie ; François Civil, acteur ; François Cluzet, acteur ; Isabel Coixet, réalisatrice ; Gregory Colbert, photographe, réalisateur ; Paolo Conte, chanteur ; Marion Cotillard, actrice ; Camille Cottin, actrice ; Penélope Cruz, actrice ; Alfonso Cuaron, réalisateur ; Willem Dafoe, acteur ; Béatrice Dalle, actrice ; Alain Damasio, écrivain ; Ricardo Darin, acteur ; Cécile de France, actrice ; Robert De Niro, acteur ; Annick de Souzenelle, écrivaine ; Johann Deisenhofer, biochimiste, Prix Nobel de chimie ; Kate del Castillo, actrice ; Miguel Delibes Castro, biologiste, Académie royale des sciences espagnole ; Emmanuel Demarcy-Mota, metteur en scène ; Claire Denis, réalisatrice ; Philippe Descola, anthropologue, médaille d’or du CNRS ; Virginie Despentes, écrivaine ; Alexandre Desplat, compositeur ; Arnaud Desplechin, réalisateur ; Natalie Dessay, chanteuse lyrique ; Cyril Dion, écrivain, réalisateur ; Hervé Dole, astrophysicien, membre honoraire de l’Institut universitaire de France ; Adam Driver, acteur ; Jacques Dubochet, Prix Nobel de chimie ; Diane Dufresne, chanteuse ; Thomas Dutronc, chanteur ; Lars Eidinger, acteur ; Olafur Eliasson, plasticien, sculpteur ; Marianne Faithfull, chanteuse ; Pierre Fayet, membre de l’Académie des sciences ; Abel Ferrara, réalisateur ; Albert Fert, Prix Nobel de physique ; Ralph Fiennes, acteur ; Edmond Fischer, biochimiste, Prix Nobel de médecine ; Jane Fonda, actrice ; Joachim Frank, Prix Nobel de chimie ; Manuel Garcia-Rulfo, acteur ; Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile ; Amos Gitaï, réalisateur ; Alejandro Gonzales Iñarritu, réalisateur ; Timothy Gowers, médaille Fields de mathématiques ; Eva Green, actrice ; Sylvie Guillem, danseuse étoile ; Ben Hardy, acteur ; Serge Haroche, Prix Nobel de physique ; Dudley R. Herschbach, Prix Nobel de chimie ; Roald Hoffmann, Prix Nobel de chimie ; Rob Hopkins, fondateur des villes en transition ; Nicolas Hulot, président d’honneur de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme ; Imany, chanteuse ; Jeremy Irons, acteur ; Agnès Jaoui, actrice, réalisatrice ; Jim Jarmusch, réalisateur ; Vaughan Jones, médaille Fields de mathématiques ; Spike Jonze, réalisateur ; Camélia Jordana, chanteuse ; Jean Jouzel, climatologue, prix Vetlesen ; Anish Kapoor, sculpteur, peintre ; Naomi Kawase, réalisatrice ; Sandrine Kiberlain, actrice ; Angélique Kidjo, chanteuse ; Naomi Klein, écrivaine ; Brian Kobilka, Prix Nobel de chimie ; Hirokazu Kore-eda, réalisateur ; Panos Koutras, réalisateur ; Antjie Krog, poétesse ; La Grande Sophie, chanteuse ; Ludovic Lagarde, metteur en scène ; Mélanie Laurent, actrice ; Bernard Lavilliers, chanteur ; Yvon Le Maho, écophysiologiste, membre de l’Académie des sciences ; Roland Lehoucq, astrophysicien ; Gilles Lellouche, acteur, réalisateur ; Christian Louboutin, créateur ; Roderick MacKinnon, Prix Nobel de chimie ; Madonna, chanteuse ; Macha Makeïeff, metteuse en scène ; Claude Makélélé, footballeur ; Ald Al Malik, rappeur ; Rooney Mara, actrice ; Ricky Martin, chanteur ; Carmen Maura, actrice ; Michel Mayor, Prix Nobel de physique ; Médine, rappeur ; Melody Gardot, chanteuse ; Arturo Menchaca Rocha, physicien, ex-président de l’Académie des sciences du Mexique ; Raoni Metuktire, chef indien de Raoni ; Julianne Moore, actrice ; Wajdi Mouawad, metteur en scène, auteur ; Gérard Mouroux, Prix Nobel de physique ; Nana Mouskouri, chanteuse ; Yael Naim, chanteuse ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Guillaume Néry, champion du monde d’apnée ; Pierre Niney, acteur ; Michaël Ondaatje, écrivain ; Thomas Ostermeier, metteur en scène ; Rithy Panh, réalisateur ; Vanessa Paradis, chanteuse, actrice ; James Peebles, Prix Nobel de physique ; Corine Pelluchon, philosophe ; Joaquin Phoenix, acteur ; Pomme, chanteuse ; Iggy Pop, chanteur ; Olivier Py, metteur en scène ; Radu Mihaileanu, réalisateur ; Susheela Raman, chanteuse ; Edgar Ramirez, acteur ; Charlotte Rampling, actrice ; Raphaël, chanteur ; Eric Reinhardt, écrivain ; Residente, chanteur ; Jean-Michel Ribes, metteur en scène ; Matthieu Ricard, moine bouddhiste ; Richard Roberts, Prix Nobel de médecine ; Isabella Rossellini, actrice ; Cecilia Roth, actrice ; Carlo Rovelli, physicien, membre honoraire de l’Institut universitaire de France ; Paolo Roversi, photographe ; Ludivine Sagnier, actrice ; Shaka Ponk (Sam et Frah), chanteurs ; Vandana Shiva, philosophe, écrivaine ; Abderrahmane Sissako, réalisateur ; Gustaf Skarsgard, acteur ; Sorrentino Paolo, réalisateur ; Sabrina Speich, océanographe, médaille Albert Defant ; Sting, chanteur ; James Fraser Stoddart, Prix Nobel de chimie ; Barbra Streisand, chanteuse, actrice, réalisatrice ; Malgorzata Szumowska, réalisatrice ; Béla Tarr, réalisateur ; Bertrand Tavernier, réalisateur ; Alexandre Tharaud, pianiste ; James Thierré, metteur en scène, danseur ; Mélanie Thierry, actrice ; Tran Anh Hung, réalisateur ; Jean-Louis Trintignant, acteur ; Karin Viard, actrice ; Rufus Wainwright, chanteur ; Lulu Wang, réalisatrice ; Paul Watson, navigateur, écrivain ; Wim Wenders, réalisateur ; Stanley Whittingham, Prix Nobel de chimie ; Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste ; Frank Wilczek, Prix Nobel de physique ; Olivia Wilde, actrice ; Christophe Willem, chanteur ; Bob Wilson, metteur en scène ; Lambert Wilson, acteur ; David Wineland, Prix Nobel de physique ; Xuan Thuan Trinh, astrophysicien ; Muhammad Yunus, économiste, Prix Nobel de la paix ; Zazie, chanteuse.
Les cinémas bretons plongés dans le noir
En 2017, la Bretagne comptait 119 salles de cinéma (ici le Cinéville de Quimper), qui avaient accueilli 10,2 millions de spectateurs. (Photo Claude Prigent)
Scénario noir pour les salles de cinéma bretonnes fermées depuis le 16 mars. Au chapitre culturel, Emmanuel Macron doit annoncer des mesures, ce mercredi. Les salles obscures seront-elles concernées ? Pas sûr…
Solidarité coronavirus Bretagne
« Depuis le 16 mars, c’est simple : notre chiffre d’affaires, c’est zéro », se désole Gérard Hoffmann, qui gère deux complexes : le Cinéland (dix salles et 2 200 places), à Trégueux (22), et le Club 6 (six salles et 1 000 places), à Saint-Brieuc. Deux cinémas fermés comme les 117 autres recensés en Bretagne, en 2017. Et aujourd’hui, tous ces espaces sont fermés car ils sont considérés comme des « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ».
Pour faire face à la crise, les salles ont adopté quasiment le même scénario. « On a tout mobilisé : décalage des emprunts, chômage partiel… », résume Gérard Hoffmann qui emploie une trentaine de personnes. Visiblement, les cinémas associatifs sont moins touchés que les complexes et autres structures privées. « Le modèle associatif est actuellement privilégié », reconnaît Olivier Bitoun, directeur du réseau Cinéphare, qui regroupe 44 salles de cinéma et d’associations de cinéphiles de Bretagne.
Vers une réouverture en juillet ou septembre ?
« Aujourd’hui, poursuit-il, je ne vois pas de cinémas associatifs qui connaissent des difficultés financières, car ils ont encore un peu de trésorerie et les mesures de chômage partiel permettent de rémunérer les permanents. La situation est donc plus facile à vivre qu’un cinéma privé qui ne vit que sur ses fonds propres ». « C’est vrai que l’on s’en sort pas trop mal, contrairement à certaines salles indépendantes où la situation doit être dramatique, car elles n’ont pas de subvention et, en revanche, elles ont des loyers à payer », constate Marie-Rose Venuti, présidente du cinéma L’Étoile, à Carantec (29).
Quand les cinéphiles pourront-ils retourner au cinéma ? « Peut-être en juillet mais plus probablement en septembre », répond Olivier Bitoun. « On ne connaît pas les mesures barrières que l’on va nous imposer, regrette Gérard Hoffmann. On ne connaît pas, non plus, le taux de retour de nos clients. Si on fait 30 % de ce que l’on faisait avant avec le même personnel, on va perdre plus d’argent que l’on va en gagner. Si on doit diviser notre capacité d’accueil par quatre, ce sera un gouffre phénoménal ».
« Les gens vont-ils s’habituer à des plates-formes comme Netflix ? »
Les cinémas fermés, beaucoup de cinéphiles se tournent alors vers les plates-formes de vidéo à la demande (VOD). « Les gens vont-ils s’habituer à des plateformes comme Netflix ? », s’inquiète Marie-Rose Venuti. « En tous les cas, c’est un public qu’il faudra reconquérir, enchaîne Gérard Hoffmann. Nous, on vend autre chose. On vend une sortie, une distraction… ».
Ce mercredi, Emmanuel Macron doit présenter une série de mesures à destination du monde de la culture. « On attend avec impatience car la culture est quelque peu la grande oubliée de cette crise, commente Olivier Bitoun. Il y a certes des priorités à gérer, mais la culture en est une aussi ». « Je pense que ce seront davantage des mesures pour les métiers du cinéma, que pour les salles proprement dites, estime de son côté Gérard Hoffmann. Mais si la production redémarre, la distribution redémarera aussi. Et que l’État n’oublie pas que, contrairement à d’autres commerces, notre recette, depuis le 16 mars, c’est zéro. Nous, on n’a pas de vente à emporter ».
Le Sénat vote pour la réouverture des plages dès le lundi 11 mai
En fin d’après-midi ce mardi, les sénateurs ont voté pour l’autorisation d’accès dynamique aux plages dans de bonnes conditions sanitaires et de sécurité.
Solidarité coronavirus Bretagne
Après avoir retoqué le plan gouvernemental de déconfinement, présenté lundi par Édouard Philippe, les sénateurs ont voté, ce mardi, un texte en faveur de l’autorisation d’accès dynamique à la plage.
Le sénateur du Finistère Jean-Luc Fichet, qui était en séance, explique dans quelles conditions a eu lieu ce vote. « Ce texte a été adopté dans le cadre du projet de loi pour le déconfinement qui est en débat public actuellement. C’était un débat assez intéressant, chacun évoquant ses raisons. Les sénateurs originaires de départements rouges étaient plus réticents. Mais les arguments visant à dire que ce qui est vrai pour la montagne, les espaces naturels, la campagne, peut être vrai pour la plage, sans qu’on augmente les risques de propagation du coronavirus, ont pesé de tout leur poids dans les débats ».
Larcher favorable à ce vote ?
Dans la mesure où Philippe Bas, sénateur de la Manche et rapporteur du texte, est un proche de Gérard Larcher, on peut imaginer que le président du Sénat, qui possède une maison à l’île de Batz, et est au fait des questions de plaisance, était favorable à ce vote.
« C’est donc un vote du Sénat, il reste à prendre les arrêtés qui vont bien, poursuit Jean-Luc Fichet. Le gouvernement peut donc confier aux préfets le soin de prendre les arrêtés qu’ils voudront ».
Donald Trump va dissoudre sa “task force” consacrée au coronavirus
Donald Trump va dissoudre sa “task force” consacrée au coronavirus. Le président américain a fait cette annonce mardi, lors de la visite d’une usine de fabrication de masques en Arizona, après que son vice-président, Mike Pence, a déclaré un peu plus tôt que la Maison-Blanche pourrait confier fin mai la coordination de la lutte contre la crise sanitaire à des agences fédérales. “Alors que la bataille de sa réélection s’annonce rude pour le président américain, la Maison-Blanche semble chercher à mettre les questions relatives au bilan de la pandémie en arrière-plan, afin de mettre davantage l’accent sur ses efforts pour relancer la croissance et l’emploi”, analyse le New York Times. Une décision qui suscite de nombreuses interrogations, alors que le rythme de décès quotidiens est reparti à la hausse mardi, avec 2 333 morts supplémentaires en vingt-quatre heures.








