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Jours tranquilles à Paris

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31 janvier 2020

A Angoulême, Emmanuel Macron pose avec un tee-shirt dénonçant les violences policières

macron et la BD

Le tee-shirt représente un Fauve (les récompenses attribuées à Angoulême) éborgné. Sous le dessin, il est écrit : « LBD 2020 », référence au lanceur de balles de défense.

S’il faut retenir une seule image de la visite d’Emmanuel Macron au Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême, jeudi 30 janvier, ce sera donc elle : le président de la République tout sourire, tenant entre les mains un tee-shirt représentant la mascotte de la manifestation avec un sparadrap sur l’œil. Un intitulé accompagne le dessin : « LBD 2020 », double allusion au label « BD 2020 », placé sous l’égide du ministère de la culture, et au lanceur de balles de défense (LBD), arme de force intermédiaire ayant provoqué de nombreuses blessures graves pendant les manifestations des « gilets jaunes ».

Aux côtés du président, le dessinateur Jul sourit également, tout heureux d’avoir vu le chef de l’Etat accepter ce cadeau de fin de repas. La scène se déroule dans le restaurant de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, où Emmanuel Macron déjeunait avec plusieurs auteurs et éditeurs, invités à évoquer la précarisation des professionnels du secteur. Rapidement diffusé sur les réseaux sociaux, le cliché n’est pas sans en évoquer un autre, pris lors d’un séjour aux Antilles en septembre 2018, où le président posait avec deux jeunes de l’île de Saint-Martin, dont l’un faisait un doigt d’honneur. L’image avait déclenché une polémique en métropole.

Le chat de Trondheim éborgné

Tout, ici, est parti d’une « blague », lancée par le même Jul, le 18 décembre 2019, lors de la conférence de présentation de l’année de la bande dessinée, au ministère de la culture. Parrain de la programmation, le caricaturiste avait pris la parole pour dire que, si 2020 serait l’année de la BD, 2019 avait été celle du LBD. Sur Internet, un collectif de dessinateurs avait ensuite détourné la mascotte du Festival d’Angoulême – un petit chat, créé par Lewis Trondheim – en l’éborgnant.

Peu s’en fallut, jeudi, pour que Jul n’accède pas au déjeuner présidentiel avec son tee-shirt imprimé du fauve mutilé. Un policier lui confisqua en effet l’« objet, considéré comme séditieux », raconte-t-il : « J’ai dû gueuler pour le récupérer. »

Lors du repas, Jul s’écarta du débat central portant sur le statut des auteurs pour jouer son rôle de trublion et rappeler « que la bande dessinée est aussi une caisse de résonance du monde qui l’entoure ». Reprochant à M. Macron de ne pas « être au rendez-vous de l’histoire » et des promesses de changement que laissait entrevoir son élection, l’ancien caricaturiste de presse a notamment évoqué l’impuissance des pouvoirs politiques face aux enjeux environnementaux et la recrudescence des violences policières. « Vous êtes sûr de faire la photo ? », a-t-il demandé au chef de l’Etat après lui avoir offert son présent – juste avant d’alimenter son compte Twitter.

« Jul a voulu dire que les auteurs avaient leur liberté »

« C’est aussi parce que nous sommes une société libre que le président de la République peut accepter de poser avec un tee-shirt où il y a quelque chose avec lequel il n’est pas d’accord », a affirmé Emmanuel Macron, en évoquant « une société dans laquelle on est en train d’exiger de chacun le respect et la civilité et où on peut dire que la violence est interdite ».

Interrogé plus tard par la presse, le président s’est refusé à incriminer le dessinateur : « Jul a voulu dire que les auteurs avaient leur liberté et le droit de dire ce qu’ils veulent en dehors de [leurs] problèmes. »

La visite s’est poursuivie comme si de rien n’était pour le chef de l’Etat. Aux deux expositions prévues à son agenda, il a ajouté une cérémonie de remise des prix, au théâtre de la ville, où étaient décernées les distinctions de la BD jeunesse. Son discours d’une vingtaine de minutes, célébrant la bande dessinée comme un « art majeur », a été vivement applaudi par l’assistance, composée principalement d’auteurs et d’éditeurs.

macron et la BD01

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31 janvier 2020

Brexit Jour J - “Les relations entre l’UE et la Grande-Bretagne ne seront pas amicales”

brexit004

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Journaliste à Bruxelles depuis dix-huit ans, Bruno Waterfield voit dans le Brexit un signal d’alarme indispensable pour l’Union européenne. Actuellement correspondant du journal conservateur The Times, le Britannique anticipe une relation tumultueuse entre les deux rives de la Manche. Entretien.

Vous qui êtes un citoyen britannique et un journaliste vivant dans la bulle bruxelloise, quel est votre sentiment sur les trois ans et demi qui se sont écoulés depuis le référendum ?

Bruno Waterfield : Je trouve très bien que le Brexit ait lieu, car c’est ce que les électeurs ont demandé. Les élections législatives de décembre ont encore clairement montré, par leurs résultats [une majorité absolue confortable pour Boris Johnson], que les Britanniques voulaient que le Brexit ait lieu. Je suis convaincu que c’est une bonne chose aussi, parce que je suis ici à Bruxelles depuis longtemps, cela fait longtemps que je couvre les institutions européennes, je suis donc bien placé pour savoir qu’elles ne fonctionnent pas particulièrement bien. L’UE est une machine institutionnelle épouvantable qui met un temps infini à réagir dans un monde qui change en permanence. Et qui s’attache même à défendre des mesures qui vont à rebours des changements de ce monde. Regardez la zone euro, et ce critère absurde du pacte de stabilité et de croissance qui limite [le déficit public] à 3 % par an. D’où vient ce seuil ? D’un coup de fil entre Jacques Delors et un type du nom de Guy Abeille qui, en 1981, était chargé de mission au ministère des Finances en France, et les 3 % sont sortis de leur chapeau parce que cela faisait plaisir aux marchés. Que ce critère soit encore en vigueur trente-huit ans plus tard est un non-sens ! Et puis prenez la réponse à la pire crise économique capitaliste en quatre-vingts ans [en 2007-2008]. Le fait qu’il n’y ait eu aucune intervention à grande échelle dans l’économie, aucune réinvention de l’économie sous l’impulsion de l’UE, c’est assez inquiétant.

Le Brexit sera peut-être le grand coup de pied dans le derrière dont a besoin l’Europe, en tout cas il faut l’espérer. Il faut espérer que les choses changent. Ce ne sera peut-être pas le cas. En seconde partie d’année, l’Allemagne prendra la présidence tournante de l’UE, et je crains que tout le monde célèbre la stabilité et la résilience des institutions. Je pense que c’est une erreur, mais c’est une erreur que l’UE ne peut s’empêcher de faire, parce que c’est dans sa nature. Elle a toujours été pensée comme ne pouvant aller que vers l’avant, vers une Union sans cesse plus étroite. L’UE s’est construite sur l’idée de la fin de l’histoire, à la Fukuyama. On connaît le fameux “Alternativlos” d’Angela Merkel (“Il n’y a pas d’alternative”), la même expression que Thatcher en son temps. Or je crois que le Brexit ouvre le champ à d’autres plans B. Il faut espérer que cela serve d’avertissement, même si je n’y crois pas trop.

Pensez-vous que l’UE s’en sortira mieux sans les Britanniques ?

Il faut d’abord rappeler une chose. La géographie ne changera pas. La Grande-Bretagne sera toujours à 34 kilomètres de Calais. Une île, certes, mais très très proche. Et un pays qui pèse lourd économiquement et démographiquement. Je sais, l’argument économique est stupide, mais cela donne quand même la mesure des choses : ce pays qui s’en va représente 15 % du PIB de l’Union européenne, soit plus que le total de 18 autres pays membres. Mais en matière de géographie, de vie quotidienne, les choses ne changeront pas beaucoup. Tous ces gens qui ont des résidences en Bulgarie, en Espagne, en Provence… Le plus gros de l’exode des Britanniques qui quittent la France n’est pas dû au Brexit, mais au vieillissement ! Et Dieu sait où en serait le marché immobilier français sans les Britanniques… Bref, tout cela ne changera pas. L’amour de tant de Britanniques pour tout ce qui est européen, le fait que tant de Britanniques soient plus attachés que les Français à la cuisine française, à tout ce qui est français, ça ne changera pas. Ce qui va changer en revanche, c’est l’attitude de l’UE.

Je pense qu’il va être très difficile pour l’UE de se retrouver avec un rival au pas de sa porte. Un rival, car la Grande-Bretagne sera capable de prendre ses propres décisions très très rapidement. Beaucoup d’entre elles seront plus ou moins les mêmes que les décisions européennes – sur le cas de Huawei, par exemple, le Royaume-Uni suit la même ligne que le reste de l’Europe. Et je pense qu’il va y avoir de plus en plus d’incompatibilités d’humeurs entre l’UE d’une part – car la simple existence de la Grande-Bretagne à sa périphérie constituera un défi pour Bruxelles – et la plupart des gens qui vivent dans les pays d’Europe d’autre part, qui se diront : “Tiens, les Britanniques se portent bien.” Les relations entre l’UE et la Grande-Bretagne ne seront pas amicales.

Dans quelle mesure ?

Parce que Londres sera hors du cadre régulateur de l’UE, qui a pris l’habitude déplorable de se comporter en pouvoir impérial donneur de leçons, autoritaire et hostile aux négociations. L’UE est bien connue pour ne pas négocier avec les autres pays, elle leur fait les gros yeux et leur dit de signer en bas du contrat. Sauf qu’elle n’a pas pu le faire avec les Américains, ou avec les Russes, et je ne crois pas qu’elle y arrivera avec les Britanniques.

L’UE a-t-elle compris et accepté les raisons du départ du Royaume-Uni ?

Je ne pense pas, non. Ici, l’appareil est coupé des décisions de ce genre. Les deux référendums vraiment importants en 2005, en France et aux Pays-Bas, ont été plus ou moins ignorés. Donc, Bruxelles est très doué quand il s’agit de ne pas regarder la réalité en face. J’imagine que cette fois ça sera un peu différent. Mais il y a une chose que l’UE n’a pas faite, c’est réfléchir au monde de l’après-Brexit. Elle est mal équipée pour faire face à un monde qui, en particulier depuis le Brexit, évolue beaucoup plus vite.

Comment la seconde phase des négociations, sur la future relation commerciale, va-t-elle se dérouler, selon vous ? Le 31 décembre représente-t-il une date butoir raisonnable ?

Je pense que ce sera très très difficile. L’Union européenne va poser d’entrée des demandes assez déraisonnables. Cela dit, tout va dépendre de ce que veut faire Boris Johnson. Souhaite-t-il régler définitivement le problème du Brexit en Grande-Bretagne ? Si oui, il convient d’arriver à un accord qui soit assez ouvert, réduit à l’essentiel, et susceptible d’être complété ultérieurement pendant une période assez longue. Et dans ce cas, cela veut dire que le Brexit ne fera plus la une des journaux pour disparaître dans les pages financières. Quelle que soit la manière dont vont se dérouler les négociations, il y a fort à parier qu’au cours des cinq à dix années à venir la Grande-Bretagne ne connaîtra pas une évolution pire que celle des autres pays européens. L’Union européenne aura donc à prendre en compte des remarques du genre : “Pourquoi ce pays qui nous a quittés n’est-il pas dans un état désespéré avec une population à l’agonie comme nous l’avions prévu ?” D’ici cinq à dix ans, on pourrait par conséquent commencer par entendre dire aux Pays-Bas ou en Suède : “Eh bien, finalement, ils ne s’en tirent pas si mal !” Un des points qui risquent d’être délicats pour l’Union européenne, c’est la zone euro. Elle risque de se retrouver en position difficile si un pays comme le nôtre, qui n’avait pas l’euro et qui a quitté l’Union, connaît la prospérité.

Depuis le référendum, les partis eurosceptiques à travers le continent ont décidé de renoncer à leur objectif d’une sortie de l’UE, mais vous semblez penser que la question pourrait revenir sur la table dans un avenir pas si lointain…

Effectivement, mais le problème avec ces discussions, c’est notamment qu’on ne sait jamais où l’on va vraiment tant qu’on n’a pas eu un référendum sur la question. Avant le référendum en Grande-Bretagne, deux tiers des Britanniques voulaient rester dans l’Union. De même, si on regarde les sondages d’opinion en France avant le référendum sur le traité constitutionnel [traité de Rome 2004], environ 73 % des personnes interrogées étaient pour, mais finalement près de 55 % ont voté contre. Les référendums peuvent changer le débat.

Cela étant, il est certain que la pagaille qu’a semée le Brexit dans la classe politique britannique a joué en sa défaveur aux yeux des électeurs européens qui aiment la stabilité. Nous verrons. Il est encore beaucoup trop tôt pour s’avancer. Nous pourrons parler du Brexit de manière plus pertinente d’ici une dizaine d’années. Une chose est sûre, c’est que la politique européenne n’a pas su se renouveler, quelle que soit l’opinion des citoyens de l’UE sur le Brexit. Les problèmes sont les mêmes qu’en 2016. Une des raisons pour lesquelles les partis eurosceptiques ne veulent plus entendre parler d’une sortie de l’UE, c’est sans doute parce qu’il est beaucoup plus facile de gagner des points en parlant de sujets moins difficiles. Cependant, l’idée selon laquelle le Brexit marquerait la fin de tout débat est absurde. Même des gens ultravolontaristes comme Macron savent que ce n’est pas vrai.

Vous êtes très critique envers l’UE et travaillez pourtant pour un journal europhile. Comment conciliez-vous ces deux aspects ?

Ce que je pense a très peu d’importance. En tant que reporter, vos opinions ne comptent pas. Ce sont les opinions de ceux que vous interrogez qui comptent. C’est ce que les autres disent et ce que les gouvernements disent qui font l’actualité. Cela étant dit, j’ai remarqué au fil du temps que les meilleurs journalistes bruxellois étaient ceux qui étaient les plus impliqués et les plus intéressés par les affaires européennes. Ceux qui sont soit à fond pour le projet, soit sceptique sur le projet. Parce qu’au jour le jour les affaires européennes sont particulièrement ennuyeuses.

Les journaux britanniques et notamment les tabloïds ont été pointés du doigt dans le sillage du référendum de 2016. Ont-ils eu un impact sur le résultat, selon vous ?

À mon avis, l’influence des médias est toujours largement surestimée dans ces moments. Les journaux, les sites Internet et tout le reste sont plus un reflet de la culture politique plutôt qu’un agent actif, qu’un facteur décisif. De toute manière, au Royaume-Uni, les tabloïds souffrent du même problème que l’ensemble de la presse un peu partout, à savoir une baisse de leur diffusion, et donc une baisse du nombre de leurs lecteurs. A contrario, il existe beaucoup d’individus, de groupes politiques, qui disposent d’une audience beaucoup plus grande sur les réseaux sociaux, par exemple.

Donc oui, à mon sens, c’est surestimé, et ça fait partie des théories du complot. À une époque c’était les israélites, désormais c’est Rupert Murdoch [propriétaire de nombreux médias, dont The Sun] et les bots russes sur Twitter. Et ce genre d’arguments laisse un arrière-goût très désagréable. D’autant plus qu’ils émanent de personnes qui ont perdu et ne veulent pas l’admettre [les anti-Brexit]. Or c’est quand on perd justement qu’on peut chercher à réfléchir, à réinventer des choses, à se renouveler. Ce que cela cache, c’est l’érosion de la notion de “perdant consentant”. C’est pourtant clé dans une démocratie. Une démocratie perd sa valeur si près de la moitié de l’électorat perd un vote mais dit “on ne l’accepte pas”. Il vaut mieux se demander pourquoi des gens sont sensibles à des arguments auxquels vous n’adhérez pas, pourquoi des gens préfèrent s’intéresser à un trublion charismatique sur Facebook plutôt qu’à un rapport de 100 pages écrit par un scientifique.

Propos recueillis par Sasha Mitchell

31 janvier 2020

Actuellement en salles...

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31 janvier 2020

Opinion. Avec la sortie de l'Union européenne, "l'expatriation devient un luxe"

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FINANCIAL TIMES (LONDRES)

Ça y est, le 31 janvier, c’est fini. Ce journaliste britannique basé à Paris dit “au revoir” avec amertume à l’Union européenne. Il regrette au passage que l’expatriation sur le continent devienne un privilège réservé aux plus fortunés.

Je suis arrivé à Paris en 2002 avec une arrogance toute britannique. Comme la plupart des migrants britanniques à travers les âges, je ne me considérais pas comme un migrant. Il était pour moi une évidence que je pouvais voyager où je voulais. Mais après le 31 janvier, je ne serai plus européen. Et le marathon administratif que j’ai dû faire pour déterminer mon statut légal m’a montré combien ma nationalité britannique avait perdu de sa valeur.

Officiellement, nous sommes 784 900 ressortissants britanniques à vivre dans l’Union européenne (hors Irlande). Mais d’après Michaela Benson, sociologue au Goldsmiths College de l’Université de Londres, le véritable chiffre “tourne plutôt entre 1 et 2,2 millions”. La plupart des Britanniques expatriés (comme moi) ne se sont jamais donné la peine de se signaler comme tels auprès de l’administration de leur pays hôte : un passeport européen suffisait. Le chiffre officiel ne comptabilise pas non plus les personnes ayant une double nationalité, les adeptes des migrations saisonnières, les séjours limités comme les semestres d’études à l’étranger ou les travailleurs contractuels.

Un enfer administratif

La plupart des Britanniques vivant en Europe ne sont pas des retraités cramoisis buvant des coups sur la Costa del Sol. Cette catégorie domine simplement la couverture médiatique parce qu’elle est la plus facile à trouver. “Les citoyens britanniques installés dans l’un des 27 pays de l’UE sont des exemples d’intégration réussie, souligne Michaela Benson. Ils font partie de la main-d’œuvre locale, forment des couples binationaux et ont des enfants possédant une double nationalité.” De fait, bon nombre d’entre nous finissent par être invisibles. Nous étions des gens du coin et des Européens - jusqu’au Brexit.

Contrairement à ce que nous promettaient ses partisans, la sortie de l’UE a précipité nos vies dans un enfer administratif. Ce qui était en partie l’objectif. Car le populisme cherche moins à améliorer les choses qu’à punir “les élites” et les émigrés. Aujourd’hui, les Britanniques travaillant dans un pays européen se retrouvent dans les deux catégories.

Le règne de l’incertitude

Outre d’innombrables démarches administratives, le Brexit a également créé de l’incertitude. Alors que planait la menace d’une sortie sans accord, je ne savais pas si je serais autorisé à rester dans mon appartement avec ma femme française et mes enfants. J’ai donc décidé de demander la nationalité française. Ce qui ne m’a à aucun moment plongé dans des abîmes de questionnements sur mon identité. Pour les partisans de l’idéologie nativiste, l’identité est binaire : vous êtes soit des leurs, soit “un autre”.

Personnellement, je partage l’opinion du philosophe Amartya Sen pour qui nous possédons tous de multiples identités. Je suis britannique, parisien, londonien, cosmopolite invétéré, né en Ouganda, fan de foot néerlandais etc. Je serais honoré de pouvoir ajouter que je suis français, d’autant que (d’après l’indice de qualité des nationalités établi par Kälin et Kochenov) c’est le passeport le plus prisé du monde.

Le sésame de la francitude

Pour cela, il m’a toutefois fallu satisfaire aux lubies de l’administration française et rassembler une foultitude de papiers documentant mon existence. Un jour, je me suis rendu à l’ambassade de l’Ouganda à Paris pour faire tamponner mon certificat de naissance. “Brexit, c’est ça ? m’a demandé le diplomate à la réception. Pardon ? ai-je répondu. Depuis le Brexit, on voit défiler des Britanniques nés en Ouganda qui essaient de devenir français.” Cela m’a pris près de trois ans, mais j’ai finalement pu constituer mon dossier de demande de nationalité.

En attendant d’obtenir mon sésame pour la francitude (équivalent séculaire de l’éveil bouddhique), je suis allé à la préfecture de police de Paris pour demander un permis de résidence. La préfecture dresse son imposante silhouette comme le château de Kafka. L’aile réservée aux étrangers comporte plusieurs salles, selon le statut de votre pays d’origine. La file d’attente est longue pour les gens venant d’ex-Yougoslavie et des autres pays déconsidérés ; une salle entière est réservée aux étudiants algériens ; les Britanniques, eux, sont envoyés dans la salle Asie-Océanie.

Vestige d’une époque révolue

Presque vide, cette dernière est réservée aux privilégiés. À peine arrivé, je suis appelé à un guichet, et une fonctionnaire entame le rituel bureaucratique français consistant à parcourir mes documents d’un air désapprobateur. Il me manquait des pièces importantes, essentiellement parce que la préfecture, toujours facétieuse, n’avait pas jugé bon de les inscrire dans sa liste. Après avoir consulté son supérieur, la fonctionnaire m’accorda sur-le-champ un permis de séjour pour cinq ans.

Mon cas était simple : je suis un homme blanc, employé, qui comme tous les Britanniques vivant en Europe avant le Brexit se voit garanti son droit de résidence par l’accord de retrait. Tant que je vis en France, je compterai parmi les vestiges de cette époque où les passeports britanniques valaient de l’or. La situation est toutefois plus compliquée pour les Britanniques qui voudront déménager après le Brexit. Boris Johnson s’indigne que les citoyens européens “traitent le Royaume-Uni comme une partie de leur propre pays.” Il réduira sûrement leurs droits et les pays européens riposteront.

Certains devront émiger illégalement

Les ressortissants britanniques n’auront peut-être plus le droit de s’installer en Europe, encore moins d’accéder au système de soin local, de faire valoir leurs droits à la retraite ou de faire reconnaître leurs qualifications. Certains devront peut-être émigrer illégalement. Il sera également compliqué de déménager à l’intérieur du Commonwealth. Le ministre australien du Commerce, Simon Birmingham, a déclaré qu’il ne pouvait “pas imaginer” entamer des négociations avec Londres sur une éventuelle “liberté de circulation”. L’Australie ne tient pas particulièrement à accueillir des flots de Britanniques peu qualifiés.

Les jeunes Britanniques d’aujourd’hui, qui sont largement europhiles et raisonnent à l’échelle mondiale, n’auront pas le luxe d’envisager une expatriation comme une évidence. Ils n’auront pas les choix que nous avons eus - à moins d’être riches. D’après Michaela Benson, les Britanniques dotés de bons emplois et de solides comptes en banque n’auront toutefois pas de problème à poursuivre leur évolution à l’étranger. Boris Johnson (qui a grandi à Bruxelles et parcouru l’Australie), son conseiller Dominic Cummings (créateur d’une compagnie aérienne en Russie qui a fait faillite) et les champions du Brexit, Iain Duncan Smith (qui a étudié à Pérouse, en Italie) et Nigel Farage (dont deux des enfants ont la nationalité allemande) savent quel privilège cela représente.

Simon Kuper

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Source

Financial Times

LONDRES www.ft.com

Fondé en 1888 sous le nom de London Financial Guide, un journal de quatre pages destiné “aux investisseurs honnêtes et aux courtiers respectables”, le Financial Times est aujourd’hui le quotidien financier et économique de référence en Europe. Il n’y a pas une institution financière ou banque digne de ce nom qui ne reçoive un exemplaire de ce journal britannique immédiatement reconnaissable à son papier rose saumon.

Racheté par le groupe japonais Nikkei en 2015, le “journal de la City” affiche une diffusion papier et numérique confondus de 780 000 exemplaires. Près de 70 % des lecteurs le consultent au format numérique, la moitié d’entre eux sur leur mobile.

Plus de 600 journalistes répartis dans plus de 40 pays collaborent au titre.

31 janvier 2020

Serge Gainsbourg - Jane Birkin

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31 janvier 2020

Coronavirus : L’avion a décollé, les Français rapatriés de Chine attendus ce vendredi à Carry-le-Rouet

EPIDEMIE Environ 200 personnes sans symptômes vont être placées en isolement dans un centre de vacances près de Marseille

virus rapatriement

Des ressortissants français à bord de l'avion militaire les ramenant de Wuhan, en Chine, épicentre de l'épidémie du coronavirus, le 31 janvier 2020. — Hector RETAMAL / AFP

L’avion ramenant des Français de Chine a décollé et doit atterrir à Istres ce vendredi à la mi-journée.

Ces personnes ne présentant pas de symptômes seront placées en isolement pour deux semaines dans un centre de vacances à Carry-le-Rouet surveillé par des gendarmes.

L’OMS a déclaré l’urgence sanitaire alors que le bilan en Chine est de plus de 200 morts et près de 10.000 cas d’infection.

Le compte-à-rebours a commencé pour les rapatriés français de Wuhan en Chine, épicentre de l’épidémie causée par un nouveau coronavirus : ils doivent arriver en France vendredi à la mi-journée et seront mis à l’isolement 14 jours dans un centre de vacances à Carry-le-Rouet, près de Marseille.

Alors que l’OMS a finalement déclaré l’urgence internationale, la Chine, elle, a annoncé 43 nouveaux décès, soit la plus forte progression quotidienne depuis le début de l’épidémie, et 1.200 contaminations supplémentaires, pour un total de 213 morts et près de 10.000 cas avérés. Par ailleurs, un sixième cas d’infection a été détecté en France : il s’agit du « premier cas annoncé » de contamination sur le sol français, a précisé la Direction générale de la Santé (DGS) à l’AFP.

Personnes sans symptômes

L’avion militaire a décollé de Wuhan vendredi à 7h07 locales (00h07 heure française) et doit atterrir après environ 12 heures et demie de vol à Istres (Bouches-du-Rhône), ont déclaré aux passagers des membres de la délégation officielle française présente sur place, selon des journalistes de l’AFP à bord. Ils seront ensuite mis à l’isolement dans un centre de vacances de Carry-le-Rouet, une ville au bord de la Méditerranée. Il s’agit de gens qui ne présentent pas de symptômes, a précisé le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, lors d’une conférence de presse à Paris jeudi.

« Le cahier des charges était assez clair, (il fallait) un lieu agréable » et « un endroit où il y avait suffisamment de place », a souligné le Pr Salomon. Selon lui, il n’était « pas question de mettre ces personnes dans des lieux de détention ou de soins alors qu’elles ne sont pas malades ». Pendant leur période d’isolement, elles vont faire l’objet d’une surveillance médicale pour s’assurer qu’elles ne sont pas contaminées par le virus : « On va leur demander de prendre leur température, d’avoir un masque ».

Une chambre par famille

Des habitants de Carry-le-Rouet sont « dans l’angoisse, me disant : ''est-ce que c’est sûr qu’ils ne sont pas contaminés ?'' », a toutefois indiqué à l’AFP le maire, Jean Montagnac. Regrettant d’avoir été informé « par la presse » du choix de sa ville avant de l’être par le gouvernement, l’édile s’est toutefois voulu rassurant : « Je n’ai pas d’inquiétude car même s’il y avait quelqu’un qui soit contaminé et qu’on le sache pas, ils seront confinés dans un endroit inaccessible ou presque ».

Ces rapatriés seront placés « par familles dans des chambres distinctes », a de son côté précisé le préfet de la région Paca, Pierre Dartout, lors d’une conférence de presse à Marseille. « Ils pourront sortir dehors, dans l’enceinte du centre », a-t-il ajouté, en précisant qu’alors, « ils prendront les équipements nécessaires pour se protéger et protéger les autres, par exemple des masques ». Ces personnes devront signer « un engagement » à respecter la quarantaine, selon le préfet.

Gendarmes positionnés

« Les gendarmes ont été positionnés pour éviter toute pénétration dans le site, dans l’intérêt même de toutes les personnes qui pourraient vouloir pénétrer », a déclaré le préfet, selon qui, pourtant, « il ne faut surtout pas entretenir les psychoses » mais bien « rassurer l’ensemble des habitants du secteur ».

Des responsables de la délégation française de médecins et fonctionnaires arrivés sur place ont indiqué que les personnes présentant des symptômes suspects devront prendre un autre vol. Mardi, la Commission européenne avait indiqué qu’un second vol était prévu « plus tard dans la semaine », afin d’évacuer d’autres Français et des ressortissants d’autres pays européens.

213 morts et près de 10.000 cas d’infection

L’épidémie a fait 43 morts supplémentaires dans la province du Hubei, ont annoncé vendredi les autorités sanitaires locales. Après ce nouveau record quotidien, le total national de l’épidémie du nouveau coronavirus apparue en décembre passe ainsi à 213 morts. L’épidémie a également fait plus de 1.200 contaminations supplémentaires au Hubei au cours des dernières 24 heures, portant le total national à près de 10.000 cas.

La compagnie Air France a annoncé jeudi qu’elle suspendait tous ses vols réguliers à destination et en provenance de Chine continentale jusqu’au 9 février. Le défilé du Nouvel An chinois prévu dimanche à Paris a été reporté au printemps. « Nous sommes dans la vigilance la plus extrême », a affirmé le président de la République Emmanuel Macron.

31 janvier 2020

Extraits de shootings. Photos : Jacques Snap

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31 janvier 2020

Retour médiatique de François Fillon : Que retenir de son passage dans « Vous avez la parole » ?

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VU A LA TV

L’ancien candidat de la droite à la présidentielle de 2017 a clamé de nouveau son innocence et exclu son retour en politique

Près de trois ans après sa défaite cuisante à la présidentielle, François Fillon a fait son retour médiatique ce jeudi dans l’émission « Vous avez la parole », sur France 2.

L’ancien candidat à la présidentielle de 2017 a exclu tout retour en politique et clamé son innocence dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Penelope, pour lesquels il sera jugé dans quelques semaines.

« Je vais pour la première fois, devant des juges impartiaux, pouvoir me défendre », a-t-il souligné.

Il a eu la parole, à lui seul. François Fillon était ce jeudi soir dans l’émission « Vous avez la parole » sur France 2. Exceptionnellement, la chaîne n'avait mis face à son invité aucun contradicteur politique ou membre de la société civile. La voix enrouée, l’ancien homme fort de la droite française a répondu pendant plus d’une heure aux questions des journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto, principalement sur les affaires qui ont plombé sa campagne présidentielle en 2017 et pour lesquelles il sera jugé fin février.

Venu « pour défendre l’honneur de [sa] femme et [sa] famille », notamment son épouse Penelope dont l'« honneur a été déchiqueté dans cette affaire », François Fillon a clamé son innocence, et exclu tout retour en politique.

Un accusé combatif

A un mois de l’ouverture de son procès devant le tribunal correctionnel de Paris, François Fillon a rejeté toutes les accusations qui pèsent sur lui. « Je ne peux pas laisser ma vie politique, mon engagement disparaître derrière ce procès », et « je pense que je dois des explications aux millions de Français qui m’ont soutenu », a-t-il justifié.

François Fillon, son épouse Penelope et son ancien suppléant à l’Assemblée nationale, Marc Joulaud, seront jugés dans l’affaire des emplois présumés fictifs de Penelope Fillon, pour lesquels elle aurait touché plus d’un million d’euros entre 1998 et 2013. Le couple, poursuivi notamment pour « détournement de fonds publics », devra aussi répondre de « complicité et recel d’abus de biens sociaux » pour un emploi en partie fictif à la Revue des Deux Mondes.

Sa défense sur les emplois présumés fictifs de son épouse

« Penelope a été ma première et ma plus importante collaboratrice. Dès le début nous avons travaillé ensemble, comme un très grand nombre de parlementaires », a-t-il assuré au sujet du travail de son épouse, « sur le terrain, dans la Sarthe », pour « gérer [son] agenda local, le courrier parlementaire, superviser ou corriger les discours ».

Il dit avoir fourni de multiples preuves de son travail effectif. « Douze collaborateurs, des membres du corps préfectoral, et des documents attestent du travail quotidien de mon épouse ». Mais « le juge d’instruction n’a même pas lu ces documents avant de me convoquer en vue de ma mise en examen », affirme-t-il. L’ancien député a en outre assuré que sa femme « était la plus diplômée de tous [ses] assistants », pour justifier son salaire de « 3.000 euros par mois en moyenne ».

Confronté à une interview filmée de son épouse, dans laquelle elle dit en anglais « n’avoir jamais été son assistante », François Fillon a invoqué une subtilité linguistique : « en anglais, le mot assistant parlementaire a un autre sens ». « Elle se dévalorise parfois par rapport à ce qu’elle peut faire (…) Elle a toujours refusé les honneurs, elle a toujours refusé de se mettre en avant », a-t-il complété au sujet de sa femme.

« Je n’ai pas été traité justement »

Le candidat malheureux, éliminé au premier tour de la présidentielle, a dénoncé une « procédure entièrement à charge ». « Je n’ai pas été traité justement. A la minute où cette affaire a été engagée par le Parquet national financier, il était décidé de m’empêcher de gagner l’élection présidentielle ». En gagnant la primaire, « j’ai sans doute déclenché des forces d’une très grande puissance », a-t-il affirmé, sans plus de précisions.

Mais plus tard dans l’émission, François Fillon a semblé moins convaincu de la thèse d’un « cabinet noir » déterminé à le faire chuter, comme il l’avait affirmé en 2017. « Il y a un livre, beaucoup d’éléments et surtout un fait. Comment imaginer que le Parquet national financier déclenche une enquête contre le favori de la présidentielle, quelques heures seulement après la publication d’un article, sans que le président de la République ne soit au courant ? » Mais il a conclu : « c’est fini, c’est derrière moi, je ne suis plus dans la polémique ».

Deux « erreurs »

François Fillon a concédé deux faux pas. D'abord sa phrase sur le général de Gaulle. « J’ai fait l’erreur de provoquer Nicolas Sarkozy avec cette phrase », a-t-il lâché, au sujet de cette pique, faisant référence implicitement à l’ancien chef d’Etat et ses affaires judiciaires, pendant un débat télévisé de la primaire de la droite. Cette punchline lui était ensuite revenue tel un boomerang, et François Fillon la regrette d’autant plus qu’il n’a « quasiment jamais attaqué les personnes en 40 ans de vie politique ».

Toujours au sujet de Nicolas Sarkozy, celui qui fut son Premier ministre assure n’avoir « jamais demandé » l’accélération de procédures contre lui dans l’affaire Bygmalion. « Si François Hollande dit ça, il ment ».

« J’ai fait une deuxième erreur, une sorte d’aveuglement […] en ne voyant pas que l’acceptation de ce cadeau [des costumes de luxe offerts par l’avocat Robert Bourgi] aurait un effet absolument désastreux ». Une « double erreur » selon l’intéressé, d’abord de « confiance » envers quelqu’un « qui ne la méritait pas », et ensuite d'« aveuglement en ne voyant pas » que cela « aurait un effet désastreux ».

Mais il n’est pas un homme d’argent, a-t-il assuré. « J’avais un patrimoine inférieur à celui de M. Mélenchon. Mon patrimoine se limite à ma maison, dans la Sarthe. Je n’ai pas d’appartement à Paris, pas de villa au bord de la mer, pas de Ferrari cachée dans la grange de ma maison », a-t-il dit.

​Pas de retour en politique

Celui qui est devenu député à 27 ans en a désormais fini avec la politique. « Quarante ans c’est long », a-t-il justifié, et « j’ai entraîné ma famille dans une épreuve d’une violence inouïe et je n’ai aucune envie de les entraîner de nouveau dans cette violence ». Interrogé sur un éventuel mandat local, il a rétorqué avoir « tourné la page complètement », à 65 ans.

Désormais consultant dans un cabinet privé, il s’est même réjoui d’avoir « réussi une reconversion professionnelle qui pour moi est un succès ». Cela ne l’a pas empêché de commenter l’actualité politique, en plaidant pour le recul de l’âge de départ à la retraite.

Dans trois semaines, François Fillon sera au tribunal, « une épreuve à laquelle [il n’aurait] jamais imaginé être confronté ». Mais « j’espère que ce sera un procès équitable, j’ai confiance en la magistrature du siège ». « Ce que je demande c’est d’être jugé comme tout le monde, avec équité, a-t-il conclu. J’ai sûrement commis des erreurs. Mais il y a une chose que je ne peux pas supporter, c’est qu’on pense que je suis malhonnête, que j’ai cherché à tricher ou à tromper les Français. »

31 janvier 2020

Elections municipales : Edouard Philippe annonce être candidat au Havre en tant que tête de liste

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Le Premier ministre l'indique, vendredi, dans une interview au quotidien régional "Paris-Normandie". Toutefois, il affirme qu'il restera à Matignon s'il est élu et laissera sa place à une autre personne de la liste.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, annonce, vendredi 31 janvier, dans une interview au quotidien régional Paris-Normandie qu'il est candidat aux élections municipales au Havre (Seine-Maritime) en tant que tête de liste. "Ma décision est prise. Je l'ai mûrie comme toute décision importante. J'ai décidé d'être candidat à la mairie du Havre comme tête de liste (...) Dans une démocratie, le fondement de la légitimité, c'est l'élection", a déclaré le chef du gouvernement. Toutefois, il affirme qu'il restera à Matignon s'il est élu et laissera sa place à une autre personne de la liste.

Cette annonce n'est pas une surprise. Edouard Philippe a été maire du Havre entre 2010 et 2017. Et la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a déclaré, jeudi, qu'elle ne serait pas "étonnée" de voir le Premier ministre candidat dans la cité normande. "Il parle avec un amour immodéré de sa ville, où il a ses racines", avait-elle insisté. "C'est la ville que j'aime, c'est là que sont mes attaches", assure Edouard Philippe à Paris-Normandie. Il précise que des personnes l'ont encouragé à étudier des candidatures à Paris ou Bordeaux mais qu'il n'a "jamais envisagé un engagement politique ailleurs qu'au Havre".

Le chef du gouvernement a imposé aux membres du gouvernement la date limite du 31 janvier pour se déclarer candidat aux élections municipales.

31 janvier 2020

L'hommage vibrant de la documentariste Mariana Otero au photographe Gilles Caron

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Histoire d'un regard - Mariana Otero

Un documentaire d’une puissance émotionnelle rare sur les traces du photojournaliste, disparu au Cambodge en 1970.

La filmographie de Mariana Otero est, en partie, composée d’œuvres où domine le collectif et qui, dans une tradition toute documentaire, pénètrent les murs d’un endroit – d’une école (La Loi du collège), d’une usine (Entre nos mains) ou même, ceux invisibles, d’une place parisienne (L’Assemblée) – pour en explorer les rouages, en décoder les symboles.

Au milieu de ces films de groupes, il y en a un pourtant tourné vers une plus grande intimité. C’est une histoire de famille, l’Histoire d’un secret trop bien gardé que Mariana Otero perce et où la déchirante vérité enfin résolue (la mort de sa mère) se teinte d’une dimension sociale et politique (les avortements clandestins). De l’intime au collectif, de l’individu au groupe, il n'y a qu’un pas.

La nouvelle histoire qu’elle nous conte aujourd’hui en est la preuve, éblouissante. Au centre : Gilles Caron, photographe, disparu au Cambodge à 30 ans et dont le corps n’a jamais été retrouvé. Ici, le secret, enfoui dans les décombres d’un conflit, ne peut être résolu, sa recherche est vaine.

La cinéaste tente d’approcher un homme, un père de famille, un artiste, et renoue par là avec notre histoire contemporaine dont il a été l’un des précieux témoins. Regarder dans l’œilleton de Caron, c’est regarder le monde. Alors, comme une voyante lisant dans le marc de café, la cinéaste s’immerge dans ses photographies, cherche à découvrir ce qui s’y cache.

L’une des premières séquences du film est en cela inouïe. Avec l’expertise et la méticulosité d’une enquêtrice, Otero recompose la temporalité d’une série d’images prises en mai 1968 pour saisir le cheminement qui guida Caron à “la bonne photo” – en l’occurrence, celle d’un jeune Cohn-Bendit, tout sourire face à un policier. Ce jonglage frénétique entre les différents clichés et cette chronologie qui se fabrique en direct revêt alors une puissance émotionnelle rare.

Outre l’examen passionnant d’un processus créatif mis à nu, c’est le corps du disparu qui se lève, s’anime. Chaque esquisse nous renseigne sur un geste, un mouvement, un regard en action. A travers ce voyage dans ces paysages-mondes (aussi éloignés que peuvent l’être une salle pleine à l’Olympia et un champ de bataille), Otero affine son geste, dévoué à cette merveilleuse chose que seul le cinéma permet : faire revenir, métaphoriquement et charnellement (le tutoiement qu’elle lui adresse nous rend Caron si proche), un disparu.

C’est la prouesse d’une cinéaste, orpheline, qui aura changé un manque (celui d’un être et d’une vérité) en une quête pour débusquer, dans un cadre défini (celui d’une photo ou d’un lieu), le tangible et la puissance d’une rencontre. La filmer c’est alors vaincre, sans toutefois la réparer, l’injustice de la disparition.

Marilou Duponchel

Histoire d'un regard de Mariana Otero (Fr., 2019, 1h33)

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