Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
30 janvier 2020

Inauguration à Paris d'une statue de René Goscinny

Le scénariste de bande-dessinée, auteur de Lucky Luke ou Asterix, est décédé il y a maintenant 43 ans mais son oeuvre, immense, est toujours vivante. Une statut à son effigie a été inaugurée à Paris. …

Publicité
30 janvier 2020

Extrait d'un shooting. Modèle : Anna Johansson. Photos : Jacques Snap

shoot anna34

shoot anna35

30 janvier 2020

Les Césars

cesars

Nominations aux Césars : « J’accuse », « Les Misérables », « La Belle Epoque » et « Portrait de la jeune fille en feu » en tête

L’Académie, faisant avant tout droit à la qualité esthétique de son film « J’accuse », n’a pas cédé à la campagne de boycott qui accompagne Roman Polanski.

Au Fouquet’s, à 10 heures, à Paris, se tenait mercredi 29 janvier, en toute simplicité, la conférence de presse de la nomination des Césars 2020, dont la cérémonie aura lieu le vendredi 28 février. Mais il devient difficile pour un événement un tant soit peu exposé de passer à travers les mailles de la vigilance contemporaine, comme d’ailleurs de ses effets pervers qui consistent à créer de la polémique à tout bout de champ.

Le cinéma, avec ses ors et son entre-soi, échappe moins que tout autre à cette nouvelle règle. Régulièrement étrillés pour l’ennui qu’ils distillent, épinglés en 2017 sur la question d’une présidence contestée, celle, en l’occurrence, de Roman Polanski, les Césars ont ainsi d’ores et déjà été atteints par un premier « Scud », portant sur l’opacité de leur organisation et de leur fonctionnement, émanant de la corporation elle-même, en l’espèce la Société des réalisateurs de films (SRF).

Adressé le lundi 13 janvier, peu avant le « dîner des révélations », un communiqué dénonçait le refus de l’Académie d’entériner le choix des marraines – la romancière Virginie Despentes, la réalisatrice Claire Denis – fait par deux jeunes acteurs (Jean-Christophe Folly et Amadou Mbow). Excuses officielles immédiates, arguant d’un quiproquo, qui n’empêcha pourtant pas l’envoi, le 17 janvier, d’un second communiqué du Syndicat des producteurs indépendants (SPI) qui appelait l’Académie à « plus de transparence et de modernité », et renchérissait sur l’aspect « discriminatoire » du refus de ces parrainages.

La réponse d’Alain Terzian, président de l’Académie des Césars, ne se fit pas non plus attendre, menée cette fois sur un ton plus offensif.

Atmosphère touffue

C’est dire dans quelle atmosphère touffue se tenait, ce mercredi, la conférence de presse de l’annonce des nominations. Elle fut d’emblée apaisée par Alain Terzian dans un bref discours liminaire, qui prenait acte de la contestation et signifiait la volonté de l’Académie de s’engager à « élargir le conseil d’administration en le faisant voter par l’assemblée générale », d’œuvrer à « la modernisation et à la parité », tout en « retissant des liens entre les générations ». A la suite de ces vœux énoncés avec « détermination », la conférence de presse fut expédiée sans fioritures sous la preste conduite de la future maîtresse de cérémonie, Florence Foresti, au cours d’une lecture en mode mitraillette.

Peu de surprises ressortent de cette annonce, dont les grands gagnants sont J’accuse, de Roman Polanski, avec douze nominations, suivi des Misérables, de Ladj Ly, et de La Belle Epoque, conte mélancolique de Nicolas Bedos, avec onze nominations chacun, puis de Portrait de la jeune fille en feu, film-peinture de Céline Sciamma. A quelques encablures, Roubaix, une lumière, d’Arnaud Desplechin, ainsi que Grâce à Dieu, de François Ozon – deux beaux films d’auteur à tendance sociétale marquée –, ne perdent rien de leurs chances de décrocher du moins le titre de la meilleure réalisation et/ou du meilleur film.

De grands absents

Ce par quoi, évidemment, la polémique, brièvement chassée par la porte, se réintroduit céans par la fenêtre. Les membres de la corporation, droits dans leurs bottes et faisant avant tout droit à la grande qualité esthétique de J’accuse, film consacré à l’affaire Dreyfus, n’ont en effet pas cédé à la campagne d’accusations et de boycott qui accompagne désormais chacune des apparitions de Polanski ou d’un de ses films.

Les faits ne sont pourtant pas minces, puisqu’une nouvelle plainte pour viol avait été rendue publique peu avant la sortie du film. Il ne fait donc guère de doute que, à compter de cette conférence de presse, un nouveau mouvement de protestation s’engage. Interrogé à l’occasion de la conférence de presse, Alain Terzian a répliqué que les Césars ne sont « pas une instance qui doit avoir des positions morales ».

Du côté de ceux sans qui le cinéma se réduirait à pas grand-chose, à savoir les actrices et les acteurs, relevons les noms d’Adèle Haenel, Anaïs Demoustier, Eva Green ou Doria Tillier ; là ceux de Jean Dujardin, Roschdy Zem, Daniel Auteuil ou Vincent Cassel.

Relevons aussi, au passage, la haute tenue de la section documentaire avec, notamment, M, de Yolande Zauberman, 68, mon père et les clous, de Samuel Bigiaoui, La Cordillère des songes, de Patricio Guzman.

Protestons enfin pour les scandaleusement peu nommés, eu égard à leurs vertus, Jeanne, de Bruno Dumont, Alice et le maire, de Nicolas Pariser, et Proxima, d’Alice Winocour. Consignons enfin, pour la postérité, dans l’obituaire de rigueur, les noms de ces grands et regrettés absents que sont Quentin Dupieux pour Le Daim et Rebecca Zlotowski pour Une fille facile, deux des films les plus frais, intelligents et aériens de l’année 2019.

Jacques Mandelbaum

Les douze nominations aux Césars de « J’accuse » de Polanski ont fait réagir. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, s’est interrogée mercredi sur RTL du « message qui est envoyé ». « Là, je crois que l’on ne respecte pas les femmes », a-t-elle ajouté, estimant que « manifestement, le cinéma n’a pas terminé sa révolution en ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles ». « 12 nominations pour le film J’accuse de Polanski ! 12 comme le nombre de femmes qui l’accusent de viols ! Honte @Les Césars », a écrit sur Twitter l’association Osez le féminisme, avant d’appeler à manifester devant la salle Pleyel, où se tiendra, le 28 février, la cérémonie présidée par l’actrice Sandrine Kiberlain.

30 janvier 2020

Marisa Papen

marisa19

marisa21

30 janvier 2020

« Garde ton virus, sale Chinoise ! » : avec le coronavirus, le racisme antiasiatique se propage en France

Par Valentin Cebron, et Pauline Petit - Le Monde

Alors qu’un cinquième cas avéré sur le sol français a été confirmé mercredi, les propos stigmatisants à l’égard des personnes d’origine asiatique ou perçues comme telles connaissent une recrudescence.

« Garde ton virus, sale Chinoise ! T’es pas la bienvenue en France », crie un chauffard en accélérant sur une flaque d’eau pour l’éclabousser. Minh, qui relate l’épisode intervenu lundi 27 janvier, est d’origine vietnamienne. Depuis l’identification en France de plusieurs cas de patients contaminés par le coronavirus 2019-nCoV, apparu en décembre 2019 à Wuhan en Chine, les propos racistes à l’encontre des personnes de la communauté asiatique se multiplient. Elles sont les premières victimes de l’inquiétude suscitée par le virus.

La mère de John (le prénom a été modifié), d’origine philippine, en a fait les frais. « Elle faisait ses courses, rapporte le jeune homme, lorsqu’elle a entendu une voix dans son dos. Un homme mettait en garde son fils sur le virus et les Chinois, en la désignant. » La scène s’est déroulée dans un hypermarché à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). A Lyon, dans une fromagerie, Elodie a été témoin d’une humiliation : « Un couple a refusé d’être servi par une dame d’origine asiatique. Elle s’est mise à pleurer. »

Avec la médiatisation de la crise sanitaire, de nombreuses personnes d’origine asiatique se sentent pointées du doigt. « A la fac, quand je tousse, on me dit que je vais contaminer tout le monde », raconte Julie, étudiante à Assas d’origine japonaise.

Dans les transports, ce sont des regards en coin. Marie (le prénom a été modifié), d’origine chinoise, le confirme : « Dans le métro, un homme a même caché son nez et sa bouche dans son pull devant mes parents. » Dans cette atmosphère paranoïaque, se faire dévisager parce qu’on est Asiatique n’est pas rare. « Une amie, aussi Coréenne, n’ose plus sortir », ajoute Sujin. Car certains se font insulter, voire expulser du métro.

garde ton vrus

Propos discriminants

Sous couvert d’humour, au travail, les discussions autour de l’actualité du coronavirus s’accompagnent parfois de propos discriminants. Employée dans une boutique de sacs à Paris, Mia (le prénom a été modifié), d’origine cambodgienne, témoigne : « J’ai à peine le temps de poser mon manteau que mon manager me dit en rigolant : “j’espère que ta famille n’a pas ramené le virus.” Devant mon sourire crispé, il lâche un “si on ne peut plus rien dire !” Tous les jours. C’est pesant. »

Une lassitude que ressent également Vincent, agent à la SNCF d’origine sud-coréenne. Toujours prêt à plaisanter, « même sur ses origines », il a perdu son sens de l’humour lorsqu’un collègue l’a interpellé gare de Lyon, d’un « alors, t’as pas mis ton masque ? »

Les pharmacies sont d’ailleurs dévalisées. « Je suis en rupture de stock, constate Corine, pharmacienne dans le 4e arrondissement de Paris, j’attends une livraison fin février. » Et à l’hôpital, l’amalgame continue. « Ce week-end, témoigne une urgentiste du SAMU à Marseille, un homme nous a demandé s’il pouvait être infecté après avoir mangé du riz cantonais ! »

Sur les réseaux sociaux, la parole raciste semble se déployer encore plus ouvertement, parfois sans même se cacher derrière du second degré. « Les Chinois ne mettent pas longtemps pour te ramener un virus en France… par contre pour un colis faut attendre trois mois », écrit une internaute sur Facebook. « A cause de soupe de chauve-souris de merde vous contaminez tout le monde », lit-on sur Twitter.

« Déchaînement »

Derrière l’incrimination des pratiques culinaires asiatiques ou du « manque d’hygiène des Chinois », c’est « tout un faisceau d’images stéréotypées de l’inconscient collectif qui s’exprime, observe Mai Lam Nguyen-Conan, spécialiste des questions interculturelles et invervenante en entreprise. Le virus exacerbe la peur d’être envahi par la Chine. »

En réaction au déferlement de propos haineux, lundi 27 janvier, la réalisatrice Amandine Gay a relayé un appel lancé sous le hashtag #Jenesuispasunvirus : « La crise sanitaire du coronavirus entraîne dans son sillage une libération de la parole raciste (…). Ce déchaînement vise les personnes “asiatiquetées” ». Le message a reçu des milliers de réponses de soutien. « Je suis contente qu’il ait permis une prise de conscience », confie Julie (le prénom a été modifié), la créatrice du hashtag, qui se dit surprise de l’engouement généré par l’appel.

Professeure de français, elle fait acte de pédagogie auprès des élèves qui partagent la vidéo devenue virale d’une femme asiatique cuisinant une chauve-souris : « Cette vidéo a été tournée dans le cadre d’une émission à sensation. » Auprès des adultes aussi, l’initiatrice du hashtag se sent obligée de calmer « la psychose ambiante ».

Dans son message, Julie dénonce par ailleurs un « processus de racialisation » du traitement médiatique du coronavirus. Dimanche, Le Courrier Picard a fait sa Une sur « l’Alerte jaune » et titrait son édito : le péril jaune. Le quotidien régional a présenté ses excuses. Renaud André, fondateur de l’association antiraciste Asia 2.0 n’est pas étonné de revoir surgir l’expression. « On a beau alerter, elle revient dans les médias, déplore-t-il. On qualifie de virus chinois un coronavirus qui n’a pourtant aucune identité ethnique. »

Sinophobie latente

Au-delà de la dénonciation des blagues racistes liées à l’épidémie apparaît le récit d’une stigmatisation banalisée. Evoquant les « gestes à la Bruce Lee » ou les « Ni hao » quotidiens, Vincent ne cache pas sa tristesse : « J’ai 38 ans, plus 15, je n’ai plus envie de me prendre ce genre de réflexions. On a envie de s’exiler à l’autre bout du monde, de raser les murs pour ne pas se faire embêter. »

Pour les associations, le virus n’est qu’un élément qui condense une sinophobie latente. « On a reçu encore plus d’alertes de personnes d’origine asiatique assimilées à des Chinois, et donc associées au coronavirus », déplore Laetitia Chhiv, présidente de l’Association des jeunes Chinois de France. « Il faut porter plainte, qu’il y ait des traces, affirme Renaud André. Tant qu’on n’a pas ces statistiques, les politiques ne se rendent pas compte de la réalité. »

Une sensibilisation à ces questions émerge cependant. Ancien vice-président du Conseil représentatif asiatique de France, Valéry Vuong assure que « la nouvelle génération de Français d’origine asiatique ne se laisse plus faire ». D’une certaine façon, le coronavirus pourrait même servir la lutte contre le racisme, selon Mai Lam Nguyen-Conan : « Les associations ont intérêt à se saisir de ce genre de phénomènes pour essayer de faire passer des messages différents sur les Asiatiques. »

Publicité
30 janvier 2020

Bouche de métro art déco

metro bouche art deco

30 janvier 2020

Le Louvre

louvre33

30 janvier 2020

Ce soir à la télévision : François Fillon, la vie après le crash

Par Solenn de Royer, Vanessa Schneider - Le Monde

Le candidat malheureux de la droite à la présidentielle de 2017, qui doit être jugé du 24 février au 11 mars devant le tribunal correctionnel de Paris, sort de sa réserve : il est l’invité, jeudi 30 janvier, de « Vous avez la parole », sur France 2.

Il tend sa carte d’embarquement à l’hôtesse d’Air France et s’installe dans la cabine business. Ce 17 avril 2019, François Fillon vient de passer trois jours au Liban pour sa fondation Agir pour les chrétiens d’Orient. En attendant le décollage, il repense avec tristesse à Notre-Dame de Paris, dont il a suivi l’incendie dévastateur deux jours plus tôt, alors qu’il dînait sur le port de Beyrouth. Son officier de sécurité le sort brutalement de sa rêverie : « Robert Bourgi est dans l’avion ! » M. Fillon racontera plus tard à un ami : « A cet instant, je me suis dit : “Si je le croise, pas sûr que je sois capable de ne pas lui mettre ma main dans la figure.” »

Par le plus mauvais des hasards, l’avocat franco-libanais, proche de Nicolas Sarkozy, qui avait achevé de plomber sa campagne en révélant à la presse avoir offert à M. Fillon de coûteux costumes, se trouvait dans le même hôtel que lui, à Beyrouth. Les deux hommes ne se sont pas croisés. Cette fois, François Fillon se sent coincé. Quand une hôtesse vient lui proposer un surclassement en première, à côté d’un siège encore vide, il hésite : « C’est gentil, mais je préfère ma place seule en business. » L’hôtesse sourit et murmure élégamment : « Soyez tranquille, M. le premier ministre. M. Bourgi se trouve en business. »

Près de trois ans après le fiasco présidentiel, le candidat malheureux de la droite reste hanté par la tragédie politico-judiciaire qui, pense-t-il, lui a coûté l’Elysée. Il sera jugé, du 24 février au 11 mars, devant le tribunal correctionnel de Paris, dans l’affaire des emplois présumés fictifs dont aurait bénéficié son épouse, Penelope, quand il était député. L’ancien premier ministre devra notamment répondre de « détournement de fonds publics », « complicité et recel » de ce délit, « complicité et recel d’abus de biens sociaux », ainsi que de « manquement aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ».

Une échéance majeure, qui l’a décidé à sortir de sa réserve : jeudi 30 janvier, il est l’invité de « Vous avez la parole », sur France 2. M. Fillon a préparé ce retour avec sa communicante, Anne Méaux, l’influente patronne d’Image 7, sa plume et conseiller depuis trente ans, Igor Mitrofanoff, et son avocat, Antonin Lévy. Une réunion de stratégie a eu lieu le 16 janvier, dans les bureaux de l’agence. « Il y a une impatience chez lui de pouvoir s’expliquer directement et non face à un juge, dont certains propos fuitent sans qu’il puisse se défendre, explique Me Lévy. Il veut parler sans intermédiaires, dire sa vérité. »

La page est tournée

Depuis son effondrement, l’ancien premier ministre s’est fait discret. Sa première apparition publique, après l’« affaire », date du 3 juillet 2018. Impeccable dans un costume bleu marine à rayures, il a croisé ce jour-là le Tout-Paris des médias, de la politique et des affaires dans les jardins du Cercle Interallié, où Image 7 fêtait ses 30 ans. « Il avait l’air très tranquille, s’étonne encore un invité. Il a choisi de faire de l’argent dans le privé. Ce qu’il a fait à la droite ne semble pas l’empêcher de dormir… »

« BEAUCOUP L’ONT MAUVAISE. ILS DISENT : “IL NOUS A CONDUITS AU CIMETIÈRE, ON N’IRA PAS FLEURIR LA TOMBE.” »

BRICE HORTEFEUX, ANCIEN MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Tous ceux qui l’ont aperçu depuis le décrivent en effet « détaché », ayant « tourné la page de la politique », « heureux de sa nouvelle vie » comme senior partner dans la société de gestion et d’investissements Tikehau Capital. C’est Anne Méaux qui l’a présenté aux deux fondateurs du fonds, Antoine Flammarion et Mathieu Chabran.

Depuis l’automne 2017, l’ex-chef du gouvernement travaille au neuvième étage d’un immeuble chic et aseptisé, près du parc Monceau. Pour le compte de cette société cotée en Bourse, qui pèse 3 milliards d’euros, il parcourt le monde à la recherche d’investisseurs potentiels. En octobre 2019, il se trouvait à Milan pour séduire des industriels de l’automobile dans lesquels Tikehau veut investir. L’an passé, il a œuvré à la création de l’International Advisory Board, auquel il a associé son ami l’ancien premier ministre italien Enrico Letta. « Il s’est remis à niveau en anglais et s’est reformé de A à Z pour son nouveau métier, raconte Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat. Il voulait se prouver à lui-même qu’il y avait une vie après la politique, en s’immergeant complètement dans son job. »

M. Flammarion et M. Chabran ont demandé à leur associé de bannir toute incursion dans le champ politique. « Dès qu’il y a un article sur lui, ils grimpent aux rideaux », raconte un proche des deux dirigeants, qui ne sont guère enthousiastes à l’idée de voir leur nouvelle recrue sur un plateau de télévision. L’arrivée de l’ex-candidat à la présidentielle, mis en examen en pleine campagne, n’aurait d’ailleurs pas été du goût de tous les clients de la société. Mais « nous en avons 60 000 », relativise-t-on rue de Monceau. « M. Fillon apporte son expérience, ses connexions, sa connaissance du tissu économique et son envergure internationale », explique-t-on chez Tikehau.

« Maintenant, j’ai mes week-ends »

Après cette campagne « cauchemar », François Fillon s’est recentré sur sa famille, son clan. Son frère, Pierre, président de l’Automobile Club de l’Ouest, qui a la charge des 24 Heures du Mans, a épousé Jane Clark, la sœur de Penelope. Les deux couples sont inséparables, se retrouvent parfois le week-end à Solesmes, dans la Sarthe, où François et Penelope ont acquis, en 1984, le ravissant manoir de Beaucé ; l’été, ils louent des maisons voisines en Toscane. Il est aussi très lié à son frère Dominique, musicien de jazz. « Ils ont fait bloc, constate Igor Mitrofanoff. La douleur était telle, dans et autour de la famille, qu’ils ont géré cela ensemble dans le silence, en dressant une muraille avec le monde extérieur. »

fillon

A ceux qu’il croise désormais, il assure qu’il est heureux d’avoir retrouvé sa liberté. « Tu sais, maintenant, j’ai mes week-ends », a-t-il ainsi glissé cet automne au député (LR) du Bas-Rhin Patrick Hetzel, lors d’un déjeuner au Divellec, restaurant de poissons du 7e arrondissement de Paris. Celui qui a laissé sa famille politique en lambeaux, déçu ses amis et déboussolé ses soutiens semble décidé à profiter de la vie, de la sienne surtout.

Dès le lendemain de son échec au premier tour de la présidentielle, le 24 avril 2017, il a appelé son ami le financier Arnaud de Montlaur, qui avait levé des fonds pour sa campagne : « Il faut voir le bon côté des choses, lui lance-t-il, ça fait des années que tu me parles de moto, maintenant, je peux venir avec toi. » A la fin de l’été, Fillon part désormais chaque année faire des excursions de moto-cross dans les Pyrénées ou le Massif central. L’ex-premier ministre, qui s’est initié à la photo à Matignon, est aussi devenu le photographe attitré du petit groupe d’amis.

Il n’a pas délaissé sa passion pour les courses automobiles pour autant. En 2017, le patron de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), Jean Todt, lui a proposé la présidence de la « commission constructeurs » de l’institution. Début janvier, l’ancien patron de Ferrari a dîné avec M. Fillon et M. Flammarion et leurs épouses respectives. Heureux de voir son ami, Jean Todt n’a pas osé insister sur le procès qui vient. « Je ne l’ai jamais vu se plaindre. Il est fier », confie M. Todt, qui le croise parfois sur les circuits.

Ni remords ni regrets

Décidément bien loin des tourments qui agitent ses anciens amis politiques, François Fillon a décidé de s’adonner à un nouveau hobby, la chasse. C’est Henri de Castries qui l’y a initié. L’ancien patron d’Axa l’a invité une première fois à chasser le gros gibier en Ecosse, le week-end du 13 mai 2017, pour lui changer les idées. Au même moment, à Paris, le vainqueur de la présidentielle descendait les Champs-Elysées. Le groupe de chasseurs, parmi lesquels l’avocat d’affaires Antoine Gosset-Grainville, ex-bras droit de M. Fillon à Matignon, n’a vu aucune image du triomphe d’Emmanuel Macron, leur hôtel étant dépourvu de télévision.

« J’essaye de vivre de façon agréable, confortable, a récemment confié M. Fillon à un proche. On a pu dire que j’étais hédoniste, ce n’est pas totalement faux. Je fais des trucs que j’aime, qui m’amusent. Je n’ai pas de remords. »

Ni remords ni regrets, une posture d’apparente indifférence qui a laissé un sentiment d’amertume et de colère à ceux qui ont fait sa campagne. L’ancienne ministre Roselyne Bachelot, qui avait toujours une anecdote amusante à raconter sur son « ami François », ne veut plus en parler. Le président (LR) du Sénat, Gérard Larcher, serait encore « ulcéré, profondément blessé », raconte l’ancien directeur de campagne du candidat LR, Patrick Stefanini, qui a quitté l’équipe au lendemain du meeting du Trocadéro et ne veut plus le voir.

Chez LR, François Fillon a disparu des conversations. « Qui sème le vent, récolte la tempête, puis l’indifférence », soupire un membre de la nouvelle direction du parti. « Il a disparu du jour au lendemain de la politique, du parti, de ses amis, observe l’ancien ministre sarkozyste Brice Hortefeux. Beaucoup l’ont mauvaise. Ils disent : “Il nous a conduits au cimetière, on n’ira pas fleurir la tombe.” »

Impavide, perçu comme « perso », solitaire, l’ancien premier ministre n’a pas hésité à brutalement couper avec le monde politique, sans se retourner. Bruno Retailleau est le seul qu’il revoit vraiment. Un appel tous les quinze jours, un dîner de temps en temps. « C’est un grand brûlé de la politique, ça reste très douloureux pour lui, mais il ne dit rien, assure le sénateur de Vendée. On sent qu’il cherche à enfouir tout ce qui s’est passé. »

Affronter ses fantômes

Même Jérôme Chartier, l’un de ses derniers soutiens, ne l’a pas revu depuis un an. « Le temps a fait son œuvre », confie sans amertume l’ex-député du Val-d’Oise, qui a connu une période difficile après la défaite. Mais avec ce fidèle lieutenant, qui semblait aller si mal, François Fillon s’est montré prévenant. Il l’a appelé, emmené déjeuner. Un an après, M. Chartier lui a envoyé un SMS, en guise d’au revoir : « Je me sens en pleine forme. Je te remercie d’avoir été là. » Depuis, ils ne se sont plus revus.

Le 12 décembre 2019, clôturant au Sénat un colloque sur les chrétiens d’Orient, la voix du candidat défait s’est légèrement voilée au moment d’évoquer publiquement le crash, pour la première fois depuis la présidentielle : « J’ai tout donné. J’aurais voulu faire mieux et plus encore… Il ne faut pas ruminer le passé. »

Le perdant nie toute nostalgie. « Ce n’est peut-être pas bon signe, d’ailleurs, a-t-il admis devant un proche. Certains peuvent me le reprocher… le fait que je n’ai pas envie de continuer le combat. Mais quarante ans, c’est long… Faire autre chose, c’est bien ! »

Enrico Letta, qui a, lui aussi, changé de vie en devenant le doyen de l’Ecole des affaires internationales de Sciences Po Paris, abonde : « Parmi les ex-premiers ministres que je connais, c’est celui qui a tourné la page le plus nettement. Sans regrets, sans volonté de retourner en arrière. » L’intéressé soupire parfois : « S’il n’y avait pas les sujets judiciaires, la vie serait parfaite. »

Dans un mois, François Fillon va en effet devoir affronter ses fantômes. « L’approche du procès ravive la blessure », admet une proche. Ses amis sont inquiets pour lui. Lui s’inquiète pour Penelope. « Elle n’arrive pas à dépasser cette histoire », répète-t-il à ses interlocuteurs, qui sentent bien qu’il « culpabilise ». « Il ne peut pas dire : “J’ai mal”, alors il dit : “Penelope va mal” », analyse l’un de ses amis, en décrivant cette dernière – qui comparaîtra à ses côtés – comme « réservée, mais plus costaud qu’on ne croit ».

Me Lévy le dit « concentré », « combatif » : « Il sait que le procès va être un moment compliqué. » « Il y allait comme un mouton à l’abattoir, ajoute l’un de ses amis. Il a finalement décidé de s’exprimer avant le procès. Car s’il est condamné, il ne pourra plus parler. Il a quarante ans de vie politique derrière lui. Il ne pouvait pas s’en aller comme ça. »

30 janvier 2020

Coronavirus : réunion d'urgence à l'OMS, un avion français affrété à Wuhan

virus34

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Un nouveau bilan des autorités sanitaires chinoises, mercredi soir, fait état de 170 morts liées à l’épidémie et plus de 7 700 cas de contamination dans le pays.

Selon un nouveau bilan des autorités sanitaires chinoises mercredi, relayé jeudi 30 janvier par le Global Times, le nombre de morts liées à l’épidémie de coronavirus qui s’est déclarée en décembre est désormais de 170 dans l’ensemble du pays, et 7 711 cas de contamination ont été recensés au total.

Parmi les deniers décès comptabilisés, 37 sont survenus dans la province du Hubei, l’épicentre de la contagion, où les autorités ont fait part jeudi de 162 victimes au total depuis le déclenchement de l’épidémie. Dans cette province, 1 032 nouveaux cas d’infection ont été enregistrés, soit 4 586 cas au total.

L’OMS appelle le “monde entier à agir”

C’est dans ce contexte, et alors qu’une vingtaine d’autres États dans le monde ont annoncé environ 80 cas confirmés au total sur leur sol, que doit s’ouvrir une nouvelle réunion d’urgence de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Il y a une semaine, l’autorité sanitaire avait estimé qu’il était “trop tôt” pour déclarer l’alerte internationale face à l’épidémie. Elle examinera de nouveau la question jeudi à son siège de Genève, en Suisse. Lors d’une conférence de presse mercredi, le directeur des programmes d’urgence à l’OMS, Michael Ryan, avait appelé la communauté internationale à l’action  :

Le monde entier doit être en alerte, le monde entier doit agir.”

Pour le Financial Times, qui note que la position adoptée la semaine dernière par l’OMS avait été qualifiée d’”erreur” par “de nombreux experts internationaux de la santé”, “déclarer une urgence de santé publique ne ferait pas une grande différence dans la pratique, étant donné l’ampleur de l’action internationale déjà en cours, mais ce serait une déclaration symbolique importante.” Le quotidien économique rappelle qu’“une telle mesure a été annoncée cinq fois au cours de la dernière décennie, notamment lors de l’épidémie d’Ebola” l’an dernier.

Un avion affrété depuis Paris

Les évacuations de ressortissants étrangers en Chine ont débuté mercredi. Dans la soirée, un premier vol devait quitter l’hexagone pour rapatrier de Chine les Français qui le désirent. Cet avion à destination de Wuhan, “un A340 Esterel militaire” comprenant à son bord “une équipe médicale d’une vingtaine de personnes”, doit ramener quelque “200” ressortissants français, selon la ministre française de la santé Agnès Buzyn. “Ces personnes”, dont le retour est prévu “vendredi dans la journée”, seront “transférées dans un lieu où elles seront mises en confinement pendant 14 jours”.

Un autre vol, prévu jeudi ou vendredi, accueillera d’autres Français et des ressortissants d’autres pays européens, dans le cadre d’un processus de coopération, toujours d’après la ministre. Politico Europe, qui décrypte “la réponse européenne face à ce virus mortel”, précise :

L’UE financera en partie des vols pour ramener chez eux quelque 600 Européens des régions de Chine touchées par le coronavirus mortel, à la suite d’une demande d’assistance de la France. Le centre d’intervention d’urgence de l’UE est en contact avec les gouvernements pour coordonner les arrivées, a déclaré mercredi un fonctionnaire de la Commission.”

200 Américains vont être maintenus en quarantaine

Un avion devant ramener de Wuhan au Royaume-Uni quelque 200 ressortissants britanniques n’a pour sa part pas encore été en mesure de décoller, selon la BBC jeudi.

Mercredi, environ 200 Américains et 206 Japonais avaient été les premiers à être évacués de Wuhan. Aux États-Unis, les “201 Américains fuyant l’épidémie” sont arrivés mercredi dans une base militaire de Californie, relate le Los Angeles Times. Ils vont être maintenus à l’isolement pendant au moins 72 heures, ont annoncé les autorités. Quant aux 206 Japonais, arrivés mercredi à Tokyo comme le rapporte Japan Times, trois parmi eux sont contaminés, a annoncé jeudi matin le gouvernement japonais. Ces trois cas s’ajoutent aux huit déjà recensés précédemment.

virus39

virus61

virus64

30 janvier 2020

COURRIER INTERNATIONAL - À la une de l’hebdo

courrier inter

Ces femmes qui changent le monde

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Chaque semaine, Courrier international explique ses choix éditoriaux, les hésitations et les débats qu’ils suscitent parfois dans la rédaction. Plutôt que de céder à l’emballement autour du coronavirus, nous avons choisi cette semaine de maintenir notre dossier sur les femmes qui changent le monde. L’épidémie et ses conséquences occupent toutefois une place de choix dans ce numéro.

Jusqu’au dernier moment (mardi 28 janvier à midi), nous aurons hésité. Fallait-il bouleverser la une et titrer plus fortement sur la propagation du coronavirus en Chine et ailleurs, ou en rester à notre première option, privilégier le dossier intitulé “Ces femmes qui changent le monde” ?

Nous avons finalement choisi de maintenir le titre principal sur les femmes dont le Spiegel nous dit qu’elles seront bien plus nombreuses cette année à accéder durablement à des postes clés de gouvernement, qu’elles devraient de ce fait changer l’exercice du pouvoir, et qu’à ce titre 2020 marque bien un point de basculement. En décembre, en Finlande, Sanna Marin, 34 ans, est ainsi devenue l’une des plus jeunes Premières ministres du monde, à la tête d’un gouvernement majoritairement féminin, qui, pour les Finlandais, sonne comme une victoire pour l’égalité des genres en politique. La Grèce vient quant à elle d’élire pour la première fois une présidente ; en Amérique latine, les villes de Bogota et de Mexico ont toutes deux porté à leur tête une femme…

Autre personnalité, véritable phénomène politique, que nous avons choisi de mettre en avant dans ce dossier : Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), 30 ans, la plus jeune députée à être entrée à la Chambre des représentants aux États-Unis. En un an au Congrès, nous explique le New York Magazine dans un portrait passionnant, elle a totalement rebattu les cartes au sein du Parti démocrate et ressuscité la campagne de Bernie Sanders. Elle est celle qui fait bouger les lignes parce qu’elle refuse les compromis et aussi parce qu’elle connaît parfaitement ses dossiers. On l’a vue démonter précisément les arguments de Mark Zuckerberg lors de son audition au Congrès. C’est elle encore qui a su imposer au camp démocrate l’idée d’un “New Deal vert”. AOC semble partie pour être une figure majeure de la politique aux États-Unis dans les prochaines années.

Pour illustrer cette une, nous avons fait appel à l’illustratrice Michelle Thompson, qui avait déjà réalisé une couverture pour Courrier international l’an dernier sur Jacinda Ardern, la Première ministre néo-zélandaise. Le résultat visuel va au-delà de nos espérances. À partir de là, il devenait difficile de renoncer à cette une.

Quelle place donner à l’épidémie ?

Et puis l’actualité s’est emballée le week-end dernier avec des informations de plus en plus alarmantes en provenance de Wuhan. Le problème, dans ce genre de crise sanitaire, c’est que les chiffres, dans un pays comme la Chine, sont très difficiles à vérifier. Et que tout autant que la maladie, la peur est contagieuse, comme l’écrivait récemment le South China Morning Post.

Plus que le nombre de cas, qui semblent se multiplier de façon exponentielle, c’est l’ampleur de la réaction des autorités chinoises qui a surpris : confinement de dizaines de millions de personnes dans les grandes villes de la province du Hubei, célébrations du nouvel an annulées… Déjà mis à mal par la crise à Hong Kong, par la réélection d’une présidente “anti-Pékin” à Taïwan, le régime de Xi Jinping a choisi de mettre en scène une certaine “transparence”. Simple propagande ? Nous avons choisi en tout cas de privilégier les articles issus de la presse chinoise et hongkongaise pour comprendre la crise d’un point de vue différent.

Et si nous consacrons huit pages à l’épidémie sans en faire la couverture, c’est qu’il nous paraît de notre responsabilité de ne pas alimenter la panique. Certes, l’OMS a relevé le niveau d’alerte mondiale de modéré à élevé, partout des chercheurs se mobilisent, la course au vaccin est lancée. En 2003, le Sras avait fait quelques centaines de victimes et infecté près de 8 000 personnes. Mais il est trop tôt aujourd’hui pour établir une comparaison avec le taux de mortalité (encore inconnu) du virus 2019-nCoV.

Claire Carrard

Publicité