Municipales à Paris : Dati remplace Griveaux comme rival numéro un d’Hidalgo
Anne Hidalgo et Rachida Dati
Par Denis Cosnard - Le Monde
Un sondage IFOP place la maire sortante en tête pour le scrutin de mars, suivie par l’ex-garde des sceaux. Le candidat officiel de La République en marche est à la peine.
Dehors, sur le boulevard Sébastopol, les touristes passent emmitouflés. A l’intérieur du petit local de campagne, c’est l’étuve. Ce samedi 18 janvier, les têtes de listes et de nombreux militants se sont amassés pour s’approcher de leur vedette, Rachida Dati.
Rachida Dati
« Qui parle, là ? », demande une vieille dame chic, coincée au milieu de la foule. « C’est Rachida », l’instruit sa voisine. Avant d’entamer la galette, la candidate à la Mairie de Paris motive ses troupes. Certes, « il y a eu quelques états d’âme », reconnaît-elle. Mais les différends sont réglés, et « Paris, c’est vraiment à notre portée, vu l’équipe actuelle à la mairie », assure-t-elle. Soudain, un homme entonne une Marseillaise, reprise par tous. Une choriste de l’opéra rend le chant encore plus vibrant. Salve d’applaudissements.
Près de vingt ans après avoir perdu la Mairie de Paris, la droite peut-elle en retrouver les clés en mars, avec Rachida Dati ? Peu y croient vraiment. Le parti part de si loin…
Mais la galette est à peine finie que les chiffres du sondage IFOP à paraître le lendemain dans le Journal du dimanche (JDD) commencent à circuler, et à raviver l’espoir. Pour la première fois, la candidate investie par Les Républicains (LR) s’y retrouve à la deuxième place, avec 19 % des intentions de vote au premier tour. Certes toujours derrière la socialiste Anne Hidalgo (25 %), elle distance désormais le candidat de La République en marche (LRM) Benjamin Griveaux (15 %), l’écologiste David Belliard (14 %) et le macroniste dissident Cédric Villani (13 %).
Benjamin Griveaux
Cédric Villani
« La peau de chagrin de la droite à Paris est finie »
Après la claque essuyée par LR aux européennes, certains considéraient les municipales parisiennes comme un combat perdu d’avance pour la droite classique, surtout avec pour figure de proue la tranchante Rachida Dati. La voici désormais concurrente numéro un de la maire sortante. Au moins, « la peau de chagrin de la droite à Paris est finie », juge le député Claude Goasguen.
L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy est d’autant plus satisfaite qu’après de multiples passes d’armes, elle dispose désormais de têtes de listes dans presque tous les arrondissements. Même le cas du 16e, « une affaire de famille très compliquée », dit-on à droite, a été résolu. La liste sera finalement conduite par Francis Szpiner, un avocat vedette.
Reste à trouver une solution dans le 15e, le plus grand arrondissement de Paris. Jugeant qu’elle a peu de chances de gagner seule, le maire LR sortant Philippe Goujon refuse de s’engager à voter pour Rachida Dati lors de l’élection du maire de Paris. Il veut pouvoir soutenir Benjamin Griveaux ou Cédric Villani si l’un d’eux est mieux placé pour battre Anne Hidalgo. Résultat : il risque fort de se voir opposer une liste « 100 % Dati » dans son arrondissement.
Sur le même boulevard Sébastopol, une autre équipe se réjouit. Celle d’Anne Hidalgo, qui a installé son siège de campagne à 200 mètres de celui de Rachida Dati. Le sondage du JDD fournit à la maire sortante trois motifs de satisfaction.
Une confrontation droite-gauche classique
D’abord, elle fait de plus en plus la course en tête. Son entrée en campagne tardive mais puissante a été bien perçue, grâce notamment à des promesses fortes : doublement du budget consacré à la propreté, 20 milliards d’euros d’investissement pour loger les classes moyennes, etc. Ensuite, elle creuse l’écart avec ses alliés écologistes. Après leur bon score aux européennes, ils rêvaient d’inverser le rapport de force avec elle. Cela s’annonce difficile.
Enfin, elle ne peut que voir d’un bon œil un duel avec Rachida Dati, une sarkozyste qu’elle respecte mais qui ne lui prend guère de voix ; cela permet de revenir à une confrontation droite-gauche classique. La grande crainte de son équipe était d’assister à une déferlante macroniste. La capitale n’a-t-elle pas voté à près de 33 % en faveur de la liste LRM aux européennes ? Cette fois-ci, les représentants d’Emmanuel Macron sont à la peine. En particulier Benjamin Griveaux.
Avec son patient travail de terrain, le renfort de plusieurs figures de la majorité, et le ralliement du député Pierre-Yves Bournazel, le candidat officiel de LRM pouvait espérer voir sa cote monter. C’est l’inverse.
Pour Benjamin Griveaux, la conclusion est claire : il faut d’urgence que Cédric Villani se retire de la course, pour éviter une dispersion des voix macronistes qui aboutirait à la réélection d’Anne Hidalgo. « Cédric Villani n’est plus dans le carré de tête, et ne peut plus prétendre l’emporter, commente l’entourage de M. Griveaux. Il doit prendre ses responsabilités. »
L’ex-mathématicien n’entend pas renoncer pour autant. « Griveaux plonge inéluctablement, juge un proche de M. Villani. Il n’a jamais été la solution, mais le problème dans cette élection. Le seul qui soit aujourd’hui encore capable de faire le pont entre les écologistes et les progressistes pour gagner, c’est Cédric. » Des tensions ravivées dont Anne Hidalgo et Rachida Dati ne peuvent que se délecter.














