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Jours tranquilles à Paris

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27 août 2019

Analyse G7 : isolé diplomatiquement, Donald Trump a fait le choix de l’apaisement

Par Gilles Paris, Washington, correspondant

Contrairement au précédent sommet au Canada, le président des Etats-Unis s’est gardé du moindre coup d’éclat à Biarritz, et a même paru faire des concessions sur l’Iran ou encore la Chine.

Donald Trump avait quitté Washington pour le sommet du G7, en France, le 23 août, en laissant derrière lui une capitale fédérale médusée. Il venait de relancer spectaculairement sa guerre commerciale avec la Chine après un incident diplomatique avec le Danemark, qui avait répondu par une fin de non-recevoir à l’hypothèse d’un achat du territoire autonome du Groenland. Ce tumulte avait ravivé le souvenir du G7 précédent, au Canada, marqué par le refus brutal de Donald Trump d’endosser le communiqué final, et fait craindre de nouveaux dérapages.

Il n’en a rien été. A Biarritz, sans rien retrancher de ses divergences avec ses pairs sur le climat, le commerce international ou la place de la Russie, le président des Etats-Unis s’est gardé du moindre coup d’éclat. Sa proposition de réintégrer la Russie dans ce club s’est heurtée à un mur, alors qu’il met cette éviction liée à l’annexion de la Crimée, en 2014, sur le compte de son prédécesseur Barack Obama, furieux selon lui que le président russe, Vladimir Poutine, se soit montré « plus malin que lui » lors de cette crise.

Rien à gagner à mettre en évidence son isolement

Après avoir enregistré également les rebuffades courtoises du premier ministre japonais, Shinzo Abe, et du Britannique, Boris Johnson, sur le commerce international, ou encore le refus du premier ministre indien, Narendra Modi, également présent, d’une médiation américaine dans la crise avec le Pakistan sur le Cachemire, Donald Trump a manifestement considéré qu’il n’avait rien à gagner à mettre en évidence son isolement.

La seule manifestation ostensible de ses désaccords a été son absence à la session consacrée à l’environnement. La Maison Blanche l’a justifiée par des rencontres concomitantes avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre indien. Les chaînes de télévision américaines n’ont pas manqué de diffuser des photos attestant pourtant de la présence de ces deux responsables à cette même réunion. Donald Trump a assumé sa désinvolture en vantant les énergies fossiles lors de la conférence de presse tenue au terme du G7. « Les Etats-Unis ont une richesse énorme. La richesse est sous nos pieds », a-t-il dit. « Je ne vais pas perdre cette richesse dans des rêves, dans des moulins à vent », a-t-il insisté.

Le souci d’apaisement du président des Etats-Unis s’est, en revanche, étendu aux tensions américano-chinoises. Il a assuré dès le début de journée, avant l’ouverture des marchés américains, que les autorités chinoises avaient contacté ses conseillers au cours de la nuit précédente pour tenter de relancer les négociations. La nouvelle a rasséréné Wall Street qui s’était effondré vendredi, même si Pékin n’a pas officiellement confirmé la réalité de ces échanges. Donald Trump a également renoué avec les propos respectueux envers son homologue Xi Jinping qu’il avait qualifié d’« ennemi » trois jours plus tôt.

Il en a été de même à propos de l’Iran, au grand dam des « faucons » républicains, dont l’ancienne ambassadrice aux Nations unies, Nikki Haley, qui a accusé sur Twitter le président français, Emmanuel Macron, d’avoir tendu un piège au locataire de la Maison Blanche. Après avoir assisté en spectateur à l’initiative de son hôte qui a reçu en marge du G7 le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, le président des Etats-Unis ne s’est pas frontalement opposé à la perspective d’une rencontre avec son homologue iranien, Hassan Rohani, tout en l’assortissant de conditions. Dans le même esprit, il n’a pas désapprouvé l’hypothèse d’un desserrement temporaire de l’étau financier mis en place par Washington depuis sa sortie, il y a un an, de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015.

Accueillir à son tour le G7 en 2020

Lors de sa conférence de presse, Donald Trump a répété qu’il ne vise pas « un changement de régime » en Iran, avant de pivoter brusquement vers le dossier nord-coréen. Il a alors assuré curieusement que son épouse Melania « a appris à connaître » le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et partage sa conviction qu’il est « un homme avec un pays qui a un potentiel énorme », comme selon lui l’Iran. La Maison Blanche a été contrainte d’assurer par la suite que la familiarité supposée de la First lady avec le dictateur, qu’elle n’a jamais rencontré, venait des récits de son époux.

Outre l’effet des trésors de diplomatie déployés par son hôte, Emmanuel Macron, le souci de Donald Trump d’éviter les antagonismes a peut-être été également alimenté par la perspective d’accueillir à son tour le G7, l’an prochain, en 2020, à quelques mois seulement de la présidentielle de novembre. Donald Trump a confirmé les informations publiées par la presse américaine, tout d’abord par le Washington Post, en confirmant qu’il envisageait de l’organiser dans son club de golf de Doral, en Floride, un Etat par ailleurs crucial pour sa réélection.

Donald Trump est alors redevenu promoteur immobilier, vantant avec insistance les avantages de sa propriété, dont sa proximité avec l’aéroport international de Miami, la qualité de ses « bungalows », ou encore la taille de ses salles de réception, qui comptent à l’en croire parmi « les plus grandes de Floride ».

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27 août 2019

Erdeven

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27 août 2019

A Biarritz, Macron réussit un sommet du G7 qui s’annonçait pourtant délicat

Par Marc Semo, Biarritz, envoyé spécial

Lors d’une conférence de presse au côté de Trump, le président français a notamment réaffirmé la place de la France dans le face-à-face entre les Etats-Unis et l’Iran.

Emmanuel Macron a gagné son pari pour le premier sommet du G7 sous sa présidence. S’annonçant pour le moins difficile, la réunion de Biarritz, du 23 au 26 août, entre les dirigeants des sept démocraties les plus puissantes économiquement a été un réel succès. Un accord a ainsi été trouvé à propos de la taxation des géants du numérique, des engagements concrets ont été pris pour faire face aux feux ravageant l’Amazonie… Surtout, une position commune sur l’Iran a été dégagée – la question a dominé ce sommet, marqué par l’arrivée surprise dans l’après-midi, dimanche 25 août, à l’invitation d’Emmanuel Macron, du chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, ciblé personnellement depuis trois semaines par des sanctions américaines.

« J’ai la conviction que s’il y a une rencontre au plus haut niveau, un accord peut être trouvé sur l’Iran », a affirmé le président français lors d’une conférence de presse commune en fin d’après-midi lundi, aux côtés de son homologue américain. Le sommet a créé « les conditions pour cette rencontre » entre Donald Trump et le président iranien, Hassan Rohani, « et donc pour un accord », a-t-il salué. M. Trump s’est dit prêt, lundi, à rencontrer M. Rohani si les « circonstances » étaient réunies.

Emmanuel Macron a également rappelé ce sur quoi les membres du G7 étaient d’accord : la nécessité pour l’Iran « de respecter ses obligations sur le nucléaire » et le fait que « jamais l’Iran ne puisse se doter de l’arme nucléaire et qu’il cesse de menacer la sécurité régionale ». A en croire le président français, « il y a des avancées, même si elles restent fragiles et que rien n’est encore fait ». Donald Trump a acquiescé et évoqué « un fantastique G7 ».

Donald Trump a joué le jeu

L’image des deux présidents ensemble à la tribune est en elle-même symbolique. Le G7 est de retour comme lieu de dialogue informel après une longue crise, qui s’est encore aggravée avec l’installation à la Maison Blanche de Donald Trump et sa politique de l’« America First » (« L’Amérique d’abord »). En 2017, le président des Etats-Unis a retiré son pays de l’accord de Paris sur le climat, et un an plus tard, de celui de Vienne sur le nucléaire iranien. Les sommets du G7 étaient devenus ceux du « 6 + 1 », avec le cavalier seul américain, voire du « 6 contre 1 », comme en 2018, lors du sommet de La Malbaie, au Québec, où le président américain dénonça le communiqué de presse commun qu’il venait de signer.

A Biarritz, Donald Trump a joué le jeu, posant les jalons pour la réunion de 2020. Emmanuel Macron « a demandé mon accord » pour inviter le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif. « Je lui ai dit : si c’est ça que vous voulez, allez-y ! », a rapporté Donald Trump. Il a néanmoins souligné qu’une rencontre avec le ministre iranien était encore prématurée. Donald Trump s’est toujours dit prêt à discuter avec Téhéran, malgré sa stratégie de « pression maximale ». « Nous ne cherchons pas le changement de régime » à Téhéran, mais « nous voulons un Iran de nouveau riche » et qu’il ne soit « pas nucléaire », a assuré le président américain, qui réclame un nouvel accord beaucoup plus contraignant.

Sur le front de la guerre commerciale avec la Chine, le président des Etats-Unis a aussi envoyé des signaux positifs en annonçant que les négociations avec Pékin reprendraient « très prochainement » malgré un nouveau bras de fer, vendredi, sur les droits de douane. « Les Chinois veulent un accord (…). Je pense qu’on va en trouver un », a-t-il lancé, pressé par ses homologues du G7 d’agir pour éviter que ce conflit ne ruine l’économie mondiale.

Macron a surjoué sa présidence du G7

Il a aussi accepté un compromis sur la taxation française des géants du numérique. Les pays du G7 ont acté de mettre en place une taxe internationale sur les GAFA en 2020 et, ce jour-là, la France « supprimera » sa taxe et remboursera aux entreprises leur versement sous forme de déduction sur la nouvelle taxe, a précisé Emmanuel Macron. « Il y a beaucoup de nervosité sur cette fameuse taxe numérique française. Je crois qu’on a trouvé un très bon accord », a-t-il affirmé.

De tels résultats ont été permis par un long travail en amont de la diplomatie française, mais ils montrent aussi l’efficacité de la méthode Macron, avec son choix d’instaurer des relations personnelles avec ses homologues, à commencer par Donald Trump. Conscient de l’importance de cette réunion au sommet pour conforter sa stature internationale, Emmanuel Macron, qui jusqu’ici n’a remporté aucun succès diplomatique majeur, a surjoué sa présidence du G7, omniprésent sur les écrans, multipliant les interviews et les points de presse. Il a aussi le sens de la communication, comme en témoigne, outre l’invitation de M. Zarif sur l’Iran, celle du chef amazonien Raoni, symbole de la lutte pour la préservation de la forêt, qu’il devait rencontrer en fin de journée.

Le sommet de Biarritz montre ainsi que le G7, quoique toujours plus contesté, garde quelque utilité comme lieu de rencontre informel, où le dialogue est d’autant plus libre qu’il n’y a pas de véritables décisions à prendre. Ces pas en avant – en premier lieu sur l’Iran – auraient été difficilement envisageables dans un autre cadre, sinon au travers de longues navettes diplomatiques.

Engagement pour l’Amazonie

A Biarritz, le G7 s’est aussi engagé très concrètement pour lutter contre les incendies ravageant l’Amazonie. « Immédiatement, nous offrirons aux pays amazoniens qui nous font connaître leurs besoins un soutien financier, au moins à hauteur de 20 millions d’euros et aussi avec des soutiens concrets », a déclaré Emmanuel Macron aux côtés de son homologue chilien, Sebastian Piñera. Il a évoqué par ailleurs une initiative pour l’Amazonie qui sera officiellement lancée « lors de l’Assemblée générale de l’ONU, fin septembre, avec tous les pays de la région », a poursuivi le président, précisant travailler à une initiative similaire pour le continent africain.

Donald Trump n’était pas présent à la séance sur le climat, arguant de plusieurs rencontres bilatérales dans la matinée. « Il ne faut pas interpréter l’absence du président américain (…). Les Etats-Unis sont avec nous sur la biodiversité et sur l’initiative Amazonie », a assuré le président français. Sa mobilisation sur l’Amazonie lui a valu une volée d’insultes au Brésil, un ministre le traitant de « crétin opportuniste », tandis que le président, Jair Bolsonaro, se livrait à un commentaire offensant pour Brigitte Macron, avant de rejeter, lundi 26 août, l’aide du G7 pour combattre les incendies en Amazonie.

Victoire d’Emmanuel Macron, ce G7 de Biarritz a été pour une bonne part mené en binôme avec Donald Trump, alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, la grande partenaire européenne de la France, se montrait beaucoup plus effacée, réduite à jouer les utilités sur les questions les plus cruciales, à commencer par l’Iran. L’imprévisible locataire de la Maison Blanche a pu ainsi affirmer une nouvelle image et de se poser en interlocuteur dur, voire intraitable sur nombre de dossiers, mais aussi gérable sur d’autres. Ce d’autant plus qu’il prend la succession pour la présidence du G7, qui se tiendra l’an prochain à Miami, en Floride.

« Il est normal qu’il respecte ses engagements de campagne électorale et ce qu’il considère être les intérêts des Etats-Unis, mais il est aussi conscient de ses responsabilités de président de la première puissance mondiale », a dit Emmanuel Macron, conforté dans son pari d’avoir misé, dès le début, sur une relation forte avec le 45e locataire de la Maison Blanche. Il avait « acheté du Trump » au plus bas. Il est maintenant en train d’empocher la mise.

27 août 2019

Sainte-Anne-d’Auray. Participez au pardon de 1862

ste anne

C’est une expérience impressionnante, un plongeon dans le temps… Après le port de Saint-Goustan et en attendant le pont antique de la rivière du Bono, l’association Arkheo a recréé une scène du pardon de Sainte-Anne d’Auray en 3D, avec des captures de personnages. Vous êtes invités au pardon de 1862.

Les cloches imposent un court répit de silence. Puis les conversations reprennent. Nous sommes en fin d’après-midi, le jour décline et les ombres s’allongent, sur un parvis fait de terre et de graviers qui crissent sous la chaussure. L’année est 1862. Les bâtiments sont couverts de mousse, affichent un état de délabrement évident.

Gare aux mendiants

Avant l’élévation de la basilique, ce sont les derniers moments de la chapelle. Elle ne le sait pas encore. Nous non plus, d’ailleurs. Pour le moment, on est plus occupé à scruter du coin de l’œil les subtiles approches de mendiants qui ratissent le site. Depuis la Révolution, ils peuvent accéder au sanctuaire. Et chaque moment lié à la piété les voit affluer par centaines. Les différents arrêtés et décrets en font état, attestant des préoccupations des autorités locales. Installés en campement dans la campagne de Pluneret, ils attendent avec impatience chaque pardon pour pouvoir bénéficier de la générosité des pèlerins. Générosité volontaire. Ou non.

En voilà un qui fait les poches d’un bourgeois. Le fanfaron n’a rien vu et continue à se pavaner avec quelques dames affichant leurs plus belles toilettes. Ils bavassent avec un militaire caparaçonné de son costume du second empire, qui leur donne des nouvelles de la capitale. Lui revient à Sainte-Anne pour déposer un ex-voto. Blessé lors de l’expédition en Syrie de 1860 souhaitée par Napoléon III en faveur des catholiques maronites, il a bien cru y rester. Mais un poumon qui siffle tous les jours n’est rien, comparé à la seconde vie que Sainte-Anne a accepté de lui accorder, à travers ses prières. Moustache cirée, guêtres remontées, il vient la remercier.

Se faire tirer le portrait au daguerréotype

D’autres pèlerins le dépassent. Eux aussi défilent avec leurs plus beaux atours, des costumes bretons. L’épaisseur de la laine et des robes les contraint à avancer sans se presser, sous le soleil, certes déclinant, mais qui ne se montrera pas miséricordieux, en ce 26 juillet. Peu leur en chaut, la démarche plus posée leur donne une allure altière, plus cérémonieuse. De circonstance. Aujourd’hui, personne ne se vêt comme d’ordinaire. C’est jour de pardon.

Depuis la création du site, sous l’impulsion d’Yves Nicolazic, en 1624, le pèlerinage ne s’est jamais arrêté, même pendant la Révolution. Le site a continué à évoluer. La première phase de monumentalisation a encerclé la chapelle, dont le clocher ne s’élève alors que de 25 m (le dôme n’existe pas encore). Le site n’en demeure pas moins impressionnant. Un peu écrasant. La galerie du cloître ceinture l’espace, mais commence déjà à être grignotée par les boutiques. On y vend uniquement des objets religieux. Mais les affaires sont bonnes. Le photographe ne dira pas le contraire. Il fige ces bourgeois pour une éternité en sépias avec son daguerréotype. Dans leur demeure, le portrait s’affichera avec fierté, avec en arrière-plan une Scala Santa bien plus proche de la chapelle qu’on n’en avait souvenir… Comme la chapelle, le monument est amené à bouger. Il sera bientôt déplacé. Nous sommes au carrefour des siècles, le sanctuaire va se réinventer et prendre une nouvelle dimension. Les pèlerins vont continuer à prendre le chemin du sanctuaire de Pluneret, qui deviendra dans quelques années celui de la commune de Sainte-Anne-d’Auray (pas avant 1950). Ils y retrouveront chaque été le pardon, avec de moins en moins de commerces dans l’enceinte du sanctuaire, et de moins en moins de mendiants… D’ailleurs, où est passée ma bourse ?

Pratique

Découvrir Sainte-Anne en 1860, à l’aide d’un casque virtuel. Casques disponibles dans la boutique Le Souffle marin et dans la librairie du sanctuaire, à Sainte-Anne d’Auray. Location : 5 €.

27 août 2019

Jean Paul Goude

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27 août 2019

L’assassinat de Pasolini

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Œuvre de Ernest Pignon Ernest

Un visage émacié s’affiche sur l’écran ; Walter Siti croit reconnaître l’écrivain et cinéaste Pier Paolo Pasolini. L’étudiant italien, qui lui a consacré une thèse, est venu se détendre dans un sauna parisien, prisé des homosexuels. Les vapeurs du bain embuent le téléviseur. Il se frotte les yeux : oui, ce 2 novembre 1975, les infos parlent bien de Pasolini, tué au petit matin près de Rome. « Comme tout le monde, j’ai cru qu’il s’agissait du résultat de ses vagabondages sexuels », se souvient Siti.

Dans l’Italie très catholique des années 1970, ça ne fait guère de doute : le réalisateur, assassiné le Jour des morts, a payé pour ses péchés. Très rapidement, un prostitué de 17 ans, Giuseppe Pelosi, alias « Pino la grenouille », confesse le crime. Une prestation sexuelle qui aurait mal tourné, d’après lui. Très mal : c’est tout juste si l’on parvient à identifier le cadavre, broyé par des pneus de voiture. Le procès est expéditif, la sentence maximale pour un mineur : neuf ans et sept mois de prison.

« Je suis un affreux matou qui mourra écrasé par une nuit noire dans une ruelle obscure », prophétisait celui dont le corps sera retrouvé à l’aube, sur un terrain boueux d’Ostie, à 30 kilomètres de la capitale. Cette funeste prédiction, Pasolini l’avait réservée à une virulente adversaire, la journaliste Oriana Fallaci. Maintenant qu’il est mort, celle-ci ne croit guère à la piste Pelosi. Pour elle, de bien plus féroces créatures grenouillent derrière le batracien. Quelques jours après le meurtre, elle publie un scoop dans L’Europeo : Pino disposait de plusieurs complices, témoigne un anonyme. Loin d’écouter la reporter, on la condamne à quatre mois avec sursis pour refus de livrer ses sources.

Avec le temps, la thèse d’un crime politique finira, malgré tout, par s’affermir. En 2005, Pelosi se rétracte, dans une interview à la RAI. « On l’a exécuté. Ils étaient cinq. Ils lui criaient : “Sale pédé, sale communiste” et ils le tabassaient dur. Moi, ils m’avaient immobilisé. Je ne l’ai même pas touché. J’ai même essayé de le défendre… », jure-t-il, assurant ne pas avoir parlé plus tôt par peur de représailles. Las : jusqu’à sa mort, en 2017, « Pino la grenouille » pataugera d’une version à l’autre. « C’était un homme fragile, il a joué un rôle d’appât, promettant à Pasolini de lui rendre des bobines qu’on lui avait dérobées : le coupable idéal, en somme », tranche Walter Siti. Depuis l’assassinat, l’ex-thésard est devenu l’un des principaux spécialistes de Pasolini, dont il a dirigé l’édition des œuvres complètes. Il a gagné un peu d’embonpoint. Et beaucoup d’aplomb : « Désormais, j’en suis certain, affirme-t-il. La mort de Pasolini est liée à celle d’Enrico Mattei. »

Quel rapport entre l’auteur des Ecrits corsaires et Mattei, patron de l’ENI, la compagnie nationale d’hydrocarbures, surnommé « le Pirate de l’or noir » ? Pétrole. C’est à ce roman que travaillait Pasolini quand on l’a tué. « J’ai commencé un livre qui m’occupera peut-être pour le reste de ma vie, dit-il en janvier 1975 à La Stampa. Je ne veux pas en parler et, pourtant, sachez qu’il s’agit d’une sorte de “somme” de toutes mes expériences. » Dans son esprit, Pétrole devait faire près de 2 000 pages. Seul un quart nous en est parvenu, à la faveur d’une édition posthume, en 1992. René de Ceccatty, son traducteur, a décelé dans ce brouillon les prémices d’un « chef-d’œuvre » : « Je l’ai traduit en un été, happé par son souffle dostoïevskien, ses récits enchâssés à la Satyricon, ses jeux de masques, sa sexualité démente et désespérée, s’enflamme l’écrivain parisien, rencontré en Ombrie. Mais ce n’est qu’en traduisant la deuxième édition, enrichie de notes, en 2005, que j’en ai saisi toute la portée politique. »

Un roman à clés

Car Pétrole est un roman à clés, criblé de références cryptées. Derrière le personnage d’Ernesto Bonocore se cache nul autre qu’Enrico Mattei. Cela fait longtemps que Pasolini tourne autour du vibrionnant industriel, dont l’avion s’est écrasé en Lombardie, en 1962, dans un halo de mystère. L’un de ses producteurs, Cino Del Duca, a fondé le quotidien personnel de Mattei, Il Giorno. Et deux de ses meilleurs amis ont travaillé pour l’ENI : le poète Attilio Bertolucci a dirigé la revue de la compagnie ; son fils, Bernardo Bertolucci, a réalisé un documentaire de commande, La Via del petrolio (1967). Tous deux lui font part du climat pesant en interne depuis le crash de l’avion.

En 1965, une enquête de L’Espresso décrit le pouvoir croissant d’un certain Eugenio Cefis au sein de l’ENI. Elle achève de convaincre Pasolini : Pétrole racontera ce changement d’ère, et Cefis, frioulan comme lui, en sera le Méphisto. Son nom, Aldo Troya, dit tout du mépris qu’il lui inspire – « troia » signifie « pute » en italien. Un personnage « au sourire coupable », « capable de tout », lit-on dans Pétrole. « Il ne grimpait pas, il s’étendait. »

Cefis a connu Mattei durant la Résistance. Peu avant sa mort, il quitte l’ENI – à la suite, dira-t-il, d’une brouille avec son vieil ami. Il y revient en 1963, en tant que vice-président. En 1967, le voilà président ; la même année, l’enquête sur le crash conclut à un accident. « Cefis a donné beaucoup d’argent au paysan qui assurait avoir vu l’avion de Mattei exploser en vol avant de se rétracter », précise Vincenzo Calia. Au terme de l’instruction que ce magistrat a rouverte de 1994 à 2003, les pistes convergent vers le même suspect : Cefis, aussi atlantiste que Mattei était tiers-mondiste. Tel pourrait être, selon Calia, le commanditaire du sabotage. Trente ans plus tôt, dans Pétrole, Pasolini arrivait à un résultat identique : Troya est « sur le point d’être nommé président de l’ENI, ce qui implique la suppression de son prédécesseur ».

Cefis représente ce qu’abhorre Pasolini : le capitalisme globalisé, dont l’or noir symbolise bien, en cette période de chocs pétroliers, la viscosité. En 1972, devant l’Académie militaire de Modène, Cefis prône la création d’un pouvoir néocapitaliste, appuyé sur l’armée. Pasolini entend insérer in extenso ce discours, intitulé Ma patrie s’appelle multinationale, au cœur de Pétrole. Il y reproduit également, mot pour mot, des extraits de Voici Cefis. L’Autre Face de l’honorable président. Dès sa publication sous pseudonyme, en 1972, ce violent pamphlet est retiré des librairies – y compris des archives nationales. Une censure qui fera tache d’huile ? Selon certaines sources, une soixantaine de feuillets de Pétrole auraient disparu du domicile de Pasolini après sa mort. En 2010, le sénateur Marcello Dell’Utri, proche de Silvio Berlusconi et de la Mafia, prétend détenir ce chapitre manquant, où seraient décrites les manœuvres ayant conduit au meurtre de Mattei. « Dell’Utri ne l’a jamais divulgué. L’a-t-il jamais possédé ? En délicatesse avec la justice, il s’en est servi pour faire chanter ses amis politiques », analyse Walter Siti.

En août 1975, le Corriere della sera est racheté par le groupe Rizzoli. « Une opération financée, en douce, par Cefis », indique Giovanni Giovannetti, coauteur de Pédé, et c’est tout. “Pétrole” et les dessous cachés du meurtre de Pasolini (Mimésis). Le cinéaste frioulan a beau donner des coups de fil un peu partout, de la Sicile à Moscou, pour préparer Pétrole, il ignore que le journal où il signe ses articles les plus âcres est passé aux mains de son pire ennemi. Dans l’un d’eux, il accuse le parti alors au pouvoir, la Démocratie chrétienne, de se compromettre avec la Mafia, la CIA et les compagnies pétrolières. Une charge confirmée en 1981 avec la mise au jour de la P2, une loge puissante créée par… Eugenio Cefis. L’entrepreneur, exilé en Suisse de 1977 jusqu’à sa mort, en 2004, sortira indemne du scandale.

Les efforts de l’avocat Stefano Maccioni, qui fait rouvrir l’enquête sur le meurtre de Pasolini en 2008, sont restés vains : affaire classée en 2015, faute de preuves. « Les éléments sont pourtant accablants, s’insurge-il, dans son cabinet romain. Quelques heures après l’homicide, la police exhibait déjà une photo de Pelosi. On a relevé sur les habits de Pasolini l’ADN de cinq individus. Une voiture immatriculée à Catane a été vue, à Ostie, la nuit du meurtre. Or, c’est de Catane qu’a décollé l’avion de Mattei… Les deux assassinats ont été ordonnés par les mêmes milieux. »

A l’enterrement de Pasolini, l’écrivain Alberto Moravia est poursuivi par l’image de son ami fuyant « quelque chose qui n’a pas de visage, et qui l’a tué ». On y verra une métaphore de l’Italie, dont Pasolini combattait la désincarnation. Ou de Cefis, cet homme si discret, surnommé « le Fantôme ».

27 août 2019

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26 août 2019

A Hongkong, la violence monte d’un cran alors que Carrie Lam rechigne au compromis

Par Florence de Changy, Hongkong, correspondance

Un policier a tiré au moins une fois avec son arme à feu, hier, sans faire de victime. Un signe d’escalade dans cette crise qui dure depuis trois mois.

Un premier coup de feu tiré en l’air par la police et le premier déploiement de véhicules portant des canons à eau, dimanche 25 août soir dans un quartier populaire des nouveaux territoires de Hongkong. Ce douzième week-end de protestation a marqué une nouvelle étape dans l’escalade de la violence, entre des petits groupes de manifestants radicaux, de plus en plus équipés, et les « Raptors », la brigade d’élite de la police de Hongkong. La chef de l’exécutif, Carrie Lam a par ailleurs reçu, samedi matin, une vingtaine de poids lourds de la vie politique qui l’ont encouragée à accepter certaines revendications des manifestants afin d’enclencher une sortie de crise.

Depuis la nouvelle manifestation monstre du dimanche 18 août qui avait rassemblé 1,8 million de personnes selon les organisateurs – beaucoup moins selon la police –, Hongkong se félicitait de vivre une trêve : plus d’une semaine « sans gaz lacrymogènes »… Mercredi, la police avait toutefois eu recours à des gaz poivre pour disperser les participants à une manifestation marquant un mois de l’attaque brutale du 21 juillet dans la station de métro d’Yuen Long par des « chemises blanches », casseurs soupçonnés d’appartenir à des triades, les gangs locaux sur des voyageurs ayant, ou non, participé à la marche du jour qui avait eu lieu sur l’île de Hongkong. Reste que hormis cet incident, un certain calme était revenu dans la Région administrative spéciale, et avec lui, l’espoir d’une sortie de crise.

Deux cibles de la colère

Mais les deux principales manifestations autorisées ce week-end ont toutes deux dégénéré avec casse et heurts suivis de blessures et arrestations. Samedi après-midi, à Kwun Tong, quartier industriel et populaire, la colère des manifestants avait deux cibles : les nouveaux lampadaires « intelligents » installés dans les rues du quartier au titre d’un essai « pilote », et la société MTR, la société locale de transports en commun.

Les grands lampadaires, devant notamment améliorer la gestion du trafic et surveiller la pollution de l’air, avaient déjà créé la polémique lors de leur installation à cause de leurs fonctions d’observation, notamment des caméras avec reconnaissance faciale que les autorités avaient promis de ne pas activer. Nombre de ces énormes poteaux ont donc été abattus puis disséqués par certains manifestants qui en ont extrait les composants électroniques pour les étudier.

Les manifestants ont également ciblé la société MTR qui opère les stations de trains et métros de Hongkong et qu’ils accusent d’avoir désormais choisi le camp de la police. L’entreprise avait été critiquée par la presse chinoise pour avoir envoyé des trains supplémentaires lors d’un récent incident afin de permettre aux manifestants d’évacuer les lieux d’une confrontation. Depuis cette mise en cause par la propagande chinoise, MTR a changé diamétralement d’attitude et semble au contraire compliquer la tâche aux manifestants. Mais dans une ville où l’immense majorité des habitants n’a pas de voiture, une interruption des services habituels a immédiatement un impact énorme. MTR est par ailleurs reconnue dans le monde entier comme l’une des sociétés les plus performantes et les plus profitables du secteur.

Cache-œil devenu symbole

Dimanche, une marche initialement interdite, et finalement autorisée « en appel », a eu lieu dans un autre quartier populaire des nouveaux territoires, Tsuen Wan. Quelques petits groupes armés de grandes barres de fer, de lance-pierres et autres armes plus ou moins artisanales se sont rapidement séparés du cortège principal pour bloquer des rues. Plus tard, ils dévalisèrent quelques échoppes qui avaient baissé leur rideau de fer, dont deux cafés de Mah-jong, soupçonnés par les manifestants d’avoir protégé des gangsters lors de précédents incidents au même endroit, Yi Pei Square. Des rixes violentes ont eu lieu avec la police et c’est là que vers 20 heures, un policier a tiré un coup de feu en l’air pour disperser la foule alors que plusieurs autres policiers ont dégainé leur revolver et ont visé directement les journalistes et les manifestants qui avançaient vers eux.

Cette manifestation avait quant à elle comme thème les abus policiers et comme slogans « La police connaît la loi, la police ignore la loi » et « police de Hongkong, œil pour œil ». La grave blessure à l’œil d’une manifestante, le 11 août, sans doute par un tir de « sac à pois » de la police, a choqué. Depuis, l’œil et les cache-œil sont un nouveau symbole dans les manifestations. La presse locale a toutefois révélé vendredi soir que la victime ne perdrait sans doute pas la vue de son œil blessé.

« Peut-on s’asseoir et parler ? »

Mardi lors de son point de presse, redevenu hebdomadaire, Carrie Lam avait proposé une nouvelle « plate-forme de dialogue ». Mais le délégué du Front civil des droits de l’homme, Jimmy Sham, avait rejeté de but en blanc cette proposition qualifiée d’« hypocrite » alors que les revendications des manifestants n’ont quasiment pas changé depuis les débuts du mouvement.

Samedi, Carrie Lam a par ailleurs invité à Government house, sa résidence officielle, une vingtaine de personnalités du camp pro-Pékin dans le but de trouver une sortie de crise. Selon diverses informations recueillies par la presse locale, dont le South China Morning Post, plus de la moitié des participants à cette réunion ont encouragé la chef de l’exécutif à céder sur certains points, notamment l’« abandon » du projet de loi d’extradition (actuellement simplement « suspendu ») et une enquête indépendante dans les abus policiers. Mais, selon les participants, Carrie Lam s’en est tenue à sa ligne ultra-rigide : d’abord le calme, le dialogue ensuite. Après cette rencontre, Mme Lam a toutefois posté sur sa page Facebook un commentaire dans lequel elle écrit notamment : « Cela fait deux mois que cela dure. Tout le monde est fatigué. Peut-on s’asseoir et parler ? »

26 août 2019

Moulin "Le Narbon" à Erdeven

Moulin Erdeven (1)

Moulin Erdeven (3)

Photos : J. Snap

26 août 2019

Boris Johnson prudent après les promesses d’un « très grand accord commercial » de Donald Trump

Par Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante

Un accord avec Washington, qui n’a rien d’évident, risque d’avoir un coût politique, voire géopolitique, élevé.

Même stature imposante, même chevelure blonde, même aisance face aux caméras, l’humour en plus côté britannique… Donald Trump et Boris Johnson ont affiché leur proximité, dimanche 25 août au G7 de Biarritz, pour leur premier tête à tête depuis la désignation de M. Johnson au 10 Downing Street. L’enjeu était considérable pour ce dernier, qui répète quotidiennement que le divorce d’avec l’Union européenne (UE) aura bien lieu le 31 octobre, et qui a fait d’un renforcement de la « special relationship » avec les Etats-Unis le cœur de son argumentaire de « Brexiter ».

Pourtant, celui que Donald Trump, appelle sans rire le « British Trump » – « c’est un fantastique premier ministre », a t-il aussi ajouté à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) – a paru inhabituellement prudent. M. Trump lui a promis un « très grand accord commercial (…) plus grand qu’il n’y en a jamais eu » avec le Royaume-Uni, et ce, « sous un an ». Le Britannique a répondu que ce « fantastic deal » n’irait pas sans « quelques obstacles ».

Un peu plus tôt dans la journée, il avait souligné, auprès des médias britanniques, à quel point les Etats-Unis étaient encore fermés aux produits nationaux. « Je ne sais pas si les gens réalisent à quel point ils peuvent parfois être protectionnistes. Des discussions difficiles nous attendent car pour l’instant, je ne crois pas que nous vendions une seule pièce de mouton ou de bœuf aux Etats-Unis. »

Un accord qui n’a rien d’évident

M. Johnson ne l’ignore pas, ni les experts, les médias britanniques, et en partie son opposition travailliste, déjà en alerte : un accord avec Washington, n’a rien d’évident. Si tant est qu’il aboutisse, il risque en outre d’avoir un coût conséquent : politique, voire géopolitique.

D’un strict point de vue commercial, les intérêts des deux pays ne sont pas forcément alignés. Washington cherche surtout à vendre davantage de produits agricoles américains sur les marchés européens (et donc britannique), très protégés, alors que Londres espère un accès aux marchés publics américains, ultrafermés. « Un petit groupe de conservateurs britanniques pousse pour un accord avec les Etats-Unis. Mais leur posture est avant tout idéologique », souligne David Henig, directeur du European Centre for International Political Economy (ECIPE) à Londres. « Il n’y a que des gains économiques faibles à espérer d’un tel accord. Si M. Trump acceptait de lever le “Buy American act” [préférence pour les produits américains], au profit de Londres, cela changerait la donne. Mais c’est très improbable », ajoute l’expert.

Par ailleurs, comme l’a rappelé David Warren, ex-ambassadeur britannique au Japon, sur le plateau de Sky News dimanche, « il est bon qu’existe une bonne alchimie entre MM. Johnson et Trump [...] » mais « ce dernier ne peut conclure un accord seul, le Congrès américain a son mot à dire ». Or « il n’y a aucune chance qu’il approuve un accord avec le Royaume-Uni si le Brexit remet en cause le traité de paix en Irlande du Nord », avait prévenu la démocrate Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, mi-août. La menace est très claire pour M. Johnson, qui réclame aux Européens un abandon du « backstop », l’assurance contre le retour d’une frontière en Irlande, condition pour Bruxelles de la sauvegarde des accords de paix nord-irlandais.

L’UE, partenaire commercial loin devant les Etats-Unis

Enfin, un éventuel accord transatlantique ne compensera pas la facture probablement salée d’un no deal avec les Européens. Les Etats-Unis sont certes un partenaire conséquent du Royaume-Uni qui y exportait pour 100 milliards de livres de biens en 2016 (soit 110 milliards d’euros), selon l’office national des statistiques britanniques, mais pas le premier : c’est de loin l’UE, destinataire de presque la moitié des exportations nationales.

Dans la foulée du passage à Londres mi-août du conseiller à la sécurité de M. Trump, John Bolton, les médias britanniques ont aussi souligné le risque que M. Trump ne formule des exigences difficiles, pour le prix d’un accord. Le bannissement des produits du géant chinois des télécoms Huawei, par exemple ; l’abandon de la « taxe digitale » britannique, équivalent de la taxe digitale à la française, que le président américain considère comme une mesure « anti-américaine » ; voire un alignement sur la politique iranienne et russe de Washington. Emmanuel Macron a même osé évoquer, lors de sa rencontre avec M. Johnson le 22 août, un risque de « vassalisation » du Royaume-Uni vis-à-vis de Washington. Une expression dure très mal accueillie par les « Brexiters ».

Prudent, M. Johnson a cité, dimanche, lors d’un point presse commun avec le président du Conseil européen Donald Tusk, « l’Iran, la Russie, le libre-échange, Hongkong », comme autant d’exemples de la « proximité » de son pays avec l’UE. Et écarté l’ouverture du système de santé britannique, le NHS, véritable totem national, aux firmes américaines. « Nous avons une complète unanimité sur ce point [avec M. Trump] », a assuré le Britannique depuis Biarritz. Il lui faudra beaucoup de souplesse dans les mois qui viennent pour continuer à cultiver sa relation avec M. Trump, sans tourner complètement le dos à ses partenaires européens, ni affaiblir les intérêts nationaux de son pays.

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