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Jours tranquilles à Paris

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25 août 2019

Hongkong : la fin d’une exception chinoise ?

Par Florence de Changy, Hongkong, correspondance, Frédéric Lemaître, Pékin, correspondant

Les Hongkongais, qui manifestent en nombre depuis le mois de juin, redoutent de voir disparaître le principe « un pays, deux systèmes » régissant leur relation avec Pékin et prévoyant une évolution vers la démocratie libérale.

Il fait chaud, très chaud, ce mercredi 7 août 2019 à Hongkong. Trente-quatre degrés. Pourtant, à l’heure de la pause déjeuner, pas moins de 3 000 avocats et magistrats, impeccablement vêtus d’un costume cravate ou d’un tailleur noir, manifestent dans le centre-ville. Une démarche exceptionnelle depuis la rétrocession de la colonie britannique à la Chine, le 1er juillet 1997, mais la deuxième depuis le début de la crise actuelle, début juin.

Mince, très digne, un homme âgé prend la parole. Martin Lee a 81 ans. Avocat, ex-membre du Parlement, il est l’une des grandes figures démocratiques de la ville. « Nous sommes ici pour protéger l’Etat de droit », dit-il. C’est l’un de ses jeunes confrères, l’avocat et député Dennis Kwok, représentant des professions légales au Parlement, 41 ans, qui organisé le rassemblement. Il s’agit de dénoncer l’inculpation pour « émeutes » – passible de dix ans de détention − de 44 Honkongais qui ont manifesté contre le projet de loi sur les extraditions vers la Chine, tandis qu’aucune charge n’a été retenue contre les voyous, suspectés d’appartenir à des gangs mafieux qui, le 21 juillet, dans une station de métro, ont attaqué à coups de matraque des manifestants et des passants qui rentraient tranquillement chez eux.

« CE PRINCIPE, C’EST NOTRE TRÉSOR. ET TOUT LE MONDE EN PROFITE. Y COMPRIS PÉKIN » FELIX CHUNG, DIRIGEANT DU PARTI LIBÉRAL

« L’Etat de droit signifie que nous sommes tous égaux devant la loi », rappelle Martin Lee sous les applaudissements. Les deux hommes ont fait leurs études de droit au Royaume-Uni. L’aîné avant la rétrocession, son cadet après. Ils incarnent cette élite qui soutient aujourd’hui le combat de la jeunesse de Hongkong pour que leur ville ne devienne pas tout à fait chinoise, et qu’elle continue de bénéficier du principe qui la gouverne depuis 1997 : « un pays, deux systèmes », dont l’Etat de droit constitue la pierre angulaire.

« Ce principe, c’est notre trésor. Et tout le monde en profite. Y compris Pékin, qui n’a pas besoin d’une ville chinoise supplémentaire », veut croire Felix Chung, qui dirige le Parti libéral. Il se définit comme centriste : il soutient le gouvernement de Hongkong mais ne cache pas son désarroi actuel. Les députés de l’opposition sont plus sévères quant à l’érosion de ce principe. « Nous en sommes à 1 pays, 1,1 système », estime Claudia Mo, une des figures de l’opposition dont le bureau, situé dans l’aile ouest du Parlement, offre une vue directe sur l’immeuble qui abrite l’armée chinoise.

Une frontière physique

Hongkong est régi par un système unique au monde depuis 1997. Région administrative spéciale (RAS) de Chine, comme sa voisine Macao, elle jouit officiellement d’un « haut degré d’autonomie », sauf en matière de diplomatie et de défense. Elle a son propre système juridique protégé par l’Etat de droit, principe qui, comme dans la plupart des démocraties, place la justice au-dessus des autres institutions. La Région dispose de sa propre monnaie (le dollar de Hongkong), qui est pleinement convertible, à la différence du yuan chinois. Ses habitants possèdent un passeport leur donnant accès à tous les pays du monde – dont 166 sans visa, c’est-à-dire cinq fois plus que ce que permet un passeport chinois.

C’est aussi une frontière physique qui sépare la RAS de la Chine. Hongkong est membre de plein droit d’organismes internationaux – Organisation mondiale du commerce (OMC), Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec), Banque asiatique de développement… − et participe aux Jeux olympiques sous la bannière « Hongkong Chine ». On continue d’y rouler à gauche et, à la différence de la plupart des Chinois, les Hongkongais parlent le cantonais et non le mandarin et écrivent en caractères classiques, tandis qu’ils ont été simplifiés en Chine communiste à partir des années 1950.

De fait, la décolonisation de 1997 s’est déroulée comme prévu par l’ancienne puissance coloniale britannique et la nouvelle mère patrie chinoise : dans le calme, malgré l’exode de milliers de citoyens hongkongais. Depuis, Hongkong n’a fait que croître et prospérer et a prouvé que, contrairement aux inquiétudes des années 1980, capitalisme et « socialisme aux caractéristiques chinoises », selon la formule consacrée à Pékin, pouvaient cohabiter. Peut-on en dire autant du régime chinois de parti unique et de la démocratie libérale hongkongaise ?

Un système ambigu

« [A Hongkong] nous n’avons jamais été autant en démocratie », plaide Regina Ip, présidente du New People’s Party, l’un des plus fervents soutiens de Pékin. « C’est sans doute vrai », reconnaît John Carroll, un historien de l’université de Hongkong. Certes la police réprime les manifestants, mais une partie de ces derniers, qui s’acharnent contre les commissariats, ne reçoit le plus souvent en retour « que » des gaz lacrymogènes. En février, l’ONG américaine World Justice Project, qui publie chaque année un classement des pays en fonction de leur respect du droit (le Rule of Law Index), classait Hongkong au 16e rang mondial, juste devant la France et loin devant la Chine continentale (82e). Et le chef de l’exécutif accepte de se soumettre aux questions acerbes de la presse locale.

CRITIQUER LE PARTI COMMUNISTE EST ANTICONSTITUTIONNEL EN CHINE ; PAR CONSÉQUENT, LES DÉPUTÉS PRODÉMOCRATIE DE HONGKONG SONT SUR LA CORDE RAIDE

Le système politique de Hongkong est ambigu. Alors que le multipartisme est réel, seuls certains membres du Parlement sont élus au suffrage universel. Les autres sont désignés par des corporations professionnelles très majoritairement favorables à Pékin. Et, depuis 2016, le pouvoir n’hésite plus à invalider sous des prétextes juridiques l’élection de députés. Critiquer le Parti communiste est anticonstitutionnel en Chine ; par conséquent, les députés prodémocratie de Hongkong sont sur la corde raide. C’est ce que les juristes appellent « l’utilisation du droit contre la démocratie ». En outre, le chef de l’exécutif est présélectionné par Pékin, avant d’être « élu » par un collège de 1 200 voix, dont les deux tiers sont mécaniquement pro-Pékin.

Un avant et un après Tiananmen

En fait, la mini-Constitution de Hongkong, la Basic Law, prévoyait une évolution vers une démocratie libérale en fonction de modalités précises. Elle indique en effet comme « but ultime » que le chef de l’exécutif soit élu au suffrage universel, mais « sur nomination d’un comité largement représentatif et en respect des procédures démocratiques ». Au lieu de progresser, comme prévu, vers un système plus démocratique, Hongkong paraît au contraire s’en éloigner. Le tournant a été pris avant même 1997 et les espoirs de voir la Chine devenir un Etat de droit à l’occidentale ont disparu sous les chenilles des chars de la place Tiananmen, en juin 1989.

Les dirigeants chinois qui, jusque-là, considéraient les bienfaits que pouvait leur apporter la colonie britannique ont redouté, après Tiananmen, la « contagion démocratique » que la rétrocession pourrait entraîner sur le continent. Les divers mouvements de révolte qui ont agité Hongkong – notamment en 2003, 2012, 2014, 2016 et ceux d’aujourd’hui – ont rappelé à Pékin l’attachement des Hongkongais à leurs libertés et à la démocratie qui leur avait été promise. Et la convergence entre les « deux systèmes », espérée par les initiateurs du principe « un pays, deux systèmes », n’a pas eu lieu.

« LES MANIFESTATIONS MASSIVES DE 2003 ONT INCITÉ PÉKIN À MODIFIER SA STRATÉGIE DE GOUVERNANCE QUI, D’UNE NON-INGÉRENCE MODÉRÉE, A OPTÉ POUR UNE ATTITUDE PLUS ACTIVE » HAN ZHU, CHERCHEUR À L’UNIVERSITÉ DE DROIT DE HONGKONG

En 2003, quand le gouvernement a tenté de mettre en œuvre l’article 23 de la Basic Law (une loi de sécurité interdisant toute activité de trahison, subversion, sécession, etc.), les Hongkongais sont descendus en masse dans la rue pour s’y opposer. Ce fut la première déconvenue majeure pour Pékin qui, depuis, rappelle régulièrement aux chefs de l’exécutif successifs hongkongais qu’ils doivent appliquer l’article 23… De leur côté, les partisans de la démocratie réclament que soient respectées des promesses de démocratie également contenues dans la Basic Law.

« Les manifestations massives de 2003 ont incité Pékin à modifier sa stratégie de gouvernance qui, d’une non-ingérence modérée, a opté pour une attitude plus active », note le chercheur Han Zhu, de la faculté de droit de l’université de Hongkong, dans la revue Perspectives chinoises de janvier 2019. Le dernier article de la Basic Law réserve d’ailleurs le droit d’interprétation des autres articles à Pékin, qui a donc le dernier mot. Qu’entend faire la Chine de cette ville-rebelle ?

Inclure Hongkong le plus vite possible

Les dirigeants chinois soulignent régulièrement les limites du « haut degré d’autonomie » dont jouit Hongkong. Celui-ci « est autorisé par le gouvernement central. Il n’est pas inhérent », remarquait, en janvier 2018, Jiang Jianguo, à l’époque directeur adjoint du département de la communication du gouvernement chinois. Pour reprendre une métaphore chère au président Xi Jinping, dans la formule « Un pays, deux systèmes », le pays constitue le tronc et les racines de l’arbre. Et les deux systèmes, les branches et les feuilles. Pékin a-t-il pour autant intérêt à couper cette branche ? Une question éminemment politique, mais aussi économique.

Certes, la part de Hongkong dans l’économie nationale a diminué comme peau de chagrin depuis la rétrocession, passant de 17 % à 3 % du PIB. Son port, longtemps le plus grand du monde pour le transport de conteneurs, a chuté en cinquième position derrière trois ports chinois, dont celui de la ville voisine de Shenzhen, et Singapour. Parallèlement, l’intégration de l’ancienne colonie britannique au sud de la Chine s’est concrétisée au gré de nouvelles infrastructures colossales : autoroutes, ponts, tunnels, métros, trains rapides…

Tout est en œuvre pour inclure le plus vite possible Hongkong dans le grand ensemble chinois. Certains estiment que le projet de « Grande baie », une agglomération pour le moment encore théorique de toutes les grandes villes du sud de la Chine, a pour objectif de noyer la petite Hongkong qui accuse déjà beaucoup de retard, notamment dans le secteur-clé des nouvelles technologies.

L’atout de la « Common Law »

Dimanche 18 août, pendant que les Hongkongais étaient 1,7 million à manifester une fois de plus leur colère, Pékin a d’ailleurs annoncé que Shenzhen, cette ville-frontière au cœur des premières réformes économiques chinoises lancées il y a quarante ans, allait à nouveau bénéficier de statuts juridique, fiscal, voire politique, particuliers. Si les quelque 1 500 multinationales présentes à Hongkong estiment que le principe « un pays, deux systèmes » est menacé, elles pourraient être tentées d’élire domicile à Singapour.

« L’atout le plus important de Hongkong pour le monde des affaires, y compris pour les entreprises chinoises, c’est son système juridique de Common Law qui s’exerce dans un contexte d’Etat de droit, où la crédibilité et la transparence des tribunaux sont garanties. Dans la Common Law, le droit contractuel est prééminent et c’est essentiel pour les entreprises », note Claude Haberer, directeur associé Asie-Pacifique de la banque privée Pictet. C’est pourquoi beaucoup pensent que le Parti communiste chinois, qui a toujours su faire preuve de pragmatisme quand ses intérêts étaient en jeu, hésitera à deux fois avant de « siniser » complètement Hongkong.

La Chine serait en fait la première à en souffrir. Hongkong offre en effet à la « mère patrie », l’une des plus grandes et reluisantes places financières internationales de la planète. Avec environ 4 000 milliards de dollars (3 600 milliards d’euros) de capitalisation boursière, elle rivalise avec New York pour les plus grandes introductions en Bourse et accueille près de 250 banques, dont toutes les plus grandes. Dans ce secteur au moins, Hongkong a su garder son avance et demeure loin devant ses cousines chinoises, en dépit des ambitions nationales affichées pour Shanghaï ou Shenzhen.

Une place de choix pour les entreprises chinoises

Hongkong est d’ailleurs le lieu de prédilection des introductions en Bourse des entreprises chinoises qui, dans leur grande majorité (75 %), l’ont choisie ces huit dernières années. Au jour le jour, la majeure partie des transactions à la Bourse de Hongkong s’effectuent entre sociétés chinoises. Environ 65 % des investissements étrangers en Chine et 65 % des investissements chinois à l’étranger passent par la place de Hongkong. En outre, l’ancienne colonie a joué un rôle de fer de lance dans l’internationalisation de la monnaie chinoise, le CNH (yuan offshore), et continue d’être la première place de conversion.

« Quand une entreprise chinoise a besoin de lever des fonds pour des acquisitions hors de Chine, qu’il s’agisse d’une introduction en Bourse, d’obtenir du crédit bancaire ou d’émettre des obligations sur les marchés internationaux, Hongkong reste la place de choix pour les entreprises chinoises », rappelle le dirigeant de l’une des plus grandes banques de Hongkong, qui souhaite conserver l’anonymat.

LE RÔLE DE HONGKONG DE COFFRE-FORT POUR L’ÉPARGNE DES RICHES CHINOIS POURRAIT AUSSI ÊTRE UN ARGUMENT DISCRET DE DISSUASION À UNE INTERVENTION BRUTALE DE PÉKIN

« Si le principe “Un pays, deux systèmes” était aboli, tout le marché financier s’écroulerait… Ce n’est pas un scénario crédible », ajoute-t-il, affirmant se faire l’écho d’un point de vue quasi général dans le secteur. « Après avoir longtemps joué le rôle d’entrée vers la Chine pour les investisseurs et entreprises occidentales, Hongkong est en passe de devenir davantage un tremplin vers le monde extérieur pour les entreprises et les entrepreneurs chinois », observe Claude Haberer.

Le rôle de coffre-fort pour l’épargne des riches Chinois joué par Hongkong pourrait aussi être un argument discret de dissuasion à une intervention brutale de Pékin, même si tout indique que les plus grosses fortunes chinoises ont compris depuis quelque temps que Hongkong n’assurait plus les mêmes garanties que par le passé. L’absence de contrôle sur les mouvements de capitaux rend très facile le transfert des fonds vers Singapour, Genève ou les paradis fiscaux.

Une partie inégale

Reste que la partie est inégale : dans le pire des cas, la Chine pourrait se passer de Hongkong, alors que l’inverse n’est pas vrai. L’annonce par Pékin, vendredi 9 août, du départ du patron de la compagnie aérienne Cathay Pacific, cotée à Hongkong, est une première qui en dit long sur la volonté actuelle de la Chine de remettre la ville au pas, y compris ses milieux d’affaires.

Car force est de constater que, même si l’on entend de plus en plus parler le mandarin dans les rues et les commerces de Hongkong, les deux mondes s’éloignent au fur et à mesure que la Chine se replie idéologiquement sur elle-même.

« En 2008, chaque famille de Hongkong a donné de l’argent pour aider les victimes du tremblement de terre du Sichuan. Lors des Jeux olympiques, nous étions fiers des médailles chinoises, même si nous avions nos propres équipes. Ces liens ont tendance à disparaître. Nous voyons moins souvent les membres de nos familles restées en Chine. Les liens se distendent », confie une manifestante.

« AUJOURD’HUI LES HONGKONGAIS EN VEULENT ENCORE PLUS, ALORS QU’ILS CONTRIBUENT DE MOINS EN MOINS À LA CROISSANCE DU PAYS » UN FAMILIER DE LA CHINE, DE TAÏWAN, HONGKONG ET SINGAPOUR

« Les Hongkongais se bercent de l’idée que c’est grâce à eux que la Chine a décollé. Mais s’ils sont allés en Chine dès la fin des années 1970, c’était comme investisseurs et la plupart y ont fait fortune. C’est donc à eux d’être reconnaissants de ce que la Chine leur a donné et non l’inverse, explique ce familier de la Chine, de Taïwan, de Hongkong et de Singapour. Aujourd’hui, les Chinois sont fous de rage de l’ingratitude des Hongkongais. Ils pensent que Hongkong s’est enrichi grâce à la Chine, que la ville ne serait rien sans la Chine, ce qui est une évidence. » Il ajoute : « Du point de vue de la Chine, Hongkong a toujours été plus riche, plus libre, plus ouverte et développée que n’importe quelle autre ville du pays… Et aujourd’hui, les Hongkongais en veulent encore plus, alors qu’ils contribuent de moins en moins à la croissance du pays. »

Un sondage réalisé par l’université de Hongkong, à la mi-juin, juste après des manifestations d’ampleur historique il est vrai, indiquait que 53 % des habitants interrogés s’identifiaient comme Hongkongais, contre 11 % seulement comme Chinois – le taux le plus bas depuis 1997. Quand on leur demande s’ils sont fiers d’être citoyens chinois, 71 % des Hongkongais répondent par la négative. Un pourcentage qui bondit à 90 % chez les 18-29 ans. Manifestement, le « rêve chinois » promis par Xi Jinping à ses compatriotes ne passe pas la frontière.

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25 août 2019

Milo Moiré

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Photos : Peter Palm

25 août 2019

PHOTOGRAPHIE - Les règles sont censées être enfreintes, mais vous devez d'abord savoir ce qu'elles sont.

Les concepts et les techniques sont à la base de la photographie de mode. Les règles ont été établies par ceux qui sont devant vous. Si vous enfreignez des règles que vous ignorez et que vous prenez une bonne photo, vous avez de la chance, pas de la créativité.

Mais nous savons tous les deux que ce n'est pas vrai! Connaître l'histoire de la photographie de mode. Étudiez les techniques, les appareils photo, la mode et les arts, utilisez-le comme inspiration et transformez-le en votre propre vision.

Étudiez le travail de photographes exceptionnels et suivez les projets de vos collègues et la grande campagne de la maison de couture. Avoir plus de visibilité sur ce qui est fait et ce qui a été fait vous donne les bases pour créer quelque chose de nouveau. Les tableaux d'humeur sont un bon moyen de rassembler toutes ces recherches et de montrer la direction que doivent prendre vos travaux. Il vous permet également de voir des motifs dans les choses que vous admirez qui aideront à façonner votre style. L’industrie consiste à être différent, audacieux et à séduire l’innovation et une perspective unique. Apprenez des autres, mais soyez vous-même.

Fiez-vous à votre créativité, pas à votre budget.

Regardons les choses en face, faire ce qu’il n’est pas conventionnel ne vous rapporte pas toujours beaucoup au début de votre carrière. C'est pourquoi le terme «artistes affamés» sonne juste. La photographie de mode a été transformée en une production extravagante et coûteuse. La mode est un spectacle, mais il ne faut pas forcément être en Haute Couture.

Bien sûr, avoir un budget plus important vous libère dans le sens où vous pouvez vous permettre la scène et les accessoires que le projet souhaite, mais apprendre à travailler avec ce que vous avez est un excellent moyen d'étirer votre créativité. Utilisez ce qui vous entoure, mais peut-être pas de manière conventionnelle. Cela vous permet également d’être plus modeste dans votre conception et de vous fier à vos compétences au lieu des matériaux que vous avez combinés pour créer une image.

J'ai récemment essayé des appareils photo, principalement des films, et il était intéressant de voir les résultats, même si j'avais parfois le doigt devant l'objectif. Faites-vous une faveur et tirez plus que ce dont vous avez besoin, et toujours.

Les yeux de la caméra ont une apparence différente de celle de vos propres yeux. Tirez sur les choses sur lesquelles vous pouvez être hésitant. Vous ne réussirez jamais si vous attendez que tout soit parfait. Ce n'est pas à propos de perfection. Les imperfections et souvent les erreurs vous donnent les résultats les plus intrigants et les plus différents.

Il y a une différence entre photographie de mode et portrait.

Le portrait concerne la personne, pas les vêtements. Cependant, le but est que les deux se complètent et ne se surpassent pas. Ne vous contentez pas de planifier le style et les paramètres, planifiez le modèle. Tout le monde n'a pas les jambes pendant des jours et une équipe de coiffure et de maquillage comme les mannequins de haute couture. La plupart du temps, les vêtements parlent davantage lorsque des personnes représentant de vrais clients les portent. Choisissez une variété de modèles, pas simplement les plus typiques des beautés.

Représentez les clients et pas seulement le fantasme .

Il y a une personne en particulier qui peut venir à l'esprit en tant que personnage du sujet dans une photographie de mode, et ce n'est probablement pas votre client moyen. En fin de compte, vous vendez plus qu'une photo, vous vendez un produit. Les gens me disent souvent: «J'aime ça, mais je ne pourrais jamais m'en sortir.» Le métier de photographe de mode consiste en partie à donner envie à quelqu'un d'acheter ce qui lui est présenté visuellement. Même si quelqu'un aime la photo, il se peut qu'il ne veuille pas de la pièce car l'image que vous avez créée est tellement inaccessible pour elle. Vous pouvez diversifier les modèles, les paramètres et les objets trouvés dans l'image pour créer quelque chose de plus facile à comprendre.

Les blogueurs font un travail remarquable en créant des images compatibles. Il est facile pour quelqu'un de se mettre à la place du blogueur moyen, mais il y a toujours une admiration pour la qualité de l'image. Utilisez le drame pour attirer le spectateur, mais adoptez un point commun pour que l'acheteur soit présent.

La lumière peut provenir de plus d'un équipement de studio ou du soleil.

Vivant à l'ère de la technologie, notre monde brille continuellement. Profitez de toutes les sources de lumière, enseignes au néon, écrans d’ordinateur et de télévision, projecteurs. Tout ce qui jettera une ombre sur le sujet peut constituer un concept intéressant et offre souvent des couleurs que vous ne pouvez pas reproduire avec un éclairage naturel ou de studio.

Le graphisme est tout aussi important d'apprendre que n'importe quoi d'autre.

Les mises en page dans les magazines nécessitent la superposition d'images. Les photographes et les graphistes possèdent un éventail de compétences qui se marient très bien. Il est utile pour vos clients de combiner leurs compétences, ce qui vous permettra également de mieux contrôler le produit final et la perception de votre photographie. Photoshop, les collages et le graphisme font aujourd'hui partie des éditoriaux. Si vous ne savez pas comment éditer plus loin que l'éclairage et la couleur, découvrez. Il existe de nombreux outils utiles pour améliorer vos images. Certains de ces outils peuvent même être des techniques manuelles si vous n'êtes pas compétent en programmes informatiques. Vous pouvez imprimer vos images et créer des collages, les peindre par dessus, prendre des photos des photos; soyez simplement créatif et n'ayez pas peur d'expérimenter. Le pire qui puisse arriver est que ça ne se passe pas comme prévu, mais vous allez apprendre quelque chose,

N'oubliez pas d'étudier les événements actuels et passés de l'industrie de la mode, de vous engager dans de nouvelles directions et de vous rappeler pourquoi vous prenez la photo.

Proposé par Moe Marks

@moeherself

MoeHerself.com

MoeMarksPhotography.com

25 août 2019

Vu sur internet

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25 août 2019

La mer n'est pas une poubelle ! - affiche dans le métro parisien

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25 août 2019

Nouvelle gare d’Auray : les commerçants sont inquiets

Le Pôle d’échanges multimodal, dont les travaux vont se concrétiser en 2020, doit renforcer l’attractivité des commerces de la gare. Mais l’inquiétude s’est fait jour cet été…

L’inquiétude est montée d’un cran cet été du côté des commerçants de la gare d’Auray. Quand La Poste attenante a fermé, sans crier gare… Une fermeture en catimini de trois semaines, qui a immédiatement créé une réaction épidermique dans le quartier. Elle s’est traduite par une pétition forte de quelque 850 signatures. Pétition transmise aux maires d’Auray et de Brec’h, directement concernés par la vie de ce quartier, porte d’entrée principale dans le pays d’Auray.

« Cette pétition avait un double objectif, détaille Hugues Martin, responsable du kiosque de la gare. Affirmer notre mécontentement face à cette fermeture impromptue de La Poste. Mais qui n’a pas ému les élus d’Auray. » Et Hugues Martin de questionner : « Si La Poste, avenue Wilson, avait ainsi fermé, la Ville aurait-elle laissé faire sans protester ? »

Pamela Jéhanno et Hughes Martin, deux des commerçants signataires de la pétition contre la fermeture de La Poste cet été. Au-delà, ils craignent que le commerce ne pâtisse du réaménagement de la gare. | OUEST-FRANCE

Sentiment d’abandon

Mais la fameuse pétition expédiée aux élus était aussi au cœur d’un autre enjeu : un certain sentiment d’abandon pour le quartier de la gare, ses habitants, ses commerçants. « Ce quartier est pourtant vivant, c’est un village, estiment Hugues Martin et Pamela Jéhanno, responsable du presse-loto-jeux face à la gare. La nouvelle gare doit être opérationnelle en 2021 et sera, dans le cadre du Pôle d’échanges multimodal (PEM), déplacée de 200 m. Nous, commerçants, allons le ressentir. Ce PEM, estiment-ils, a été avant tout conçu pour les voyageurs, moins pour les habitants du quartier. »

On peut crier au loup et parfois s’égosiller en pure perte. Mais les commerçants de la gare entendent les choses autrement. « Nous avons des propositions concrètes d’aménagement pour pérenniser la vie du quartier. Nous les exprimerons le 29 août, lors de la réunion d’Auray Quiberon terre atlantique (Aqta) sur le PEM. Dans le dialogue et la concertation. »

Revalorisation du quartier

Joseph Rochelle, maire d’Auray, et Fabrice Robelet, vice-président d’Aqta, chargé du projet PEM, s’avouent en revanche nettement plus confiants et rassurent. « La nouvelle gare ne sera pas construite à 200 m, mais en continuité de l’actuelle. Cette dernière sera préservée et réaménagée. Le PEM va requalifier le quartier de la gare, le revaloriser. De nouveaux espaces plus conviviaux, arborés, vont être aménagés. De nouvelles places de stationnement (courte durée et dépose minute), ainsi que des places vélos sécurisées verront aussi le jour. La route, devant la gare, sera décalée et l’espace réservé aux piétons élargi. Tout cela va conforter le commerce local et participer au dynamisme du quartier de la gare. »

Tous à y gagner

Sur la question de la fermeture de La Poste en juillet, Joseph Rochelle précise que cette décision l’a également pris de court. « La communication de La Poste sur le sujet a été insuffisante. Avec l’avènement de la nouvelle gare et l’accroissement du nombre de voyageurs, nous pensons que La Poste a tout intérêt à conforter son positionnement dans ce secteur d’Auray. » Les élus donnent désormais rendez-vous le 29 août pour la nouvelle réunion d’information sur le PEM. « Nous sommes ouverts aux bonnes idées. Celle d’un projet de marché hebdomadaire, souhaité par les commerçants de la gare, en est une. Il faut échanger, étudier ensemble. Le PEM doit se construire en concertation. Nous avons tous à y gagner. »

24 août 2019

La une de Libération

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24 août 2019

Extrait d'un shooting

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24 août 2019

Enquête - Boris Johnson et sa famille, une drôle de dynastie

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Par Eric Albert, Londres, correspondance

Dans la famille Johnson, il y a Boris, le premier ministre britannique, partisan du Brexit. Mais aussi trois frères et une sœur… opposés à la sortie de l’UE. Rassemblés autour de leur père, ils forment un clan d’ambitieux où la solidarité l’emporte sur les désaccords et les blessures.

En avril 1968, Robert McNamara, ancien secrétaire américain à la défense, devient président de la Banque mondiale. Pour l’occasion, Stanley Johnson, haut gradé de l’institution basée à Washington DC, lui prépare un poisson d’avril, qu’il raconte encore, l’œil pétillant, cinquante ans plus tard.

« Il y a un code de couleurs pour les propositions de prêts. Les dossiers complets, à soumettre au comité d’approbation, sont en gris. J’ai donc fait une proposition de couleur grise concernant un prêt de 100 millions de dollars à l’Egypte pour développer le tourisme. A l’intérieur, je suggérais de faire construire… trois pyramides supplémentaires. Et, dans les bénéfices indirects du projet, j’expliquais que l’armée égyptienne serait si occupée par leur construction que cela garantirait la paix au Moyen-Orient. »

Surenchère dans l’absurde, Stanley Johnson précisait que le « retour sur investissement » de chaque pyramide serait « approximativement de 9,762 % ». Seul indice de la supercherie, sous des apparences très sérieuses : le dossier était daté du 1er avril. Le père de Boris Johnson, 79 ans, ne peut pas résister. S’il y a une blague à faire, rien ne l’arrête.

Entre les Kennedy et les Kardashian

Cette affaire a failli lui coûter son poste. Robert McNamara, qui avait d’abord discuté avec intérêt l’idée du prêt, n’avait guère goûté la plaisanterie une fois celle-ci comprise. Qu’à cela ne tienne, le Britannique a immédiatement rebondi, grâce à un partenaire de squash qui lui a décroché un emploi auprès de John Rockefeller III, alors l’homme le plus riche des Etats-Unis.

Il faut rencontrer le père du nouveau premier ministre du Royaume-Uni, qui a pris ses fonctions fin juillet sur la promesse d’un Brexit dur, pour commencer à comprendre le fils. Tout y est, avec un quart de siècle de plus. La touffe de cheveux blonds devenus blancs en bataille, le nez pointu, l’incapacité à répondre directement à la moindre question, une pointe de noblesse oblige, dû à un nom de famille qui, derrière le commun « Johnson », est, dans sa version intégrale, « de Pfeffel Johnson », donc lointainement aristocrate.

Et un besoin insatiable de faire un bon mot. Cette personnalité larger than life, ancien député européen, connue du grand public britannique, qui a passé une partie de son mois d’août à nager avec les requins au large de l’Australie, qui passe d’émissions de télé-réalité trash à de sérieuses discussions politiques, a un besoin primaire : être au centre de l’attention. On n’écrit pas deux autobiographies sans être un brin mégalo.

Stanley Johnson dans de « Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! »

Il a aujourd’hui un nouveau rôle : il est devenu « First Father », comme il se surnomme, et il trône sur une dynastie politique. Les Johnson sont une famille politico-médiatique à mi-chemin entre les Kennedy et les Kardashian, avec un appétit dévorant du pouvoir et un goût insatiable de la publicité. Quatre des six enfants de Stanley Johnson, ceux issus de son premier mariage avec l’artiste Charlotte Fawcett, sont connus, connectés, mariés à d’autres personnalités incontournables dans les beaux quartiers londoniens. Ils aspirent aux feux de la rampe. Ils évoluent depuis leur naissance dans le monde à l’air raréfié de la haute société anglaise, avec sa stratégie habituelle : placer ses rejetons dans les meilleurs – et les plus chers – pensionnats privés.

« Il faut comprendre le système britannique, explique le patriarche patiemment. Pour des familles comme la mienne, c’est très simple : l’éducation des enfants est bien trop importante pour la laisser aux parents. L’évidence est de les envoyer dans les meilleures écoles. Ils vont ensuite dans les meilleures universités et ensuite ils ont de très bons emplois. S’il se trouve qu’ils ont choisi comme métier la politique, et que tout se passe bien, ils peuvent être premier ministre. » On lui fait remarquer que seuls 7 % des Britanniques passent par ces écoles privées, les autres ne pouvant pas se les offrir, et que ce modèle ne s’applique qu’à une petite frange de la population. « C’est bien ce que je veux dire. »

Le mardi 23 juillet, la vision du monde de Stanley Johnson se trouve confirmée. Ce jour-là, dans l’auditorium sans fenêtre du palais des congrès Queen Elizabeth II Centre, à deux pas de Westminster, où siège le Parlement, le résultat du vote pour la direction du Parti conservateur est sur le point d’être annoncé.

Trois têtes blondes sont assises au deuxième rang, juste derrière Boris Johnson, 55 ans : Stanley, le père incontournable ; Rachel, 53 ans, la sœur journaliste-politicienne, qui a travaillé pour le Financial Times, The Daily Telegraph ou l’Evening Standard, à la fois figure et chroniqueuse de la jet-set londonienne ; et Jo, 47 ans, le frère ministre-député conservateur, le plus cérébral de tous. Les trois Johnson se passent un gobelet en plastique rempli d’une boisson sucrée, tirant sur la paille multicolore. Il faut afficher son soutien, bien sûr, mais surtout se montrer. Etre là où se trouve l’événement, devant les caméras du monde entier.

Mariés à des personnalités en vue

Le plus égocentrique de tous, sur qui tous les regards se jettent, celui qui voulait être « roi du monde » quand il était petit, est bien sûr Boris, qui goûte enfin la récompense suprême en cette journée caniculaire de juillet. L’aîné de la famille a été tour à tour remarquable journaliste et fabricant de fausses informations (à Bruxelles, notamment), drôlissime chroniqueur et sinistre pourvoyeur de messages haineux, maire centriste de Londres et partisan de la droite dure pendant la campagne du référendum sur le Brexit.

Ses convictions instinctives, bien que mal définies, sont relativement claires : libéralisme économique et libéralisme sociétal. Mais le vrai fil rouge de sa vie, qui a tout guidé depuis le début, est bien plus simple : son ambition personnelle.

Le seul absent de la famille Johnson en ce jour d’intronisation, le seul à ne pas être d’une blondeur éblouissante – il est châtain très clair –, est le troisième de la fratrie, Leo, 51 ans. Il mène une brillante carrière comme associé au cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers, en tant que spécialiste du développement durable. Il tente d’échapper à la vie publique (« Je suis né sans le gène de l’autopromotion », déclarait-il en 2013), même s’il présente une émission de radio. Stanley a eu deux autres enfants d’un deuxième mariage, mais ceux-ci évoluent dans d’autres cercles : Julia, une chanteuse discrète, et Maximilian, un homme d’affaires qui habite Hongkong.

« En gros, on est comme les rats. A Londres, vous n’êtes jamais à plus de quelques mètres d’au moins deux Johnson », concluait Rachel en 2017, dans un de ses articles. Tous partagent leur vie avec des personnalités en vue. Jo vit avec Amelia Gentleman, une influente journaliste du Guardian ; Leo partage sa vie avec Taies Nezam, une Afghane qui travaille à la Banque mondiale ; Rachel est mariée à Ivo Dawnay, descendant d’une vieille famille noble anglaise, journaliste et écrivain.

Soif de célébrité

Quand on a dit à Rachel qu’on allait écrire un article sur sa famille, elle n’a pas pu s’empêcher un trait d’humour : « Assurez-vous que les photos de moi soient flatteuses. C’est tout ce qui m’intéresse. » Il s’agit évidemment d’une blague. Comme son père et ses frères, Rachel est redoutablement intelligente, vive et ambitieuse. Mais elle est aussi très sincère. La soif de célébrité est évidente. « Je dois me rendre à l’évidence, je suis aujourd’hui surtout connue pour être la sœur de Boris », lâchait-elle en soupirant lors d’une longue interview qu’elle nous avait accordée en novembre 2018.

Elle a écrit une demi-douzaine de romans, est chroniqueuse multicarte dans de nombreux journaux britanniques, a été une participante de l’émission de télé-réalité « Celebrity Big Brother » (un « Loft Story » pour célébrités) et a de quoi s’assurer un prénom. « C’est difficile d’avoir une existence propre parce que [Boris] est cette figure publique incontournable. Ce n’est pas facile, mais je l’aime. C’est ça, la famille. C’est toujours difficile. » Son mari, Ivo Dawnay, l’a confirmé à sa façon un jour dans un entretien : « Etre marié à une Johnson, c’est comme adopter une famille de chiots qui font beaucoup de bruit, qui sautent partout et dont la queue a tendance à faire tomber les objets délicats des tables. »

« An enormous catastro-fuck ! »

L’union sacrée de ce clan de pouvoir est pourtant mise à mal par le Brexit. A l’exception de l’actuel premier ministre, tous ont fait campagne pour rester dans l’Union européenne. Après le référendum, Rachel a rejoint le Parti des libéraux-démocrates, puis Change UK, deux partis à la pointe de la lutte contre le Brexit. Elle a même été candidate – malheureuse – à la députation européenne en mai, pied de nez évident à son frère, tout en évitant de le critiquer directement. Son point de vue sur le Brexit ? « It’s just an enormous catastro-fuck ! » Ça se passe de traduction.

Jo (qui a refusé de nous recevoir) a démissionné avec fracas de son poste de ministre en novembre 2018. Il s’opposait alors à l’accord proposé par la première ministre, Theresa May, pour sortir de l’Union européenne, et revendiquait… un deuxième référendum sur le Brexit, afin d’annuler le résultat du premier. Dans un article, il avertissait directement Boris des dangers du « no deal », une sortie de l’UE sans accord : « Mon message à mon frère et à tous les militants du Brexit est qu’infliger de tels dommages économiques et politiques au pays laisserait une impression indélébile d’incompétence dans l’esprit du grand public. »

« J’ÉTAIS UN EURO-ENTHOUSIASTE, ET LE TRAVAIL DE MON FILS EST DE DÉFAIRE LES LIENS AVEC L’EUROPE. » STANLEY JOHNSON

Quant au père, Stanley, il a consacré vingt ans de sa vie à la construction européenne. En 1973, quand le Royaume-Uni est devenu membre de la CEE, il a fait partie des tout premiers fonctionnaires européens britanniques. « J’étais chef de cabinet pour l’environnement et les nuisances », se rappelle-t-il dans un excellent français. En 1979, lors des premières élections au Parlement de Strasbourg, il devient député sous l’étiquette du Parti conservateur, qui était alors favorable à la construction européenne.

Alors, quand son fils est devenu premier ministre, Stanley Johnson était déchiré. « J’étais personnellement très content. Combien de pères ont vu leur fils devenir premier ministre ? Mais il y avait aussi une certaine ironie. J’étais un euro-enthousiaste, et le travail de mon fils est de défaire les liens avec l’Europe. »

Ces trois dernières années ont aussi été très douloureuses pour Rachel. Le 24 juin 2016 au matin, quand le résultat du référendum sur le Brexit a été connu, elle se trouvait à Nice, de retour d’une conférence sur la publicité. « Je me souviens qu’en traversant l’aéroport, rempli de représentants du monde de la publicité, des médias, de l’industrie du film, les gens s’écartaient de moi. C’était comme la mer Rouge qui s’ouvrait. Certains pleuraient. Personne ne m’adressait la parole après ce que mon frère avait fait au continent. J’étais très très triste. » Aujourd’hui, le cœur gros, elle demande une seule chose : « Play the ball, not the man. » En français : « Attaquez les idées, mais pas la personnalité de mon frère. »

Dans les faits, difficile de faire plus européens que les Johnson. La famille a passé de longues années à Bruxelles, quand Stanley était haut fonctionnaire puis député. En 1973, quand sa femme s’inquiétait de trouver une école en Belgique pour ses enfants, Stanley s’écriait, comme une évidence : « Ils peuvent aller à l’école européenne et devenir de bons petits Européens. »

La mère de Stanley était à moitié française, ce qui fait que le premier ministre britannique qui mène le Brexit est à un huitième français. Deux ou trois générations en arrière, on trouve des particules françaises et allemandes, des racines juives, musulmanes et chrétiennes, un ministre de l’intérieur du sultan de l’Empire ottoman, le traducteur anglais de Thomas Mann… En remontant quelques générations de plus, les Johnson deviennent même de vagues cousins d’Elizabeth II par le biais de leurs origines allemandes. Les quatre enfants parlent tous français couramment.

Jo dans les coulisses du pouvoir

A moins que la dispute autour du Brexit ne soit qu’une formidable mise en scène. Que derrière les apparentes frictions, les Johnson jouent un jeu de pouvoir où l’ambition dépasse la bataille des idées. « Ce qui compte pour eux est d’être au centre de l’attention, au cœur du pouvoir, et la raison en est finalement relativement secondaire », estime un ancien député conservateur qui les connaît bien.

Un ancien ministre, aujourd’hui député conservateur, qui a travaillé avec Boris et avec Jo, abonde. « Jo est en adoration devant son frère. Quand il a quitté le gouvernement de Theresa May, ça arrangeait bien Boris. Sa démission a profondément déstabilisé la première ministre. Je suis sûr que Jo avait consulté Boris avant de prendre cette décision. »

Le petit frère est aujourd’hui récompensé. Il a été nommé par son aîné secrétaire d’Etat au sein du département des affaires, de l’énergie et de la stratégie industrielle et du département de l’éducation. Avec le droit exceptionnel d’être présent au conseil des ministres. Dans la tempête qui a accompagné l’arrivée de Boris Johnson au 10 Downing Street, la nomination familiale n’a guère causé de remous. Pire encore, en acceptant de faire partie du gouvernement, Jo a dû promettre de soutenir une potentielle sortie de l’Union européenne sans accord, le fameux « no deal ». Aurait-il la mémoire courte ? ou ambitionnerait-il un jour de succéder à son grand frère ? Très prudent, il évite les interventions dans la presse, préférant jouer un rôle actif dans les coulisses du pouvoir.

Et que dire de l’omniprésence de Stanley ? A chaque discours important, à chaque tournant dans la carrière de ses fils, le père se montre. Quand Jo a démissionné, donnant une série d’interviews, son père était présent. On l’aperçoit sur une photo, à l’arrière-plan, devant la BBC. Quand Boris a lancé sa campagne pour être premier ministre, il était également là.

« STANLEY LEUR A INCULQUÉ CE SENS DE LA CONCURRENCE, DE TOUJOURS VOULOIR ÊTRE LE MEILLEUR, LE PREMIER. » SONIA PURNELL, BIOGRAPHE

« Les Johnson forment un clan, à la fois resserré et ultracompétitif », explique Sonia Purnell, auteure d’une biographie très fouillée de Boris Johnson (Just Boris. A Tale of Blond Ambition, édition Aurum Press, 2012, non traduit). « Stanley leur a inculqué ce sens de la concurrence, de toujours vouloir être le meilleur, le premier. Mais il n’y a pas de valeurs centrales. Ce qui compte est de gagner. »

Les Johnson, un clan organisé collectivement à la poursuite du pouvoir ? Stanley lève les yeux au ciel. « Ah, le mythe qu’il y a de grandes réunions de la famille Johnson ! On est tous tellement pris… On arrive parfois à se réunir dans le Somerset, où j’ai une ferme, mais on ne se voit pas souvent. Et on ne se met certainement pas d’accord entre nous sur la ligne officielle à tenir. » Il assure nous rencontrer sans en avoir informé son fils aîné. Rachel confirme. « Tout le monde me demande à quoi ressemblent les déjeuners du dimanche chez les Johnson. Eh bien, je vais vous dire : on ne parle pas du Brexit, parce que ça deviendrait juste trop tendu. Et puis ce ne serait pas juste, parce qu’on serait tous ensemble contre Boris. Ce serait du harcèlement ! »

Profonde dépression

Comme bien des familles de ce genre, il y a pourtant une immense déchirure à l’origine. L’indice se trouve dans un dessin d’enfants encadré sur une table basse du salon de Rachel Johnson. En feutres de couleurs, d’une écriture enfantine – fautes d’orthographe comprises –, le message est un mot d’excuses : « Mama, we are sory that we were so bad to day » (« Mama, on est désolé d’avoir été méchants aujourd’hui »). Signé : Leo, Rachel et Alexander. Jo était trop petit pour participer. Alexander Boris de Pfeffel Johnson était encore « Al », pour sa famille, bien avant de s’inventer son personnage de bouffon échevelé et de préférer son deuxième prénom. La famille habitait alors Bruxelles et la journée avait visiblement été difficile pour la mère.

Ces années-là ont été une tempête permanente. Charlotte, artiste-peintre, qui avait rencontré Stanley à l’université d’Oxford, souffrait d’une profonde dépression et de troubles obsessionnels compulsifs. « J’étais devenu phobique, a-t-elle expliqué au magazine britannique Tatler en 2015, dans une rare interview. J’étais terrifiée par toute forme de saleté. » Elle passe de longs séjours internée à l’hôpital de Maudsley, à Londres.

« N’OUBLIEZ PAS DE MENTIONNER MA MÈRE. ELLE EST UNE FEMME FORMIDABLE QUI NOUS A DONNÉ LE PEU D’HUMANITÉ QU’ON A EN NOUS. » RACHEL JOHNSON

Il faut dire que la vie qu’elle mène avec Stanley est chaotique. Le couple a quatre enfants en bas âge et déménage trente-deux fois en quinze ans : New York, Washington, Londres, Bruxelles… Et puis Stanley n’est pas l’homme qu’elle pensait connaître. « Les choses étaient difficiles avec [lui], poursuit-elle dans Tatler. Je croyais que j’avais épousé un poète, mais il s’était mis à s’intéresser à l’environnement, il voyageait beaucoup, il aimait ça, et puis un cher ami m’a parlé de ça… » « Ça », ce sont les maîtresses de Stanley, qui collectionne les infidélités. Son fils Boris, récemment divorcé pour la deuxième fois et père d’un ou deux enfants illégitimes (il en a reconnu un, pas l’autre), semble reproduire la même attitude des décennies plus tard.

La période est ardue. Deux jeunes filles au pair s’occupent des enfants Johnson. Stanley et Charlotte divorcent en 1979. Dans ses deux autobiographies, qui s’étirent sur quelque sept cents pages, Stanley en consacre tout juste trois à la rupture. L’introspection n’est pas vraiment son fort. « C’était une enfance étrange, difficile, explique Sonia Purnell, la biographe de Boris Johnson. Les parents étaient très absents. Les enfants semblent tous avoir des symptômes d’un trouble de l’attention. »

Charlotte se remettra progressivement, se remariant à un Américain et passant de longues années aux Etats-Unis. Aujourd’hui veuve, diagnostiquée dès l’âge de 40 ans de la maladie de Parkinson, elle se déplace avec difficultés et ne s’exprime que rarement dans les médias. Elle occupe une place énorme, non dite, dans l’histoire de la famille. « N’oubliez pas de mentionner ma mère, confie Rachel. Elle est une femme formidable qui nous a donné le peu d’humanité qu’on a en nous. »

Lutte des classes

A l’université d’Oxford, Annabel Eyre a partagé une maison avec Rachel Johnson entre 1986 et 1988. Trente ans plus tard, elle se souvient du clan Johnson comme très uni. « Les frères et sœur étaient vraiment proches. Boris passait souvent et il était charmant. Je me rappelle que Rachel pouvait être très maternelle envers les plus jeunes, et Boris était très paternel avec Rachel. » Stanley passait de loin en loin. Lui était clairement le modèle que suivaient les enfants. « Rachel était extrêmement ambitieuse. Boris aussi, bien sûr, mais il le dissimulait mieux. Il était toujours affable alors que sa sœur pouvait être intimidante quand elle le voulait. »

L’apport de Stanley à ses enfants est d’avoir su les pousser dans le monde. De les avoir fait intégrer le pensionnat d’Eton, le plus huppé de tous, puis l’université d’Oxford. Car, comme toute histoire anglaise, la vérité ne serait pas complète sans une question de lutte des classes. Les Johnson ne sont pas vraiment une famille upper class. Ils n’ont pas de fortune familiale, ne descendent pas d’une grande lignée noble issue de Guillaume le Conquérant et n’ont pas de château ancestral où se réunir, mais une ferme spartiate dans la région d’Exmoor (dans le sud-ouest du pays).

Bien sûr, leurs ancêtres sont souvent prestigieux et faisaient partie de l’élite. Mais, pour arriver à leur position, les Johnson ont toujours dû se battre. Boris est entré à Eton avec une bourse. Rachel et Jo ont gravi les échelons du Financial Times, où ils ont commencé tous les deux leur carrière, avant de vraiment décoller. La compétition permanente instaurée par Stanley, sous de faux airs de bonhomie, vient de cette ambition-là.

Mimiques et bons mots

A la rancœur sociale, l’élitisme, l’intelligence aiguë et la brisure intime, il convient enfin d’ajouter l’indispensable liant : l’humour. Ou plus exactement, le (faux) sens de l’autodérision. La blague de Stanley sur les pyramides égyptiennes l’illustre parfaitement. Plus tard, l’homme a consacré une large partie de sa carrière à la lutte contre la surpopulation et il a écrit six livres sur le sujet. « Un livre par enfant que j’ai eu ! », pouffe-t-il, conscient de l’évidente contradiction.

De même, l’actuel premier ministre s’est fait un nom grâce à son humour. Ses mimiques et ses bons mots, notamment dans des émissions de télévision satiriques sur l’actualité, ont largement contribué à sa popularité. Aujourd’hui, l’homme divise fortement, est comparé à Donald Trump, flirte parfois avec l’extrême droite, mais, pendant des décennies, il a réussi le tour de force d’unir gauche et droite en mettant les rieurs de son côté. « Dans notre enfance, je me souviens qu’on passait l’essentiel de notre temps à essayer de se faire rire », assure Rachel. Aujourd’hui, alors que l’aîné précipite son pays vers un Brexit sans accord, aux conséquences sans doute catastrophiques, le légendaire humour des Johnson est peut-être hors de propos.

24 août 2019

VOGUE Germany

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