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Jours tranquilles à Paris

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23 août 2019

PARIS : LE «BOUQUET DE TULIPES» DE KOONS INAUGURÉ PAR EMMANUEL MACRON LORS DE LA NUIT BLANCHE ?

tulipes

L'œuvre de 10 m de haut sera située dans un jardin en bordure des Champs-Elysées. [© Jeff Koons]

Après plusieurs années de polémiques, le «Bouquet of Tulips», proposé par le célèbre artiste Jeff Koons à la ville de Paris, devrait être inauguré pour la Nuit Blanche, en présence d'Emmanuel Macron.

En bordure des Champs-Elysées (8e), dans un jardin derrière le Petit Palais et le pavillon Ledoyen, le chantier préparatoire démarre en effet ces jours-ci, explique ce jeudi 22 août Christophe Girard, l'adjoint à la maire de Paris en charge de la Culture. Il s'agit d'abord «d'aménager le terrain, creuser les fondations et installer les premiers éléments de la structure, comme pour la construction de tout édifice», indique-t-il.

La sculpture en bronze de 10 m de haut «sera vraiment complète à peu près vers la fin du mois de septembre. L'inauguration pourrait ainsi avoir lieu vers la Nuit Blanche [prévue le 5 octobre], par Jeff Koons, Anne Hidalgo et Emmanuel Macron. Le président de la République souhaite être présent», révèle Christophe Girard.

LES TULIPES ACHEMINÉES DEPUIS L'ALLEMAGNE

L'œuvre, actuellement stockée à proximité de Francfort-sur-le-Main, dans le centre de l'Allemagne, à 500 km de Paris, doit arriver progressivement en morceaux séparés en plusieurs convois.

Le plasticien américain avait offert le bouquet monumental à la capitale française à la suite des attentats de 2015. Mais plusieurs polémiques s'étaient ensuivies, en particulier sur le lieu d'installation (initialement sur le parvis du palais de Tokyo) et son coût.

Après d'âpres négociations entre l'artiste, la mairie de Paris et l'Etat, relancées par Christophe Girard à son arrivée à son poste actuel en octobre 2018, cet «épilogue heureux» contente l'adjoint à la Culture : «l'emplacement est très bien. C'est le meilleur lieu possible, qui va y susciter un regain de visiteurs».

Concernant l'aspect financier, l'œuvre en elle-même (d'une valeur de 3,5 millions d'euros) sera bien payée par des mécènes. «Paris finance seulement les coûts pour creuser le jardin, l'aménager et l’entretenir, ce qui est le cas pour toutes les œuvres de ce type», assure le membre de l'équipe municipale.

«Le coût pour creuser un terrain et faire des fondations est classique, cela n'a rien d’extraordinaire. Puis l'entretien est estimé à 50.000 euros par an. Mais de toute façon, cet espace vert allait être refait, donc c'est ce que la ville allait déjà payer», précise Christophe Girard.

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23 août 2019

Milo Moiré

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23 août 2019

Extrait d'un shooting

shoot678

23 août 2019

Le contre-sommet du G7 fédère autour de la lutte contre le système capitaliste

Par Rémi Barroux, Pays-basque, envoyé spécial

L’événement qui a débuté mercredi à Irun, en Espagne, et Hendaye, en France, se veut la caisse de résonance de toutes les contestations contre ce qu’incarnera Biarritz. Au menu : trois jours d’échanges et de débats, avant une importante manifestation samedi.

A la couleur bleue, relativement monotone, des uniformes des milliers de policiers français – 13 200 annoncés par le ministre de l’intérieur Christophe Castaner –, mais aussi espagnols et basques, chargés d’assurer la sécurité de la tenue du sommet du G7 à Biarritz, du samedi 24 au lundi 26 août, omniprésents aux ronds-points des communes jouxtant la ville bunckerisée, comme aux diverses sorties d’autoroute, les opposants affichent, eux, la diversité des couleurs : rouge, jaune, vert, noir aussi… Comme autant de signes de reconnaissance des causes qui convergent pour protester contre les politiques des grands de ce monde, jugées au mieux inefficaces, au pire comme aggravant la situation sur le front climatique ou celui des inégalités sociales.

En arrivant au centre de conférences du Ficoba à Irun, au Pays basque espagnol, qui abrite, en partie, les travaux du contre-sommet du G7 du mercredi 21 août au vendredi 23 août, le participant, souvent venu de loin, quels que soient ses centres d’intérêt, sera sûr de trouver débat à son goût : anticapitalisme, altermondialisme, luttes climatiques, sociale, féministe, internationaliste…

Durant ces trois jours, qui déboucheront sur une manifestation qui les emmènera, samedi en fin de matinée, du port d’Hendaye à Irun, les anti-G7, quinquagénaires habitués des forums sociaux ou jeunes manifestants des marches climat, se voient proposer pas moins de trente-six conférences et une soixantaine d’ateliers, sur le centre d’Irun et d’autres lieux disséminés dans la commune française voisine d’Hendaye (écoles, village des alternatives). Au menu, l’agroécologie, les migrations, les accords de libre-échange, la Palestine, les énergies fossiles et fissiles, le rôle des mouvements sociaux en Catalogne, le processus de paix au Pays-basque…

Des « mouvements assez différents »

Et pour servir cette carte, dont l’anticapitalisme s’affiche comme la dominante – « sortons du capitalisme et de la dictature des multinationales » est la première des revendications affichées dans la plateforme d’appel, soutenues par une centaine d’organisations –, une pléiade d’invités, dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, les députés de La France insoumise, Clémentine Autain et Eric Coquerel, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, David Cormand, l’ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste, Olivier Besancenot, les responsables des ONG de lutte climatique, écologique et sociale, de nombreux intervenants associatifs ou syndicaux basques…

« On a réussi à fédérer des réseaux et des mouvements assez différents comme les “gilets jaunes”, les militants climatiques, ceux des luttes contre les grands projets inutiles… Sans oublier le mouvement abertzale basque dont la présence était indispensable ici, explique Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, au cœur de l’organisation du rendez-vous. Nous n’avons rien à attendre du G7, dont les Etats membres ont été à l’inverse des engagements pris sur la diminution des émissions de gaz à effets de serre ou la réduction des inégalités dans le monde. »

Pour autant, tous les manifestants anti-G7 n’ont pas rallié les salles d’Irun pour débattre, certains préférant les perspectives de manifestation et d’action plus concrètes, annoncées pour les jours à venir. Si l’on franchit le pont sur la Bidassoa, qui fait office de frontière naturelle entre l’Espagne et la France, à une quinzaine de kilomètres de là, se trouve le camp qui accueillait, dès mercredi matin, plus de 1 500 personnes. Parmi eux, de nombreux « gilets jaunes », arrivés de toutes les régions, se sont regroupés dans un « village jaune ».

Une « marche des portraits »

Assis devant une banderole proclamant « la Planète bleue a besoin de jaune pour redevenir verte », sirotant une bière, René, 62 ans, enseignant à la retraite, est un gilet de la haute Ardèche, venu d’un village près d’Annonay. Sur son gilet, il a écrit « le capitalisme tue la planète ». « Pourquoi je suis venu ? Macron m’avait dit qu’il voulait s’occuper des inégalités sociales, et j’attends toujours. Je suis venu lui rappeler », explique l’homme très sensible aussi aux causes des peuples indigènes. Et de compléter son propos en énonçant les nombreux méfaits du capitalisme pour la planète, « déforestation, exploitation minière, d’huile de palme, éradication ou déplacement de populations… ».

Dans ce camp, idéalement situé dans un grand parc ombragé, et à quelques minutes de la côte et de jolies criques, on trouve un atelier vélo, une quincaillerie, un espace contre les agressions sexistes et homophobes, un stand contre la privatisation des aéroports, ou encore l’Ambazada, venue de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes… Là aussi, réunions et assemblées générales sont quotidiennes. En attendant les marches annoncées qui font redouter à certains que le climat bon enfant et les références à la non-violence, au cœur des plateformes d’appel à cette initiative, ne soient occultés par des débordements. Des rumeurs courent faisant état de rendez-vous dans la zone interdite aux manifestations, soit Biarritz, Anglet et Bayonne.

Dimanche matin, c’est bien dans cette zone, au cœur de la ville de Bayonne, que les portraits officiels d’Emmanuel Macron, décrochés ces derniers mois des murs des mairies, seront rassemblés et présentés lors d’une conférence de presse, en conclusion de la campagne « Climat, justice sociale, Macron décroche, décrochons-le ! ». « Nous aurons l’occasion de montrer, avec cette marche des portraits, que le président du pays hôte du G7 ne mène absolument pas, contrairement à ce qu’il dit, de lutte sur le front climatique, avance Txetx Etcheverry, porte-parole de Bizi, organisation basque, et cofondateur d’Alternatiba. Alors qu’on nous interdit de manifester, ils ont même annulé toute initiative, culturelle, ou encore le marché paysan du samedi matin, nous allons mener une action non violente de désobéissance civile. »

Et cette marche de dizaines de photos du chef de l’Etat dans les rues, pour dénoncer sa politique, au vu de la presse internationale, semble bien être la hantise de l’Elysée et des services préfectoraux.

23 août 2019

Occupation de Paris - rue de Rivoli

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23 août 2019

Crazy Horse de Paris

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23 août 2019

Amazonie

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Incendies en Amazonie : le monde inquiet, passe d’armes entre Macron et Bolsonaro

Les feux de forêt ont augmenté de 84 % depuis le début de cette année au Brésil par rapport à la même période en 2018.

Les feux de forêt en Amazonie sont devenus une crise internationale : les Nations unies (ONU) et le chef de l’Etat français ont interpellé vivement le président brésilien, Jair Bolsonaro, jeudi 22 août. Des alertes qui n’ont pas plu au dirigeant d’extrême droite qui a accusé Emmanuel Macron d’avoir « une mentalité colonialiste », après que ce dernier a donné rendez-vous aux membres du G7, à Biarritz ce week-end, pour « parler de l’urgence » de la situation.

M. Bolsonaro a estimé que son homologue français « instrumentalise une question intérieure au Brésil et aux autres pays amazoniens » avec « un ton sensationnaliste qui ne contribue en rien à régler le problème ».

« Le gouvernement brésilien reste ouvert au dialogue, sur la base de faits objectifs et du respect mutuel. La suggestion du président français selon laquelle les affaires amazoniennes soient discutées au G7 sans la participation de la région évoque une mentalité colonialiste dépassée au XXIe siècle. »

M. Bolsonaro a participé à une réunion de crise en soirée à Brasilia. En matinée, il avait lancé une nouvelle charge contre les défenseurs de l’environnement ; ces derniers ont appelé à des manifestations vendredi dans le monde.

« Notre maison brûle. Littéralement »

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclenché la salve d’appels internationaux à sauver l’Amazonie en se disant, sur Twitter, « profondément préoccupé » par les incendies qui sévissent dans la plus vaste forêt tropicale du monde, dont 60 % se trouvent en territoire brésilien.

« En pleine crise climatique mondiale, nous ne pouvons accepter davantage de dégâts sur une source majeure d’oxygène et de biodiversité. »

Peu après, Emmanuel Macron qui exprimait son inquiétude, également sur le réseau social, avec un message malencontreusement illustré d’une image prise par un photographe décédé en 2003, comme beaucoup d’autres tweets.

« Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence. »

Des manifestations étaient prévues vendredi, à Sao Paulo et Rio. Le mouvement de la jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie de la lutte contre le réchauffement climatique, « Fridays for Future », a appelé à des rassemblements devant les ambassades et consulats du Brésil à travers le monde.

75 336 feux depuis janvier

L’avancée des feux dans la plus vaste forêt tropicale de la planète est très difficile à évaluer, mais l’Institut national de recherche spatiale (INPE) a fait état de près de 2 500 nouveaux départs de flammes en l’espace de 48 heures dans l’ensemble du Brésil. La déforestation en est la principale cause.

D’après l’INPE, 75 336 feux de forêt ont été enregistrés dans le pays de janvier jusqu’au 21 août – soit 84 % de plus que sur la même période l’an dernier – et plus de 52 % concernent l’Amazonie.

Tandis que la presse brésilienne commençait à rapporter des problèmes respiratoires dans certaines villes, les feux affectant l’Amazonie sont restés jeudi au Brésil la première tendance sur Twitter. Mais certaines des images ont brouillé le message et créé la polémique, montrant par exemple des feux en Amazonie remontant à 1989, ou concernant d’autres Etats brésiliens, ou même d’autres pays, tels l’Inde ou les Etats-Unis.

Au cœur de la tempête, Jair Bolsonaro a ainsi dénoncé des fausses informations, et pointé la responsabilité des ONG. « Les ONG perdent de l’argent, qui venait de la Norvège et de l’Allemagne. Elles n’ont plus d’emplois, elles essaient de me renverser », a-t-il assuré jeudi, en référence à la suspension par ces deux pays de leurs subventions au Fonds Amazonie affecté à la préservation de l’immense forêt tropicale.

« La presse brésilienne passe son temps à inventer des histoires, mais m’accuser d’être [un] Néron qui met le feu est irresponsable, c’est faire campagne contre le Brésil. Il y a toujours eu des feux de forêt et il y en aura toujours. Malheureusement, cela arrive en Amazonie. »

« Cramer l’image du Brésil »

Le président brésilien a exprimé toutefois sa préoccupation pour les retombées économiques. « Si le monde entier commence à dresser des barrières commerciales [contre le Brésil] notre agronégoce va chuter, l’économie va reculer (…) et votre vie à vous éditeurs, propriétaires de télévision, va être compliquée », a-t-il menacé.

Dans une tribune, 118 ONG se sont élevées contre « l’irresponsabilité » présidentielle. « Bolsonaro n’a pas besoin des ONG pour cramer l’image du Brésil dans le monde entier », lit-on dans ce texte, qui dénonce un président « qui manipule l’opinion publique contre le travail réalisé par la société civile, avec des allégations irresponsables et inconséquentes ».

Chaque année, le nombre d’incendies et de parcelles défrichées augmente en juillet au Brésil, à la fin de la saison des pluies. Le feu est alors utilisé pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou pour préparer des terres à la culture. Le manque de prévention fait que ces incendies se propagent à des zones qui n’étaient pas destinées à être brûlées. Aujourd’hui, près de 20 % de l’Amazonie ont été défrichés.

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23 août 2019

Catherine Coquio - Que vient faire M. Poutine à Brégançon ?

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Emmanuel Macron a reçu le président russe le 19 août dans sa résidence d’été. La cofondatrice du Comité Syrie-Europe dénonce cette rencontre qu’elle juge honteuse au vu du rôle actif joué par la Russie dans le bombardement contre des civils syriens

On peut se poser des questions sur les effets de la rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine au fort de Brégançon (Var). On peut aussi interroger le bien-fondé de ce rendez-vous entre deux présidents désormais partenaires, malgré l’ingérence russe dans les élections françaises et européennes, sur fond d’incarcérations en nombre en Russie et pendant que les crimes contre l’humanité s’enchaînent en Syrie, où l’armée russe joue le rôle décisif qu’on sait depuis quatre ans.

Au lieu de la désescalade prévue à Sotchi (Russie), les bombardements ont repris de plus belle dans la province syrienne d’Idlib, où sont rassemblés plus de 3 millions de Syriens (un tiers d’enfants), dont 400 000 déplacés. Pendant cette entrevue, la ville de Khan Cheikhoun, attaquée au sarin en avril 2017, était anéantie sous un déluge de bombes. D’après le Réseau syrien des droits de l’homme, en mai et juin ont été bombardés 33 hôpitaux, 77 écoles, 46 lieux de culte et 3 camps de réfugiés, faisant 518 morts, chiffre qui est en train de doubler. On bombarde deux fois de suite pour liquider les équipes de secours, qui vivent l’enfer dans les villages multipilonnés. Le 16 août, des images d’épouvante sont arrivées d’Ariha : un homme brandissait en hurlant le corps déchiqueté d’une femme et son fœtus tombé à proximité.

Ce carnage n’est pas fait pour liquider des opposants, mais pour s’attaquer à toute forme d’espoir dans la population. Cibler les enfants – signature du régime dès 2011 – et liquider toute possibilité d’éduquer et soigner sont les moyens les plus sûrs.

Au regard de ces atrocités, que vient faire Poutine à Brégançon, après Versailles et le Conseil de l’Europe ? Ne fallait-il pas plutôt réunir les démocraties de l’Union européenne qui existent encore et déclarer l’embargo, l’arrêt des contrats, le gel des avoirs ? « Nous avons mené ensemble des opérations humanitaires », a dit M. Macron, avant de condamner les bombardements comme si l’aviation russe n’y prenait aucune part.

Lors de la rencontre entre Poutine et Macron à Saint-Pétersbourg le 23 mai 2018, s’est décidée une collaboration qui consacrait un tournant : la France a envoyé par l’aviation russe 50 tonnes d’aide humanitaire dans la Ghouta (banlieue de Damas), reprise après des mois de pilonnage. L’opération était censée permettre de peser sur le « dossier syrien » et tester la volonté russe de stabiliser la région.

piscine bregançon

Stupéfiante indifférence

Un an plus tard, les bombardements sont plus meurtriers que jamais, la Russie continue d’y tester ses armes et plus encore le seuil de tolérance de la communauté internationale, qui semble illimité. Ce qui se passe à Idlib ne fait que confirmer le feu vert qu’avait été la ligne rouge des attaques chimiques de 2013 : survoltage d’une impunité de six ans. Après avoir anticipé sur les veto de rigueur sino-russes et laissé la gestion turco-russe du conflit se désintégrer, l’ONU prend acte de la victoire d’un régime génocidaire et invite les Syriens à revenir chez eux : la guerre est finie.

Mais outre que la guerre se poursuit, était-ce la fonction de l’ONU d’entériner une extermination en disant « quelle horreur » ? Fallait-il livrer aux armées les données géolocalisées des cibles à éviter, lorsqu’on connaît les méthodes poutiniennes en matière de terre brûlée ? Avait-on oublié Grozny, même à l’ONU ? Pourquoi les Syriens reviendraient-ils là où la prison ou la liquidation les attend, et pourquoi les exodes s’arrêteraient-ils ? Pourquoi les centaines d’enfants des rues qui ont vu leurs parents massacrés résisteraient-ils à l’appel du nihilisme djihadiste et aux équipes de l’organisation Etat islamique (EI), qui, apprend-on, reprend pied en Syrie. Quelle surprise !

La stupéfiante indifférence ou cécité qui se manifeste à l’endroit des Syriens, comme s’ils vivaient sur une autre planète, a un nom : la guerre à Daech et Al-Qaida. Or on sait qu’Assad a fait libérer, le 29 juillet, les terroristes de Daech à Deraa, comme il avait dès 2011 libéré les djihadistes. Si Bachar Al-Assad menait une guerre contre le terrorisme, cette guerre n’aurait pas fait 90 % de ses victimes parmi les civils, et elle serait depuis longtemps terminée.

Rappelons que, cinq mois après le soulèvement en Syrie, on comptait déjà 2 000 morts et 1 200 prisonniers, alors qu’il n’y avait ni Armée libre, ni l’EI, ni Nosra, mais une population qui réclamait « liberté et dignité ». C’est son propre djihad que mène Bachar, et il n’est pas étonnant qu’il se soit déchaîné contre ses ennemis communs avec Daech : ceux qui voulaient la démocratie. La guerre qu’il mène contre sa population n’a pas de fin : « Bachar ou nous brûlons le pays », disent les slogans qui scandent ces crimes. Rien n’aura donc été épargné aux Syriens – pas même les expulsions de Turquie et du Liban par familles entières ainsi envoyées à la mort. Les révélations sur Tadmor et Saidnaya et autres centres de torture effarants (100 000 disparus) montrent la permanence d’une culture de la cruauté. Par quel miracle cette culture aurait-elle disparu ? Lorsque le public saura ce qui s’est passé dix ans durant dans ce pays, ce sera une noyade morale, mais vu l’état de nos sociétés, on ne s’y sentira pas tenu au « devoir de mémoire ». Quand verra-t-on que ce carnage consenti entraîne le monde vers une anomie nouvelle ? Au regard de ces perspectives, les retrouvailles de Brégançon ne seront pas seulement un camouflet de plus pour le président français. Elles sont à inscrire au chapitre des épisodes les plus honteux de l’histoire française, vingt-cinq ans après le Rwanda.

Catherine Coquio a cofondé le Comité Syrie-Europe. Ce collectif travaille avec le laboratoire Shakk, à l’EHESS, sur l’écriture de l’histoire dans le contexte de la révolution et de la guerre en Syrie

23 août 2019

Biarritz - G7

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Décryptages

A Biarritz, un G7 sur fond d’inquiétudes croissantes pour l’économie mondiale

Par Marie Charrel

Le ralentissement de l’activité provoqué par la guerre commerciale entre Pékin et Washington sera l’un des sujets sur la table des grandes puissances, réunies du 24 au 26 août.

Il n’en démord pas, et il l’a encore martelé, mardi 20 août, devant la presse américaine. Selon Donald Trump, les Etats-Unis sont « très loin » d’une récession, mot qu’il va même jusqu’à qualifier d’« inapproprié ». Celui-ci sera pourtant au cœur des inquiétudes des dirigeants du G7 (Etats-Unis, Canada, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon), réunis du 24 au 26 août à Biarritz, cité placée sous haute surveillance pour l’occasion. « C’est l’éléphant au milieu de la pièce, confie le membre d’une délégation européenne. Tout le monde redoute que la guerre commerciale entre Pékin et Washington aggrave le coup de frein de nos économies, et ce sera l’un des sujets mis sur la table lors des échanges. »

Il faut dire que depuis quelques semaines, les mauvais indicateurs conjoncturels s’accumulent à un rythme préoccupant. « Il existe maintenant une probabilité accrue que le ralentissement apparu l’an dernier dure plus longtemps que prévu », s’alarme la Banque centrale européenne (BCE), dans le compte rendu de sa dernière réunion, publié jeudi 22 août.

Au sein de la zone euro, l’Allemagne est en première ligne. Au deuxième trimestre, son économie s’est contractée de 0,1 %. Pénalisé par le ralentissement chinois et les nouvelles normes automobiles, son industrie est en récession depuis près d’un an. « Or, l’Allemagne pèse 29 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro, rappelle Gordon Kerr, responsable de la recherche européenne au sein de l’agence de notation DBRS. Cela signifie que toute récession dans le pays affecterait la région dans son ensemble. »

Crainte d’une fin d’année plus mauvaise encore

Si pour l’instant, l’emploi et la demande domestique tiennent bon, le PIB de l’union monétaire a malgré tout progressé de 0,2 % à peine au deuxième trimestre. Or, la crise politique italienne, comme la perspective d’un « Brexit dur » le 31 octobre, laissent craindre que la fin d’année soit plus mauvaise encore.

Affectée par les sanctions américaines, la Chine voit elle aussi son moteur intérieur ralentir. « L’économie a progressé de 6,2 % en rythme annuel entre avril et juin, soit son plus faible niveau depuis 1993 », soulignent Nariman Behravesh et Sara Johnson, économiste chez IHS Markit, dans leur dernière note de conjoncture. Selon leurs calculs, la nouvelle hausse de 10 % des tarifs douaniers, que Donald Trump menace d’imposer en décembre sur des produits chinois jusqu’ici épargnés, pourrait amputer la croissance de l’Empire du Milieu de 0,2 % supplémentaire l’an prochain.

A première vue, les Etats-Unis semblent en meilleure forme : le PIB a encore progressé de 2,1 % au deuxième trimestre, tandis que le chômage, à 3,7 %, est au plus bas depuis près de 50 ans. Mais les signaux inquiétants s’y multiplient également, notamment sur les marchés financiers. Le 14 août, le niveau des taux à dix ans américains est ainsi passé sous celui des taux à deux ans, semant la panique sur les Bourses. Et pour cause : une telle « inversion de la courbe des taux » a précédé les neuf dernières récessions dans le pays, laissant craindre qu’un tel scénario se reproduise.

Selon une étude publiée lundi 19 août par la National Association for Business Economists (NABE), 38 % des 226 économistes américains interrogés estiment que les Etats-Unis plongeront en récession en 2020, et 34 % en 2021. Même s’il assure à coup de tweets que son économie est en pleine forme, le président américain lui-même semble s’en inquiéter. Mardi 20 août, il a confié « penser » à de nouvelles baisses d’impôt pour soutenir l’activité. Surtout : il ne rate pas une occasion de reprocher à la Réserve Fédérale (Fed) de ne pas réduire suffisamment vite ses taux directeurs pour doper le crédit et affaiblir le dollar, au profit de la compétitivité des exports.

Effet direct des tarifs douaniers

Face à ce tableau plutôt sombre, les grandes organisations internationales ont revu leurs prévisions de croissance à la baisse. Ainsi, la Banque mondiale juge désormais que le PIB mondial ne progressera que de 2,6 % cette année, contre 2,9 % prévus auparavant. « Au total, nous estimons que la hausse des droits de douane entre les Etats-Unis et la Chine, y compris celle appliquée en 2018, pourrait réduire le PIB mondial de 0,5 point en 2020 », détaillait il y a quelques semaines le Fonds monétaire international (FMI). Outre l’effet direct des tarifs douaniers, nombre d’entreprises préfèrent retarder leurs investissements face aux incertitudes, tandis que les ménages favorisent l’épargne de précaution sur la consommation. Dans les deux cas, cela accentue le ralentissement.

Si celui-ci s’aggravait encore, les grandes économies seraient-elles en mesure de faire face ? Cela dépendrait de l’ampleur du plongeon. Prudents, la plupart des grands instituts monétaires ont recommencé à assouplir leur politique pour limiter les risques. La Banque centrale européenne (BCE) devrait ainsi déployer de nouveaux outils – en relançant par exemple ses rachats de dettes publiques – dès septembre. Seulement voilà : les banques centrales en ont tant fait pendant la crise de 2008 que leurs marges de manœuvre sont désormais limitées. Passant en revue les objectifs du G7, le président Emmanuel Macron a d’ailleurs admis, mercredi 21 août, que la politique monétaire a atteint « la frontière technologique de son efficacité ».

Selon lui, la possibilité d’un soutien budgétaire des gouvernements à la croissance doit donc être discutée à Biarritz. « On doit se poser la question, pour les pays qui en ont la capacité, de la pertinence d’une relance budgétaire », a-t-il détaillé, en mentionnant notamment l’Allemagne.

En dépit du ralentissement de son économie, Berlin s’est jusqu’ici montré réticent à l’idée de piocher dans ses généreux excédents budgétaires pour soutenir l’activité. Outre-Rhin, toute perspective d’augmentation de la dette publique suscite une levée de bouclier. Et la crainte, en partie irrationnelle, de voir les comptes publics déraper à mauvais escient. Depuis quelques semaines, de plus en plus de voix appellent malgré tout, dans le pays, à plus de souplesse sur le sujet. « L’Allemagne emprunte aujourd’hui à des taux négatifs, ce qui signifie que les marchés la sponsorisent pour qu’elle fasse de la relance, constate une source européenne. Il serait criminel de ne pas en profiter. »

Si les questions commerciales sont plutôt discutées au sein du G20, enceinte plus large, une session du G7 leur sera consacrée. Les participants européens espèrent y « entretenir le dialogue dans un cadre multilatéral ». Et convaincre Donald Trump de tempérer son agressivité commerciale, alors qu’il menace toujours de taxer l’automobile européenne. « Quoi que l’on fasse, la croissance économique des prochains mois dépendra essentiellement de son attitude, comme de celle de Pékin », se désole un diplomate. Marie Charrel

A la veille de l’ouverture du G7, Macron reçoit la société civile à l’Elysée. Cette journée de « dialogue », organisée de 10 heures à 18 heures, prévoit une série de rencontres pour discuter de sujets comme l’égalité hommes-femmes, la lutte contre les inégalités ou la protection du climat, qui sont les principaux thèmes mis en avant par la France pour le sommet, qui s’ouvre le lendemain à Biarritz. M. Macron entend avec ce rendez-vous « recueillir les recommandations » des acteurs associatifs et « concrétiser le lancement d’un certain nombre d’initiatives ». D’après France-Info, les ONG du Réseau action climat (RAC) ne participeront pas au rendez-vous de ce vendredi. La veille, elles avaient annoncé boycotter le G7, estimant être laissées « à l’écart » du sommet. Le RAC, qui fédère 32 associations nationales et locales, dont Greenpeace, la LPO, Oxfam France ou le Secours catholique, avait dénoncé la décision de la présidence française de « limiter le nombre d’accréditations » des acteurs associatifs. Jeudi soir, l’Elysée a finalement accepté de leur distribuer des badges leur donnant accès au centre de presse. Une concession tardive pour ces associations, qui diront dans le courant de la journée si elles se rendront au G7 ou non.

23 août 2019

MON CHIEN STUPIDE Bande Annonce (2019) Charlotte Gainsbourg, Yvan Attal, Comédie Française

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