Par Rémi Barroux, Pays-basque, envoyé spécial
L’événement qui a débuté mercredi à Irun, en Espagne, et Hendaye, en France, se veut la caisse de résonance de toutes les contestations contre ce qu’incarnera Biarritz. Au menu : trois jours d’échanges et de débats, avant une importante manifestation samedi.
A la couleur bleue, relativement monotone, des uniformes des milliers de policiers français – 13 200 annoncés par le ministre de l’intérieur Christophe Castaner –, mais aussi espagnols et basques, chargés d’assurer la sécurité de la tenue du sommet du G7 à Biarritz, du samedi 24 au lundi 26 août, omniprésents aux ronds-points des communes jouxtant la ville bunckerisée, comme aux diverses sorties d’autoroute, les opposants affichent, eux, la diversité des couleurs : rouge, jaune, vert, noir aussi… Comme autant de signes de reconnaissance des causes qui convergent pour protester contre les politiques des grands de ce monde, jugées au mieux inefficaces, au pire comme aggravant la situation sur le front climatique ou celui des inégalités sociales.
En arrivant au centre de conférences du Ficoba à Irun, au Pays basque espagnol, qui abrite, en partie, les travaux du contre-sommet du G7 du mercredi 21 août au vendredi 23 août, le participant, souvent venu de loin, quels que soient ses centres d’intérêt, sera sûr de trouver débat à son goût : anticapitalisme, altermondialisme, luttes climatiques, sociale, féministe, internationaliste…
Durant ces trois jours, qui déboucheront sur une manifestation qui les emmènera, samedi en fin de matinée, du port d’Hendaye à Irun, les anti-G7, quinquagénaires habitués des forums sociaux ou jeunes manifestants des marches climat, se voient proposer pas moins de trente-six conférences et une soixantaine d’ateliers, sur le centre d’Irun et d’autres lieux disséminés dans la commune française voisine d’Hendaye (écoles, village des alternatives). Au menu, l’agroécologie, les migrations, les accords de libre-échange, la Palestine, les énergies fossiles et fissiles, le rôle des mouvements sociaux en Catalogne, le processus de paix au Pays-basque…
Des « mouvements assez différents »
Et pour servir cette carte, dont l’anticapitalisme s’affiche comme la dominante – « sortons du capitalisme et de la dictature des multinationales » est la première des revendications affichées dans la plateforme d’appel, soutenues par une centaine d’organisations –, une pléiade d’invités, dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, les députés de La France insoumise, Clémentine Autain et Eric Coquerel, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, David Cormand, l’ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste, Olivier Besancenot, les responsables des ONG de lutte climatique, écologique et sociale, de nombreux intervenants associatifs ou syndicaux basques…
« On a réussi à fédérer des réseaux et des mouvements assez différents comme les “gilets jaunes”, les militants climatiques, ceux des luttes contre les grands projets inutiles… Sans oublier le mouvement abertzale basque dont la présence était indispensable ici, explique Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, au cœur de l’organisation du rendez-vous. Nous n’avons rien à attendre du G7, dont les Etats membres ont été à l’inverse des engagements pris sur la diminution des émissions de gaz à effets de serre ou la réduction des inégalités dans le monde. »
Pour autant, tous les manifestants anti-G7 n’ont pas rallié les salles d’Irun pour débattre, certains préférant les perspectives de manifestation et d’action plus concrètes, annoncées pour les jours à venir. Si l’on franchit le pont sur la Bidassoa, qui fait office de frontière naturelle entre l’Espagne et la France, à une quinzaine de kilomètres de là, se trouve le camp qui accueillait, dès mercredi matin, plus de 1 500 personnes. Parmi eux, de nombreux « gilets jaunes », arrivés de toutes les régions, se sont regroupés dans un « village jaune ».
Une « marche des portraits »
Assis devant une banderole proclamant « la Planète bleue a besoin de jaune pour redevenir verte », sirotant une bière, René, 62 ans, enseignant à la retraite, est un gilet de la haute Ardèche, venu d’un village près d’Annonay. Sur son gilet, il a écrit « le capitalisme tue la planète ». « Pourquoi je suis venu ? Macron m’avait dit qu’il voulait s’occuper des inégalités sociales, et j’attends toujours. Je suis venu lui rappeler », explique l’homme très sensible aussi aux causes des peuples indigènes. Et de compléter son propos en énonçant les nombreux méfaits du capitalisme pour la planète, « déforestation, exploitation minière, d’huile de palme, éradication ou déplacement de populations… ».
Dans ce camp, idéalement situé dans un grand parc ombragé, et à quelques minutes de la côte et de jolies criques, on trouve un atelier vélo, une quincaillerie, un espace contre les agressions sexistes et homophobes, un stand contre la privatisation des aéroports, ou encore l’Ambazada, venue de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes… Là aussi, réunions et assemblées générales sont quotidiennes. En attendant les marches annoncées qui font redouter à certains que le climat bon enfant et les références à la non-violence, au cœur des plateformes d’appel à cette initiative, ne soient occultés par des débordements. Des rumeurs courent faisant état de rendez-vous dans la zone interdite aux manifestations, soit Biarritz, Anglet et Bayonne.
Dimanche matin, c’est bien dans cette zone, au cœur de la ville de Bayonne, que les portraits officiels d’Emmanuel Macron, décrochés ces derniers mois des murs des mairies, seront rassemblés et présentés lors d’une conférence de presse, en conclusion de la campagne « Climat, justice sociale, Macron décroche, décrochons-le ! ». « Nous aurons l’occasion de montrer, avec cette marche des portraits, que le président du pays hôte du G7 ne mène absolument pas, contrairement à ce qu’il dit, de lutte sur le front climatique, avance Txetx Etcheverry, porte-parole de Bizi, organisation basque, et cofondateur d’Alternatiba. Alors qu’on nous interdit de manifester, ils ont même annulé toute initiative, culturelle, ou encore le marché paysan du samedi matin, nous allons mener une action non violente de désobéissance civile. »
Et cette marche de dizaines de photos du chef de l’Etat dans les rues, pour dénoncer sa politique, au vu de la presse internationale, semble bien être la hantise de l’Elysée et des services préfectoraux.