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Jours tranquilles à Paris

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19 août 2019

Vu sur internet - photos que j'aime beaucoup

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19 août 2019

Aung San Suu Kyi, Lady disgrâce

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Par Arnaud Vaulerin — 15 août 2019 à 19:06

Aung San Suu Kyi prononce un discours à Pékin, en République populaire de Chine, le 1er décembre 2017, en pleine crise des Rohingyas chassés de l’Etat Rakhine. Photo Fred Dufour. AP 

Star déchue. Prix Nobel de la paix en 1991, la dirigeante birmane a longtemps suscité l’admiration de l’Occident. Mais son manque d’empathie pour les Rohingyas a fait s’effondrer le mythe.

Aung San Suu Kyi, Lady disgrâce

Le moment était inédit et réjouissant. Après des décennies de plomb et d’isolation, le pays s’ouvrait. La peur reculait. Les gens parlaient. Les journaux florissaient. La Birmanie était en effervescence comme jamais. Incroyable signe des temps, le portail de la sinistre prison d’Insein, dans le nord de Rangoun, s’était entrouvert un après-midi de janvier 2012. Parfois hagards, le teint pâle, l’allure frêle et flottante dans leur chemise blanche, les prisonniers politiques retrouvaient l’air libre par dizaines. Les amis et les familles les attendaient dans la cohue, les portaient dans la poussière et la chaleur sèche, au milieu des cafés et des gargotes de rue.

Sur des pancartes, des tee-shirts ou encore les vitres des taxis qui emmenaient vers la liberté les bannis d’hier, une effigie s’affichait en majesté : la Lady. Ce code utilisé par les Birmans pour qualifier celle dont le nom était proscrit par les généraux n’était pourtant plus nécessaire. Libérée treize mois plus tôt de sa résidence surveillée, Aung San Suu Kyi n’était plus l’opposante honnie d’une junte cadenassée qui s’essayait à une transition très maîtrisée. Elle était l’élue, la vénérée, la promesse. Elle n’avait pas encore failli. L’aura n’avait pas pâli.

Lors de tournées marathon, suivie dans la liesse par des foules de dizaines de milliers de personnes, elle sillonnait alors le pays, professant l’unité nécessaire entre les ethnies birmanes, appelant de ses vœux l’établissement d’une réelle démocratie, vantant les réformes à venir. Les Birmans saluaient aussi bien le réel courage de «Mother Suu» sacrifiant sa liberté et sa famille - elle a été privée de ses enfants pendant dix ans, son mari est mort sans qu’elle puisse le revoir - que sa droiture inflexible, sa résistance à toute épreuve malgré plus de quinze années d’assignation à résidence et d’emprisonnement.

Grâce et fragilité

C’est l’époque où la Ladymania devient démesurée. «Il y avait un pathos surdimensionné, une émotion déraisonnée pour un responsable politique, un peu comme avec la Philippine Cory Aquino ou la Pakistanaise Benazir Bhutto en leur temps», raconte un diplomate qui souhaite rester anonyme. Certes, depuis les années 90, le culte de la dame de Rangoun se portait déjà bien : le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, le Nobel de la paix, le titre d’«ambassadrice de conscience» d’Amnesty, les unes des magazines, des livres, une chanson de U2 ont notamment forgé la légende de la madone de la démocratie en gracile brindille de liberté. Dans sa soif d’idoles, l’Occident entre encore plus en adoration de l’icône incarnant seule, avec grâce et fragilité, la démocratie face à une brochette de généraux âgés, râblés et verrouillés dans leur capitale bunker de Naypyidaw.

Au 54, University Avenue, la résidence d’Aung San Suu Kyi à Rangoun, les ministres, chefs de gouvernement, diplomates se succèdent à qui mieux mieux. Un matin ensoleillé de janvier 2012, sur la terrasse tournée vers le lac Inya, Alain Juppé est l’un d’eux. Droit comme un «i», presque ému d’être au côté de la Lady. Restée si longtemps inaccessible, elle parlait et souriait, des fleurs blanches dans les cheveux. Devant la ferveur, elle met en garde : «Je ne suis pas une icône, encore moins un symbole. Je suis réelle.»

A peine élue députée au printemps 2012, elle entame une nouvelle vie en visitant des capitales, comme une rock star en tournée. A Londres, le président de la Chambre des communes, John Bercow, la proclame «conscience d’un pays et héroïne pour l’humanité». Elle est gratifiée d’une standing ovation, comme jadis en leur temps De Gaulle ou Mandela, avant d’être célébrée à Oxford où elle a fait ses études en sage et disciplinée fille de diplomate.

A Paris, avec les honneurs dus à une cheffe d’Etat, elle est accueillie à l’Elysée par un François Hollande tout sourire. A la mairie, Bertrand Delanoë salue avec extase et emphase une «femme de paix et d’amour». Et dans son sillage parisien, des journalistes béats l’applaudissent, boivent ses paroles, la félicitent. Des militants d’ONG sont en quasi-lévitation christique. Le vertige avant la chute.

Premier reflux

Les sommets tutoient parfois les abîmes. Le décrochage est rapide pour la Dame de Rangoun, qui perd peu à peu les attributs du sublime en Occident. «C’est l’effet gueule de bois, la fin d’un long malentendu, constate l’historien et spécialiste de la Birmanie Gabriel Defert. Il s’avère que celle que l’on pensait merveilleuse ne l’est pas.»

Un premier reflux est perceptible à partir de la mi-2012. Une redoutable flambée de violences envers les musulmans embrase le centre du pays. Pogroms, incendies, propos haineux sur les réseaux sociaux, le feu religieux se propage au reste de la Birmanie. La pacifiste de jadis, adepte de la non-violence qui se réclame de Gandhi et de Mandela, reste silencieuse. Maung Zarni, l’un des activistes birmans les plus véhéments, l’accuse alors de se ranger du côté des groupes «racistes antimusulmans, très bien organisés». Même silence éloquent quand la représentante de l’ONU pour les droits de l’homme en Birmanie, Yanghee Lee, est traitée de «chienne» et de «pute» par Ashin Wirathu, moine bouddhiste et prédicateur de la haine.

Et il y a ces incompréhensions. Fin 2015, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la cheffe de l’opposition exclut les candidatures de musulmans pour les premières législatives libres depuis 1990. La même année, ferme et cassante, la Lady chapitre les fonctionnaires et les diplomates étrangers pour qu’ils n’emploient plus le mot «Rohingya». Pour qualifier cette communauté musulmane apatride et persécutée depuis des décennies dans l’Ouest birman, elle recommande de parler de «personnes qui croient en l’islam dans l’Etat Rakhine». C’est une «formulation qui leur refuse une identité ethnique distincte et donc une revendication de la citoyenneté birmane», analyse Andrew Selth, professeur à l’université Griffith de Brisbane, en Australie.

«Autoritaire», «intransigeante», «cynique», «retorse» sont alors des qualificatifs que l’on entend de plus en plus souvent, y compris dans la bouche de proches d’Aung San Suu Kyi ou de diplomates raisonnés qui naviguent en Asie. Gare aux traîtres. La «femme guerrière», comme l’ont surnommée des féministes, «montre parfois plus de compréhension envers d’anciens militaires qu’envers ses ex-partenaires», expliquait à Libération un haut fonctionnaire en 2012. Fille du général Aung San, héros national et père de l’indépendance assassiné en 1947, elle n’a jamais caché son respect pour l’armée. Gabriel Defert va jusqu’à parler de «consanguinité couleur kaki» entre la Tatmadaw et la dame de Rangoun.

«Elle revendique un goût pour l’ordre et la sécurité. N’oublions pas qu’elle a fondé la LND avec d’anciens généraux, dont Tin Oo, le brutal ministre de la Défense de l’ex-dictateur Ne Win, poursuit le chercheur. Sa vision du pays est restée celle d’une société dirigée par des élites bouddhistes, appartenant à l’ethnie majoritaire bamar qui se méfie des minorités ethniques. Et quinze ans d’isolement forgent un profil psychologique, renforcent le sentiment d’avoir raison.»

Madone vilipendée

Puis l’opposante véhémente est rattrapée par l’exercice du pouvoir. Le sacro-saint principe de réalité va écorner l’icône. Après le raz-de-marée de la LND aux législatives de 2015, l’ex-opposante historique est nommée conseillère d’Etat, Première ministre de facto en avril 2016. Six mois plus tard éclatent les premières escarmouches entre un groupuscule rohingya et les forces de sécurité, prises pour cible dans l’Ouest enclavé. A la fin août 2017, une seconde offensive rohingya, plus musclée, déclenche une contre-offensive massive dont les populations civiles font les frais. Milices, militaires et policiers se livrent à des viols, des destructions et des exécutions sommaires. Plus de 700 000 personnes fuient l’Etat Rakhine vers le Bangladesh dans un état de dénuement extrême.

Aung San Suu Kyi se refuse à parler de «nettoyage ethnique» qui ne fait pourtant aucun doute. Fustige un «énorme iceberg de désinformation». Et ne montre aucune empathie pour la souffrance des Rohingyas qui indiffère, il est vrai, une large part des Birmans. La conseillère d’Etat est en «cohabitation avec les militaires, seuls responsables des questions de sécurité, de frontière et de défense, rappelle un diplomate joint par Libération. Pour le pouvoir, cette crise s’inscrit dans un ensemble de phénomènes de violence, comme dans le nord et l’est du pays. Aung San Suu Kyi a nié l’ampleur de la violence contre les Rohingyas et a sous-estimé la réaction internationale et la banalisation du terme de génocide.» Pour ne rien arranger, elle brandit le droit pour valider l’emprisonnement de deux journalistes de Reuters condamnés après avoir révélé un massacre en 2017.

L’ex-madone est vilipendée pour ses reniements vis-à-vis des engagements qui ont légitimé son aura et consacré son intégrité sacrificielle. Des Nobel l’interpellent et en appellent à l’ONU. Desmond Tutu est sans doute le plus éloquent : «Si le prix politique de votre ascension à la plus haute fonction de la Birmanie est votre silence, il est sûrement trop cher payé.» Des chefs d’Etat et de gouvernement l’étrillent. Elle annule des visites à l’étranger par peur de manifestations. Ses anciens zélateurs se sentent trahis, appellent à sa démission. Dans une pétition, près de 350 000 personnes exigent que le prix Nobel lui soit repris. Impossible. Des villes, des institutions décrochent son portrait et lui retirent sa citoyenneté d’honneur ou son titre d’ambassadrice. Il y a deux ans, au micro de la BBC, Aung San Suu Kyi se campait en «politicienne» : «Je ne suis pas tout à fait comme Margaret Thatcher. Mais d’un autre côté, je ne suis pas non plus mère Teresa.»

A 74 ans, elle «reste populaire en Birmanie où les habitants parlent d’elle avec respect et attendent des résultats», conclut le diplomate. Elle a quitté son piédestal. Sa parole s’est raréfiée. Sur les clichés, le visage s’est creusé et fermé. La Lady de fer n’a pas désarmé. Plus «réelle» que jamais.

19 août 2019

AURAY - Exposition photo à la Chapelle du St Esprit - actuellement

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La photo ci-dessus a été prise avec ma Nikon KeyMission 170.

19 août 2019

jane Birkin et Serge Gainsbourg photographiés par Francis Giacometti pour LUI

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19 août 2019

Hier et aujourd’hui. Comment le marché d’Auray a changé

« Le lundi c’est le marché, le mardi c’est la lessive », entend-on encore dans la bouche des anciens du pays d’Auray, qui accourent, toute l’année, au matin du premier jour de la semaine, dans la ville centre transformée en galerie commerciale à ciel ouvert. Le marché d’Auray serait le plus grand du Morbihan, mais ceux de Vannes ou d’Hennebont, deux autres villes du département constituées dès l’époque médiévale, comme Auray autour du château des ducs de Bretagne, revendiquent aussi ce titre.

Aux archives municipales, on retrouve trace d’une première foire dès 1434, quand le duc créé celle de Sainte-Elisabeth (fêtée le 19 novembre), place du Four-Mollet, pour financer la commanderie du Saint-Esprit, l’hôpital des pauvres. À partir de la période révolutionnaire, de nombreux écrits témoignent de l’enjeu du partage des récoltes. « Tous les agriculteurs du canton se retrouvaient pour vendre leur production sous et autour des halles couvertes », explique Geneviève Hamon, responsable du service patrimoine de la Ville d’Auray. En octobre 1789, le maire de Nantes sollicite ainsi son homologue alréen après une récolte désastreuse.

« Enlever les brouettes »

Au XIXe et XXe siècles, ce sont les prix qu’il faut maîtriser ; comme le demande le sous-préfet de Lorient au maire d’Auray, en 1853, faisant allusion à des personnes « malintentionnées ». Au sortir de la Première Guerre mondiale, c’est le premier édile qui fixe les prix des denrées pour relancer l’économie. Il ramène le prix du beurre à neufs francs le kilo, et la bière apparaît en même temps que les ouvriers sur les étals, qui peuvent être « sur le pavé, sur le banc, en échoppe ou sur brancard ». On y trouve des lapins, des perdrix, des bécasses, mais aussi des merles et des grives ; des sangliers et des chevreuils, mais aussi des renards, des loutres et des putois ! Et le règlement stipule déjà qu’il faut « enlever les brouettes » du marché une fois déchargées.

C’est aussi le début du tourisme, et les locaux se plaignent déjà des bouchers de la côte qui font monter les prix. Aujourd’hui, c’est l’afflux d’exposants saisonniers qui bouscule les habitudes de ceux qui viennent vendre et acheter à l’année, et qui fait du marché d’Auray le passage obligé des visiteurs séjournant dans la région. De retour sur son lieu de villégiature, les bras bien chargés, il sera toujours temps de penser à la lessive.

Le saviez-vous ?

Chaque création d’un marché dans un rayon de deux kilomètres autour d’Auray, comme celui de Brec’h, en 1865, passait par l’accord de principe du maire de la ville centre. Il fallait veiller à ne pas se faire mauvaise concurrence. C’est aussi l’une des explications parfois avancée du jour du marché alréen (le lundi), alors que celui de Carnac, l’un des plus anciens de la région, se déroule le dimanche.

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19 août 2019

Milo Moiré

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19 août 2019

Le Voyage à Nantes

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19 août 2019

Once upon a Time… in Hollywood” : Tarantino raconte un cinéma disparu - vu hier soir

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En octobre 2018, le réalisateur tournait “Once upon a Time... in Hollywood”. Ce film nous plonge dans le monde cinématographique des années 1960, marquées par la fin des utopies.

La nuit tombe sur Burbank, porte d’entrée de la Valley, banlieue calme au nord de Los Angeles, qui héberge quelques grands studios (Warner et Disney, Universal pas bien loin) et d’autres, plus olé olé, qu’on nomme par euphémisme “adultes”. Davantage que de l’autre côté des collines, à Hollywood, c’est aujourd’hui là que réside véritablement l’industrie du cinéma américain.

Juste avant le crépuscule, en ce jour d’octobre 2018, Quentin Tarantino tourne sur une large avenue des scènes en voiture pour son nouveau long métrage, le neuvième : Once Upon a Time… in Hollywood.

Look sixties et voitures vintage

La police municipale bloque les rues, mais une petite foule de badauds se tient derrière les cordons de sécurité, d’assez près pour observer la scène. Devant la devanture blanche du restaurant Chili John’s, un vieux bus est garé, avec sur son flanc une publicité pour la série télé The Invaders (l’originale, avec David Vincent). Des passants habillés style sixties se promènent sur les trottoirs.

Des voitures vintage passent. L’une d’elles attire particulièrement l’attention : une Cadillac beige montée sur une large remorque qui fait des allers-retours devant le restaurant où badine une jeune fille. Au volant, Brad Pitt. Sur le côté droit, une caméra le filme, de profil, à travers la fenêtre.

Et derrière la caméra, bien calés sur la remorque, on aperçoit la silhouette massive et le bandana de Tarantino, la tignasse et la barbe blanche de Robert Richardson (son chef op depuis Kill Bill), la veste XXL et les lunettes noires de William Paul Clark (son premier assistant depuis Pulp Fiction).

Un tournage sous le regard des badauds

Toute la famille est réunie. Dans le film, cette scène sera celle où Brad Pitt fait connaissance avec une hippie jouée par Margaret Qually, membre de la nettement moins sympathique Family de Charles Manson…

Contrairement à la plupart des tournages de cette ampleur, retranchés dans le secret des studios ou derrière de larges panneaux protecteurs, celui-ci est ouvert. Il est certes interdit de prendre des photos, mais le dispositif léger (quelques assistants plutôt impavides) ne permet pas vraiment d’empêcher les photos volées.

Internet regorge ainsi de paparazzades amateur, documentant chaque jour de tournage en extérieur – et il y en eut de nombreux durant les six mois qu’a duré cette production colossale. C’est que le maître n’a rien à cacher, au contraire : pour la première fois depuis Kill Bill, il tourne dans sa ville natale, un film sur le cinéma de surcroît, et il entend bien en faire une fête.

Rumeurs à gogo

Il y a longtemps, à vrai dire, que Los Angeles n’avait pas connu une telle effervescence pour un film. Depuis le début de l’été, la métropole californienne bruissait en effet de mille rumeurs sur ce projet ultra-ambitieux. On se tuyautait quotidiennement sur les lieux de tournage (c’est ainsi par l’entremise d’un fan que je me suis retrouvé là).

On essayait d’imaginer comment Tarantino allait s’y prendre pour raconter l’assassinat de Sharon Tate et ses convives, par trois suppôts cinglés du diable Manson

On devisait sur les courbettes hallucinantes consenties par tous les studios pour se payer la marque QT, perdue par Weinstein suite à la fameuse affaire (Sony aurait lâché 95 millions de dollars, 25 % des recettes et tout contrôle créatif au cinéaste, mais surtout, fait quasi unique dans les annales, la rétrocession des droits après dix ou vingt ans).

On commentait jusqu’à plus soif les choix de casting, égrenés au fur et à mesure pour le plus grand plaisir des exégètes (il y aurait un livre à écrire sur le sujet). On essayait enfin d’imaginer comment Tarantino allait s’y prendre pour raconter l’assassinat de Sharon Tate et ses convives, par trois suppôts cinglés du diable Manson, la nuit du 9 août 1969, dans la villa du 10050 Cielo Drive.

Pour l'amour du cinéma

Si l’on pouvait se douter que le réalisateur d’Inglourious Basterds et Django Unchained allait à nouveau tordre l’histoire, peu avaient anticipé la dimension profondément proustienne de ce récit : ranimer le souvenir vivace d’une madeleine, en l’occurrence une poignée de films, de visages et de néons qui ont marqué à jamais un enfant de 6 ans à Los Angeles en 1969.

“Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus”, écrivait Marcel Proust, dans Le Temps retrouvé. Le paradis perdu, en l’occurrence, c’est le vieil Hollywood décadent, celui d’après l’âge d’or et d’avant la renaissance, cette décennie ingrate, qui pourtant constitue le cœur de la cinéphilie de Tarantino.

Ce moment de transition où les grands maîtres (Hawks, Ford, Hitchcock…) réalisaient leurs derniers films et où la place, pas encore prise par les jeunes loups du Nouvel Hollywood, est occupée tantôt par des productions kitsch à budget pharaonique (péplums, films catastrophe, comédies musicales), tantôt par des relectures pop et télévisuelles de genres canoniques (comme les westerns en série que tournent Rick Dalton/Leo DiCaprio et sa doublure Cliff Booth/Brad Pitt).

Un film qui capte le crépuscule d'une époque

Il n’y a pas qu’au cinéma que 1969 marque une transition : pour la culture hippie, c’est aussi un crépuscule. Rétrospectivement, la vague de meurtres perpétrés par la secte de Manson annonce le déclin de ce mode de vie.

Cet événement, qui plane tel un spectre sur Once Upon a Time… in Hollywood, bien que son “exécution” n’en occupera qu’une petite partie, signe symboliquement, en Amérique, la fin de l’innocence, du Flower Power et d’une certaine contre-culture, éclaboussée par le sang de Sharon Tate et des autres – à quoi s’ajoutera la même année, même si Tarantino n’en parle pas, l’assassinat d’un jeune spectateur noir par des Hell’s Angels durant le concert des Stones au festival d’Altamont. Le ver était dans le fruit.

Ce que filme ici Tarantino, c’est donc un monde qui court à sa perte, mais ne le sait pas encore. Il en a la puce à l’oreille (voir les scènes tordantes où DiCaprio se sait ringard et condamné à l’oubli), mais il se dit qu’après tout rien n’est jamais écrit.

Des thèmes très chers à Tarantino

Rien n’est écrit : c’est la grandeur morale de Tarantino que de prendre cette idée au sérieux, comme il l’avait fait précédemment avec Inglourious Basterds et Django. L’histoire n’est écrite que lorsqu’on la mire depuis le futur, jamais quand on s’y baigne au présent.

Tarantino aborde sa fiction en maïeuticien, désireux de faire accoucher l’histoire de ses plus beaux enfants

Once Upon a Time… in Hollywood se déploie ainsi dans un pur présent ; ou plutôt un passé ramené au présent, avec un compteur précis de jours, et même d’heures. Nulle courbure spatio-temporelle ici, nul bluff scénaristique ou structure rhizomatique, mais un récit linéaire et flegmatique, seulement troué d’une grosse ellipse (un voyage en Italie qu’on aurait aimé voir, et qui existera peut-être dans une version plus longue) et de quelques digressions opportunes.

Aussi, plutôt qu’en croque-mort cherchant à vérifier la rigidité du cadavre avant de s’en aller, la mine triste, vers sa prochaine dépouille, Tarantino aborde sa fiction en maïeuticien, désireux de faire accoucher l’histoire de ses plus beaux enfants. Ce n’est plus celle, majuscule, de la Seconde Guerre mondiale ou de l’esclavage, mais celles, bien plus petites, de sa ville, de son art et de son enfance, tressées délicatement dans une élégie trompeuse, en ce qu’elle se refuse à la mélancolie.

Pas de mélancolie

On peut préférer l’autre L.A. movie de QT, Jackie Brown, qui baignait, lui, dans la nostalgie ; on peut ne voir là qu’un geste immature, une incapacité à se confronter à la tragédie : imagine-t-on Antigone se retournant soudain vers Créon pour lui annoncer que, tout bien réfléchi, elle annule tout et laissera son frère sans sépulture ?

Mais au fond, pourquoi pas ? C’est peut-être ça, l’audace. Beaucoup s’en chargent déjà fort bien, de la tragédie et de la mélancolie, c’est même devenu la préoccupation première de l’Occident. L’ambition de Tarantino n’est pas moins noble : non pas accorder béatement la réalité à ses désirs puérils, mais accorder (au sens d’offrir) un peu de répit à des gens qui ont de toute façon déjà perdu.

Leur construire un écrin plutôt qu’un cercueil, sans pour autant se mentir sur leur destinée. Ils disparaîtront, c’est certain, mais pour l’heure, laissons-les jouir des derniers feux, aussi tendrement que possible.

Brad Pitt en loser magnifique

Tendre est l’épithète qui qualifie le mieux le regard de Tarantino sur ses personnages, les trois principaux du moins.

Rick Dalton, d’abord, starlette de télévision et de western B jouée par un Leonardo DiCaprio comme à son habitude fiévreux, à même de rendre toute la fragilité de celui qui se sait dépassé. Cow-boy de pacotille perdu sur un plateau, il a droit à quelques belles scènes richement dialoguées (notamment un duel verbal avec une gamine surdouée et une répétition de prises d’une incroyable virtuosité technique), qui pâtissent cependant de leur manque d’enjeu narratif.

Brad Pitt est celui des deux qui emporte le morceau ici. Cascadeur, factotum et âme damnée du premier, son Cliff Booth charme d’abord par l’intensité de son regard et par sa façon de se mouvoir, lente, nonchalante. Le peu de mélancolie du film, c’est lui qui la porte, lorsqu’il arpente Hollywood Boulevard et ses néons aujourd’hui disparus (que Tarantino fait clignoter dans une scène sublime).

Mélancolie mais aussi drôlerie (face à Bruce Lee), bonhomie (face au doux mépris de son patron), puissance (face aux filles de Manson, dans un pastiche de western) et ambiguïté (face aux accusations de féminicide). C’est un personnage follement complexe et retors, loser magnifique qui incarne à lui seul les contradictions de son créateur.

Sharon Tate, sublimement ressuscitée

Enfin, Margot Robbie, qui interprète Sharon Tate, est le point de capiton du film, la fleur de son secret. Elle n’a qu’une grande scène, mais quelle scène !

Tarantino la filme, solaire et extatique, dans le Fox Village Theatre de Westwood, l’un des plus beaux cinémas de la ville, ses pieds nus posés sur le siège devant elle (son petit kink à lui), se mirant dans le tout dernier film de Sharon Tate (Matt Helm règle son compte, une comédie d’espionnage mineure de Phil Karlson, avec Dean Martin).

Elle se voit sur l’écran (ou plutôt son double réel, ce qui est beaucoup plus troublant qu’une recréation), elle rit, regarde les autres spectateurs rire (peut-être que parmi eux se trouve un petit Quentin, 6 ans), et l’on comprend la raison d’être de toute cette fiction : faire que ce moment dure éternellement

Coolitude

Si Once Upon a Time in America, le grand récit proustien du maître de Tarantino, Sergio Leone, carburait à l’opium et au ressouvenir, cet “Il était une fois” se shoote plutôt au cannabis : drogue par excellence de la coolitude et du temps qui coule. Il s’agit ici de faire durer le plaisir avant la fin inéluctable, de retarder au maximum la chute du paradis.

Tarantino, qui a toujours fonctionné selon ce principe d’écriture, le pousse ici à son paroxysme, non plus à l’échelle d’une scène mais de tout un film, et rejoint ainsi Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, Mektoub, My Loved’Abdellatif Kechiche ou Everybody Wants Some !! de Richard Linklater dans leur tentative de capter une pointe temporelle dans sa brièveté infinie – sa singularité.

Reste que, à la fin, c’est une autre drogue que prend Brad Pitt : du LSD. Et l’ultime séquence qui en découle, tout en étant jouissive, laisse un drôle de goût en bouche. On y retrouve l’éternel paradoxe de la violence chez Tarantino : elle est inévitable (en cela, il demeure un pessimiste), elle est délectable, mais elle vient aussi gâcher le plaisir (la palabre qui s’étire) en le concluant – comme un orgasme conclut le sexe.

Il y a quelque chose d’un peu trop goguenard dans cet ultime geste, Tarantino ne pouvant s’empêcher d’en rajouter dans la grosse gouaille qui tache, alors qu’il avait partie gagnée la minute d’avant. Plutôt que de tenir l’ambiguïté quant à ce soi-disant âge de l’innocence dont il est trop intelligent pour en ignorer les failles, il penche du côté de la restauration pure et simple.

Et si le post-coït est ici particulièrement émouvant (une discussion devant une grille qui résonne comme un rêve d’enfant), il aurait été encore plus fort lesté d’une perte – quoi de plus beau qu’un enfant acceptant de se séparer de ses jouets ?

Once upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino, avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Dakota Fanning (E.-U., 2019, 2 h 45)

19 août 2019

Rentrée Politique

macron rentrée

18 août 2019

Le Palais de Tokyo, QG des princes et princesses des villes cet été

Par Emmanuelle Jardonnet

L’exposition rassemble une cinquantaine d’artistes ou collectifs repérés dans cinq intenses contextes urbains : Lagos, Mexico, Dacca, Manille et Téhéran.

Michel Berger et le groupe de rap le 113, deux styles, mais une fascination partagée pour les « princes des villes ». Rappelez-vous : « Briller comme une étoile filante/C’est l’aventure qui les tente (…) Mais rien n’est vraiment sûr/Et l’avenir fragile/Pour les princes des villes », chantait le premier en 1983 quand, au tournant des années 2000, le trio de Vitry entonnait « On est jeunes et ambitieux/Parfois vicieux/Faut qu’tu te dises que/Tu peux être le prince de la ville, si tu veux. » L’image a inspiré le nom, joyeusement inclusif, de l’exposition estivale du Palais de Tokyo : « Prince.sse.s des villes ».

Les villes dont il est ici question sont cinq mégapoles en plein bouillonnement : LAGOS, MANILLE, MEXICO, DACCA ET TÉHÉRAN. Pourquoi elles ? « L’idée était avant tout de décentrer le regard, de sortir des réflexes du monde de l’art contemporain à se tourner toujours vers les mêmes pôles et les mêmes artistes. Après, le choix s’est fait de manière subjective, il aurait pu tout aussi bien y avoir Le Caire, par exemple », résument les commissaires de l’exposition, Hugo Vitrani et Fabien Danesi.

Tant sur le fond que sur la forme de sa prospection, le binôme savait surtout ce qu’il ne voulait pas : « Pas cerner une scène artistique, pas une expo qui parle de chaque ville, avec des regroupements géographiques. Pas non plus une exposition sur une génération : il y a de très jeunes artistes qui galèrent et d’autres qui commencent à bien marcher », égrène Hugo Vitrani. Au cœur du projet, pas de direction préétablie, donc, mais la volonté de capter des « énergies singulières ou collectives dans chacun de ces contextes urbains ». L’exposition prend donc moins le pouls de ces archi-villes qu’elle n’en adopte des tempos : ceux de « tempéraments forts », d’« innovateurs », de « créateurs du système D, celui de la démesure », qu’ils soient plasticiens, photographes, performeurs, cinéastes, musiciens, créateurs de mode, tatoueurs…

Jeux d’échelle, de textures et de rythmes

A la recherche de ces princes et princesses qui tirent leur pedigree du bitume ou de la vie dense, le rôle d’Instagram a été « énorme » dans les repérages, explique le duo. « Puis sur place, l’idée était de chercher sans ornières de goût. Plutôt que de faire le tour des galeries, nous nous sommes laissé guider à travers le réseau des artistes et les rencontres », précise Hugo Vitrani. La cinquantaine d’artistes ou collectifs sélectionnés (environ dix par ville) est donc forcément hétérogène. « Ce qui peut être déroutant, mais ce sont tous des exceptions, des artistes qu’on ne peut jamais enfermer dans des cases », souligne Fabien Danesi.

Très peu sont connus en Occident, et c’est le plaisir de la découverte et du déplacement permanent qui guide la déambulation sur près de 13 000 m2. La scénographie de l’exposition, pensée « en termes de flux, avec des moments où on accélère, où on ralentit, des respirations, des pauses », a été structurée par un architecte, Olivier Goethals, avec de hautes cimaises-palissades délimitant les espaces en zones de chantier. Sobriété modulaire pour joyeux bordel, avec un déroulé aux accents tour à tour politiques, sociétaux, activistes et/ou intimistes, où les nombreuses cartes blanches réservent les meilleures surprises.

L’un des accents toniques de l’exposition est la peinture murale. Avec presque d’entrée de jeu une carte blanche à une des bêtes noires des rues de Mexico : Zombra. Rien de léché dans la pratique de ce graffeur, aux throw ups dégoulinant de chrome, noir et couleurs fluo. A l’assaut d’un espace monumental, et invité à s’infiltrer tout au long de l’exposition, il montre toute la mesure de l’impact visuel et sensuel du graffiti, entre jeux d’échelle, de textures et de rythmes.

Entre manga trash et punk pop

Le Philippin Pow Martinez n’avais jamais poussé le format de ses peintures pop-apocalyptiques aussi large : pour son premier mural, il s’est vu confier l’ample cage d’escalier reliant les deux étages de l’exposition, qu’il a muée en une descente aux enfers peuplée de tubes digestifs, de fœtus poussant comme des graines et de scènes de bataille. Autre immersion picturale réussie : celle de son compatriote Doktor Karayom, jeune muraliste et sculpteur qui propose une salle rouge sang à l’humour macabre.

De cette traversée haute en couleurs, on retiendra notamment une étonnante tendance pour les anciens sportifs iraniens à devenir des artistes sur le tard. Ainsi Farrokh Mahdavi, 59 ans, autrefois boxeur et employé de morgue, peint d’étranges personnages aux yeux écarquillés et à la peau rose, sans cheveux ni poils, dont il emplit son atelier, ici reconstitué. Entre Reza Shafahi, ex-lutteur, et son fils Mamali, plasticien, qui a quitté l’Iran après son coming out, les liens étaient distendus ; un dialogue artistique et intime a mené le père à se mettre au dessin à plus de 70 ans, et les a rapprochés.

Plus loin, le solo show d’Amir Kamand, ancien skieur et boxeur, offre une plongée dans son monde loufoque et totémique, où gorilles, aliens et skieurs en bois peint cohabitent, tirent la langue et portent des fleurs en bouclier.

La très féconde scène de Mexico s’impose à travers le parcours. Il y a la vaste salle consacrée aux strip-teaseuses de l’Américaine Chelsea Culprit ; les corps surféminisés sont au repos, dans l’atmosphère du Barba Azul, célèbre club de la ville, où l’ex-danseuse a déjà exposé. Il y a aussi le white cube consacré à de nouvelles peintures et sculptures du jeune artiste mexicain Manuel Solano, qui a perdu la vue il y a quelques années après une infection, et peint depuis de mémoire. Ou encore l’espace dévolu à Lulu, un minuscule mais ambitieux project space créé par le commissaire américain Chris Sharp et l’artiste Martin Soto Climent, reproduit à l’identique dans l’exposition pour une rétrospective évolutive.

Parmi les nombreuses découvertes, on retient le travail de Maria Jeona Zoleta, plasticienne de Manille dont l’univers navigue entre manga trash et punk pop, les bidouillages crépusculaires du Mexicain Fernando Palma Rodriguez, ancien ingénieur qui réanime des créatures de la cosmogonie pré-hispanique, ou encore le monde flottant, tout à la fois charnel et désincarné, de la jeune Iranienne Mehraneh Atashi. Et l’on ressort avec une autre musique en tête : la version nigériane du clip et tube This is America de Childish Gambino, par Falz, This is Nigeria.

« Prince•sse•s des villes », jusqu’au 8 septembre au Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, Paris 16e. Palaisdetokyo.com

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