Moustique-tigre : quand la mondialisation s’invite sur votre balcon
Par Rémi Barroux, Marianne Boyer, Eugénie Dumas, Francesca Fattori, Théodora Fragiadakis
Arrivé dans le sud de la France en 2004, vecteur de la dengue et du chikungunya, l’insecte a pris la route du Nord.
Lentement mais sûrement, le moustique-tigre est en train de coloniser la France. De trente départements concernés par sa présence durable en 2015, on est passé à 51 fin juin 2019. Aedes albopictus, de son nom scientifique, observé pour la première fois en France en 2004 dans un jardin botanique à Menton (Alpes-Maritimes), remonte indéniablement vers le Nord, après avoir pris ses aises dans tous les départements de l’arc méditerranéen et, plus généralement, du Sud.
La petite bête au corps zébré ne dispose pourtant pas d’un grand rayon d’action, celui-ci ne dépassant pas 150 mètres environ, contrairement à ses cousins des marais, Aedes caspius et Aedes detritus, pouvant voler plusieurs dizaines de kilomètres.
La présence du moustique-tigre en région urbaine est donc fréquente, et sa silhouette a été aperçue notamment à Paris et à Strasbourg. Car, explique Didier Moulis, directeur technique de l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen, « si ce moustique vole assez mal, il est opportuniste et voyage en voiture ou en camion, parcourant ainsi de grandes distances ». « Aedes albopictus est aussi très nuisant, car la femelle, qui ne pique pas par plaisir mais pour porter à maturité ses œufs, peut le faire en extérieur, de jour comme de nuit, ce qui n’est pas le cas de tous les moustiques. »
Pour autant, si la croissance du nombre de départements colonisés est exponentielle, il ne faut pas dramatiser la situation. Pour que ce moustique, vecteur de maladies comme la dengue, le chikungunya et Zika – qui se manifestent par des douleurs articulaires et des fièvres – puisse contaminer massivement la population, de nombreuses conditions doivent être réunies. « Il faut qu’une personne revienne d’une zone contaminée [en 2019, la dengue sévit notamment à La Réunion, Zika touche l’Amérique latine et les Antilles, ainsi que le chikungunya], qu’elle soit piquée par un moustique-tigre dans la courte période où elle est contagieuse, et que le moustique pique ensuite une personne saine. Tout cela limite le nombre de cas dits “autochtones”, c’est-à-dire apparus dans l’Hexagone », précise Didier Moulis.
Danger d’une épidémie ténu
Le nombre de cas autochtones est extrêmement faible en France : une quinzaine de cas de dengue en 2015 dans le Gard, ou encore dix-sept cas de chikungunya en 2017 dans le Var. Le plan antidissémination mis en place en juillet 2006 a permis de mettre en œuvre des procédures efficaces (surveillance épidémiologique, traitement de lutte antivectorielle). Ainsi, du 1er mai au 1er juillet, on a recensé 187 cas importés de dengue, dont 39 avaient séjourné sur l’île de La Réunion – plus de 15 000 cas y ont été observés depuis le début de 2019 –, 22 cas importés de chikungunya et 3 de Zika, mais aucun cas autochtone.
« Alors qu’en 2016 Zika sévissait de façon virulente au Brésil, et que s’y déroulait la Coupe du monde de football, malgré le nombre important de personnes contaminées revenant en France, nous n’avons eu aucun cas autochtone à déplorer », rappelle Didier Moulis. Le danger d’une épidémie transmise par Aedes albopictus semble donc ténu. A condition aussi de ne pas offrir le gîte et le couvert au moustique, en éliminant tout récipient d’eau, bouchon de bouteille plastique, coupelle, dînette ou jouet, seau…
Tatiana Kastouéva-Jean : « La position de la France à l’égard de la Russie est loin d’être confortable »
Par Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie-NEI à l’Institut français des relations internationales (IFRI)
Dans une tribune au « Monde », la spécialiste de la Russie, chercheuse à l’IFRI, observe que la rencontre entre les présidents Macron et Poutine se déroule au moment où la popularité du maître du Kremlin connaît un déclin et où la grogne monte au sein de la société russe.
Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, la politique russe de la France – tant de François Hollande que d’Emmanuel Macron – se résume par une double formule « dialogue et fermeté ». Paris s’attache à défendre fermement sa sécurité, la solidarité européenne et transatlantique, ainsi que les valeurs démocratiques et libérales, tout en maintenant le dialogue culturel, économique et politique avec Moscou.
Le dosage entre les deux n’a rien d’une science exacte et la balance penche tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, alors que le timing est souvent traître : ainsi, en juin 2018, le président Macron a maintenu sa visite à Saint-Pétersbourg en dépit de l’affaire Skripal (l’empoisonnement d’un agent double au Royaume-uni), renonçant en revanche à se rendre au stand russe du Salon du livre à Paris.
Depuis le début de l’été, la politique de la France penche fortement en faveur du dialogue. En juin, le premier ministre Edouard Philippe a reçu son homologue russe, Dmitri Medvedev, au Havre (Seine-Maritime). La Russie a réintégré l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) à la faveur de la présidence française. Quant à la reprise du format « 2+2 » (deux ministres des affaires étrangères et deux ministres de la défense), elle est annoncée pour septembre.
Enfin, Emmanuel Macron s’apprête à recevoir Vladimir Poutine à Brégançon (Var), le 19 août, quelques jours avant l’ouverture à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) du sommet du G7, que la France préside cette année.
« Réenclencher une dynamique »
Cette flexion estivale de la politique française s’explique par plusieurs raisons. Dans le contexte du Brexit, de l’éclipse politique de l’Allemagne liée à la fin du mandat d’Angela Merkel et du tout récent renouvellement des instances européennes, la France apparaît actuellement seule en mesure de formuler des initiatives pertinentes à l’égard de la Russie.
Les présidences françaises du Conseil de l’Europe et du G7 font d’elle le leader du monde européen et occidental, légitime selon les propos du président de la République pour « réenclencher une dynamique » avec Moscou et reprendre « un dialogue stratégique » sans craindre les accusations de complicité avec le Kremlin.
Un autre élément important dans le raisonnement français est l’élection du président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, avec qui Emmanuel Macron a établi un bon rapport : le président français avait accueilli entre les deux tours les deux candidats à la présidentielle ukrainienne, alors que la chancelière allemande avait choisi de ne recevoir que le président sortant Petro Porochenko.
L’Elysée considère certainement que les élections parlementaires en Ukraine de juillet, qui ont donné la plénitude du pouvoir à Volodymyr Zelenski, sont une opportunité dont il faut profiter pour faire avancer le règlement du conflit à l’est de l’Ukraine, au cœur des blocages entre la Russie et l’Europe.
La Syrie et l’Iran – la France tente une médiation entre Washington et Téhéran – font partie d’autres sujets où le dialogue avec Moscou s’impose. Enfin, de nombreux dossiers bilatéraux préoccupent Paris, comme l’assignation à résidence après six mois de détention provisoire en Russie du banquier Philippe Delpal et l’action russe en République centrafricaine, qualifiée d’« antifrançaise » par le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.
Sans naïveté, les autorités françaises fondent donc beaucoup d’espoirs dans ce rendez-vous au fort de Brégançon.
La Crimée n’est pas et ne sera pas rendue à l’Ukraine
En face, le maître du Kremlin appréciera certainement cette ouverture, qui lui permettra de réaffirmer une fois de plus ses positions et de montrer à quel point il compte pour l’Europe et l’Occident. Mais le risque est qu’il fasse une mauvaise lecture des dernières ouvertures françaises, comme celle qui a été faite de la réintégration de la Russie à l’APCE.
Cette dernière a été présentée dans la presse officielle russe comme une victoire symbolique sur l’Occident prêt à revenir sur ses principes au nom de la realpolitik – voire des considérations financières comme les cotisations russes au budget du Conseil de l’Europe – sans rien obtenir en retour.
La Crimée n’est pas et ne sera pas rendue à l’Ukraine. Les marins ukrainiens arrêtés en novembre 2018 à la suite de l’incident dans le détroit de Kertch sont toujours en prison. Les passeports russes sont distribués dans les régions séparatistes du Donbass. Le retour à l’APCE n’a pas empêché le durcissement des répressions sur la société civile russe : les dernières images des actions policières contre les manifestants pacifiques à Moscou frappent par leur violence inédite pour l’époque Poutine.
Accablés par les constantes accusations d’ingérences par le Kremlin, les Européens font profil bas : les comptes Twitter de la plupart des ambassades européennes à Moscou brillent par l’absence de messages à teneur politique. Vladimir Poutine semble récolter les fruits de sa patience stratégique et de son intransigeance face à l’Europe.
Le timing est traître
Dans ce contexte, le risque est qu’à Brégançon Vladimir Poutine ne verra pas en Emmanuel Macron un nouveau de Gaulle, mais interprétera les ouvertures françaises comme un aveu de faiblesse et d’inconsistance de la politique russe de Paris – et plus largement de l’Europe.
La position française est loin d’être confortable. Le dialogue avec la Russie est urgent, tant les sujets bilatéraux et régionaux se sont accumulés. En même temps, les ouvertures de Paris contribuent à conforter Moscou dans sa posture sans concession et légitiment en creux sa politique extérieure, perçue depuis 2014 par la population russe comme le principal succès des présidences de Vladimir Poutine.
Une fois de plus, le timing est traître : le tapis rouge sera déroulé devant le président russe au moment où sa popularité connaît un déclin, la grogne monte au sein de la société civile et les élites craignent les incertitudes de l’après-2024, où – sauf changement de la Constitution – M. Poutine ne pourra plus briguer légalement un cinquième mandat.
La Bretagne protège son littoral
Bacs à marée. Dinard (35), Damgan (56), Saint-Pol-de-Léon (29), Plérin (22)… Des dizaines de communes du littoral breton ont désormais installé des bacs à marée sur leurs plages. Dans ces grosses caisses en bois, les promeneurs peuvent y déposer des déchets marins polluants : plastiques, morceaux de filets, cartons, verres, ferrailles… Ne sont pas concernés les débris d’algues et les bois flottés, qui, eux, font partie intégrante de l’écosystème. Les déchets collectés dans les bacs à marée sont ensuite traités dans des filières adaptées. « L’idée est de capter les déchets avant qu’ils ne retournent à la mer. Les promeneurs sont donc invités à ramasser les déchets qu’ils peuvent croiser et les déposer dans les bacs à marée », avait précisé Manon Conquer, du Parc naturel marin d’Iroise, lors de la pose d’un bac à Porspoder (29).
Des plages sans poubelles. Depuis plusieurs semaines, des communes bretonnes ont pris l’initiative de supprimer les poubelles de leurs plages, comme c’est le cas à Séné (56) et Trégunc (29). Cette dernière a ainsi accompagné sa campagne de trois slogans : « Mes déchets, je les garde et je les trie chez moi », « Je garde mes déchets, je les ramène chez moi. Je les trie » et « N’abandonne pas tes déchets ». « La collecte, c’est du temps et de l’argent, prévient Gilles Bourhis, agent du littoral. Chaque tournée de plages représente 50 km, deux fois par semaine. Tout ça pour ramasser des déchets qui ne devraient pas se trouver là… ».
« Le dispositif fonctionne, les gens remportent leurs déchets et font le tri chez eux », assure Denis Le Masle, responsable des services techniques de Séné, avant de glisser : « Bien sûr, il y a quelques irréductibles et les services techniques passent de temps en temps pour surveiller ».
La charte « Une plage sans déchet plastique ». Le 5 août dernier, la secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson, a lancé une charte d’engagement intitulée « Une plage sans déchet plastique ». L’objectif est d’inviter les villes qui le souhaitent à lutter concrètement contre la pollution plastique sur les plages. Parmi les quinze engagements (répartis en trois volets) présents dans cette charte : la sensibilisation des usagers de la plage et des acteurs économiques ; l’intégration du zéro plastique dans les événements municipaux ; le ramassage des déchets…
Plusieurs municipalités auraient déjà émis le souhait d’y adhérer, dont une en Bretagne : Perros-Guirec (22). « C’est naturel et dans la logique, dans l’ADN de Perros-Guirec, qui, depuis de nombreuses années, s’est engagée dans la préservation de l’environnement », explique le maire, Erven Léon.
RELATIONS FRANCO-RUSSES - Entre Macron et Poutine, l’amorce d’un réchauffement
Le président français reçoit son homologue russe lundi 19 août à Brégançon, à cinq jours du sommet du G7, pour souligner l’importance d’un « dialogue franc » avec Moscou
Résidence estivale des chefs de l’Etat de la Ve République, le fort de Brégançon, dans le Var, est un cadre moins solennel que le palais de l’Elysée. Le choix de ce lieu pour une visite de travail de Vladimir Poutine, lundi 19 août en fin d’après-midi, vise une nouvelle fois à donner un caractère plus personnel à cette rencontre, la troisième après celle de Versailles en mai 2017 puis la visite d’Emmanuel Macron à Saint-Pétersbourg un an plus tard – sans compter les entretiens en marge de sommets du G20 à Osaka fin juin ou à Buenos Aires en décembre 2018.
La date choisie fait sens à cinq jours de l’ouverture à Biarritz, sous présidence française, du sommet du G7 réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement des principales puissances économiques démocratiques (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Canada, Japon). Le président français veut ainsi souligner l’importance de consultations sur les grands dossiers internationaux avec la Russie, sans pour autant la réintégrer dans cette instance dont elle avait été exclue en 2014 après l’annexion de la Crimée et son soutien aux rebelles de l’est de l’Ukraine.
Rien n’a jamais été simple dans les relations entre les deux présidents. Le contexte politique intérieur russe, avec le durcissement du régime face aux protestations de l’opposition contre l’exclusion de ses candidats pour l’élection à la mairie de Moscou, ne facilite pas les choses.
Pourtant, jamais autant qu’aujourd’hui leurs relations n’ont été aussi « indispensables », selon les mots de l’Elysée, sur fond de tensions croissantes entre Washington et Téhéran sur le programme nucléaire iranien et de reprise de l’offensive en Syrie par les forces de Bachar Al-Assad, appuyées par Moscou, contre Idlib, la dernière enclave de l’opposition. La désescalade en Ukraine sera un autre sujet majeur des discussions, alors que le nouveau président, Volodymyr Zelensky, appelle à reprendre les négociations avec Moscou sous le parrainage de Paris et Berlin afin de mettre fin au conflit dans le Donbass.
« Ce n’est pas un entretien, quel qu’il soit et quelle qu’en soit l’intensité, qui permet de régler des questions aussi compliquées que l’Iran, la Syrie ou l’Ukraine », reconnaît la présidence française, tout en insistant sur l’importance « d’un dialogue exigeant, franc, qui permette de mieux nous comprendre, de trouver des terrains d’entente et de converger sur l’essentiel ». Ce sont les euphémismes du langage diplomatique. La rencontre des deux chefs d’Etat risque d’être aussi vive que les précédentes. Elle devrait néanmoins poser de nouveaux jalons dans le processus de réchauffement Paris-Moscou amorcé depuis quelques mois.
« Double approche »
« Emmanuel Macron a l’espoir d’être celui qui fait bouger Poutine, même si ses tentatives précédentes n’ont pas forcément été concluantes, analyse Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales. A court terme, il a besoin de lui sur l’Iran. A long terme, il veut empêcher que la Russie ne dérive vers la Chine. C’est une double approche : diplomatique, qui passe nécessairement par Poutine ; géopolitique, qui inscrit la relation à la Russie dans la durée. Elle se fait en prenant le risque d’être à contretemps d’un régime qui a érigé son pragmatisme international en idéologie anti-occidentale. »
M. Gomart rappelle néanmoins que « la vraie difficulté va au-delà de la relation personnelle Macron-Poutine, car la Russie raisonne en termes de générations et que nous pensons en termes de quinquennat ». C’est un pari. Avec toutes ses inconnues, rappelées par ceux qui s’inquiètent de la caution donnée ainsi à l’homme fort du Kremlin. « Quel intérêt y a-t-il à introniser à nouveau un pays dont le but avoué est la destruction de l’ordre international et le ralliement de toute l’Europe à son régime militaro-policier ? », s’indignaient l’écrivaine Galia Ackerman et l’historienne Françoise Thom dans une tribune publiée dans Le Monde le 2 août.
Les tensions entre les Occidentaux et le Kremlin ont été récurrentes depuis l’annexion de la Crimée, avec notamment les menaces toujours plus explicites d’une Russie redevenue une actrice majeure sur la scène internationale, notamment au Moyen-Orient, après son intervention militaire en Syrie à l’automne 2015. Le PIB russe est équivalent à celui de l’Italie, mais l’homme fort du Kremlin sait intelligemment utiliser la force et surtout profiter des faiblesses des Occidentaux. Et ce d’autant plus qu’il se sait toujours plus incontournable.
« Il est absurde d’un point de vue stratégique d’avoir avec la Russie des rapports beaucoup plus stériles et conflictuels que ceux que nous avions avec l’URSS dans la dernière décennie de la guerre froide, relève l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine. L’URSS était pourtant beaucoup plus menaçante que la Russie d’aujourd’hui et s’ingérait encore plus, même si de façon plus fruste, dans la vie politique de pays occidentaux. » Et de souligner « qu’il faut tenter cette carte de relations plus réalistes avec Moscou avant que Donald Trump ne le fasse à sa façon ».
« Sortir de l’alignement »
L’ancien patron du Quai d’Orsay rappelle que « les torts sont partagés ». « Nous avons mal joué pendant le premier mandat de Poutine, qui affichait alors une certaine disponibilité vis-à-vis des Européens. L’élargissement de l’OTAN a été en outre très mal géré, car s’il était justifié pour les pays baltes, les gesticulations sur l’Ukraine ont rendu presque inévitable une réaction russe et l’annexion de la Crimée afin de conserver la grande base de Sébastopol », explique M. Védrine.
Le débat entre les tenants d’une diplomatie des valeurs et les adeptes du réalisme est récurrent notamment à propos de la Russie. « Nous voulons sortir de l’effet d’alignement et marquer un décalage. C’est la vocation de la diplomatie française », résume une source élyséenne, n’hésitant pas à parler « d’un certain retour gaullien », même si le contexte est très différent.
Depuis son élection, Emmanuel Macron s’est lancé dans un délicat exercice, montrant sa volonté de dialogue avec Moscou tout en rappelant les fondamentaux et en dénonçant les ingérences russes. Alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, est politiquement affaiblie et que le Royaume-Uni se concentre sur le Brexit, le président français est – même si en partie par défaut – l’interlocuteur naturel au nom des Européens. Un rôle d’autant plus crucial que le président américain est toujours plus imprévisible. Emmanuel Macron « est le représentant d’un Occident collectif », résume un haut diplomate russe.
La première rencontre d’Emmanuel Macron, moins d’un mois après son élection, avec Vladimir Poutine s’est tenue à Versailles, fin mai 2017, à l’occasion d’une exposition célébrant les trois cents ans de la visite de Pierre Le Grand. « Ce tsar est le symbole de cette Russie qui veut s’ouvrir à l’Europe et en tirer tout ce qu’elle a de grand et de fort », déclara alors le président français, qui n’hésita pas lors de la conférence de presse commune à marteler aussi les choses qui fâchent sur la Syrie, les droits humains ou la manipulation des médias.
Mais M. Macron disait aussi ce que souhaitait entendre son hôte, en affirmant « accepter le rôle renforcé que se donne la Russie dans sa région ainsi qu’(…) au Moyen-Orient » et en évoquant « les incompréhensions, parfois les erreurs de ces vingt-cinq dernières années ». Poutine, lui, s’était abstenu de battre sa coulpe.
La différence d’attitude était encore plus frappante un an plus tard, lors du forum économique de Saint-Pétersbourg. Emmanuel Macron jouait la séduction, tutoyant le président russe et l’appelant « cher Vladimir ». Il citait Dostoïevski, Tolstoï et Soljenitsyne, insistant sur son souhait d’ancrer la Russie dans l’Europe. Face à lui, l’homme fort du Kremlin, courtois mais impassible, le vouvoyait. « Nous évoquons un dialogue dans la fermeté, mais celui-ci est resté sans effet côté russe, analyse Thomas Gomart. Vladimir Poutine est très goguenard vis-à-vis des dirigeants européens, y compris Emmanuel Macron, estimant avoir désormais le rapport de force en sa faveur. »
Quelque chose bouge néanmoins dans les relations entre Paris et Moscou. « Dans le dialogue entre les démocraties libérales et celles qui peuvent revendiquer de l’être moins, on peut construire beaucoup », lançait ainsi le président français à Osaka à son interlocuteur russe qui, dans une longue interview au Financial Times, avait clamé son rejet des valeurs de la démocratie libérale. Les signes d’un réchauffement sont nombreux. Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, s’est rendu au Havre le 24 juin, où il a rencontré son homologue Edouard Philippe. La France a, en outre, soutenu la réintégration de la Russie au Conseil de l’Europe, saluée par la presse du régime comme une « victoire » de Moscou.
« Des efforts à faire »
La vision macronienne se veut ambitieuse. « L’Europe dans cet ordre multilatéral que je défends a besoin de rebâtir une nouvelle grammaire de confiance et de sécurité avec la Russie et ne doit pas passer exclusivement par l’OTAN », expliquait le chef de l’Etat le 11 juin dans une interview à la Radio-Télévision suisse, déclarant vouloir « réenclencher une dynamique » avec la Russie et reprendre « un dialogue stratégique ».
M. Macron reconnaissait toutefois que la Russie avait encore « des efforts à faire ». En premier lieu sur l’Ukraine et la mise en œuvre des accords de Minsk, parrainés par Paris et Berlin en février 2015, instaurant un fragile cessez-le-feu entre Kiev et les rebelles. « Sans cela, pas de reformation du G8 », avec réintégration au G7 de la Russie, insiste l’Elysée.
La priorité à Brégançon reste le dossier iranien. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la Russie est l’une des signataires de l’accord de juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien. Elle est aussi son alliée. Emmanuel Macron voudrait que Vladimir Poutine presse à ses côtés le régime iranien pour qu’il renonce à enfreindre ses obligations, ce qui ouvrirait un espace pour une désescalade, voire une médiation entre Téhéran et Washington.
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Le fort de Brégançon, un théâtre diplomatique peu utilisé par les présidents
Olivier Faye
Deux hélicoptères se posent à proximité du fort de Brégançon (Var), avec à leur bord François Mitterrand et Helmut Kohl. Des badauds en slip de bain scrutent la scène avec des jumelles. Le 24 août 1985, le président de la République et le chancelier d’Allemagne de l’Ouest se retrouvent pour parler de sécurité. La guerre froide n’est pas finie. « La sécurité de l’un intéresse la sécurité de l’autre », lâche le Français d’un ton morne devant les caméras. Le cœur n’y est pas. Il est davantage préoccupé par l’affaire du Rainbow-Warrior, ce navire de l’ONG Greenpeace coulé par les services secrets français en juillet 1985. Son invité, lui aussi, a la tête ailleurs – il est inquiet de l’espionnage de son pays par l’Allemagne de l’Est. On a connu plus grandiose pour une première.
Avant 1985, la résidence présidentielle, lieu de vacances officiel des chefs de l’Etat depuis 1968, n’avait encore jamais accueilli de rendez-vous diplomatique. Il n’y en aura pas beaucoup d’autres. Cela rend d’autant plus particulière l’invitation en ces lieux lancée à Vladimir Poutine par Emmanuel Macron, lundi 19 août. Exigu, le fort n’est pas vraiment adapté aux grands raouts. Mais il abrite un hectare de jardin de superbe réputation qui, conjugué au soleil de la Méditerranée, offre des conditions idéales à une rencontre bilatérale au caractère informel.
Patrimoine national
Le 16 août 2004, Jacques Chirac avait utilisé cet environnement pour renouer les liens entre la France et l’Algérie. Les propos du président Abdelaziz Bouteflika, quelques semaines plus tôt, qualifiant les harkis de « collabos », avaient en effet jeté un froid.
D’abord invité à participer à la cérémonie du 60e anniversaire du débarquement allié en Provence, le chef de l’Etat algérien avait ensuite eu les honneurs d’un déjeuner long de quatre heures avec son homologue français à Brégançon. Le « climat », rapportait alors l’Elysée, y était « excellent » et l’ambiance « chaleureuse ». Ce qui n’a pas empêché les caméras d’être tenues à l’écart.
Quatre ans plus tard, en août 2008, le style se voulait bien différent : caméras partout, intimité nulle part. Nicolas Sarkozy recevait alors la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, pour évoquer le conflit géorgien. Le président français s’efforçait d’éviter la partition du pays et une invasion russe. Une fois les discussions achevées, il embarquait son invitée dans un bain de foule en toute décontraction, sans cravate.
Emmanuel Macron, qui a certes tombé la veste au moment de recevoir Theresa May à l’été 2018, ne s’était pas risqué au même exercice. La scène aurait pu être interprétée durement outre-Manche. Le chef de l’Etat était alors dépeint comme le dirigeant européen le plus hostile au nouveau plan sur le Brexit de la première ministre britannique…
Dans l’esprit du président français, le patrimoine national doit jouer un rôle diplomatique à part entière. Après la pompe du château de Versailles, en 2017, le chef de l’Etat donne aujourd’hui à voir à Vladimir Poutine l’intimité de ce lieu républicain. « C’est une visite de travail sur le lieu de travail du président de la République », relativise-t-on à l’Elysée, comme si la proximité des touristes qui bullent sur la Côte d’Azur pouvait laisser penser que l’heure est à la détente. Recevoir le maître du Kremlin en ces lieux représente néanmoins, à quelques jours du G7 de Biarritz – dont M. Poutine est exclu –, un moyen d’essayer de réchauffer les relations avec ce « grand voisin ».
« Brégançon est un symbole de la puissance de la France, a expliqué une proche du chef de l’Etat au journaliste Guillaume Daret, dans le livre Le Fort de Brégançon. Histoire, secrets et coulisses des vacances présidentielles (L’Observatoire, 2018). Or, Emmanuel Macron est très sensible à la dimension quasi psychologique des relations qu’il entretient avec ses homologues étrangers. » Il faut bien ça pour accueillir un ancien officier du KGB.
Bayonne: La présence de deux ministres à une corrida fait polémique
TOROS Ce n'est pas la première fois que Jacqueline Gourault et Didier Guillaume assistaient à une corrida, mais leur présence fait polémique
C’est une photo d’un confrère du journal Sud Ouest qui a mis le feu au ruedo. On y voit deux ministres du gouvernement actuel assister à une corrida, dans les arènes de Bayonne, avec le maire de la ville. Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, et Jacqueline Gourault, la ministre de la Cohésion des territoires sont visiblement aficionados car ce n’est pas la première fois qu’on les voit dans les gradins de spectacles taurins.
Mais la polémique reste. Surtout à l’encontre du ministre de l’Agriculture. Des associations de défense des animaux signalent en effet que Didier Guillaume est le ministre responsable du bien être des animaux. Un bien-être que d’aucuns considèrent comme plutôt mis à mal lors des corridas.
Aucune limite dans l'indécence, le ministre de l'Agriculture, en charge de la protection animale, @dguillaume26 assiste en ce moment même avec @j_gourault (autre ministre du gouvernement) à une séance de torture animale dans les arènes de Bayonne... Scandaleux ! pic.twitter.com/pZzHlMfkLu
— FONDATION BRIGITTE BARDOT (@FBB_PORTEPAROLE) August 14, 2019
Le ministre français en charge du bien-être animal à la corrida de Bayonne.
Sans commentaire.@dguillaume26 @Min_Agriculture @gouvernementFR pic.twitter.com/SnGda53LKV
— L214 éthique & animaux (@L214) August 15, 2019
« Lamentable » pour Yannick Jadot
Et la classe politique a suivi. « Lamentable », a considéré vendredi l’eurodéputé EELV Yannick Jadot, qui a déploré dans un message publié sur Twitter que « le ministre en charge du bien être animal assiste à une corrida ».
De même, le porte-parole du parti écologiste Julien Bayou a dénoncé sur BFMTV « un soutien clair et net (de la part des deux ministres) à un massacre, à un spectacle lugubre ».
« Le symbole du mépris de ce gouvernement pour la nature »
Un député de La France insoumise, Bastien Lachaud y a encore vu le « symbole du mépris de ce gouvernement pour les animaux, pour le vivant et la nature ». La Fondation Brigitte Bardot a pour sa part estimé que la présence des deux ministres étaient « au-delà du scandaleux et de l’écœurement ».
Une députée de La République en marche, Françoise Dumas – élue dans le Gard, terre tauromachique – a toutefois défendu les deux ministres : « La corrida fait partie des traditions séculaires dans tout le sud et appartient à notre patrimoine national. Je respecte toutes les opinions mais ne supporte pas que l’on veuille restreindre ma liberté de penser ou d’agir », a-t-elle fait valoir sur Twitter.
Dans le sud-ouest et le midi de la France, les deux régions où les spectacles tauromachiques ont encore lieu, l’affrontement est souvent violent entre pro et anti corridas. L’affrontement prend un tour plus médiatique lorsqu’il met aux prises des ministres. Ce fut le cas, dans le précédent quinquennat, avec Manuel Valls, pro-taurin assumé.








