Sainte-Anne-d’Auray. Musée désuet cherche visiteurs
« Personne ne reprendra ça après moi ». Michel Dréan tient les rênes du musée de cire qui, depuis 70 ans, conte les origines du célèbre pèlerinage de Sainte-Anne-d’Auray. Fataliste sur l’avenir du lieu, le septuagénaire est gagné par une étonnante énergie lorsqu’il guide son visiteur. Rencontre.
Au bord de la route de Vannes, face à l’office du tourisme et la basilique, on pénètre dans le musée de cire de Sainte-Anne-d’Auray comme dans la vieille demeure d’un parent plus tout jeune. Pierres, boiseries et tapis donnent au lieu, dans son jus, une odeur caractéristique. L’historial ou musée de cire se dresse ici depuis 70 ans. Des visiteurs, il en a vu passer.
Devant la lourde double porte en bois rouge, un vieil homme balaie. Michel Dréan a repris la boutique en 1996, année où le pape Jean-Paul II visitait Sainte-Anne-d’Auray. Cet ancien professeur habite au-dessus. « Le musée aurait pu disparaître à l’époque ». Comme beaucoup de ses équivalents. Michel Dréan égrène les villes de France qui ont perdu leur musée de cire. « Ils ont tous disparu ».
« C’était phénoménal ! »
Le musée de Sainte-Anne a été créé en 1949, une époque où le public ne bénéficie pas des technologies modernes (films notamment). « C’était phénoménal ! Avant cela, il n’y avait rien qui disait l’histoire du pèlerinage », explique, rétrospectivement, Michel Dréan. Rien de tel que ces figurines de cire représentant notamment les scènes de la vie d’Yvon Nicolazic pour décrire les apparitions de sainte Anne à ce laboureur morbihannais. Douze scènes ont été créées à l’origine. Une dernière ajoutée plus récemment illustre la visite de Jean-Paul II en 1996.
En ce lundi d’août, sous le crachin, le musée est vide. Pour le patron, cette désaffection est aussi celle du sanctuaire. « Il n’y a plus la ferveur d’autrefois. J’ai connu une époque où il avait jusqu’à quinze guides pour visiter le sanctuaire ». Aujourd’hui, son musée est « mal situé ». Combien de visiteurs à l’année ? « Des centaines, se risque notre interlocuteur. Pas beaucoup de milliers… »
« Ça, ça vous marque ! »
« Mon Dieu que c’est beau ! ». Pour Michel Dréan, son musée, c’est sa vie. Pas question de le changer pour recruter des visiteurs. L’homme distille les piques sur la manière dont le sanctuaire, en face, conte l’histoire du pèlerinage. « Qui parle le plus de sainte Anne ? interroge-t-il faussement. C’est moi. Ça (il parle des figurines de cire, NDLR), ça vous marque ! C’est les visiteurs qu’il me faut ».
Silhouette frêle, légèrement voûté, Michel Dréan nous fait pénétrer son antre. La visite dure trente minutes. Le discours est, forcément, bien rodé. Puis la passion gagne : mimiques, changements de ton, questions à son interlocuteur qui pose sur le guide un regard mi-étonné, mi-attendri. « Je suis fêlé de faire ce que je fais. Je revendique ma fêlure. Personne ne reprendra ça après moi ». Un signe d’échec ? « Non, je souffre qu’il n’y ait pas de visiteurs ». Son musée est désuet, notre homme le reconnaît bien volontiers. « Mais c’est aussi cela qui me plaît ».
Pratique :
L’historial, musée de cire, 6 route de Vannes, Sainte-Anne-d’Auray.
Tél : 02 97 57 64 05 ou 06 37 54 54 13, musee-de-cire.com
Hongkong continue de défier Pékin avec une nouvelle manifestation géante
Par Frédéric Lemaître, Hongkong, envoyé spécial
Le centre de l’île a été bloqué sur plusieurs kilomètres, dimanche, par des centaines de milliers de protestataires, comme le 16 juin. Mais le mouvement fait désormais le choix de la non-violence.
Pari à nouveau gagné, dimanche 18 août, pour le mouvement pro-démocratique qui s’est emparé de Hongkong il y a dix semaines. Malgré les violences des précédents rassemblements, malgré les menaces de la police et de Pékin, malgré une pluie torrentielle, les Hongkongais ont été une fois de plus extrêmement nombreux à répondre à l’appel des organisateurs et à braver l’interdiction de manifester. Combien ? 1,7 million selon le pointage des bénévoles. Un chiffre bien plus réaliste que les 128 000 participants annoncés par la police.
Comme le 16 juin où 2 millions de Hongkongais (sur 7,4 millions) étaient déjà descendus dans la rue, le centre de l’île de Hongkong a été à nouveau bloqué sur plusieurs kilomètres durant environ huit heures par des flots incessants de manifestants. Mais le 16 juin, l’ambiance était grave, les Hongkongais silencieux. Ce n’est que lorsqu’ils se sont aperçus de l’importance historique de leur marche qu’ils ont laissé éclater leur joie.
Rien de tel ce dimanche. Dès le début du rassemblement, un cri puissant s’est élevé au-dessus d’une mer de parapluies : « Libérer Hongkong, révolution de notre temps. » Le slogan d’un mouvement qui se bat désormais pour le retrait total du projet de loi sur les extraditions vers la Chine, pour une enquête sur les violences policières, pour la libération des 700 manifestants arrêtés ces dernières semaines et plus globalement pour l’élection au suffrage universel des responsables politiques locaux en grande partie nommés par Pékin.
Depuis une dizaine de jours, la propagande chinoise affirme que Hongkong vit sous la menace d’un petit groupe de « presque terroristes » qui veulent l’indépendance et ne représentent qu’eux-mêmes. Dimanche, les Hongkongais, de tous âges et de toutes conditions sociales, ont puissamment démontré le contraire. Ils ont clos de manière impressionnante un week-end qui avait démarré le vendredi soir de façon émouvante.
« Protégeons la génération suivante »
Des milliers de manifestants avaient notamment entendu par vidéo le jeune Brian Leung, aujourd’hui réfugié à l’étranger, leur expliquer pourquoi le 1er juillet il faisait partie de ceux qui avaient envahi le Parlement local, à visage découvert. « Une communauté ne peut émerger que si nous faisons nôtre la souffrance de chacun et si chaque sacrifice est fait pour nous tous », a notamment déclaré ce jeune homme charismatique écouté dans un silence religieux par une foule réunie dans Chater Garden, au pied des gratte-ciel de la finance.
C’est également là que, samedi, bravant eux aussi la pluie, des milliers d’enseignants, réunis sous le slogan « Protégeons la génération suivante, laissons notre conscience parler », avaient apporté leur soutien aux étudiants.
Mais le territoire semi-autonome est divisé. « Dans chaque famille, il y a ceux qui soutiennent les étudiants et ceux qui sont contre », témoigne une jeune manifestante. D’ailleurs, dans le jardin qui jouxte le Parlement, samedi après-midi, des dizaines de milliers de manifestants – 108 000 selon la police, plus de 476 000 selon le quotidien chinois Global Times – ont, eux, dénoncé la violence et apporté leur soutien aux forces de l’ordre.
Un rassemblement qu’il serait facile de caricaturer. Avec d’innombrables policiers en civil qui prennent les journalistes en photo durant les interviews et une bonne partie des participants dont l’accent trahit qu’ils n’habitent pas Hongkong. Mais les gros sabots de Pékin ne doivent pas faire oublier qu’il y a aussi des Hongkongais que les violences inquiètent réellement.
« Ils sont en train de détruire Hongkong »
« Je ne suis pas contre les jeunes, mais ils sont en train de détruire le Hongkong que ma génération a construite. Ils doivent arrêter, ça devient ridicule », explique un homme âgé. « Ils croient qu’ils se battent pour leur avenir mais ils sont au contraire en train de le ruiner. Hongkong devient un fardeau pour Pékin. La Chine va nous abandonner. Bien sûr que le régime communiste a fait des erreurs dans le passé. Mais les démocraties aussi en font. Regardez le Brexit. Hongkong est devenu un champ de bataille entre les Etats-Unis et la Chine. C’est comme la Syrie, la guerre en moins. C’est malheureux à dire mais parfois je souhaite une intervention de l’armée chinoise pour que l’ordre revienne », nous déclare Annie Chan, une jeune retraitée du Crédit agricole Hongkong qui nous donne son nom sans la moindre hésitation.
En évitant cette fois de provoquer la police, les manifestants pro-démocratiques ont prouvé dimanche qu’ils ont entendu le message : la violence est contre-productive. Qu’en pense Pékin ? Ces dernières heures, plusieurs voix laissent entendre que « Hongkong ne sera pas Tiananmen » et donc que l’armée chinoise n’interviendra pas.
La réponse de la Chine sera plus subtile. Dimanche, durant la manifestation, les médias chinois annonçaient que le gouvernement avait un nouveau plan pour développer Shenzhen, qui fait face à Hongkong. Cette mégapole va se voir doter de nouveaux privilèges juridiques – mais aussi politiques, paraît-il – pour attirer les investisseurs étrangers. Hongkong la rebelle doit savoir que, d’une façon ou d’une autre, elle sera punie.
Reprise des travaux à Notre-Dame : point d’étape sur un chantier hors norme
Après avoir été bloqués du fait de risques de contamination au plomb, les travaux de sécurisation vont reprendre lundi dans la cathédrale parisienne afin que la reconstruction puisse commencer début 2020.
Le chantier gigantesque et complexe lancé après l’incendie qui a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris va reprendre lundi 19 août, après avoir été interrompu le 25 juillet en raison des risques de contamination au plomb. Les travaux qui restent à entreprendre et les questions en suspens sont nombreux.
Les risques de contamination ont-ils été évacués ?
L’incendie a fait fondre plusieurs centaines de tonnes de plomb, toxique pour l’homme, en détruisant la flèche. Une partie s’est évaporée en particules dans l’atmosphère et dans les sols. Après des mesures rassurantes sur la qualité de l’air, le débat s’est porté sur la concentration de plomb sur les sols, autour de Notre-Dame et dans certaines écoles de la rive gauche. Les enfants sont en effet particulièrement vulnérables aux effets de ce métal dans l’organisme. Des associations ont à cet égard accusé les autorités d’avoir négligé, caché ou minimisé les risques. L’une d’elles, Robin des bois, a porté plainte contre X.
L’inspection du travail a fait interrompre de son côté le chantier le 25 juillet afin de renforcer la protection des ouvriers. Une décontamination des sols autour de la cathédrale et de plusieurs établissements scolaires a depuis lors été lancée. A partir de lundi, dans l’édifice, des dispositifs stricts incluant le passage par des douches et le port de tenues jetables seront mis en œuvre à l’intérieur du chantier, lui-même hermétiquement fermé.
A ce jour, plus de 160 enfants ont été dépistés pour contrôler la présence de plomb dans leur sang. 146 d’entre eux se situent sous le seuil de vigilance, soit 25 à 50 microgrammes de plomb par litre de sang, 16 présentent des résultats situés à l’intérieur de cette fourchette, et deux dépassent le seuil de déclaration obligatoire de saturnisme sans pour autant faire l’objet de mesures médicales particulières autres qu’un suivi.
La sécurisation, ce qu’il reste à faire
La phase de consolidation est loin d’être terminée. Reste en effet à placer des cintres sous les arcs-boutants, à installer des plafonds provisoires au-dessous et au-dessus de la voûte (pour pouvoir la contrôler et en dégager les gravats), à démonter l’échafaudage édifié autour de la flèche, soudé par le feu. Tous ces travaux doivent être réalisés en évitant les chutes de pierres ou tout déséquilibre qui abîmerait la structure.
Une fois seulement la sécurisation achevée, le diagnostic sur l’état du bâtiment pourra être dressé. Il s’agira de vérifier si les pierres sont sèches ou si elles doivent être remplacées. Les travaux de restauration proprement dits ne pourront toutefois pas débuter avant le premier semestre 2020.
Une reconstruction prévue en plusieurs étapes
La flèche, la toiture, la charpente et 15 % de la voûte sont à reconstruire totalement et de grands choix historiques devront être pris. Utilisera-t-on du bois de chêne pour la charpente ? Reconstruira-t-on à l’identique ? Les entreprises chargées du chantier seront choisies à l’issue de procédures de marchés publics et avec l’assentiment des architectes des monuments historiques. Des ouvriers et compagnons doivent être formés.
Pour l’éventuelle reconstruction de la flèche et l’aménagement du pourtour de la cathédrale, un concours international d’architectes déterminera si un geste architectural audacieux ou un choix traditionnel sera retenu. Toutes ces étapes prendront du temps. La reconstruction pourra alors s’engager. Cette phase ne sera pas forcément la plus longue, les technologies modernes offrant des moyens importants.
Accueillir les fidèles et les visiteurs
Le diocèse est attaché à ce que la cathédrale soit rendue au culte, une fois tous les dangers de sécurité écartés. La nef, qui a été épargnée, pourrait être assez rapidement rouverte pour des messes.
En attendant, une cathédrale éphémère, sous la forme d’une tente, devrait au moins être édifiée sur le parvis et une réplique de la Vierge du pilier y être exposée. Des projets plus ambitieux ont été évoqués. La structure temporaire pourrait contenir un espace de prière mais aussi une boutique de souvenirs, une librairie, et un lieu de halte pour les milliers de touristes qui continuent d’affluer chaque jour aux abords de l’édifice depuis l’incendie.
Les suites judiciaires
Le Canard Enchaîné, qui n’a jamais été démenti, a révélé un ensemble de dysfonctionnements le soir de l’incendie qui ont retardé d’une demi-heure l’appel aux pompiers. Le journal a également fait état de travaux d’électricité bâclés, de sous-effectifs, évoquant aussi une méfiance entre services publics et diocèse.
L’enquête, dans le cadre de laquelle ont été auditionnés une centaine de témoins, a écarté pour le moment une origine criminelle. Les enquêteurs estiment que le départ de feu pourrait être dû à un dysfonctionnement électrique ou à l’abandon d’une cigarette mal éteinte, alors qu’un chantier était en cours autour de la flèche.
Trois magistrats instructeurs, dans le cadre d’une information judiciaire, doivent poursuivre les investigations à la rentrée. Des mises en examen de responsables d’entreprises concernées ne sont pas exclues pour répondre de négligences.
"Back Side / Dos à la mode" : les plus beaux dos de la couture côtoient les sculptures du musée Bourdelle (derniers jours)
Dans notre société obsédée par le visage, l'exposition Back Side / Dos à la mode - consacrée au vêtement vu de dos - est un sujet original et inattendu. Installée dans le musée Bourdelle, elle offre en même temps un regard inédit sur les œuvres de ce maître du tournant du XXe siècle. Au milieu des dos à la musculature puissante et des profils graciles surgissent des mannequins de plastique vêtus de vêtements couture. Les modèles présentés établissent un dialogue entre mode et sculpture. Touchant et émouvant !
En abordant les liens du corps au vêtement d’un point de vue social et psychologique, l’exposition interroge la perception que nous avons de notre dos et de celui des autres. La mode ne cesse de l’orner, de le charger ou de le dénuder. Sur cette zone la plus plane de notre corps, messages et motifs se déploient sans que nous croisions jamais les regards qui leur sont accordés. Du sillage d’une traîne de cour à la charge d’un sac-à-dos en passant par la sensualité d’un décolleté, l’exposition propose un parcours thématique d’une centaine de silhouettes et d’accessoires, du XVIIIe siècle à nos jours issus des collections de Galliera (le musée est actuellement fermé pour travaux d'extension, ndlr).
Cet ensemble est complété par des extraits de films et des photographies. L’exposition se déploie du grand hall des plâtres, jusqu’à l’extension de Portzamparc, en passant par les ateliers d’Antoine Bourdelle.
Back Side / Dos à la mode. Musée Bourdelle. 18, rue Antoine Bourdelle. 75015 Paris. Jusqu'au 17 novembre 2019.














