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Jours tranquilles à Paris
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6 mai 2018

Entre 20 et 30.000 personnes viennent désormais à ce salon. Vannes côté jardin va investir de nouveau les jardins des remparts l

Les collectionneurs en vedette. « Les collectionneurs », c'est comme cela que l'on appelle les pépiniéristes qui développent des variétés rares de plantes. Le salon du végétal leur fait de plus en plus de place et ils ont la part belle cette année avec 30 stands qui leur sont réservés. « Plus les années passent et plus le public est averti. Il s'intéresse vraiment à ces plantes de collection qui sont le gage d'apporter de l'originalité dans son jardin. On peut s'acheter un plant de roses somptueux pour 20 €, ce n'est pas très cher », indique Mick Mahé, directrice du salon. Parmi ces exposants, sept mettront pour la première fois les pieds dans les jardins des remparts. À noter parmi eux, Herbarius et ses plantes potagères et botaniques, la pépinière Flamand et ses agrumes de toutes sortes ou encore l'Earl du Boscol, un créateur de sauges. Il y aura aussi des spécialistes d'arbres fruitiers, de pivoines, d'iris, d'érables du Japon, d'agapanthes, d'arbres d'exception... Plus un espace de disponible dans les jardins

Vannes côté jardin a fait le plein. 116 exposants sont attendus les 5 et 6 mai. « On ne pourra pas en accueillir plus. Vannes côté jardins est devenu l'un des plus grands salons du végétal, non seulement en terme de quantité, mais aussi au niveau de la qualité des exposants et de la variété des plants présents », affirme Mick Mahé. Outre les 30 collectionneurs précités, le salon accueillera 29 pépiniéristes et horticulteurs « généralistes », ainsi que 58 paysagistes, artisans, artistes, décorateurs d'extérieur... Animations et conseils tout le week-end. La Société d'horticulture et Bretagne vivante seront mobilisées pour animer le salon tout le week-end. Le visiteur pourra ainsi consulter un expert à la « clinique des plantes ». Des explications seront données sur les techniques de bouturage et une démonstration de lutte contre le frelon asiatique sera proposée. Pascale Leroy, professeur diplômée, confectionnera des bouquets devant le public. Des quiz permettront de gagner des plants. Enfin, le dimanche, une conférence sera donnée sur l'élagage. Un jardin « Trophée » de la ville. Le service des espaces verts de la Ville va réaliser un jardin en clin d'oeil aux différentes animations que va accueillir Vannes cet été : Festival de jazz, Coupe du monde féminine des moins de 20 ans et salon littéraire. Des prix. Un exposant se verra remettre le prix de la ville de Vannes. Parmi les critères retenus par le jury : la qualité des végétaux, la diversité des variétés, l'originalité du stand... La Société d'horticulture remettra quant à elle trois prix durant le week-end.

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Reportage photographique : Jacques Snap

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2 mai 2018

Comment les rats sont devenus un problème pour Anne Hidalgo

Ce lundi débutait la campagne de dératisation annuelle de la préfecture de police, alors que la place des rongeurs dans la capitale a pris cette année une tournure très politique.

Du fond de leurs égouts, les rongeurs parisiens sont devenus un véritable caillou dans la chaussure d’Anne Hidalgo, au même titre que les voies sur berge ou les ratés de Vélib. Une petite musique que ses détracteurs fredonnent régulièrement à son oreille. A les écouter, Paris est envahie par les rats sans que la mairie ne s’en émeuve. Et cette question s’est taillée une part de choix dans le débat public. Au conseil municipal, l’opposition fustige la saleté de la capitale, faisant le lien avec la prolifération des rongeurs. «La Ville de Paris s’est laissée complètement déborder, critique Jean-François Legaret, maire Les Républicains (LR) du Ier arrondissement de la capitale. On ne dépense de l’argent que pour élargir les pistes de bus.» Pour l’élu, la mairie n’a pas mis en œuvre les moyens nécessaires. «Il en va des rats comme des autres actions sur la propreté», déplore-t-il auprès de Libération. Début février, au moment de la décrue de la Seine, Florence Berthout, cheffe de file du groupe LR de Paris, proposait – non sans ironie – à la maire «de ne pas noyer le poisson avec la Seine et les rats qui remontent», en présentant le rapport d’une Mission d’information et d’évaluation (MIE) sur la propreté de la ville. Ce lundi débute la campagne de dératisation annuelle 2018 de la préfecture de police, qui durera jusqu'à fin juin.

«Il ne faut pas jouer avec les peurs»

Anne Hidalgo ne nie pas le problème que posent les rats. A plusieurs reprises, l’édile a reconnu qu’ils constituaient un «sujet» et en a pris acte, faisant part dans la foulée de plusieurs mesures pour lutter contre l’invasion décriée. En septembre 2017, la mairie annonçait le déblocage de 1,5 million d’euros consacrés à la dératisation de la capitale. Un budget dédié au déploiement de personnels supplémentaires pour le nettoyage des pavés parisiens et à la mise en place de nouveaux équipements, comme des poubelles de rue dotées d’une plus grande capacité et inaccessibles aux rats, détaillait-elle début février dans les colonnes du Journal du Dimanche. Là où Jean-François Legaret accuse Anne Hidalgo d’être «plus que négligente», Mao Peninou, son adjoint en charge des questions de propreté réplique «ne pas avoir ce sentiment», niant une «sous-évaluation» du problème. Pour lui, «aucun élément objectif ne permet de dire qu’il y a plus de rats, seulement qu’il y a plus de rats en surface qu’auparavant».

Si la problématique est d’une brûlante actualité, elle n’est pas neuve pour autant. Les rats ne se sont pas installés à Paris en même temps qu’Anne Hidalgo à la mairie. Leur présence remonte à la nuit des temps et cristallise les angoisses depuis des lustres. «On ne peut pas dire "Circulez, il n’y a rien à voir !" Mais il ne faut pas jouer avec les peurs», met en garde Anne Souyris, adjointe Europe Ecologie-Les Verts (EE-LV) à la mairie de Paris, chargée des questions de santé publique et des relations avec l’AP-HP. «C’est devenu une question politique car ça influe sur les peurs. Nous à la Ville, on joue notre partition, on prend des mesures», défend-elle auprès de Libération. Mais l’équipe municipale en appelle aussi au civisme des Parisiens. «Il y a la responsabilité de la Ville, qui doit avoir des équipements adéquats, et celles des citoyens, qui est de ne pas les nourrir. C’est aussi une question de contrat social», poursuit l’élue.

Ecosystème parisien

Tant qu’ils ne représentent pas un problème de santé publique, la municipalité se borne à réguler la population de surmulots. Pas question de les éradiquer totalement. Car le rat, partie intégrante de l’écosystème parisien, peut aussi se révéler d’une aide précieuse, assure la mairie. «Ils sont utiles en débouchant la tuyauterie des égouts, on n’a pas d’intérêt à les éliminer totalement», explique Anne Souyris. En une année, un rongeur pourrait engloutir jusqu’à 9 kilos de détritus. Malgré ça, leur présence aux côtés des humains reste une compagnie peu recherchée. Et constitue un gros chantier pour la municipalité. En février, Anne Hidalgo contre-attaquait dans le JDD, soulignant que la présence des rats n’était pas spécifique à Paris et que toutes les grandes villes y étaient confrontées. A l’Hôtel de Ville, Mao Peninou a la conscience tranquille : «Les moyens, nous les avons mis.»

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Photo : J. Snap. Vitrine d'un magasin de dératisation... à Paris

28 avril 2018

Nucléaire iranien : en visite à Washington, Merkel affirme que l’accord actuel « n’est pas suffisant »

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Au cours d’une conférence de presse à la Maison Blanche la chancelière allemande est revenue sur l’accord nucléaire iranien, signé en 2015, très critiqué Donald Trump.

Quelques jours après la visite d’Etat d’Emmanuel Macron, c’est au tour de la chancelière allemande Angela Merkel d’être reçue à Washington, vendredi 27 avril, par Donald Trump.

Au cours d’une conférence de presse à la Maison Blanche la dirigeante est notamment revenue sur l’accord nucléaire iranien (JCPOA), signé en 2015 et très critiqué par le président américain Donald Trump.

« Nous sommes d’avis que le JCPOA est une première étape qui a contribué à ralentir leurs activités sur cet aspect en particulier (…), mais nous pensons aussi, d’un point de vue allemand, que cela n’est pas suffisant pour s’assurer que les ambitions de l’Iran soient maîtrisées et contenues. »

« L’Europe et les Etats-Unis devraient être en harmonie sur ce sujet », a ajouté la chancelière lors d’une conférence de presse aux côtés de Donald Trump. De son côté, le président américain a fustigé vendredi les autorités iraniennes, qualifiant le régime à Téhéran de « meurtrier ».

« Peu importe où vous allez au Moyen-Orient, là où il y a un problème, l’Iran est là. »

Décision de Trump le 12 mai

Au cours de son discours devant le Congrès des Etats-Unis mercredi, M. Macron avait également affirmé qu’il était nécessaire de parvenir à « un accord plus large et structurant qui permette de prendre en compte l’ensemble des craintes par rapport à l’Iran afin d’agir de façon efficace, quelle que soit la décision finale du président américain » sur le texte.

M. Trump doit en effet annoncer, le 12 mai, s’il se retire ou non de l’accord et s’il rétablit des sanctions contre l’Iran.

29 avril 2018

Corée du Nord : Kim Jong-un promet de dénucléariser en mai

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Le dirigeant nord-coréen a promis la fermeture des sites d’essais nucléaires de son pays en mai, en invitant des experts sud-coréens et américains à y assister.

Le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, a déclaré lors du sommet avec le président sud-coréen Moon Jae-in, vendredi, que Pyongyang allait procéder au mois de mai à la fermeture de son site nucléaire sous les yeux du monde extérieur, a annoncé dimanche 29 avril la présidence sud-coréenne.

En amont du premier sommet intercoréen depuis plus de dix ans, la Corée du Nord avait annoncé la suspension de ses essais nucléaires et de missiles balistiques, ainsi que le démantèlement d’un site à partir duquel étaient effectués les tests d’armes atomiques.

M. Kim et M. Moon se sont engagés vendredi sur la voie de la réconciliation, promettant la « dénucléarisation complète » de la péninsule coréenne et l’établissement d’une paix « permanente » et « solide » entre leurs pays, toujours techniquement en guerre depuis 65 ans.

Le régime de Pyongyang invitera des experts et des journalistes américains et sud-coréens à assister au démantèlement de ses installations afin d’en assurer la « transparence », a ajouté la Maison Bleue (la présidence) à Séoul.

Un sommet dans quelques semaines

Donald Trump s’est entretenu samedi soir avec Moon Jae-in et a « dit que c’était une bonne nouvelle non seulement pour les deux Corées, mais aussi pour le monde entier, que les deux dirigeants aient réaffirmé leur engagement pour une dénucléarisation complète de la péninsule », a indiqué dimanche la Maison Bleue.

M. Trump et M. Moon ont convenu qu’il était nécessaire que le sommet entre les Etats-Unis et la Corée du Nord soit organisé rapidement. Ils ont aussi échangé leurs points de vue sur deux ou trois lieux possibles, a rapporté la présidence sud-coréenne. C’était une « longue et très bonne discussion », a dit Donald Trump sur Twitter à propos de son entretien de 75 minutes avec Moon Jae-in.

Le président américain a aussi déclaré, lors d’un déplacement dans l’Etat du Michigan, que le sommet avec le dirigeant nord-coréen aurait lieu dans les trois ou quatre prochaines semaines. « Cela va être un rendez-vous très important, la dénucléarisation de la péninsule coréenne », a-t-il dit. Le président américain est « impatient » de s’entretenir avec Kim Jong-un et « il y aura un très bon résultat », a ajouté la Maison Bleue.

Durant leur entretien téléphonique, Donald Trump et Moon Jae-in ont « souligné qu’un avenir pacifique et prospère de la Corée du Nord était conditionné à une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible », a déclaré la Maison Blanche.

Singapour est considéré comme l’un des hôtes possibles du sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, a indiqué un haut responsable de l’administration américaine.

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29 avril 2018

La protestation enfle en Espagne contre le jugement disculpant la "meute" de viol

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Nouvelle manifestation massive en Espagne samedi contre le jugement disculpant de "viol" cinq hommes ayant abusé d'une jeune femme et se qualifiant eux-mêmes de "meute". Même des carmélites se sont jointes aux critiques depuis leur couvent.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi 28 avril à Pampelune, dans le nord de l'Espagne, au troisième jour d'un vaste mouvement de protestation dans ce pays contre un jugement disculpant de "viol" cinq hommes ayant abusé d'une jeune femme.

Le slogan "ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol !", a résonné dans les rues de la capitale de la région de Navarre, comme chaque jour depuis que le jugement contesté y a été rendu. À l'appel du Mouvement féministe de la ville, "32 000 à 35 000 personnes ont participé à cette marche très tranquille mais très revendicative", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police municipale.

Cinq Sévillans, âgés de 27 à 29 ans, qui se surnommaient eux-mêmes "La meute", avaient été condamnés jeudi à une peine de neuf ans de prison chacun, pour "abus sexuel" sur une Madrilène de 18 ans pendant les fêtes de la San Fermin de l'été 2016, aggravé d'"abus de faiblesse".

Ils avaient filmé leurs actes et s'en étaient vantés sur Whatsapp, tandis qu'au procès, la jeune fille avait dû se justifier d'avoir eu une attitude passive face à eux. Leurs avocats soutenaient que la victime, qui avait auparavant bu de la sangria,  était consentante puisque qu'elle n'avait jamais semblé dire "non" à l'image.

Nouveau procès

Finalement, les juges n'ont pas retenu la notion de "viol", pour lequel le Code pénal espagnol stipule qu'il doit y avoir eu "intimidation" ou "violence".

Cependant, dans leur jugement, les magistrats ont considéré "indiscutable que la plaignante s'était soudain trouvée dans un lieu étroit et caché, entourée par cinq hommes plus âgés et de forte carrure qui l'avaient laissée impressionnée et sans capacité de réaction". Un nouveau procès devrait avoir lieu.

Dès vendredi, le parquet de Navarre notamment avait annoncé qu'il ferait appel du jugement, en maintenant que "les faits sont constitutifs du délit d'agression sexuelle (viol)". Le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy s'était empressé d'annoncer qu'il étudierait l'éventualité d'une révision du Code pénal.

Pétition massive

Mais la contestation n'a cessé d'enfler, de nombreux Espagnols s'indignant qu'un des trois juges se soit prononcé pour la relaxe des cinq hommes.

Des personnalités très différentes se sont impliquées dans le débat, telle la puissante dirigeante de la banque Santander, Ana Botin, qui a glissé sur Twitter que le jugement était "un recul pour la sécurité des femmes".

L'ancienne juge Manuela Carmena, maire de Madrid, a aussi considéré que "ce jugement ne répond pas aux exigence de justice des femmes" et souhaité qu'il soit cassé.

Fait rare : plus d'1,2 million de personnes ont déjà signé une pétition adressée au Tribunal suprême pour réclamer la révocation des juges ayant pris la décision.

Le mouvement de protestation n'a pas fini d'agiter les réseaux sociaux. Même des carmélites cloîtrées, de l'ordre des Moniales déchaussées, ont fait sensation en postant un texte sur Facebook, se concluant par le slogan "ma soeur, moi je te crois", couramment repris dans le pays à l'attention de la victime de Pampelune.

"Nous voulions qu'il y ait une voix dans l'Église qui critique ce jugement", a dit à l'AFP soeur Mariluz, porte-parole des 16 religieuses du monastère d'Hondarribia au Pays basque.

Avec AFP

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22 avril 2018

Bruxelles plein le cornet

Elevées fin 2016 au rang de «chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de la fédération Wallonie-Bruxelles» par la ministre de la Culture, les baraques à frites sont à elles seules une raison valable de séjourner dans la ville. Visite de quelques spécimens.

Malheur à ce couple de touristes brésiliens qui s’en vient ingénument commander à Camil des «french fries», car à Bruxelles, la frite n’a qu’une nationalité : belge. Point barre. Ouvert à Anvers, puis déplacé à Bruges, il existe en tout cas, dans le plat pays, un musée qui, en 350 œuvres, fait le tour de la question (depuis une lithographie «fondatrice» d’Auguste Daumier). Or qui dit frite dit baraque à frites, ou fritkot en V.O., une cambuse si emblématique qu’elle n’a guère réussi à s’exporter que dans le nord de la France et le sud des Pays-Bas. Décrétée «chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de la fédération Wallonie-Bruxelles» fin 2016 par la ministre de la Culture, la culture du fritkot n’est donc pas à prendre à la légère : environ 80 % de la population y souscrit (96 % avouant, en 2013, manger des frites au moins une fois par mois). Pourtant, «nous vivons une époque charnière», admet Bernard Lefèvre, président de l’Union nationale des frituristes, en référence au fait que mi-janvier un jeune studio d’architectes belge, Moto, a remporté, parmi les 52 dossiers déposés, un concours visant à transformer d’ici à 2019 une dizaine de baraques en «icônes design». Etat des lieux avant rénovation.

Friterie de la Barrière, paquet et phallus

«Une petite cabane intégrée dans le paysage, tellement laide et sans prétention qu’on finit par l’apprécier.» Tel est le portrait-robot qu’on dresse de cette aïeule du food truck chez l’échevin de l’urbanisme. Située dans la commune de Saint-Gilles depuis quarante ans, la Friterie de la Barrière diffère pourtant des autres, en ce sens qu’elle est recouverte de lattes de bois. «Pour faire plus joli», suggère laconiquement une vendeuse si peu aimable qu’on la soupçonne de ne pas être belge.

D’une façon générale, la friterie est un tel fanal que n’importe quel autochtone sait indiquer son emplacement. Difficile de se planter concernant celle de la Barrière Saint-Gilles : sur le même trottoir pavé qu’une école (maternelle, primaire et secondaire) aux murs de brique rouge dont le seul nom, l’Institut des filles de Marie, suffit à imposer le plus dévot des respects… Juste en face d’un mur peint représentant un phallus si immense que, même au repos, nul(le) ne peut l’ignorer. Renseignement pris, l’œuvre de street-art a été réalisée de nuit, un week-end de septembre 2016, par un inconnu. Evidemment, sur le coup ça a fait du barouf, toutes les radios et télés du pays ne manquant pas de rappliquer. De son côté, l’adjoint au maire délégué à la Culture et à la Propreté publique a déclaré très solennellement, quant à l’avenir de l’œuvre, qu’«aucune position» n’avait encore été arrêtée au sein du conseil municipal.

Un an et demi plus tard, le fait est que la bite XXL (trois mètres, à vue d’œil) n’a pas bougé d’un poil sur la façade devant laquelle passent chaque jour les écoliers et clients de la friterie, qui viennent y acheter un grand ou un petit «paquet», ainsi qu’on nomme usuellement le cornet.

La Maison Antoine, adoubée par Hallyday

Institution parmis les institutions européennes voisines, la friterie Antoine a été fondée en 1948 par un couple de forains et adoubée par le New York Times. Elle garde la cote (Johnny Hallyday ou Angela Merkel s’y sont sustentés - pas ensemble) et, rançon du succès, le lieu turbine tant qu’il ne faut pas escompter discuter le bout de gras avec le personnel retranché derrière la vitre.

Récemment refait, avec écrans lumineux sur lesquels s’affichent les menus (autour de la frite virevoltant un éventail de sauces et d’emplâtres - fricadelle, poulycroc, ragouzi - comme autant de seppukus pour véganes), vidéosurveillance et comptoir en (faux ?) marbre, le fritkot a pourtant des allures de Fort Alamo. Il est sédentarisé sur la place Jourdan et on y fait la queue au beau milieu d’un extravagant ballet de tractopelles qui déplacent des tonnes de pierres et de terre, l’esplanade en question opérant sa mue dans l’air du temps piétonnier - terrasses agrandies, fontaines…

Au Tram de Boitsfort, la patate star au sec

La Rolls de la friterie est un ancien tram reconverti en temple de la Bintje (la patate star de l’ébouillantage) et du «blanc de bœuf» (la graisse non raffinée utilisée pour la friture) sur Watermael-Boitsfort, la plus prospère des 19 communes de Bruxelles-Capitale. Un panneau explique que les produits y sont vendus un peu plus chers qu’ailleurs, mais le contexte bucolique s’y prête, de même que l’effort consenti au niveau de la déco. A savoir, dans les jaunes et verts, la vieille motrice avec fauteuil en skaï noir d’un T7000 long de 14 mètres.

Friterie dans un tramway de Watermael -Boitsfort

Sauvée de la casse après une quarantaine d’années de bons et loyaux services dans les transports locaux, la voiture, qui roule désormais pour des «awesome flavours» («saveurs dingues»), a été amputée de sa banquette, afin d’y faire entrer la friteuse au forceps. Détail non négligeable, pour les jours où le ciel chouine, on y passe commande à l’intérieur. Ce qui permet d’être temporairement au sec - et incite à la plus grande compassion pour les employés qui, eux, baignent plusieurs heures par jour dans le graillon.

Friture de la Chapelle, 50 ans d’effluves

A propos d’odeurs, la Friture de la Chapelle, qui vient de fêter son demi-siècle, a été jadis dans le collimateur d’élus qui s’étaient mis en tête de la déloger, au motif que ses effluves incommodaient une école du coin. Une pétition plus tard, la question était réglée. Camil peut continuer à faire «la même chose depuis trente-quatre ans»,au même rythme, «malgré un peu de tension et de cholestérol, comme tout le monde». A savoir rassasier une clientèle cosmopolite aux portes du quartier des Marolles, célèbre pour son marché aux puces.

Baromètre de la fréquentation touristique, le secteur a connu des hauts et des bas, surtout après l’attaque de 2014 contre le musée juif, situé non loin. «La présence massive de policiers et de militaires a fait fuir les gens. Mais ça commence à aller mieux», observe la vigie depuis son fritkot adossé à l’église Notre-Dame de la Chapelle. Dans les mois à venir, l’échoppe sera remplacée, à l’initiative de la Ville, par une autre un peu plus grande et mieux équipée. L’emplacement devrait aussi varier de quelques mètres. «En attendant, je reste ici, tous les jours sauf le dimanche», tient à préciser Camil, sur l’air de celui à qui on ne la fait pas. Ajoutant : «La seule raison pouvant m’inciter à fermer, c’est de ne plus avoir de pommes de terre. Mais ça reste quand même très rare.»

Gilles Renault Envoyé spécial à Bruxelles - Libération

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Le Tram de Boitsfort, un ancien tram reconverti en temple de la Bintje. Photo Rip Hopkins. Agence VU

15 avril 2018

Emmanuel Macron - ce soir face à la Presse

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Macron poursuit sa tentative de reconquête de l’opinion, dimanche, sur BFMTV, RMC et Mediapart

Par Bastien Bonnefous - Le Monde

Après le 13 heures de TF1 jeudi, le chef de l’Etat sera interrogé ce soir par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. Les questions internationales devraient être davantage abordées, au lendemain des frappes en Syrie.

L’offensive médiatique d’Emmanuel Macron continue, avec un deuxième entretien télévisé accordé en quatre jours pour défendre le bilan de la première année de son quinquennat. Dimanche 15 avril, le président de la République sera interrogé dans la soirée sur BFMTV, RMC et Mediapart, après son entretien spécial, jeudi 11 avril, sur TF1, dans le journal de 13 heures.

Deux interviews, deux ambiances. Interrogé sur TF1 par Jean-Pierre Pernault depuis une salle de classe d’une école primaire d’un village normand, à Berd’huis (Orne), le chef de l’État sera confronté dimanche soir, depuis le Théâtre national de Chaillot, à Paris, aux deux journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, réputés pour leur pugnacité.

Jusqu’à présent économe de sa parole à la télévision, Emmanuel Macron multiplie les interventions au moment où les premières tensions sociales de son quinquennat s’amplifient, à la SNCF, dans les universités ou dans les maisons de retraite. Près d’un an après son élection à la présidence de la République, le chef de l’État connaît un décrochage dans les sondages, notamment auprès des classes populaires et moyennes. Mal protégé par un gouvernement peu connu des Français, Emmanuel Macron est donc contraint de monter lui-même en première ligne pour expliquer son action.

Sur TF1, le chef de l’etat n’a reculé ni sur le rythme des réformes, ni sur leur contenu, mais il a pris soin d’adopter un ton plus empathique que par le passé. Un exercice de communication destiné en priorité aux Français retraités et/ou provinciaux – les principaux téléspectateurs du JT de Jean-Pierre Penault – alors qu’Emmanuel Macron doit effectuer un nouveau déplacement la semaine prochaine, mercredi 18 avril, dans les Vosges, sur le thème de la ruralité.

« Jusqu’au bout » de la réforme de la SNCF

Jeudi, le président de la République s’est voulu rassurant en expliquant qu’il entendait « les inquiétudes » des retraités mécontents de la hausse de la CSG et des habitants des zones rurales préoccupés par la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires et le difficile accès aux services publics. Mais il n’a rien cédé sur le fond, en affirmant notamment qu’il ira « jusqu’au bout » de la réforme de la SNCF, en dépit de la grève discontinue des cheminots depuis deux semaines. Sa prestation a été particulièrement suivie, réunissant 6,4 millions de téléspectateurs, soit plus d’un sur deux à cette heure d’antenne, selon Médiamétrie.

En sera-t-il de même dimanche soir sur BFMTV, RMC et Mediapart ? Interrogé vendredi 13 avril par l’AFP, Hervé Béroud, le rédacteur en chef de BFMTV, a assuré que l’émission sera « très différente et complémentaire de celle de jeudi ». Le choix de ces trois médias devrait permettre à Emmanuel Macron de s’adresser à un public plus urbain et plus actif, du fait notamment du créneau horaire tardif.

Les questions internationales devraient être davantage abordées, au lendemain de la participation de la France aux frappes aériennes en Syrie. Outre le conflit syrien, devraient être également évoquées la situation en Europe, les relations de la France avec les Etats-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine, mais aussi des sujets plus nationaux, comme le mécontentement social, les choix économiques du gouvernement, sa politique d’asile et d’immigration, le rapport à la laïcité du chef de l’Etat ainsi que son style de présidence.

14 avril 2018

Le mythique hôtel parisien le Ritz met son mobilier aux enchères

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L'hôtel parisien le Ritz met quelques 10.000 objets aux enchères mardi 17 avril chez Artcurial. Une sélection d'environ un tiers des objets est présentée jusqu'à lundi dans la maison de vente transformée pour l'occasion en réplique du palace.

Par MT avec AFP

Des tabourets du fameux bar Hemingway, une baignoire du XIXe siècle, une harpe... Quelque 10.000 objets et meubles du Ritz seront dispersés à partir de mardi chez Artcurial, maison de ventes qui s'est transformée pour l'occasion en réplique du palace parisien.

Jusqu'à lundi y est exposée au public une sélection des 3.500 lots dont le mythique hôtel, rouvert en juin 2016 après quatre ans de travaux, a décidé de se séparer lors de sa rénovation.

Artcurial n'en est pas à son premier palace: ces dernières années, la maison de ventes s'est chargée, avec succès, de mettre aux enchères le mobilier du Crillon, du Plaza Athénée, de l'Hôtel de Paris à Monaco, ainsi que du restaurant La Tour d'Argent.

Du 17 au 21 avril, ce sera au tour de celui du légendaire hôtel de la place Vendôme à la façade Mansart, inauguré en 1898 et propriété depuis 1979 du milliardaire égyptien Mohamed Al-Fayed.

De 100 à 10.000 euros

Les estimations vont de 100 euros (plafonniers, embrasses de rideaux...) à 10.000 euros pour une paire de monumentales sculptures de nymphes portant des candélabres, en bronze, qui décorait le hall d'entrée du Ritz.

Si elle ne comporte pas de pièce d'une valeur exceptionnelle, la vente se distingue par la multitude d'objets mis aux enchères et le caractère emblématique de certains d'entre eux. En particulier une baignoire, présentée comme "la première" du Ritz, estimée entre

1.500 et 2.000 euros.

"César Ritz avait le souhait de donner le plus grand confort à ses clients, il a eu la volonté de mettre dans chaque suite et chambre une salle de bains avec une baignoire comme celle-ci. C'était très moderne à l'époque", rappelle Stéphane Aubert, l'un des deux commissaires-priseurs de la vente avec François Tajan. "Tous les objets se trouvaient dans des garde-meubles, on a dû reconstituer les chambres, les suites chez nous", explique encore le commissaire-priseur à l'AFP.

Des suites librement recréées, mais qui reprennent les noms des originales: Coco Chanel, garde-meubles ou Windsor, en l'honneur de certains hôtes célèbres à l'instar du salon Proust ou du bar Hemingway.

Mélanges de styles

L'écrivain américain aurait selon la légende, fait irruption fusil-mitrailleur au poing le 25 août 1944 dans le palace pour "libérer personnellement" le Ritz, réquisitionné par les nazis. Dans ce palace, qui a bâti sa réputation sur sa clientèle de célébrités, ont aussi été tournés plusieurs films, comme "Ariane", de Billy Wilder avec Gary Cooper, Audrey Hepburn et Maurice Chevalier.

La suite "Mademoiselle Chanel", dans laquelle trône une photo de la fondatrice de la célèbre maison de couture qui y a logé jusqu'à son décès en 1971, reflète son goût pour la décoration d'inspiration chinoise, avec ses panneaux laqués, son mobilier en bois noirci... Au beau milieu d'un salon Proust "bis" a été installée une harpe, estimée à 2.000-3.000 euros. "Dans les années 80, une joueuse de harpe avait l'habitude de se tenir dans le hall d'entrée pour donner un petit récital", raconte Stéphane Aubert.

http://www.storyssimo.com/fr/l-instant-parisien/stories/le-ritz-adjuge-vendu-1/read

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9 avril 2018

Emirats arabes unis - Portrait : « MBS », réformateur aux deux visages

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Par Benjamin Barthe, Beyrouth, correspondant - Le Monde

Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, aux multiples zones d’ombre et controverses, a débuté le 8 avril une visite officielle en France.

Le roi bis d’Arabie arrive à Paris. Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, le trentenaire aux deux visages, l’homme qui a rouvert les cinémas dans le royaume et autorisé les femmes à conduire mais a aussi déclenché deux crises et une guerre au Proche-Orient en moins de trois ans, a entamé, dimanche 8 avril, une visite officielle en France.

Ce déplacement sur les bords de Seine, son premier en tant que numéro deux de la monarchie, ouvre un nouveau chapitre des relations franco-saoudiennes. Et il promet d’être très long. Son père – le souverain en titre, Salman Ben Abdel Aziz – étant âgé de 82 ans, c’est « MBS » comme on le surnomme, qui devrait, à 32 ans, sauf accident de parcours, occuper le trône de Riyad pendant trois, quatre, voire cinq décennies. Un règne dont le prologue est pour l’instant très contrasté, fait de projets visionnaires et de calculs à courte vue.

Personne n’a décelé, lorsqu’il a débarqué sur le devant de la scène politique, dans le sillage de son père, couronné roi en janvier 2015, le bloc d’ambition froide qui l’habitait. Avec son allure un peu gauche, sa réputation d’homme fruste et impulsif, Mohammed Ben Salman, nommé ministre de la défense, n’était pas pris au sérieux. « C’est un butor », tranchait à cette époque un observateur averti.

L’homme fort de l’ère Salman, roi à la santé fragile, devait être son neveu, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ben Nayef, 55 ans. Un expert en sécurité, doté d’une image de père tranquille, apprécié de l’administration américaine et révéré dans la maison des Saoud pour avoir maté le péril djihadiste dans les années 2000.

Fils préféré

Les premiers doutes apparaissent deux mois plus tard, au lancement de l’intervention militaire saoudienne contre les milices houthistes du Yémen, perçues à Riyad comme le cheval de Troie de Téhéran, le rival pour la suprématie régionale. Après les années d’immobilisme plaintif qui avaient caractérisé la fin de règne d’Abdallah, prédécesseur de Salman, le prince Mohammed sonne le tocsin contre l’expansionnisme chiite. Les membres de la famille royale qui s’étonnent qu’autant de pouvoir soit confié à un novice sont priés de se taire.

Au mois d’avril 2015, Salman consacre l’importance prise par son fils, en le nommant vice-prince héritier, juste derrière Mohammed Ben Nayef, élevé à la dignité de dauphin. Il devient deuxième dans l’ordre de succession alors qu’il était inconnu six mois plus tôt.

Né en 1985 à Djedda, il est le fils de la troisième épouse de Salman, considérée comme sa favorite. Contrairement à beaucoup de princes de sa génération, partis étudier dans les meilleures universités américaines, il ne détient qu’une licence de droit de l’université du Roi-Saoud, à Riyad, et parle alors mal l’anglais. Certains de ses frères et demi-frères ont la réputation d’être plus brillants. Mais, mystère des affinités, c’est lui qui décroche le titre de fils préféré.

Quand Salman est nommé ministre de la défense, en 2011, il devient son conseiller personnel. L’héritier prend ses aises dans cette institution, au grand dam des ministres adjoints, poussés l’un après l’autre à la démission. Dans ses affaires privées, il ne s’embarrasse pas plus de scrupules. « Il avait pour habitude de rafler les terrains qui lui plaisaient, raconte un homme d’affaires arabe, familier de la maison des Saoud. C’était, toutes proportions gardées, un genre d’Oudaï saoudien, ajoute-t-il, en référence à Oudaï Hussein, le fils de Saddam Hussein, mort en 2003, célèbre pour ses accès d’ultraviolence et son train de vie tapageur. Mais depuis qu’il est entré au gouvernement, il s’est repris. Il a rendu les terres. Et un cabinet de conseil en relations publiques américain a entrepris de corriger son image. »

Vision 2030

Au printemps 2016, le jeune ambitieux dévoile sa feuille de route, Vision 2030. Ce vaste plan de réformes ambitionne de rompre la dépendance du royaume à l’or noir – une réponse à l’effondrement du prix du pétrole – et de desserrer l’emprise des religieux sur la société. Les cols blancs et les libéraux applaudissent. Les diplomates étrangers, habitués au ronron des années Abdallah, se frottent les yeux.

L’un après l’autre, les ministres technocrates passent sous la tutelle de MBS, notamment Adel Al-Jubeir, le ministre des affaires étrangères. Recroquevillé sur le ministère de l’intérieur, Mohammed Ben Nayef assiste à l’envol inexorable de son cadet. L’exécutif à deux têtes des premiers mois, baptisé les « Mohammedeïn » (les « deux Mohammed » en arabe), se transforme en one-man-show.

« IL A BEAUCOUP DE TICS, IL PARLE PEU, IL ÉCOUTE QUELQUES MINUTES ET IL TRANCHE. IL EST TRÈS EXIGEANT, MAIS ON NE SENT PAS UN VISIONNAIRE », UN CONSULTANT ÉTRANGER.

Au siège de Facebook, en Californie, où il se rend en juin 2016, l’apprenti monarque pose en jeans, un casque de réalité virtuelle sur la tête. Une façon de soigner son aura de modernisateur, en prise avec les aspirations de sa génération. L’un de ses QG est une immense tente climatisée, encombrée d’iPad et d’écrans de télévision, plantée dans la cour royale, à Riyad. C’est là qu’il reçoit ses collaborateurs, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Grand et massif, les traits masqués par une grosse barbe noire, souvent vêtu d’un simple thawb (la tunique blanche des Arabes du Golfe) et d’une paire de sandales, le prince laisse alors une impression mitigée à ses visiteurs.

« Il a beaucoup de tics, il parle peu, il écoute quelques minutes et il tranche, raconte un consultant étranger. Il est très exigeant, mais on ne sent pas un visionnaire. » « C’est un peu un sauvage, il ne cherche pas à plaire, mais il est très intelligent », objecte un entrepreneur arabe qui a ses entrées à Riyad.

Hémorragie budgétaire

Son grand œuvre, c’est Vision 2030. Le volet économique vise à en finir avec le mécanisme de la rente pétrolière, qui d’un côté remplit les caisses de l’Etat et finance un système providence très généreux, et de l’autre entretient la sclérose du secteur public, décourage l’esprit d’entreprise et peine à résorber le chômage des jeunes, très élevé.

Confronté à une hémorragie budgétaire, du fait d’un baril à 30-40 dollars contre 110 en 2014, MBS tranche : réduction des subventions sur l’eau, l’essence et l’électricité, annulation des bonus accordés aux fonctionnaires, gel des embauches, et introduction de la TVA, le premier impôt de l’histoire du royaume. Parallèlement, le Public Investment Fund (PIF), le bras financier de Riyad, longtemps focalisé sur l’investissement local, part à la recherche d’opportunités à l’étranger, notamment dans les nouvelles technologies.

« Mohammed Ben Salman a su réagir à la chute des cours du pétrole, observe François-Aïssa Touazi, cofondateur du think tank CapMena et fin connaisseur du royaume. Il a pris un risque politique majeur en touchant au porte-monnaie des Saoudiens. C’est audacieux de sa part. » Quand la grogne enfle sur les réseaux sociaux quelques mois plus tard, il a l’intelligence d’ajuster le tir : il rétablit les primes des fonctionnaires et des soldats et crée un système d’allocations pour les foyers les plus modestes.

Les ambitions transformatrices de MBS touchent aussi à la société, jusque-là pré carré du clergé wahhabite, la doctrine ultrarigoriste qui a rang de religion d’Etat en Arabie saoudite. Profitant du fait que sa famille a la réputation d’être proche des religieux, le prince met au pas la police des mœurs, la fameuse Mouttawa, en lui ôtant ses pouvoirs de poursuite et d’interpellation, une revendication de longue date des milieux libéraux.

Au motif que le déficit des finances publiques impose de trouver de nouvelles sources de financement, MBS donne son feu vert à la création d’une industrie des loisirs, à rebours là encore du puritanisme wahhabite. En janvier 2017, un groupe de jazz se produit à Riyad devant 3 000 personnes : c’est le premier concert d’envergure organisé dans la capitale saoudienne en vingt-cinq ans !

Promu prince héritier

Le tournant survient le 21 juin 2017. Dans un décret royal publié à l’aube, le fils prodigue est promu prince héritier en remplacement de Mohammed Ben Nayef, qui est relevé de toutes ses fonctions. L’ex-superflic du royaume fait allégeance à son tombeur devant les caméras de la télévision d’Etat, soucieuse de donner l’apparence d’une transition en bon ordre. Dans les faits, le ministre de l’intérieur a bataillé toute la nuit contre son éviction, au point que sitôt démis, il est placé en résidence surveillée.

Désormais assuré de monter sur le trône, promu régent de fait tant son père est affaibli, MBS accélère. Durant l’été, le PIF, qui est dirigé par l’un de ses fidèles, annonce la mise en chantier de stations balnéaires haut de gamme sur un archipel d’îlots de la mer Rouge. Censé ouvrir en 2022, cet ensemble écotouristique devrait être doté d’un statut juridique à part, ce qui permettrait aux visiteurs de sexe féminin de s’y baigner en maillot de bain, chose inimaginable dans le reste du pays.

En septembre, rupture encore plus radicale avec l’ordre wahhabite, un décret accorde aux femmes le droit de conduire. L’archaïsme le plus emblématique du pays est rayé d’un coup de stylo. « MBS promet une nouvelle Arabie saoudite, décrypte François-Aïssa Touazi. Il a décidé de foncer, il donne l’impression d’être prêt à aller au clash avec les religieux. Même si son plan n’est appliqué qu’à 30 ou 40 %, ce sera déjà énorme. »

Un mois plus tard, dans une conférence à Riyad devant le gotha de la finance mondiale, MBS promet de faire pousser dans le nord du désert saoudien une mégalopole futuriste, baptisée Neom, avec robots, énergie propre, espaces verts à perte de vue et… femmes non voilées. « Nous n’allons pas passer trente années de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes, nous allons les détruire maintenant », assène le prince, qui proclame vouloir revenir à un « islam modéré et ouvert au monde ».

Un entrepreneur libanais présent ce jour-là dans l’assistance se remémore :

« MBS rayonnait d’autorité et de charisme. A un moment, un investisseur japonais à ses côtés a proclamé que Neom serait la deuxième Mecque. Un impair terrible dans un pays comme l’Arabie. Le prince a saisi sa main, lui a dit en anglais de s’excuser et puis il a expliqué à la salle, en arabe, avec un self control parfait, que ce genre de propos est le prix de l’ouverture. »

Enlisement au Yémen

En matière diplomatique, le prince fonce aussi, mais avec un succès bien moindre. Son intervention au Yémen s’est enlisée. Les bombardements et le blocus des zones tenues par la rébellion houthiste ont généré une catastrophe humanitaire, « la pire de la planète » selon l’ONG française Acted. Vingt millions de Yéménites ont besoin d’aide alimentaire, sept millions sont au bord de la famine. Mais hors de question pour le stratège de 32 ans de sonner la retraite, impossible de concéder un échec face sa bête noire iranienne, quand bien même l’implication de Téhéran sur ce champ de bataille est très limitée.

Robert Malley, le président d’International Crisis Group, qui durant ses années à la Maison Blanche, sous Barack Obama, a rencontré le fils Salman à plusieurs reprises, explique :

« Il considère que, depuis la guerre d’Irak de 2003, l’Iran n’a cessé d’avancer ses pions dans la région et que l’Arabie saoudite, pendant tout ce temps, a fait office de punching-ball, en encaissant des coups sans en donner. »

Début juin, autre initiative intempestive, l’Arabie saoudite, de concert avec les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte, rompt toute relation diplomatique et économique avec le Qatar. Le petit émirat est placé en quarantaine par ses voisins du Golfe qui l’accusent de collusion avec – encore une fois – l’Iran et les mouvements djihadistes. Le blocus fait long feu, Doha dénichant au bout de quelques semaines des filières de ravitaillement alternatives. Il se retourne même contre ses initiateurs, car la presqu’île, en quête de soutien, en vient à se rapprocher de Téhéran, ravie de semer la discorde parmi les pétromonarchies. Mais, là encore, MBS refuse de faire marche arrière.

Beaucoup d’ennemis

Son aveuglement atteint un paroxysme dans l’affaire Hariri à l’automne. En obligeant le premier ministre libanais à démissionner, le prince héritier espère dresser la rue sunnite contre le Hezbollah, le mouvement chiite pro-Téhéran, accusé de faire main basse sur le pays du Cèdre. Mais c’est l’inverse qui se produit. La population libanaise, choquée de l’humiliation infligée à son chef de gouvernement, se retourne contre Riyad. Il faudra deux semaines à l’apprenti sorcier saoudien pour reconnaître son erreur et laisser son captif rentrer à Beyrouth. « Son bilan est beaucoup plus positif en interne qu’en externe », euphémise Robert Malley.

Il est vrai que sur la scène saoudienne personne ne lui résiste. Au nom de la lutte contre la corruption ou l’extrémisme religieux, l’homme a mis au pas tous ses opposants, réels et potentiels. Le cas d’école étant l’épisode extravagant du Ritz Carlton : deux cents VIP – princes, ministres, magnats de la construction et des médias – cloîtrés dans un palace pendant des mois, et obligés, pour recouvrer leur liberté, de céder des milliards de dollars, supposément « mal acquis ». Un coup de force unique dans les annales saoudiennes, emblématique du projet à la fois modernisateur et autocratique dont MBS est porteur.

Selon un vétéran de la presse arabe, désireux de rester anonyme :

« Il aime le risque, c’est indéniable. Il met tout le système saoudien en tension, notamment la famille royale, qui est le parti bolchevique de l’Arabie. C’est dangereux, car il se fait beaucoup d’ennemis. Un coup d’Etat, et toutes ses réformes pourraient s’effondrer ».

Pour devenir le grand roi auquel il aspire et marquer son siècle, Mohammed Ben Salman devra tirer les leçons de ses échecs. Mais il devra aussi se méfier des vertiges du succès.

mbs

15 juin 2018

Au Théâtre ce soir...

king kong

Onze ans avant l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo, Virginie Despentes publiait son premier essai, autofiction pro-pornographie et pro-prostitution dans lequel elle analyse les mécanismes de la domination masculine. Un texte crucial, à mettre entre toutes les mains.

C’est un essai qui commence comme un morceau de rap. « J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. » King Kong Théorie, le sixième livre et premier essai publié par Virginie Despentes, est un manifeste féministe moderne et ravageur qui dynamite l’ordre social tenant le corps des femmes à disposition des hommes. A partir de son expérience personnelle – une jeunesse qu’elle qualifie de « virile » dans les milieux punk, un viol à 17 ans, une période de prostitution, avant le succès avec son premier roman Baise-moi –, l’écrivaine et réalisatrice nancéienne esquisse en 150 pages incisives une figure de femme en inadéquation avec les normes de genre.

« Avec King Kong Théorie, Virginie Despentes, jusque-là romancière, théorise sa pensée féministe, analyse Delphine Naudier, sociologue et chargée de recherche au CNRS, qui a étudié l’histoire sociale des mouvements féministes. Sa démarche consiste à prendre pour objet une expérience de vie des femmes, le viol, dont elle fait un événement fondateur, de la même manière qu’Annie Ernaux a érigé l’expérience de l’avortement en “événement” existentiel dont l’épreuve intime est universalisable. » Le viol, écrit Despentes, « est la guerre civile, l’organisation politique par laquelle un sexe déclare à l’autre : “Je prends tous les droits sur toi, je te force à te sentir inférieure, coupable et dégradée.” » Delphine Naudier poursuit : « Elle rejoint sous certains aspects l’une des tendances du mouvement féministe des années 1970 en France, qui a analysé les mécanismes du système patriarcal et déconstruit les modes d’appropriation du corps des femmes qui conduisent à leur assujettissement politique, économique et sexuel. En cela, sa critique du capitalisme et ses positions antinaturalistes [qui s’éloignent de la simple différenciation biologique des sexes, ndlr] la rapprochent des théoriciennes féministes matérialistes comme Christine Delphy ou Monique Wittig, qui avancent que la domination des femmes s’opère par des pratiques matérielles, dans le cadre domestique ou social. »

Du “pipi de chatte” pour les critiques

Dans son autofiction pro-pornographie et pro-prostitution, l’auteure alors âgée de 37 ans se réapproprie un discours féministe qu’elle juge « confisqué » par les « blanches bourgeoises hétérosexuelles ». Despentes réclame moins une stricte égalité entre les sexes que la reconnaissance des identités, des choix individuels et la liberté totale à disposer de son corps. Elle file la métaphore d’un King Kong androgyne, symbole d’une sexualité d’avant la distinction des genres telle qu’imposée autour de la fin du XIXe siècle, pour déconstruire la catégorisation binaire des identités masculine et féminine. Dans un contexte où les milieux intellectuels commencent à s’intéresser à la théorie queer, elle reprend l’idée de Judith Butler selon laquelle le genre est performatif : il n’existe que des performances, des mises en scène de la masculinité et de la féminité. C’est ainsi que King Kong Théorie défait « l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle ». Un idéal qui, de toute façon, « n’existe pas ». Pas plus que n’existe son miroir masculin – Despentes fait exploser les normes dictées à tous, hommes compris.

Entretien Virginie Despentes : “La société est devenue plus prude, l’atmosphère plus réactionnaire”

Ni Virginie Despentes ni les éditions Grasset, qui publient ses ouvrages depuis 1998, n’imaginent à sa sortie le pouvoir d’émancipation que va acquérir le livre pour la future génération de féministes. « Malgré toutes les formes d’écrasement qu’elle recense, Despentes atteste qu’il existe une capacité d’agir qu’il faut énoncer, remarque la sociologue Dephine Naudier. La portée politique de King Kong Théorie tient dans son énonciation même : le fait de dire ce qu’il dit, de le publier, de le médiatiser. » Olivier Nora, président de Grasset, se souvient de l’accueil terrible qui avait été réservé à l’essai : « Dans sa critique, Le Figaro assurait qu’il était “inutile de chercher une cohérence intellectuelle à cet essai plein de gros mots”, tandis qu’Eric Naulleau le qualifiait de “pipi de chatte” dans Le Matricule des anges… » L’éditeur avoue que même chez Grasset, personne ne comprend alors ce qui se joue dans ces pages. Leur contenu, si éloigné dans sa forme de ce que Virginie Despentes avait présenté jusque-là dans ses romans, désoriente. « C’est seulement avec le recul que nous offre l’époque actuelle qu’il a été permis de comprendre le caractère visionnaire de King Kong Théorie. »

“C’est comme si le fait de partager ce livre nous avait permis de libérer une parole sur des sujets tabous.” Emmanuelle Jacquemard, 28 ans

Gabrielle Deydier se souvient des mots crus de Despentes retentissant comme une évidence. « Elle formulait de manière limpide beaucoup de choses qui étaient tapies au fond de moi. J’ai toujours eu l’impression d’être une femme ratée sans pour autant me sentir homme, cherchant désespérément la féminité comme Indiana Jones cherche l’Arche perdue. » La jeune femme de 37 ans a signé l’an passé On ne naît pas grosse (éd. Goutte d’Or), un récit autobiographique sur le rejet social des personnes en surpoids, dont le titre est un clin d’œil à Simone de Beauvoir et l’épigraphe un extrait de King Kong Théorie. « Elle aussi parlait de ces corps de femmes de seconde zone. Elle m’a décomplexée de ma virilité et de ma sexualité soi-disant masculine. » Le choc de la lecture passé, le pamphlet de Virginie Despentes devient initiateur de dialogue. « Il m’est devenu tellement indispensable que j’ai beaucoup offert et fait lire ce livre, raconte Emmanuelle Jacquemard, 28 ans, à la tête de la compagnie théâtrale parisienne 411 Pierres, constituée en 2015 pour mettre en scène King Kong Théorie. J’avais 22 ans quand je l’ai lu et, pour mes amies et moi, il est venu combler un vide. C’est comme si le fait de partager ce livre nous avait permis de libérer une parole sur des sujets tabous – le harcèlement, le viol, la masturbation, le plaisir féminin… Jouer ce texte m’a aidée à vivre, d’autant plus que je suis une femme de grande taille et que, de ce fait, j’ai moi-même été ramenée à la femme-monstre, à la femme “toujours trop tout ce qu’elle est” dont parle Virginie Despentes. »

Onze ans d’avance

Onze ans avant l’affaire Weinstein et le mouvement #metoo, King Kong Théorie décortiquait les mécanismes de domination et de honte qui assujettisent les femmes : comment elles intègrent l’idée que leur corps est destiné à plaire aux hommes, et leur sexualité à servir de monnaie d’échange, qu’elles ne doivent ni se défendre ni en parler lorsqu’on les viole, puis qu’elles l’ont bien mérité. « Pendant les débats des derniers mois, j’avais l’impression que tout le monde découvrait la lune, raille Gabrielle Deydier. Toutes les réponses étaient dans King Kong Théorie ! » « Elle a rendu visibles des actes jusque-là invisibilisés et qui ont enfin été mis au premier plan ces derniers mois, approuve Rebecca Amsellem, docteure en économie et militante féministe, fondatrice de la newsletter Les glorieuses. Elle avait clairement tout compris avant tout le monde, mais ce n’était pas aussi acceptable socialement à l’époque. En 2006, le paysage n’était pas le même : il n’existait en France qu’Osez le féminisme ! pour militer activement. King Kong Théorie a donné et donne encore à beaucoup d’entre nous l’envie de faire la révolution ! » Le court ouvrage de Virginie Despentes, traduit en seize langues et vendu à 185 000 exemplaires en France, connaît un regain de popularité en librairies depuis l’année dernière. Un texte plus que jamais crucial dans « l’aventure collective, pour les femmes, pour les hommes et pour les autres » qu’est le féminisme aujourd’hui.

A lire

Virginie Despentes, King Kong Théorie, éditions Grasset, disponible au Livre de Poche, 160 pages, 6,10 €.

A voir

King Kong Théorie, mis en scène par Vanessa Larré, au Théâtre de l’Atelier, à Paris, du 25 mai au 7 juillet.

16 janvier 2016

ISRAËL DEMANDE LE RETRAIT D'UNE ŒUVRE DE PIGNON-ERNEST, «LIBÉRATION» REFUSE

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Après une exposition au Palais de Tokyo, la vente des unes de «Libé» customisées par des artistes en partenariat avec Reporters sans frontières est en suspens.

A gauche, la une originale de «Libération» du 12 novembre 2004, jour de l'enterrement du leader palestinien Yasser Arafat. A droite, le détournement d'Ernest Pignon-Ernest, mettant en scène un activiste emprisonné en Israël sous le célèbre keffieh. DR  

La vente était prévue le 27 janvier au profit de Reporters sans frontières (RSF) : 36 couvertures de Libération relookées par des artistes tels que Laurent Grasso, Bernar Venet, Tania Mouraud, Françoise Pétrovitch ou Jean-Charles de Castelbajac, appelées à être mises aux enchères pour défendre la liberté d’expression des artistes et de la presse. Mais l’une d’entre elles suscitant la contrariété de l’ambassade d’Israël à Paris, cette dernière a demandé à la maison de ventes Artcurial de la retirer de l’ensemble. En cause, une couverture de Libé détournée par Ernest Pignon-Ernest, pièce numéro 27 de la vente.

Né en 1942 à Nice, figure de l’art urbain, l’artiste est connu pour ses silhouettes dessinées et collées à même les murs des rues. Il s’est emparé de la une de Libé du 12 novembre 2004, évoquant la mort de Yasser Arafat. Ce jour-là, Libération montrait un simple keffieh et titrait «Et maintenant ?» Sur cette couverture célèbre, Ernest Pignon-Ernest a dessiné en 2015 le visage de Marwan Barghouti, un activiste palestinien, avec la légende : «En 1980, quand j’ai dessiné Mandela, on m’a dit que c’était un terroriste.»

Requête

Ce travail a déplu à l’ambassade d’Israël qui, par courrier, réclame à Artcurial d’extraire ce travail de la vente, le comparant à un «projet terroriste» qui mettrait en avant un activiste palestinien enfermé en Israël depuis 2002. Artcurial répercute alors sur Libération et RSF cette requête, appuyée par François Tajan, président délégué de la maison de vente, lequel demande le retrait de l’œuvre, non seulement de la vente mais aussi du catalogue, en cours d’édition. Au motif des attentats récents, de la prorogation de l’état d’urgence et des potentiels troubles à l’ordre public. Libération refuse, au titre de la liberté de création. Un des artistes, C215 (Christian Guémy), décide de se retirer de l’opération en soutien à Ernest Pignon-Ernest. Joint par téléphone, ce dernier salue la position du journal et de RSF : «Je suis étonné qu’une ambassade étrangère puisse décider de ce que l’on expose ou pas. Et qu’une maison de ventes cède aux pressions. Je ne tenais pas à envenimer tout cela. Dans les années 70, je me suis élevé contre le jumelage de ma ville, Nice, avec l’Afrique du Sud. A l’époque on disait la même chose de Mandela. Je n’ai pas cherché la provocation avec cette une.»

Mercredi, la collaboration entre Artcurial, Libération et RSF s’est interrompue. De nouvelles solutions pour maintenir cette vente à visée caritative sont à l’étude.

Article de Clémentine Mercier

22 mars 2018

Financement libyen de la campagne de 2007 : Nicolas Sarkozy est mis en examen

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L’ancien président de la République est poursuivi pour corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de détournements de fonds publics libyens.

A l’issue de deux jours de garde à vue, l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, a été mis en examen, mercredi 21 mars, des chefs de corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de détournements de fonds publics libyens, selon les informations du Monde. Il a été placé sous contrôle judiciaire.

L’ancien chef de l’Etat avait été mis en garde à vue mardi en début de journée et entendu dans des locaux de la police judiciaire. Sa garde à vue a pris fin en fin de journée mercredi. Alors qu’une information judiciaire avait été ouverte en avril 2013, M. Sarkozy était entendu pour la première fois dans cette enquête. L’un des juges d’instruction chargés du dossier, Serge Tournaire, l’avait déjà renvoyé devant le tribunal dans l’affaire Bygmalion, qui concerne sa campagne de 2012.

Le député européen Les Républicains (LR), Brice Hortefeux, ancien ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy (2007-2012), a également été interrogé mardi toute la journée sous le statut de suspect libre.

5 millions d’euros en liquide

L’affaire avait été révélée en mai 2012 par le site Mediapart, qui avait publié un document libyen faisant état d’un financement par la Libye de la campagne de 2007 de M. Sarkozy. Depuis, les investigations ont considérablement avancé, notamment grâce à certains témoins clés. En novembre 2016, l’intermédiaire Ziad Takieddine avait ainsi affirmé avoir transporté 5 millions d’euros en liquide de Tripoli à Paris entre la fin de 2006 et le début de 2007 pour les remettre à Claude Guéant, puis à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur.

Les propos de M. Takieddine venaient confirmer ceux tenus, le 20 septembre 2012, par Abdallah Senoussi, l’ancien directeur du renseignement militaire du régime Kadhafi devant le procureur général du Conseil national de transition libyen. Les carnets d’un ancien ministre libyen du pétrole – Choukri Ghanem, mort en 2012 dans des circonstances encore troubles – récupérés par la justice française, mentionnaient également l’existence de ces versements. M. Takieddine a, depuis, été mis en examen pour « complicité de corruption d’agent public étranger » et pour « complicité de détournements de fonds publics en Libye ».

Opérations suspectes

Mais le dossier est tentaculaire et les enquêteurs doivent remonter la piste de nombreux flux financiers impliquant plusieurs protagonistes. Pour l’heure, ils pensent avoir remonté une piste de l’argent libyen à travers l’intermédiaire Alexandre Djouhri, alors proche de Bechir Saleh – ancien grand argentier de Kadhafi et homme des relations avec la France, récemment blessé par balle lors d’une agression à Johannesburg (Afrique du Sud) –, et de Claude Guéant. Ancien secrétaire général de l’Elysée de Nicolas Sarkozy, ce dernier a été mis en examen pour « faux et usage de faux » et pour « blanchiment de fraude fiscale ».

De nouvelles preuves ont-elles été rassemblées pas les enquêteurs qui permettraient une mise en cause directe de M. Sarkozy ? Selon les informations du Monde, plusieurs anciens dignitaires du régime Kadhafi auraient livré de nouveaux éléments confirmant les soupçons de financement illicites. Depuis plusieurs semaines, la justice française dispose, en outre, de nombreux documents saisis lors d’une perquisition menée en 2015 au domicile suisse d’Alexandre Djouhri. Jusqu’ici, Nicolas Sarkozy a toujours contesté les accusations de financement illicite de sa campagne de 2007.

11 janvier 2016

L’art du combat d’Ai Weiwei

Emprisonnée par Pékin jusqu’en juillet 2015, la star chinoise de l’art contemporain vit et travaille désormais à Berlin. Mais c’est à Paris qu’elle expose, dès le 16 janvier 2015.

Par Philippe Dagen

On n’entre pas dans l’atelier d’Ai Weiwei à Berlin, on y descend. Derrière une porte de fer, un long escalier s’enfonce droit entre deux murs. Architecture industrielle ancienne : en arrivant à l’adresse indiquée, on se trouve dans un espace à ­moitié terrain vague à moitié parking, entre des bâtiments d’usine, les uns restaurés, les autres encore dans leur état d’autrefois, du temps où Prenzlauer Berg était un quartier de Berlin-Est, l’un des moins détruits par la guerre.

Sans doute est-ce pour cette raison qu’en pénétrant dans les étages inférieurs de la Brauerei, brasserie où Ai Weiwei a établi son quartier général, on a d’abord l’impression de se trouver soudain dans une gravure du XIXe siècle : des voûtes de briques jaunes, des galeries le long desquelles s’ouvrent des alvéoles.

Les tonneaux de bière y étaient stockés jadis. Ils ont été remplacés par les caisses où sont conservées les œuvres de l’artiste entre deux expositions. La prochaine, « Child’s Play » (Jeu d’enfant), se tient à Paris à partir du 16 janvier. Ai Weiwei déploie, au Bon Marché Rive Gauche, des cerfs-volants d’oiseaux fabuleux et des dragons en fibres de bambou.

Emprisonné à Pékin, célébré à Berlin

Au terme d’un itinéraire souterrain, le visiteur retrouve, tombée d’une verrière, la lumière du jour. Elle éclaire une salle qui sert aux réunions de l’équipe qui travaille pour Ai Weiwei et aux cours qu’il donne à ses élèves de l’Université des arts de Berlin. Pour trois ans, il y est visiting professor, invité par l’Einstein Foundation.

La proposition lui avait été faite en avril 2011, mais il n’avait pu l’honorer. Et pour cause : assigné à résidence le 5 novembre 2010, arrêté et emprisonné du 3 avril au 22 juin 2011, à nouveau assigné à résidence ensuite, il ne s’est vu restituer son passeport que le 22 juillet 2015, ce qui lui a permis de quitter la Chine, de rallier Berlin et d’y commencer son enseignement le 1er novembre.

Plus d’une centaine d’élèves ont déposé leur candidature pour sa master class. Il en a choisi douze, qui viennent l’écouter et présenter leurs projets dans cette grande salle. Trop grande, trop vide pour deux personnes, décide-t-il en entrant. Deuxième itinéraire, des couloirs, des escaliers jusqu’à une pièce de proportions plus réduites, au niveau du sol cette fois : la baie ouvre sur un jardin.

En s’approchant pour regarder par la fenêtre, on découvre que, tout le long de son rebord intérieur, sur quatre ou cinq mètres, est disposée une collection de téléphones mobiles, de smartphones, d’iPads et autres tablettes numériques. Ils ont un point commun : leur écran de verre est fendu, ébréché ou crevé. Ces machines sont inutilisables. « Les uns, je les ai trouvés dans la rue ; j’en ai acheté d’autres aux puces. Ce sont des éléments très intéressants : des morceaux du monde moderne. » Mais qu’en fera-t-il ? « Je n’en sais encore rien. » Il ne doute pas que la solution plastique lui apparaisse tôt ou tard.

Exposé dans tous les sens du terme

Ainsi s’offre l’occasion de se faire expliquer comment il travaille, son emploi du temps quotidien. Il se lève vers 6 heures du matin. « Je commence par me reconnecter à la réalité : je lis les e-mails arrivés dans la nuit, les messages des internautes, je regarde Twitter, Instagram. »

Quand arrivent ses assistants, commencent les réunions : examiner les propositions d’exposition, discuter des travaux en cours, s’entendre avec tous les praticiens qui travaillent à la production de ses pièces. « Parfois, il faut changer, argumenter, améliorer les idées, corriger les erreurs. »

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Ai Weiwei devant son atelier berlinois, dans le quartier de Prenzlauer Berg. MUSTAFAH ABDULAZIZ POUR "M LE MAGAZINE DU MONDE"

De la conception à l’exécution d’un projet, il faut au moins deux ans, estime-t-il. Il y a aussi toute la part publique, que son immense notoriété d’activiste des droits de l’homme a rendue de plus en plus importante dans ses journées : les interviews pour parler des droits de l’homme en Chine et dans le reste du monde, les invitations à participer à des festivals ou des colloques. « Tantôt, je me sens comme un médecin qui reçoit ses patients les uns après les autres, chacun avec ses propres problèmes ; tantôt, comme une sorte de surintendant qui doit gérer toutes sortes de situations. »

Jusqu’à cet instant, rien dans son attitude ni dans ses propos ne différencie Ai Weiwei de ses confrères artistes qui, ayant accédé comme lui à une notoriété internationale, quasi universelle, doivent répondre à d’innombrables sollicitations et se sont entourés d’une équipe d’assistants spécialisés. Du reste, l’une des siennes, chargée des relations publiques, a demandé à pouvoir assister à la conversation et prend des notes avec sérieux dans un cahier.

“Internet a tout changé de ma vie et de mon identité. Il m’a nourri. M’a ouvert des espaces où je n’aurais jamais imaginé aller.”

D’une pièce voisine, on entend de temps en temps la rumeur d’une conversation ou la sonnerie d’un téléphone. En passant, on a aperçu des silhouettes jeunes devant des écrans d’ordinateur : le spectacle, devenu habituel aujourd’hui, de l’atelier cabinet d’études et siège d’entreprise, très loin des clichés de la bohème ou du Bateau-Lavoir. Jusqu’alors, Ai Weiwei lui-même s’est montré à la fois courtois, serein et distant – comme tout professionnel, à l’instar de son ami Anish Kapoor. L’intervieweur n’est pas loin de s’inquiéter de ce professionnalisme impeccable, qui ne promet guère de surprises.

Laquelle surprise surgit soudainement, sans qu’on l’ait provoquée. Monologuant, Ai Weiwei revient sur les premières heures de sa journée, Internet, les systèmes de communication. Et poursuit : « C’est un grand privilège de vivre ainsi depuis quinze ans. Internet a tout changé de ma vie et de mon identité. J’ai trouvé une unité qui rassemble tout ce qui était là auparavant. Avant 40 ans [il est né en 1957], j’étais sans direction. J’allais ici et là, sans plan. Soudain, en 2000, je suis devenu quelqu’un d’autre. Internet m’a nourri. M’a ouvert des espaces où je n’aurais jamais imaginé d’aller. C’est devenu de plus en plus fort. »

Et il s’est trouvé de plus en plus exposé, dans tous les sens du terme : les expositions de ses œuvres se sont multipliées en dehors de la Chine à mesure qu’il se faisait connaître plus largement, et ses activités ont fini par attirer l’attention des autorités chinoises – jusqu’à l’affrontement, qui a commencé en 2008 et culminé avec son incarcération.

Ennemi d’Etat

L’événement crucial a lieu le 12 mai 2008 : ce jour-là, un tremblement de terre frappe la région du Sichuan, tuant autour de 90 000 personnes et en forçant 5 millions à se déplacer. Parmi les morts, écoliers et lycéens sont particulièrement nombreux, écrasés sous les décombres d’écoles et de collèges bâtis sans aucun respect des normes de sécurité.

Un peu plus d’un an plus tard, la police chinoise rend inaccessible le blog de l’artiste parce qu’il a commencé à publier le nom des jeunes victimes du séisme et des articles d’investigation dénonçant les conditions de construction et la corruption des entreprises et des autorités locales.

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C’est dans une ancienne brasserie de l’ex-Berlin-Est qu’Ai Weiwei a pris ses quartiers. MUSTAFAH ABDULAZIZ POUR "M LE MAGAZINE DU MONDE"

Or, au même moment, Ai Weiwei est engagé dans la construction d’un grand atelier dans le district de Jiading, à la périphérie de Shanghaï, à l’invitation de la municipalité de la mégalopole. Il raconte : « Quand j’ai reçu leur proposition, j’ai d’abord refusé, par méfiance envers les autorités. Ils sont revenus et leur demande m’a paru sincère. Ils m’ont convaincu d’accepter. J’ai vu l’endroit, j’ai obtenu des assurances de leur part, j’ai dessiné le plan de l’atelier. Le chantier a duré de 2008 à 2010. Mais, au cours de ces deux ans, de nombreux événements ont eu lieu et je suis devenu un ennemi de l’Etat. “Ce type est dangereux, pensaient-ils. Il va profiter de l’Exposition universelle à Shanghaï [qui s’est tenue en 2010] pour protester.” Mon image était devenue trop sympathique auprès des jeunes, et eux ne savaient plus quoi faire : ils étaient débordés par Internet. Donc, ils ont décidé de détruire l’atelier. »

Il aurait été possible de trouver d’autres solutions, affirme-t-il, par exemple transformer l’atelier en lieu pour les artistes de Shanghaï, comme il l’a proposé. « Mais non. Ils devaient absolument le détruire. » Les représentants de la municipalité viennent s’excuser auprès de lui, mais « ils devaient s’exécuter », lui ont-ils dit.

Partie d’échecs

Ai Weiwei imagine alors une fête pour « célébrer » la destruction de l’atelier, une fête au cours de laquelle seront servis des crabes de rivière, mets particulièrement renommé. Plus d’un millier de personnes, venant de plus de vingt régions de Chine, sont invitées par e-mail – « partout, y compris au Tibet et à Taïwan ». La police, naturellement, n’apprécie pas l’idée. « C’est comme dans une partie d’échecs : ils avaient fait un faux mouvement. Alors ils m’ont arrêté et ont annulé la fête. »

Ai Weiwei se voit signifier l’interdiction de quitter Pékin ce jour-là. Mais les autorités de Shanghaï n’empêchent pas le déroulement des festivités : plus de 800 personnes dégustent les crabes, dont le nom en chinois, he xie, peut aussi s’entendre comme l’adjectif « harmonieux ».

Le châtiment ne tarde pas : « Quelques jours plus tard, on m’a téléphoné du village voisin pour me dire que les engins de démolition venaient d’arriver. » Il se précipite pour constater qu’il ne reste plus rien : « Ils ont tout détruit en une journée. »

Une performance technique, en raison des dimensions et de la nature du bâtiment. « Tout a été enlevé très vite. Mais nous avons pu apprendre où étaient stockés les débris. » Avec une partie de ces débris, il a construit un parallélépipède de briques, à l’intérieur duquel est prise la structure en bois d’un lit ancien chinois. Le contraste entre les montants délicatement ouvragés et la brutalité des moellons entassés est parfaitement efficace.

Installations monumentales

La pièce a figuré dans son exposition à la Royal Academy of Arts de Londres à l’automne 2015, que beaucoup tiennent pour l’une des plus remarquables de l’année et pour une éblouissante démonstration de ce qu’Ai Weiwei peut faire avec de simples objets ou débris. On s’explique mal qu’aucun musée parisien – Palais de Tokyo ou Centre Georges-Pompidou, par exemple – n’ait tenté de la reprendre.

D’autant qu’Ai Weiwei dit volontiers ce qu’il doit à l’artiste français le plus influent du XXe siècle : « Marcel Duchamp m’a appris que l’art est d’abord une activité mentale : sa leçon m’a beaucoup influencé. Je vis dans un monde où tout est politique. Donc je prends des objets dans ma propre expérience politique et je les place dans l’espace public. Leur fonction change, leur identité aussi. Que ma réponse soit puissante, c’est tout ce qui compte pour moi. Je ne me soucie pas de savoir si ce que je fais relève ou non de ce que l’on appelle l’art. Mon but est de communiquer avec le “regardeur”. »

Ready-made symboliques, installations monumentales et messages diffusés par Internet répondent de façons différentes à cette nécessité. Il n’y a pas, d’un côté, Ai Weiwei l’artiste, dont les œuvres se voient dans les galeries, biennales et musées et, de l’autre, Ai Weiwei le rebelle des réseaux sociaux, mais un homme qui a donc trouvé son identité.

Désormais, il l’énonce : « Un artiste est un individu indépendant qui exerce son jugement à partir de positions esthétiques et philosophiques, et qu’il met en forme pour pouvoir communiquer avec les autres. L’artiste doit transformer les conditions d’expression. Dans l’inconscience générale, l’artiste doit être conscient. »

Conscient de la souffrance d’abord : quelques jours après avoir tenu ces propos, Ai Wei Wei s’est rendu sur l’île de Lesbos où abordent ceux des réfugiés syriens ou afghans qui ne meurent pas noyés. Il a posté sur le Net des photos de gilets de sauvetage et donné une conférence de presse, le 1er janvier, pour dire sa volonté d’ériger un monument aux migrants disparus.

Ce voyage, cette déclaration mettent en pratique sa conception politique et éthique de la responsabilité de l’artiste. Au fil de la discussion, une référence revient à la mémoire de l’artiste : « L’existentialisme est un humanisme. J’avais oublié le titre du livre de Jean-Paul Sartre, c’est votre question qui me le remet en mémoire. Je l’ai lu autrefois et c’est resté en moi. »

Mais définition faussement simple, car difficile à mettre en pratique : il le sait. A toute époque, en tout lieu, l’artiste se trouve confronté à des pouvoirs, avec lesquels il doit composer ou contre lesquels il doit se battre. « L’art est lié au pouvoir. Il est souvent à son service. A la Renaissance, quand les artistes travaillaient pour le pape, ils dépendaient d’un pouvoir religieux et économique. Lorsque Monet peint ses Nymphéas, il dépend de la demande du marché, si grand peintre soit-il. Il ne peut s’abstraire entièrement de la part commerciale de son activité. »

Soutenu dans le monde entier

Lui-même a collaboré avec les autorités chinoises, a longtemps été traité par elles avec une infinie considération et a participé à la construction du National Stadium pour les Jeux olympiques de Pékin, en 2008. Puis tout s’est précipité. Précipité au sens premier du mot : « Durant les dix dernières années, j’ai été comme quelqu’un qui descend la pente d’une montagne, de plus en plus vite. Je ne pouvais pas m’arrêter. Je devais continuer, sans savoir où cela me mènerait. »

Cela l’a mené en prison, une expérience dont il a tiré les scènes de S.A.C.R.E.D., un diaporama autobiographique en six boîtes montré d’abord à la Biennale de Venise en 2013, puis à nouveau à Londres en 2015. On y voit son incarcération et ses interrogatoires. « Les policiers me disaient : “Ai Weiwei, tu vois trop de films d’Hollywood. Tu es fou de t’attaquer à nous.” Ils m’ont fait aussi du chantage à la famille. Puis, ils ont songé à m’accuser de fraude fiscale, afin de me faire passer pour un voleur. Mais, dans la Chine actuelle, qui les croirait ? »

“L’Allemagne m’a beaucoup défendu. Je suppose que cela devenait ennuyeux pour la Chine, car diplomatie et économie se rejoignent souvent.”

Il a été finalement libéré et, après plus de trois ans, son passeport lui a été rendu. « Je comprends pourquoi j’ai été arrêté, mais alors pourquoi m’avoir rendu mon passeport ? Je ne le sais pas. Je suis resté très actif pendant toutes ces années. J’ai reçu de l’aide de partout, ce qui a été un énorme soutien pour moi. L’Allemagne m’a beaucoup défendu. A chaque discussion avec des officiels chinois, ses dirigeants parlaient de moi, ils posaient des questions sur ma situation. Je suppose que cela devenait ennuyeux pour la Chine, car diplomatie et économie se rejoignent souvent. J’avais tant de défenseurs à l’extérieur, mon image était très présente : c’est une raison. »

Il en avance une autre : « Il était difficile de s’en prendre à moi, à cause de mon père. » Son père, l’écrivain Ai Qing (1910-1996), fut emprisonné en 1932 par le Kuomintang. Auteur de nombreux poèmes révolutionnaires, il dirigea, dans les premières années de l’ère maoïste, l’Institut central des beaux-arts. Mais, suspecté d’être un « droitier », il fut déporté en 1958 et exilé dans le Xinjiang jusqu’à la mort de Mao, en 1976. Ses œuvres, son engagement politique et la persécution qu’il a subie au temps de la Révolution culturelle ont fait de lui une figure de référence dont la gloire a protégé son fils, pense ce dernier.

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 MUSTAFAH ABDULAZIZ POUR "M LE MAGAZINE DU MONDE"

Et voici donc qu’Ai Weiwei se met à parler de ce père légendaire et de Paris, qu’il a connu à travers les récits paternels et la lecture d’Hugo et de Balzac. La ville qu’il va revoir ce mois-ci, le temps d’y préparer son exposition, ne ressemble plus à celle que décrivaient ces auteurs, il le sait et n’est pas loin de le regretter. Mais il veut aller sur les traces d’Ai Qing.

Celui-ci, étudiant, séjourna à Paris entre 1929 et 1932. Il y apprit le français et traduisit en chinois Les Villes tentaculaires, le plus célèbre recueil de poèmes d’Emile Verhaeren. Avec quelque difficulté, son fils retrouve le titre du livre. « En fait, tout est parti de Paris. Quand il en est revenu, mon père était devenu un révolutionnaire et il a été aussitôt arrêté. »

A moitié riant, à moitié sérieux : « Cette histoire a donc commencé en France. Les droits de l’homme, c’est la Révolution française. C’est pour ces droits que nous devons nous battre, au nom de l’humanité et de l’humanisme. Sinon, il n’y a plus d’êtres humains, il n’y a que des masses. Il ne faut jamais l’oublier. J’ai eu beaucoup de chance : je suis encore en vie, je peux travailler. Ils ne m’ont pas détruit. »

« Child’s Play » (Jeu d’enfant), une exposition d’Ai Weiwei au Bon Marché Rive Gauche, 24, rue de Sèvres, Paris 7e. Du 16 janvier au 20 février.

 

15 mars 2018

In memorem - AUSCHWITZ

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Ces photos Czesława Kwoka prise dans le camp d'Auschwitz en 1943 ont été colorisée par l'artiste brésilienne Marina Amaral. — DR - Marina Amaral

Le 12 mars 1943, Czesława Kwoka, une adolescente polonaise de 14 ans a succombé, à Auschwitz (Pologne), à une injection de phénol dans le cœur. « Selon le témoignage d’un survivant [du camp de concentration et d’extermination], Wilhelm Brasse, (…) elle a été battue par l’un des gardes », précise le Mémorial d’Auschwitz qui a posté mardi sur Twitter, soixante-quinze ans après sa mort, des portraits de la jeune fille photographiée juste après qu’elle a été rouée de coups.

Une série de clichés qui a été colorisée par l’artiste brésilienne Marina Amaral. Cette dernière s’est également exprimée sur Twitter : « Czesława Kwoka avait seulement 14 ans, mais elle était plus courageuse que je ne le serai jamais. Si je me fais une petite coupure au doigt, c’est la fin du monde. Elle, a été tabassée par un kapo, mais elle a l’air si forte. Cela m’est apparu encore plus réel et puissant après que j’ai colorisé les ecchymoses et le sang sur son visage. »

Sur la version en couleur de l’image, le triangle cousu sur la tenue de la jeune fille est rouge. « Czesława était considérée comme une prisonnière politique car elle vivait à Zamosc. Elle est restée dans le camp seulement trois mois avant d’être tuée – moins d’un mois après sa mère, Katarzyna Kwoka, qui a connu le même sort », informe Marina Amaral.

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« Regardez les yeux de Czesława »

« Je crois fermement au pouvoir que revêt le fait de voir des visages comme celui de Czesława en couleurs, explique l’artiste. Comme je l’ai souvent dit, il est bien plus facile de s’identifier à ces personnes une fois que l’on comprend et qu’on les VOIT comme de vrais êtres humains. Cela peut paraître absurde. Mais s’il est nécessaire d’en passer par là pour apprendre quelque chose et se sentir plus intimement concerné, alors, qu’il en soit ainsi. (…) Cela n’a rien à voir avec moi ou mon travail mais avec le pouvoir qu’ont les couleurs de nous faire comprendre que ces gens qui vivaient des centaines d’années avant nous avaient aussi des familles, des amis et des rêves et ont vécu des moments difficiles – tout comme nous. Regardez les yeux de Czesława. »

Le tweet du Mémorial d’Auschwitz a suscité des centaines de commentaires, a été retweeté plus de 7.500 fois et "favorisé" par plus 36.400 personnes. Les réactions confirment ce qu’explique Marina Arabal. « Absolument déchirant », avance une internaute quand un autre compare ces images à celles, actuelles, « du génocide des Rohingyas, des crimes de guerre syriens, de la brutalité policière envers les Afro-Américains. Ce regard est obsédant.

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L’artiste signale que si elle a pu faire ce travail de colorisation, c’est parce que cette photo est tombée dans le domaine public et qu’elle ne réitérera l’expérience que si elle a la permission de le faire. Marina Amaral s’est fait une spécialité de faire passer à la couleur des photographies historiques, qu’il s’agisse d’un portrait de Lincoln ou d’images du Débarquement.

14 juin 2018

Un rêve pour l'Aquarius – Laurent Joffrin

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L’Aquarius n’est pas tiré d’affaire. Les migrants qui sont à son bord non plus. À cause des conditions de mer difficiles – un vent annoncé à 35 nœuds et des vagues de quatre mètres – il s’est dérouté. Au lieu de gouverner directement vers Valence, où il devait arriver samedi, il longe les côtes est de la Sardaigne, rallongeant nettement le temps de voyage.

Faisons un rêve : devant cette situation, qui n’est guère conforme à la dignité humaine, ni aux règles maritimes reconnues par tous, le gouvernement français accepte d’accueillir le navire dans un port de la Corse, qui n’est guère éloignée, comme on sait, de la Sardaigne. Conformément à la proposition avancée par les responsables corses, les migrants sont accueillis, soignés, et leur situation juridique est examinée selon les lois en vigueur. Certains peuvent rester en Corse, d’autres sur le continent, d’autres encore se rendre à Valence, d’autres enfin n’auront pas vocation à s’installer en Europe, selon les procédures habituelles. Saisissant l’occasion, répondant à l’émotion suscitée par l’affaire, les grands pays européens, à la demande de la France, se réunissent en urgence à Bruxelles et ouvrent une conférence destinée à dégager une position commune équilibrée, entre l’accueil nécessaire et la régulation inévi table du flux d’immigration. Si certains – les pays de l’est notamment - refusent tout compromis, les pays attachés à l’Union et aux principes qui le fondent concluent un accord entre eux autour de règles humaines et raisonnables. Fruit de concessions réciproques, l’accord sera inévitablement critiqué. Mais au moins, l’Europe aura montré sa volonté commune et mis fin à l’impuissance qu’elle affiche en cette matière depuis plusieurs années.

Mais c’est un rêve. Entre cynisme et hypocrisie, on obligera l’Aquarius à une longue et éprouvante navigation alors que le bon sens voudrait qu’il puisse gagner le port le plus proche. Politiquement, l’Union aura démontré son inexistence dans ce dossier, laissant les Etats membres réagir en ordre dispersé et les partisans de la fermeture des frontières triompher.

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26 décembre 2015

In memorem : 16 décembre 2011 - Naufrage du TK BREMEN sur la plage de Kerminihy - Erdeven

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Voir mes précédents billets sur le TK Bremen :

Exposition à Erdeven     11/09/2015

TK Bremen. Des morceaux du cargo...  20/03/2013

Erdeven. Un petit souvenir du TK Bremen          24/01/2013

Plage de Kerminihy - "TK...         27/12/2012

TK Bremen : il y a tout juste un an !        16/12/2012

TK Bremen : une récompense pour la...               16/10/2012

Erdeven : après le TK Bremen   26/07/2012

Save the date : "Nu pour la...    26/07/2012

Erdeven : exposition TK BREMEN jusqu'au...     24/07/2012

Erdeven - "Je suis en WOUACANCES... 24/07/2012

Erdeven : l'hélice du TK Bremen à côté...             05/07/2012

Erdeven : le TK Bremen sur les bols...    22/06/2012

Le TK Bremen dans le cadre du Festival...            02/05/2012

Pour y accéder (après avoir noté les différentes dates) voir l'historique en cliquant sur le lien suivant : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/index.html 

Voir égaleme'nt mes billets au cours du mois de décembre 2011 : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/2011/12/index.html

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8 mars 2018

IDF : une campagne pour lutter contre le harcèlement dans les transports

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Île-de-France Mobilités, la RATP et la SNCF ont lancé, lundi 5 mars, une campagne de sensibilisation contre le harcèlement sexiste et sexuel dans les transports en commun.

Une initative nécessaire, alors que neuf voyageuses sur dix déclarent avoir été victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle dans les transports en commun, selon la SNCF. Un fléau que les organisateurs de cette campagne comptent bien prévenir en sensibilisant tous les usagers à signaler toutes les situations qui présentent un risque pour les voyageurs.

Jusqu'au 27 mars, les Franciliens pourront lire «Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel. Victimes ou témoins, donnez l’alerte !» sur des affiches des couloirs du métro parisien ou sur les bus. Les affiches ont été pensées sur le même concept. Une femme tient une barre de métro dans un paysage naturel, et derrière elle, un animal sauvage, représentant le harceleur, est prêt à l’attaquer.

Un concept qui a suscité quelques critiques, soulignant que de mettre un animal sauvage à la place des hommes sur les affiches n'était pas la meilleure manière de faire en sorte que ces messieurs se sentent concernés.

6 mars 2018

Parc éolien de Saint-Brieuc. Des pêcheurs amers

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Article de Charles Drouilly

À compter de ce mardi, une partie de la baie de Saint-Brieuc est soumise à un nouvel arrêté. La zone de pêche est concernée, les professionnels dénoncent un manque de concertation.

En baie de Saint-Brieuc, le projet de parc éolien offshore suit son cours. Pour rappel, en 2023, 62  éoliennes auront poussé à 16 km de la côte. Un projet à plus de deuxmilliards d'euros dont l'ambition est de produire 8 % de la consommation bretonne en électricité.

Une campagne géotechnique

En attendant, le consortium Ailes Marines, en charge du projet, a missionné le groupe Fugro, afin de réaliser une campagne « géotechnique ». L'idée consiste à définir avec exactitude la composition du sol et du sous-sol marin. 19 forages ont été réalisés en 2017, 44  doivent encore être faits en 2018. Pour ce faire, le navire Gargano va sillonner la zone. En route, il est attendu en baie de Saint-Brieuc d'ici ce mardi soir. Un deuxième navire « Le Normand Flower » devrait arriver mi-avril.

Par conséquent, la préfecture maritime de l'Atlantique a pris un arrêté. Ce dernier stipule que « lorsque le navire Gargano évolue au sein de la zone, en opération effective de reconnaissance géotechnique, le stationnement et le mouillage de tout navire ou engin de plaisance, ainsi que la pratique de la pêche, de la baignade et de la plongée sous-marine du navire sont interdits à moins de 0,25 mille marin ».

« Prévenus au dernier moment »

Une réglementation qui n'est pas franchement du goût des pêcheurs locaux. « Une campagne géotechnique a déjà eu lieu l'été dernier et tout s'était bien passé. Mais ce coup-ci, nous avons été prévenus au dernier moment et nos recommandations, notamment le souhait que cette campagne se déroule à partir du mois de juin, n'ont pas été prises en compte », déplore Alain Coudray, président du comité départemental des pêches maritimes des Côtes-d'Armor.

Ce dernier a la responsabilité de transmettre quotidiennement la position du navire Gargano aux professionnels dans le but de définir une zone de « cohabitation ». Dans un communiqué, les comités départementaux des pêches maritimes des Côtes-d'Armor et d'Ille-et-Vilaine annoncent que « la reprise de cette campagne ne sera pas sans conséquences sur la concertation avec les pêcheurs professionnels et le bon déroulement de l'étude géotechnique ».

D'autant que prévue initialement jusqu'à la mi-août, « la durée de la campagne peut varier selon les conditions météo », prévient Ailes Marines.

Une centaine de professionnels impactés

Avec une centaine de professionnels impactés directement par le projet éolien, sur les 280 pêcheurs présents en baie de Saint-Brieuc, cette nouvelle campagne géotechnique attise un peu plus les craintes ressenties au niveau local.

« Ni pour, ni contre, notre volonté est toujours d'être associé au projet afin que des études soient réalisées sur l'impact que le parc aura sur la profession », tempère Alain Coudray.

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15 décembre 2015

Justice : le démontage de la statue Jean-Paul II de Ploërmel annulé

Comme le lui avait préconisé le rapporteur public le 24 novembre, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé mardi le jugement du tribunal administratif de Rennes qui avait ordonné en avril dernier à la ville de Ploërmel (Morbihan) de démonter sa statue monumentale de l'ancien pape Jean-Paul II.

Les juges rennais avaient été saisis par la fédération de la Libre Pensée, une association de « défense de la liberté de conscience », et par Raymonde Protin et Gilles Kerouédan, deux habitants de la commune. Ils avaient alors annulé le « refus implicite » de la Mairie de retirer cette statue de 7,50 m de haut, et l’avaient enjoint de s’exécuter sous six mois.

La requête aurait dû viser la délibération initiale

Toutefois, leurs homologues nantais ont considéré que la requête aurait dû viser la délibération initiale du conseil municipal de Ploërmel, autorisant en 2006 l’installation de la statue, et non le « refus implicite » du maire de l’enlever.

« La Cour a estimé que les demandes [...] tendaient implicitement, mais nécessairement, à l‘abrogation de la délibération du conseil municipal [...], devenue définitive », estime la juridiction dans un communiqué de presse."

« Elle a donc jugé que la méconnaissance des dispositions [...] de la loi de 1905, qui affectait la délibération dès son origine, ne pouvait être invoquée pour contester la légalité des décisions refusant de procéder à l‘abrogation de celle-ci. »

Hommage à l’homme d’Etat

Les juges nantais, dont les motivations précises devraient être connues sous 48 heures, semblent ainsi rejoindre sur le fond l’avis de leur rapporteur public : sur le fond, il n’avait rien trouvé à redire sur le caractère « illégal » de cette statue de Jean-Paul II, qui avait été offerte à l’époque par le sculpteur russe de renommée internationale Zourab Tsereteli. Entourée d’une arche surmontée d’une croix latine, elle avait été installée sur une place au nom de l’ancien pape.

La loi de 1905, sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, interdit en effet aux communes d’édifier des emblèmes religieux à des endroits autres que les lieux de culte, les cimetières, les musées ou les expositions. « Quand bien même cette statue serait une œuvre d‘art, la place Jean-Paul-II n‘est pas un musée ou un lieu d‘exposition », avait commenté le rapporteur public à l’audience, pour qui « l’intérêt touristique » ou « le passé religieux de Ploërmel » ne change en rien la donne.

« Cette statue avait vocation à rendre hommage à l‘homme d‘Etat qu‘était Jean-Paul II, et s‘insère parfaitement dans la tradition locale de Ploërmel », avait maintenu pour sa part à l’audience l’avocate de la commune, Me Catherine Logéat.

« Mes clients n‘ont absolument rien contre la statue de Jean-Paul II, qui n‘a rien de répréhensible : c‘est la croix qui pose problème », avait répliqué Me Aline Vérité, l’avocate de la fédération de la Libre Pensée. « A Paris, une copie de cette statue a été installée derrière Notre-Dame-de-Paris, et là-bas, ils ont eu l‘intelligence d‘enlever l‘arche et la croix. »

L’avocate avait ainsi annoncé, sitôt la fin de l’audience, que ses clients contesteraient devant le Conseil d’Etat la décision de la cour administrative d’appel de Nantes, si celle-ci venait à suivre les conclusions de son rapporteur public.

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27 février 2018

Le PCC autorise Xi Jinping à rester au-delà de son prochain mandat

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Par Brice Pedroletti, Pékin, correspondant - Le Monde

Le président chinois pourra rester à la tête de l’Etat en vertu d’une réforme de la Constitution qui confirme et accompagne la consolidation de son pouvoir.

Désigné comme « noyau dirigeant » du Parti communiste chinois (PCC) fin 2016, Xi Jinping a vu, honneur jusqu’alors réservé seulement à Mao, sa « pensée » inscrite dans les statuts du parti lors du XIXe Congrès d’octobre 2017, qui l’a reconduit pour cinq ans à la tête du parti.

Il avait alors dérogé à l’usage constituant à faire entrer au comité permanent – l’organe suprême de direction du PCC –, de possibles successeurs issus de la nouvelle génération de cadres, ce qui interrogeait sur les scénarios possibles en 2022, au terme du quinquennat tout juste entamé.

Car la Constitution limitait jusqu’alors les mandats du président, une fonction occupée en principe par le secrétaire général du parti (M. Xi sera désigné président du pays lors de la session parlementaire de mars), à deux mandats. C’est cette limite des deux mandats qui disparaît dans la série d’amendements décidée par le Comité central issu du XIXe Congrès lors du second plénum en janvier.

« C’est une manière d’assumer directement un changement des règles plutôt que d’interpréter de façon souple les règles existantes. Le seul poste important, celui de secrétaire général du PCC, n’était pas contraint par la limitation des mandats, il aurait donc été tout à fait possible qu’un secrétaire général enchaîne trois mandats, en découplant ce poste de celui de président », note le sinologue Sebastian Veg.

Vraie fausse surprise

L’agence Xinhua n’a publié que dimanche 25 février le texte détaillé des amendements prévus lors du second plénum, pourtant clos il y a plus d’un mois. L’annonce a fait l’effet d’un choc, feutré, tant l’expression de vues critiques est jugée risquée dans la Chine de Xi Jinping.

Sur la messagerie Wechat, des internautes diffusent toutes sortes de plaisanteries. « Mais quelle grande nouvelle ! Est-ce qu’on peut demain prendre un jour de congés ? », dit l’une d’elle. Un autre message montre une image du dessin animé Winnie l’ourson, censuré en Chine depuis que les internautes en ont fait le symbole de Xi Jinping : on y voit l’ourson collé à un pot de miel, avec comme légende « si vous aimez quelque chose, collez-vous y ».

Des commentaires relaient des citations de Hannah Arendt, d’autres font allusion à Yuan Shikai, l’ancien seigneur de guerre qui entreprit de s’autoproclamer empereur en 2015 dans une tentative désastreuse de restaurer l’Empire. Une image sur Wechat montre le portrait de Mao sur la place Tiananmen remplacé par celui de Xi.

C’est moins la vraie fausse surprise d’un troisième mandat pour Xi que l’éventualité d’une « présidence à vie » qui titille l’opinion publique. « La suppression de la limite des deux mandats n’est pas comparable au système du mandat à vie sous Mao. L’histoire montre que cela ne peut mener qu’au désastre, je ne pense pas que Xi Jinping ira jusque-là », réagit le politologue chinois Hu Xingdou, interrogé par téléphone.

Un nouveau plénum du Comité central, le troisième depuis le XIXe Congrès, doit ouvrir ce lundi afin de finaliser les recommandations du PCC à l’Assemblée pour l’ensemble des postes du gouvernement et des institutions.

Super-ministère anti-corruption

Hormis la question des mandats présidentiels, plusieurs dizaines d’articles de la Constitution font l’objet de propositions de révision, dans l’objectif est de mettre en conformité la loi fondamentale avec les ambitions de la « nouvelle ère du socialisme à caractéristiques chinoises » proclamée par M. Xi en octobre 2017.

Le PCC va également soumettre à l’Assemblée la création très attendue de la nouvelle Commission nationale de supervision. Ce super-ministère anti-corruption va élargir au niveau national, les prérogatives de la Commission centrale de discipline interne (CCDI) du PCC, l’arme dont s’est servi M. Xi et ses fidèles pour mener une purge historique dans les rangs du parti unique. Il étend également les pouvoirs de la CCDI au-delà des membres du parti à tous les fonctionnaires.

L’enjeu, pour Xi Jinping, est de sécuriser la place inamovible du PCC à la tête du pays dans une Constitution, celle de 1982, dont se réclamaient, malgré toute son impotence et ses limites (il n’y a pas de contrôle de constitutionnalité en Chine), les partisans de réformes politiques, aussi bien à l’intérieur du PCC, qu’à l’extérieur, les professeurs de droits constitutionnels, les avocats des droits de l’homme ou encore les intellectuels. Cette opposition légaliste visait à faire réellement appliquer les libertés d’expression, mais aussi de rassemblement défendues par la Constitution, et à pousser à une plus grande séparation du parti et de l’Etat.

Le rôle dirigeant du PCC n’était ainsi évoqué que dans le préambule de la Constitution actuelle. M. Xi a souhaité lever toutes les ambiguïtés. L’article 1 définit désormais « le rôle dirigeant du parti comme le trait le plus essentiel du socialisme aux couleurs chinoises ».

« Insister sur le rôle dirigeant du PCC »

« Le nouvel article inscrit dans la Constitution est un choix historique qui reflète l’expérience du peuple chinois. Il y avait dans le préambule une déclaration similaire, mais elle avait été mise en question par certains qui sont soutenus et manipulés par des forces extérieures. Il était donc essentiel d’insister sur le rôle dirigeant du parti », confirme le Global Times, porte-parole du PCC, dans un éditorial du 25 février.

« C’est réaffirmer le rôle dirigeant du parti, sans le masquer derrière des artifices juridiques ou des institutions étatiques. Celui-ci doit tout diriger, “aux quatre points cardinaux”, comme l’a annoncé Xi lors du XIXe Congrès », nous dit le sinologue Jean-Pierre Cabestan qui publiera en avril Demain la chine : démocratie ou dictature ? chez Gallimard dans la collection Le débat.

Le constitutionnalisme à l’occidentale était le premier des « sept dangers » contre lesquels le PCC avait appelé à une « lutte intense » au début du premier mandat de Xi Jinping, en 2013, au côté des « valeurs universelles », ou encore de la « société civile ». Le régime avait alors déployé une répression policière féroce contre ses partisans, tout en faisant défendre par ses porte-plume la supériorité indiscutable du « socialisme aux couleurs chinoises ». M. Xi semble aujourd’hui avoir gagné cette bataille.

28 février 2018

#MeToo et le harcèlement en photographie

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Still from the movie Blow-Up (1966), by Michelangelo Antonioni

Dans cet essai, l’auteur américain Jordan Teicher revient sur les scandales qui ont touché récemment plusieurs photographes de mode et discute l’importance de ces évènements dans l’histoire de la photographie.

Depuis le jour où l’auteure Susan Sontag a publié son essai polémique On photography en 1973, le fait qu’un appareil photo puisse servir à contrôler des êtres humains et en faire des objets est une idée largement acceptée. « Photographier quelqu’un, écrivait-elle, c’est l’équivalent d’un meurtre sublimé, et l’appareil photo est une sublimation de l’arme à feu. Prendre des photos, c’est commettre un meurtre doux, tout à fait apte en cette époque de tristesse et de peur. »

Bien-sûr, la violence qu’elle décrit est symbolique. Aujourd’hui cependant, l’époque est encore plus triste et effrayante, et la série d’accusations de harcèlement sexuel prononcées à l’égard de photographes fait écho à ses paroles, soulignant qu’une photographie peut résulter de violations, au sens figuré comme au sens propre.

Ces accusations atteignent les plus hauts échelons de l’univers de la photographie, dont les photographes de mode Bruce Weber, Mario Testino and Anthony Turano. Dès leur diffusion, Turano s’est retiré, tandis que le groupe de presse Condé Nast s’est séparé de Weber et Testino. Tous trois réfutent les allégations.

Les conséquences pour leur vie professionnelles sont claires. Tout comme d’autres personnalités mises à mal par le mouvement #MeToo, ces hommes seront pour toujours associés au harcèlement sexuel et leurs carrières sont irrémédiablement entachées. Et qu’en est-il de l’impact sur l’œuvre culturelle qu’ils laissent derrière eux ? Est-il possible de dissocier leur comportement de leur travail ? Est-il légitime de le faire ?

Ce n’est pas la première fois que nous nous demandons s’il convient de séparer la création d’un individu de son comportement personnel horrifiant. Beaucoup ont essayé d’écouter les compositions de Richard Wagner sans penser à son antisémitisme, ou tenté de regarder Manhattan sans penser au harcèlement sexuel dont Woody Allen est accusé. Ce n’est pas une tâche aisée, mais c’est possible. L’œuvre, c’est une chose, dira-t-on, et la personne, c’en est une autre.

L’argument devient pourtant de plus en plus difficile à soutenir, au fur et à mesure que le comportement en question se rapproche des autres personnes investies dans le processus créatif. La chose devient quasiment impossible lorsque la création elle-même constitue un enregistrement réaliste, visuel et presque instantané de ce comportement – indéniablement, c’est bien cela que représentent les photos prises par Weber, Turnano et Testino de leurs accusatrices.

Et voilà pourquoi l’on ne peut pas justifier de dissocier le comportement supposé de ces hommes des photos qu’ils ont prises : car très souvent, les accusatrices sont également leurs sujets. Turano proposerait des photos en échange d’actes sexuels, Weber abuserait de ses modèles tout en les photographiant, et Testino ferait des suggestions à teneur sexuelle pendant les séances de shooting. Même si les limites techniques de l’appareil ne permettent pas de rendre compte de ces agissements, ces hommes laissent des traces de leur être et de leur comportement rapporté dans toutes ces photographies.

Dans le domaine du portrait, il est toujours extrêmement difficile de séparer l’œuvre du photographe. Comme le dit le philosophe américain Richard Shusterman, le portrait constitue non seulement une photographie mais « un complexe plus étendu d’éléments, un processus qui inclut le photographe, le sujet humain qui, volontairement, sert de cible photographique, l’appareil… et enfin le décor où se déroule la séance ».

Les échanges entre le photographe et son sujet, poursuit-il, représentent une composante cruciale de la création, et revêtent une « importance esthétique ». Selon lui, le cœur de cette interaction est la mission du photographe, qui doit gagner la confiance du sujet au travers d’un langage corporel qui « ne doit pas être menaçant », ni « intrusif », mais plutôt « bienveillant » et « amical ». Le comportement du photographe envers son sujet, projeté par son « style somatique », « déteint sur le sujet photographié, dont la présence ou l’essence ainsi magnifiée peut alors être capturée pour aboutir à la photo ».

On doit alors se demander ce qu’il advient, si le style somatique du photographe n’est ni bienveillant et amical, mais plutôt le contraire ? Que se passe-t-il si, comme avec certains des pires personnages du monde de la mode, ce style se caractérise par le harcèlement sexuel ou l’intimidation ? Il s’ensuit forcément que cette conduite toxique se projette sur le sujet, et rejaillit sur la photo – dont l’esthétique devient alors très particulière…

Que cette esthétique attire depuis des années l’œil du monde de la mode – et du consommateur également – est troublant. Mais pas si surprenant. Les grandes féministes ont remarqué depuis longtemps que les publicités représentent fréquemment les femmes comme objets d’utilité sexuelle, implicitement soumis à l’homme. Comme preuve visible de cette dynamique, elles citent souvent ce que l’on voit clairement dans le cadre de l’image : les poses qui, « sournoisement, rabaissent le sujet féminin », en suggérant que son corps n’existe que pour être consommé par les observateurs. Le fait que ces poses, qui sont chorégraphiées pour satisfaire le regard masculin, puissent également être assumées par des sujets hommes, est une révélation souvent attribuée à Weber.

Pour John Berger, auteur de Voir le voir, ces poses contribuent à façonner un fantasme employé stratégiquement pour vendre des produits aux spectateurs. Ce fantasme, suggère-t-il, met sur un même plan le pouvoir d’acheter et l’aptitude à attirer l’amour et être sexuellement désirable. Berger voit clair. Mais sa dialectique laisse de côté les façons dont le processus d’élaboration du fantasme peut devenir l’occasion pour certains photographes de réaliser leurs propres fantasmes – et d’infliger de profondes blessures à leurs sujets.

Certains photographes accusés de harcèlement ont avoué l’existence de ce jeu de pouvoir. Terry Richardson s’en est même vanté, expliquant à mots crus qu’après avoir été un « gamin timide », il était devenu un mâle imposant, satisfait de dominer les filles à ses pieds. Notons que Condé Nast ne s’est débarrassé de Richardson qu’en octobre dernier, des années après les premières accusations portées contre lui.

L’attitude de Richardson est représentative de nombre de ses confrères, qui semblent se repaître du potentiel érotique de la relation sujet-photographe, un lien dont le parfait exemple est sans doute la scène mythique du film culte de Michelangelo Antonioni, Blow-Up (1966), séquence dans laquelle un photographe de mode est assis jambes écartées sur une mannequin qui se tord sensuellement tandis qu’il la mitraille.

La photographie est sans doute une plateforme parfaite pour la mise en scène de jeux politico-sexuels, mais pour les prédateurs et leurs victimes, le processus performatif de la photographie n’a rien de fictif. Il se déroule dans un contexte où les photographes détiennent un pouvoir étourdissant, et où les sujets n’en ont que très peu, où les règles de conduite sont floues, et où les mécanismes de signalement de comportements abusifs ont toujours été limités. Les photographes ont ici l’occasion idéale de réaliser leurs désirs sexuels les plus profondément enfouis. Les sujets, eux, se retrouvent en position de vulnérabilité extrême. Les enjeux, pour les deux parties, sont plus que tangibles.

On constate également que d’autres milieux professionnels créatifs présentent des déséquilibres de pouvoirs similaires. Comme le mouvement #MeToo l’a mis en évidence, il n’est pas un seul domaine qui soit à l’abri des conséquences de cette dynamique, du théâtre à la danse en passant par la musique. Il est certain que dans toutes ces arènes, l’inconduite sexuelle impacte le contenu culturel et c’est dans celle de la photographie que cet impact est visible – encore faut-il vouloir ouvrir les yeux.

Dans son ouvrage At the Edge of Sight: Photography and the Unseen (Aux frontières du regard: photographie et invisible), Shawn Michelle Smith explique que dès ses débuts, la photographie « a étendu le champ du visible, tout en exposant ses limites, à la fois physiologiques et technologiques ». Ces limites, affirme-t-elle, sont souvent informées par la culture. « Les répressions volontaires, et les angles morts inconscients, qu’ils soient personnels ou collectifs, limitent ce qui peut ou ne peut pas être vu », écrit-elle. En portant le regard au-delà de notre angle de vision, c’est-à-dire plus loin que le cadre de la photographie, nous pouvons commencer à transcender ces limites et comprendre pleinement ce que nous regardons.

Jusqu’à un certain point, il est compréhensible que les spectateurs aient eu peur de risquer un coup d’œil derrière le rideau pour évaluer les qualités esthétiques du processus performatif de la photographie. Ce qui se passe pendant une séance photo, et surtout un shooting de mode, se fait généralement toutes portes fermées. En principe, personne ne consigne jamais l’interaction entre le photographe et son sujet, et nul ne peut donc se faire une opinion.

Nous disposons désormais des moyens de le faire, grâce aux témoignages des hommes et des femmes qui ont pris la parole au travers du mouvement #MeToo. Ils ont ouvert une fenêtre sur les éléments de la photographie qui dépassent le photographe, à savoir les mots, les gestes, et les contacts physiques non désirés. Ces éléments ont contribué à la création d’images qui ont défini un secteur tout entier.

Ignorer ces témoignages maintenant, ce n’est pas simplement fermer les yeux sur l’acte d’agression, mais devenir aveugle et ne plus voir la vérité.

Jordan Teicher

Américain, Jordan G. Teicher est journaliste et critique. Il est basé à Brooklyn, New York.

5 décembre 2015

COP21 : Ikéa est sur les Champs-Elysées pour sensibiliser le public - ATTENTION : derniers jours

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Photos : Jacques Snap

Dans le cadre de la COP21, le géant suédois s'est installé sur la plus belle avenue du monde jusqu'au 6 décembre, pour sensibiliser le public et l'informer sur les énergies propres

Pour l'occasion, les Champs-Elysées sont transformés en terrain de production d'énergies, avec notamment deux pavillons dédiés à la découverte des gestes à appliquer au quotidien pour économiser l'énergie et oeuvrer en faveur d'un mode de vie durable.

Tous les jours, entre 10h et 22h, le public peut découvrir et expérimenter différents modes de vie durables via coachings, et des ateliers pour adultes et enfants. Les journées sont également rythmées par des débats et des projections.

4 décembre 2015

Vanessa Paradis livre sa vérité sur sa collaboration très compliquée avec Serge Gains­bourg

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« Paradis c’est l’enfer »

Vanessa Paradis fut la dernière chanteuse qui inspira l’immense Serge Gainsbourg. Leur album commun, Variations sur le même t’aime, fut pourtant l’occasion d’affrontements et d’incompréhensions entre les deux artistes.

En 1990, trois ans après le triomphe de Joe le Taxi, Vanessa Paradis était en pleine préparation de son prochain et deuxième album. La toute jeune chanteuse, alors âgée de 18 ans n’avait jamais osé rêver pouvoir rencontrer et encore moins travailler avec son idole, Serge Gainsbourg. Ce fut pourtant chose faite. Les deux artistes se rencontrèrent, et alors que Vanessa Paradis espérait secrètement que le compositeur de génie accepte de lui écrire le texte d’une chanson, c’est tout un album que l’homme à tête de chou lui offrit. Un cadeau inespéré mais aussi le début d’une collaboration très compliquée entre le génie et la chanteuse. Fidèle à son sens de la formule, Serge Gainsbourg dira de cette rencontre professionnelle que « Paradis, c’est l’enfer ».

L’interprète de Bliss fut accusée d’avoir été capricieuse, d’avoir pinaillé sur les textes, de les avoir fait réécrire plusieurs fois à l’auteur de La Javanaise. Vanessa Paradis est revenue sur cette collaboration et les rumeurs qui l’ont entachée dans les colonnes de Vogue, dont elle est la très dénudée invitée d’honneur ce mois-ci. « On a pas mal dit que je lui en avais fait voir de toutes les couleurs, fait réécrire tous les textes, mais c’est faux. Il les écrivait, il venait nous voir en studio, on les découvrait, on les essayait, s’est-elle souvenue. Il y en avait des sublimes, et parfois, il y avait quelques phrases faciles que je lui ai demandé de reprendre. Mais on parle d’une phrase ou deux sur trois chansons, rien de plus. Serge, c’est un génie, mais ça ne l’empêchait pas parfois de recycler une bonne formule. Je suis sûre qu’au final, il devait être ravi que je n’aie pas laissé passer une phrase complaisante. »

Fidèle au franc-parler qu’on lui connaît, Vanessa Paradis est revenue sans concession, sur la personnalité hors du commun – mais compliquée à gérer – et le talent fou que possédait Serge Gainsbourg : « Serge c’est un génie […]. On savait que les humeurs de Serge pouvaient changer, qu’il avait des hauts et des bas fulgurants, qu’il passait du rire aux larmes, du sérieux à la déconnade en un quart de seconde. »

Mais elle avait beau savoir tout ça, l’ancienne compagne de Johnny Depp n’en a pas moins été touchée lorsque le grand Serge a raconté publiquement sa version de la création de Variations sur le même t’aime : « En promo, il a dit que ça avait été l’enfer, qu’on l’avait fait travailler dur, qu’on l’avait fait boire. Je ne l’ai pas très bien compris et pas très bien vécu, pour être tout à fait sincère. »

Heureusement pour Vanessa Paradis, Serge Gainsbourg, peut-être conscient d’être allé un peu loin, lui demandera pardon dans un « message d’excuse d’une tendresse infinie » laissé sur son répondeur téléphonique. Un message qu’elle conserve précieusement depuis vingt-cinq ans.

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1 décembre 2015

Changement de ton : Pirelli célèbre les femmes accomplies en 2016

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Pas de seins ni de fesses exhibés : cette année, le célèbre calendrier Pirelli fait la part belles aux femmes non pas sexy mais accomplies. Présentée lundi 30 novembre à Londres, la version 2016 met à l’honneur des femmes emblématiques de la réussite professionnelle, sociale, culturelle, sportive ou artistique sous l’objectif de la photographe américaine Annie Leibovitz. Parmi elles, l’actrice Yao Chen – première Chinoise ambassadrice de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés –, le mannequin Natalia Vodianova, la star du tennis Serena Williams ou encore la comédienne Amy Schumer.

« Pour le calendrier 2016, nous avons opté pour une approche entièrement différente, mais toujours aussi simple : une série classique de portraits en noir et blanc photographiés dans mon studio. Lorsque Pirelli m’a contactée, ils m’ont dit qu’ils souhaitaient rompre avec le passé et ont suggéré l’idée de photographier des femmes remarquables. Je souhaitais que les clichés représentent les femmes telles qu’elles sont réellement, sans affectation » a expliqué Annie Leibovitz.

Patti Smith by Annie Leibovitz

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17 février 2018

Qui est Patrick Demarchelier, le photographe français et portraitiste de Lady Diana accusé de harcèlement sexuel?

#METOO Proche d'Anna Wintour et de Lady Diana, le photographe de 74 ans Patrick Demarchelier est accusé de harcèlement sexuel par son ancienne assistante...

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Le photographe Patrick Demarchelier et Anna Wintour, la rédactrice en chef du «Vogue» américain, le 2 mars 2017. — Swan Gallet/WWD/Shutter/SIPA

Vendredi, le Boston Globe publiait un article avec des témoignages accusant Patrick Demarchelier de harcèlement sexuel. Le photographe français de 74 ans est une star de la mode et du showbiz, qui a notamment participé au calendrier Pirelli de 2005 et 2008. Il a photographié beaucoup de mannequins, parmi lesquels Kate Moss, et est à l’origine de nombreuses photos de couvertures d’albums de stars de la musique comme Elton John, Céline Dion ou Madonna.

Une longue collaboration avec Anna Wintour

Sa célébrité dans le milieu de la mode est telle que son nom est cité à plusieurs reprises dans le film Le diable s’habille en Prada, satire du monde de la mode où Meryl Streep campe un personnage inspiré d’Anna Wintour. Il a longtemps travaillé avec la prêtresse de la mode, pour laquelle il a réalisé bon nombre de couvertures.

L’ancienne assistante du photographe – anonyme- qui a témoigné, explique avoir cédé aux avances insistantes de Patrick Demarchelier, de peur de compromettre son avenir professionnel si elle persistait à refuser. Elle dit avoir demandé instamment à Anna Wintour, de ne plus laisser le photographe travailler avec de jeunes mannequins.

Photographe de mode à 20 ans

Le photographe est né au Havre, en Normandie, en 1943. Il se fait offrir son premier appareil photo à 17 ans et commence à photographier des mariages. Après avoir assisté le photographe Hans Feurer, il devient photographe de mode. Ses premières photos paraissent dans les magazines Elle et Marie Claire au début des années 1970.

En 1974, il s’installe à New York et commence à travailler pour Condé Nast, l’éditeur de magazines comme Vogue, Vanity Fair, Glamour ou encore The New Yorker. Il photographie les stars au naturel et enchaîne les portraits dans lesquels il met en avant leur spontanéité. Dans les années 1990, alors que Lady Diana cherche à renouveler son image, elle embauche le photographe comme portraitiste personnel.

Accusé d’avoir touché des parties génitales

Le Boston Globe cite également le cas de six autres femmes accusant toutes le Français de harcèlement sexuel. L’une d’entre elles raconte que le photographe lui a mis la main sur ses parties génitales, et une autre qu’il lui a touché la poitrine.  Patrick Demarchelier n’a pas donné suite dans l’immédiat.

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Patrick Demarchelier en 2009. Photo : J. Snap

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