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Jours tranquilles à Paris
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17 avril 2013

Paris redonne vie au Louxor.

Le maire PS de la capitale, Bertrand Delanoë, inaugure ce matin le cinéma classé «art et essai», laissé à l’abandon depuis 1987 et désor mais entièrement rénové, dans le quartier de Barbès. Trois ans de travaux et 25 millions d’euros d’investissement ont été nécessaires à la ville pour redonner son éclat à ce patrimoine historique. L’architecture de 1921 a été préservée, tout comme les mosaïques bleu et or inspirées de l’antiquité égyptienne qui décorent le bâtiment. Les cinéphiles pourront s’installer dans les trois salles (541 places au total) dès demain, avec quatre longs-métrages à l’affiche, parmi lesquels No, du Chilien Pablo Larraín et The Grandmaster, un film d’action chinois. Le prix du billet sera de 9 euros (5 euros le matin) et sera compris dans les abonnements illimités UGC-MK2 et Gaumont-Pathé.

www.cinemalouxor.fr

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15 avril 2013

Explosions à Boston....

Plusieurs personnes ont été blessées, lundi 15 avril, après deux importantes explosions qui se sont produites en plein centre-ville, près de la ligne d'arrivée du marathon de Boston, dans le Massachusetts aux Etats-Unis.

Les télévisions américaines montraient des images de chaos, des rues jonchées de débris et des véhicules de secours portant des brancards. Des médias, comme le Business Insider, parlent de douzaines de blessés, tandis que CNN rapporte un bilan d'au moins six blessés. Une vidéo, diffusée sur le site de CBS Boston, montre l'explosion et le déroulement des événements en direct.

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14 septembre 2018

Entre la France et l’Algérie, les plaies toujours ouvertes de la mémoire

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Par Charlotte Bozonnet, Ghalia Kadiri

Après la reconnaissance par Emmanuel Macron du recours à la torture pendant la guerre d’Algérie, les comptes sont loin d’être soldés entre les deux pays.

En reconnaissant la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin et le recours à la torture pendant la guerre d’Algérie, le président Emmanuel Macron fait un pas décisif dans un travail de mémoire lent et délicat entre les deux pays.

Les massacres de Sétif, Guelma et Kheratta

Les massacres perpétrés à partir du 8 mai 1945 dans l’Est algérien sont considérés comme le véritable premier acte de la guerre d’Algérie. Ce jour-là, alors que la France fête la victoire contre le nazisme, l’histoire tourne au drame à Sétif, mais aussi à Guelma et à Kheratta, où des manifestations sont réprimées dans le sang. En quelques semaines, des milliers d’Algériens – entre 10 000 et 45 000, selon les sources – seront tués, ainsi qu’une centaine d’Européens.

En 2005, une première reconnaissance est formulée par l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, qui évoque une « tragédie inexcusable ». En 2008, l’ambassadeur Bernard Bajolet pointe à son tour la « très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière », ajoutant que « le temps de la dénégation est terminé ». En avril 2015, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants et à la mémoire, Jean-Marc Todeschini, se déplace à Sétif pour, soixante-dix ans après, commémorer les faits. Une première pour un responsable français.

La responsabilité française dans la guerre et la colonisation

Le déplacement de M. Todeschini à Sétif entre dans le cadre de la politique mémorielle annoncée par François Hollande. Devant le Parlement algérien, en décembre 2012, le chef de l’Etat français avait dénoncé la colonisation, « un système profondément injuste et brutal », et reconnu « les souffrances […] infligées au peuple algérien », dont les massacres de Sétif, Guelma et Kheratta. « Le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles », poursuivait le président. Un discours qui a fait date.

Son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, avait déjà dénoncé le système colonial lors d’un discours le 3 décembre 2007 : « Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité », avait déclaré le président à Alger. Mais la portée de ses déclarations s’était rapidement atténuée : sitôt rentré d’Algérie, Nicolas Sarkozy avait reçu à l’Elysée les représentants des harkis, provoquant la colère d’Alger.

Lors d’un discours le 3 mars 2003, Jacques Chirac avait, lui, limité la reconnaissance des souffrances subies par le peuple algérien à la période de la guerre.

Quant à Emmanuel Macron, il a marqué les esprits en, Algérie, avant même son élection. Lors d’un déplacement à Alger, en février 2017, celui qui n’était alors que candidat à l’élection présidentielle avait déclaré vouloir réconcilier des « mémoires concurrentes ». La colonisation fut « un crime, un crime contre l’humanité, une vraie barbarie », avait-il déclaré en réponse à une question, poursuivant : « Ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et de ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. » Ses propos avaient provoqué des réactions scandalisées de responsables politiques de droite et d’extrême droite. « Emmanuel Macron commet une faute politique », avait estimé Bruno Retailleau, sénateur LR proche de François Fillon.

Lors de son premier déplacement à Alger en tant que chef de l’Etat, Emmanuel Macron avait martelé son intention de « tourner la page du passé » pour « construire une nouvelle relation avec l’Algérie et notamment avec la jeunesse ».

L’assassinat des moines de Tibéhirine

Vingt-deux ans après le drame, l’affaire continue d’empoisonner régulièrement les relations franco-algériennes. Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, en pleine guerre civile, sept religieux français sont enlevés dans leur monastère à 80 km au sud d’Alger. Leur mort est annoncée quelques semaines plus tard par le Groupe islamique armé (GIA). Mais les circonstances de leur décès sont rapidement controversées. Des accusations émergent sur une possible implication des militaires algériens dans l’assassinat des religieux français.

En 2014, après des années de bataille judiciaire, des prélèvements sur les crânes des religieux sont finalement autorisés par les autorités algériennes. Une première dans cette affaire, alors qu’aucune autopsie n’avait été effectuée depuis 1996. Après deux années de discussions, les prélèvements sont rapportés en France en juin 2016. Le 29 mars 2018, des expertises scientifiques révèlent que les moines auraient été tués avant la date officielle de leur mort, le 21 mai 1996, et décapités post mortem, faisant peser des doutes sur la version officielle de leur assassinat.

Le 10 avril, l’Algérie donne au Vatican son accord pour la béatification des moines de Tibéhirine, qui pourrait se dérouler à Oran dans les prochains mois, selon le ministre algérien des affaires étrangères.

L’indemnisation des victimes algériennes

Les victimes algériennes de la guerre d’indépendance ont longtemps attendu ce moment. Plus de cinquante-cinq ans après la fin de la guerre d’Algérie, le Conseil constitutionnel a censuré, le 8 février 2018, la loi de 1963 prévoyant un « droit à pension » qui excluait les non-Français. Potentiellement, ce seraient plusieurs dizaines de milliers de victimes algériennes (15 000, selon une note obtenue par le Conseil constitutionnel) ou leurs ayants droit qui pourraient revendiquer une indemnisation.

La pension, souvent symbolique selon le niveau d’invalidité de la victime, est néanmoins une reconnaissance du statut de victime. Même si l’interprétation des exclusions prévues par la loi ne sera pas aisée et soulève encore beaucoup de questions. L’indemnisation financière ne fait pas partie des revendications des autorités algériennes, qui demandent à la France une « réparation morale » par des excuses portant sur toute la période de la colonisation.

La restitution des crânes de résistants algériens

Ce fut l’un des gestes annoncés par Emmanuel Macron lors de sa visite officielle à Alger le 6 décembre 2017. Le président français s’était dit « prêt » à ce que la France restitue des crânes d’insurgés algériens tués par le corps expéditionnaire français dans les années 1840 et 1850, conservés au Musée de l’homme, à Paris, et longtemps revendiqués par les historiens algériens. Une « loi de déclassification » devrait être adoptée par le Parlement français afin d’autoriser la restitution, du fait du principe d’inaliénabilité des collections publiques.

Le travail de mémoire et l’accès aux archives

La question de la mémoire des années de colonisation française en Algérie (1830-1962) pèse fortement sur les relations entre Paris et Alger : l’accès aux archives françaises est une revendication très forte côté algérien. Sur ce point, les discussions se sont multipliées ces dernières années. Notamment en janvier 2016, lors de la visite officielle en France du ministre algérien des moudjahidine (anciens combattants), une première depuis l’indépendance. Mais aussi en décembre 2017 : le premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, avait annoncé qu’Emmanuel Macron était prêt à remettre à l’Algérie une copie des archives de la période coloniale française.

Jeudi 13 septembre, parallèlement à la reconnaissance de la torture et de l’assassinat de Maurice Audin, le chef de l’Etat a annoncé vouloir ouvrir l’ensemble des archives de l’Etat relatives aux disparus d’Algérie. On estime que plusieurs milliers de personnes, issues des deux camps, ont disparu, dont 500 soldats français. « Une dérogation générale, par arrêté ministériel, va être accordée pour que tout le monde – historiens, familles, associations – puisse consulter les archives pour tous les disparus d’Algérie. On place la question des disparus au centre », a expliqué au Monde l’entourage de M. Macron.

Le président lance aussi un appel à tous les témoins de l’époque, ou à leurs descendants, pour qu’ils participent à ce « travail de mémoire » en confiant leurs témoignages ou leurs documents personnels aux archives nationales.

11 septembre 2018

Minorité rohingya - Aung San Suu Kyi, icône déchue

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Par Bruno Philip, Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est - Le Monde

Prix Nobel de la paix 1991, longtemps perçue en Occident comme un symbole de la lutte contre les dictatures militaires, la dirigeante birmane paye aujourd’hui sa passivité face aux exactions de l’armée contre la minorité rohingya.

Cette fois, c’est la chute. Depuis deux ans déjà, Aung San Suu Kyi trébuchait. Quand une répression sans merci s’est abattue sur la minorité musulmane des Rohingya, à l’automne 2016, la réputation de celle qui fut longtemps considérée comme l’« icône » de la démocratie et le symbole de la lutte universelle contre les dictatures, a dangereusement pâli en Occident : le chœur de ses thuriféraires, hier si prompt à chanter ses louanges, s’indigne aujourd’hui de la passivité dont elle a fait preuve alors que se déchaînait la violence de la soldatesque birmane sur les membres d’une population réprimée de longue date.

Le temps de la dévotion planétaire pour la Lady, comme l’appellent respectueusement ses compatriotes – surnom auquel le film du même nom de Luc Besson est venu apporter, en 2011, un label mondial –, paraît désormais très lointain. A 73 ans, l’image d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991 et aujourd’hui dirigeante de la Birmanie, avec la double fonction de ministre des affaires étrangères et de « conseillère d’Etat » – un poste équivalent à celui de premier ministre –, n’en finit plus de se brouiller : la liste des villes et universités européennes qui ont décroché son portrait et lui ont retiré des médailles autrefois remises dans l’allégresse s’allonge.

Ses anciens admirateurs se demandent comment cette incarnation même de la résistance contre l’oppression, qu’une junte militaire avait jadis assignée à résidence durant quinze ans, a pu, une fois parvenue au pouvoir, ne pas condamner la violence d’anciens adversaires – devenus d’improbables alliés : les chefs de l’armée.

Oui, il est loin le temps de la geste héroïque d’Aung San Suu Kyi, fille du père de l’indépendance, le général Aung San, « martyr » assassiné en 1948 par ses rivaux. Voilà exactement trente ans qu’elle est revenue au pays, dans des conditions qui relèvent désormais de l’Histoire. A l’été 1988, alors que la Birmanie est livrée au chaos, l’armée tire sur la foule des protestataires antijunte dans les rues de la capitale, Rangoun.

A 43 ans, Daw (« madame » en birman) Suu finit par accepter les demandes des chefs du mouvement prodémocratique, qui la pressent de marcher sur les traces de son père, son héros : elle devient ainsi l’égérie d’une rébellion populaire noyée dans le sang. Commencent alors, pour elle, les années de brimades, de résidence surveillée, sans oublier trois mois de véritable incarcération. Le mythe Suu Kyi est né. Trente ans plus tard, alors qu’elle a gravi les marches du pouvoir, il est en train de s’effondrer.

Les reproches de l’ONU

Trois coups à son statut d’icône viennent sans doute d’être donnés. Le premier date du 27 août. Ce jour-là, une commission d’enquête indépendante diligentée par les Nations unies au sujet des massacres de Rohingya accuse les hauts gradés de l’armée birmane de « génocide » et demande que la Cour pénale internationale de La Haye (CPI) se saisisse du dossier. Parmi eux figure le chef d’état-major, le général Min Aung Hlaing.

Quelques jours plus tard, la CPI se déclare « compétente » pour enquêter sur la « déportation » des Rohingya qui, depuis la dernière attaque d’envergure contre eux, le 25 août 2017, ont été 700 000 à se réfugier au Bangladesh voisin. Même si personne ne peut l’accuser d’être responsable des horreurs, Aung San Suu Kyi n’est pas épargnée par les enquêteurs de l’ONU. La commission lui reproche de ne pas avoir « utilisé sa position de facto de chef du gouvernement ni son autorité morale pour contrer ou empêcher » les tueries. L’intéressée s’abstient de réagir à ces critiques, elle qui, début août, avait publiquement qualifié de « gentils » les trois généraux occupant des postes-clés dans son gouvernement…

Le 3 septembre, son image se détériore un peu plus quand deux journalistes birmans de l’agence de presse britannique Reuters sont condamnés à sept ans de prison à Rangoun, au terme d’un procès fumeux pour « violations de secrets d’Etat ». Leur « faute » : avoir enquêté sur l’exécution sommaire par l’armée de dix paysans rohingya, en 2017. Durant l’audience, un policier avait avoué que les supposés « documents secrets » que l’un de ses collègues avait remis aux journalistes avant leur arrestation faisaient en fait partie d’une manœuvre montée par les autorités pour piéger ces reporters trop curieux. Mais le juge a ignoré ces « détails » et condamné durement les deux hommes.

Dilemme cornélien

De Paris à Londres en passant par les couloirs de l’ONU, ce verdict suscite l’indignation. Aung San Suu Kyi, elle, demeure silencieuse. Un ex-diplomate thaïlandais révèle alors qu’au cours d’un échange houleux, en janvier dernier, avec l’ancien sénateur américain de l’Arizona, Bill Richardson, elle avait plus ou moins qualifié les journalistes en question de « traîtres »…

« SI LE PRIX POLITIQUE À PAYER POUR VOTRE ASCENSION AU PLUS HAUT NIVEAU EST VOTRE SILENCE, LE PRIX EST CERTAINEMENT TROP ÉLEVÉ »

DESMOND TUTU, FIGURE DE LA LUTTE ANTI-APARTHEID

La Dame de Rangoun est plus que jamais perçue comme une dame de fer, indifférente au drame des Rohingya. A tel point que plusieurs de ses anciens amis ou alliés ont pris leurs distances avec elle, à commencer par d’autres prix Nobel de la paix. En septembre 2017, le dalaï-lama, s’inquiétant de la « détérioration de la situation » dans l’Etat birman de l’Arakan, où vivent les Rohingya, lui avait envoyé une lettre : « En tant que bouddhiste et lauréat du Nobel, deux qualités que nous partageons tous les deux, écrivait alors la plus haute autorité spirituelle des Tibétains, je vous demande de trouver une solution durable et humaine à ce problème effroyable. »

Quelques jours plus tôt, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, figure de la lutte anti-apartheid et prix Nobel de la paix 1984, avait déjà prévenu celle qu’il appelle, dans une lettre diffusée sur les réseaux sociaux, sa « sœur bien-aimée » : « Il est absurde pour un symbole de la vertu de diriger un tel pays », accusait le prélat, ajoutant, en un trait cruel : « Si le prix politique à payer pour votre ascension au plus haut niveau est votre silence, le prix est certainement trop élevé. »

La mise en garde de Mgr Tutu résume à elle seule le dilemme quasi cornélien de l’ancienne dissidente : en choisissant de ne pas condamner l’armée pour ses exactions, elle a fait le pari que les compromis nécessaires avec cette institution omnipotente lui permettront de mener à bien le difficile processus de démocratisation. Pour y parvenir, elle ne cesse de recommander la « patience ».

« Je ne suis pas Mère Teresa »

L’armée demeure en effet toute-puissante en Birmanie et Aung San Suu Kyi n’est dotée que d’un pouvoir tronqué : dans son équipe gouvernementale, les trois postes-clés de la défense, de l’intérieur et des frontières sont aux mains des militaires. Selon les articles d’une Constitution promulguée à l’époque de la junte militaire, l’armée dispose automatiquement d’un quart des sièges dans les deux chambres du Parlement. Mais si la Lady admet en privé que ses relations avec les hauts gradés sont « mauvaises » et « difficiles », elle estime que la seule voie possible est celle de la « négociation ».

Sa réussite au gouvernement, pense-t-elle, est à ce prix. Sans doute n’a-t-elle pas réalisé que lorsqu’on mange avec le diable, mieux vaut avoir une longue cuillère : sa marge de manœuvre politique est si courte !

SI SA STATUE EST AUJOURD’HUI TOMBÉE EN EUROPE OU AUX ETATS-UNIS, SA RÉPUTATION EST INTACTE CHEZ ELLE, EN BIRMANIE

Pour elle, le scénario du déclin a débuté peu de temps après son accession au sommet après le succès de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), aux élections législatives de novembre 2015. Quand Suu Kyi se hisse à la direction du gouvernement, c’est une sorte de révolution pour ce pays sans réel pouvoir civil depuis le coup d’Etat de 1962. Son avènement est accueilli en Birmanie et dans le reste du monde comme le triomphe du courage sur l’adversité, de la démocratie sur la dictature, de la liberté sur l’oppression.

Mais l’on s’aperçoit vite qu’Aung San Suu Kyi n’est pas la sainte femme que certains ont cru devoir béatifier. Dès 2012 et son premier mandat de député, l’ex-dissidente ne cachait d’ailleurs pas ses ambitions. « Je suis une politicienne, je ne suis pas Margaret Thatcher, mais je ne suis pas non plus Mère Teresa », confiait-elle cette année-là à la BBC, s’autorisant un rare commentaire sur elle-même, elle qui a toujours refusé de se laisser entraîner sur les chemins de l’intime et de l’introspection.

Dès le début de son ascension politique, Suu Kyi mène son parti avec poigne et renâcle à laisser s’instaurer en son sein un fonctionnement trop démocratique. Au passage, entre sautes d’humeur et poussées d’arrogance, il lui arrive d’être injuste à l’égard de certains de ses proches. « Elle s’entoure de gens qui pratiquent le favoritisme », sanglotait un jour, en notre présence, l’une de ses anciennes « dames de cour », récemment évincée.

Métamorphose brutale

« Elle a pris goût à la politique », relevait à la même époque un haut fonctionnaire étranger en poste à Rangoun, qui avait souvent eu le privilège de s’entretenir en tête à tête avec elle. « Elle est devenue plus tacticienne, ajoutait-il, mais comment le lui reprocher ? » Exit « Mother Suu », effigie de l’espoir et déesse bienveillante de la démocratie, place à Suu Kyi parlementaire, chef de parti et future « première ministre ». Une métamorphose brutale.

Mais si la statue est aujourd’hui tombée en Europe ou aux Etats-Unis, il faut tout de même savoir que sa réputation est intacte chez elle, en Birmanie. A l’exception de rares critiques d’intellectuels et de militants des droits de l’homme déçus par son comportement, son aura n’a pas disparu au Myanmar – nom actuel du pays. Au contraire : dans le climat nationaliste qui règne en ce moment dans un pays de plus en plus antimusulman et en grande majorité hostile aux Rohingya, la façon dont la Dame a réagi semble avoir galvanisé des foules déjà tout acquises à sa personne.

Devant certains diplomates, elle a qualifié les Rohingya d’« étrangers » et, même si elle n’ose pas proférer publiquement un tel jugement, une écrasante majorité des Birmans « de souche » savent qu’elle le pense et plébiscitent son attitude. Elle-même sait que défendre cette minorité musulmane serait politiquement suicidaire.

Reste qu’en refusant de critiquer ou de prendre ses distances avec les dénégations maladroites et mensongères d’une armée accusée d’exécutions sommaires, de viols de masse, d’incendies de villages et de déportations, Aung San Suu Kyi a perdu son impossible pari : se concilier les militaires en échange de la poursuite du processus de démocratisation. Ce dernier est au point mort. Les investissements étrangers sont en baisse. Le nombre de touristes occidentaux a chuté. Et la réputation de l’ex-héroïne mondiale de la démocratie est à jamais salie.

8 septembre 2018

Climat : 700 scientifiques français lancent un appel

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Des chercheurs et professeurs publient, samedi, une tribune dans « Libération » pour demander aux dirigeants politiques de passer à l’acte en matière d’environnement.

Sept cents scientifiques français lancent un appel aux dirigeants politiques pour qu’ils passent « de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone ». « Seuls des changements immédiats et des engagements de court terme, dans le cadre d’objectifs clairs et ambitieux à horizon 2030, peuvent nous permettre de relever le défi climatique », lancent-ils en « une » du journal Libération daté de samedi 8 septembre.

Alors qu’une « Marche pour le climat » est organisée samedi dans plusieurs villes de France et à travers le monde, les signataires déplorent que nous soyons « d’ores et déjà pleinement entrés dans le “futur climatique” (…) Hausse du niveau de la mer, désoxygénation et acidification des océans, etc. : les manifestations concrètes du changement climatique ne cessent de s’accumuler ».

Sortir de l’incantatoire

« Les discours sont insuffisants, comme le montrent les récents chiffres d’émissions de gaz à effet de serre (…) Il est tout aussi crucial qu’urgent de sortir du champ de l’incantatoire et de traduire concrètement ces discours en choix politiques forts et clairs au service d’une transformation sociétale profonde », poursuivent ces 700 chercheurs et professeurs d’écologie, de physique ou encore d’économie.

« Cette transformation (…) n’est pas une utopie. Elle repose pour beaucoup sur des solutions déjà disponibles : diminution de la consommation d’énergie, recours à des énergies décarbonées, meilleure isolation des bâtiments, mobilité repensée évitant les moteurs thermiques, etc., lancent-ils. Se préoccuper du changement climatique doit réellement devenir un objectif politique de premier ordre. »

Le départ surprise de Nicolas Hulot du ministère de la transition écologique et solidaire, combiné aux événements climatiques extrêmes de cet été à travers le monde, a poussé de nombreux citoyens à s’engager pour l’environnement, d’abord sur les réseaux sociaux, avant des rassemblements prévus samedi dans la rue, où ils doivent être rejoints par des ONG, syndicats et partis politiques.

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4 septembre 2018

RENNES - UNE EXPOSITION EXCEPTIONNELLE (derniers jours)

Visitez l'Exposition de la Collection Pinault "Debout !" jusqu'au dimanche 9 septembre 2018, un événement incontournable à vivre en exclusivité cet été à Rennes ! Une exposition exceptionnelle au Couvent des Jacobins et au Musée des Beaux-Arts, avec une soixantaine d'oeuvres issues de l'une des plus importantes collection d'art contemporain au monde, dont une grande partie n'avait jamais été exposée au public. Une vingtaine d'artistes à la renommée internationale tels que Maurizio Cattelan, Marlene Dumas, Bertrand Lavier ou Thomas Schütte sont exposés.

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2 septembre 2018

En Hongrie, Frida Kahlo, Trotski et l’apologie du communisme

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Par Blaise Gauquelin, Vienne, correspondant - Le Monde

Des journaux proches du premier ministre souverainiste Viktor Orban s’en prennent à une exposition consacrée à la peintre mexicaine. En cause, l’évocation de sa liaison avec le révolutionnaire bolchévique.

Adriana Lantos pensait avoir offert au public une exposition des plus consensuelles. Mais depuis le 7 juillet et l’inauguration de la rétrospective Frida Kahlo, dont elle est la curatrice, on accuse la Galerie nationale hongroise de faire l’apologie du communisme. Un reproche infamant, dans cette ancienne république satellite de l’Union soviétique ayant beaucoup souffert du joug stalinien.

Tout commence avec un papier dans Magyar Idök, un journal favorable au premier ministre souverainiste Viktor Orban. Au détour d’un article intitulé « Voilà comment on promeut le communisme avec de l’argent public », l’exposition de la peintre mexicaine est listée aux côtés d’autres événements culturels subventionnés, jugés complaisants envers l’ancien régime.

« NOUS PRÉSENTONS UN FILM D’ARCHIVES OÙ L’ON VOIT FRIDA KAHLO EN PRÉSENCE DE TROTSKI. CETTE RENCONTRE A JOUÉ UN RÔLE IMPORTANT DANS LA VIE DE L’ARTISTE. » ADRIANA LANTOS, COMMISSAIRE DE L’EXPOSITION

« Vous n’allez pas le croire, mais Trotski vient de réapparaître à Budapest, cette fois dans le lit de Frida Kahlo », écrit ironiquement le journal, en référence à la romance entretenue entre l’artiste et l’un des leaders de la révolution bolchevique, durant l’exil tardif de ce dernier au Mexique.

A la fin de l’exposition – financée par le gouvernement hongrois avec la coopération du Museo Dolores Olmedo de Mexico – est évoquée sans détour « la forte influence sur Frida qu’eut cet orateur extraordinairement intelligent ». Il s’agit là de « faits historiques », se défend Adriana Lantos : « Nous présentons aussi, c’est vrai, un film d’archives où l’on voit Frida Kahlo en présence de Trotski. Nous avons fait le choix de le diffuser, parce que cette rencontre a joué un rôle important dans la vie de l’artiste. Il faut replacer les choses dans leur contexte. »

Pourchassé par Staline, Trotski avait obtenu la protection du Mexique grâce au peintre Diego Rivera, le mari de Frida Kahlo. Entre janvier 1937 et avril 1939, il avait même vécu avec sa femme dans la maison du couple, à la Caza Azul. C’est à ce moment-là que le révolutionnaire et la féministe ont eu une liaison.

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Depuis l’article du Magyar Idök, pas un jour sans qu’Adriana Lantos n’ait à répondre sur sa volonté de glamouriser un régime criminel avec l’évocation de cette romance. Elle qui pensait qu’on allait l’interroger sur les liens entre Frida Kahlo et le photographe Nickolas Muray, d’origine hongroise ! Ou sur les raisons obscures poussant la Mexicaine à s’inventer des racines dans les terres lointaines de Transylvanie qui la fascinaient…

Pression sur les élites culturelles

Cette polémique autour de l’exposition est la dernière tentative de pression effectuée sur les élites culturelles du secteur public en Hongrie, héritières de l’ouverture en 1989 et orientées vers l’Occident. Considérées comme étant beaucoup trop libérales, elles seraient un frein à la volonté du premier ministre, qui entend contrôler l’ensemble des sphères d’influence à Budapest.

Le 28 juillet, Viktor Orban, décrié pour avoir porté atteinte à l’état de droit dans son pays, membre de l’Union européenne depuis 2004, a estimé qu’il était temps de construire une « nouvelle ère culturelle ». Depuis, ses relais d’opinion dans la société civile se chargent d’expliquer à quoi pourrait ressembler ce changement radical.

Cité par l’agence de presse Reuters, Tamas Fricz, un politologue acquis à la cause de l’exécutif, a par exemple jugé qu’il est désormais nécessaire de mieux refléter les aspirations esthétiques de la majorité en place, le gouvernement « ayant le droit de privilégier les idées, les artistes et les travaux conservateurs ».

Pas de quoi décourager pour autant le public qui vient en masse découvrir Frida Kahlo, exposée pour la première fois dans ce pays d’Europe orientale. En un mois, 50 000 personnes avaient déjà poussé les portes monumentales de la Galerie nationale hongroise, perchée sur les verdoyantes collines de Buda.

1 septembre 2018

Cherbourg, Hollande critique Macron sans le nommer

Par Astrid de Villaines, Cherbourg, envoyée spéciale - Le Monde

L’ex-chef de l’Etat, qui effectuait sa rentrée politique en présence de l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve dans la Manche, a multiplié les piques contre son successeur.

Comme un goût d’ancien monde. Jusqu’à présent habitué à la tournée des librairies pour dédicacer son livre Les Leçons du pouvoir (Stock), François Hollande a fait, vendredi 31 août à Cherbourg (Manche), sa véritable rentrée politique, en compagnie du dernier premier ministre de son quinquennat, l’ancien maire et député de la ville, Bernard Cazeneuve.

Dans un discours plus offensif qu’à l’accoutumée, l’ancien chef de l’Etat a vanté son bilan, pendant près d’une heure devant quelque deux cents militants et sympathisants socialistes réunis dans la salle des fêtes.

Mais il a surtout défendu la place « du socialisme et de la social-démocratie » face au « libéralisme et [au] populisme ». Une manière pour lui de critiquer le président de la République Emmanuel Macron et le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, en les renvoyant dos à dos, sans jamais les nommer.

Les dangers du « narcissisme »

A propos de la réforme du prélèvement de l’impôt à la source, votée sous son quinquennat, mais que l’actuel gouvernement semble hésiter à mettre en œuvre le 1er janvier 2019, François Hollande a déclaré : « Cette réforme était prête. Elle peut être annulée. Mais ce dont je suis sûr, c’est que les fonctionnaires ont fait leur travail. » Un hommage rendu aux agents de l’Etat, comme une première pique en creux adressée à son successeur, qui prévoit d’en réduire le nombre dans le prochain budget.

PLUS RARE, L’ANCIEN PRÉSIDENT S’EN EST PRIS DIRECTEMENT À JEAN-LUC MÉLENCHON

Mais l’ancien président « normal » a aussi mis en garde M. Macron, de manière à peine voilée, contre les dangers du « narcissisme, une terrible maladie dont tout le monde peut être victime ». « On vient me voir lors des séances de dédicaces pour me dire “vous, vous êtes humain” », a-t-il glissé, ajoutant dans un sourire que « ceux qui gagnent le plus et qui seraient venus me remercier pour la suppression de l’ISF [impôt de solidariré sur la fortune], ils ne se sont pas trompés d’adresse ! »

Et François Hollande de citer le palmarès de ses réformes les plus appréciées de ses (é)lecteurs : le mariage pour tous, la loi sur la fin de vie, la retraite à 60 ans pour les carrières longues… « Défendez-le, ce bilan, portez-le ! », a-t-il poursuivi, sur un ton de campagne électorale et sous les applaudissements, prévenant que « rien ne se conquiert dans la prétention, dans l’oubli et encore moins dans la contrition ».

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Plus rare, l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste s’en est pris directement à son ancien camarade de la Rue de Solférino, Jean-Luc Mélenchon. « Ceux qui disent qu’ils viennent de nulle part ne trouvent pas en général de point de destination », a-t-il dit, le ton grave, en référence au député (LFI) des Bouches-du-Rhône, qui n’emploie plus le mot « gauche » pour se qualifier.

Importance de la « transmission »

Un peu plus tôt, Bernard Cazeneuve avait insisté lui aussi sur l’importance de « la tradition de la gauche de gouvernement : regarder le réel et ne pas confondre l’espérance et la colère, comme l’ont fait tous nos prédécesseurs, de Jean Jaurès à vous-même [François Hollande], en passant par Léon Blum ».

A Cherbourg, l’ancien premier ministre est exceptionnellement sorti de sa réserve adoptée depuis la victoire d’Emmanuel Macron, quand plusieurs au PS le verraient bien conduire la liste aux élections européennes de mai 2019.

« Le PS a en son sein de très bons candidats, il faut laisser Olivier Faure et la nouvelle génération s’en occuper », a répondu au Monde le nouvel avocat d’affaires, citant notamment le commissaire européen Pierre Moscovici et l’ancien secrétaire d’Etat au budget Christian Eckert. « Il faut regarder toutes les possibilités et les faire travailler ensemble », a conseillé M. Cazeneuve, assurant qu’il n’était pas « de retour », mais toujours « en réserve ».

En réponse, François Hollande a insisté sur l’importance de la « transmission ». Saluant son ancien chef du gouvernement – « un ami », « un homme d’Etat » – et, comme s’il voulait lui passer le flambeau, l’ancien président a conclu : « La République doit savoir qu’elle a Bernard Cazeneuve en réserve, qui, même s’il est en retrait, est un talent qui n’a pas encore dit toute sa vérité. » L’ancien monde tient décidément à sa revanche.

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29 août 2018

Les petites lignes ferroviaires en sursis

Par Julie de la Brosse - Le Monde

Les Français sont de moins en moins nombreux à fréquenter leurs « tortillards ». Si, au printemps, le gouvernement n’a pas repris les conclusions du rapport Spinetta, l’éventuelle fermeture d’une partie du réseau secondaire est toujours d’actualité.

Le train Béziers-Neussargues relie sur 277 kilomètres le Languedoc à l’Auvergne, empruntant le somptueux viaduc Eiffel de Garabit, qui déploie son arche rouge à 122 mètres au-dessus des gorges de la Truyère. Depuis des années, cette mythique et pittoresque ligne des Causses, mise en service en 1858 pour désenclaver les bassins miniers de l’Hérault, est en sursis.

Un comité de défense a même vu le jour en 1995, après que la SNCF a pour la première fois menacé la ligne de fermeture. Mais le manque criant de voyageurs relance régulièrement ce scénario noir. Selon la rumeur, qui circule avec insistance, le train serait un jour tombé en panne entre les gares de Millau et Sévérac d’Aveyron. Et ce jour-là, il n’aurait fallu qu’un taxi pour assurer la correspondance des passagers. Un seul petit taxi…

Alors que les Français semblent viscéralement attachés à leurs « tortillards », associés dans l’imaginaire collectif au romantisme ferroviaire du XIXe siècle et à l’épopée des congés payés, ils sont de moins en moins nombreux à les fréquenter, ravivant invariablement les plans de fermeture des « petites lignes ».

Moins de cinq allers-retours par jour

En février, l’émotion provoquée par le rapport Spinetta a montré combien le sujet était sensible. Piloté par l’ancien patron d’Air France, celui-ci recommandait de « se poser la question du dimensionnement du réseau français » en réalisant un audit précis de chacune de ces lignes, pour pouvoir réaliser des arbitrages. Mais face à l’agitation colère des médias et à la vindicte des élus locaux, le gouvernement a immédiatement fait machine arrière. « L’avenir des petites lignes ne sera pas tranché de Paris », a répliqué en substance le premier ministre, Edouard Philippe. Avant de préciser que rien ne serait décidé sans l’accord des régions. Une manière de renvoyer la patate chaude aux élus ? Ce qui est sûr, c’est que le sujet risque de revenir sur la table à l’automne avec la publication de l’audit de SNCF Réseau commandé par le gouvernement.

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Au fond, que disait précisément le rapport Spinetta ? Rien de très neuf en réalité. En 2005, l’audit de l’Ecole polytechnique de Lausanne a le premier déclenché la prise de conscience : en plus de disposer d’une infrastructure coûteuse et vieillissante, la France serait le pays européen présentant le plus faible taux d’utilisation de son réseau : aujourd’hui, 90 % des voyageurs circulent sur 30 % du réseau, tandis que 20 % de ce même réseau n’est utilisé que par 2 % des voyageurs.

Ainsi, sur les 9 136 kilomètres de « petites lignes » de voyageurs, soit 32 % du réseau national, selon la classification officielle de l’Union internationale des chemins de fer (UIC 7 à 9, selon le jargon), un tiers verraient passer moins de 5 allers-retours par jour. Sous l’effet du vieillissement, 2 700 kilomètres de ces lignes seraient aujourd’hui ralentis, contre 1 500 en 2008. Selon Jean-Cyril Spinetta, il faudrait consacrer près de 2 milliards d’euros par an pour rénover ce réseau secondaire ultradéficitaire. Autant dire un gaspillage public à l’heure où le rail français, endetté à l’extrême par la TGVmania des années 2000, vit déjà une crise historique…

Mais en France on ne touche pas aisément aux petites lignes, symbole de l’irrigation des territoires et de la continuité du service public. Depuis les grandes vagues de fermetures de la fin des années 1930 et 1960, à chaque fois qu’un tel projet a été mis sur la table, les gouvernements ont préféré reculer. On l’oublie souvent, mais lors des grèves de 1995, le plan Juppé prévoyait la fermeture de 6 000 kilomètres de lignes, ce qui avait largement alimenté la colère des cheminots. « En France, le train est un véritable totem territorial : là où est le train, la République est. Fermer la gare est presque aussi difficile que de fermer l’école, cela est vécu comme un déchirement qui alimente la culpabilité de Paris vis-à-vis du monde rural », observe l’ancien député PS de Gironde spécialiste du ferroviaire, Gilles Savary.

85 % au diesel

Abandonner le train et paupériser un peu plus la campagne… « Parmi les multiples chimères et fantasmes entourant le train, il y a l’idée que la disparition de la gare va entraîner le déclin économique de la ville. Alors que c’est souvent l’inverse qui se produit : il n’y a plus d’activité, donc il n’y a plus de train », souligne l’économiste des transports Marc Ivaldi.

« Outre les cheminots et les élus locaux, les associations environnementales sont très douées pour instrumentaliser ce sujet, alors même que 85 % de ces petites lignes ne sont pas électrifiables, et fonctionnent encore au diesel », ajoute le consultant Jean-Claude Favin Lévêque. Et peu importe que la ville soit desservie par le car, en moyenne cinq fois moins coûteux pour la collectivité que le train. « Dans l’esprit français, le car résonne comme un gros mot, alors que dans de nombreux pays en développement, il est considéré comme le transport des riches », constate M. Ivaldi.

Faut-il pour autant condamner toutes les lignes classées UIC 7 à 9, car elles ne sont plus assez fréquentées ? Naturellement, non. D’abord parce que la classification UIC 7 à 9 n’a plus aucune signification. « Mise en place par l’Union internationale des chemins de fer, elle évalue la sollicitation de la voie en fonction du tonnage, et non en fonction du nombre de trains réellement en circulation. Or un train fret de 1 800 tonnes équivaut à lui seul à 12 TER. C’est pourquoi on retrouve des lignes très empruntées, comme le Paris-Cherbourg, classées 7 à 9 », explique Gilles Dansart, le directeur de la lettre spécialisée Mobilettre. Une classification biaisée, qui selon certains, arrangerait bien les affaires de l’Etat et de la SNCF, en regroupant un ensemble de lignes très disparates sans avoir à en assumer la charge.

« Ce référentiel a beau être désuet, on lui fait dire encore beaucoup de choses. Par exemple, depuis 2017, SNCF Réseau ne participe plus qu’à hauteur de 8,5 % aux opérations de renouvellement des lignes UIC 7 à 9, contre un tiers auparavant », analyse Vincent Doumayrou, auteur de La Fracture ferroviaire (Editions de L’Atelier 2007).

Des logiques de clientélisme

Ensuite, ce n’est pas parce qu’une ligne est faiblement fréquentée que le potentiel n’existe pas. Or, en la matière, les décisions prises ont plus répondu à des logiques de clientélisme politique qu’à une véritable politique d’aménagement du territoire. Exemple avec la liaison Oloron-Bedous, fermée en 1970 et rouverte par la région Aquitaine en 2017 pour 110 millions d’euros. « Elle est quasiment vide, mettre cet argent en périphérie de Limoges aurait eu beaucoup plus de sens », peste l’économiste des transports Yves Crozet. « Rénover une petite ligne rapporte plus électoralement que de payer la refonte de la signalisation d’une ligne principale. C’est pourquoi, par le passé, le réseau capillaire a été un peu moins délaissé que le réseau intermédiaire, dont on savait pertinemment qu’il serait sauvé par l’Etat », déplore à cet égard un ancien haut dirigeant de la SNCF.

Reste que, dans l’ensemble, la plupart de ces lignes sont aujourd’hui dans un état déplorable. C’est un classique phénomène d’engrenage : moins d’argent pour l’entretien, multiplication des ralentissements, baisse du nombre de dessertes, et in fine du nombre d’usagers. « Obnubilée par la vitesse, la SNCF n’a jamais été très intéressée par les lignes rurales qui demandent une culture de la fréquence. Ajouté à cela, les tensions entre la SNCF et RFF ont empêché d’avoir une approche intelligente de leur exploitation », décrypte M. Doumayrou. Illustration de ce manque de vision stratégique, les contrats de plan Etat-région (CPER), signés entre l’Etat, la région et SNCF Réseau pour décider des frais de renouvellement du réseau, ont toujours été déconnectés des contrats d’exploitation signés entre les régions et SNCF Mobilité.

Or, selon le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), l’établissement public chargé de conseiller les collectivités sur l’aménagement du territoire, il serait finalement assez simple d’améliorer le système global, sans dépenser beaucoup plus. « Dans la mesure où les coûts fixes sont très élevés, diminuer le nombre de trains comme on l’a longtemps fait en France n’entraîne qu’une faible économie pour une perte de trafic bien plus importante. Au contraire, en matière ferroviaire, l’offre crée la demande : plus il y a de fréquence, plus il y a de passagers, et plus le coût par voyageur et par kilomètre va diminuer », explique Bruno Meignien, du Cerema.

C’est la recette qui a été appliquée dans les autres pays européens, comme en Allemagne et en Suisse, où les petites lignes ont disparu depuis les années 1980. « Soit ils les ont fermées, soit ils les ont utilisées au maximum », précise-t-il.

C’est aussi ce qui explique que les régions attendent autant de l’ouverture à la concurrence, qui aurait permis de rouvrir 900 kilomètres de lignes en Allemagne. En faisant intervenir d’autres acteurs, les élus espèrent gagner en qualité de service, alors que la SNCF est toujours suspectée de désintérêt vis-à-vis des petites lignes. « Sans faire de miracle, la mise en concurrence permettra de donner une marge de manœuvre à la région, en rendant les comparaisons possibles », estime M. Favin Lévêque.

Transfert de la propriété du réseau

Supprimer les petites lignes en remettant des trains dessus… d’un point de vue environnemental, le pari aurait aussi du sens. « Car, contrairement à ce qu’on entend, le train est moins en concurrence avec l’autocar qu’avec la voiture », explique Bruno Gazeau, le président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut). Selon une étude commandée par la Fnaut, le passage du train au car ferait perdre 40 % de voyageurs aux transports publics, alors qu’en passant du car au train, on gagnerait 65 % de passagers.

D’ici là, d’autres pistes sont sur la table pour tenter de sauver les petites lignes « à fort potentiel ». Depuis des années, la Fnaut et l’Association française du rail réclament la mise en place d’un référentiel spécifique, qui permettrait d’abaisser les coûts de rénovation et d’exploitation, à l’image de ce qui a été fait pour les trains touristiques. « Politiquement, le sujet est toutefois sensible car il touche à la sécurité et à l’unicité du réseau », estime Gilles Dansart.

Dans les couloirs de Bercy, un autre scénario circule : celui du transfert de la propriété du réseau aux régions, à l’image cette fois du chemin de fer corse qui a été concédé à la Collectivité territoriale en 2002. Le risque, bien sûr, est que les régions se retrouvent propriétaires des rails, sans dotation supplémentaire. « Il manque déjà 7 milliards pour financer les CPER en cours, donc la question du financement sera cruciale », confirme Michel Neugnot, chargé des transports à l’Association des régions de France.

Cela aurait au moins le mérite d’éviter les queues devant les ministères pour décider de l’avenir de telle ou telle liaison. En la matière, il y a encore du progrès à faire. Après avoir crié des mois à « l’abandon des territoires » et à la défense des « oubliés de la République », Xavier Bertrand (président de la région Hauts-de-France) et François Ruffin (député LFI de la Somme) ont obtenu cet été de la ministre des transports, Elisabeth Borne, la réouverture de la ligne Abbeville-Le Tréport, fermée en mai. Et ce avant même que l’audit de la ligne préconisé par le rapport Spinetta ne soit rendu.

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Tire-bouchon Auray => Quiberon

2 avril 2013

Save the date : Ron Mueck - Exposition à la Fondation Cartier

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Ron Mueck

Exposition Ron Mueck

Du 16 avril au 29 septembre 2013, la Fondation Cartier pour l’art contemporain invite le sculpteur australien Ron Mueck à présenter ses œuvres émouvantes et troublantes, marquant son grand retour institutionnel en Europe.

Après le succès de 2005 à la Fondation Cartier, cette nouvelle exposition personnelle est la plus complète et la plus actuelle de la production de l’artiste. Elle dévoilera notamment, outre six œuvres récentes, trois sculptures réalisées spécialement pour l’exposition. Ces œuvres, révélées dans l’intimité de leur création à travers un film inédit, réaffirment toute la modernité d’un art à fleur de peau, aussi puissant qu’évocateur.

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12 août 2013

In memorem : Mur de Berlin

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Berlin : Checkpoint Charlie

Mur de Berlin

Le mur de Berlin (en allemand Berliner Mauer)1, « mur de la honte » pour les Allemands de l'ouest et « mur de protection antifasciste » d'après la propagande est-allemande, est érigé en plein Berlin à partir de la nuit du 12 au 13 août 1961 par la République démocratique allemande (RDA)2, qui tente ainsi de mettre fin à l'exode croissant de ses habitants vers la République fédérale d'Allemagne (RFA)2,3. Le mur, composante de la frontière intérieure allemande, sépare physiquement la ville en Berlin-Est et Berlin-Ouest pendant plus de vingt-huit ans, et constitue le symbole le plus marquant d'une Europe divisée par le Rideau de fer. Plus qu'un simple mur, il s'agit d'un dispositif militaire complexe comportant deux murs de 3,6 mètres de haut4 avec chemin de ronde, 302 miradors et dispositifs d'alarme, 14 000 gardes, 600 chiens et des barbelés dressés vers le ciel. Environ 160 ressortissants de la RDA perdent la vie en essayant de le franchir, les gardes-frontière est-allemands et soldats soviétiques n'hésitant pas à tirer sur les fugitifs.

L'affaiblissement de l'Union soviétique, la perestroïka conduite par Mikhaïl Gorbatchev et la détermination des Allemands de l'Est, qui organisent de grandes manifestations, provoquent, le 9 novembre 1989, la chute du « mur de la honte », suscitant l'admiration incrédule du « Monde libre » et ouvrant la voie à la réunification allemande. Presque totalement détruit, le Mur laisse cependant dans l'organisation urbaine de la capitale allemande des cicatrices qui ne sont toujours pas effacées aujourd'hui. Le mur de Berlin, symbole du clivage idéologique et politique de la guerre froide, a inspiré de nombreux livres et films. Aujourd'hui, plusieurs musées lui sont consacrés. Source : wikipedia

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Checkpoint Charlie 1987/2011

Photo exposée au Festival Photo de La Gacilly (2013)

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Photos exposées au Festival Photo de La Gacilly (2013)

21 août 2018

Karl Lagerfeld

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Lui, une icône de la mode parisienne, elle, un top-modèle de Los Angeles. Cet automne, ils s’associent pour donner naissance à une collection capsule exclusive.

KARL LAGERFELD a invité le mannequin vedette du moment Kaia Gerber dans son atelier pour présenter la collection de prêt-à-porter et d’accessoires KARL LAGERFELD X KAIA.

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Karl Lagerfeld, une enfance allemande

Par Raphaëlle Bacqué - Le Monde

Les visages de Karl Lagerfeld - Le célèbre couturier a passé sa vie à se composer un masque, qui tient autant de l’icône mondialisée que de l’avatar virtuel. « Le Monde » retrace les métamorphoses de ce personnage de légende.

Minijupes et jambes nues, de jeunes Allemandes grelottent sur le trottoir. Ce mois de décembre 2017 est glacial à Hambourg, mais la mode est une frivolité exigeante. Les filles gèlent, donc, à deux pas d’un blogueur chinois en manteau de loup. Au sein de la file qui attend sur les docks, dans les brumes noires de l’Elbe, patientent aussi des rédactrices de mode américaines et des groupes de clientes russes et arabes, en manteau et sac siglé. Juste après le défilé à l’Elbphilharmonie, près de 3 000 personnes ont été conviées par Chanel dans l’un de ces vastes entrepôts rénovés du port allemand pour fêter ce qui est déjà un petit événement : c’est la première fois que Karl Lagerfeld – « Karl », dit seulement cette foule polyglotte – vient présenter une collection dans sa ville natale.

« Je suis contre les voyages dans mon propre passé », a-t-il prévenu d’emblée. Partout dans le monde, on identifie sa silhouette mince, le haut col blanc, les lunettes noires et la queue-de-cheval nouée en catogan, mais cette icône mondialisée a brouillé les mémoires. Il ne veut pas qu’on interprète ce retour aux sources. « Ceux qui disent que la boucle est bouclée, bouclez-la ! » a-t-il menacé. Puis, alors qu’on insistait, cet Européen cultivé a eu cette phrase : « Que voulez-vous, je ne suis pas régional. » Comme si le grand port industriel du nord de l’Allemagne n’avait joué aucun rôle dans son histoire.

Quel meilleur masque qu’un visage que tout le monde reconnaît ? Cinquante ans que Karl Lagerfeld domine l’industrie du luxe, et aucune biographie. Le succès le plus éclatant de la mode décourage les enquêtes. En 2006, il avait attaqué en justice Beautiful Fall (Little Brown and Co, traduit chez Denoël en 2008 sous le titre Beautiful People), un excellent livre sur trente ans de mode à Paris, écrit par la journaliste britannique Alicia Drake.

Directeur artistique star de la haute couture Chanel, la maison aux 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, styliste vedette de la marque italienne Fendi, au sein du leader mondial LVMH, photographe, designer, ami de Bernard Arnault et de la famille Wertheimer, il peut faire et défaire les carrières. Sans cesse, au cours de cette enquête, on a entendu les mêmes inquiétudes : « Surtout, ne me citez pas », « Je veux bien vous parler, mais la tête sur le billot, je dirai que je ne vous ai pas vue », « Karl sait-il que vous m’avez appelé ? » C’est au stress des témoins sollicités que l’on mesure la puissance d’un homme.

Revenir à Hambourg, en ce mois de décembre 2017, suivi d’une armada de rédactrices de mode, d’attachés de presse et de riches clientes, c’est poser le pied sur le terrain mouvant de son passé. Pour couper court à toute inquisition, le couturier a eu ce mot sarcastique : « De toutes les façons, ceux qui connaissent ma véritable histoire sont plus ou moins au cimetière… » Puis il a répondu aux interviews, distribuant avec brio les anecdotes attendues et les vacheries amusantes, toutes ces reparties qui ont fait son succès, des dîners à particules aux milieux populaires.

Dissoudre la réalité dans une légende

Au service de documentation du Monde, le dossier Lagerfeld mesure 25 bons centimètres d’épaisseur. Cinquante ans de portraits et des centaines d’interviews. D’un article à l’autre, son visage se forme et se déforme comme les ombres d’une lanterne magique. C’est lui qui l’a dessiné, tout au long des années, du même trait rapide et sûr qu’il a pour ses croquis, déchirés à mesure qu’il invente : « Mon père était suédois. Il était baron », « J’étais le fils du gouverneur de Westphalie », « Ma mère pilotait son avion », « C’était une magnifique violoniste »... Tant d’années à dissoudre la réalité dans une légende.

« IL ÉTAIT DIFFÉRENT, TRÈS PARTICULIER, RIEN À VOIR AVEC LES GAMINS DE LA CAMPAGNE »

RACONTE UNE DE SES ANCIENNES CAMARADES DE CLASSE

Même son âge paraît répondre à un jeu de devinettes. En 1990, il affirmait à Thierry Ardisson avoir vu le jour en 1938. Treize ans plus tard, le quotidien Bild am Sonntag a publié un extrait de son acte de baptême où figurent sa date de naissance ainsi que les témoignages d’anciens camarades de classe et d’une institutrice : il est né le 10 septembre 1933. Le 10 septembre 2008, une fête d’anniversaire a tout de même été organisée pour ses 70 ans, avant qu’il n’explique à Paris Match, en 2013, être né… en 1935. Devant nous, il balaye la question comme on se débarrasse d’une mouche : « Je ne le dirai jamais, et puis il y a des choses que je ne sais pas moi-même. »

Va pour le 10 septembre 1933. Maintenant, le décor. En arrivant sur les bords de l’Elbe, l’avant-veille du défilé Chanel, Karl Lagerfeld a douché les tentatives de flâner dans ses souvenirs en décrétant sèchement : « Hambourg ? Un port et basta ! » La vaste maison où le jeune Karl a passé ses premières années est pourtant toujours là, à Blankenese, un beau quartier résidentiel de l’ouest de la ville. On y voit passer les énormes porte-conteneurs naviguant vers le port, le plus important du pays.

Un peu plus loin, s’épanouit la terrasse ombragée du restaurant Jacob, peint par Max Liebermann, dont les tableaux exposés au Hamburger Kunsthalle racontent la douceur de vivre en Allemagne, au temps de la République de Weimar. C’est ici que, le dimanche, les Lagerfeld venaient déjeuner, au bord du fleuve. Quatre-vingts ans plus tard, le couturier a convié, sous les lustres de cristal de la salle à manger, quelques amis et collaborateurs. A travers les vitres des hautes fenêtres, on voit le fleuve couler en contrebas. Crustacés et gibier sont prestement découpés par les serveurs, des vins d’Alsace et de Moselle brillent dans les verres…

Revisiter l’époque de Weimar

Il faut éviter les chausse-trapes et les fausses pistes pour retrouver cette Allemagne des années 1930 et 1940 que le couturier n’a éclairée que de lueurs furtives. Commençons par son père, Otto. Sur la photo que montre son fils, il pose en cravate et pantalon de tweed et porte de gros godillots de marche. C’est un bel homme viril et faussement nonchalant. Né en 1880, il a l’aisance financière du commerçant des ligues hanséatiques qui unissent à l’époque les villes marchandes d’Europe du Nord, et l’esprit d’un aventurier polyglotte. Un premier mariage l’a laissé veuf et père d’une petite fille, Thea, avant qu’il n’épouse en 1930 Elisabeth Bahlmann, une Prussienne divorcée de dix-sept ans sa cadette, la mère de Karl.

« Son ambition était entièrement centrée sur l’augmentation de son chiffre d’affaires », assure son fils, qui ne lui a jamais donné un grand rôle dans ses récits. Otto Lagerfeld a passé les premières années de sa vie professionnelle à chercher fortune en important des produits d’alimentation des Etats-Unis. Dans la famille, on raconte qu’il a vu San Francisco ravagée par le tremblement de terre de 1906 et vécu les prémices de la Révolution russe de 1917. Moyennant quoi, la guerre de 14-18 l’a à peine effleuré : « Il était à Vladivostok », explique son fils.

En 1925, l’augmentation des droits de douane a convaincu Otto de liquider son commerce pour rejoindre l’American Milk Products Corporation, dont il est devenu le représentant en Allemagne, sous la marque Glücksklee. Plutôt que de faire venir le lait concentré d’outre-Atlantique, on le fabriquera désormais dans des usines allemandes, notamment à Neustadt, à une trentaine de kilomètres de Lübeck. Otto a cependant installé ses bureaux sur le Mittelweg de Hambourg, cette grande artère qui suit le tracé de l’Elbe.

C’est cette Allemagne familière à son père que Karl Lagerfeld a recomposée pour son défilé 2017 et la fête donnée par Chanel sur les docks de Hambourg. La bière coule sur les pavés luisants, les tables sont éclairées à la bougie et des marins en casquette de drap de laine bleu nuit chantent des chansons pour les filles qui attendent au port. L’actrice américaine Kirsten Stewart, la Britannique Tilda Swinton, la toute jeune Lily-Rose Depp, fille de Johnny Depp et de Vanessa Paradis, ces « égéries » Chanel qui entourent le couturier pour le dîner, ont-elles perçu ce que cache ce chromo « schleu de Weimar revisité », comme le dit avec ironie « Karl » ?

Occasion à saisir

Un Allemand de Weimar, c’est à quoi ressemblait Otto Lagerfeld, entre deux voyages à l’étranger. C’est un mari généreux et un père libéral pour Thea, sa première fille, comme pour Martha-Christiane et Karl, nés de son second mariage en 1931 et en 1933.

Plus porté sur les affaires que sur la politique, mais dans ces années-là, peut-on vraiment se détourner des bouleversements du pouvoir ? Parce qu’il souhaite mener une vie plus confortable, mais aussi sans doute parce qu’il a connu, en Russie, les effets d’une révolution, Otto a acheté en 1934, un an après l’avènement d’Hitler, une propriété à 40 km de Hambourg, tout près de la petite station balnéaire de Bad Bramstedt. C’était une occasion à saisir. La crise des années 1930 a ruiné les hobereaux allemands qui dominaient jusque-là les provinces, et il n’est pas le seul membre de cette bourgeoisie commerçante et républicaine de Hambourg à racheter des terres devenues disponibles.

« MA MÈRE DISAIT : “HAMBOURG EST LA PORTE DU MONDE”, MAIS CE N’EST QUE LA PORTE, ALORS DEHORS ! »

Le domaine de Bissenmoor a l’allure de ces propriétés patriciennes qui parsèment le Schleswig-Holstein. C’est une vaste demeure blanche, dotée d’une grande terrasse et d’une façade néo-antique que Karl Lagerfeld peut encore dessiner d’une traite et de mémoire. Aujourd’hui, les alentours offrent toujours des paysages de campagne émeraude et robustes, parcourus par les vents maritimes de la mer du Nord à l’ouest, et de la Baltique, à l’est. « Bad Bramstedt n’est plus un village, n’est-ce pas ? », s’enquiert Lagerfeld en apprenant qu’on a poussé jusque-là.

Le bourg a grossi, en effet, mais ne dépasse pas les 15 000 habitants. Les paysages ont gardé la fraîcheur des prairies. Ces multiples canaux et rivières traversant la verdure brillent comme des miroirs posés sur le sol. Dans ces années 1930 où plane la menace d’une guerre, Otto a tout de suite repéré les fermes environnantes qui, en cas de conflit, assureront l’approvisionnement.

La mère du jeune Karl peut maintenant entrer en scène. Le petit garçon porte le prénom de son père accolé au sien – Karl-Otto –, mais c’est elle son double, son idéal et en partie sa créature. Elle hante la plupart des interviews du couturier, surmoi comique ou terrifiant, c’est selon. Sur les photos d’époque, Elisabeth a le même regard sombre et profond sous des sourcils épais, la même chevelure dense et noire qui lui donne, comme à Karl, un type sud-américain, bien qu’elle soit originaire du nord de l’Allemagne. Plus tard, son fils poudrera ses cheveux pour retrouver le blanc neigeux de ceux de sa mère à la fin de sa vie.

Otto vaque à ses affaires, les sœurs sont en pension, Karl reste la plupart du temps en tête à tête avec sa mère. « Elle menait tout le monde à la baguette, c’était une femme très dominatrice. Elle tenait à ce que Karl fasse carrière », a confié Kurt Lagerfeld, un cousin de la famille aujourd’hui disparu, à la journaliste Alicia Drake. D’après lui, elle aurait été vendeuse dans un magasin de lingerie féminine à Berlin, lorsqu’Otto a fait sa connaissance. Les habitants des environs, qui ont pieusement conservé la mémoire de cet illustre voisinage, se souviennent pour leur part de l’autorité avec laquelle elle dirigeait le foyer, « le seul à des kilomètres à la ronde à disposer d’une cuisinière, d’une bonne et d’un jardinier ». Derrière la « Hausfrau », Karl, lui, ne voit qu’une élégante, originale et bohème.

Une mère fascinante et castratrice

Lagerfeld raconte avec délectation ses vacheries, comme si elles avaient façonné son caractère. « Elle me disait toujours que j’avais de trop grosses narines et qu’on devrait téléphoner à un tapissier pour qu’il y installe des rideaux… Et à propos de mes cheveux, qui étaient de couleur marron-acajou : “Tu ressembles à une vieille commode.” » Toute sa vie, il lui a prêté un esprit ironique et cruel, sans tendresse démonstrative, mais aussi une grande liberté face aux conventions. A la fois fascinante et castratrice.

A Bad Bramstedt, les derniers contemporains de Karl Lagerfeld ont conservé le souvenir d’un petit garçon qui ne correspond en rien aux normes de ces années 1940 où la liberté est en train de disparaître sous l’effort militaire et la férule nazie. « Il était différent, très particulier, rien à voir avec les gamins de la campagne », assure ainsi Ursula Scheube, charmante vieille dame qui fut une de ses camarades de classe.

Il porte les cheveux longs quand tous les garçons ont adopté cette coupe en vogue depuis l’avènement d’Hitler : ras sur la nuque et les côtés avec quelques mèches plus longues sur le dessus. Surtout, il a l’air d’un bourgeois et même d’un dandy, au sein d’un village où l’on vit dans l’effort de guerre. « J’avais des grands nœuds sur des tenues tyroliennes, et pour le soir, des chemises plissées dans le pantalon », raconte-t-il. Sur les photos de classe, alors que tous les autres garçons portent un gros débardeur sur leur chemisette, il détonne avec sa veste de costume à grand revers, sa cravate et sa frange sur le front.

Brimades et préjugés

Le jeune Karl se mêle peu aux autres, affiche un brin de supériorité, refuse les bagarres et lit beaucoup. « Surtout, il dessinait sans cesse pendant les cours », note aujourd’hui la vieille dame. Il est aussi plus précieux, plus féminin que les gamins qui l’entourent. Dans le monde des adultes, c’est devenu un danger, une « tare » qui peut valoir la déportation. Dans celui des enfants, sa mère doit le défendre contre les brimades et les préjugés. « J’avais des lèvres si rouges que l’instituteur les avait essuyées avec un mouchoir, pensant que j’avais du rouge à lèvres », raconte-t-il. Aussitôt, Elisabeth écrit une lettre en criant au scandale. Un jour, il lui rapporte un mot qu’on a dû lui lancer : « Qu’est-ce que c’est, un homosexuel ? » Alors elle, superbe : « Oh, c’est comme une couleur de cheveux, rien de plus… Pour les gens civilisés, qu’est-ce que ça peut faire ? »

Longtemps, Karl Lagerfeld a affirmé qu’il n’avait rien vu de la guerre qui a plongé l’Europe dans le chaos. « J’ai eu de la chance, il ne s’est rien passé », a-t-il affirmé dans des dizaines d’interviews. Il raconte volontiers que sa mère, juste après la capitulation de l’Allemagne, faisant face à un dentiste – ou à l’instituteur, selon les versions – qui lui avait conseillé de faire couper les cheveux trop longs de son fils : « Elle lui a jeté sa cravate au visage en lui disant : “Vous êtes toujours nazi !” » Ces hauts cols blancs qu’il porte, explique-t-il aujourd’hui, « ce sont les mêmes que ceux que portait Walter Rathenau », ce ministre des affaires étrangères, juif allemand, qui fut assassiné par l’extrême droite en 1922, « le héros politique de [sa] mère ». Mais plus généralement, il assure : « Je ne sais rien du passé de mes parents. »

Rien sur son père. Ou si peu. Bien que Glücksklee, comme filiale d’une entreprise américaine, ait été classée dans la catégorie des biens ennemis, Otto Lagerfeld en est resté administrateur. Interrogé en 2007 pour le documentaire Un roi seul, de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, Karl Lagerfeld a assuré que son père avait « été mis en taule par les nazis, à côté de Neustadt, pour des raisons qu[’il] ignore ». Comme il n’y a aucune trace de cette incarcération – beaucoup d’archives ont brûlé – et alors qu’on l’interroge à ce sujet, il élude : « Oh, c’était juste quelqu’un qui voulait prendre sa place… »

Cette guerre qui efface les souvenirs

La guerre est bien là, cependant. La Mittelweg, ce grand boulevard où Otto Lagerfeld a ses bureaux, était le quartier de la bourgeoisie juive de Hambourg. Depuis 1941, les juifs ont disparu, déportés ou exilés, et l’avenue a été investie par la nomenklatura national-socialiste. Aujourd’hui, des centaines de « Stolpersteine », ces petites pierres dorées où est inscrit le nom d’une victime juive qui habitait autrefois la rue, parsèment la Mittelweg et témoignent de l’ampleur des déportations. A l’époque, la rumeur ne parvient pas jusqu’à la cour d’école de Bad Bramstedt, mais le petit Karl a dû voir arriver des prisonniers de guerre : un Français et un Serbe travaillent à l’étable voisine.

Otto Lagerfeld a eu raison d’éloigner sa famille de la ville portuaire, stratégique en temps de guerre. Du 24 juillet au 3 août 1943, les aviations britannique et américaine bombardent Hambourg. C’est la première ville allemande visée par les Alliés. L’opération a été baptisée « Gomorrhe » et le déluge de feu qui s’abat ressemble bien à la destruction divine de la Genèse. L’armada aérienne largue 10 000 tonnes de bombes incendiaires au napalm sur le port hanséatique. 40 000 personnes meurent dans les incendies qui ravagent la ville à plus de 80 %. A 50 kilomètres à la ronde, les Allemands regardent avec effroi les flammes et les nuages de cendres. « Oui, j’ai vu le ciel rouge et les avions, se souvient Karl Lagerfeld aujourd’hui. Nous étions montés sur un terre-plein pour contempler les feux, au loin. » Hambourg bascule du jour au lendemain dans l’abîme.

En 1945, avec les derniers bombardements alliés puis l’afflux de centaines de milliers de réfugiés, Allemands de Silésie et Polonais fuyant l’avancée de l’Armée rouge à l’est, la ville n’est plus qu’anarchie. A Bad Bramstedt, la bourgeoisie et les paysans voient arriver des familles en guenilles, avec lesquelles il faut partager le travail et les récoltes. Otto Lagerfeld en emploie quelques-unes sur sa propriété, à qui Karl va distribuer des vêtements. Pour le reste, le couturier affirme n’avoir aucun souvenir. C’est comme s’il avait effacé Hambourg, ce squelette de ville, ses carcasses d’immeubles et ses habitants fantômes.

« Sortir d’ici au plus vite »

Est-il possible qu’un industriel comme Otto Lagerfeld ait pu traverser la guerre sans afficher aucune sympathie pour le parti nazi, ni au moins un attentisme de bon aloi à l’égard du régime ? « Cela ne me regarde pas », tranche son fils. Les archives sont rares à Hambourg et l’épuration d’après-guerre a été relativement clémente dans cette zone sous administration britannique. En 1945, Otto a 65 ans, il pourrait prendre sa retraite. Mais les patrons allemands polyglottes et énergiques comme lui sont rares et il n’a aucun mal à poursuivre sa carrière d’homme d’affaires.

« Pour moi, cette guerre a été un suicide plus encore qu’un crime impardonnable à tout jamais, dit aujourd’hui son fils. Les juifs étaient totalement assimilés à Hambourg, et les détruire, c’était détruire une part de l’âme du pays. » A la différence de beaucoup d’Allemands de sa génération, Karl Lagerfeld a refusé la culpabilité et les investigations sur le passé. « Je suis content de ne pas avoir d’enfants, cela m’évite ce genre d’enquête », confie-t-il dans le documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai.

En 1952, à 19 ans, il est parti. Sa sœur, Martha-Christiane a émigré aux Etats-Unis. « Ma mère disait : “Hambourg est la porte du monde”, mais ce n’est que la porte, alors dehors ! Je n’ai plus eu qu’un désir : sortir d’ici au plus vite », confie-t-il aujourd’hui. En 1967, Otto Lagerfeld est mort à Hambourg, mais son fils assure ne l’avoir appris que… trois semaines plus tard. « Ma mère m’a dit : “Tu n’aimes pas les enterrements, alors il était inutile que je te le dise” », affirme-t-il en guise d’explication.

Il y a quelques années, le couturier a acheté une maison, sur les bords de l’Elbe. Une demeure magnifique, d’où l’on voyait passer les conteneurs, décorée à grands frais puis revendue. « C’était une erreur de revenir sur les traces de mon passé », juge-t-il. Il n’y a pas dormi plus de dix nuits.

Monde Festival : Déshabillez-les ! La mode racontée par ceux qui la font. « Le Monde » organise dans le cadre du Monde Festival un débat sur les coulisses de la mode, samedi 6 octobre, de 17 h 30 à 19 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord. Avec Simon Jacquemus, Marine Serre, Clara Cornet et Frédéric Godart. Une table ronde animée par Elvire Von Bardeleben, journaliste au « Monde ». Réservez vos places en ligne sur le site

16 août 2018

Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ?

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Par Maïa Mazaurette - Le Monde

L’été, les corps nus des hommes sont partout, mais personne ne les voit. A contrario, celui des femmes est toujours objet de commentaires même sous douze couches de vêtements, remarque Maïa Mazaurette, qui invite les hommes à réfléchir à leur propre érotisation.

Le corps des femmes avait bien mérité sa trêve estivale, mais manifestement, le sexisme ne prend pas de vacances, et profite du hashtag #jesuiscute pour se poser en terrasse. Rappel des faits : la modèle érotique Manny Koshka ironisait la semaine dernière sur la « police des mœurs Twitter » – désignant ces usagers s’improvisant père la morale devant le moindre selfie féminin vaguement dénudé, et dont les recommandations vont du paternalisme (« tu regretteras plus tard ») à la pruderie (« tu en montres trop ») en passant par la protection des mineurs (« des enfants pourraient voir tes seins »). Les propos de Manny Koshka ont été relayés par d’autres femmes, qui ont rappelé preuve à l’appui que leur corps leur appartenait et qu’elles ont le droit de le montrer. La police des mœurs en question n’a pas tardé à réagir : « rhabille-toi », « t’es une pute », et autres noms d’oiseaux…

Mais pendant que Twitter s’écharpe, les hommes exhibent leur torse sur la plage, au sport, dans la rue, au supermarché, lors des festivals, et même sur les réseaux sociaux. Ils montrent leurs fesses en public, pour provoquer ou rigoler. Ils dessinent des pénis sur les murs des bars. Grâce aux hormones/au surpoids/à la gonflette, certains de ces hommes ont des seins. Tous possèdent des tétons. Ces rhabilleurs de femmes ne sont pas les derniers à envoyer des photos de leur sexe à des inconnues (un quart des hommes millenials ont déjà envoyé une dick pic, et plus de la moitié des femmes de cette génération en ont reçu, selon l’institut Yougov en 2017).

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Corps masculins exhibés mais invisibles

Il y a donc un deux poids, deux mesures : nous sommes cernés de corps masculins exhibés et pourtant invisibles, tandis que celui des femmes est toujours visible, toujours objet de commentaires, même sous douze couches de vêtements. Cette dissonance cognitive gangrène les règles d’usage des réseaux sociaux (comme Instagram, qui considère le téton féminin comme le seul problématique), nos perceptions culturelles (des femmes forcément égéries, des hommes forcément artistes) et nos interactions les plus banales (on se coltine des hommes qui ne voient pas leur propre corps dans l’espace public, ni celui des autres mâles). Et quand des trans brouillent les règles du jeu, évidemment, on saute au plafond.

A quoi est dû cet aveuglement sélectif ? La première raison tient de l’homophobie intériorisée. Nos codes contemporains considèrent la séduction comme appartenant aux femmes, par droit naturel. L’art de plaire constitue leur production esthétique exclusive – leur peinture, leur cinéma, leur niche culturelle. Du coup, tout homme s’arrogeant ces compétences « féminines » prend le risque d’être assimilé à une femme, ce qui ferait de lui mathématiquement un homosexuel (si ce raccourci vous semble étrange, bienvenue au club).

Ce jugement s’applique avec la même sévérité aux hommes qui cherchent à séduire des femmes avec leur corps. On se moque des « beaux gosses » adeptes de codes ultravirils (gros muscles, gros tatouages), car comme chacun sait, le vrai mâle se contente de séduire par son glorieux intellect. On appelle « frivolité » les savoirs traditionnellement féminins, pour bien délimiter le champ des connaissances légitimes. La parade amoureuse est un truc de gonzesse.

Ne pas se soumettre au désir féminin

Ce constant rappel à l’ordre porte ses fruits : les hommes font implicitement le choix de se soumettre aux codes du masculin plutôt qu’au désir féminin, quitte à perdre des opportunités sentimentales et sexuelles. Faute de moyens physiques de se mettre en valeur, certains finissent par justifier le harcèlement (il n’y aurait pas d’autre moyen d’attirer l’attention des femmes). Et faute de combattants et de transmission, les compétences esthétiques masculines restent limitées : les rues sont grises, les tenues ternes. On n’essaie même pas.

Car dans cet imaginaire masculin curieusement passif, les beaux ont de la chance, les moches manquent de chance. C’est la nature. Y’a rien à faire. Les moins favorisés se moquent avec amertume des mieux lotis, comme ces « incels » (célibataires involontaires) qui appellent les beaux garçons des « Chads ». La tradition féminine, au contraire, considère la génétique comme le début de la conversation. Les femmes peuvent (doivent) toujours faire quelque chose pour s’améliorer (quitte à dépenser des fortunes pour passer sur le billard).

Cette attitude repose sur une autre construction intellectuelle : l’idée que la partie serait perdue d’avance parce que les femmes sont le beau sexe, tandis que les hommes seraient laids et/ou hilarants (quoi de plus rigolo que de montrer son pénis ?). En conséquence de quoi toute séduction physique est inutile. Le French lover est mort, s’il a jamais existé en dehors de la littérature. Le corps masculin serait d’ailleurs si peu érotique que les femmes, pas folles, se ficheraient des apparences masculines. Comme le démontre leur consommation de porno gay, de boy’s bands, ou de films avec Brad Pitt ?

Cette désincarnation des hommes ne relève pas du simple problème théorique : il s’agit d’une négation quotidienne, rabâchée, harassante, du désir féminin, considéré comme « mystérieux ». Le mystère a bon dos ! Cette indifférence à soi-même se retourne en outre contre ses instigateurs. Elle est au moins partiellement responsable des crashs de libido : en l’absence d’autoérotisation des maris, amants, petits amis, rien ne vient remplacer la passion sexuelle des débuts lorsqu’elle s’essouffle. Or on ne peut pas demander les résultats du désir sans susciter le désir, de même qu’on ne peut pas réclamer plus d’interactions charnelles sans considérer sa propre chair. Ces corps uniformes produisent des lassitudes logiques, des cercles vicieux destructeurs (pourquoi s’embêter quand son conjoint ne fait aucun effort ?).

Comble du paradoxe, on a entendu pendant les hautes heures du mouvement #metoo les hommes se plaindre… de ne pas être assez érotisés : « moi, j’adorerais qu’on me harcèle » (à ceux qui ont prononcé ou pensé cette phrase : je vous garantis que non). Du coup, les paresses masculines seraient en fait la faute des femmes (aaaah). Franchement ? Non. Même si les femmes pourraient effectivement investir plus sérieusement le champ de l’érotisation des hommes (par l’art, notamment), c’est aux hommes de faire exister leur corps dans l’espace public. C’est aux hommes de résister contre une forme de sexisme qui sabote leur confiance, leurs opportunités et leur libre individualité. Le moment est parfaitement choisi pour entamer cette révolution : il y a de la place aux côtés des défenseuses de #jesuiscute, et en plus, il fait beau.

23 mars 2013

Save the date : Jef Aérosol - "Décalages" A partir du 17/04/2013 jusqu'au 08/06/2013

Lieu: Galerie Caplain-Matignon, 29 avenue Matignon, 75008 Paris,Métro : Franklin D. Roosevelt, St-Philippe du Roule, Miromesnil.

Horaires: du mardi au samedi, de 10h30 à 13h00 et de 14h30 à 19h00.68315046Ce dieu vivant du Street Art qui calme Paris de son « Chuuuut » accolé au mur de l’IRCAM expose ses toiles bien loin de la rue. Le roi du pochoir qui anime les murs de ses personnages poétiques viendra glisser ses histoires sur les cimaises de la chic galerie. Jef Aérosol a commencé dans  les rues de Tours en 1982. Depuis, le pochoiriste est devenu célèbre dans le monde entier et ses œuvres ont recouvert les façades de nombreuses villes, en France et à l’étranger, jusque sur la muraille de Chine. Ses pochoirs s’envolent lors de vente pour plusieurs milliers d’euros. Ici, il sort du cadre pour y entrer, il présentera ses « Décalages », c’est à dire la poursuite de son travail de fonds aux couleurs multicolores, éclaboussures, projections, «Comme si l’arc-en-ciel avait des fuites»… 

Voir mes précédents billets sur Jef Aérosol

12 août 2018

Ne pas se parfumer à outrance, ne pas annexer l’accoudoir : petit guide du bon usage des transports collectifs

Par Guillemette Faure - Le Monde

Le monde bouge, la bienséance avec. Tout l’été, « M » dispense ses règles du savoir-vivre au XXIe siècle. Cette semaine, comment préserver la civilité mise à si rude épreuve dans les transports modernes.

En train, en bus, en avion… Les voyages ont toujours été un terrain complexe pour les bonnes manières puisque s’y mêlent les sphères publiques et privées, au grand dam de certains passagers qui préféreraient les voir démêlées : « On ne parle pas de ses affaires intimes aux parents, aux amis qui voyagent avec nous, en présence d’inconnus », prévenait la Baronne Staffe en 1889 dans son livre Usages du monde : règles du savoir-vivre dans la société moderne. Et encore, lorsqu’elle quittait son pavillon de Savigny-sur-Orge, elle n’était pas entourée de smartphones au bout desquels sont désormais attachés certains voyageurs.

C’est l’un des paradoxes de la vie moderne. L’époque qui a vu les open spaces devenir de plus en plus silencieux est aussi celle qui voit de plus en plus d’individus téléphoner, voire tenir des « conference calls » dans les transports en commun. Au point que l’on se demande si certains n’achètent pas de billets de train pour y passer des coups de fil. A ce propos, rappelons que placer sa main courbée devant sa bouche tout en parlant dans son portable ne fait pas baisser le son de la voix et donne au mieux l’impression d’utiliser un cure-dents. Les options mains libres, haut-parleurs, perches à selfie ne doivent en aucun cas être utilisées dans les bus, trains, avions : elles ont été développées dans la Silicon Valley, par des ingénieurs qui ne prennent jamais les transports en commun notoirement déficients de leur région.

On ne garde pas son casque audio

« En wagon ou dans tout autre lieu public, les gens bien élevés n’engagent jamais de conversation avec des inconnus », peut-on lire dans Usages du monde. A sa décharge, la Baronne Staffe ne savait pas que les TGV InOui développaient une appli de chat permettant d’échanger avec d’autres passagers. Elle n’avait jamais pris Blablacar non plus. La plate-forme de covoiturage permet, certes, d’indiquer le niveau de conversation attendu (bla, blabla et blablabla), mais même si l’on s’est présenté sur son profil comme peu bavard (bla), on est tenu de converser un minimum.

On peut toujours demander ou donner un renseignement « mais ensuite on fait bien d’ouvrir un livre, un journal pour ne pas continuer l’entretien », suggérait la Baronne en guise de retraite. Ce qui revient, en covoiturage, à enfoncer ses écouteurs dans ses oreilles. Le geste, nous apprend la communication de Blablacar, fait partie des comportements les plus souvent déplorés dans les commentaires : on ne garde pas davantage son casque audio en Blablacar qu’en cheminant parmi des pèlerins sur la route de Compostelle. Seule solution pour échapper à un conducteur trop bavard : s’endormir. Les chauffeurs préfèrent les passagers qui font la sieste à ceux qui écoutent leur musique, l’indifférence des premiers ne semblant pas intentionnelle.

GUERRE POUR LE TRAÇAGE DE LA LIGNE DE PARTAGE DES ACCOUDOIRS, POUR L’ANGLE D’INCLINAISON DES FAUTEUILS, POUR LA GESTION DU VOLET DU HUBLOT.

« Ne vous parfumez pas à outrance, car cela peut incommoder sérieusement vos voisins », recommandait la Baronne Staffe. A en juger encore par cette synthèse de Blablacar sur les griefs les plus fréquents, il semblerait que certains auraient intérêt à se parfumer un peu plus. Au chapitre « Les riens qui rendent insupportables », elle cite aussi ces gens qui « lèveront leurs mains et en rabattront la paume sur le bras du fauteuil ». Elle était, là, en avance ; les guerres de territoire de faible intensité se sont multipliées dans les transports en commun depuis l’apparition des compagnies low cost. Guerre pour le traçage de la ligne de partage des accoudoirs, pour l’angle d’inclinaison des fauteuils, pour la gestion du volet du hublot. La bonne éducation impose de ne pas s’arroger tous les avantages.

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S’il n’y a qu’une prise électrique pour deux – l’objectif d’équipement des TGV en seconde classe –, celui qui profite de l’accoudoir renoncera à brancher son chargeur. Et celui qui est côté fenêtre cédera son droit à l’accoudoir pour gagner celui de baisser le pare-soleil à sa guise. Au cas où il y aurait trois sièges côte à côte, le passager du milieu compense le drame de sa situation en profitant des deux accoudoirs.

Celui qui a utilisé la prise le premier aura la délicatesse de la laisser à son voisin une fois sa batterie à 50 %. C’est à lui de le suggérer spontanément. Mais on ne demande pas : « Vous êtes à combien de pourcent ? » Lorgner de trop près le pourcentage de batterie des autres est aussi grossier que de ne pas regarder ses amis dans les yeux dans un camp naturiste.

AUJOURD’HUI, IL VEILLERA EN PLUS À ÉVITER LE « MANSPREADING », CE « SYNDROME DES COUILLES DE CRISTAL » QUI SEMBLE OBLIGER LES HOMMES À S’ASSEOIR JAMBES ÉCARTÉES.

« N’oublions pas non plus de recommander à l’hôte de pourvoir l’invité de quelques provisions au départ, conseillait la Baronne Staffe. Il y a des maîtresses de maison qui se font un plaisir de préparer des paniers de voyage très confortables, très complets. » Plutôt qu’un pique-nique, on pourra fournir un câble avec chargeur de voyage pour que notre visiteur en partance s’évite le ridicule d’être assis par terre, collé à son rectangle électronique, en cas de retard de train ou d’avion, quand chacun se jettera sur les prises disponibles en salle d’embarquement ou d’attente. Répartition de l’espace encore, « un homme demande pardon aux femmes dont il froisse la robe, dont il effleure le pied, en gagnant la place à occuper », écrit la Baronne. Aujourd’hui, il veillera en plus à éviter le « manspreading », ce « syndrome des couilles de cristal » qui semble obliger les hommes à s’asseoir jambes écartées.

Enfin, « l’habitude d’arrêter les gens inconnus, dans la rue, pour leur demander du feu est d’origine américaine ; une mauvaise éducation seule permet d’agir ainsi », s’alarme la Baronne. « Cependant, ce service ne se refuse pas. » Il est impoli – et interdit – aujourd’hui de fumer dans les transports, sur les transports, sous les transports, hors des transports, et si l’on se trouve dans le rayon de 400 kilomètres d’un autre être humain. Seule exception, le wagon de tête de la ligne Paris-Meaux-Château-Thierry que ses passagers maintiennent fumeur au nez et à la barbe de la SNCF. Ils y sont aussi d’une prévenance exquise, s’aidant les uns les autres à porter bagages et poussettes tout en asphyxiant les non-fumeurs au bord du malaise. Preuve que le savoir-vivre reste une notion très personnelle et toujours en mouvement.

13 août 2018

« Amy Winehouse. Blake Wood » par Blake Wood.

Pendant deux ans, il ne la quittera pas. En 2007, Amy Winehouse a déjà remporté cinq Grammy Awards pour l’album « Back to Black », paru l’année précédente et incluant son tube prémonitoire, « Rehab ». Le photographe américain Blake Wood, lui, a 22 ans et vient de débarquer à Londres. Il est ébloui par la star de deux ans son aînée.

Alors qu’Amy Winehouse est au sommet de sa carrière, le photographe la suit à Londres, Paris ou Sainte-Lucie (Caraïbes). Il immortalise des instants privés et solaires. Car selon lui, la vie d’Amy Winehouse alors, « ce n’est en rien une histoire sombre ou tragique comme les médias l’ont faussement rapporté. Elle était une âme exceptionnelle et aimante qui remporta des victoires personnelles incroyables, et c’est ce que je vois dans ces images. »

Une facette plus légère de l’icône

En 85 photos couleur et noir et blanc, le recueil « Amy Winehouse. Blake Wood » retrace la période qu’ils ont passée ensemble, des moments privés inoubliables. Les clichés, jamais montrés jusqu’à présent, saisissent une facette rare, plus légère, de cette icône tant regrettée, et constituent un hommage intime à Winehouse telle qu’elle désirait se voir elle-même.

Amy Winehouse décédera trois ans plus tard, à l’âge de 27 ans. Le rapport d’autopsie indiquera que l’interprète de « Valerie » a succombé « accidentellement » le 23 juillet 2011 à un abus d’alcool après trois semaines d’abstinence.

« Amy Winehouse. Blake Wood » avec des textes de Nancy Jo Sales, éditions Taschen. Paru le 8 août 2018. 176 pages, 30 euros.

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7 août 2018

Paris Plages, une incongruité dans le monde urbain

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Pour le sociologue Benjamin Pradel et l’urbaniste Gwendal Simon, l’événement estival au cœur de la capitale constitue « un tiers-lieu innovant ».

Des parasols en bord de la Seine, des palmiers à deux pas de Notre-Dame, des corps en maillot de bain sur les quais parisiens : en transformant, le temps d’un été, la ville en station balnéaire, Paris Plages tente, depuis 2002, de transposer au cœur de la ­capitale l’atmosphère estivale et détendue que l’on associe volontiers au littoral. Avec un succès qui ne se dément pas : tous les ans, des millions de Parisiens et de touristes fréquentent ce décor de théâtre qui reconstitue l’imaginaire du bord de mer.

Le défi est immense : si le corps dénudé est la norme sur la plage, il est perçu comme une incongruité dans le monde urbain. « Rares sont les lieux qui permettent de bronzer, allon­gé, immobile, gratuitement, longtemps et en partie dénudé, en dehors des parcs, jardins ­publics et berges des rivières qu’occupent des citadins héliotropes, constatent le sociologue Benjamin Pradel et l’urbaniste Gwendal Simon, en 2014, dans la revue Mondes du tourisme. A ce titre, les plages urbaines – et Paris Plages en particulier – semblent constituer des tiers-lieux innovants. »

Comment orchestrer ce que ces deux auteurs qualifient de « dévoilement inédit des corps en ville » ? Comment faire coexister, dans l’espace urbain, des salariés pressés en costume-cravate et des corps immobiles dénudés ? En encadrant avec minutie le bal du dénudement. « Le comportement du public doit être conforme à l’ordre public, entendu comme le bon ordre, la tranquillité et la sécurité publics », précise la Mairie de Paris. Edictées dès les premières éditions de Paris Plages, des règles tentent de désamorcer les tensions qui pourraient naître de l’exposition, en pleine ville, de corps en maillot de bain.

Une amende forfaitaire contre le monokini

La semi-nudité – notamment le monokini – peut ainsi être sanctionnée par une amende forfaitaire de 38 euros : les premières contraventions pour « topless » sont tombées en 2012. Chaque année, pour éviter que le ­dénudement s’étende au-delà de Paris Plages, la Préfecture de police rappelle par ailleurs que le maillot de bain est interdit dans les parcs et les jardins parisiens.

A ces contraintes réglementaires s’ajoutent sur place de subtils arbitrages implicites. « Ces règles internes au site et aux participants organisent la proximité des corps balnéaires entre eux, soulignent Benjamin Pradel et Gwendal Simon. En édictant tacitement les agencements possibles ou incompatibles, ce dispositif régit la possibilité du dévoilement. » Les corps les plus dénudés s’installent à l’avant-scène de la plage, évitant spontanément la zone située au pied du mur de soutènement où se pressent les familles qui se consacrent à des activités calmes (pique-nique, lecture, jeux de cartes).

Dans ce ballet corporel, moins libre et spontané qu’on ne le croit, les regards organisent l’autodiscipline collective. « Ils deviennent les signaux des règles internes et implicites aux promeneurs se rapprochant de la plage », poursuivent les chercheurs. Les promeneurs habillés qui ne respectent pas les distances minimales ou posent des regards insistants ou déplacés sur les « plageurs » dénudés sont ainsi promptement rappelés à l’ordre par une myriade de coups d’œil réprobateurs.

Par Anne Chemin

4 août 2018

Entretien : « Les Gay Games sont les jeux les plus ouverts au monde »

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Par Anthony Hernandez - Le Monde

La manifestation sportive, née en 1982 à San Francisco et ouverte à tous sans sélection ni discrimination, débute ce samedi à Paris, une première pour une capitale nationale.

Six ans avant les JO 2024, Paris accueille l’une des plus grandes manifestations sportives au monde. La dixième édition des Gay Games, qui réunit près de 10 300 participants, se déroule du 4 au 12 août pour la première fois dans une ville francophone. Manuel Picaud, coprésident de l’événement, revient sur la dimension inclusive et militante de ces « Mondiaux de la diversité ».

La manifestation s’appelle Paris 2018, et Gay Games en est le sous-titre. Quel est le nom exact ?

L’association qui organise se nomme Paris 2018, et l’événement s’appelle les Gay Games. C’est donc pour cela que l’on utilise à la fois Paris 2018 et Gay Games, qui n’est donc pas un sous-titrage. S’il devait y avoir un sous-titre, ça serait plutôt « les Mondiaux de la diversité » ou « des Jeux pour le respect ». Ce sont deux de nos slogans, car l’idée est de bien spécifier que l’événement est ouvert à tout le monde, sans aucune exclusion ni sélection. Ce sont les Jeux les plus ouverts au monde en matière sportive, culturelle et humaniste.

Souvent, les moins informés critiquent les Gay Games comme un événement fermé…

Lutter contre les discriminations, c’est poser les bons termes et sortir des cadres les plus normatifs. Effectivement, des Jeux gay, cela peut paraître étonnant de prime abord, cela interpelle, mais le but depuis l’origine en 1982 est d’alerter sur le fait que les athlètes LGBT sont totalement invisibles ou presque dans le sport. Ce n’est pas communautariste, car c’est ouvert à tout le monde. On montre que l’on peut faire du sport tous ensemble.

C’est l’homophobie plus ou moins affichée de certaines personnes qui les conduit à affirmer que les Gay Games sont non laïcs et non citoyens. C’est exactement l’inverse, avec des milliers de bénévoles et de participants.

A-t-on une idée du nombre de participants qui sont des sportifs de haut niveau ?

Nous sommes soutenus par la ministre Laura Flessel, l’ancien footballeur Lilian Thuram, la basketteuse Emmeline Ndongue, qui participera en tennis, ou le champion paralympique Ryadh Sallem. L’Anglais Ryan Atkin, le seul arbitre international ouvertement gay, officiera durant la finale des compétitions de football. Nous avons aussi un judoka olympique portugais. Pour le reste, il est assez compliqué de savoir. Il y en a traditionnellement et ça se verra vite pendant les compétitions. Nous avons tous types de participants, ceux qui viennent avec une idée de loisir en tête, ceux qui viennent pour la victoire. Cette variété est intéressante.

Dans le sport d’élite, il y a encore beaucoup de travail à faire…

Le sport moderne a été bâti à la fin du XIXe siècle sur des normes viriles et patriotiques. Notre vision du sport est totalement différente, il s’agit d’un sport convivial, basé sur l’inclusion, la participation et le dépassement de soi. Un sport qui est véritablement ouvert à tous les âges, à tous les genres, à toutes les personnes en situation de handicap. A nous d’adapter les compétitions pour que chacun prenne du plaisir. Par exemple, aux Gay Games, une personne transsexuelle choisit le genre dans lequel elle veut s’aligner, ce n’est pas nous qui lui assignons d’office un genre. De la même manière, on promeut le sport non genré, c’est-à-dire mixte.

Est-il possible d’avoir une idée du nombre de participants hétérosexuels aux Gay Games ?

Les informations que l’on a le droit de demander aux gens ne permettent pas de le savoir. Ils n’empêchent qu’on le saura après, car avec les lois américaines qui sont plus légères sur ces sujets, la fédération des Gay Games va effectuer un sondage auprès de l’ensemble des participants. Notre souhait a été de nous assurer de la diffusion du message au plus grand nombre en passant par exemple par des associations sportives étudiantes mais aussi de lutte contre les discriminations.

Dès l’origine, les Gay Games ont eu une dimension militante, notamment dans la prise de conscience du fléau du sida…

Les Gay Games sont nés en 1982, pratiquement au démarrage de la pandémie. Le fondateur est mort des suites du sida en 1987. Il y a toujours eu un regard important sur la maladie, le désir de faire participer les personnes séropositives, leur donner de la visibilité et également ne jamais oublier les victimes. D’ailleurs, la première manifestation samedi matin sera la course mémorielle Rainbow Run, de l’Hôtel de Ville aux Tuileries, afin de se remémorer toutes les personnes victimes de la pandémie et inciter les gens à se protéger.

A l’origine, dans les années 1980, le mouvement olympique a interdit aux Gay Games d’utiliser le terme « olympique ». Aujourd’hui, ne sont-ils pourtant pas ce qui se rapproche le plus de l’esprit originel ?

Nous avons 10 300 participants, autant que les Jeux olympiques. Dans l’esprit du créateur, le docteur Tom Waddell [sixième des JO de 1968 en décathlon], les Gay Games devaient s’inspirer du modèle antique. D’ailleurs, les délégations s’organisent non pas par pays mais par ville. Il n’y a aucune référence patriotique, un seul hymne national sera joué, celui de la France pendant la cérémonie d’ouverture et il n’y a jamais de drapeaux hissés pour célébrer une victoire. Il y a une dimension culturelle et festive puisque l’on pense que l’activité humaine doit être variée.

Après, les relations avec le CIO se sont largement améliorées ces dernières années, de nombreuses fédérations sportives olympiques nous soutiennent dans l’organisation. Nous remettrons, à la fin des Gay Games, à Paris 2024 et aux différentes fédérations dix-huit propositions pour promouvoir le sport universel et pour tous.

Les Etats-Unis ont organisé plus de la moitié des Gay Games. L’édition 2022 se déroulera pour la première fois en dehors du monde occidental à Hongkong. L’universalisation est-elle la prochaine étape ?

Il y a 91 nations représentées sur cinq continents. Il y a une délégation australienne de 650 personnes, 150 personnes de la Chine et des alentours, 3 400 Américains, 2 400 Français et beaucoup d’Européens. Comme vous l’avez dit, la prochaine édition à Hongkong est un pas supplémentaire dans la direction de l’universalité. Paris 2018 était déjà une première dans une capitale nationale et dans une ville francophone par rapport aux éditions anglo-saxonnes précédentes. Il y a de nombreuses villes candidates, quinze villes l’an passé, dont des villes en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient. Au fur et à mesure que le monde s’ouvre à l’égalité des droits, il sera plus facile d’aller dans d’autres destinations. Le but est bien entendu que l’événement soit véritablement planétaire.

Vous avez participé à quatre éditions, avec notamment une médaille d’argent en saut en longueur en 1998. Quelle expérience en avez-vous retenu ?

Les Gay Games ont changé ma vie. J’étais assez surpris qu’un tel événement existe lorsque mon compagnon me l’a fait découvrir à l’époque. Lorsque j’ai défilé dans le stade de l’Ajax, à Amsterdam, pour la cérémonie d’ouverture en 1998, j’ai été pris d’une bouffée d’estime personnelle, de joie et de réconfort : nous étions acclamés et nous avions l’impression d’être acceptés. J’en garde encore une énergie incommensurable.

Du 4 au 12 août, 36 sports, 150 compétitions, 91 pays représentés 

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Reportage photographique : J. Snap

https://www.paris2018.com/fr/

Gay Games from Snap on Vimeo.

5 août 2018

Ces règles tacites qui dictent nos comportements sur la plage

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Par Anne Chemin - Le Monde

Comme tous les espaces publics, la plage est régie par des conventions informelles et sophistiquées. Elles permettent aux estivants de se côtoyer à moitié nus, sans heurts et sans conflits, en instaurant un « effacement décisif du corps ».

Depuis l’entre-deux-guerres, la pla­ge est devenue la scène d’une suspension des habitudes, d’un autre rapport au corps. C’est sur le sable, dans un espace public ouvert à tous, que les estivants viennent cultiver des plaisirs qui étaient encore impensables il y a deux siècles – le plein air, le soleil, la (quasi) nudité et la baignade. C’est dans ce lieu, ajoute l’historien Christophe Granger dans La Saison des apparences (Anamosa, 2017), que s’imposent « le souci du bronzage, la stylisation des postures et l’habileté à se dévêtir en public ».

L’histoire de la plage est en effet intimement liée au lent dévoilement des corps. Au XIXe siècle, les femmes qui se hasardent au bord de l’eau portent un pantalon qui descend jusqu’aux genoux, une chemise, une ceinture, un bonnet, des bas et des chaussures. « Le costume de bain digne de ce nom doit être ample, voire bouffant, non seulement pour envelopper et protéger le corps des intempéries, mais surtout, pour brouiller son contour et occulter sa chair, souligne l’anthropologue Jean-Didier Urbain, auteur de Sur la plage (Petite bibliothèque Payot essais, 2016). Il s’agit avant tout de crypter silhouette et carnation, la forme et la substance corporelles, et les soustraire au regard de l’autre. » A la fin du XIXe siècle, cependant, émerge un puissant mouvement de libération des corps.

« A cette époque, le naturisme, une philosophie morale qui proclame les vertus du sport, du plein air et de la nudité, ainsi que la médecine, qui affirme que le soleil guérit certaines maladies comme la tuberculose, préparent le terrain à une nouvelle manière d’exposer son corps en public, explique Vincent Coëffé, maître de conférences en géographie à l’université d’Angers (Esthua, tourisme et culture). Dans l’entre-deux-guerres, les femmes issues d’une élite culturelle et sociale, appartenant notamment à l’univers de l’art, commencent, l’été, à se dénuder sur le sable tout en suscitant la controverse autour de l’immoralité. Elles s’affranchissent peu à peu de certaines convenances en exposant aux regards leurs bras et leurs jambes. »

Un « immense remuement »

En 1907, la nageuse et comédienne australienne Annette Kellerman fait ainsi scandale en revêtant, sur une plage de Boston, un maillot « une pièce » qui lui vaut des poursuites judiciaires. Cette tenue « moulante » finit par s’imposer sur le littoral français dans les années 1920, avant d’être concurrencée au début des années 1930 par le « deux-pièces » : un maillot qui montre pour la première fois le ventre, même s’il cache encore pudiquement le nombril. En 1946, le Français Louis Réard va plus loin en inventant le bikini, un maillot minimaliste auquel il donne le nom d’un atoll du Pacifique où se déroulent des essais nucléaires.

« LE DÉNUDEMENT A BEAU AVOIR GAGNÉ LA PARTIE DANS LES ANNÉES 1960, SE “METTRE À NU” DANS UN LIEU PUBLIC RESTE, AUJOURD’HUI ENCORE, UNE OPÉRATION COMPLEXE »

VINCENT COËFFÉ, CHERCHEUR

Si son créateur choisit d’associer le bikini à une explosion, c’est sans doute parce qu’il comprend qu’une révolution culturelle est en cours. Exposer son corps aux regards publics est en effet un « immense remuement », estime l’historien Christophe Granger. Pour « qu’il devienne possible de s’allonger en public, souligne-t-il, sur une plage à moitié nu sans susciter l’effroi ou la curiosité », il a fallu bousculer une montagne de conventions sociales. « Le dénudement a beau avoir gagné la partie dans les années 1960, se “mettre à nu” dans un lieu public reste, aujourd’hui encore, une opération complexe, ajoute Vincent Coëffé. Il a fallu imaginer des règles encadrant cette exposition des corps. »

Les premières de ces règles furent administratives et réglementaires. Dès le XIXe siècle, une police du corps veille scrupuleusement au respect de la décence et de l’ordre moral dans les stations balnéaires. En 1837, une affiche de la « police des bains de mer » de Granville (Manche) partage ainsi la plage en trois secteurs : « Une partie exclusivement réservée au bain des femmes, une partie exclusivement réservée au bain des hommes habillés, une partie exclusivement réservée au bain des hommes non habillés. » Le règlement interdit en outre « aux hommes de se promener ou de stationner sur ou le long de la grève occupée par les femmes durant le bain de celles-ci ».

Dans l’entre-deux-guerres, les conflits s’exacerbent sur le « périmètre des nudités acceptables », selon les mots de Christophe Granger. Dans un article publié en 2008 (revue Rives nord-méditerranéennes), l’historien raconte les « batailles de plage » qui ont rythmé les années 1920 et 1930. « Les arrêtés, dont le recensement reste malaisé, se multiplient à partir du milieu des années 1920, à la fois pour les plages du littoral et pour celles, intérieures, de rivières, d’étangs, etc. Les administrations municipales, pour lutter contre la “licence des plages”, se prévalent de leur compétence à maîtriser la “voie publique” et ceux qui l’occupent. »

« Bon ordre » et « décence »

A Moliets-et-Maa (Landes), en 1933, le maire, considérant que les « tenues malséantes » ne sauraient être tolérées sur le sable, oblige les estivants à s’y promener revêtus d’un maillot de bain « couvrant entièrement le torse, le bassin et la partie haute des membres inférieurs ». A La Rochelle, un arrêté de 1934 contraint les baigneurs à « s’envelopper d’un peignoir boutonné ou fermé et couvrant le corps tout entier pour effectuer le trajet de leur habitation à la plage ». A Boulogne-sur-Mer, en 1934, le maire proscrit « les caleçons de sport » sur la plage au nom du « bon ordre et de la décence ».

Trente ans plus tard, Le Gendarme de Saint-Tropez, film de Jean Girault sorti en 1964, est le lointain héritier de cette police des corps. Ludovic Cruchot, le gendarme incarné par Louis de Funès, et l’adjudant Gerber, joué par Michel Galabru, y traquent les tenues indécentes sur les plages tropéziennes. Le film exagère à peine la réalité : alors que le monokini apparaît la même année sur la Côte d’Azur, le ministre de l’intérieur de Georges Pompidou, Roger Frey, fait savoir aux maires, par circulaire, que cette pratique relève de l’outrage public à la pudeur et que la justice poursuivra les délinquantes.

Les règles administratives ou judiciaires, toutefois, ne sauraient régir à elles seules l’exposition des corps sur le littoral. Comme tout espace social, la plage est gouvernée par des normes informelles d’une immense complexité. « La plage passe pour un lieu de liberté, de tolérance et d’authenticité où chacun rêve d’un retour à l’état de nature, analyse Vincent Coëffé. C’est pourtant un fantasme : elle est une scène sociale où se déploient des conventions très sophistiquées qui régulent en détail les apparences corporelles, les gestes, les postures et les regards. »

L’étrange ballet social

Pour comprendre la profondeur et la subtilité de ces règles, les chercheurs qui travaillent sur ce thème en appellent au sociologue allemand Norbert Elias (1897-1990). Dans les années 1930, ce théoricien des relations d’interdépendance s’intéresse à l’étrange ballet social qui se joue sur le sable. « Il est impensable qu’une femme ait pu se montrer au XIXe siècle en public, sans se faire conspuer par la société, dans un de ces costumes de bain qui sont aujourd’hui d’usage courant », constate-t-il en 1939 dans La Civilisation des mœurs (rééd., Pocket, 2003), un ouvrage consacré à la transformation des régimes d’émotions en Europe de l’Ouest.

SUR LA PLAGE, LES ESTIVANTS CONNAISSENT CE CODE DES MŒURS SUR LE BOUT DES DOIGTS : TOUS SAVENT PARFAITEMENT SURVEILLER LEURS POSTURES, DÉSAMORCER LES TENSIONS, GÉRER LEURS REGARDS, APPRIVOISER LA QUASI-NUDITÉ DES VOISINS

Si ce dévoilement des corps est possible, analyse Norbert Elias, c’est parce qu’il s’inscrit dans le long processus de répression de l’affectivité et de la sensibilité survenu entre le XVe et le XIXe siècle dans les sociétés occidentales. « Nos coutumes sportives et balnéaires, les libertés que nous nous accordons – par rapport aux phases précédentes – sont la marque d’une société au sein de laquelle la plus grande retenue est considérée comme allant de soi, et où hommes et femmes sont assurés que de fortes autocontraintes et des règles strictes de savoir-vivre limitent l’initiative des individus », écrit-il.

Sur la plage, les estivants connaissent ce code des mœurs sur le bout des doigts : tous savent parfaitement surveiller leurs postures, désamorcer les tensions, gérer leurs regards, apprivoiser la quasi-nudité des voisins. « Ces multiples règles, qui ont été intériorisées au travers d’un long apprentissage, permettent à chacun de se contrôler tout en mettant en scène, sur le sable, l’aisance et le relâchement, décrypte Vincent Coëffé. Il s’agit, selon lui, d’un « transfert d’urbanité » : « Le régime de civilité extrêmement élaboré de la plage permet aux estivants de vivre à moitié nus, sans heurts et sans conflits, dans un espace public ouvert à tous. »

Pour Christophe Granger, ce code de la « décence estivale », qui proscrit notamment les regards trop appuyés ou les gestes déplacés, finit paradoxalement par « opérer une sorte d’effacement décisif du corps ». Sur la plage, estime l’historien, règne un « régime de correction des regards, quelque chose comme une indifférence ou mieux encore, pour le dire avec les mots [du philosophe] Georg Simmel ou ceux [du sociologue] Erving Goffman, une “inattention respectueuse” ». C’est ainsi, conclut-il, que s’organise « une indifférence contextualisée », qui « dépouille le corps nu des lectures proprement impudiques qui, n’importe où ailleurs, s’attachent à la nudité ».

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3 août 2018

Comment Macron veut réinvestir Brégançon

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Par Virginie Malingre - Le Monde

Le chef de l’Etat devrait partir, le 3 août, dans la résidence présidentielle du Var, dont il veut faire un « Elysée d’été ».

La fatigue, Emmanuel Macron ne l’évoque jamais. Le président aime à dire qu’il dort peu. Mais après l’affaire Benalla, qui a fait tanguer la macronie et révélé un certain nombre de failles dans son dispositif, le chef de l’Etat ne dédaignera pas un peu de repos. Tout en espérant que cette pause estivale achève de faire retomber la pression politico-médiatique des derniers jours. Mercredi 1er août, il a reçu, avec son épouse, Brigitte, les membres du gouvernement et leurs conjoints à dîner à l’Elysée. Jeudi, il devait « rencontrer plusieurs conseillers pour faire le point sur des dossiers », précise la présidence. Il partira pour Brégançon vendredi, à l’issue du dernier conseil des ministres.

M. Macron, qui y restera une quinzaine de jours, a décidé de réinvestir cette résidence, assimilée dans l’esprit des Français à l’intimité des présidents. Nicolas Sarkozy lui préférait la demeure des Bruni-Tedeschi au cap Nègre. Et François Hollande, après y avoir séjourné à l’été 2012, en avait confié la gestion au Centre des monuments nationaux, afin de l’ouvrir au public l’été. Si les curieux peuvent toujours la visiter quand le président n’y est pas, ce château du XVIIe siècle, perché sur un piton rocheux, est donc redevenu un lieu de villégiature présidentielle.

« Coup de jeune »

Mais pas seulement. Emmanuel Macron souhaite redonner à Brégançon un caractère officiel. Le fort aura ainsi vocation à abriter des rencontres diplomatiques « dans un cadre intimiste, comme les présidents américains à Camp David », précise l’Elysée. Même si les délégations accueillies à cette occasion ne peuvent être pléthoriques, « la table de la salle à manger ne pouvant accueillir que vingt personnes ». Si François Mitterrand y avait reçu le chancelier allemand Helmut Kohl en 1985, Jacques Chirac son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika en 2004 et Nicolas Sarkozy la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice en 2008, ces précédents sont restés rares. « Brégançon fait partie du soft power à la française », explique un conseiller élyséen. Comme le Louvre, où Emmanuel Macron a choisi de se rendre le soir de son élection, le château de Versailles, où il a reçu Vladimir Poutine au début du quinquennat, ou encore les Invalides, où il a accueilli Donald Trump.

Pour leur première soirée au fort, le couple Macron a invité à dîner la première ministre britannique, Theresa May, et son mari, Philip. Au menu des discussions, le Brexit, que le président de la République et la locataire de Downing Street n’avaient jusqu’ici pas eu l’occasion d’aborder en tête-à-tête, précise l’Elysée, où l’on laisse entendre que les vacances du chef de l’Etat seront studieuses. A la suite d’une année « vraiment intense », ce dernier « va prendre du repos tout en continuant à travailler dans une ambiance calme », indique ainsi son entourage.

Emmanuel Macron sait les dégâts que les premiers congés varois de François Hollande avaient occasionnés, à l’été 2012. Les Français avaient reproché au socialiste cette pause estivale, qui signait selon eux une trop grande désinvolture, alors que les dossiers brûlants s’accumulaient. Les photos du « président normal » en bermuda et polo trop large, aux côtés de sa compagne Valérie Trierweiler, avaient eu un effet dévastateur dans l’opinion. Tout comme les révélations sur les quatorze coussins à 200 euros pièce que l’Elysée avaient alors achetés pour améliorer le confort de Brégançon.

Piscine hors sol

De son côté, l’ancien conseiller de François Hollande a souhaité redonner un « coup de jeune » à la résidence présidentielle, délaissée depuis plus de dix ans. Cent cinquante mille euros ont été débloqués (ils s’ajoutent à un budget de fonctionnement annuel de 100 000 euros) pour refaire l’électricité, la peinture et la cuisine. Le couple Macron a également fait installer une piscine hors sol (pour un coût de 34 000 euros), qui a suscité une polémique, même si l’Elysée réfute, chiffres à l’appui, tout procès en « présidence des riches ». « C’est moins coûteux que la sécurisation de la plage », fait-on valoir, « laquelle nécessite onze gendarmes postés sur des bateaux de sauvetage, pour un coût de 60 000 euros ». La piscine a un autre avantage, elle permet de se baigner à l’abri du regard des paparazzis…

Les temps ont changé depuis l’époque où Bernadette Chirac refaisait la décoration de la bâtisse provençale et où les Pompidou achetaient du mobilier Pierre Paulin et y suspendaient des toiles de Hartung ou Poliakoff pour moderniser l’endroit.

Pour un président, les vacances sont un exercice périlleux en matière d’image. Nicolas Sarkozy avait été très critiqué après ses premières vacances, sur le yacht de l’homme d’affaires Vincent Bolloré d’abord, puis aux Etats-Unis, dans une résidence de luxe. Plus discret, le fort de Brégançon offre la parade. Mais ce n’est pas la seule raison de l’engouement d’Emmanuel Macron pour cette bâtisse perchée à 35 mètres de hauteur au-dessus de la Méditerranée. « Le chef de l’Etat s’inscrit dans les pas de ses prédécesseurs, il est attaché à la continuité de la présidence sous la Ve République », explique un conseiller.

M. Macron « est habité par l’idée de s’inscrire dans l’histoire de France et dans ses symboles », écrit Guillaume Daret, dans son livre Le Fort de Brégançon (Editions de l’Observatoire) « et le fort de Brégançon est l’un de ces symboles, il est associé au pouvoir tout autant que l’Elysée ». Les Français se souviennent des bains de foule de Jacques Chirac à la sortie de la messe à Bormes-les-Mimosas, des échappées en vélo de Nicolas Sarkozy, de Georges Pompidou sans cravate ou de Valéry Giscard d’Estaing en maillot de bain. En avril 1995, François Mitterrand y avait reçu une poignée de journalistes pour faire taire les rumeurs sur l’aggravation de son état de fatigue, lié au cancer dont il mourra quelques mois plus tard.

Même Charles de Gaulle, qui n’a passé qu’une seule nuit à Brégançon, y a été immortalisé, le 15 août 1964, lors des célébrations du vingtième anniversaire du débarquement en Provence. Et malgré le souvenir détestable qu’il en a gardé, à cause des moustiques et d’une literie sous-dimensionnée, le général a décidé d’en faire une résidence présidentielle en 1968.

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1 août 2018

In memorem : anniversaire de Yves Saint Laurent

"A mon Amoureux, mes plus douces pensées, pour toi, la haut. Ta tendresse, tes baisers, ton sourire, tout me manque. Tu me manques. " Laetitia Casta

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Yves Mathieu-Saint-Laurent, dit Yves Saint Laurent, né le 1er août 1936 à Oran en Algérie et mort le 1er juin 2008 à Paris en France, est un grand couturier français, l'un des plus célèbres au monde et dont les collections de haute couture font partie de l'histoire du xxe siècle.

Yves Mathieu-Saint-Laurent naît à Oran où il passe sa jeunesse, avant d'arriver à Paris pour travailler chez Dior. Dessinateur doué, son influence va en grandissant dans cette maison jusqu'à remplacer Christian Dior à la mort soudaine du couturier. Yves Saint Laurent y connaît alors un triomphe à l'âge de vingt et un ans seulement, dès la première collection « Trapèze ». Quelques années plus tard, il quitte la prestigieuse maison de l'avenue Montaigne pour fonder l'entreprise qui porte son nom, avec son compagnon Pierre Bergé qui ne le quittera plus jusqu'à sa mort. La première collection haute couture est présentée en 1962 ; elle sera suivie de la robe Mondrian ou la collection « Pop Art » qui rappellent son goût pour l'art, puis Le smoking et le tailleur-pantalon hérités du vestiaire masculin, la saharienne qu'il transforme d'un vêtement fonctionnel en un élément chic, les cuissardes, les blouses transparentes qui font couler tant d'encre dans la presse en pleine révolution sexuelle… Épris d'exotisme tout au long de sa vie, il est le premier à engager pour ses défilés des mannequins d'origine asiatique ou africaine. Moderniste et en phase avec son époque, il crée en parallèle à la haute couture, son prêt-à-porter de luxe sous le nom de rive gauche ; celui-ci deviendra un exemple pour de nombreux autres couturiers. Ces années là, Yves Saint Laurent découvre le Maroc où il achètera une quinzaine d'années plus tard le jardin Majorelle.

Dans les années 1970, la collection « Libération » marque les esprits ; par la suite, plusieurs autres défilés rendent hommage aux peintres, tels que Matisse ou Van Gogh, à ses inspirations lointaines comme la Russie avec la collection « Opéra-Ballets-Russes » ou l’Asie, collection symbolisée par le parfum Opium. Il connait également les excès de l'alcool, de la drogue, des médicaments, ses « faux amis ». Lors de la décennie suivante, il présente la collection « Picasso » une fois de plus référence à l'art. Durant ces années, l'entreprise croît par le succès des parfums, cosmétiques ou accessoires. Le couturier est alors récompensé d'un Oscar de la mode. À la fin des années 1990, lassé de dessiner le prêt-à-porter, il se concentre sur la haute couture pour l'abandonner finalement en 2002.

Perpétuellement entouré et inspiré par les femmes, de Victoire à Betty Catroux, de Catherine Deneuve à Katoucha, Yves Saint Laurent sait au cours de sa carrière créer pour elles, et laisse à sa mort en 2008 un héritage majeur pour la mode ainsi que de nombreux classiques de la garde-robe féminine. Les musées, le cinéma ou les éditeurs ne cesseront de lui rendre hommage.

2 août 2018

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Rancinan le photographe, Narcisse, Nina et Constance les deux merveilleuses assistantes de la COX Galerie à Bordeaux qui prendront soin de vous quand vous viendrez visiter l’expo “Jadis et Naguère” de Rancinan avec la magique installation de calligraphie de Caroline Gaudriault. Jusqu’au 30 septembre 2018 ! 

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29 juillet 2018

Gare Montparnasse...

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Un train sur deux à la gare Montparnasse dimanche, à la suite d’un incendie

La SNCF assurera dimanche la circulation d’un train sur deux à Montparnasse, contre deux sur trois samedi. Le trafic est perturbé depuis l’incendie d’un transformateur électrique vendredi.

Après un vendredi et samedi des plus éprouvants pour les voyageurs de passage par la gare Montparnasse, à Paris, il faudra encore s’armer de patience dimanche 29 juillet. Le trafic est très perturbé, à la suite d’un incendie, menant à un week-end difficile pour les voyageurs, en plein chassé-croisé estival.

Vendredi vers 11 h 30, un transformateur électrique de RTE à Issy-les-Moulineaux a pris feu, coupant l’alimentation des stations électriques de la SNCF, y compris de secours, en gare Montparnasse. Après une interruption totale en fin de matinée, le trafic a repris très partiellement en début d’après-midi avec trois trains au départ et trois trains à l’arrivée par heure gare Montparnasse.

28 juillet 2018

Hommage à Oksana

Éloïse Bouton

Je suis évidemment choquée par la nouvelle du décès d’Oksana Chatchko.

Choquée parce que je ne lui avais pas parlé depuis plus d’un an et que je n’ai pas cherché à le faire. Depuis mon départ de Femen en février 2014 et le sien quelques mois plus tard, nous n’avons pas vraiment gardé contact. Nous n’avons jamais été très proches.

J’ai rencontré Oksana en septembre 2012 au Lavoir Moderne, deux semaines avant l’inauguration du QG de Femen France. Dès son arrivée, elle avait passé la journée à peindre une gigantesque fresque "Sextremism" pour décorer le lieu. A l’époque, elle parlait très mal anglais. Mais parmi le peu de mots que nous étions parvenues à échanger, elle avait évoqué Marx et August Bebel. Ensuite, pas grand-chose. C’était l’artiste du groupe, l’électron libre, la théoricienne discrète. Celle qui peignait nos torses avant les actions, apportait la touche caustique aux scénarios et résistait aux arrestations comme personne.

Choquée aussi parce qu’à peine 24 heures après l'annonce de sa mort, elle appartient à tout le monde sauf à elle-même. Subitement, plein de personnes la connaissaient, l’ont côtoyée, soutenaient son combat, aimaient son art. On a le droit d’être affecté.e par ce drame, mais j’ai du mal à croire à la sincérité de certains de ces hommages. C’est quoi le projet ? De passer pour quelqu’un de "cool" dans le "feminist game" en disant publiquement "moi aussi je connaissais la co-fondatrice de Femen ?" Indécence, un peu.

Choquée également par certains médias qui s’empressent de parler des dissensions entre les militantes Femen au lieu de parler d’Oksana, à qui on doit l’existence du mouvement et qui a indéniablement contribué à l’histoire internationale du féminisme (que l’on ait été d’accord ou pas avec elle ou avec Femen).

Choquée enfin par moi-même, et par mon incapacité à avoir décelé chez elle une forme de détresse. Oksana est la deuxième membre de Femen qui se suicide en trois ans. La première s’appelait Julia Javel. Cela m’interroge une nouvelle fois sur la nécessité de construire de véritables espaces safe dans les structures militantes, de créer du lien, de débriefer les violences subies hors et dans le groupe (car on le sait bien, les schémas de domination ne restent pas à la porte des associations), d’être bienveillantes, de savoir identifier la souffrance et de savoir comment agir ou ne pas agir en conséquence tout en prenant soin de soi.

Bien que j’aie milité pendant deux ans avec elle, je ne la connaissais pas vraiment. Et c’est sûrement ce qui me choque le plus.

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25 mars 2014

Robert Mapplethorpe (photographe) - Exposition à partir de demain au Grand Palais

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Robert Mapplethorpe est l’un des plus grands maîtres de la photographie d’art. C’est avec un noir et blanc extrêmement stylisé qu’il réalise portraits, nus, et natures mortes. Au-delà de la puissance érotique qui fait la célébrité de l’oeuvre de Mapplethorpe, l’exposition présente la dimension classique du travail de l’artiste et sa recherche de la perfection esthétique, à travers plus de 200 images qui couvre toute sa carrière du début des années 1970 à sa mort précoce en 1989.

Cette exposition est réalisée par la RMN – GP, avec la coopération de la Fondation Robert Mapplethorpe, New York

Commissaire général : Jérôme Neutres, conseiller du président de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais / Commissaires associées : Joree Adilman, conservateur de la fondation Robert Mapplethorpe, Hélène Pinet, conservatrice au Musée Rodin et Judith Benhamou-Huet, journaliste critique d’art

L’exposition est réalisée grâce au mécénat d’Aurel BGC. - See more at : http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/robert-mapplethorpe

Robert Mapplethorpe est l’un des plus grands maîtres de la photographie d’art. C’est avec un noir et blanc extrêmement stylisé qu’il réalise portraits, nus, et natures mortes. Au-delà de la puissance érotique qui fait la célébrité de l’oeuvre de Mapplethorpe, l’exposition présente la dimension classique du travail de l’artiste et sa recherche de la perfection esthétique, à travers plus de 200 images qui couvre toute sa carrière du début des années 1970 à sa mort précoce en 1989.
Cette exposition est réalisée par la RMN – GP, avec la coopération de la Fondation Robert Mapplethorpe, New York
Commissaire général : Jérôme Neutres, conseiller du président de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais / Commissaires associées : Joree Adilman, conservateur de la fondation Robert Mapplethorpe, Hélène Pinet, conservatrice au Musée Rodin et Judith Benhamou-Huet, journaliste critique d’art
L’exposition est réalisée grâce au mécénat d’Aurel BGC. - See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/robert-mapplethorpe#sthash.CcF4wyns.dpuf
Robert Mapplethorpe est l’un des plus grands maîtres de la photographie d’art. C’est avec un noir et blanc extrêmement stylisé qu’il réalise portraits, nus, et natures mortes. Au-delà de la puissance érotique qui fait la célébrité de l’oeuvre de Mapplethorpe, l’exposition présente la dimension classique du travail de l’artiste et sa recherche de la perfection esthétique, à travers plus de 200 images qui couvre toute sa carrière du début des années 1970 à sa mort précoce en 1989.
Cette exposition est réalisée par la RMN – GP, avec la coopération de la Fondation Robert Mapplethorpe, New York
Commissaire général : Jérôme Neutres, conseiller du président de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais / Commissaires associées : Joree Adilman, conservateur de la fondation Robert Mapplethorpe, Hélène Pinet, conservatrice au Musée Rodin et Judith Benhamou-Huet, journaliste critique d’art
L’exposition est réalisée grâce au mécénat d’Aurel BGC. - See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/robert-mapplethorpe#sthash.CcF4wyns.dpuf

 

Robert Mapplethorpe est l’un des plus grands maîtres de la photographie d’art. C’est avec un noir et blanc extrêmement stylisé qu’il réalise portraits, nus, et natures mortes. Au-delà de la puissance érotique qui fait la célébrité de l’oeuvre de Mapplethorpe, l’exposition présente la dimension classique du travail de l’artiste et sa recherche de la perfection esthétique, à travers plus de 200 images qui couvre toute sa carrière du début des années 1970 à sa mort précoce en 1989.
Cette exposition est réalisée par la RMN – GP, avec la coopération de la Fondation Robert Mapplethorpe, New York
Commissaire général : Jérôme Neutres, conseiller du président de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais / Commissaires associées : Joree Adilman, conservateur de la fondation Robert Mapplethorpe, Hélène Pinet, conservatrice au Musée Rodin et Judith Benhamou-Huet, journaliste critique d’art
L’exposition est réalisée grâce au mécénat d’Aurel BGC. - See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/robert-mapplethorpe#sthash.CcF4wyns.dpuf
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