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Jours tranquilles à Paris

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14 juillet 2020

« Sainte-Sophie en mosquée est une gifle au visage de ceux qui croient encore que la Turquie est un pays séculier »

Tribune - Asli Erdogan : « Sainte-Sophie en mosquée est une gifle au visage de ceux qui croient encore que la Turquie est un pays séculier »

Par Asli Erdogan, Romancière

Pour la romancière Asli Erdogan, le président turc montre avec cette décision qu’il ne veut plus s’encombrer des valeurs morales occidentales comme la loi ou la démocratie.

Je viens de la ville qui s’appelait Constantinople à sa fondation et s’appelle aujourd’hui, plus d’un millier d’années plus tard, Istanbul. Entre les deux, la cité a eu plus de deux douzaines de noms différents. Elle a subi presque deux douzaines de sièges, deux pandémies de peste, près de dix tremblements de terre majeurs. Elle a survécu à d’innombrables guerres, combats, intrigues et luttes.

Elle a vu des centaines de rois venir, régner puis s’en aller, et elle a accueilli plusieurs langues, religions et monuments… Et pour moi qui suis native de la polis, comme l’appelaient les Grecs, il y a un symbole indiscutable de la singularité et de la sagesse de cette cité : Sainte-Sophie, un monument aussi imposant et unique, pour moi en tout cas, que les pyramides égyptiennes.

Je me suis souvent demandé avec quelle justice Byzance avait été traitée dans la quête qu’a eue l’Europe de ses racines historiques. Constantinople était romaine, grecque et bien plus encore… C’était là que la Méditerranée rejoignait la mer Noire, que des civilisations d’Asie Mineure vieilles de douze mille ans rejoignaient la Thrace, la péninsule grecque et la Perse, que l’Orient rejoignait l’Occident…

Abolition du système séculier du kémalisme

Mais une promenade de deux jours dans Istanbul aujourd’hui suffit à montrer que la manière dont les Ottomans ont traité Byzance était loin d’être juste. Ils en ont pourtant beaucoup appris et assimilé. Des palais en ruines, des églises transformées en mosquées, mille ans de Byzance à qui on a, en grande partie, refusé de faire de l’ombre à la gloire de l’ère ottomane…

La transformation de Sainte-Sophie en mosquée est une gifle délibérée au visage de ceux qui croient encore que la Turquie est un pays séculier. Le système séculier du kémalisme, ou plutôt de laïcité, puisque la Turquie suivit le modèle français plus que l’anglo-saxon, et qui en fut l’un des rares exemples dans tout le monde musulman, est ainsi déclaré aboli.

Bien qu’une majorité de Turcs voient cette transformation comme une manœuvre politique pour détourner l’attention de la crise économique, les partis d’opposition, en particulier le CHP, porte-drapeau du kémalisme, sont restés plutôt timides dans leurs critiques, voire silencieux, et ont même approuvé dans un ou deux cas.

Personne n’ose offenser les sentiments religieux du peuple, bien que personne ne lui ait demandé s’il souhaite effectivement une telle transformation.

Vers la conquête du pouvoir absolu

A regarder les déclarations d’Erdogan, les kémalistes et le kémalisme ne sont pas les seuls à avoir reçu ainsi une leçon. En qualifiant la transformation de « touche finale d’une conquête », il se déclare le fier successeur de Mehmet le Conquérant et d’autres sultans ottomans. « Conquête » est un terme qui appartient à la terminologie ou à l’idéologie d’une ère passée, où le vainqueur occupait et annihilait le vaincu sans se soucier de morale.

La destruction ou la transformation des temples des vaincus était pratique courante dans le passé. Le régime d’Erdogan déclare ainsi que désormais l’Empire ottoman sera le nouveau modèle de la Turquie contemporaine. Ce régime ne va plus s’encombrer de valeurs morales attribuées à l’Occident ou à la société contemporaine ni, de manière générale, des concepts de modernité occidentaux, et il ne permettra pas à des bagatelles comme la loi, la démocratie, etc., de faire obstacle à sa conquête majeure… La conquête du pouvoir absolu.

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14 juillet 2020

Marisa Papen

Marisa Papen (4)

Marisa Papen (5)

Marisa Papen (7)

Marisa Papen (8)

14 juillet 2020

Un amour lumineux et tragique

Article de Véronique Cauhapé

François Ozon a adapté un livre qui l’a bouleversé à l’adolescence

ÉTÉ 85

Dix-neuvième long-métrage de François Ozon, Eté 85 nous a d’abord laissée perplexe. Quelque chose ne collait pas. Une pierre à l’édifice qui, sans nul doute, lui appartenait, avait été ajoutée mais placée au mauvais endroit. Ce nouveau film du cinéaste n’avait rien à faire au dernier étage de sa filmographie. Sa place était aux fondations. A ce rang des premiers films où de jeunes réalisateurs trouvent inspiration dans des faits autobiographiques, esquissent les thèmes qui occuperont plus tard leur œuvre et demeurent à faible distance de cette matière qui les préoccupe. Tel que nous est apparu, en tout point, Eté 85 – transposition du roman de l’écrivain anglais Aidan Chambers, La Danse du coucou (Dance on my Grave), paru en France en 1983. Livre que François Ozon confie avoir lu à l’âge de 17 ans, et « adoré » au point d’envisager d’en faire l’adaptation pour son premier long-métrage, si d’aventure il se lançait dans le cinéma.

L’aventure eut lieu, mais débuta autrement. Par des courts puis des longs-métrages, qui, s’ils ne correspondaient pas au projet initial, en comportaient des bribes. Des scènes et des thèmes du livre se trouvant en effet dans Une robe d’été (1996), Sous le sable (2000), Dans la maison (2012), Une meilleure amie (2014), Frantz (2016), comme en a pris conscience le cinéaste, lorsque, après Grâce à Dieu, lui prit l’envie de relire – soit trente-cinq ans après sa découverte – l’ouvrage d’Aidan Chambers. Le temps était venu de satisfaire le désir que la jeunesse avait exprimé puis réfréné par crainte et timidité. L’âge et l’expérience autorisaient enfin de filmer cette histoire d’amour, lumineuse et tragique, qui, durant quelques semaines de l’été 1985, unit deux adolescents, dans une station balnéaire ouvrière. Southend-on-Sea (dans le sud-est de l’Angleterre) dans le livre. Le Tréport (Seine-Maritime) dans le film.

Reconstitution méticuleuse

L’histoire d’amour finit mal. François Ozon n’en fait pas mystère, qui ouvre le film sur son issue, montrant Alex (Félix Lefebvre), claquemuré dans un chagrin dont il pense ne jamais pouvoir sortir, hanté par le souvenir de celui qu’il a chéri, qui désormais repose sous une tombe, David (Benjamin Voisin), à qui il a fait une promesse folle. Un pacte consenti dont il s’est acquitté et pour lequel il risque une incarcération dans un centre d’éducation surveillée. Eté 85 fait alors défiler ce qu’il est advenu, en prenant cependant soin de ménager le suspense sur la révélation finale : la nature de la promesse faite à David.

Avant cela, le récit du film progresse dans la fraîche allégresse d’une rencontre amoureuse, des étreintes qu’elle promet et des moments partagés auxquels elle rend dépendant. Le décor de plage et de mer aux reflets miroitant, la lumière douce comme une caresse, la musique empreinte de mélancolie, s’accordant à ce petit miracle de l’attraction sentimentale, donnent son caractère d’évidence à l’histoire. Alex et David s’abandonnent aux élans de leur jeunesse dans un environnement à l’unisson de leurs émotions dont le grain, les nuances et la sensualité nous sont rendus par le format pellicule avec lequel le cinéaste, précisément pour ces vertus, a souhaité tourner ce film.

Il plaît à François Ozon d’investir des genres différents, voire d’en mêler plusieurs au sein d’un même film. Eté 85 n’a pas cette prétention qui additionne, de manière assumée, les codes du « teen movie ». Territoire auquel le réalisateur, par une reconstitution méticuleuse de l’époque, une écriture dépossédée de l’humour qui fait tout le sel du roman et une tendre observation des personnages, adjoint une nostalgie sans pondération. Si bien que la chronique adolescente prend souvent des airs de bluette, qui ont pour effet d’amoindrir les aspérités souterraines du récit, sournoisement tapies dans la part de mystère, les peurs, les fêlures par lesquelles se définissent les personnages. Et les font agir face à l’expérience ultime de la mort où les conduit le film dans la lumière d’un bel été.

Film français de François Ozon. Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge (1 h 40).

14 juillet 2020

J'ai envie de moules...

moules

14 juillet 2020

Benjamin Voisin : "J’ai aimé entrer dans la "famille" de François Ozon"

benjamin voisin ozon

Benjamin Voisin : "J’ai aimé entrer dans la "famille" de François Ozon"

L'acteur de 23 ans est à l'affiche du film Été 85, le prochain film de François Ozon. Ici à la 20e édition du Festival de fiction TV. (La Rochelle, le 15 septembre 2018.)

À 23 ans, cet amoureux des mots s’offre trois premiers rôles au cinéma. Le voici d’abord dans Été 85 de François Ozon, avant une nouvelle version de la Comédie humaine auprès de Gérard Depardieu et Xavier Dolan. Attention, talent !

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«Étoile montante du cinéma français», «acteur à suivre», «révélation de l’année»… Pour Benjamin Voisin, 2020 aura marqué un tournant. À 23 ans, ce fils de professeur du Cours Florent, aîné de quatre enfants, s’offre trois premiers rôles au cinéma. Dans Été 85, de François Ozon, il est David, un adolescent désinvolte, courageux et libre. Pour Xavier Giannoli, il a enfilé le costume de Rubempré, héros de La Comédie humaine, de Balzac, et, dans le prochain film de Morgan Simon, il se glissera dans la peau d’un astrophysicien incapable de séduire une femme. L’acteur, déjà très professionnel et amoureux des mots, aime aussi écrire, jouer au théâtre et rêve de réaliser un long-métrage.

"Été 85", un film de François Ozon, avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge, Valeria Bruni Tedeschi, Melvil Poupaud

Madame Figaro. - Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir acteur ?

Benjamin Voisin. - Ayant un goût prononcé pour les mots et la lecture, je suis arrivé au cinéma par le théâtre. Je suis persuadé que, quand on s’est frotté au génie de grands auteurs comme Molière, Racine, Musset ou Shakespeare et à la problématique à laquelle sont confrontés leurs personnages, on peut jouer n’importe quel scénario. Le cinéma paraît plus facile ensuite.

Comment s’est déroulée votre rencontre avec François Ozon ?

Il m’a fait passer des essais pour le rôle d’Alex, mais il m’a rappelé le lendemain pour me confier celui de David. Parmi ses films, je n’avais vu que Dans la maison et Potiche, mais j’ai aimé entrer dans sa «famille». Sa costumière et son accessoiriste sont les mêmes depuis quinze ans, et je me suis aussitôt senti intégré à ce clan. C’est un sentiment très agréable pour un acteur, et je crois beaucoup à la fidélité dans ce métier.

Un bon comédien est un homme qui a trouvé le parfait équilibre entre la peur et l’assurance

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer le rôle de David ?

Ma proximité avec ce personnage. Nous partageons une même soif de liberté et la peur d’être mis en cage. Comme David, je suis plein de vie : je roule à moto, je sors le soir, je ne suis pas timide. Il est peut-être moins craintif que moi, mais je pense qu’un bon comédien est un homme qui a trouvé le parfait équilibre entre la peur et l’assurance.

On vous retrouvera ensuite dans La Comédie humaine, de Xavier Giannoli. Quel plaisir avez-vous trouvé à vous plonger dans cette adaptation de Balzac ?

Un plaisir fou ! J’avais lu plusieurs romans de Balzac, mais pas les Illusions perdues, dont est tiré ce film. J’étais honoré de décrocher le rôle de Lucien de Rubempré et flatté de faire partie de cette aventure dont Xavier Giannoli rêve depuis dix ans.

Que ferez-vous après cela ?

Je rêve de travailler avec mon père au théâtre. Je vais tourner le deuxième film de Morgan Simon - une histoire d’amour -, aux côtés de mon amie Nadia Tereszkiewicz.

Quel regard portez-vous sur la génération d’acteurs à laquelle vous appartenez ?

Je suis entouré de nombreux jeunes acteurs avec qui j’ai hâte de partager le métier : je pense à Stefan Crepon (Le Bureau des légendes), à Théo Christine (Skam), à Souheila Yacoub (Les Sauvages) ou encore à Sami Outalbali (Sex Education). Ce sont, pour la plupart, des amis du Cours Florent, et certains d’entre eux ont l’ambition de devenir réalisateurs. Je suis convaincu de leur talent, et s’il m’arrivait de galérer, je crois que je ne me gênerais pas pour les obliger à m’offrir des rôles !

Que faites-vous quand vous ne travaillez pas ?

Je pense qu’un acteur a besoin de la même assiduité qu’un étudiant en médecine, et je travaille donc beaucoup. Comme on m’offre actuellement une chance inouïe, je compte bien ne rien lâcher.

Été 85, de François Ozon. Sortie le 14 juillet.

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13 juillet 2020

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13 juillet 2020

PLUNERET - Comtesse de Ségur

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comtesse de segur (2)

comtesse de segur (4)

13 juillet 2020

La nomination d'Éric Dupond-Moretti, choc du remaniement

dupond moretti

Les magistrats sont effondrés. Que doit-on en attendre politiquement? En quelques jours, les indices s’accumulent, laissant  à penser que le nouveau Garde des Sceaux s’inscrira sans peine dans les pas de Nicole Belloubet et Christiane Taubira. Enquête.

Il est sonné. Ce juge de la cour d’appel de Paris, qui répond à Sputnik sous couvert d’anonymat, ne se remet toujours pas de la nomination d’Éric Dupond-Moretti à la Justice. Même la déclaration du nouveau ministre lors de la passation de pouvoir ne l’a guère rassuré: «Je serai le Garde des Sceaux du dialogue et j’accepterai la contradiction, dont j’ai toujours été un ardeur défenseur», affirmait-il, comme une main tendue à ses critiques. Mais ces derniers se refusent pour l’heure à la prendre. Plutôt que la contradiction, ce serait plutôt dans la confrontation que l’avocat s’épanouirait, à en croire en tout cas notre interlocuteur qui a «déjà eu affaire à lui».

«Il est exécrable, il passe son temps à faire des remarques», confie le juge à Sputnik avant d’ajouter: «il n’y a pas d’audience sereine avec lui. Les incidents sont systématiques.»

Un Garde des Sceaux mal léché, donc? «Il y a, aux assises, une coutume: à la fin des débats, chaque avocat se rend dans le bureau du président pour lui serrer la main. C’est une habitude vieille de plusieurs siècles. Mais lui ne le fait jamais.» Un tempérament qui en dirait long sur l’esprit de l’intéressé. Éric Dupont-Moretti (EDM) n’a en effet jamais cessé de théoriser son mépris de la magistrature: «j’ai rencontré dans ma vie des juges absolument exceptionnels… mais je n’en ai pas rencontré beaucoup», avait-il déclaré en mars 2015 sur France 3. Pour lui, ce corps est avant tout un «troupeau».

Dupond-Moretti rendra-t-il les juges responsables de leurs décisions?

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Procès pour outrage et rébellion: partie gagnée par Taha Bouhafs contre la police?

L’Union Syndicale des Magistrats (majoritaire dans la profession) dénonçait sa nomination comme une «déclaration de guerre». Un avis qui semble unanime, au point qu’il apparaitrait impossible de trouver un juge, parmi les 8.000 qui disent le droit privé à travers la France, pour défendre ce choix d’Emmanuel Macron. Alors que la profession a vécu trois années terribles, sans la moindre prime exceptionnelle, depuis la vague d’attentats islamistes à la pandémie de Covid-19, en passant par les Gilets jaunes et la grève des avocats, la goutte Dupond-Moretti menacerait de faire déborder le vase de la magistrature. «On se fait remercier par ça? C’est du foutage de gueule!» tempête notre juge.

«Il n’y a jamais eu de justice… la justice, c’est une administration à laquelle on a donné le nom d’une vertu, ça n’est rien d’autre que cela. Moi je ne voudrais pas avoir à faire à la justice», déclarait le nouveau locataire de la place Vendôme en 2014. «Dire qu’il n’y a jamais eu de justice, c’est de la folie de la part d’un ministre de la Justice», rétorque, outré, le magistrat de la cour d’appel: «ça veut dire que nous n’aurions jamais rendu de décision juste?»

Toujours en 2014, Dupond-Moretti citait Nietzsche: «ce qui rend fou, c’est la certitude». Désormais dans l’incertitude, les magistrats craignent le renversement des valeurs judiciaires. Notamment, l’avocat Dupond-Moretti dénonçait régulièrement l’irresponsabilité des juges face aux conséquences de leurs décisions. Une ineptie, selon le juge de la Cour d’appel de Paris: «l’irresponsabilité va avec l’indépendance. En plus, c’est faux de dire que nous sommes irresponsables: le Conseil supérieur de la magistrature et les obligations déontologiques existent». Les sanctions peuvent aller jusqu’à la radiation, toutefois rarissime en pratique. Dans l’affaire Outreau, seule une mutation d’office a été prononcée.

L’avocat des avocats

Bien sûr, le son de cloche diffère chez les avocats. «C’est un coup de l’Élysée qui pourrait s’avérer intéressant», commente Me René Boustany, cofondateur du Cercle Droit & Liberté, un réseau de juristes qui penche à droite. «Il avait encore porté plainte il y a quelques jours [contre le PNF, le parquet national financier, ndlr], ce qu’il n’aurait pas fait s’il était depuis plus longtemps dans les petits papiers de l’Élysée»: preuve donc d’une précipitation de la part du chef de l’État, qui donnerait à cette nomination des allures de vulgaire opération de com’.

Car s’il jouit d’une certaine «aura» au sein du Barreau et des médias, le nouveau Garde des Sceaux n’a que 18 mois devant lui avant l’élection présidentielle. Un délai qui semble bien mince à Me Boustany pour changer grand-chose, même s’il espère que Dupond-Moretti trouvera les ressorts pour apaiser les confrontations entre, d’une part, l’exécutif et les avocats autour de la réforme des retraites, et d’autre part entre les avocats et les magistrats. Cette dernière tension s’est cristallisée autour de l’affaire Nioré, un avocat accusé d’outrage à magistrat pour des propos tenus lors d’une plaidoirie. Mais le nouveau ministre le pourra-t-il?

13 juillet 2020

4L et camping sauvage - vu sur internet

4L et camping sauvage

13 juillet 2020

Arielle Dombasle : « Vieillir ne veut rien dire »

dombasle

Par Laurent Carpentier

Une promenade avec… (1/8). Chaque samedi pendant les vacances, « Le Monde » se met dans les pas d’une ou d’un artiste dans un quartier qui lui tient à cœur. Pour le premier rendez-vous, on a trottiné de Saint-Germain-des-Prés au Palais-Royal avec l’actrice et chanteuse.

Rue de Beaune. Saint-Germain-des-Prés. Elle s’est arrêtée devant une théière chinoise. « C’est un arrosoir, rectifie l’antiquaire, Alain Gérard : 900 euros. » Il faut dire que cela ressemble vraiment à une théière. On entre. « 44 ans ! La plus vieille boutique de la rue, précise-t-il, en montrant la moquette qui rend l’âme et le fauteuil où se seraient assis Noureev, Givenchy et Depardieu… « Et puis vous… Bien sûr, vous, qui êtes déjà venue », glisse-t-il alors qu’elle joue avec un bouclier de collection.

Se promener dans Paris avec Arielle Dombasle, c’est plonger dans le monde imaginaire d’une fausse Barbie post-punk de bonne famille qui, depuis qu’en 1976 elle a revêtu la robe de Blanchefleur dans Perceval le Gallois, d’Eric Rohmer, est devenue à tout jamais la « pucelle blonde aux yeux bien fendus… » que réclamait le rôle. Elle s’en amuse : « Ce sont les mots mêmes de Chrétien de Troyes. » N’était-elle pas dans le personnage depuis toujours ? Depuis qu’enfant sa grand-mère écrivait pour elle et son frère Gilbert mille aventures dont ils étaient les héros. Elle était Titania, il était Oberon. On ne quitte pas le monde du conte comme on veut.

Titania donc, la fée des bois, Arielle Sonnery pour l’état civil, Arielle Dombasle pour la postérité. Un elfe de 47 kg, six décennies au compteur, coquette en tout, sur son âge comme sur le reste (« J’aurais sans doute aimé être la Belle au bois dormant… J’aime l’idée d’être réveillée par un baiser. »), l’air épuisé sous le maquillage – mais qui ne le serait avec cette chaleur ? –, nous emmène à travers les rues de Saint-Germain-des-Prés. « Je me sens étrangère partout. Ça libère. »

Une enfance romanesque

Née aux Etats-Unis, grandie au Mexique, des parents français, une enfance romanesque pleine de personnages étourdissants, de passagers de la nuit, dont elle égrène les noms à mesure qu’on trottine : Tamara Lempicka, Loulou de la Falaise, Zao Wou-ki, Louise Weiss, François-Marie Banier, Christian Louboutin…

On passe rue de Verneuil caresser le mur de Gainsbourg et, au 5, rue de Lille, rendre hommage à Lacan : « Un ami de mon grand-père habitait ici, il racontait que Lacan s’arrêtait chaque fois pendant vingt minutes devant le grand miroir de l’escalier pour se regarder. » Elle rit. A deux pas, rue Saint-Benoît, elle apprenait autrefois le piano et vocalisait. Marguerite Duras, qui habitait l’appartement du dessus, raconte-t-elle, lui glissa un jour un mot sous la porte : « J’aime beaucoup votre voix. » Plus belle la vie.

On résume : un père « flamboyant qui me faisait peur » issu d’une famille de soyeux lyonnais. Patron au Mexique d’une entreprise de velours de soie, il ne rêve qu’archéologie. La petite grandit « au milieu des dieux ». Tlaloc, celui de la pluie, trône dans sa chambre. « Mon père ne voulait pas d’un petit être chétif. Il m’a fait plonger avec des bouteilles à 5 ans, m’a emmenée dans la jungle… Il a fortifié chez moi ce côté sans limites et casse-cou. » Vient la trahison. Le père, « beau comme Johnny Weissmuller » [alias Tarzan], tombe amoureux d’une autre quand la mère, elle, se meurt d’un cancer. « Un chagrin d’amour », diagnostique l’enfant qui n’a que dix ans. Silence. Larmes qui refluent un demi-siècle plus tard : « L’innocence poignardée. » Elle se jurera à elle-même de n’avoir jamais d’enfant – « Et j’ai tenu ma promesse. »

« Indulgence affectueuse »

Elle s’arrête. « Qui trop parle commet méfait », suggère-t-elle, citant de nouveau Chrétien de Troyes. Elle a beau avoir tourné dans plus de 80 films (on vous passe les films télévisés et les feuilletons), en avoir réalisé huit, et enregistré une quinzaine d’albums (dont le dernier en date, Empire, avec le crooner alcoolo-punk Nicolas Ker, est sorti en juin), Perceval reste la pierre angulaire dont le blanc-seing auteuriste permettra dès lors à cette abonnée des pages people toutes les extravagances.

Elle allume une cigarette, aurait aimé une menthol, mais celles-ci sont désormais interdites. Moue bougonne. Rue Bonaparte, elle donne deux euros à un homme à demi effondré et noir d’alcool sur le trottoir, discute avec lui : « C’est un catholique russe ! » En face, elle indique le rez-de-chaussée de Belmondo et, à côté, l’immeuble où habitait Mocky, avec qui elle tourna deux films. « Ah ! la merveilleuse déambulation surréaliste chère à Breton où les signes et coïncidences font sens », soupire-t-elle à demi-extatique.

A la mort de sa mère, les grands-parents maternels ont pris un temps le relais. Lui est ambassadeur : Inde, Etats-Unis, Mexique, tout auréolé de gloire, gaulliste de la première heure : « S’il me voyait, il me regarderait avec une espèce d’indulgence affectueuse. » Sa femme est « une grande poétesse, quelqu’un d’infiniment gracieux qui avait noué des amitiés profondes avec des artistes ». La vie d’Arielle Dombasle ne saurait s’écrire sans superlatifs. Quand elle vient en France, la petite Titania habite soit chez ses grands-parents paternels, au château de Chaintré (Saône-et-Loire), dans le vignoble bourguignon (« Les plus beaux ifs taillés d’Europe, sept jardiniers… »), soit chez les parents de sa mère à Versailles rue d’Angiviller, « là où Proust venait rejoindre son amant le compositeur Reynaldo Hahn… »

Princesse des manants

On a traversé la Seine et ses amours par le pont du Carrousel. Voici le Louvre, où la grand-mère adulée décédée à 102 ans, « en 1999, pendant l’éclipse du soleil », l’emmenait voir La Grande Odalisque d’Ingres et les taureaux ailés de Syrie… Elle montre les piques sur les grilles qui ferment le jardin des Tuileries, explique comment, à être voyou, on peut les enjamber malgré tout (« Ce qui n’est pas possible au jardin du Luxembourg. ») Arielle Dombasle habite les beaux quartiers « avec Bernard-Henri » [Lévy, membre du conseil de surveillance du Monde], dispose de laquais et d’une secrétaire privée, mais se réclame princesse des manants, des funambules et des laissés-pour-compte. « La première chose qui m’a étonnée en arrivant à Paris, c’était de voir comment les gens traversaient sur les clous. »

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Elle a le sens de la repartie : « Ne te connais pas toi-même, c’est une de mes devises. » Et aime retourner les questions : « Je vois que vous n’êtes pas dogmatique mais un peu hermétique à vous-même affectivement », juge-t-elle après avoir attrapé notre carnet pour en analyser l’écriture.

On passe sous les fenêtres du ministre de la culture, l’occasion de chercher dans la vitrine d’une boutique de médailles sous les voûtes du Palais-Royal, celle de sa Légion d’honneur… Elle avait prévu qu’on remonte jusqu’à Montmartre en passant par la bibliothèque Richelieu, où l’emmenait Rohmer (« Un être du secret, de l’étude, professoral. »), puis par Le Palace duquel elle a vécu « le frémissement de la nuit, une liberté qui me faisait penser au Mexique, un brassage de gens venus de toutes les latitudes, des êtres inspirés ». Mais la chaleur nous a fait prendre un verre sous les marronniers du jardin où le cinéaste et écrivain Chris Marker lui donnait rendez-vous. Les gens nous regardent, lui disent bonjour. « Ils sont tellement gentils, les gens… Cela m’émeut. Nous sommes tous le reflet du regard des autres. Un carrefour de forces qui viennent d’ailleurs. » De son entresol, juste au-dessus de nous, Cocteau doit nous entendre, lui dont elle cite l’épitaphe : « Mes amis, faites semblant de pleurer car je fais semblant de mourir. » Titania n’en est pas là : « Vieillir, dit-elle, ne veut rien dire. Je ne crois pas à l’expérience. On reste toujours la même. »

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