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Jours tranquilles à Paris

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11 juillet 2020

Télévision - Et si Netflix aidait à résoudre l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès ?

dupont dugonesse

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

La plateforme vient de relancer Unsolved Mysteries (Les Enquêtes extraordinaires en version française), une émission culte qui a permis de résoudre de nombreux faits divers aux États-Unis. La “maison de l’horreur” de Nantes figure parmi les nouveaux épisodes.

“Chaque fois que je regardais, j’étais terrorisée – et en même temps je me disais que je pourrais contribuer à résoudre une énigme”, se remémore la critique du site américain IndieWire à propos d’Unsolved Mystery.

C’est peu dire que cette émission – dont Netflix vient de ressusciter la franchise avec six nouveaux épisodes, mis en ligne le 1er juillet sous le titre Les Enquêtes extraordinaires en France – a marqué son époque à la télévision. Elle a “laissé son empreinte sur la culture populaire”, estime le Los Angeles Times.

Diffusé de 1987 à 2002 (d’abord sur NBC, puis sur CBS et enfin sur la chaîne Lifetime), le programme présenté par l’acteur Robert Stack “a donné la chair de poule à toute une génération de téléspectateurs avec ses histoires de meurtres atroces, de disparitions inexpliquées, d’apparitions de yéti, d’enlèvements par des extraterrestres, de mystères médicaux et d’amoureux perdus de vue”.

Dans la nouvelle version, Stack (qui est décédé en 2003) n’est plus là pour narrer ses histoires en déambulant dans un décor de rues sombres, vêtu de son trench de détective ; le générique culte a été quelque peu modernisé par Netflix ; et les faits divers ont nettement pris le pas sur les histoires d’extraterrestres/

Reste en revanche les reconstitutions plus ou moins kitsch et les appels à témoins, une autre marque de fabrique de cette émission qui d’après le Los Angeles Times a permis la résolution de “dizaines d’affaires au fil des années”.

Ainsi que le précise ce journal :

Les producteurs [des nouveaux épisodes] ont sélectionné les affaires les plus susceptibles de plaire au public international de Netflix.”

Les spectateurs américains passionnés par l’affaire Dupont de Ligonnès

Parmi celles-ci, l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès semble avoir particulièrement frappé les abonnés américains. “Cette tragique histoire a captivé les spectateurs et suscité de nombreuses discussions sur [le réseau social] Reddit”, rapporte l’hebdomadaire Newsweek, avant d’énumérer toutes les hypothèses plus ou moins crédibles qui circulent à son sujet. Et de reprendre l’appel rituel de l’émission :

Si vous êtes en possession d’une information sur le meurtre de la famille Dupont de Ligonnès, laissez-nous un message sur le site unsolved.com.”

Porté disparu depuis avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnes est soupçonné d’avoir assassiné sa femme et ses quatre enfants, dont les corps ont été retrouvés sous la terrasse de leur maison à Nantes, en Loire-Atlantique.

Forte de ses 183 millions d’abonnés et misant sur “la facilité du partage de l’information à l’ère des réseaux sociaux”, Netflix espère bien, selon le Los Angeles Times, contribuer à faire émerger de nouvelles pistes, dans cette affaire comme dans d’autres.

Delphine Veaudor

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11 juillet 2020

Festival Photo de La Gacilly

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La Gacilly (7)

La Gacilly (8)

La Gacilly (9)

La Gacilly (10)

La Gacilly (11)

La Gacilly (12)

La Gacilly (13)

La Gacilly (14)

La Gacilly (15)

11 juillet 2020

La France contre la Turquie, aux racines de l’affrontement

Par Piotr Smolar

La récente escalade verbale entre Paris et Ankara au sujet de la Libye n’est que le révélateur de divergences plus larges, préexistantes depuis plusieurs années.

Parfois, les crispations sont des préludes aux crises ouvertes. Au printemps 2018, les épouses de trois diplomates turcs, basés à Strasbourg auprès du Conseil de l’Europe et à Paris, doivent remplir des formulaires pour des titres de séjour français. Or, elles refusent d’être photographiées sans leur voile. L’administration bloque la procédure, au nom de la loi. Commence alors, en coulisses, un invraisemblable imbroglio protocolaire et juridique. Ankara prend des mesures de rétorsion radicales. Elles visent les nouveaux fonctionnaires de l’ambassade et du consulat français en Turquie. Ils sont privés des cartes diplomatiques qui permettent de séjourner dans le pays. Le Quai d’Orsay, qui ne peut opérer le renouvellement prévu des effectifs, bloque à son tour l’attribution des titres de séjour pour les diplomates turcs et leurs épouses.

Cette crise étouffée a pris fin au bout de quatorze mois, en juin 2019, lors de la visite de Jean-Yves Le Drian à Ankara. Compromis trouvé : un simple coup de tampon sera donné sur le passeport des épouses concernées, refusant de poser tête nue, à l’instar de la solution adoptée pour les conjointes de diplomates iraniens. Mais cette séquence est riche d’enseignements. Elle révèle le raidissement identitaire de la Turquie, qui se conçoit comme un phare de l’islam politique, comme en témoigne le projet de reclassement de la basilique Sainte-Sophie en mosquée, à Istanbul.

Cette crise illustre aussi l’atmosphère de défiance entre les deux pays, malgré les efforts d’Emmanuel Macron pour nouer une relation de travail avec son homologue Recep Tayyip Erdogan. Le président a découvert les manières turques avec l’arrestation d’un jeune journaliste, Loup Bureau, fin juillet 2017, détenu pendant cinquante-deux jours. Trois ans plus tard, les échanges acrimonieux se multiplient. Face à la Turquie, la France s’avance dorénavant hérissée. Les incriminations retenues contre Ankara sont nombreuses : atteinte à la souveraineté d’Etats membres en Méditerranée, implication massive dans le conflit libyen, chantage aux migrants, achat d’équipements militaires à la Russie, révélations dans la presse turque sur un réseau d’informateurs au profit de la DGSE (services extérieurs français)…

Lundi 13 juillet, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne (UE) doivent se réunir pour évoquer les relations avec la Turquie. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a évoqué l’hypothèse de nouvelles sanctions, après celles prises en novembre 2019 en réponse aux forages illégaux dans les eaux territoriales de Chypre. « L’objectif n’est pas de punir la Turquie mais d’obtenir de la clarté », indique-t-on à l’Elysée. Les sanctions ont peu de chances de passer dans l’immédiat. Pour Berlin, la politique vis-à-vis d’Ankara ne peut se réduire à ces instruments punitifs. Cette réserve s’explique aussi par la présence d’une forte minorité turque en Allemagne.

Les tensions remontent à loin

Paris s’égosille, dans une relative solitude. Emmanuel Macron a contribué verbalement à l’escalade, en accusant récemment Ankara de porter une « responsabilité historique et criminelle » dans le conflit en Libye. « Criminelle » : un adjectif jamais employé pour qualifier l’intervention russe en Syrie. Le président français cherche à mettre à l’épreuve la solidarité des alliés de la France et à révéler les contradictions turques. Pour l’heure, avec peu de réussite.

La situation est encore plus paradoxale au sein de l’OTAN, où un bloc de pays pro-américains demeure dans le déni du problème turc. Faute d’un positionnement clair de Washington, l’Alliance est pétrifiée par le défi posé par ce membre ambivalent, réclamant la solidarité dans le dossier syrien face à Damas et Moscou, tout en jouant une partition dissonante ailleurs. Le dernier incident grave en Méditerranée a servi de révélateur.

« EN ATTENDANT LA PRÉSIDENTIELLE DE 2023, ERDOGAN ET SON PARTI L’AKP SONT DANS UNE STRATÉGIE DE MAINTIEN AU POUVOIR À TOUT PRIX ET DE DURCISSEMENT ANTI-OCCIDENTAL », MARC PIERINI, EX-AMBASSADEUR DE L’UE EN TURQUIE

Le 10 juin, la frégate française Courbet, lors d’une mission de l’Alliance, a été visée par les radars de tir d’une frégate turque qui escortait un cargo soupçonné de transporter des armes vers la Libye. L’enquête diligentée n’a pas mis Ankara à l’index, à la colère de Paris. « Le problème n’est pas entre la France et la Turquie, affirme-t-on à l’Elysée, mais dans le fait que le trafiquant et celui qui surveille les trafiquants sont les mêmes, la Turquie. » Le 1er juillet, la France a donc décidé de se retirer temporairement de l’opération de sécurité maritime « Sea Guardian ». Huit pays sur trente seulement ont soutenu la France à l’OTAN. L’Elysée réclame une grande « clarification », mais son propre soutien politique passé au maréchal Haftar, en Libye, affaiblit sa position.

En réalité, entre les deux pays, les tensions remontent à loin, à l’ère Sarkozy. Elles mêlent questions internationales et considérations intérieures, de part et d’autre. Elu président en 2007, M.Sarkozy avait rejeté l’idée d’adhésion de la Turquie à l’UE. « C’est à partir du coup d’Etat manqué de 2016 que l’incompatibilité entre la Turquie et l’UE va devenir impossibilité, résume Marc Pierini, expert au centre de recherche Carnegie et ancien ambassadeur de l’UE en Turquie (2006-2011). »

« La société civile est alors muselée, une autocratie complète s’installe. Lors des élections municipales de 2019, Erdogan et son parti l’AKP perdent leur monopole politique, en étant défait dans de grandes métropoles comme Istanbul. Depuis, en attendant la présidentielle de 2023, ils sont dans une stratégie de maintien au pouvoir à tout prix et de durcissement anti-occidental. L’envenimement public sert donc Erdogan. »

Début janvier 2018, la politesse est de mise lorsque Emmanuel Macron accueille Recep Tayyip Erdogan à l’Elysée. Nulle effusion, mais une volonté de trouver des convergences. A l’époque, les deux pays se rejoignent dans une opposition à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne par l’administration Trump. M. Macron souligne alors la coopération « exemplaire » avec Ankara dans la lutte contre le terrorisme. Le protocole Cazeneuve, encadrant le retour des djihadistes français de Syrie, fonctionne bien. En outre, le chef de l’Etat met en avant le projet de défense antimissile porté par le consortium franco-italien Eurosam, auquel la Turquie aspire.

Mais M. Macron prend aussi ses distances avec le processus d’adhésion enlisé. Il n’est plus question que d’un « partenariat » avec l’UE. « On paie vingt ans d’illusions sur ce qu’est le projet politique de l’AKP, souligne une source diplomatique française de haut rang. On a longtemps parlé d’islamisme modéré à la turque, qui permettait de sortir de la domination militaire tout en maintenant sous contrôle la frange islamiste extrémiste. Aujourd’hui, on essaie d’avoir un message de fermeté, mais la position d’accommodement généralisé a renforcé Erdogan, même si elle a modéré un temps ses ardeurs. »

Entretien explosif

Fin juin 2018, Emmanuel Macron félicite Erdogan pour sa réélection. Mais deux mois plus tard, lors de la conférence des ambassadeurs, le chef de l’Etat insiste à nouveau sur la nécessité de « sortir de l’hypocrisie ». Pendant ce temps, la crise des personnels diplomatiques bat son plein dans la relation bilatérale. « Est-ce que nous pensons (…) que nous pouvons continuer une négociation d’adhésion à l’Union européenne de la Turquie, interroge M. Macron, quand le projet chaque jour réaffirmé du président turc (…) est un projet panislamique régulièrement présenté comme antieuropéen, dont les mesures régulières vont plutôt à l’encontre de nos principes ? Résolument pas. »

En novembre 2019, Emmanuel Macron accorde un entretien explosif à The Economist, dans lequel il juge l’OTAN en état de « mort cérébrale ». Ces mots sévères visent à susciter le débat à l’approche du sommet de Londres. « Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale », rétorque Erdogan à l’adresse de M. Macron. L’ambassadeur de Turquie, Ismail Hakki Musa, est convoqué au Quai d’Orsay. Il l’avait déjà été quelques semaines plus tôt, en octobre, au lendemain du lancement d’une offensive turque contre la milice kurde des YPG dans le nord de la Syrie, alliée des Occidentaux dans la lutte contre l’organisation Etat islamique (EI) : « Ce fut un tournant pour nous, une attaque grave contre nos intérêts de sécurité », explique une source diplomatique.

En février, avant le déclenchement de la crise du Covid-19, Erdogan menace d’ouvrir les portes de l’Europe aux réfugiés en provenance de Syrie. Un million de personnes ont été jetées sur les routes dans la région d’Idlib en raison de l’offensive du régime de Damas, soutenu par l’aviation russe. En mettant en scène pour les caméras quelques milliers de candidats à l’exode, la Turquie cherche à créer un effet miroir par rapport à la crise migratoire de 2015. Elle met la pression sur l’UE, qui l’utilise comme sous-traitant.

La Turquie est un allié de moins en moins fiable, qui préfère jouer sa propre partition, comme le montre sa relation complexe avec la Russie. L’acquisition de systèmes antimissiles S-400 auprès de Moscou a provoqué l’ire des Etats-Unis. Washington a demandé en vain à Ankara d’y renoncer, pour pouvoir prétendre à l’achat d’avions de chasse F-35. De son côté, Paris a freiné l’avancée de l’étude de définition pour le système de missiles d’Eurosam, malgré les relances de M. Erdogan en personne.

Coups de semonce et opérations de communication

Mue par une fièvre néo-ottomane, la Turquie a bien assimilé le manuel des années 2020 : la force et le fait accompli donnent un avantage déterminant. Elle nourrit des ambitions inédites dans la région, en profitant du vide laissé par les Etats-Unis. Son affirmation militaire va accentuer la détérioration des relations avec la France, dans le dossier libyen. Débutée en avril 2019, l’offensive du maréchal Haftar contre les forces du gouvernement d’accord national (GAN) de Faïez Sarraj, basé à Tripoli et reconnu par les Nations unies, entraîne une implication d’ampleur de la Turquie, via des milliers de mercenaires syriens.

C’est la débandade, côté Haftar. Paris enrage contre l’intervention d’Ankara et appelle au respect du processus politique esquissé à Berlin en janvier. La Turquie renvoie la France à son propre engagement politique partisan, avec les Emirats arabes unis, l’Egypte et le groupe privé russe Wagner, aux côtés de l’Armée nationale libyenne (ANL). « Si nous n’étions pas intervenus, Tripoli serait tombée en janvier ou février, déclare l’ambassadeur turc, Ismaïl Hakki Musa. On nous accuse de jouer un jeu dangereux, un double jeu. Et vous ? Au moins, nous disons clairement ce que nous faisons. Nous soutiendrons le gouvernement aussi longtemps qu’il le souhaitera. »

La crise du Covid-19 a confirmé la mue de la diplomatie turque, suivant le modèle russe et chinois. Elle alterne les coups de semonce et les opérations de communication. L’ambassadeur, à Paris, explique qu’il a coordonné une vaste mobilisation associative, pour fabriquer environ 100 000 masques en tissu. Fin avril, le diplomate remet 500 blouses sanitaires et 20 000 masques, au nom de son gouvernement, à la sénatrice de l’Orne, Nathalie Goulet, dans un geste immédiatement relayé par les médias proturcs. La même quantité est fournie à la région Grand-Est.

En sens inverse, selon nos informations, Erdogan demande à Emmanuel Macron, au cours d’une vidéoconférence en avril, d’intercéder en faveur de la Turquie auprès de Sanofi. Ankara a en effet commandé 18 tonnes d’hydroxychloroquine – le produit aux vertus supposément miraculeuses contre le Covid-19 – à une usine du groupe située en Hongrie. Mais Sanofi ne pouvait répondre à une commande aussi importante. « Nous avons toujours cru à l’efficacité des mesures préventives, précise l’ambassadeur Ismaïl Hakki Musa. En Turquie, nous utilisons depuis longtemps le Plaquenil, qui donne de bons résultats quand on n’a pas encore attrapé le Covid. Au départ, Sanofi disait qu’il ne pourrait livrer que quatre tonnes en quatre mois. Ils sont montés finalement jusqu’à 7,3 tonnes. »

Mélange politique religion

Si les relations se tendent entre les deux pays, ce n’est pas seulement en raison de l’échec flagrant de Haftar sur le terrain libyen. La Turquie est aussi un acteur sur la scène française, dont l’Elysée veut combattre de façon plus résolue les ingérences. Celles-ci s’inscrivent dans une stratégie d’Etat, la constitution d’un réseau international – institutions, associations, mouvances, médias, relais sur les réseaux sociaux – chargé de promouvoir l’agenda nationaliste-religieux d’Ankara auprès de la diaspora. Le maillage traditionnel des associations laïques turques n’est plus qu’un souvenir.

« Ce n’est pas de l’entrisme, car ils ne se cachent pas, relève Didier Leschi, auteur de Misère(s) de l’islam de France (Cerf, 2017), ancien chef du bureau central des cultes au ministère de l’intérieur (2004-2008). Les Turcs pratiquent en plus la menace, que ce soit sur les visas de nos diplomates ou bien sur les établissements scolaires. Sur ce point, ils disent : “Si vous nous empêchez d’ouvrir des écoles en France, on nationalise les vôtres, en Turquie”. »

Les cibles habituelles de ce nouveau réseau turc sont claires : tout ce qui est lié à la loi reconnaissant le génocide arménien (2001) ou bien à celle interdisant les signes religieux visibles à l’école (2004). Prosélytisme et surveillance. « L’objectif est un contrôle étroit de toute la population considérée comme diasporique, les émigrés et leurs enfants », résume une source à l’éducation nationale.

A Mulhouse, le 18 février, Emmanuel Macron a annoncé la fin progressive du système des imams détachés, pilier de l’islam consulaire. La moitié des 300 imams envoyés en France par des Etats étrangers, dans le cadre d’accords bilatéraux, sont des fonctionnaires turcs. Le mélange entre politique et religion est complet. En 2017, pour la première fois depuis sa création en 2003, le Conseil français du culte musulman a élu à sa tête pour deux ans un représentant de l’islam turc, Ahmet Ogras, plus connu pour sa proximité avec Erdogan que pour son ardeur pieuse.

Mais c’est surtout dans l’éducation que la vigilance des autorités se renforce. L’enjeu est de mieux contrôler le profil des enseignants envoyés en France, dont les compétences pédagogiques comptent souvent moins que l’appartenance à l’AKP, le parti au pouvoir, ou leur engagement religieux. Le mouvement Milli Görüs, la matrice de l’islam politique turque, très implanté en Allemagne et proche des Frères musulmans, joue ainsi sur la confusion entre cultuel et culturel. Au pic de la crise sanitaire, il a organisé des soupes populaires à Strasbourg et distribué des masques. Tout en étant surveillé de près de par les services de renseignement.

11 juillet 2020

Extrait d'un shooting

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11 juillet 2020

Au Japon, le phallus est une fête

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Par Guillaume Loire

REPORTAGE

Autrefois associé à des rites de fertilité, le Kanamara matsuri (festival du pénis de fer) à Kawasaki suit un déroulé immuable. Des dizaines de milliers de personnes assistent à la procession de divinités incarnées dans des phallus géants. Depuis dix ans, un tourisme massif et un mercantilisme grivois se sont greffés à l’événement.

Ce dimanche 5 avril 2020, dans un bâtiment octogonal d’un bois sombre, un rituel codifié se déroule en silence, comme chaque année depuis 1977. Il est environ 10 heures, dans ce quartier ancien de Kawasaki, vaste cité industrielle située en bordure sud de Tokyo. Le petit temple shintoïste Kanayama est d’ordinaire interdit aux curieux. Mais ce jour est celui du matsuri, la célébration annuelle des divinités locales, et une trentaine d’invités ont pris place.

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Un homme apparaît dans un somptueux kimono liturgique. Ses cheveux de jais sont surmontés d’un petit bonnet de cérémonie, son pantalon couleur pourpre indique un rang important. Il serre devant sa poitrine un sceptre rituel. Ce kannushi (« pasteur shinto ») s’appelle Hiroyuki Nakamura, et il préside à la cérémonie, assisté de deux femmes – sa mère et sa sœur. La seconde, Hisae, entonne des incantations après s’être inclinée devant l’autel.

Un officiant vêtu de blanc agite devant lui une baguette de bénédiction, avant de brûler des ex-voto dans un four sacré. Une odeur de cyprès flotte autour des invités, tous masqués contre le Covid-19, qui déposent, en offrande, des branches d’un arbre sacré.

Clergé en kimono d’apparat

Cette cérémonie, le Kanamara matsuri (« le festival du pénis de fer »), environ 2 500 curieux ont pu y assister en se connectant à la chaîne en ligne d’Omatsuri Japan, une agence tokyoïte spécialisée dans l’événementiel. Le cameraman Ken Sugawara y était. « En temps normal, il est impossible d’y assister, c’est réservé aux initiés. Mais le sanctuaire nous a permis de la filmer, car le reste du festival était annulé en raison de la pandémie », se souvient-il.

Une cérémonie diffusée sur Internet aux airs de pis-aller pour les amateurs du Kanamara matsuri qui viennent chaque année à Kawasaki pour assister à un moment hautement festif et grivois faisant la renommée du festival : la grande procession des statues de phallus dans la ville. Un défilé auquel, situation sanitaire oblige, le sanctuaire a dû renoncer.

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« La procession s’élance d’ordinaire à 11 h 30 », raconte Hisae Nakamura, qui n’en a pas manqué une depuis la création du festival, et une folle ambiance s’empare alors de son quartier. Des dizaines de milliers de personnes – elles étaient 60 000 en 2019 – se massent autour du sanctuaire, dans les rues autour de la gare Daishi.

Toutes viennent voir les vedettes du jour : deux statues phalliques de fer et de bois, d’environ 1,30 m chacune, installées dans des mikoshi, des palanquins divins. On dit que c’est en elles que les divinités du sanctuaire s’incarnent. Une centaine de filles et de garçons en kimono font office de porteurs. Les voilà qui quittent le sanctuaire aux cris de « Phallus de fer ! Enorme phallus ! », que reprend une foule compacte et surexcitée. Sifflets, claquements de mains, flûtes et percussions rythment la procession, qui est précédée par un aréopage de vieux messieurs en costume – les aînés des comités de quartier – et différents membres du clergé en kimono d’apparat.

Clichés scabreux

Le public, lui, est hilare ou concentré à mitrailler la scène au téléphone portable. Familles, ados ou couples âgés, hommes d’affaires, étudiantes et mafieux en congé, tout le Japon est là, réuni dans un enjaillement dont ses habitants sont friands. On compte aussi des touristes étrangers, venus voir ces drôles de Japonais célébrer la vigueur masculine. L’ambiance tient à la fois du carnaval, du pèlerinage et de la manif régressive.

En marge de la procession, une partie de la foule reprend son souffle dans les nakamise (« ruelles commerçantes ») du temple bouddhiste voisin, où des étals proposent des souvenirs pour festivaliers coquins. Les lunettes-pénis ont un certain succès. Elles sont vendues à côté de boucles d’oreilles, de bougies, de cartes postales, toutes aux formes et aux motifs suggestifs. Beaucoup s’agglutinent autour des stands de sucreries, où la sucette en forme de pénis ou de vagin coûte 350 yens (3 euros) et donne lieu à des clichés scabreux. Les visières en carton surmontées de pénis roses, elles, sont gratuites.

Partout, parfois déguisés, souvent avinés, les touristes multiplient les poses obscènes pour des photos inoubliables. Sur les coups de 17 heures, l’ambiance se tasse. Les marchands remballent, la gare s’engorge de visiteurs sur le départ. Au Japon, les fêtes se terminent tôt, et chacun sera rentré avant le coucher du soleil. Les phallus sacrés, eux, ont été remisés au sanctuaire. Ils n’en ressortiront que l’an prochain.

« Le festival est fait pour rendre hommage aux dieux qui habitent notre sanctuaire. » Hisae Nakamura

Cette année, le Kanamara matsuri n’a donc eu lieu que sous sa forme silencieuse, codifiée, faite de symboles et de gestes précis. Lui a manqué sa parade vulgaire et joyeuse, et son élan carnavalesque. Lui a manqué ce décalage qui fait de la fête un emblème de la société japonaise en apparence paradoxale, qui voit les extrêmes se rejoindre, le rituel sacré et le festif profane.

« Le festival est fait pour rendre hommage aux dieux qui habitent notre sanctuaire », commente Hisae Nakamura. A 43 ans, Hisae est l’aînée du clan Nakamura, qui administre le lieu de culte. Rien d’anormal, puisqu’au Japon les charges ecclésiastiques – que ce soit pour un temple bouddhiste ou un sanctuaire shinto – sont des affaires de famille, transmises par les aïeux à la génération suivante.

C’est le père, Hirohiko, qui, en 1977, eut l’idée de réactiver ce « festival du phallus de fer » (de kana, le « métal », et mara, le « pénis ») qui existait à l’époque Edo (1600-1868). Sa veuve, Kimiko, et leurs deux enfants, Hisae et Hiroyuki, s’en chargent aujourd’hui avec enthousiasme et sens du devoir. Car il faut bien s’occuper des dieux, pour qu’à leur tour ils s’occupent bien des hommes, enseigne le shintoïsme, ce culte premier du Japon (par opposition au bouddhisme, importé de Chine au Ve siècle) qui célèbre les forces de la nature et les esprits qui l’habitent.

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« On dit que la divinité rend visite aux hommes au printemps, au moment où ils plantent le riz nouveau, pour favoriser sa culture. » Jean-Michel Butel, ethnologue

Le shintoïsme, une sensibilité qui unit les hommes à la nature et à l’invisible, analysait l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, fasciné par ce qu’il avait observé lors de séjours au Japon dans les années 1970-1980. « J’ai coutume de dire que les Japonais sont pratiquants, mais pas croyants », confirme l’ethnologue Jean-Michel Butel, enseignant à l’Institut national des langues et civilisations orientales, qui décrypte les moments-clés du matsuri, ces festivités traditionnelles que les Japonais affectionnent.

La liturgie pratiquée le matin dans le sanctuaire est là pour satisfaire les dieux – par des offrandes et par des invocations – et purifier les hommes. Mais aussi pour les réunir : « La divinité est toujours ancrée dans un lieu et dans la communauté qui vit aux alentours, rappelle-t-il. On dit qu’elle rend visite aux hommes au printemps, au moment où ils plantent le riz nouveau, pour favoriser sa culture. » Ainsi, la procession qui s’ensuit est « l’occasion de promener la divinité sur son territoire pour en définir les limites et fédérer sa communauté ».

Quant à ces dieux incarnés sous forme de phallus démesurés, forment-ils une anomalie dans un pays qu’on croit souvent prude, gêné par la nudité ? Selon Agnès Giard, anthropologue et chercheuse au laboratoire Sophiapol (université de Paris-Nanterre), l’idée n’a pour les Japonais rien de farfelu. Ni les corps, ni leur union charnelle n’étaient hier réprouvés par une morale quelconque, et le tabou pèse aujourd’hui moins sur le sexe que sur les émotions. C’est ainsi que la loi, au Japon, oblige à flouter les organes génitaux dans les films pornographiques, alors que c’est dans le visage et l’expression du plaisir que se loge la véritable transgression.

« Auguste coït » des dieux Izanagi et Izanami

Agnès Giard rappelle aussi que dans la mythologie, c’est un « auguste coït » des dieux Izanagi et Izanami qui donne naissance à l’archipel japonais. Si le Japon est le fruit d’un rapport divin, pourquoi ne pas rendre hommage à ce moment joyeux et créateur ? Mais le festival Kanamara porte aussi un sens plus pratique : ce culte phallique provient des nombreux rites agraires de fertilité, « des cultes de nature orgiaque qui avaient lieu aux dates butoirs du plantage du riz et des moissons », précise la chercheuse.

Vénérer au printemps un phallus et sa divine semence était autrefois une manière de prier pour des récoltes fructueuses, et de nombreuses communautés rurales conservaient à cet effet des symboles phalliques – statues, pierres dressées – appelées konsei-sama, ou « vénérable racine de vie ».

Agnès Giard, qui interroge depuis longtemps l’imaginaire amoureux et sexuel des Japonais, en a aussi trouvé de nombreux exemples en dehors du Japon. En Grèce antique notamment, dans les rites de fertilité indonésiens et aujourd’hui dans « des fêtes populaires à travers toute l’Europe qui mettent en scène des organes génitaux, comme la fête des Failles, en Suisse, au cours de laquelle des torches phalliques sont allumées à la nuit tombée par des enfants et des adolescents ».

Hisae Nakamura sourit à l’évocation des konsei-sama, mais n’est pas choquée par ces dieux péniens et vulvaires qui appartiennent à l’histoire du sanctuaire familial. Celui-ci abrite d’ailleurs un drôle de petit musée à faire rougir plus d’un visiteur : on y voit des masques de tengu (dieu au nez fort allongé), des assiettes décorées de couples en pleine occupation, des tortues empaillées (en Asie, on dit que leur sang stimule la vigueur masculine)… Certaines sont de véritables pièces de collection, d’autres des gadgets d’un goût douteux. Mais toutes racontent un Japon polisson, rabelaisien, qui commence par l’« auguste coït » du mythe fondateur, habite les estampes érotiques ou les amours d’une femme fontaine filmées par Shôhei Imamura (De l’eau tiède sous un pont rouge, 2001).

Prier pour avoir des enfants

C’est dans la continuité de ce Japon, jouisseur malgré le poids des conventions sociales, mais aussi pétri de sacré, qu’il faut lire le culte de Kanamara. Un esprit intrinsèquement japonais mis à mal par le puritanisme occidental, auquel le pouvoir du Japon de l’ère Meiji (1868-1912) s’est plié : les processions phalliques et les musées érotiques furent alors interdits, de même que la mixité dans ces bains chauds que les Japonais aiment prendre en groupe.

Il faut attendre les années 1970 pour voir ces rites de fertilité réapparaître : « Plusieurs sanctuaires les remettent au goût du jour, un processus classique à la fin de la période dite de haute croissance, où le pays avait le sentiment de perdre ses valeurs, son sens du sacré », conclut Jean-Michel Butel, qui cite d’autres exemples contemporains de cultes phalliques.

A Osawa Onsen notamment, dans le nord du pays, qui fête en avril un immense phallus de cèdre verni. En mars, à côté de Niigata, les femmes mariées au cours de l’année précédente enjambent le même objet lors du festival Hodare matsuri. La fertilité n’est plus celle de la terre, mais celle des humains. De nos jours, de nombreux couples viennent au festival Kanamara prier les dieux pour avoir des enfants.

Paysans, forgerons et prostituées

A Kawasaki, dans les temps anciens, le festival était celui des paysans et des forgerons (d’où le métal dans lequel est coulée la statue), puis des prostituées. Il a ensuite connu des années très creuses. « Lorsque mon père l’a réactivé, le 15 avril 1977, seules dix personnes y assistaient », se souvient Hisae Nakamura. L’affluence va croître de manière exponentielle dans les décennies suivantes, dopée par l’intérêt renouvelé des Japonais pour ces fêtes d’antan, la courbe ascendante des touristes étrangers (3 millions en 1993, 31 millions en 2018), la proximité de Tokyo (la ville la plus visitée du pays) et la forte couverture médiatique dont le festival bénéficie depuis dix ans.

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Une vlogueuse japonaise raconte (en anglais) le festival

Sur les 60 000 participants de l’édition 2019, la moitié seulement était japonaise. « Les autres venaient de pays asiatiques – l’Indonésie, les Philippines, Singapour – et des Etats-Unis », détaille Mikiho Hotta, guide pour une petite agence locale, qui refuse les groupes à cette période, car la foule rend son travail impossible.

Tourisme gay

Depuis qu’en 2012 l’icône gay et travestie Matsuko Deluxe a fait part de tout le bien qu’il en pensait, le festival est aussi devenu le point de ralliement du milieu LGBT nippon. Ainsi, en plus des deux sculptures sacrées, un autre phallus attire tous les regards. Celui-là est rose, en plastique et mesure près de deux mètres. On l’appelle Elizabeth, du nom d’un bar LGBT de Tokyo dont les habitués, des hommes travestis, participent depuis plusieurs années au Kanamara matsuri. On les retrouvera plus tard, sébile en main, en train de collecter des fonds pour des associations de lutte contre le sida. La famille Nakamura a même convié plusieurs de ces associations.

Une des trois statues phalliques.

Le Kanamara matsuri est ainsi devenu l’objet d’un tourisme gay, chez les Japonais et chez les touristes étrangers, et l’on voit ici des couples d’hommes ou de femmes se tenir par la main, une rareté au Japon. « Le shintoïsme ne dit nulle part explicitement que l’homosexualité est un péché », explique Hisae, fière de l’ouverture d’esprit de son sanctuaire dans un environnement plutôt conservateur.

Le Japon ne criminalise pas l’homosexualité, mais n’autorise pas non plus le mariage entre personnes de même sexe. Lorsque, en 1999, le père de Hisae célébra au sanctuaire l’union de deux hommes, les réactions de ses collègues furent plus que mitigées. Certains sanctuaires réputés rigoristes n’admettent toujours pas les unions « non naturelles » sans toutefois s’exprimer officiellement sur la question.

Exploitation commerciale à outrance

Pour autant, Hiroyuki, pasteur et frère de Hisae, se dit gêné aux entournures par le côté guignolesque et l’exploitation médiatique qui dévoient la fête d’autrefois. Il aimerait qu’elle revienne à l’esprit shinto, plus sacré que touristique. Bref, qu’elle cesse de sombrer dans la caricature et l’exploitation commerciale à outrance.

Hiroyuki n’est pas seul : de plus en plus de Japonais pestent contre un tourisme de masse qui « pollue » leur pays, en particulier dans l’ancienne capitale impériale, Kyoto. Le réflexe identitaire peut être fort, teinté de xénophobie. Un mot est à la mode pour désigner ce complexe : celui de kankô kôgai (« pollution touristique »), dont la logique pousse même certains à appeler de leurs vœux un nouveau sakoku, du nom de la période (1650-1842) durant laquelle le pays était presque totalement fermé aux étrangers.

La situation sanitaire aura peut-être le mérite d’amener le Japon à réfléchir à son avenir touristique et le sanctuaire Kanayama à celui de son festival. Dans un pays à huis clos, qui a dû reporter les Jeux olympiques de Tokyo à l’été prochain, la fréquentation étrangère accuse une baisse historique de 99,9 % au premier trimestre 2020 par rapport à la même période en 2019. Et des voix en profitent pour réclamer un tourisme plus mesuré.

Guillaume Loiret

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11 juillet 2020

Nue à Lourdes, prière punk, Jésus en érection… Quand l’art provoque l’Eglise

Par Roxana Azimi 

deborah

Deux mille euros. C’est le montant de l’amende requise, le 25 juin, par le parquet de Tarbes à l’encontre de Deborah De Robertis. En août 2018, l’artiste franco-luxembourgeoise s’était ­ présentée nue à l’entrée de la grotte du sanctuaire de Lourdes, où, selon la tradition catholique, la Vierge Marie serait apparue à Bernadette Soubirous en 1858. Le sanctuaire a porté plainte, dénonçant « un acte d’exhibitionnisme qui a ­choqué les fidèles ­présents ». La récidiviste, déjà relaxée par le passé pour des per­formances dénudées au Louvre et à Orsay, affirme avoir voulu réunir à Lourdes deux figures bibliques, Marie « l’asexuée » et Marie-Madeleine la « trop sexuée », pour dénoncer les stéréotypes féminins véhiculés par la religion. Jugement rendu le 6 août.

ecce homo

Le site Hyperallergic rapportait, en juin 2017, l’arrestation dans un cybercafé de Rome du street-artiste italien Hogre, coupable d’avoir placardé une affiche satirique sur des arrêts de bus dans la capitale. Intitulée Ecce homo erectus, celle-ci représente Jésus en érection sous sa robe, posant une main sur la tête d’un enfant en prière. L’artiste provo­cateur réagissait alors aux accusations d’agressions sexuelles sur mineurs visant le cardinal australien George Pell, le numéro 3 du Vatican. En vertu de l’article 724 du code pénal italien, qui réprime le blasphème, il risquait 5 000 euros d’amende et une peine jusqu’à deux ans de prison. Hogre a toutefois échappé à un procès et ­récidivé deux ans plus tard en collant la même affiche, de nouveau à Rome.

punk

C’est une peine des plus sévères qui a été infligée à ces artistes. Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina, trois jeunes membres du collectif russe Pussy Riot, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de camp, par un tribunal moscovite pour « vandalisme » et « incitation à la haine religieuse », à l’issue d’un procès fortement médiatisé. Leur seul tort ? Avoir chanté en février 2012 une « prière punk » dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de chasser Vladimir Poutine du pouvoir. Les jeunes femmes avaient indiqué avoir aussi voulu dénoncer « la collusion de l’église et de l’état ».

piss

En 2003, le tribunal régional de Gdansk, en Pologne, a condamné l’artiste Dorota Nieznalska à six mois de prison ferme, commués en peine de travaux d’utilité publique, pour injure aux sentiments religieux. En cause, son installation baptisée Pasja (« passion », en polonais). Présentée à la galerie Wyspa, à Gdansk, en 2002, celle-ci se composait d’une photo de cuisses et de parties génitales masculines intégrées à une croix gréco-romaine accompagnée d’une vidéo filmant un sportif en train de soulever des haltères. Les recours en justice et le tollé international suscité par la sentence ont toutefois permis à l’artiste d’échapper à la peine en 2009.

ttina

Bettina Rheims et Serge Bramly, editions Albin Michel

En découvrant, en 1998, le livre I.N.R.I. des Français Bettina Rheims et Serge Bramly, recueil photographique racontant la vie du Christ et publié chez Albin Michel, l’abbé Philippe Laguérie voit rouge. La couverture montre une femme torse nu crucifiée. Basé en Gironde, le prêtre intégriste, ancien curé de la paroisse traditionaliste Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, assigne alors trois librairies bordelaises, la Fnac, Mollat et Virgin, afin de leur interdire la diffusion, la vente, ainsi que la présentation du livre. Une ordonnance en référé interdit d’exposer le livre au public. Décision infirmée quelques semaines plus tard par la cour d’appel de Bordeaux qui a condamné l’abbé zélote à indemniser l’une des librairies visées.

Roxana Azimi

11 juillet 2020

A la campagne...

campagne

11 juillet 2020

Arles 2020 : Antoine Herscher : Dernier Acte

Arles 2020 au jour le jour par Thierry Maindrault

Que de lieux oubliés, que de temps perdus dont il ne reste que dépouilles, épaves et autres déchets à l’abandon de tous. Ils en est des objet comme des hommes leur enveloppe terrestre disparaît inexorablement. Il en est de même pour leur âme (si elle n’existe pas que dans l’imagination du poète) qui s’éteint en cachette dans l’immensité universelle.

A la première vision des photographies d’Antoine Herscher, on imagine que l’auteur est fortement attiré par l’esthétisme de cet effacement progressif de ce qui semblait éternel. En y regardant bien, c’est l’insolite d’un état au regard des acquis culturels traditionnels qui prévaut. Certes, chaque image est bien construite avec une composition adaptée et une approche lumineuse efficace ; mais, c’est l’excentrique, à la limite de la provocation intellectuelle, qui prend le dessus.

Antoine Herscher semble surpris par ce qu’il découvre dans ses quêtes, géographiques élargies, qu’il insiste à nous faire partager objectivement. Les scènes photographiées sont inattendues et surprenantes, et pourtant, elles sont très souvent sous nos yeux. Sont-ils seulement ouverts nos yeux?

L’auteur ne se pose pas la question, il témoigne pour essayer de les ouvrir nos yeux et pour nous faire comprendre la réalité de toutes ces choses qui sont fort bien gérées par la Nature et que le Temps ne feront rien pour nous.

L’exposition a fait l’objet d’un livre publié chez Actes Sud, paru en novembre 2019.

La Croisière

63 boulevard Emile Combes

13200 ARLES

01 juillet au 30 août 2020 de 13h00 à 19h00.

mejan@actes-sud.fr

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11 juillet 2020

Opinion - Si Facebook était un pays, ce serait la Corée du Nord

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THE GUARDIAN (LONDRES)

Facebook est “hors de contrôle”, écrit dans le Guardian la journaliste britannique qui a révélé le scandale Cambridge Analytica avec ses confrères du New York Times. Entreprise “totalitaire” dirigée par un seul homme, la plateforme est une “menace pour la démocratie”, estime-t-elle dans une tribune alarmiste.

Rien ni personne ne peut arrêter Facebook. Ni les parlements, ni les autorités, ni les organismes de contrôle et de surveillance. Le Congrès [des États-Unis] a échoué. L’UE a échoué. Lorsque la Commission fédérale du commerce [une agence indépendante du gouvernement américain] lui a infligé une amende record de cinq milliards de dollars pour son rôle dans le scandale de Cambridge Analytica, le cours de son action n’a fait qu’augmenter.

C’est sans doute ce qui rend l’instant si passionnant et, peut-être même historique. Si le boycott publicitaire de Facebook par certaines des plus grandes marques du monde - Unilever, Coca-Cola, Starbucks – atteint son objectif, c’est qu’il aura porté un coup à la seule chose que Facebook comprend : son bilan financier. Et si ce boycott échoue, nous entrerons dans une nouvelle ère, et cette étape sera tout aussi historique.

Rappelons qu’il s’agit d’une entreprise qui a facilité la déstabilisation d’une élection américaine par une puissance étrangère [la Russie durant la présidentielle 2016], qui a retransmis en direct un massacre puis l’a diffusé à des millions de personnes dans le monde entier [l’attentat de Christchurch], et qui a contribué au déclenchement d’un génocide.

Et je pèse mes mots. Facebook a contribué au déclenchement d’un génocide. Selon un rapport des Nations unies, l’utilisation de Facebook a joué un “rôle déterminant” dans le déchaînement de haine et de violence à l’encontre des Rohingyas de Birmanie, qui a entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes et l’exil des centaines de milliers d’autres.

Je pense souvent à ce rapport. Lorsque je regarde des documentaires montrant des employés de Facebook jouant au ping-pong dans leur espace sécurisé de Menlo Park. Quand j’ai visité la banlieue de la Silicon Valley en début d’année et que je suis passée dans la rue “ordinaire” où Mark Zuckerberg vit sa vie tout à fait ordinaire alors qu’il est le seul maître à bord d’une entreprise unique au monde. J’ai pensé à ce rapport quand j’ai appris que Maria Ressa, la journaliste philippine qui avait tant œuvré pour mettre en garde contre les méfaits de Facebook, a été condamnée à la prison. […]

Facebook est une arme à feu. Une arme qui n’a pas besoin de permis - elle n’est soumise à aucune loi et à aucune surveillance – une arme qui est entre les mains de 2,6 milliards de personnes et dans tous les foyers ou presque, une arme infiltrée par des agents secrets agissant pour le compte d’autres pays, un laboratoire pour des groupes qui vantent les effets purifiants de l’Holocauste et croient que la 5G fera frire notre cerveau dans notre sommeil.

On dit parfois que si Facebook était un pays, il serait plus grand que la Chine. Mais la comparaison n’est pas bonne. Si Facebook était un pays, ce serait un État voyou. Ce serait la Corée du Nord. Et Facebook n’est pas une arme à feu. C’est une bombe nucléaire. Plus qu’une entreprise, c’est un totalitarisme, une dictature, un empire mondial contrôlé par un seul homme. Un homme qui, alors même que les preuves des dégâts causés par Facebook sont indéniables, indiscutables et accablantes, a simplement choisi d’ignorer ses détracteurs à travers le monde.

Presque impossible de vivre sans Facebook

Zuckerberg préfère continuer à déverser une propagande invraisemblable et de plus en plus ridicule alors même qu’il contrôle les principaux canaux de diffusion de l’information. Et comme les Nord-Coréens qui sont à la merci de l’État, il nous est aujourd’hui presque impossible de vivre sans Facebook, WhatsApp et Instagram.

La campagne #StopHateForProfit veut mettre un terme aux torrents de haine déversés sur Facebook. C’est ce qui a motivé six organisations américaines de défense des droits civiques aux États-Unis à faire pression sur les annonceurs afin qu’ils fassent “une pause” de leurs publicités achetées sur le réseau social en juillet. Une campagne précipitée par la décision de Facebook de ne pas retirer un post de Donald Trump menaçant de représailles les manifestants de Black Lives Matter : “Avec les premiers pillages viennent les premiers coups de feu.”

Mais l’ampleur du problème dépasse largement les propos ignobles tenus sur le réseau. Et c’est un problème qui ne concerne pas seulement les États-Unis, même si le rôle que Facebook va jouer dans l’élection américaine [en 2020] sera déterminant (et il est intéressant de noter que les exigences de #StopHateForProfit ne s’étendent pas aux publicités politiques mensongères, alors que c’est une nécessité fondamentale). Les dangers de Facebook s’étendent au monde entier. La menace que Facebook représente pour la démocratie met également en péril notre existence.

Est-ce une coïncidence si les trois pays qui ont le plus mal géré la crise du coronavirus sont dirigés par des populistes qui se sont fait élire en exploitant la capacité de Facebook de répandre des mensonges à grande échelle ? Trump, Bolsonaro et Johnson. La question se pose.

Plus fort que le capitalisme

Et si la démocratie est un concept trop abstrait, pensez au coronavirus. Si un vaccin est disponible, combien de gens voudront se faire vacciner ? Il y a autant d’anti-vax sur Facebook que d’antisémites. […]

Zuckerberg n’est pas Kim Jong-un. Il est beaucoup plus puissant. “Je pense que tous ces annonceurs reviendront bientôt sur la plateforme”, aurait-il déclaré à ses employés la semaine dernière. Et si 500 entreprises ont désormais rejoint le boycott, cela ne représente qu’une baisse de 5 % des bénéfices de l’entreprise, selon le Wall Street Journal. Facebook n’est pas seulement plus grand que la Chine. Il a même pris de vitesse le capitalisme.

Au bout du compte, il n’y a que nous qui pouvons changer les choses, grâce à notre porte-monnaie et aux messages que nous envoyons à ces marques. Parce que le monde doit comprendre que rien, ni personne ne nous viendra en aide. Trump et Zuckerberg ont formé une alliance stratégique tacite. Seuls les États-Unis ont le pouvoir d’enrayer la machine Facebook. Et seul Facebook a le pouvoir d’empêcher Trump de propager ses mensonges.

Nous sommes à un moment charnière de l’histoire et il nous faut agir avant qu’il ne soit trop tard. À condition de ne pas rater le coche.

Carole Cadwalladr

11 juillet 2020

Défilé BALMAIN sur un bateau sur la Seine

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