« Le garde des sceaux tenait jusqu’à il y a peu un discours qui rend très inquiétante sa nomination »
Par Katia Dubreuil, Présidente du Syndicat de la magistrature
Dans une tribune au « Monde », la présidente du Syndicat de la magistrature estime préoccupante la nomination d’Eric Dupond-Moretti à la chancellerie, notamment en raison de ses critiques à l’égard du Parquet national financier.
Il y a deux façons de s’inquiéter de la nomination d’Eric Dupond-Moretti à la chancellerie. La première, la plus évidente et la plus immédiate, consiste à dresser contre lui les juges, du seul fait qu’un avocat pénaliste de renom et de talent, qui a certes trop souvent cédé à la facilité de la provocation et de l’outrance, accéderait à la tête du ministère de la justice. Elle institue une logique guerrière, une barricade infranchissable entre, d’un côté, les magistrats, et, de l’autre, le monde politique et les avocats, forcément animés d’intentions malveillantes à l’endroit des premiers. Cette réaction est, il est vrai, confortée par l’insondable morgue d’un casting gouvernemental dans lequel la justice est reléguée au dixième rang protocolaire, et où deux ministres sont confortés alors que l’un fait l’objet d’une enquête pour viol et l’autre pour corruption et trafic d’influence.
C’est pourtant oublier que le garde des sceaux n’est pas davantage le ministre des magistrats qu’il n’est celui des avocats, des greffes, des personnels pénitentiaires ou des éducateurs, et que la légitimité des premiers à l’incarner n’est pas, en définitive, nécessairement supérieure à celle des autres. C’est oublier également qu’une telle mise à distance, par les magistrats, de ceux qui les critiquent parfois n’est pas audible, à juste raison, par le corps social, qui les renvoie volontiers à un certain désir, pas toujours fantasmé, d’entre-soi.
Ce détour corporatiste est d’autant moins nécessaire que la nomination du nouveau garde des sceaux pose des problèmes d’un autre type, dès lors qu’on s’attache à le prendre à ses propres mots. Contrairement à ce qu’il prétend souvent, Eric Dupond-Moretti ne se contente pas de défendre des hommes : en les défendant, par le degré de généralité de ce qu’il dit et par les lieux où il le dit, il défend des causes. Toutes ne sont d’ailleurs pas à jeter aux orties, et il porte parfois sur l’institution un regard pertinent, que l’on aurait tort de disqualifier du seul fait de son acerbité.
Eric Dupond-Moretti défend avec constance la présence du peuple français dans les cours d’assises, un meilleur équilibre de la procédure pénale ; il morigène le conformisme ambiant et la justice d’abattage que constitue trop souvent la comparution immédiate : sur ces terrains fondamentaux, il porte une parole qui mérite l’attention, voire le soutien. « De la parole aux actes », donc : les projecteurs, qu’il a eu coutume d’attirer, seront implacablement tournés vers ce « ministre des libertés », tel qu’il s’est déjà autoproclamé le jour de son investiture, en espérant qu’il mette également en lumière la justice civile, pour laquelle il n’a eu aucun mot lors de son discours de passation.
Un discours sans nuances
Mais sur d’autres terrains tout aussi fondamentaux, le garde des sceaux tenait jusqu’à il y a peu un discours qui rend objectivement très inquiétante sa récente nomination. De ce discours sans nuances, trois exemples conduisent à trois questions.
Depuis le début de la Ve République, les magistrats de l’ordre judiciaire sont formés dans une seule et même école. Cette école permet la formation d’une culture commune, fondée sur l’indépendance et la déontologie. Dans une institution judiciaire globalement précarisée, tout le monde ou presque s’accorde à faire de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) un des rares outils efficients et internationalement reconnus. Pourtant, Eric Dupond-Moretti n’a jamais vu en cette école autre chose que le ventre fécond du corporatisme judiciaire, à seule fin d’en suggérer la suppression. Le nouveau garde des sceaux s’engage-t-il à préserver le modèle français de l’ENM ? Cette première question est d’autant plus centrale qu’un récent rapport, rendu à la demande du chef de l’Etat, a proposé des évolutions radicales, dont certaines seraient dévastatrices pour l’ENM.
Ensuite, les condamnations de Jérôme Cahuzac, Patrick et Isabelle Balkany, François Fillon, mais aussi des décisions rendues au sujet de la compagnie Airbus, pour ne prendre que quelques exemples, démontrent que les efforts accomplis depuis de nombreuses années commencent à porter leurs fruits pour donner à la justice économique et financière une ampleur et une crédibilité qu’elle n’avait pas jusqu’alors. Il s’agit là d’un enjeu démocratique de première importance, fondé sur le principe d’égalité de tous devant la justice, et qui emporte des conséquences fondamentales sur la confiance des citoyens envers leurs institutions et leur classe politique.
Pourtant, Eric Dupond-Moretti n’a eu de cesse, ces dernières années, au-delà de la défense d’individus qui ne saurait lui être reprochée, de stigmatiser la « volonté effrénée de transparence », susceptible de conduire à « la dictature », au « maccarthysme », de mélanger les lanceurs d’alerte avec les délateurs, et de pourfendre l’un des principaux outils de ce combat pour l’égalité, le Parquet national financier (PNF). Le nouveau garde des sceaux s’engage-t-il à poursuivre et amplifier les efforts réalisés depuis plusieurs années contre la criminalité économique et financière ?
Enfin, et plus délicat : Eric Dupond-Moretti s’est investi ces dernières années, et c’est son droit le plus strict, dans la défense des personnes poursuivies dans les plus importantes affaires politico-financières du moment. Il est notoirement proche de toute une frange du barreau engagée dans un combat sans merci afin de décrédibiliser les magistrats spécialisés en matière économique et financière et en criminalité organisée. Comme ministre de la justice, il aura accès aux remontées d’informations des parquets dans tous ces dossiers, qui sont par nature signalés. Par ce biais, il saura avant tout le monde que telle enquête est ouverte contre telle personnalité politique ou tel avocat.
« LE NOUVEAU GARDE DES SCEAUX S’ENGAGE-T-IL À METTRE FIN IMMÉDIATEMENT À TOUTES LES REMONTÉES D’INFORMATIONS DANS LES AFFAIRES POLITICO-FINANCIÈRES OU CELLES CONCERNANT DES AVOCATS ? »
Dans ces circonstances, il est normal que de nombreux procureurs et juges s’interrogent sur les usages dévoyés qui pourraient être faits de ces informations extrêmement sensibles – et ce à plus forte raison qu’ils savent, depuis la condamnation de Jean-Jacques Urvoas, que ces usages ne seraient pas l’apanage d’un avocat ayant de multiples liens d’intérêt dans des dossiers de premier ordre. Le nouveau garde des sceaux s’engage-t-il à mettre fin immédiatement à toutes les remontées d’informations dans les affaires politico-financières ou celles concernant des avocats, et à engager une réflexion ambitieuse sur une réduction drastique des autres ?
Telles sont les questions auxquelles celui qui en a posé tant, et pas seulement de mauvaises, depuis tellement d’années à l’institution judiciaire devra répondre s’il veut trouver sur son chemin des partenaires loyaux et constructifs.
En dépit des menaces de représailles, l’Australie ne veut rien céder à la Chine sur Hongkong
Par Isabelle Dellerba, Sydney, correspondance
L’Australie a annoncé, jeudi, la suspension de son traité d’extradition avec Hongkong, et l’extension des visas des Hongkongais vivant sur son territoire.
Confrontée à une dégradation rapide de sa relation avec la Chine, l’Australie a défini une stratégie qui tient en trois mots : ne rien céder. Jeudi 9 juillet, ignorant les mises en garde de Pékin qui lui avait intimé de « ne pas s’aventurer davantage sur la mauvaise voie » en se mêlant du dossier hongkongais, le premier ministre conservateur Scott Morrison a pris des mesures pour répondre au « changement fondamental de la situation » dans l’ex-colonie britannique de Hongkong. Fin juin, le régime communiste avait imposé, à sa région administrative spéciale, l’adoption d’une nouvelle loi sur la sécurité.
Parce que cette législation, « à notre avis, sape la propre loi fondamentale de Hongkong et le haut degré d’autonomie garanti dans la déclaration conjointe sino-britannique » – qui avait établi le principe « un pays, deux systèmes » jusqu’en 2047 –, le chef du gouvernement australien a annoncé que son pays suspendait son traité d’extradition avec Hongkong et proposait un refuge à des milliers de Hongkongais en prolongeant de cinq ans la durée des visas accordés aux étudiants et aux travailleurs qualifiés.
Dix mille personnes, vivant déjà « down under », bénéficieront immédiatement de cette décision qui leur permettra, à terme, de déposer une demande de nationalité. Canberra a emboîté le pas au Royaume-Uni, qui avait offert, début juillet, un permis de résidence à trois millions de personnes. En parallèle, l’Australie va faciliter l’installation d’entreprises, actuellement domiciliées sur le territoire de Hongkong, sur l’île-continent. Par contre, elle n’a pas proposé, comme le réclamaient des organisations de défense des droits de l’homme, un programme de protection humanitaire qui aurait eu une cible plus large.
Dans les heures qui ont suivi ces annonces, le porte-parole de l’ambassade de Chine à Canberra a fustigé les responsables australiens. « Ils ont manifestement interféré dans les affaires intérieures de la Chine en faisant des remarques irresponsables », a-t-il déclaré avant d’ajouter que l’Australie devait arrêter « immédiatement » faute de quoi « elle se tirerait une balle dans le pied ».
La Chine considérée comme toujours plus menaçante
Anticipant de possibles mesures de représailles, le gouvernement de Scott Morrison avait, depuis plusieurs jours, mis en garde ses ressortissants installés en Chine et à Hongkong, contre « un risque accru de détention pour des motifs de sécurité nationale vaguement définis ». « Evidemment, ces décisions ne vont pas contribuer à apaiser les tensions mais la relation était déjà tellement dégradée que cela ne devrait pas changer grand-chose », lâche Rory Medcalf, directeur du National Security College.
Les deux pays sont à couteaux tirés depuis que, à la mi-avril, l’Australie a pris l’initiative de demander l’ouverture d’une enquête internationale sur l’origine et la propagation de la pandémie de Covid-19. Accusant Canberra de faire le jeu des Etats-Unis, Pékin a multiplié les insultes et les mesures de rétorsion économiques : restriction des importations de bœuf australien, droits de douanes de 80,5 % sur l’orge, conseil à ses touristes et étudiants de ne pas se rendre aux antipodes. Pour l’île-continent, qui envoie 32,6 % de ses exportations vers la Chine, son premier partenaire commercial, le coup a été rude mais pas fatal. Elle estime que Pékin peut difficilement toucher à son secteur d’exportation le plus lucratif – le minerai de fer – faute d’alternative.
Quoi qu’il arrive, le gouvernement conservateur a surtout décidé de ne pas plier face à un empire du Milieu considéré comme toujours plus menaçant. Selon les observateurs, l’Australie se méfie autant de ses ambitions régionales qui débordent jusque dans son précarré, le Pacifique Sud, que de ses tentatives d’ingérences sur la scène politique locale.
Dernier incident en date, le 19 juin, quand Canberra s’est dit la cible d’une vaste cyberattaque d’un « acteur étatique ». Si elle n’a pas nommé la Chine, tous les regards se sont tournés vers Pékin. Quelques jours plus tard, le premier ministre Scott Morrison a annoncé que son pays allait investir 1,35 milliard de dollars australiens (826,2 millions d’euros) dans la cybersécurité.
« Compétition stratégique croissante »
Canberra a aussi entrepris de durcir sa législation sur les ingérences étrangères fin 2017, ce qui avait provoqué la première flambée des tensions avec la Chine. Ces nouvelles lois sont à l’origine d’une première enquête, portée à la connaissance du grand public le 26 juin, qui s’intéresse aux tentatives de manipulations qui auraient visé un élu local, Shaoquett Moselmane, connu pour avoir loué le « leadership à toute épreuve » du régime chinois dans la crise due au nouveau coronavirus. Il aurait, entre autres, été fréquemment invité en Chine, tous frais payés.
Enfin, l’Australie a dévoilé, le 1er juillet, un tournant majeur dans sa stratégie de défense. Estimant qu’elle doit désormais concentrer l’essentiel de ses forces dans la région indo-pacifique, « épicentre d’une compétition stratégique croissante » et où le « risque d’une erreur de calcul et même d’un conflit augmente », selon Scott Morrison, elle va développer des « capacités de dissuasion plus fortes » notamment en se dotant d’une capacité de frappe à longue portée.
Parallèlement, le pays, allié historique des Etats-Unis, continue de renforcer ses liens avec d’autres puissances moyennes régionales. Après la signature, début juin, de nouveaux accords de défense avec l’Inde, le premier ministre australien a rencontré, jeudi, au cours d’un sommet virtuel, son homologue japonais Shinzo Abe pour discuter d’un renforcement du partenariat des deux pays.
La flèche de Notre Dame de Paris.... à l'identique
Une nouvelle flèche pour Notre-Dame ? La fin d’un serpent de mer
Par Laurent Carpentier, Isabelle Regnier
Emmanuel Macron a finalement donné son feu vert, jeudi, à une reconstruction à l’identique de la toiture de la cathédrale parisienne.
Finie la polémique sur la flèche de Viollet-le-Duc. L’heure n’est plus au geste architectural, à la reconstruction de Notre-Dame de Paris « plus belle encore », à l’apologie de la jeunesse ou de la réinvention, mots chéris du président Macron. L’heure est au consensus : alors que les architectes chargés du chantier présentaient, jeudi 9 juillet, devant la Commission nationale de l’architecture et du patrimoine, leur rapport de 3 000 pages qui prône une reconstruction à l’identique de la toiture, l’Elysée a orchestré le dénouement d’un feuilleton qui aura mobilisé plumes et esprits pendant quinze mois.
Au nom d’un continuum historique, pour ne pas menacer la structure, mais aussi pour respecter l’objectif fixé d’une reconstruction en cinq ans, le rapport présenté a reçu un avis positif et unanime de la Commission qui, pour n’être que consultatif, est pratiquement toujours suivi par le ministère de la culture. Un consensus notable pour cette assemblée d’architectes, d’élus, et de représentants d’associations de défense du patrimoine, qui ont choisi la solution la moins risquée.
La charpente sera en chêne, au grand dam des lobbies du béton et des amoureux du fer : « On n’a même pas été interrogés », s’insurge Charlotte Florès qui avec l’association ConstruirAcier représente la filière. Et ceux qui attendaient, comme cela avait été annoncé le 17 avril 2019, un concours international d’architecture pour repenser la flèche en seront pour leurs frais.
« Cette affaire est quasiment phallique »
Voilà en réalité des mois que cette question est tranchée. Passé le lyrisme des débuts, censé redonner du souffle à une France stupéfiée par l’incendie (« Notre-Dame de Paris nous avons su l’édifier et, à travers les siècles, la faire grandir et… l’améliorer » : Emmanuel Macron dans le texte), et les divers projets plus surprenants les uns que les autres – une flèche en titane, une toiture végétale, vitrée, couverte d’une piscine ou de panneaux solaires… –, l’enthousiasme s’était rapidement tari. Deux mois après le sinistre, déjà, un conseiller de l’Elysée confiait en souriant : « La flèche est un millième du sujet. Cette affaire est quasiment phallique. Il y a trop d’hommes sur ce dossier. »
Elle aura en tout cas contribué à nourrir la presse, prompte, par exemple en novembre 2019, à monter en épingle une querelle imaginaire entre le général Jean-Louis Georgelin – nommé par le président pour diriger l’établissement public chargé de Notre-Dame –, et Philippe Villeneuve, l’architecte en chef lorsque ce dernier se laissa aller à expliquer que ce serait « à l’identique ou sans lui ». En bon soldat, le général l’avait rappelé à son devoir de réserve, avec une brutalité toute militaire, tout en cherchant en sous-main à convaincre Macron qu’il n’était pas Pharaon.
Ses proches ne cessent de l’expliquer : le président écoute. Déjà le 15 avril, il fut question d’annoncer un changement dans la doctrine, mais le Covid-19 s’en est mêlé, et l’anniversaire de l’incendie a paru déplacé en ces temps de confinement. Mi-juin seulement, le général a finalement présenté les conclusions du rapport Villeneuve au président.
A l’Elysée, l’idée est d’attendre la fin de la séquence remaniement, et les conclusions de la Commission nationale de l’architecture et du patrimoine, pour communiquer. La veille, une fuite dans Le Figaro a finalement sonné le branle-bas tard dans la nuit : au matin, voilà Roselyne Bachelot, nouvellement nommée à la culture, sur France Inter. L’après-midi, un débriefing est organisé pour quelques journalistes, tout ça très prudemment pour ne pas empiéter sur le champ de la Commission.
Voilà qu’un autre souci ressurgit : le plomb
Le message est clair : qu’on n’aille pas croire que le président s’est mis en porte-à-faux, ou pire qu’il ait perdu une quelconque bataille : il a toujours voulu, dit-on, « l’avis de tous les experts. désormais c’est fait, et il leur fait confiance. »
Il y aura bien un concours d’architecture mais celui-ci portera sur la reconversion des abords de Notre-Dame, en lien avec la mairie de Paris (consensus toujours), et peut-être aussi sur la « Maison du chantier », bâtiment éphémère qui pourrait trouver sa place dans la cour de l’Hotel-Dieu, et abriter des expositions, des conférences, des ateliers (une vieille idée qui traîne depuis cet hiver). Bref, c’est pour ne pas retarder le chantier et ne pas cristalliser le débat sur la question que le président a renoncé à sa flèche.
Sitôt réglée la question de la réfection à l’identique, voilà qu’un autre souci ressurgit : le plomb. La Commission peuplée d’amoureux du patrimoine – tel Alexandre Gady et sa Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France, qui ne cesse depuis le début du chantier d’en dénoncer le moindre manquement à la règle –, a voté non seulement pour une charpente en chêne mais également pour une couverture en plomb « dans le respect des matériaux d’origine », comme le résume son président, le sénateur des Alpes-Maritimes, Jean-Pierre Leleux (Les Républicains).
« La cathédrale a été bâtie à l’époque avec une couverture en plomb. Quand on change de matériaux sur un bâtiment aussi vénérable, on change l’équilibre de l’édifice », explique-t-on à la Commission où l’on sait bien que le choix va faire réagir.
« Le plomb, ce n’est pas l’amiante »
« C’est le matériau qu’on utilise pour les couvertures de tous les monuments d’Europe, plaide un membre de la Commission. Regardez le Panthéon ! Le plomb est un matériau très ductile qui s’adapte parfaitement aux formes. On va dire le plomb, c’est dangereux. Mais le plomb, ce n’est pas l’amiante. Le plomb, on l’évacue naturellement pourvu qu’on n’en ait pas ingéré de trop grandes quantités. »
De quoi faire bondir des chercheurs américains qui viennent de publier une nouvelle étude réévaluant à la hausse la pollution au plomb générée l’an passé par l’incendie.
La Commission qui souhaite « pouvoir se prononcer en toute objectivité » a demandé une étude complémentaire et le général Georgelin (qui, en digne fils de la Grande Muette, se gardera bien de vous dire en face que c’est là aussi le choix qu’il aurait opéré) sait qu’il a là son prochain combat. Il lui reste quatre ans pour mener à bien l’objectif que lui a fixé Emmanuel Macron. L’homme sourit : « On va y arriver. La seule chose qui pourrait rendre vraiment les choses difficiles serait un reconfinement. Pour parler comme à l’Ecole de guerre, le “mode d’action ennemi”, c’est le Covid-19. »
Laurent Carpentier et Isabelle Regnier
======================
Greenpeace déploie une banderole sur la grue de Notre-Dame pour interpeller sur le climat. Vers 6 heures jeudi 9 juillet, quatre militants de l’ONG Greenpeace sont montés sur la grue attenante à la cathédrale Notre-Dame de Paris, haute d’environ 80 mètres. Ils ont tiré une banderole géante « Climat : aux actes » et la signature « Greenpeace », en noir sur fond jaune. L’un d’entre eux, suspendu dans le vide, a brandi le message « Macron, climat, Notre-Drame ». L’action s’est terminée vers 8 h 30 et la banderole a été retirée. « Sembler attaquer ce chantier tellement important dans le conscient et l’inconscient collectif… Je crois que Greenpeace ne sert pas une cause qui par ailleurs est juste », a critiqué Roselyne Bachelot, la ministre de la culture, sur France Inter, soulignant que le chantier de Notre-Dame était « fragile » et que « toute intrusion » pouvait avoir « des conséquences néfastes ». Le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard, a indiqué que les militants « n’avaient pas touché la cathédrale » et que leur action n’avait entraîné « aucun risque ni pour le bâtiment ». « Greenpeace s’adresse directement à Emmanuel Macron pour dénoncer son inaction climatique », a expliqué dans un communiqué l’ONG, qui a attaqué le gouvernement en justice pour ce motif, au côté d’autres associations. Sur Franceinfo, la ministre de l’écologie, Barbara Pompili a vu dans cette action « un petit cadeau de bienvenue, un petit message d’encouragement ». « C’est toujours des gens que j’apprécie et que je respecte, ce sont des lanceurs d’alerte », a-t-elle confié.
BREST 2020
Brest 2020 est la huitième édition des Fêtes maritimes de Brest initialement prévue du 10 au 16 juillet 2020. L'association organisatrice Brest Événements Nautiques a annoncé le report de cet événement en raison de la pandémie de Covid-19.
Lieu de regroupement de nombreux navires anciens, la fête présente également des animations à quais, centrées autour de « villages » en l'honneur de pays invités, et de scènes réparties sur l'ensemble du site.
De nombreux stands viennent compléter ce dispositif, présentant les partenaires institutionnels (Marine Nationale, SHOM, ..), commerciaux (DCNS, Armor Lux, Paysan Breton...). Le monde associatif est également présent au travers d'autres stands.
Deborah de Robertis
Deux mille euros. C est le montant de lamende requise, le 25 juin, par le parquet de Tarbes à rencontre de Deborah De Robertis. En août 2018, l'artiste franco-luxembourgeoise s'était présentée nue à l entrée de la grotte du sanctuaire de Lourdes, où, selon la tradition catholique, la Vierge Marie serait apparue à Bernadette
Soubirous en 1858. Le sanctuaire a porté plainte, dénonçant « un acte d'exhibitionnisme qui a choqué les fidèles présents ». La récidiviste, déjà relaxée par le passé pour des performances dénudées au Louvre et à Orsay, affirme avoir voulu réunir à Lourdes deux figures bibliques, Marie « lasexuée » et Marie-Madeleine la « trop sexuée », pour dénoncer les stereotypes féminins véhiculés par la religion. Jugement rendu le 6 août.
LOI SUR LA SÉCURITÉ NATIONALE À HONGKONG
Hongkong sous le contrôle total de Pékin
Florence De Changy
La police secrète chinoise a désormais pignon sur rue avec l’inauguration d’un « bureau de sécurité »
HONGKONG - correspondance
Les choses vont très vite à Hongkong depuis la promulgation de la loi de sécurité nationale mise au point par les autorités chinoises. Une semaine après l’entrée en vigueur de cette nouvelle loi visant à « empêcher et punir les crimes de sécession, subversion, terrorisme et collusion avec des puissances étrangères », le siège du nouveau bureau de sécurité prévu par l’article 48 a été officiellement inauguré mercredi 8 juillet au matin, derrière de hautes palissades de protection, en plein milieu de Causeway Bay, quartier dense et commerçant de l’île de Hongkong, momentanément bouclé.
Pendant la nuit, l’emblème officiel de la Chine a remplacé l’enseigne de l’hôtel Metropark, propriété du China National Travel Service, le géant public du tourisme chinois. Selon la presse locale, il n’acceptait plus de clients depuis quelques jours. Un imposant drapeau chinois a été hissé devant le fin gratte-ciel de verre, situé juste en face du parc Victoria, où les militants prodémocratie commémorent chaque année le massacre de Tiananmen de 1989. C’est aussi de là que partent toutes les grandes marches de protestation. Ce nouveau bureau, dont la mission officielle est de « protéger la sécurité nationale », s’est donc installé au cœur symbolique de la contestation physique des Hongkongais face à Pékin.
Expert de la propagande
C’est la cinquième représentation officielle du gouvernement central chinois à Hongkong, qui accueillait déjà le bureau de liaison, situé à Sheung Wan (ouest de l’île), la représentation du ministère des affaires étrangères chinois), placée en surplomb de Central, le quartier des affaires, le quartier général de l’Armée de libération populaire jouxtant les bureaux du gouvernement et du Parlement hongkongais, au bord du port Victoria, et enfin la tour de l’agence de presse officielle, Chine nouvelle, également située à Causeway Bay.
Selon le principal journal anglophone de Hongkong, le South China Morning Post (SCMP), le nouveau chef de ce bureau, Zheng Yanxiong, y avait d’ailleurs déjà pris ses quartiers dès mardi. A 56 ans, M. Zheng passe pour être un dur et un expert en matière de propagande. Il a fait toute sa carrière dans la province du Guangdong et parle couramment cantonais (langue d’usage à Hongkong alors que la langue officielle chinoise est le mandarin). En janvier 2019, il avait accédé au comité permanent du parti de la province, après avoir été durant plusieurs années le numéro deux de son département de propagande. En 2011, il s’était fait remarquer pour sa gestion du soulèvement de Wukan, un village de la province de Guangdong, alors qu’il était secrétaire du parti de la ville dont il dépendait.
Ses agents ont des pouvoirs quasi illimités puisqu’ils ne sont pas soumis à un contrôle local. Ce bureau, dont le fonctionnement sera financé par Pékin (article 51), a pour fonction de cornaquer tous les autres nouveaux acteurs nommés au service de la sacro-sainte sécurité nationale. Car la nouvelle loi (articles 12-14) prévoit également la mise en place d’un Comité de protection de la sécurité nationale. Ce comité, présidé par la chef de l’exécutif de Hongkong, Carrie Lam, réunit tous les postes-clés de l’exécutif, dont les ministres des finances, de la justice et de la sécurité, ainsi que le chef de la police. Il va être géré par un secrétariat général dont le responsable doit être nommé par Pékin, sur proposition du chef de l’exécutif.
Carrie Lam a donc proposé son chef de cabinet, Eric Chan, qui, avec une personnalité affable et sympathique, a également la réputation d’être d’une grande loyauté à l’égard de Pékin. En outre, selon l’article 15, un « conseiller de sécurité nationale » directement nommé par Pékin assistera à toutes les réunions. L’homme choisi pour occuper ce poste est l’actuel directeur du bureau de liaison, Luo Huining, lui aussi un « dur » nommé en janvier 2020. Les travaux de ce comité n’ont pas l’obligation d’être rendus publics et ses décisions ne peuvent pas être contestées par un recours en justice.
« Lois effrayantes »
Lors de sa première réunion, lundi 6 juillet, le comité a annoncé sept nouvelles règles qui autorisent notamment la police, « sous des circonstances exceptionnelles », à procéder à des fouilles et à des confiscations sans mandat. En outre, quiconque apprend qu’un lieu est susceptible d’être lié à une « atteinte à la sécurité nationale » est dans l’obligation de prévenir la police dans les plus brefs délais possibles.
Ces lois visent également directement tous les acteurs sur Internet, qui vont devoir s’aligner et coopérer au risque d’être poursuivis. « Ces nouvelles lois sont effrayantes car elles accordent à la police des prérogatives normalement réservées à la justice », a déclaré l’avocat Anson Wong au SCMP. La police de Hongkong a elle aussi dû créer un nouveau service en son sein, entièrement dévoué à la « sécurité nationale ». Edwina Lau, commissaire adjointe (numéro deux) de la police, a été nommée à la tête de ce nouveau département et elle siège à ce titre également au sein du comité. Dans deux interviews « exclusives » diffusées par la chaîne officielle chinoise internationale CGTN, la commissaire adjointe et son patron, le chef de la police de Hongkong, Chris Tang, apparaissent en train de réciter, avec l’aide évidente d’un prompteur, les nouvelles fonctions des outils de contrôle imposés à Hongkong par la Chine, avec une étrange raideur et des signes visibles de stress.

























