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Jours tranquilles à Paris

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22 mai 2020

Chine - Pékin sonne la charge contre Hong Kong, au grand dam de Washington

chine hong kong

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

La Chine va présenter devant son Assemblée nationale populaire (ANP) une loi sécuritaire pour Hong Kong, au risque de raviver les mouvements de protestation dans le territoire semi-autonome, et d’envenimer encore les relations avec les États-Unis.

“C’est la fin de Hong Kong”, s’alarme le député pro démocratie hongkongais Dennis Kwok dans les colonnes du Guardian. “Le gouvernement central de Pékin a totalement rompu ses promesses au peuple de Hong Kong et revient entièrement sur ses obligations”.

Zhang Yesui, porte-parole de l’Assemblée nationale populaire (ANP) – le parlement chinois, dont la session annuelle s’ouvre vendredi – a confirmé les révélations du South China Morning Post en indiquant, lors d’une conférence de presse, que l’ANP allait étudier une résolution visant à “établir un système juridique solide et un mécanisme d’application pour garantir la sécurité nationale” à Hong Kong.

Traduction, selon The Independent : “La Chine prépare une attaque en règle contre les libertés civiles à Hong Kong qui entraînera, selon ses opposants, l’abrogation de la liberté d’expression et l’interdiction de la contestation, et réduira à la peau de chagrin les derniers vestiges d’autonomie de l’ancienne colonie britannique”.

Depuis son retour dans le giron de la Chine en 1997, Hong Kong bénéficie d’un statut spécial, en vertu du principe “un pays, deux systèmes”, qui garantit notamment la liberté d’expression, la liberté de la presse, et un système judiciaire indépendant.

Les multiples tentatives du gouvernement central de rogner ces privilèges ont chaque fois entraîné des manifestations massives – les dernières, et les plus violentes en 2019. Pékin semble avoir perdu patience, et a choisi de court-circuiter le parlement hongkongais, qui n’est jamais parvenu à voter une loi sécuritaire, pourtant prévue dans la Constitution du territoire.

L’expert des droits de l’homme Patrick Poon, interrogé par le site Hong Kong Free Press, considère la décision de Pékin comme “l’événement le plus inquiétant de ces 20 dernières années. Où sont passés les ‘deux systèmes’ ?”, s’interroge-t-il.

“La Chine devrait faire attention”

China Daily, le quotidien chinois progouvernemental, étrille les critiques du texte et observe que “tous les pays attachent la plus grande importance à la sécurité nationale, et l’adoption d’une telle loi garantira la stabilité et la prospérité de Hong Kong à long terme”.

Jeudi soir, les autorités britanniques n’avaient pas réagi officiellement, laissant aux États-Unis la primeur de la colère et des menaces.

Donald Trump, déjà très remonté contre la Chine ces derniers temps, n’a pas ménagé Pékin. “Personne ne sait encore” ce que réserve le fameux texte de loi, mais “si cela se confirme, nous répondrons de manière très forte”, a-t-il déclaré à la presse, selon l’agence Bloomberg.

Le département d’État américain, qui se réserve le droit de mettre au fin au traitement commercial privilégié dont bénéficie Hong Kong – différent de la Chine – si le territoire n’est plus jugé suffisamment autonome, a lui aussi haussé le ton, rapporte Politico.

“Nous exhortons Pékin à honorer ses engagements et obligations” pour “préserver le statut spécial de Hong Kong dans le commerce international” a déclaré son porte-parole, Morgan Ortagus. “Toute tentative d’imposer une législation sur la sécurité nationale qui ne reflète par les aspirations de la population de Hong Kong serait extrêmement déstabilisatrice et susciterait une condamnation forte des États-Unis et de la communauté internationale”.

Dans une colonne d’opinion, le Washington Post estime que la menace américaine est réelle et que “la Chine devrait faire attention”. Que ce soit en raison des tensions commerciales ou du Covid-19, “les Américains n’ont jamais vu la Chine d’un aussi mauvais œil”, et les États-Unis “n’hésiteront pas à faire payer le prix fort en cas de répression à Hong Kong”.

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22 mai 2020

Milo Moiré

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22 mai 2020

Entretien - Philippe Descola : « Nous sommes devenus des virus pour la planète »

Par Nicolas Truong pour Le Monde

Dans un entretien au « Monde », l’anthropologue explique que cette pandémie doit conduire à une « politique de la Terre » entendue comme une maison commune dont l’usage ne serait plus réservé aux seuls humains.

Anthropologue, spécialiste des Jivaro achuar, en Amazonie équatorienne (Les Lances du crépuscule, Plon, 1994), Philippe Descola est professeur au Collège de France et titulaire de la chaire d’anthropologie de la nature.

Disciple de Claude Lévi-Strauss, médaille d’or du CNRS (en 2012) pour l’ensemble de ses travaux, Philippe Descola développe une anthropologie comparative des rapports entre humains et non-humains qui a révolutionné à la fois le paysage des sciences humaines et la réflexion sur les enjeux écologiques de notre temps, dont témoignent notamment Par-delà nature et culture (Gallimard, 2005) et La Composition des mondes (entretiens avec Pierre Charbonnier, Flammarion, 2014).

En quoi cette pandémie mondiale est-elle un « fait social total », comme disait Marcel Mauss, l’un des fondateurs de l’anthropologie ?

Un fait social total, c’est une institution ou des événements qui mettent en branle une société, qui font apparaître ses ressorts et ses valeurs, qui révèlent sa nature profonde. En ce sens, la pandémie est un réactif qui condense, non pas les singularités d’une société particulière, puisqu’elle est mondiale, mais certains traits du système qui régit le monde actuel, le capitalisme postindustriel.

Quels sont-ils ? D’abord, la dégradation et le rétrécissement sans précédent des milieux peu anthropisés du fait de leur exploitation par l’élevage extensif, l’agriculture industrielle, la colonisation interne et l’extraction de minerais et d’énergies fossiles. Cette situation a eu pour effet que des espèces sauvages réservoirs de pathogènes se sont trouvées en contact beaucoup plus intense avec des humains vivant dans des habitats beaucoup plus denses. Or les grandes pandémies sont des zoonoses, des maladies qui se propagent d’espèce en espèce et dont la diffusion est donc en grande partie dépendante des bouleversements écologiques.

Deuxième trait : la persistance criante des inégalités révélée par la situation de crise, à l’intérieur de chaque pays et entre les pays, qui rend ses conséquences très différentes selon la situation sociale et économique dans laquelle on se trouve. La pandémie permet de vérifier ce constat fait par l’anthropologue David Graeber que plus un emploi est utile à la société, moins il est payé et considéré. On découvre soudain l’importance cruciale des gens dont nous dépendons pour nous soigner, nous nourrir, nous débarrasser de nos ordures, et qui sont les premiers exposés à la maladie.

Troisième trait : la rapidité de la propagation de la pandémie. Que des maladies infectieuses fassent le tour de la Terre n’a rien de nouveau ; c’est que celle-ci le fasse si rapidement qui attire l’attention sur la forme présente de la mondialisation, laquelle paraît entièrement régie par la main invisible du marché, c’est-à-dire la règle du profit le plus rapide possible. Ce qui saute aux yeux, notamment avec les pénuries de masques, de tests ou de molécules thérapeutiques, c’est une division internationale de la production fondée sur deux omissions : celle du coût écologique du transport des marchandises et celle de la nécessité, pour faire société, d’une division locale du travail dans laquelle tous les savoir-faire sont représentés.

Cette crise est-elle due à la dévastation de la planète ou bien faut-il au contraire considérer que les épidémies font, depuis les âges qui ont précédé l’anthropocène, partie de l’histoire et que l’homme doit ainsi faire preuve d’humilité ?

En tant qu’américaniste, je suis douloureusement conscient du prix que les populations amérindiennes ont payé du fait de leur rencontre avec les maladies infectieuses apportées par les colonisateurs européens : entre le XVIe et le XVIIIe siècle, dans certaines régions, c’est 90 % de la population qui disparaît. Les épidémies nous accompagnent depuis les débuts de l’hominisation. Simplement, le développement de l’Etat-providence à partir de l’Europe depuis la fin du XIXe siècle a eu tendance à faire oublier à ceux qui en bénéficient que l’aléa et l’incertitude continuent d’être des composantes fondamentales de nos destins collectifs.

Pourquoi le capitalisme moderne est-il selon vous devenu une sorte de « virus du monde » ? Tout est-il la faute du capitalisme, alors que ces pandémies ne semblent pas être sans lien avec les marchés d’animaux vivants et la médecine traditionnelle chinoise ?

Un virus est un parasite qui se réplique aux dépens de son hôte, parfois jusqu’à le tuer. C’est ce que le capitalisme fait avec la Terre depuis les débuts de la révolution industrielle, pendant longtemps sans le savoir. Maintenant, nous le savons, mais nous semblons avoir peur du remède, que nous connaissons aussi, à savoir un bouleversement de nos modes de vie.

Sans doute les marchés traditionnels chinois contribuent-ils à la disparition du pangolin ou du rhinocéros. Mais les réseaux de contrebande d’espèces protégées qui les alimentent fonctionnent selon une logique parfaitement capitaliste. Pour ne rien dire du capitalisme sauvage des compagnies forestières chinoises ou malaises opérant en Indonésie, la main dans la main avec les plantations de palmiers à huile et les industries agroalimentaires.

Ceux qui n’opèrent pas selon ce modèle, ce sont les populations autochtones de Bornéo (et de bien d’autres régions du monde), qui défendent leurs territoires contre la déforestation. Le capitalisme est né en Europe, mais il n’est pas définissable ethniquement. Et il continue de se propager comme une épidémie, sauf qu’il ne tue pas directement ceux qui le pratiquent, mais les conditions de vie à long terme de tous les habitants de la Terre. Nous sommes devenus des virus pour la planète.

Cette crise n’est-elle pas l’occasion de concevoir autrement les rapports entre la culture et la nature, entre les humains et les non-humains ? Ou bien ne serait-on pas au contraire tenté d’accroître la distance entre « eux » et « nous » en raison des zoonoses ?

Au tournant du XVIIe siècle a commencé à se mettre en place en Europe une vision des choses que j’appelle « naturaliste », fondée sur l’idée que les humains vivent dans un monde séparé de celui des non-humains. Sous le nom de nature, ce monde séparé pouvait devenir objet d’enquête scientifique, ressource illimitée, réservoir de symboles. Cette révolution mentale est l’une des sources de l’exploitation effrénée de la nature par le capitalisme industriel en même temps que du développement sans précédent des connaissances scientifiques.

Mais elle nous a fait oublier que la chaîne de la vie est formée de maillons interdépendants, dont certains ne sont pas vivants, et que nous ne pouvons pas nous abstraire du monde à notre guise. Le « nous » n’a donc guère de sens si l’on songe que le microbiote de chacun d’entre « nous » est composé de milliers de milliards d’« eux », ou que le CO2 que j’émets aujourd’hui affectera encore le climat dans mille ans. Les virus, les micro-organismes, les espèces animales et végétales que nous avons modifiées au fil des millénaires sont nos commensaux dans le banquet parfois tragique de la vie. Il est absurde de penser que l’on pourrait en prendre congé pour vivre dans une bulle.

Les peuples autochtones de l’Amazonie se ferment, se dispersent et se replient afin de faire face à l’épidémie. Devons-nous également nous abriter derrière nos frontières et nos nations ? Est-ce la fin, non seulement de la mondialisation, mais aussi d’un certain cosmopolitisme ?

Si l’on parle d’une cosmopolitique au sens du sociologue Ulrich Beck, à savoir la conscience acquise par une grande partie de l’humanité qu’elle partage une destinée commune parce qu’elle est exposée aux mêmes risques, alors on voit bien qu’il est illusoire de fermer les frontières. On ralentira peut-être la propagation du Covid-19, mais on n’empêchera pas une autre zoonose d’éclore ailleurs.

Surtout, on n’arrêtera pas le nuage de Tchernobyl ou la montée des mers. Et si certains Amérindiens d’Amazonie ont la possibilité d’empêcher des humains de pénétrer sur leurs territoires, parce qu’ils sont vecteurs de maladie ou chercheurs d’or, ils sont en revanche beaucoup plus accueillants pour les non-humains dont ils sont familiers. Et c’est en ce sens-là que le mot « cosmopolitique » pourrait prendre toute sa portée. Non comme un prolongement du projet kantien de formuler les règles universelles au moyen desquelles les humains, où qu’ils soient, pourraient mener une vie civilisée et pacifique. Mais au sens littéral, comme une politique du cosmos.

Une politique de la Terre entendue comme une maison commune dont l’usage n’est plus réservé aux seuls humains. Cela implique une révolution de la pensée politique de même ampleur que celle réalisée par la philosophie des Lumières puis par les penseurs du socialisme. On en voit des signes avant-coureurs.

Dans plusieurs pays on a donné une personnalité juridique à des milieux de vie (des montagnes, des bassins-versants, des terroirs), capables de faire valoir leurs intérêts propres par le biais de mandataires dont le bien-être dépend de celui de leur mandant. Dans plusieurs pays aussi, y compris en France, des petits collectifs ont fait sécession par rapport au mouvement continu d’appropriation de la nature et des biens communs qui caractérise le développement de l’Europe, puis du monde, depuis la fin du XVIe siècle. Ils mettent l’accent sur la solidarité entre espèces, l’identification à un milieu, le souci des autres et l’équilibre des rythmes de la vie plutôt que sur la compétition, l’appropriation privée et l’exploitation maximale des promesses de la Terre. C’est un véritable cosmopolitisme, de plein exercice.

Assiste-t-on à un tournant anthropologique de la pensée française avec l’éclosion d’une génération notamment formée par Bruno Latour et vous-même qui ne sépare plus de manière radicale les humains et les non-humains ?

On peut appeler ça un tournant anthropologique si l’on veut, à condition d’ajouter que, paradoxalement, c’est une anthropologie qui est devenue moins anthropocentrique, car elle a cessé de ravaler les non-humains à une fonction d’entourage et de réduire leurs propriétés aux aspirations et aux codes que les humains projettent sur eux. L’un des moyens pour ce faire fut d’introduire les non-humains comme des acteurs de plein droit sur la scène des analyses sociologiques en les faisant sortir de leur rôle habituel de poupées qu’un habile ventriloque manipule.

C’est un exercice qui va à rebours de plusieurs siècles d’exceptionnalisme humaniste au cours desquels nos modes de pensée ont rendu incongru que des machines, des montagnes ou des microbes puissent devenir autoréférentiels. Il a fallu pour cela traiter le non-humain comme un « fait social total » justement, c’est-à-dire le transformer en une sorte de planète autour de laquelle gravitent de multiples satellites. J’ai appelé ça l’anthropologie de la nature.

On parle beaucoup du « monde d’après », au risque de ne pas penser le présent. Que serait-il possible et important de changer le plus rapidement ?

On peut toujours rêver. Alors, en vrac : instauration d’un revenu de base ; développement des conventions citoyennes tirées au sort ; impôt écologique universel proportionnel à l’empreinte carbone ; taxation des coûts écologiques de production et de transport des biens et services ; développement de l’attribution de la personnalité juridique à des milieux de vie, etc.

22 mai 2020

Laetitia Casta en Brigitte Bardot pour Gainsbourg vie héroïque

casta gainsbourg

22 mai 2020

Au Venezuela, le régime de Nicolas Maduro sort renforcé de l’opération « Gedeon »

Par Marie Delcas, Bogota, correspondante régionale - Le Monde

Désigné comme son instigateur, l’opposant Juan Guaido est fragilisé par la tentative ratée de débarquement de mercenaires américains du 3 mai.

Huit morts, une soixantaine d’arrestations et une opposition plus divisée que jamais : le bilan de la rocambolesque incursion mercenaire sur les plages du Venezuela du 3 mai est lourd pour les ennemis du président Nicolas Maduro. « Non seulement l’opération “Gedeon” n’a pas renversé Maduro, se désole un député d’opposition. Mais elle l’a renforcé. »

Juan Guaido, dont le rôle dans l’affaire reste confus, s’en trouve fragilisé. Le jeune député est reconnu comme « président légitime » du pays par Washington, Paris et plus de cinquante pays. Mais la coalition d’opposition qui, il y a seize mois, le propulsait sur le devant de la scène politique, s’inquiète : les démocrates critiquent le manque de transparence de sa gestion, les partisans d’une solution musclée lui reprochent son inefficacité.

« L’opération “Gedeon” a donné raison au chavisme qui, depuis toujours, accuse l’opposition d’être putschiste et antidémocratique », considère l’universitaire colombien Ronal Rodriguez. Le gouvernement chaviste a mobilisé son appareil médiatique pour faire de l’opération « Gedeon » une nouvelle version du débarquement raté de la baie des Cochons – une tentative d’invasion de Cuba en 1961 par des exilés cubains soutenus par les Etats-Unis – et se poser en victime de l’impérialisme américain.

Menée alors que l’épidémie due au Covid-19 et le manque d’essence aggravent encore la situation d’un pays déjà brisé par des années de récession, l’opération « Gedeon » n’a pas fait distraction. « Pas plus que Maduro, Guaido n’a de solution à apporter à la crise sanitaire, qui est le grand problème du moment », souligne Ronal Rodriguez. Les partisans de Juan Guaido rappellent que celui-ci, à la différence de Nicolas Maduro (qui, le 12 mai, a prolongé pour un mois le confinement) ne gouverne pas. Mais Juan Guaido arbore le titre de « président », et les Vénézuéliens exigent des résultats. « Pour l’immense majorité des Vénézuéliens, le seul problème est de survivre au quotidien, résume la politologue Colette Capriles. La classe politique dans son ensemble est discréditée. »

L’opération « Gedeon » était-elle aussi délirante qu’elle en a eu l’air ? Ou les informations sur sa portée véritable sont-elles incomplètes ? Le 3 mai, une poignée de militaires déserteurs et de mercenaires américains débarquent à Macuto, à une heure de route de Caracas. Ils sont neutralisés par l’armée. Le lendemain, un deuxième commando est intercepté à Chuao, plus à l’ouest. Caracas dénonce un « coup d’Etat maritime » et accuse Juan Guaido, Donald Trump et le président colombien, Ivan Duque, d’en être les instigateurs.

Une certitude : l’opération « Gedeon » était complètement infiltrée par les très efficaces services secrets vénézuéliens, formés à l’école cubaine. « Nous savions que l’opération allait avoir lieu, mais nous ne savions ni quand ni où », a confirmé le ministre de l’information, Jorge Rodriguez, au micro de la radio colombienne W Radio, en critiquant l’inaction du gouvernement colombien, qui, prévenu de l’existence des camps d’entraînement sur son territoire, n’a pas réagi.

Bogota sur le banc des accusés

Le Centre démocratique, parti de l’ex-président colombien Alvaro Uribe et de l’actuel chef de l’Etat, entretient des liens étroits avec l’opposition vénézuélienne la plus radicale. « Bogota, qui, depuis des années, critique la tolérance du Venezuela envers les mouvements de guérilla qui passent la frontière, se retrouve maintenant sur le banc des accusés pour avoir permis que des Vénézueliens s’entraînent sur son territoire », souligne le politologue Ronal Rodriguez.

Juan Guaido a nié tout contact avec l’ancien militaire américain Jordan Goudreau, qui a revendiqué l’organisation de l’opération « Gedeon ». Mais les explications tardives du président par intérim, qui a dénoncé « un montage » du gouvernement, n’ont pas complètement convaincu. Deux de ses conseillers ont démissionné après avoir admis la négociation d’un contrat pour 212 millions de dollars (194 millions d’euros) avec Silvercorp, la société de conseil en sécurité montée par M. Goudreau. Ils affirment que le contrat n’a pas eu de suite et que M. Guaido n’a jamais donné son feu vert à l’opération « Gedeon ». Mais la signature du « président par intérim » apposée sur le contrat fait problème.

« SI JE VOULAIS ALLER AU VENEZUELA (…), JE N’ENVERRAIS PAS UN PETIT GROUPE. NON, NON. CE SERAIT UNE ARMÉE ET CELA S’APPELLERAIT UNE INVASION », DONALD TRUMP

Donald Trump a lui aussi voulu se démarquer de l’opération « Gedeon ». « Si je voulais aller au Venezuela, a-t-il déclaré à l’occasion d’un entretien à Fox News, je ne le ferais pas en secret. Je n’enverrais pas un petit groupe. Non, non. Ce serait une armée et cela s’appellerait une invasion. »

Nicolas Maduro a des raisons de craindre une opération militaire. La justice américaine, qui l’accuse de narcoterrorisme, offre 15 millions de dollars pour son arrestation. Et Donald Trump a annoncé, en pleine pandémie, le déploiement d’une opération navale antidrogue dans la mer des Caraïbes.

« Cette fois, Juan Guaido ne va pas s’en sortir, a déclaré Cilia Flores, l’épouse du président. Il est pleinement prouvé qu’il était aux commandes de cette invasion et qu’il aurait été nommé commandant en chef président si tout avait fonctionné comme prévu. » Pour sa part, Nicolas Maduro a affirmé que Juan Guaido aurait rencontré Goudreau le 4 février, dans les locaux de la Maison Blanche, pour monter l’opération. Le parquet a ouvert une nouvelle enquête contre le leader d’opposition, mais il n’a pas été arrêté. Le pouvoir hésite à franchir la ligne rouge.

Ce n’est pas la première fois que l’opposition vénézuélienne table sur un soulèvement de l’armée qui ne se produit pas. Le 23 février 2019, les camions d’aide humanitaire promis par Juan Guaido étaient bloqués à la frontière par la garde nationale, restée fidèle à Nicolas Maduro. Un millier de militaires désertaient alors. Le 30 avril suivant, un appel à l’insurrection formulé par Juan Guaido tournait court.

« L’opération “Gedeon” a été menée alors que, depuis le départ du conseiller présidentiel John Bolton, les diplomates américains semblaient privilégier une issue négociée à la crise vénézuélienne, s’étonne Colette Capriles. C’est en tout cas le discours que tient Elliott Abrams [l’envoyé spécial américain pour le Venezuela au sein du département d’Etat], désormais chargé du dossier. Il rejoint la position des pays latino-américains et européens. » Pour Ronal Rodriguez, « le chavisme ne reconnaîtra jamais Juan Guaido comme un interlocuteur valable ». A Caracas, d’aucuns spéculent sur un retour en force de l’opposant Henrique Capriles, qui, en 2012, avait perdu de peu les élections contre Nicolas Maduro.

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22 mai 2020

Vintage

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22 mai 2020

Galerie Templon: «Les Parisiens sont de retour»

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Photo ci-dessus : Daniel Templon

Après une fermeture de deux mois, le galeriste voit revenir en nombre les amateurs d'art dans ses deux espaces du 3e arrondissement, où l'art contemporain se déconfine enfin.

À la galerie Templon, qui avait verni ses deux nouvelles expositions juste avant le confinement le 14 mars dernier, on se réjouit de retrouver les fidèles comme les curieux, désormais équipés d'un masque. «Nous avons prolongé les deux expositions en cours», précise Daniel Templon, heureux d'avoir vu défiler un « grand nombre de visiteurs » le week-end dernier.

«Il faut rester positif, affirme-t-il. J'ai connu d'autres crises, en 1974 et en 1991, dont nous avions eu du mal à nous remettre. Mais, je reste confiant pour les mois à venir. Il y a bien sûr un ralentissement de l'activité, mais nous n'avons pas cessé de vendre pendant ces dernières semaines».

Nous allons nous recentrer sur les priorités, faire moins de voyages et peut-être moins de foires internationales, mais le marché de l'art contemporain n'est pas en danger.

Daniel Templon, l'un des plus solides galeristes de la place parisienne, ajoute confiant : «Je ne crois pas à une hécatombe des galeries d'art». Et de rester philosophe et optimiste : «Nous allons nous recentrer sur les priorités, faire moins de voyages et peut-être moins de foires internationales, mais le marché de l'art contemporain n'est pas en danger», affirme-t-il.

Norbert BIsky et Billie Zangewa, sur le devant de la scène

Dans son nouvel espace de la rue du Grenier Saint-Lazare, ce sont les toiles pêchues et rythmées de couleurs du Berlinois Norbert Bisky, qui donnent du peps à cette réouverture. «C'est un artiste qui monte sur la scène allemande», assure le marchand, qui l'expose pour la troisième fois, et dont il a vendu la moitié des œuvres, montrées jusqu'à la fin du mois de mai. Bisky y recrée l'univers festif des clubs de la capitale allemande, entre pop et techno culture.

Par ailleurs, dans sa galerie historique de la rue Beaubourg, Templon présente Billie Zangewa, une artiste africaine, née en 1973 au Malawi, et installée depuis plusieurs années à Johannesburg. Son travail singulier et très couru par les collectionneurs (toutes ses œuvres ont été vendues avant le confinement d'après le marchand), tient de la fragilité et de la poésie.

L'artiste dessine, découpe, coud et brode sur tissu des scènes de la vie quotidienne. C'est dans un contexte politique et social toujours délicat qu'elle nourrit son engagement. « Je crois qu'en ce moment précis de l'histoire, l'amour, universel et personnel, est la seule chose pour laquelle on doit se battre, dit-elle. Je me définis comme un soldat de l'amour. »

Toutes ses pièces faites de chutes de soie, suspendues à même le mur (vendues de 37 000 à 70 000 euros) se sont toutes envolées avant le confinement, se réjouit le découvreur de talents, et travailleur acharné, qui n'a cessé de venir tous les jours à son bureau durant le confinement.

Galerie Templon, 28, rue du Grenier Saint-Lazare (3e) et 30, rue Beaubourg (3e). Du mar. au sam. de 10h à 19h. www.templon.com

22 mai 2020

Frida Kahlo

frida25

22 mai 2020

Tibet : vingt-cinq ans après son enlèvement, la Chine donne des nouvelles du panchen-lama

lama

Par Stéphanie Gérard — Libération

Portrait du 11e panchen-lama lors d’une cérémonie pour son anniversaire, le 25 avril 2019 à Dharamsala, en Inde. (Photo Ashwini Bhatia. AP)

Pressé notamment par Washington, Pékin a annoncé mardi que le leader spirituel kidnappé en 1995 menait une «vie normale», alors que se pose la question de la succession du dalaï-lama, âgé de 84 ans.

Il a reçu une éducation gratuite, obtenu un diplôme universitaire, décroché un travail et souhaite que les «étrangers n’interviennent pas dans la vie normale» qu’il mène avec sa famille. Un quart de siècle après sa disparition forcée, les autorités chinoises ont donné mardi de rarissimes (et très succinctes) nouvelles de Gedhun Choekyi Nyima. Cet homme de 31 ans dont l’identité actuelle reste mystérieuse mènerait donc une existence paisible à Pékin.

Son histoire n’a pourtant rien de banal. Le 17 mai 1995, le dalaï-lama le désigne comme réincarnation du panchen-lama, deuxième plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain. Trois jours plus tard, Gedhun, fils de pasteurs nomades alors âgé de 6 ans, est kidnappé par la Chine communiste qui, depuis, le tient au secret.

A l’approche du 25e anniversaire de sa disparition, des associations des droits de l’homme et des dirigeants ont exhorté les autorités chinoises à divulguer la localisation du panchen-lama, qui tient un rôle majeur dans le processus de désignation du prochain leader spirituel. «L’enlèvement du panchen-lama par la Chine et le déni délibéré de son identité religieuse et de son droit à pratiquer dans son monastère n’est pas seulement une violation de la liberté religieuse, mais aussi une violation flagrante des droits de l’homme», a déploré dimanche dans un communiqué le gouvernement tibétain en exil.

Adoubement.

Washington s’est aussi saisi du dossier, par la voix de son secrétaire d’Etat. «Les bouddhistes tibétains, à l’image des membres de toutes les communautés de foi, doivent pouvoir choisir, éduquer et vénérer leurs chefs religieux selon leurs traditions et sans ingérence du gouvernement», a souligné lundi Mike Pompeo, ajoutant que les Etats-Unis restaient «profondément inquiets de la campagne continue de la Chine pour éliminer l’identité religieuse, linguistique et culturelle des Tibétains».

Alors que les tensions ne cessent de se renforcer entre Pékin et Washington, notamment sur la gestion de l’épidémie de coronavirus, le Sénat américain devrait se pencher prochainement sur le Tibetan Policy and Support Act, entériné en janvier par la Chambre des représentants. Le projet de loi explicite que le successeur du dalaï-lama doit être désigné par la communauté tibétaine sans interférence du gouvernement chinois, et prévoit des sanctions contre les dirigeants qui ne le respecteraient pas.

Car après l’enlèvement de l’enfant nommé par le dalaï-lama, Pékin avait désigné son propre panchen-lama, Gyancain Norbu. Ce dernier est membre de l’assemblée consultative du Parlement chinois, un organe symbolique sans pouvoir réel. Lors de son élection à la vice-présidence de l’association bouddhiste en Chine, en 2010, il déclarait vouloir «défendre le leadership du Parti communiste chinois, adhérer au socialisme, sauvegarder la réunification nationale, renforcer l’unité ethnique et étendre les échanges bouddhistes sur la base du respect de la loi et de l’amour pour la nation et le bouddhisme».

Le candidat de Pékin n’a pas reçu l’adoubement des Tibétains, tandis que la Chine ne reconnaît plus l’autorité du dalaï-lama Tenzin Gyatso depuis qu’il s’est exilé en Inde en 1959, chassé par l’intervention militaire de Pékin. Le pouvoir central entend jouer la carte Norbu dans la nomination du prochain dalaï-lama, alors que l’actuel leader spirituel a 84 ans. «La réincarnation des bouddhas vivants, y compris le dalaï-lama, doit se conformer aux lois et règlements chinois et suivre les rituels religieux et les conventions historiques», déclarait Pékin l’an dernier après l’hospitalisation du dalaï-lama, qui avait soulevé des interrogations quant à sa succession.

Répression.

«A l’avenir, au cas où vous verriez deux dalaï-lamas, l’un d’ici, un pays libre, l’autre choisi par les Chinois, alors personne ne fera confiance, personne ne respectera [celui choisi par la Chine]. C’est donc un problème supplémentaire pour les Chinois ! C’est possible, cela peut arriver», expliquait l’an dernier le Prix Nobel de la Paix 1989 à Reuters. Reconnu dalaï-lama en 1939, à 4 ans, Gyatso entretien le flou sur sa réincarnation, n’excluant pas l’idée d’être le dernier à occuper cette fonction, car «si l’on n’a pas la garantie qu’un stupide dalaï-lama ne viendra pas après moi, il vaut mieux que la tradition cesse». Rêvant de vivre jusqu’à 113 ans, il avait affirmé attendre ses 90 ans pour consulter les autres moines sur l’éventualité de continuer sa lignée.

Depuis le départ forcé du dalaï-lama, Pékin ne cesse de renforcer sa répression dans la région autonome du Tibet. Le 1er mai, une loi sur «l’unité ethnique» entrait en vigueur. «Elle exige de tous les échelons du gouvernement, mais aussi de tous les villages, les entreprises privées, les écoles, les centres religieux, etc., de travailler ensemble pour renforcer l’unité ethnique et lutter contre le "séparatisme" (en réalité toute manifestation d’intérêt pour la culture, la religion et la langue tibétaines, le dalaï-lama, et bien sûr l’indépendance, etc.). Elle est même utilisée pour encourager les mariages entre Hans et Tibétains», écrivait le 15 mai Katia Buffetrille, tibétologue à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), dans une tribune sur Libération.fr.

22 mai 2020

Ali Mahdavi

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