Justice - Évasion de Carlos Ghosn : deux complices présumés arrêtés aux États-Unis
THE WALL STREET JOURNAL (NEW YORK)
Michael L. Taylor, un ancien militaire, et son fils Peter M. Taylor, ont été arrêtés ce mercredi 20 mai dans le Massachusetts, aux États-Unis. Ils sont accusés d’avoir aidé Carlos Ghosn à fuir le Japon et pourraient être extradés vers le pays asiatique.
C’est un nouvel épisode dans le feuilleton qui concerne l’évasion de Carlos Ghosn. Mercredi 20 mai, annonce le quotidien new-yorkais The Wall Street Journal, “les autorités américaines ont arrêté un ancien béret vert et son fils, soupçonnés d’avoir aidé Carlos Ghosn dans sa fuite du Japon”. L’homme en question, nous apprend le journal, se nomme Michael L. Taylor, “c’est un ex-soldat des forces spéciales de l’armée américaine qui a fait carrière en organisant des sauvetages à l’étranger et d’autres types de missions.”
Le rôle de Michael L. Taylor dans la fuite de l’ancien PDG de Renault-Nissan était déjà connu. “Dans un scénario digne d’un film, l’homme a aidé Carlos Ghosn à prendre un jet privé depuis l’aéroport d’Osaka, au Japon, en le cachant dans une malle utilisée normalement pour transporter des instruments de musique”, explique le quotidien new-yorkais.
Déjà en janvier, indique The Wall Street Journal, “un tribunal japonais avait émis des mandats d’arrêt contre Michael Taylor, Peter Taylor et le citoyen américain d’origine libanaise George Zayek, soupçonnés d’avoir violé les lois japonaises sur le contrôle de l’immigration en aidant M. Ghosn à s’échapper.” Ainsi, les autorités américaines ont agi sur la base d’une demande d’extradition faite par le Japon.
Comme le rappelle le quotidien new-yorkais, Carlos Ghosn, ancien PDG de Renault-Nissan, “avait été accusé au Japon de délits financiers et vivait dans une maison surveillée par le tribunal de Tokyo lorsqu’il a soudainement disparu du pays fin décembre 2019. Il est ensuite arrivé au Liban et a annoncé qu’il avait fui le Japon parce qu’il ne pensait pas pouvoir y obtenir un procès équitable.”
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Deux complices présumés de la fuite de Carlos Ghosn arrêtés aux Etats-Unis
Michael Taylor, qui s’est rendu au Japon, et son fils ont été arrêtés mercredi matin dans le Massachusetts et devraient comparaître par visioconférence devant un juge.
Les autorités américaines ont arrêté, à la demande de la justice japonaise, deux hommes soupçonnés d’avoir participé à la fuite de Carlos Ghosn. Michael Taylor, 59 ans, ancien membre des forces spéciales américaines, et son fils, Peter Taylor, 27 ans, ont été arrêtés mercredi 20 mai à Harvard, dans le Massachusetts, et devraient comparaître par visioconférence devant un juge fédéral de Worcester, dans cet Etat.
Ils présentent un « grand risque de fuite » et doivent rester en détention en attendant la demande d’extradition du Japon, ont estimé des procureurs fédéraux dans des documents judiciaires. Peter Taylor a été arrêté à Boston, alors qu’il s’apprêtait à partir pour le Liban, où s’est réfugié l’ancien patron de l’alliance Renault-Nissan, et qui n’a pas de traité d’extradition avec le Japon, ont-ils souligné.
Grand hôtel, malle et jet privé
Les deux hommes, ainsi que le Libanais George-Antoine Zayek, sont accusés par le Japon d’avoir aidé M. Ghosn à échapper à la justice nippone, le soir du 29 décembre.
Peter Taylor s’est rendu trois fois au Japon dans les mois précédant l’opération et a rencontré M. Ghosn à sept reprises, selon les documents judiciaires américains : le 28 décembre, il a pris une chambre d’hôtel au Grand Hyatt de Tokyo, où Carlos Ghosn l’a rejoint. Les deux hommes ont discuté pendant une heure, selon les caméras de surveillance de l’établissement.
Le lendemain, Michael Taylor et George-Antoine Zayek sont arrivés à l’aéroport du Kansai, près d’Osaka, dans l’ouest du Japon, à bord d’un jet privé en provenance de Dubaï. Ils portaient de grandes caisses noires semblables à des caissons d’instruments de musique et ont indiqué aux employés de l’aéroport être des musiciens.
Après avoir déposé ces caisses dans un hôtel de l’aéroport, ils ont rejoint Tokyo en train. Pendant qu’ils voyageaient, Carlos Ghosn est retourné au Grand Hyatt, où il s’est rendu directement dans la chambre de Peter Taylor pour changer de vêtements. Les quatre hommes se sont ensuite retrouvés dans cet hôtel.
Peter Taylor est parti seul prendre un avion pour la Chine. Les trois autres sont retournés à l’hôtel de l’aéroport du Kansai où étaient restés les caissons. Sur les caméras, seuls Michael Taylor et George-Antoine Zayek en repartiront avec les lourdes caisses. « Il n’y a pas d’image de Carlos Ghosn quittant la chambre. De fait, il était caché dans les caisses » que portaient les deux hommes, selon les documents de justice.
A l’aéroport, ils ont pu embarquer leurs bagages sans les soumettre à des contrôles de sécurité, comme c’était alors la règle pour les jets privés. Ils se sont ensuite envolés vers la Turquie, puis le Liban.
La justice japonaise a émis, le 30 janvier, des mandats d’arrêt contre Carlos Ghosn et ses trois complices présumés. Peter Taylor est rentré à Boston le 22 mars et le Japon a demandé aux Etats-Unis de l’arrêter en vertu du traité d’extradition qui lie les deux pays.
A Istanbul, un tribunal a, par ailleurs, finalisé l’acte d’accusation contre quatre pilotes, un employé de l’opérateur MNG Jet et deux hôtesses de l’air, accusés d’avoir aidé Carlos Ghosn. La date de leur procès est fixée au 3 juillet. Source : Le Monde
Déconfinement : Les forces de l’ordre très mobilisées à l’occasion du pont de l’Ascension
IL FAIT BEAU Policiers et gendarmes multiplieront les contrôles à l’occasion du pont de l’Ascension afin de s’assurer de l’application de la limite des déplacements à 100 km autour du domicile
Si le gouvernement a enclenché le déconfinement le 11 mai dernier, les Français ne peuvent pas s’éloigner de leur domicile principal au-delà de 100 km.
A l’occasion du pont de l’Ascension, nombreux sont ceux qui pourraient avoir envie de partir à la mer ou à la campagne afin de profiter du beau temps.
Mais les forces de l’ordre seront très présentes dans les gares et le long des routes pour faire respecter cette mesure voulue par le gouvernement pour limiter la propagation du virus sur le territoire.
Un grand ciel bleu sur (presque) toute la France. Un pic de chaleur attendu entre jeudi et vendredi… La météo s’annonce estivale à l’occasion de ce long week-end de l’Ascension. Conséquence : nombreux pourraient être ceux tentés, après deux mois de confinement, par l’idée d’aller prendre l’air à la plage ou de rejoindre leur résidence secondaire loin de la ville, quitte à braver l'interdiction de se déplacer à plus de 100 km de son domicile. Pour cela, ils devront échapper aux forces de l’ordre qui seront largement mobilisées ces prochains jours sur tout le territoire pour les en dissuader.
« Durant le confinement, la règle c’était l’interdiction stricte de se déplacer. Désormais, les gens sont libres de circuler mais autour de leur lieu de résidence », rappelle-t-on place Beauvau. Les forces de l’ordre seront amenées à demander aux personnes contrôlées un justificatif de domicile afin de s’assurer qu’elles s’en trouvent bien à moins de 100 km de chez elles, surtout si elles ont quitté leur département.
Dans le cas contraire, elles encourent une amende de 135 euros, 200 euros en cas de récidive. Depuis le 11 mai, environ 200.000 contrôles ont été effectués et 950 amendes dressées, a indiqué mercredi sur BFMTV le secrétaire d’Etat chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbari.
Sept motifs autorisés
Pour parcourir une distance supérieure à 100 km, « les gens doivent avoir une bonne raison », ajoute l’entourage du ministre de l’Intérieur, précisant qu’ils doivent être en mesure de présenter la déclaration de déplacement disponible sur le site du ministère de l’Intérieur « dûment remplie ». Le gouvernement autorise ces déplacements dans sept cas très précis. Parmi eux, les trajets entre le domicile et un établissement scolaire, les déplacements professionnels « qui ne peuvent pas être différés », ceux « pour consultation de santé et soins spécialisés ne pouvant être assurés à distance », ou ceux « pour motifs familiaux impérieux ».
Les personnes contrôlées qui auraient coché cette dernière case sur leur attestation devront présenter un document justifiant leur déplacement. « Un livret de famille », par exemple, dans le cadre des gardes d’enfants alternées, ou le « formulaire d’une maison de retraite » s’il s’agit de rendre visite à un proche âgé, explique-t-on au ministère de l’Intérieur. En revanche, partir en vacances ou en week-end loin de chez soi reste interdit.
Accompagner le déconfinement
A l’occasion du pont de l’Ascension, les policiers seront donc particulièrement mobilisés dans les gares pour veiller au bon respect de cette mesure imposée par le gouvernement pour limiter la diffusion du virus sur le territoire, en particulier ceux classés « verts ». « Si les gens descendant du train n’ont pas d’attestation, il sera facile de constater qu’elles se trouvent à plus de 100 km de chez elles », souffle une source policière, soulignant que les fonctionnaires sauront faire preuve de discernement en fonction des situations rencontrées.
De son côté, la gendarmerie nationale sera très présente le long des nationales et aux abords des péages autoroutiers. Comment les militaires pourront-ils avoir le cœur net qu’un automobiliste contrôlé dans un autre département sans motif valable se trouve bien à moins de 100 km de son domicile ? « Nous utilisons l’application OsmAnd qui est accessible depuis les tablettes Neogend », indique un officier. Ce dernier assure que les gendarmes feront, eux aussi, preuve de discernement et de « bienveillance ». « Nous sommes dans l’accompagnement du déconfinement, poursuit-il. L’idée, c’est de responsabiliser nos concitoyens. »
Glamour - final cut from ROUVERY Jean-Pierre on Vimeo.
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Emmanuel Macron à la merci d’un « quarteron » de députés
Christian Jacob
Le président du parti Les Républicains juge « indigne » la création d’un neuvième groupe parlementaire à l’Assemblée nationale
Al’heure où le président de la République tente, en quête d’un nouveau souffle, d’invoquer la figure d’un de Gaulle qu’il n’est pas, qu’il ne sera vraisemblablement jamais, le moment est sans doute venu de mettre au jour l’insupportable prétention avec laquelle Emmanuel Macron exerce le pouvoir depuis trois ans, en dépit des résultats catastrophiques qui sont les siens.
Il a lui-même caractérisé son arrivée au pouvoir comme une « effraction ». Et cette effraction, assise sur du sable, apparaît chaque jour davantage aux yeux des Français, dans une forme d’antithèse au gaullisme.
Le gaullisme, c’est la solidité, la constance et l’honneur de la France dans la tempête de 1940, une vraie guerre qu’il a fallu mener, avec des Français libres, qui ont permis à notre pays, en 1945, de s’asseoir à la table des vainqueurs.
Soixante-quinze ans plus tard, la reconnaissance internationale de la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, détentrice de l’arme de dissuasion nucléaire, reste indexée sur l’appel glorieux du 18 juin 1940.
Le gaullisme, c’est une volonté qui place l’indépendance nationale, militaire, politique, diplomatique et économique au cœur du destin national. En un mot, le gaullisme est une souveraineté dans toutes ses dimensions.
Ce n’est pas faire injure à M. Macron que de dire que de tous les présidents de la République qui se sont succédé, il est sans doute l’un des moins bien placés pour invoquer de Gaulle. Car le gaullisme, c’est aussi une Constitution, un régime et un système politiques, ceux de la Ve République, qui permettent la stabilité gouvernementale adossée à la solidité d’une majorité parlementaire.
Tout a été pensé, en 1958 puis en 1962, par le général de Gaulle lui-même et par son premier ministre Michel Debré, évidemment, pour donner du poids au pouvoir exécutif face à une Assemblée nationale dont les divisions, sous la IVe République, ont conduit à l’instabilité gouvernementale et au délitement de l’Etat.
Nous savons aussi que cette stabilité doit beaucoup aux modes de scrutin de l’élection des députés, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours qui construit des majorités claires et aptes à soutenir le gouvernement.
Seul le président François Mitterrand, pour affaiblir la droite républicaine, a été à l’encontre de cette règle tacite que le mode du scrutin majoritaire est consubstantiel à notre régime politique.
Le sauve-qui-peut menace
Au début de son mandat présidentiel, Emmanuel Macron a également proposé le retour du scrutin proportionnel pour accompagner la réforme constitutionnelle qu’il appelait de ses vœux. Il semble y avoir renoncé et c’est heureux pour le pays.
Dans l’histoire de la Ve République, nos présidents ont su, parce que leur majorité parlementaire faisait bloc avec eux, maintenir l’unité du groupe parlementaire censé les soutenir. François Hollande a vécu les affres des « frondeurs » qui ont paralysé son action, sans qu’en définitive une scission l’empêche de gouverner jusqu’au bout dans une forme de stabilité.
Emmanuel Macron est en passe de réussir ce à quoi aucun de ses prédécesseurs n’était parvenu : faire exploser, de l’intérieur, sa majorité. Il ne restait rien ou pas grand-chose de sa majorité présidentielle. Sa majorité parlementaire, celle de son parti, celui qu’il a créé et qu’il dirige depuis l’Elysée, vient de s’évanouir au terme d’une phase d’effilochement qui dure depuis de longs mois. Avec désormais moins de 289 députés, La République en marche est en retraite. Le sauve-qui-peut menace.
Ce serait anecdotique si la France ne vivait pas une crise sanitaire terrible qui annonce une crise économique et sociale.
Plus que jamais, la France a besoin de stabilité. Elle n’a pas besoin d’un président de la République et d’un premier ministre dont les relations sont marquées par le poison de la défiance. Elle n’a pas besoin d’un retour à la IVe République, avec son lot de petites compromissions entre des groupes parlementaires qui pensent plus à leurs intérêts qu’à ceux du pays. L’Assemblée nationale n’a pas besoin d’un 9e groupe parlementaire qui va contribuer à accélérer l’étouffement de la représentation nationale. Ce spectacle d’une Assemblée nationale composée de neuf groupes est indigne. Nous avons proposé à plusieurs reprises qu’un groupe parlementaire ne puisse se constituer que s’il comprend au moins 10 % des députés siégeant à l’Assemblée nationale.
Si nous voulons éviter que l’Assemblée devienne un théâtre d’ombres sur lequel plane un président de la République qui parie sur la confusion et sur les divisions pour donner l’illusion du pouvoir, il est primordial que le président de l’Assemblée nationale prenne la mesure de la situation délétère dans laquelle la multiplication du nombre de groupes parlementaires entraîne notre Assemblée. Une révision du règlement est aujourd’hui plus que jamais nécessaire.
S’il est légitime qu’un président de la République honore la mémoire du général de Gaulle, la commémoration, dimanche 17 mai, à Montcornet (Aisne) et sans doute le 18 juin à Londres apparaissent comme des mises en scène. Au moment où sa majorité politique se disloque, il serait inspiré d’épargner cette comédie aux Français. Qui imagine aujourd’hui qu’il puisse poser les fondements de l’union des Français, alors qu’il est démuni face à un « quarteron » de députés qui bafoue son autorité ?
Christian Jacob est président du parti Les Républicains et député (LR) de Seine-et-Marne
Décryptages - Comment l’intelligence artificielle se mobilise contre le Covid-19
Par David Larousserie
A travers l’analyse d’images mais aussi de montagnes de textes, de données scientifiques, de gènes, l’IA aide les chercheurs à contrer la pandémie. Un meilleur partage des données la rendrait plus efficace encore.
Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. D’un côté, le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, qui s’est répandu d’une façon inattendue et globale sur la planète. De l’autre, l’intelligence artificielle (IA), qui a connu la même diffusion mondiale par ses succès dans les domaines de la reconnaissance d’images, des jeux (go, poker, jeux vidéo…), de la traduction automatique, de la reconnaissance de la parole, de la conduite sans pilote… Il était donc naturel que cette dernière cherche à s’attaquer au défi urgent du contrôle de la pandémie.
Plus de 600 articles ou pré-soumissions d’articles relatant cette « bataille » ont été recensés par la base de données spécialisée Dimensions. « Ce qui frappe en analysant l’ensemble de ces études, c’est la grande variété des domaines concernés », souligne Joseph Bullock, membre du groupe Global Pulse de l’ONU et de l’université de Durham et coauteur d’un premier état de l’art sur les relations entre Covid-19 et IA. D’une quarantaine de références dans sa première version en mars, la bibliographie s’est étoffée de 50 études supplémentaires un mois plus tard, pour sa seconde version.
Cette revue de détail montre qu’aucune des facettes de l’épidémie n’échappe à l’IA : la biochimie du virus, le diagnostic à partir de radiographies aux rayons X des poumons, la prédiction de pronostic pour aider à trier les patients, la prévision de l’épidémie… Cette technologie aide même les humains à s’y retrouver dans le flot d’informations scientifiques, dont celles produites à partir de… ces algorithmes intelligents. Les sites Covidscholar.org et Scite.ai utilisent ainsi des techniques de reconnaissance du langage pour extraire des termes pertinents, les mettre en relation et les regrouper afin qu’un humain s’y retrouve.
Les premiers éléments analysés, les images
L’IA se nourrit de tout : des textes donc, mais aussi des gènes, des protéines, des radios, des chiffres… A la rentrée prochaine, les enseignants de cette discipline pourront puiser dans ces exemples pour motiver leurs étudiants. Ces derniers comprendront ce qui se cache derrière ce terme un peu flou qui englobe toute technique susceptible de remplacer l’humain dans certaines tâches comme classer, optimiser, reconnaître… Ils verront qu’il désigne des méthodes par apprentissage, où, à partir d’exemples et de réponses connues, l’algorithme ajuste ses paramètres pour ensuite répondre correctement dans des situations inconnues.
Sans surprise, c’est très vite par l’image que l’IA a essayé d’attaquer le Covid-19. C’est en effet dans ce domaine, après avoir battu en 2012 à plate couture des systèmes concurrents, que l’apprentissage machine nouvelle version a révélé ses atouts. Le défi est de diagnostiquer automatiquement à partir de radios des poumons les cas de Covid-19. Voire de prédire si la maladie sera sévère ou non, afin d’orienter les patients. La technique a déjà fait ses preuves pour l’aide au diagnostic de rétinopathie ou de cancer du sein, avec des performances supérieures à celles des radiologues. Selon Global Pulse, une dizaine d’équipes a déjà montré de premiers résultats prometteurs. Cependant, écrivent les chercheurs, « ces performances doivent être validées dans des contextes différents et l’efficacité doit être démontrée en situation réelle ».
Les choses allant très vite, d’autres images que celles issues de rayons X sont utilisées et passées au crible de ces algorithmes. « Nous venons de démontrer que des échographies par ultrasons ont des performances comparables aux scanners traditionnels », indique Mehdi Benchoufi, chef de clinique assistant à l’Hôtel-Dieu (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP), qui songe à tester l’apprentissage machine pour simplifier encore l’interprétation des images. Des « concurrents » italo-néerlandais ont déjà franchi cette étape en prédisant un score de sévérité à partir d’échographies, mais sur une trentaine de patients seulement, comme ils l’expliquaient dans Transactions on Medical Imaging, le 14 mai.
L’apprentissage machine très efficace
Il était aussi attendu qu’un acteur phare du domaine, DeepMind, filiale d’Alphabet, la maison mère de Google, fasse parler de lui. En 2016, un de ses algorithmes avait battu le champion du monde de go. Une autre de ses inventions, AlphaFold, est capable de prédire la structure spatiale d’une protéine à partir de sa séquence génétique. En se nourrissant de bases de données existantes, recensant les relations entre gènes et structure, le système trouve les angles et les distances entre atomes les plus probables. Dès le 4 mars, une équipe de DeepMind publie la structure tridimensionnelle de six protéines-clés du nouveau coronavirus. Quatre autres suivront par d’autres équipes. La connaissance de ces structures est importante pour comprendre l’action du virus et essayer de l’enrayer.
Pour cet objectif, les spécialistes de l’IA ont d’autres armes. En fouillant dans des bases de données recensant des associations entre deux molécules (une protéine et un ligand), ou des traitements connus et leur cible, voire dans des articles scientifiques, plusieurs équipes ont trouvé des molécules déjà connues qui pourraient avoir un effet contre le Covid-19. Les résultats sont encourageants dans la mesure où certains des traitements candidats en question avaient par ailleurs déjà été suggérés par les médecins spécialistes. D’autres équipes ont été plus loin en proposant même de nouvelles molécules… par centaines, qu’il faudrait donc tester.
L’IA A PU EXTRAIRE DES COMPTES-RENDUS MÉDICAUX LES INFORMATIONS PERTINENTES PLUS RAPIDEMENT QUE NE LE FAIT LA LONGUE PROCÉDURE HABITUELLE DE CODAGE
Autre domaine où l’apprentissage machine est connu pour être efficace : la prédiction dans des situations où les variables sont très nombreuses, comme c’est le cas pour un patient et ses dizaines de paramètres cliniques et biologiques. Dans Nature Machine Intelligence du 14 mai, une équipe chinoise a ainsi distingué trois biomarqueurs sanguins dont l’association prédit le décès dix jours à l’avance, en ne se trompant que dans 10 % des cas.
Malgré « l’immaturité opérationnelle » constatée par l’équipe de Global Pulse, l’IA est cependant déjà utilisée pour des tâches moins spectaculaires. L’AP-HP dispose d’un gigantesque entrepôt de données, dont celles de 100 000 patients suspects de Covid-19 avec 25 000 cas positifs. Ses équipes ont fait appel à des techniques de compréhension du langage pour extraire des comptes-rendus médicaux les informations pertinentes plus rapidement que ne le fait la longue procédure habituelle de codage. Cela a permis de réaliser des tableaux de bord à jour, aidant les services à mieux gérer les lits, les traitements… « Ces idées étaient lancées avant le Covid-19, mais comme projet de recherche. Là, c’est vite devenu opérationnel », souligne Elisa Salamanca, directrice du département Innovation Données de l’AP-HP. En outre, plus d’une trentaine de projets ont été proposés pour identifier des profils rares, évaluer des thérapeutiques ou déterminer des facteurs de risque.
Les données, question centrale
Même si l’opportunisme des chercheurs, prompts à appliquer leur savoir-faire à ce nouvel objet, peut expliquer autant de propositions, l’IA s’était en fait acoquinée depuis longtemps avec les questions de santé. Ses points faibles sont donc déjà connus. « On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Publier des valeurs de performances n’a de sens que s’il y a un maximum de transparence sur les données, sur leur contexte, leur biais, les corrélations cachées… Toutes les études publiées en ce moment n’ont pas cette rigueur », explique Nozha Boujemaa, directrice scientifique et de l’innovation chez Median Technologies et chroniqueuse au Monde.
« Il faut que les spécialistes soient dès le début dans le projet. C’est à eux de définir le cadre et les bonnes questions à se poser. L’erreur, souvent, est de partir des données sans avoir ces bonnes questions », prévient Gilles Wainrib, cofondateur de la start-up Owkin. « Il faut plus de collaborations internationales pour maximiser l’efficacité de l’IA car il existe beaucoup de contextes locaux différents. Cela passe par plus de partages et d’ouverture », note Miguel Luengo-Oroz, responsable de l’équipe technique de Global Pulse.
Toutes ces remarques tournent finalement autour de la question centrale des données dont se nourrissent les algorithmes. Plus il y en a pour l’entraînement, mieux c’est. Mais justement elles manquent, notamment parce qu’elles sont souvent à caractère personnel mais aussi économiquement ou politiquement sensibles. Ainsi la Chine a fermé le robinet pour les spécialistes étrangers.
Même si des initiatives émergent, le partage n’est donc pas la règle. A moins que l’IA ne vienne à son propre secours. Des méthodes, dites d’« apprentissage fédéré », ont été développées pour entraîner les algorithmes sur plusieurs corpus de données sans avoir à les rassembler au même endroit, permettant à chaque propriétaire de garder la maîtrise de ses informations.










