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Jours tranquilles à Paris

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20 mai 2020

Presqu’île de Rhuys : les maires menacent de fermer les plages

Les maires de la presqu’île de Rhuys (56), aux longues plages de sable blanc, ont du mal à faire respecter les conditions d’accès aux plages. Ils préviennent : « Si ça continue, on va fermer » !

« Il y a 5 % des gens qui pensent avoir tous les droits et qui ne respectent pas les conditions d’accès aux plages. Je ne voudrais pas qu’ils portent préjudice aux 95 % restants, mais si le week-end de l’Ascension se passe mal, dans quatre jours on ferme ». Alain Tabart, le maire d’Arzon veille sur cinq plages, côté océan Atlantique et sept, côté golfe du Morbihan, ainsi que sur le port du Crouesty. Et ce qu’il voit lui fait parfois dresser les cheveux sur la tête. En cette quasi-journée estivale, les restrictions d’accès aux plages imposées par un arrêté préfectoral, ne sont pas toujours respectées et les quais du port de plaisance attirent « beaucoup de badauds dont certains très indisciplinés ».

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20 mai 2020

Vu sur internet

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20 mai 2020

Erdeven Conseil municipal.

Le mardi 26 mai à partir de 19 h • Salle polyvalente du Grand Large, rue du Grand Large.

Ordre du jour : installation du conseil municipal, élection du maire, fixation du nombre d’adjoints et leur élection, lecture de la charte de l’élu local, indemnités des élus, délégation de certaines compétences au maire (article L2122-22 du CGCT).

En cette période de pandémie, le public est limité à dix personnes, après inscription à la mairie (tél. 02 97 55 94 45 ou mail : secreta riat@erdeven.fr) jusqu’au lundi 25 mai 12 h, puis tirage au sort. Contact : mairie, tél. 02 97 55 94 45, secretariat@er deven.fr

20 mai 2020

Plouharnel - Le bunker expositionouvre ses portes

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Les bénévoles de LBMG ont préparé le site pour accueillir du public durant ce week-end

Le bunker exposition de Plouharnel va ouvrir ses portes durant ce long week-end. Les bénévoles de l’association LBMG, Liberty Breizh Memory Group, ont tout préparé afin que le public découvre leur collection. Ils attendaient l’autorisation. Ils ont reçu le feu vert ce lundi. « L’exposition est prête, explique le vice-président Franck Muret. Il y a des nouveautés, avec notamment une vitrine sur l’organisation Todt. Le couloir est consacré à la Libération. La salle de la génératrice a été complétée ». Mais ce qui a beaucoup occupé les bénévoles, c’est la préparation de ce lieu historique si particulier pour le mettre en conformité avec les normes sanitaires : « Nous limiterons à dix personnes la présence dans le bunker », ajoute le président, François Cailloce. Le port du masque sera obligatoire, avec un sens de visite à respecter. Il sera interdit de toucher aux vitrines. Nous avons installé toute la signalétique en ce sens ».

Pratique

Bunker exposition 39-45 : 4€. Ouvert de 10 h à 18 h 30 de jeudi 21 à dimanche 24 mai. Visite guidée du site du Bégo départ à 10 h 30 et 14 h 30 : 5€.

20 mai 2020

Tollé après les propos de Macron sur l’absence de rupture de masques

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Dans un documentaire diffusé, lundi soir, sur BFMTV, intitulé

« Au cœur de l’Élysée, face à la crise », Emmanuel Macron a nié toute « rupture » de masques en France. « Ce qui est vrai, c’est qu’il y a eu des manques, des tensions, c’est ce qu’il faudra regarder pour le corriger et prévenir »,

a-t-il seulement admis. Une déclaration qui a choqué, à droite comme à gauche, et valu de vives critiques au chef de l’État. « Comment le Président peut-il oser dire cela, alors que son gouvernement a MENTI sur l’utilité même des masques justement pour cacher la pénurie ? », s’est offusquée

la présidente du Rassemblement national, Martine Le Pen, sur Facebook. « Il a osé ! », a tweeté

le député LR Éric Ciotti, alors que pour Nicolas Dupont-Aignan, « ceux qui étaient en première ligne apprécieront ». « C’est au-delà des mots, de l’entendement », a, pour sa part, réagi la députée de La France insoumise, Danièle Obono, là où le Parti communiste a dénoncé un « déni présidentiel ».

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20 mai 2020

Plouhinec - Le gravelot déjà mis à mal

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Le gravelot à collier interrompu, victime collatérale du déconfinement sur son principal site de reproduction. Photo d’archives Laurence Prime

Alors qu’élus et experts du Grand site dunaire Gâvres-Quiberon (56) appelaient, samedi dernier, à protéger le gravelot à collier interrompu, le premier week-end de déconfinement et d’ouverture des plages aura été fatal pour certains individus de cette espèce rare et fragile. « Les nouvelles règles ne sont pas respectées par tous : serviettes sur les plages dynamiques, promeneurs et sportifs sur les plages interdites, chiens sur les plages malgré l’interdiction. Les effets néfastes de ces incivilités ne se sont pas fait attendre », déplore le Grand site dunaire.

Un feu avec des piquets protégeant un nid

Selon le syndicat mixte, « plusieurs nids de gravelot à collier interrompu ont été détruits et des poussins ont disparu ». À Plouhinec (56), un feu a été allumé sur la plage grâce aux piquets de bois matérialisant la présence d’un nid. Les oiseaux s’étant envolés, les trois œufs n’ont pas été couvés, provoquant l’échec de cette couvée. »

Adrien Le Formal, futur ex-maire de Plouhinec (56), se dit « déconcerté » et s’interroge sur la nécessité de fermer les plages pour protéger la biodiversité. « Je ne suis pas seul à prendre la décision puisque je vais passer la main mais je vais en discuter », dit-il, alors que son homologue d’Erdeven, lui, a déjà tranché.

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20 mai 2020

Saint-Malo impose le port du masque intra-muros

Le maire de Saint-Malo, Claude Renoult, montre l’exemple… Saint-Malo ne s’appréciera que derrière un masque, les quatre jours prochains. Photo Philippe Delacotte

Si samedi, premier jour de réouverture des plages, le public a globalement respecté les consignes imposées par la crise sanitaire, quelques dysfonctionnements ont, en revanche, été notés, dès le lendemain.

Un arrêté visant l’Ascension et la Pentecôte

Dans la nuit de samedi à dimanche, le maire de Saint-Malo (35), Claude Renoult, a posté un tweet très clair, avertissant : « Trop de manquements. Le pont de l’Ascension ne pourra pas se dérouler de cette façon ». Avec, à l’appui, une photo montrant des personnes prenant le soleil, allongées sur leurs serviettes et proches les unes des autres.

La rumeur a couru, mardi, que les plages malouines seraient à nouveau fermées ce mercredi. Renseignements pris, il n’en est rien.

En revanche, le maire a bel et bien pris un arrêté, entrant en vigueur ce mercredi, qui impose le port du masque, pour les plus de 11 ans, sur une partie de l’axe principal de l’intra-muros rendu piéton.

On ne pourra donc plus circuler à pied sans masque à Saint-Malo les quatre jours du pont de l’Ascension et les trois jours du week-end de Pentecôte, entre 11 h et 18 h.

20 mai 2020

Pourquoi certaines plages bretonnes vont devoir fermer

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L’ouverture des plages bretonnes, acquise de haute lutte, va-t-elle se solder par une marche arrière toute ? L’afflux de promeneurs et le non-respect des consignes, le week-end dernier, a déjà conduit le maire d’Erdeven (56) à refermer son rivage, pour ce pont de l’Ascension. D’autres communes du Morbihan pourraient lui emboîter le pas.

1 La plage de Kerhilio,à Erdeven, fermée les quatre prochains jours

Le maire, Dominique Riguidel, ne veut pas revoir les débordements des derniers jours. Il préfère anticiper avant le gros week-end qui se profile. La plage de Kerhillio avait fait l’objet d’une demande de dérogation pour bénéficier de l’option deux, celle qui autorise l’ouverture d’une « plage dynamique ». « Il était entendu qu’une surveillance visuelle serait assurée par une équipe d’ambassadeurs de "bonne conduite" rappelant les consignes de distanciation et les gestes barrières élémentaires. » Mais, à l’ouverture, le week-end dernier, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Non seulement les plages ont été prises d’assaut mais « la gestion des chiens a été très compliquée, pour ne pas dire impossible », déplore Dominique Riguidel. « Dès qu’ils étaient empêchés de rentrer par un accès, un autre chemin moins surveillé était emprunté. » Quant à leurs maîtres : « Beaucoup n’en faisaient qu’à leur guise avec des remarques très désobligeantes ».

Résultat : « L’ensemble du littoral de la commune d’Etel a été envahi par une population irresponsable ignorant les secteurs sensibles, négligeant la nidification récente et la biodiversité en général ». Dominique Riguidel est amer : « J’espère que ce week-end n’a pas réduit à néant ces deux mois qui ont, au moins, profité à la nature », émet-il, alors que, dans le Finistère voisin, l’accès à l’intégralité des plages de l’archipel des Glénan a été temporairement suspendu pour protéger la nidification des oiseaux. L’édile d’Erdeven considère ne plus être « en capacité de surveiller efficacement les plages de la commune ». Écœuré de pénaliser ses administrés, il a décidé de surseoir à la dérogation obtenue, de ce mercredi, 20 h, jusqu’à lundi, 8 h.

2 Trop d’incivilités sur la presqu’île de Rhuys...

« Si ça continue, on va fermer  !», préviennent, de leur côté, les maires de la presqu’île de Rhuys (56), déplorant : « Il y a 5 % des gens qui pensent avoir tous les droits et qui ne respectent pas les conditions d’accès aux plages. Si le week-end de l’Ascension se passe mal, dans quatre jours, on ferme ».

À Arzon, comme à Saint-Gildas de Rhuys, les restrictions d’accès aux plages imposées par un arrêté préfectoral ne sont pas toujours respectées. Dans cette dernière commune, le maire, Alain Layec, a fait le tour des serviettes, mardi, plage des Govelins, pour demander aux baigneurs qui y étaient allongés de l’aider à maintenir la plage ouverte en respectant les consignes, « sinon le préfet referme lundi », informe-t-il.

Le maire de Damgan, Jean-Marie Labesse, a, lui, déjà quasiment le doigt sur l’arrêté de fermeture. « Les gens s’assoient sur leurs serviettes, pique-niquent, emmènent leurs chiens. On a eu des barrières enlevées. On se fait parfois incendier. » Sans compter les camping-cars qui, privés de campings, « se garent comme ils peuvent » le long des plages.

3 Les gendarmes veillent a u grain

La règle des 100 km autour du domicile est, elle aussi, largement contournée… et verbalisée, moyennant une amende de 135 euros. Des PV qui ont plu, le week-end dernier déjà, dans le Finistère. Dans ce département, le préfet, Pascal Lelarge, a appelé à la vigilance et averti : « Les forces de sécurité intérieure continueront à être fortement présentes sur le terrain au cours des deux prochaines semaines ».

20 mai 2020

ERDEVEN - La plage de Kerhillio, à Erdeven, fermera ce week-end

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La plage de Kerhillio, à Erdeven (56) va fermer. Déjà. Le maire Dominique Riguidel préfère anticiper avant le gros week-end qui se profile, et ne veut pas revoir les débordements des derniers jours.

La plage de Kerhillio, à Erdeven, avait fait l’objet d’une demande de dérogation pour bénéficier de l’option deux, celle qui autorise l’ouverture d’une « plage dynamique ». « Il était entendu qu’une surveillance visuelle serait assurée par une équipe d’ambassadeurs de « bonne conduite » rappelant les consignes de distanciation et les gestes barrières élémentaires ». Tout ne s’est pas exactement déroulé comme prévu. « Les plages ont été prises d’assaut. Si les règles ont été globalement respectées durant le week-end, la gestion des chiens a été très compliquée, pour ne pas dire impossible au regard du nombre de propriétaires souhaitant leur faire profiter des grands espaces. Nous n’avons pas les moyens de tout contrôler. Dès qu’ils étaient empêchés de rentrer par un accès, un autre chemin moins surveillé était alors emprunté. Les conseils et remarques étaient inutiles… Beaucoup n’en faisaient qu’à leur guise avec des remarques très désobligeantes », déplore Dominique Riguidel.

Les naturistes de retour

« Si seule la plage de Kerhillio avait fait l’objet d’une demande d’ouverture, c’est pourtant l’ensemble du littoral de la commune d’Etel qui a été envahi par une population irresponsable ignorant les secteurs sensibles, négligeant la nidification récente et la biodiversité en général. Rien n’a pu arrêter les visiteurs et les chiens en liberté. J’espère que ce week-end n’a pas réduit à néant ces deux mois qui ont au moins profité à la nature ».

Le relâchement est même vestimentaire : « Pour ce début de semaine, les plages ont été moins attractives en visiteurs, mais la serviette a été souvent la règle et le naturisme a même fait son apparition sur cette plage familiale de Kerhillio ».

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20 mai 2020

A Cannes, avec les «orphelins» du Festival

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Par Mathilde Frénois, envoyée spéciale à Cannes. Photos Laurent Carré - Libération

Sur la Côte d’Azur, de nombreux corps de métier ont été frappés de plein fouet par l’annulation de la 73e édition de la grand-messe du cinéma. Du Palais des festivals à la Croisette, «Libération» a pris le pouls d’une ville confrontée à un scénario inédit.

Le Festival de Cannes est fait de rituels : un badge rose surpasse un badge bleu, il pleut toujours pendant la quinzaine et il faut patienter une demi-heure dans les bouchons pour rejoindre la Croisette depuis l’autoroute. Il y a des traditions avec lesquelles un festivalier ne badine pas. Notamment celles imposées par le protocole : «Ce matin à cette heure-ci, on aurait fait le premier point presse du Festival avec le dévoilement de l’affiche au-dessus des marches», rappelle Sophie Mouysset, cheffe de cabinet adjointe au maire. Ce mardi 12 mai aurait dû être le jour d’ouverture du Festival de Cannes. Pour cause de coronavirus, la 73e édition est sérieusement compromise, et tout le cérémonial avec. Pas de montée des marches ce soir-là, pas non plus de soirée d’ouverture et encore moins de projection de films. Pourtant sur la façade du Palais des festivals, le staff s’active : c’est l’installation d’une toile à laquelle Sophie Mouysset est tant attachée. Un sobre et immense «Merci à nos soignants» trône désormais au-dessus des 24 marches les plus célèbres du monde, dépourvues de tapis rouge.

Gilles Traverso ne pouvait rater le rendez-vous. Ce photographe cannois cherche le meilleur angle pour immortaliser le parvis vide et la bâche blanche, même si c’est moins glamour que Claudia Cardinale virevoltant dans sa robe et qu’Agnès Varda en équilibre sur le dos d’un technicien. «Là, on devrait être en pleine bourre, avec les photo-calls qui commencent. C’est la première fois en quarante-quatre ans que je ne serai pas au pied des marches, constate-t-il. Pour la première fois de ma vie, je me dis que c’était mieux avant.» Gilles Traverso fait partie des figures du Festival. Issu d’une famille de photographes, il assure qu’«il n’y a jamais eu un festival sans un Traverso». Son arrière-grand-père était déjà derrière l’objectif en 1939 quand Louis Lumière débarquait à Cannes pour ce qui allait devenir la grand-messe du cinéma. «Cannes est la ville de France la plus connue après Paris, juge-t-il. Ça fait bizarre de redevenir une ville de province comme une autre.»

Sans son festival, Cannes doit faire une croix sur 196 millions d’euros de retombées économiques. Chaque mois de mai, 125 000 festivaliers, dont 12 000 professionnels, se pressent sur la Croisette et font tourner tout un microcosme. «On aurait dû être complet et vivre l’ambiance du Festival, regrette Christian Giordano, patron de l’hôtel le Florian et vice-président du syndicat des hôteliers de Cannes. Avoir le privilège d’être la ville la plus regardée du monde, c’est une sensation irremplaçable.» Irremplaçables aussi, les 90 000 nuitées réservées sur la quinzaine. Depuis le 15 mars, les 20 chambres du Florian sont vides. Christian Giordano a dû fermer son établissement à deux pas de Palais. «Le Festival, c’est au moins 20 % du chiffre d’affaires de l’année. Les pertes des hôtels du bassin cannois sont énormes. Les mois s’enquillent et on a zéro rentrée d’argent.»

«Dans une bulle»

Après Paris, Cannes est la deuxième ville de salons professionnels de France. En basse saison, ce sont les congrès qui remplissent ses 138 hôtels. Si on bronze sur la Croisette l’été, on y travaille à l’intersaison. Et pas seulement grâce au cinéma. Chaque année, 52 événements professionnels sont organisés. Ceux de mars, avril, mai et juin - du salon immobilier Mipim au salon de la publicité Lions - ont été annulés ou reportés. Le remplissage des établissements a suivi. «A Cannes, il y a 500 restaurants pour très peu de population. On est une ville de 70 000 habitants, compte Alain Lahouti, président de l’UMIH restaurateurs de Cannes. Depuis qu’on est orphelins de nos événements, toute une dynamique s’est arrêtée. L’amplitude du décrochage est plus importante ici qu’ailleurs. Ça se voit au nombre très faible de restaurants qui font de la vente à emporter.»

Sur la Croisette, les grands hôtels sont fermés. Le Majestic a rabattu les volets et son Fouquet’s rangé la terrasse. Au Martinez, l’herbe a poussé entre les pavés. Il n’est pas non plus possible de réserver au Carlton. Les plages privées sont fermées. C’est autant de contrats saisonniers et d’extras qui ne seront pas signés. «D’habitude, on est neuf salariés. Là on n’est plus que quatre et on ne sait pas si on va arriver à garder tout le monde», confirme Pascal Berna. Ce Cannois tient le kiosque 9 bis depuis vingt-deux ans. Sous son auvent turquoise, badauds et stars incognito se pressent pour une glace ou un sandwich. Des petits prix qui assurent tout de même un chiffre d’affaires de «plusieurs centaines de milliers d’euros» sur la période. «Ce qui est perdu est perdu. L’annulation du Festival est une catastrophe pour tout le monde, de la femme de ménage au livreur, estime Pascal Berna qui peut rouvrir grâce à la vente à emporter. Ce ne sera plus jamais pareil.» L’économie cannoise ne repose pas uniquement sur ses stars. A l’arrière de son taxi, en 28 éditions du Festival, Marc n’a jamais fait monter de célébrités. D’habitude, il enchaîne les transferts d’hôtel à hôtel, les navettes avec l’aéroport et les courses pour les réceptions des festivaliers et journalistes. «Depuis 2009, il y a une baisse à cause des plateformes comme Uber. Ce n’était déjà plus à la hauteur. Là c’est pire, peste-t-il derrière sa visière. Aujourd’hui, on n’est que 53 taxis à travailler. S’il y avait le Festival, on serait le maximum : 155.» Avec l’annulation, les taxis connaissent une baisse d’activité de 85 %. Eric Matteoda, le responsable régional de l’Union nationale des taxis : «On se demande comment on va passer les mois qui arrivent. On veut être à la table ronde des négociations pour que les taxis fassent partie du plan de relance.» Il n’en revient pas que le Carlton soit fermé.

Emblèmes reconvertis

Derrière lui sur le trottoir de la Croisette, Cannes reste Cannes. Des bandes d’ados croisent des adeptes du legging léopard et des sacs d’achat Louis Vuitton ou Dior. On fait du roller ou son footing, les lunettes de soleil en accessoire obligatoire. Plus près du Palais des festivals, Béatrice s’amuse à prendre la pose «comme Marilyn». La sexagénaire a un plaisir : se balader sur la Croisette. «J’habite à côté et je viens tous les ans. J’aime la musique, le glamour et apercevoir les stars, raconte l’ancienne hôtesse de l’air. Dès que ce foutu virus partira, j’en profiterai deux fois plus.» Au grand dam de son mari Alain. «Je m’enfuis pendant le Festival. C’est parce qu’il est annulé que je suis là, marmonne-t-il. On est toujours emmerdés : il y a la queue à l’aéroport, sur la route… Je vais passer pour le vieux ronchon : je trouve que là, on est peinard.» Journaliste et animateur à Cannes Radio, avec plus de 30 Festivals à son actif, Philippe Muller entend ce discours à son micro : «Même ceux qui râlent sont tristes cette année. Bien sûr il y a les tracas et les bouchons, mais vivre Cannes, c’est être dans une bulle. Il y a plein de trucs qui se passent, les gens sont excentriques, les affiches de films sont posées sur les hôtels. Quelque part, tu as l’impression que tu es toi-même acteur.»

Claude, Jean-Claude et José ne montent pas les marches. Ils passent par l’arrière. Sans domicile fixe, ils sont hébergés par la ville au sein du mythique Palais des festivals, comme 34 autres personnes - ils étaient 70 au plus fort de la crise sanitaire. «Il n’y a pas le décor, on ne se rend pas compte qu’on est dans le Palais, dit José. On serait en train de marcher sur le tapis rouge ça serait le cas, mais là, on dort sur des lits de camp au rez-de-chaussée…» Si le Festival avait eu lieu, José ne serait pas resté à Cannes. Entre les strass et les paillettes, il n’y a pas de place pour un sans-abri. «On ne pouvait pas demander le confinement, et laisser des gens dans la rue. Cette solution a fonctionné : tout le monde a été testé négatif au virus, se félicite le responsable du CCAS, Laurent Boisseau. Maintenant, on essaie de trouver des solutions d’hébergement à long terme.» Les lits de camp sont alignés dans l’immense salle. Au fond, des micro-ondes, une télé et une table de ping-pong qu’il faut désinfecter avant de jouer. D’habitude ici, c’est l’entrée du marché du film.

Partout à Cannes, du Palais à la Croisette, on est bien loin de l’ambiance nœud papillon. Les limousines et les voitures officielles ne font pas la queue pour déposer les équipes des films. Les cartons d’invitation pour les projections ne s’échangent pas au pied des marches. Et personne ne porte le smoking réglementaire. Passé 20 heures, rares sont les passants sur la Croisette. Si peu de monde qu’une patrouille de la police municipale y a croisé un sanglier. Les autres mois de mai, des files d’attente pour les soirées et les attroupements de fans se seraient formés. Le confinement a retardé les travaux des plages privées et des pontons. Sur le sable, des pelleteuses. Sur les trottoirs, des ouvriers refont les pavés.

Certains emblèmes se sont même reconvertis pour la lutte contre le Covid : le salon où retirer ses accréditations a été transformé en mercerie et les ateliers des couturières de robes fabriquent des masques. Comme Aline Buffet. Dans son atelier du centre-ville de Cannes, la table déborde de tissus. Du coton, de la soie, de la dentelle qui auraient dû finir en robes de soirée. Maître artisan, Aline Buffet travaille pour les grandes maisons de couture à Cannes depuis 1994. Pendant le Festival, elle se rend dans les chambres d’hôtel ou à bord des jets privés pour des retouches. Marion Cotillard, Penélope Cruz, Clint Eastwood, Sean Penn et la famille Trump sont passés entre ses aiguilles. Il faut transformer, agrandir, ajuster robes et costumes pour le grand soir.

Le 16 mars, le coronavirus a stoppé toute activité et annulé les commandes passées trois à six mois plus tôt. «La première semaine, je me suis sentie désarmée. Je me suis retrouvée avec tout ce tissu sur les bras, raconte Aline Buffet. Puis j’ai contacté la mairie et, à quatre, nous avons cousu 23 500 masques.» Deux mois plus tard, les couturières ont développé leurs protections personnalisées. Vendu 15 euros l’unité, il est possible de choisir la taille et la matière, la dentelle et les paillettes faisant partie des options possibles. «Nous ne sommes pas sur de la série chinoise. On aime ce travail parce que c’est personnalisé, comme les robes, assure-t-elle. Ça me travaille de lancer ma ligne de masques. J’ai plein d’idées.» Jusqu’à les assortir aux futures tenues de soirée. Et instaurer une nouvelle mode sur les marches du Festival de Cannes.

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