Visite virtuelle : Body Performance, l’exposition qui célèbre le nu à la Fondation Helmut Newton
Helmut Newton, Vanessa Beecroft, Viviane Sassen, Robert Mapplethorpe… les plus grands noms de la photographie ont célébré le corps sous toutes ses formes. Certains de ces clichés sont rassemblés dans une exposition qui se décline en version virtuelle
Présentée depuis le 30 novembre dernier à la Fondation Helmut Newton, provisoirement fermée au public, l’exposition Body Performance se poursuit en ligne avec une visite virtuelle à 360° commentée par son curateur Matthias Harder. Réunissant des clichés de Helmut Newton, Bernd Uhlig, Vanessa Beecroft, Jürgen Klauke, Erwin Wurm, Barbara Probst, Viviane Sassen, Inez & Vinoodh, Cindy Sherman, Yang Fudong, Robert Longo et Robert Mapplethorpe, cette exposition collective questionne le rapport au corps en général, et au nu en particulier, à travers l’espace, la danse et le mouvement. Capté lors d’une performance artistique – à l’image de ces danseurs du Ballet de Monte Carlo saisis par Helmut Newton, de ces femmes rassemblées dans une chorégraphie minimaliste par Vanessa Beecroft, ou mis en scène par les photographes eux-mêmes –, le corps, et ses multiples représentations, invite ici à s’interroger sur la perception de soi tout autant que le regard de l’autre.
Body Performance, jusqu’au 20 septembre 2020, Fondation Helmut Newton, Jebensstrasse 2 D, 10623 Berlin, www.helmut-newton-foundation.org
POLITIQUE - De Gaulle, Giscard, les deux modèles d’Emmanuel Macron
Par Alain Duhamel
De Montcornet à l’appel conjoint avec Angela Merkel, le Président se réclame à la fois du souverainisme de Charles de Gaulle et de l’européisme de Valéry Giscard d’Estaing.
Dimanche dernier, Emmanuel Macron a inauguré le semestre De Gaulle en commémorant la bataille de Montcornet (17 mai 1940) à l’occasion de laquelle le tout récent commandant de la IVe division cuirassée a réussi à freiner très provisoirement l’avance des panzers. Ce fait d’armes n’était qu’une opération de retardement mais, suivi aussitôt par les combats de Crécy et surtout d’Abbeville, il a enraciné le prestige militaire de Charles de Gaulle (promu jeune général valeureux en pleine débâcle nationale) et lui a ouvert les portes du gouvernement de Paul Reynaud, lançant son fabuleux et romanesque destin politique.
Qu’Emmanuel Macron, si féru de mémoire nationale et si attaché au culte des héros, ait ainsi voulu ouvrir et incarner le cycle De Gaulle (appel du 18 juin il y a 80 ans, naissance il y a 130 ans, mort du Général il y a 50 ans), rien d’étonnant à cela. Les présidents de la Ve République ont tous, sauf François Mitterrand, rendu hommage à Charles de Gaulle et ont tenté de recueillir au passage quelques bribes de son héritage. L’année 2020 s’y prête particulièrement, même si la crise du coronavirus et ses conséquences économiques et sociales éclipsent le moment De Gaulle. Mais justement, c’est aussi l’ampleur sans précédent, la brutalité, la violence de la crise civile actuelle qui rappelle immanquablement la plus grande crise militaire et politique de notre histoire moderne, celle de 1940. Face à l’épreuve d’aujourd’hui, le Président se tourne vers l’épreuve d’hier. Il cherche à en recueillir les leçons et les répliques, non pas pour s’identifier si peu que ce soit au Général - d’où viendrait sa légitimité ? - mais pour en observer les principes. Chez De Gaulle, ils étaient bien connus dès 1940 et se sont épanouis en 1958. Pour l’essentiel, la trilogie souveraineté-autorité-unité et son halo non transmissible de prestige.
Emmanuel Macron ne peut pas imaginer les reproduire à l’identique. Le Général était un souverainiste glorieux et imaginatif, rien à voir avec les souverainistes mesquins et vétilleux d’aujourd’hui. L’actuel chef de l’Etat n’a, lui, rien d’un souverainiste sinon que, face à la pandémie, il ressuscite des fragments nécessaires de souveraineté, qu’il s’agisse de la reconquête d’une industrie nationale de la santé, de la défense de nos entreprises contre des investisseurs prédateurs ou de la volonté d’imposer des normes fiscales équitables aux Gafa. A l’expérience douloureuse du coronavirus, des pans de souveraineté économique ou financière retrouvent une place aux côtés de l’éternelle souveraineté diplomatique. De Gaulle incarnait et revendiquait aussi l’autorité. Sur le plan institutionnel, Emmanuel Macron se place résolument dans son sillage, poursuivant la présidentialisation de la Ve République, affichant son engagement et sa responsabilité politique personnelle. En revanche, malgré ses appels réitérés à la «concorde nationale», face à la crise monstrueuse qui menace, on ne peut pas dire qu’il a suscité quelque écho que ce soit. Les oppositions le combattent âprement et l’attaquent personnellement, en ordre dispersé mais sans relâche. Il est vrai que le Général lui-même est très loin, sur ce point, d’avoir réussi. Il y a donc dans le macronisme quelques fragments épars du legs gaullien.
En revanche, l’initiative conjointe franco-germanique du pacte de solidarité européenne relève directement de la tradition giscardienne. Face à la pire crise économique et sociale qui s’installe, c’est le recours à la double souveraineté qui s’impose : souveraineté nationale, avec un plan de soutien économique et souveraineté sociale d’une ampleur sans précédent dans toute notre histoire (balayant au passage sans hésitation tous les totems et préceptes de l’orthodoxie) ; souveraineté européenne aussi avec une proposition fracassante négociée avec Angela Merkel, introduisant enfin, là encore contre toute orthodoxie, une forme concrète et ambitieuse de solidarité européenne. Reste, certes, à le faire accepter à nos partenaires, aux 25 autres gouvernements, aux parlements nationaux et au Parlement européen. Mais, face au risque bien réel de dislocation de l’Europe et de l’euro, c’est le retour du couple franco-germanique, c’est aussi une première victoire de l’audace et de l’imagination. Banque centrale européenne, Commission de Bruxelles, initiative Macron-Merkel, face à l’abîme, l’Europe se ressaisit et se réinvente. Adepte depuis toujours de la double souveraineté, Emmanuel Macron met ainsi ses pas dans ceux de Valéry Giscard d’Estaing qui, lors de crises pétrolières - certes moins monstrueuses que la crise actuelle - avait su imaginer des réponses constructives avec son partenaire favori, le chancelier Helmut Schmidt. De plus, la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron - présidentialisation, exposition médiatique, innovations aventureuses, modernisme idéaliste, complémentarités avec son Premier ministre - ressemble au tandem Giscard-Barre plus qu’à tout autre. L’année De Gaulle est engloutie dans l’année coronavirus. Emmanuel Macron, voulant entretenir en 2020 le culte gaullien, retrouve en fait le chemin giscardien.
Auray - La Trinité, Saint-Philibert… On referme les plages !
Article de Véronique Le Bagousse
Le nombre important d’incivilités et le manque de respect des règles énoncées lors du déconfinement ont contraint des maires du pays d’Auray à prendre des mesures pour ce long week-end de l’Ascension qui s’annonce. Fermeture des plages de La Trinité-sur-Mer et de Saint-Philibert.
Après Erdeven, c’est La Trinité-sur-Mer qui vient de décider de fermer totalement l’accès aux plages. « Devant l’afflux de monde et le comportement irresponsable et irrespectueux des promeneurs notamment ceux avec des chiens, j’ai décidé de faire annuler l’arrêté dérogatoire que j’avais obtenu la semaine passée pour rouvrir les plages », indique le maire, Jean-François Guezet. « Ce matin, les deux seuls policiers municipaux dont dispose la commune sont venus me voir en me demandant de faire quelque chose. Ils passent leur temps à demander aux gens de respecter les règles et dès qu’ils ont le dos tourné ses derniers recommencent. Comme les gens ne sont pas raisonnables et ne veulent pas comprendre qu’il s’agit de santé publique, alors on ferme jusqu’à nouvel ordre et on revient à la norme ». Seul le sentier côtier, côté chenal, à partir des dernières maisons de la pointe de Kerbihan jusqu’au Men Du reste accessible aux promeneurs et aux chiens en laisse. Sans impact sur les bars, ni les restaurants qui ne sont pas ouverts.
Kernevest également fermée
Dans la foulée, à 18 h ce mercredi, le couperet est tombé également sur la plage de Kernevest. Devant, l’afflux de promeneurs indisciplinés et irrespectueux, François Le Cotillec, le maire de Saint-Philibert a lui aussi emboîté le pas de ses confrères. « On ne peut pas mobiliser des gens en permanence pour faire de la surveillance et comme les gens ne sont pas raisonnables, il a fallu fermer, alors que pour moi le week-end dernier qui était un test aurait dû permettre d’ouvrir d’autres sites, mais c’est raté ».
Promenade avec barrière à Quiberon
À Quiberon, là aussi la foule était au rendez-vous le week-end dernier, et cela devrait être pire cette semaine. Pourtant, « globalement, les choses se sont plutôt bien passées », assure Bernard Hilliet, le maire de commune. Mais devant l’affluence des promeneurs, la mairie a dû revoir un peu sa copie. « Nous avons un double objectif, totalement contradictoire : celui qui prime c’est bien entendu la sécurité de nos concitoyens, mais il faut aussi relancer la saison et l’attractivité de notre commune », souligne le maire. Autant dire qu’il faut faire le grand écart. « Nous laissons les plages ouvertes, sous haute surveillance et pour optimiser la gestion des flux, la promenade de la plage est réglementée par une circulation à double sens pour les piétons, avec une barrière centrale ».
La Plage bleue réouverte
Quant aux autres élus de la côte, ils restent très vigilants et ne renoncent pas à une éventuelle fermeture. Et si à Saint-Pierre Quiberon, Laurence Le Duvehat ouvre la Plage bleue à Kerostin, Gérard Pierre, le maire de Plouharnel affirme : « Nous avons fait beaucoup de pédagogie mais là ça suffit, désormais on verbalise ». Il ne souhaite pas refermer les plages, en revanche, il sera intraitable et comme il dispose de l’unique patrouille équestre du Morbihan, « il est facile de surveiller les promeneurs et de loin », souligne-t-il. À ce sujet, il a demandé au préfet, avec d’autres élus du secteur, le retour des policiers à cheval partis le 5 mai dernier et « qui seraient fort utiles actuellement ». À Locmariaquer, les plages rouvriront vendredi après-midi, le temps d’installer les panneaux de consignes. Pour préserver la faune, notamment la nidification des gravelots, les chiens seront interdits sur les plages, et devront être tenus en laisse dans la zone dunaire. « Il est évident que si des comportements incivils et des débordements étaient constatés, je demanderai la fermeture immédiate des plages », a précisé le maire Michel Jeannot.
À Carnoët, la Vallée des Saints rouvre ses portes dès ce jeudi de l'Ascension
La Vallée des Saints rouvrira officiellement ses portes ce jeudi : l’accueil et la boutique seront accessibles tous les jours de la semaine, de 11 h à 18 h 30.
Le Bagad Café reste fermé mais un rayon vente à emporter est prévu dans la boutique. Les visites guidées, collectives ou individuelles, ne sont pas encore possibles, mais des jeux de piste pour les familles sont en cours de création. L’équipe a tout mis
en œuvre pour que les visiteurs soient accueillis dans des conditions d’hygiène et de sécurité optimales. Le site se déployant sur dix hectares, la distanciation sociale sera aisée.
À noter que si les chantiers de sculptures habituels sont bloqués, au moins six statues pourraient voir le jour d’ici à fin septembre. De même, la fête annuelle du Kan ar Vein du 2 août est annulée mais des animations seront proposées.
Tsai Ing-wen, le bouclier taïwanais face au Covid
Article de Pierre Moncey
Taïwan ne dénombre, pour l’heure, que sept morts du coronavirus. Un résultat sans doute lié à la politique menée par la présidente Tsai Ing-wen, réélue en janvier 2020, au grand dam de la Chine.
Réélue haut la main en 2020, au grand dam de la Chine, Tsai Ing-wen, cette femme de 63 ans, présidente du parti démocrate progressiste, a fait de son pays, Taïwan, un élève modèle dans la gestion de la crise sanitaire.
« Ce succès n’est pas un hasard. C’est l’issue d’une combinaison d’efforts des professionnels de santé, du gouvernement et du secteur privé », écrivait la présidente Tsai Ing-wen dans une tribune accordée au magazine Time, le 16 avril.
Si la crise a pu être menée à bien sans confinement de la population, c’est grâce notamment à une politique de tests massive et un bon contrôle des matériels médicaux.
« La situation à Hong Kong a servi de sonnette d’alarme »
Tsai Ing-wen a lancé, tout comme son encombrant voisin, « une diplomatie du masque », en distribuant du matériel à l’Europe et aux États-Unis. Des échanges qui agacent le pouvoir chinois en venant concurrencer sa diplomatie d’influence, largement basée sur les Routes de la soie. Alors que la Chine n’a plus bonne presse, Taïwan est encensé médiatiquement.
Pour comprendre le bras de fer qui oppose Taïwan et sa voisine, il faut revenir à 1949, au moment où les communistes de Mao Zedong ont obligé les forces du général Tchang Kaï-chek, leader du Kuomintang, à fuir vers Formose, l’île nationaliste opposée à la Chine populaire. « Son indépendance n’a jamais été reconnue par Pékin. Alors que la situation à Hong Kong a servi de sonnette d’alarme, Tsai Ing-wen a été perçue comme une garante de la souveraineté taïwanaise, ce qui a largement contribué à sa réélection », explique un spécialiste de la région.
Mais revenons à la stratégie taïwanaise exemplaire qui lui a valu la reconnaissance internationale. Elle réside sur un maître mot : l’anticipation. L’État a multiplié ses efforts d’enquête afin de suivre l’historique des voyages et des contacts de chaque patient, aidant à isoler et à contenir la contagion avant qu’une épidémie de masse ne soit inévitable. Taïwan peut se targuer aujourd’hui d’avoir seulement sept morts à dénombrer.
Dans ce pays où la discipline est reine, « les irresponsables » qui bravent la quarantaine sont traqués par les journalistes qui n’hésitent pas à révéler leur identité. « Restreindre la liberté des uns, pour protéger la vie des autres », affirme le directeur de la santé et vice-président taïwanais, Chen Chien-jen.
En Europe, cette politique est moins évidente à appliquer.
Vu du Royaume-Uni - En France, la reprise économique s’annonce poussive
THE ECONOMIST (LONDRES)
En France, la bureaucratie est toujours aussi lourde, et le dialogue social tendu, estime The Economist. Il ne sera donc pas facile de faire redémarrer l’économie.
À l’embouchure de la Seine, en Normandie, l’usine Renault de Sandouville est silencieuse et vide. Habituellement, les 1 900 ouvriers de ce site fabriquent 132 000 véhicules par an, principalement des camionnettes de livraison. Mais le 7 mai, un tribunal du Havre a interdit à Renault de rouvrir complètement le 11 mai, premier jour du déconfinement en France, contrairement à ce qu’avait prévu le constructeur. La justice a donné raison à une plainte de la CGT, syndicat historiquement affilié au Parti communiste, qui faisait valoir que l’entreprise n’avait pas consulté le personnel sur la reprise des activités. D’ici au verdict de la procédure d’appel, l’usine restera fermée.
Après huit semaines de confinement, la France a repris le chemin du travail le 11 mai. Les coiffeurs, les magasins de prêt-à-porter, les librairies et tous les autres commerces – à l’exception des restaurants et cafés – ont été autorisés à rouvrir. Il était “essentiel” que l’économie redémarre, a déclaré le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.
Dialogue social et bureaucratie
La complexité logistique de la reprise ne concerne pas que la France. S’approvisionner en masques, condamner certains sièges dans les transports ou dans les classes [des établissements scolaires], distribuer du gel hydroalcoolique dans les magasins et les bureaux : c’est le lot de tous les pays qui sortent d’un confinement. Malgré tout, comme le montre la décision judiciaire défavorable à Renault, la France fait aussi face à des difficultés qui lui sont propres.
L’un de ces facteurs est l’antagonisme qui régit le dialogue social, associé au goût particulier de l’État français pour la bureaucratie. Les syndicats sont très présents dans les instances obligatoires de représentation du personnel. Emmanuel Macron les a simplifiées et a fusionné un ensemble complexe de structures en un seul comité social et économique*. Mais les entreprises qui comptent plus de 10 salariés doivent pourtant organiser des réunions mensuelles ou bimensuelles, notamment pour aborder des sujets relatifs au bien-être des employés. Ces discussions sont souvent longues et véhémentes.
Un protocole “très compliqué”
Pour préparer le déconfinement, les patrons doivent mettre en œuvre beaucoup plus de consultations. Le directeur d’une société de services en Île-de-France explique qu’il a consacré une journée entière par semaine aux modalités du retour de 10 salariés seulement (sur 95) dans les locaux. Le gouvernement a publié un protocole national de 20 pages détaillant un certain nombre de directives, comme le calcul de la surface minimum par employé (4 m2). “C’est très compliqué”, résume Jérôme, qui gère un salon de coiffure. Il a dû retirer cinq des 12 fauteuils de son salon et ajoute qu’il faut consacrer à chaque client – très nombreux après huit semaines de fermeture – quinze minutes de plus qu’avant, en raison des procédures de désinfection. Le prix à payer en cas d’infraction de ces règles peut être élevé.
De plus, les patrons et les élus politiques endossent une responsabilité pénale dans l’exercice de leurs fonctions. En temps normal, ils sont ainsi encouragés à la prudence. C’est d’autant plus vrai en période de pandémie, qui pousse les cadres à prévoir le récurage des locaux et l’installation de parois en plexiglas. Après d’âpres négociations, la responsabilité des employeurs et des maires a été quelque peu réduite, mais uniquement pour la durée de la crise.
“Je n’en pouvais plus du confinement”
Le nombre stupéfiant de 63 plaintes a déjà été déposé contre des ministres, dont le chef du gouvernement, Édouard Philippe, et Olivier Véran, le ministre de la Santé. Nombre de ces recours seront certainement rejetés. Mais les ministres pourraient être appelés à comparaître devant un tribunal spécial.
Beaucoup de gens ont toutefois envie de retourner au travail. “Je suis vraiment soulagé de revenir, je n’en pouvais plus du confinement”, avoue Joseph avec enthousiasme le premier jour de sa reprise dans une boutique de vêtements pour homme à Paris. Pendant la fermeture des magasins, il était au chômage partiel, un dispositif au titre duquel l’État lui versait 84 % de son salaire. À partir de maintenant, il bénéficie à nouveau de 100 % de ses revenus. Ailleurs en France, Renault a partiellement rouvert ses usines automobiles sans difficulté. Et pour de nombreux employés de bureau, le télétravail se poursuit, afin d’éviter la foule dans les trains et les bus.
Entre protection et prospérité
Il demeure pourtant un climat de peur qui, selon Yann Algan, professeur d’économie à Sciences Po, est lié à “une méfiance particulière de la société française” à l’égard des institutions, des employeurs et du gouvernement. Pendant le confinement, cette méfiance était le sentiment le plus souvent cité par les Français dans un sondage réalisé pour Sciences Po, alors que les Allemands et les Britanniques mentionnaient d’abord le “calme”. Ce contraste, affirme Yann Algan, “explique pourquoi la reprise du travail sera plus lente et complexe en France qu’en Allemagne”. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, estime que l’économie fonctionnera à 83 % en mai, contre 73 % en avril, et ce malgré le déconfinement.
L’équilibre entre protection sanitaire et prospérité est précaire. Comme l’indique Éric Chaney, économiste à l’institut Montaigne, le chômage partiel (qui a été souscrit pour 12,4 millions d’employés) était le bon moyen d’éviter les licenciements, “mais il n’incite pas à reprendre le travail”.
Ayant parfaitement joué sur l’angoisse* française pour imposer le confinement, le gouvernement risque d’avoir beaucoup de mal à asseoir la confiance nécessaire pour dissiper ces craintes et remettre tout le pays au travail.













