Delphine Batho : «Notre groupe donnera à l’écologie une force de frappe au Parlement»
Par Laure Equy
Albane Gaillot, Yolaine de Courson, Sabine Thillaye, Cédric Villani, Delphine Batho et Fréderique Tuffnell, membres d’EDS. (Photo François Guillot. AFP)
L’ex-ministre sera vice-présidente d’Ecologie Démocratie Solidarité, le groupe majoritairement composé d’anciens marcheurs qui a été créé ce mardi à l’Assemblée.
Les macronistes n’ont pas chômé, ces derniers jours, pour tenter de rattraper par le col certains élus chancelants. Sans parvenir à torpiller l’initiative : 17 députés ont annoncé mardi la création d’un neuvième groupe baptisé «Ecologie Démocratie Solidarité» (EDS). Le départ de sept députés macronistes a donc fait chuter le groupe LREM (288 membres) sous le seuil de la majorité absolue… à un siège près. Un gadin symbolique (avec le Modem, le gouvernement peut toujours compter sur une confortable majorité) et probablement provisoire (LREM pourrait récupérer le siège d’un député élu maire). Mais le revers est de taille pour ce groupe, pléthorique en 2017, qui s’effrite depuis des mois. «Nous soutiendrons toutes les décisions à la hauteur des enjeux, mais saurons nous opposer dans les autres cas», annoncent dans leur déclaration politique les 17, qui se veulent «un groupe indépendant, ne se situant ni dans la majorité ni dans l’opposition». Parmi ces ex-marcheurs - dont les présidents, Matthieu Orphelin et Paula Forteza -, la présence de Delphine Batho, l’une des vice-présidentes d’EDS, détonne. L’ex-ministre (PS) de l’Ecologie et présidente de Génération Ecologie se réjouit d’une initiative d’élus «aux parcours divers» qui veulent «créer des majorités d’idées».
Le groupe EDS est essentiellement composé de députés élus sous l’étiquette LREM. En quoi cette aventure est-elle la vôtre ?
Construire un groupe écologiste à l’Assemblée est une très bonne nouvelle pour cette cause et les forces qui la défendent. J’en discute depuis longtemps avec Matthieu Orphelin, avec lequel j’ai porté de nombreuses batailles. Avec mes collègues, nous voulons travailler ensemble, là où s’exerce notre responsabilité, pour donner à l’écologie une force de frappe au Parlement.
Mais qu’avez-vous en commun avec des élus qui ont soutenu Macron ?
On a des parcours divers, on n’est pas dans les mêmes formations politiques. Mais je vois dans notre volonté de se réunir les effets différés des combats contre le glyphosate ou la ratification du Ceta, de la mobilisation de la jeunesse pour le climat mais aussi les traces laissées par la démission de Nicolas Hulot ou les débats sur la suppression de l’ISF. Nous nous sommes déjà retrouvés sur des sujets communs liés à l’écologie. Chacun a sa sensibilité, son degré d’engagement, mais le cheminement est incontestable. Et le fait que ce groupe soit à 65 % féminin est déterminant, c’est aussi une histoire de liberté et d’émancipation.
Ce groupe ne s’inscrit pas dans l’opposition. Cela vous dérange-t-il ?
Je déteste le sectarisme. J’ai voté la loi sur la fin des hydrocarbures en 2017, comme un amendement du Modem pour mettre fin à la niche fiscale en faveur de l’huile de palme, avant que le gouvernement ne revienne dessus. Le clivage opposition-majorité n’est pas ma grille de lecture, l’écologie restructure le paysage politique entre terriens et destructeurs de l’environnement.
Pensez-vous pouvoir peser à 17 ?
Nous sommes ouverts et voulons créer des majorités d’idées. En mettant en commun nos capacités de travail, on se heurtera à des résistances, mais on gagnera des batailles. Avec François Ruffin, nous avons plaidé pour la suppression des liaisons aériennes intérieures inutiles [quand une alternative ferroviaire existe, ndlr]. La proposition passait pour farfelue, mais elle est aujourd’hui partiellement reprise par le gouvernement. Signe que les idées font leur chemin. Nous influerons par la qualité de notre travail, en lien avec la société civile, et notre expertise. Sur chaque projet de loi, une étude d’impact sera menée pour mesurer ses effets sur le climat et les limites planétaires, l’égalité femmes-hommes et les équilibres sociaux.
Pourquoi créer ce groupe maintenant, quand la crise force Macron à réécrire la suite du quinquennat ?
C’est précisément le bon moment. La nation est face à des choix majeurs : soit réparer l’ancien modèle de production et de consommation, soit se saisir du fait qu’il n’y a plus de pacte de stabilité financière pour réorganiser nos modes de vie et sortir des énergies fossiles dans le respect de la justice sociale. Il faudrait réunir un «Conseil national de la résilience» pour construire ce nouveau modèle tourné vers la préservation du vivant et la lutte contre le changement climatique. Aucune décision n’a été prise en ce sens par le gouvernement, à part le modeste plan vélo d’Elisabeth Borne. Sept milliards d’euros ont été injectés pour sauver Air France sans contrepartie écologique. Des «actes II» ont souvent été annoncés, qui ne sont jamais venus.
Restez-vous en lien avec d’autres responsables écologistes ou des partis de gauche ?
L’immédiateté parlementaire est une chose, les prochaines échéances électorales en sont une autre. Je parle très souvent avec Julien Bayou [secrétaire national d’EE-LV] et Yannick Jadot [eurodéputé EE-LV]. Je travaille depuis des mois à l’unité des écologistes, pour que nous soyons en situation d’exercer le pouvoir. Il ne s’agit pas de brûler les étapes dans une logique de coalition avec les uns et les autres. L’écologisation des partis de gauche, je ne la vérifie pas toujours à l’Assemblée, où certains ont voté les aides à Air France sans contrepartie. L’heure est à l’affirmation de l’indépendance de l’écologie et à la construction de notre crédibilité.
Création d’un 9e groupe à l’Assemblée : LREM perd de justesse la majorité absolue
Pas un « cataclysme », mais une épine pour la majorité : des « marcheurs » et ex- « marcheurs », dont Matthieu Orphelin et Cédric Villani (ci-contre), ont lancé, mardi, un nouveau groupe à l’Assemblée. À deux ans de la fin du quinquennat et après « beaucoup de pressions » du gouvernement ou de cadres macronistes, ils sont finalement 17 à avoir intégré cette nouvelle entité baptisée « Écologie Démocratie Solidarité », en gestation depuis plusieurs mois.
Ces élus entendent œuvrer au « monde d’après » la crise du coronavirus au sein d’un groupe « petit mais costaud », a affirmé, mardi, Matthieu Orphelin (proche de Nicolas Hulot), coprésident avec l’ex-LREM Paula Forteza.
Parmi les élus du nouveau groupe figurent sept membres du groupe majoritaire, dont les membres de l’aile gauche Aurélien Taché, Guillaume Chiche et donc Cédric Villani (exclu du parti mais toujours membre jusqu’alors du groupe LREM). Tous ont été élus sous l’étiquette d’Emmanuel Macron, à l’exception de l’ex-ministre PS à l’Écologie, Delphine Batho. « Nous pousserons et soutiendrons toutes les décisions à la hauteur des enjeux, mais saurons nous opposer dans tous les autres cas », préviennent-ils dans leur déclaration politique.
« Tribulations de la vie parlementaire »
Avec cette neuvième entité - un record au Palais Bourbon sous la Ve République - le groupe LREM, qui comptait 314 députés en 2017, tombe à 288, juste sous le seuil de la majorité absolue (289 sièges) qu’il détenait jusqu’alors à lui seul. Un coup dur pour le camp présidentiel.
Mais « la majorité a toujours la majorité », avec l’appui du MoDem et ses 46 élus, s’est agacé, mardi matin, le président de l’Assemblée, Richard Ferrand (LREM), raillant des « tribulations de la vie parlementaire ». « La majorité n’est pas en danger, loin de là », a renchéri le ministre Jean-Yves Le Drian.
La perte de la majorité absolue à l’Assemblée, un coup dur pour Emmanuel Macron
Par Olivier Faye, Alexandre Lemarié
La constitution d’un nouveau groupe axé sur l’écologie et le social fait descendre La République en marche sous la barre symbolique des 289 députés.
Ils refusaient de croire à un tel scénario. Fin 2019, alors que les députés continuaient de quitter les uns après les autres le groupe macroniste à l’Assemblée nationale, un cadre de La République en marche (LRM) s’alarmait, sous le couvert de l’anonymat : « En cas de perte de la majorité absolue, les médias titreront “la fin du pouvoir Macron”. Ce n’est pas possible ! » L’hypothèse semblait tellement catastrophique aux yeux du président du groupe LRM, Gilles Le Gendre, qu’il ne voulait pas l’envisager. « Arithmétiquement, c’est toujours possible, mais je n’en vois pas le risque », assurait-il, en octobre 2019, avant d’affirmer : « L’érosion a eu lieu il y a quelque temps, mais elle est finie. »
La prédiction ne s’est pas vérifiée : mardi 19 mai, le parti présidentiel est descendu sous la barre symbolique des 289 députés, qui lui permettait, depuis trois ans, de disposer à lui seul de la majorité absolue. Sept de ses membres sont partis constituer un nouveau groupe − le neuvième au Palais-Bourbon, un record − baptisé « Ecologie, démocratie, solidarité ». Arrivés triomphants à l’Assemblée nationale en 2017, avec un effectif de 314 membres, les députés LRM ne sont plus aujourd’hui que 288.
Lors d’une conférence de presse en ligne, mardi matin, les dix-sept députés à l’origine de ce nouveau groupe ont mis en avant leur volonté d’œuvrer au « monde d’après » en allant « plus loin et plus vite » sur les thématiques de l’environnement et du social. « Nous voulons apporter au débat un nouvel élan dans la méthode et les idées », a expliqué Matthieu Orphelin, en vantant un collectif transpartisan « petit mais costaud ». Ce proche de Nicolas Hulot le codirigera avec Paula Forteza, proche de Cédric Villani, également inscrit. Les « marcheurs » Aurélien Taché, Guillaume Chiche et Emilie Cariou, issus du Parti socialiste, y figurent également.
Ligne jugée « trop à droite »
Ce nouveau groupe, qui se veut « positif » et de « proposition », sera inscrit en « groupe minoritaire » à l’Assemblée. Une manière de ne se situer ni dans la majorité ni dans l’opposition. « Si le président de la République lance un troisième temps du quinquennat qui répond à nos priorités, nous le validerons. En revanche, si cela percute les priorités de notre groupe, nous nous opposerons », a expliqué M. Chiche.
Aurélien Taché a mis en garde sur le risque de voir le Rassemblement national l’emporter à la présidentielle. « Si nous n’avançons pas et si nous n’avons pas des résultats très vite, malheureusement, en 2022, les Français risquent de faire le choix du pire. »
« LA CRÉATION D’UN GROUPE AXÉ SUR L’ÉCOLOGIE ET LE SOCIAL MONTRE QUE LE PRÉSIDENT NE RÉPOND PAS COMPLÈTEMENT AUX ASPIRATIONS DE SON PROPRE CAMP SUR CES SUJETS », ESTIME BRUNO CAUTRÈS, POLITOLOGUE ET CHERCHEUR AU CEVIPOF
Tous ont été élus en 2017 sous l’étiquette macroniste, à l’exception de l’ex-ministre PS de l’écologie Delphine Batho. Tous se montrent mal à l’aise avec la ligne impulsée par l’exécutif depuis le début du quinquennat, jugée « trop à droite ». Mme Cariou a présenté la création du nouveau groupe comme « des retrouvailles » avec les « valeurs » originelles du macronisme. « Aucun de nous ne trahit ses engagements de 2017, c’est plutôt la majorité qui s’en est éloignée », a tranché le député du Rhône, Hubert Julien-Laferrière, issu de LRM. Une remise en cause claire de l’action du chef de l’Etat. « Cela ne va pas empêcher l’exécutif de trouver des majorités, mais ce sera au prix d’une plus grande écoute de ses alliés du MoDem et d’Agir. Le problème est davantage pour l’image d’Emmanuel Macron. La création d’un groupe axé sur l’écologie et le social montre que le président ne répond pas complètement aux aspirations de son propre camp sur ces sujets », estime Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Cevipof.
Officiellement, cette annonce est accueillie avec sérénité par l’exécutif. « Il y a une part de symbolique, certes, mais cela a une incidence assez mineure : ces derniers mois, sur nombre de votes, la majorité d’entre eux n’avaient pas suivi la ligne du groupe », minimise Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement. De son côté, le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, a renvoyé cet événement à de simples « tribulations de la vie parlementaire » qui seraient à ses yeux « anecdotiques ». « La majorité LRM-MoDem est large et solide. Elle n’a jamais fait défaut au président et au premier ministre, et la réciproque est vraie, estime-t-on dans l’entourage d’Edouard Philippe. Tout est une question de loyauté, tant vis-à-vis du président que des électeurs de juin 2017. Chacun jugera. »
« Méthode Coué »
Mais d’aucuns reconnaissent que le coup porté par ces défections n’a rien d’anodin. « Dire que c’est anecdotique, comme l’a fait Richard Ferrand, c’est la méthode Coué », relève un député resté chez LRM. « Ce n’est jamais positif pour une majorité, on ne va pas raconter de salades », ajoute une ministre, rappelant qu’il « est rarissime que le parti majoritaire perde sa majorité absolue ». Cela avait été le cas pour le Parti socialiste lors du quinquennat précédent, quand François Hollande avait eu à gérer la « fronde » d’une partie de sa majorité. « La République en marche est un mouvement politique qui s’est formé sans base philosophique et historique. Forcément, ce parti est plus chahuté que les autres, car il est composé d’élus soit sans formation soit venant du PS, ce qui n’est pas la meilleure école de cohésion… », sourit un visiteur du soir de M. Macron.
Le chef de l’Etat aurait-il découvert ses frondeurs, reproduisant ainsi le modèle honni de François Hollande ? « Ces deux périodes ne sont pas comparables : lors du précédent quinquennat, les fractures à l’œuvre étaient très profondes. Au sein du Parti socialiste, on avait des gens qui ne pensaient plus la même chose sur des sujets fondamentaux. La question des frondeurs était plus massive et plus profonde », veut croire le délégué général de LRM, Stanislas Guerini.
Aux yeux de certains, cette efflorescence de groupes doit néanmoins amener la majorité à s’interroger sur sa stratégie, alors que M. Macron promettait durant sa campagne présidentielle de former des « majorités de projet » en allant chercher des soutiens différents en fonction des textes défendus. « Cet émiettement n’est pas fondé sur des positions politiques extrêmement affirmées. La question de fond c’est de savoir si le fonctionnement de la majorité peut changer. Y a-t-il la capacité à faire exister des débats et à ce qu’ils débouchent sur des positions politiques ? », interroge l’ex-président de l’Assemblée François de Rugy, qui a retrouvé sa place au sein du groupe LRM après avoir quitté le gouvernement à l’été 2019.
« La situation nécessite de renforcer le dialogue avec la majorité », reconnaît M. Fesneau. Une donnée qui risque dans tous les cas de ne pas peser bien lourd au moment de retourner devant les électeurs en 2022, tant la Ve République procède du chef de l’Etat. Amusé, un député souligne : « Il est parfois dit que les frondeurs du PS ont été sanctionnés dans les urnes en 2017. Mais ceux qui sont restés fidèles aussi. »
LE PORTRAIT - Jacques Rocher, arbre généalogique
Par Gilles Renault - Libération
Fils du défunt magnat de la cosmétique, l’industriel milite pour la nature, à travers un festival photo qui entend exister cet été 2020.
La liaison tout juste établie, c’est le chant des oiseaux qui tient lieu de générique, telle une profession de foi. Extérieur jour. En arrière-plan, la pierre granitique, en partie gagnée par la végétation, du manoir du XVe siècle, depuis lequel le maître de céans donne audience sans apprêt. Assis devant une table en bois avec, posé dessus, un carnet sur lequel il prendra quelques notes, Jacques Rocher consent à se raconter, non sans avoir préalablement hésité. Une occurrence pas si fréquente, alors que ce ne sont pourtant pas les prétextes qui manquent : fils de (Yves Rocher, apôtre et tycoon de la cosmétique végétale), industriel vertueux (oxymore ?) féru d’environnement, maire réélu mi-mars, sans opposant («à vaincre sans peine…», dit-il en souriant lucidement) de La Gacilly, bourg du Morbihan à la rugosité coquette et berceau d’une saga patriarcale scellée par un chiffre d’affaires annuel supérieur à 2 milliards d’euros et une présence dans environ 115 pays, et père du festival photo précisément né au même endroit, à l’orée du XXIe siècle.
Mais le clan s’en est toujours tenu à une forme de réserve naturelle (une consœur parlera de «goût de la discrétion» hérité d’une «éducation catholique mâtinée de jansénisme») peu compatible avec les épanchements. Sauf à saisir le bon motif. Comme la perspective que ledit festival puisse exister cet été, devenant de la sorte une oasis dans l’océan d’annulations qui s’apprêtent à transformer la saison, d’ordinaire florissante, en reg culturel.
«La photographie a indéniablement un rôle à jouer dans un monde qui a aussi besoin de poésie», pose Jacques Rocher, regard azuréen derrière de fines lunettes, encore ému par le souvenir adolescent de virées matutinales pour contempler la saison des amours batraciennes dans les marais alentour. «Car les artistes restent des éclaireurs, capables de montrer la beauté comme la dureté», enchérit celui qui ne se revendique pas photographe lui-même mais apprécie Cartier-Bresson et l’école humaniste française. En 2004, il a lancé ce rendez-vous excentré, à la fois gratuit et ambitieux, localisé en plein air, dans l’espace public. De sorte que, chaque année, entre venelles, sentes, jardins et boqueteaux, afflue une cohorte d’amateurs plus ou moins éclairés, sensibles à une thématique qui, rétive à la mièvrerie possiblement contemplative, a su acquérir un crédit fondé.
Adoncques, voici que, focalisée sur l’Amérique latine, la 17e édition claironne vaille que vaille son intention de ressortir les cimaises. Avec juste un peu moins d’expositions («17 ou 18, au lieu des 25 prévues»), un démarrage différé de quelques semaines (prévue début juin, l’ouverture devrait se faire courant juillet) et, fatalement, une atmosphère différente de la flânerie bucolique qui d’ordinaire prévaut. «Nous sommes en train de plancher sur un circuit adapté aux directives, précise l’organisateur, en repensant le cheminement, l’espacement entre les accrochages, avec aussi une signalétique affinée et, bien sûr, l’accent mis sur la prévention, à défaut de placer un gendarme derrière chaque visiteur.»
Jusqu’à présent, La Gacilly a réussi à passer entre les gouttes de la pandémie planétaire. Aucune victime à déplorer, pas même parmi les quelque 156 pensionnaires du Laurier vert, la maison de retraite locale. Pour autant, l’élu reste sur le qui-vive, d’autant plus conscient de la sourde menace qu’il a lui même connu l’embuscade : «De retour d’un déplacement à New York, en février, j’ai été malade comme un chien et j’en suis sorti tout cabossé, sans être testé pour autant. En revanche, âgé de 3 mois, le plus jeune de mes deux petits-enfants, lui, a officiellement contracté le virus et il a dû rester une semaine en observation au CHU de Rennes.» Ainsi, Jacques Rocher qualifie-t-il en connaissance de cause l’époque d’«anxiogène, tant sur le plan sanitaire qu’économique». Sans pour autant prononcer une philippique contre un gouvernement auquel il reproche juste du bout des lèvres d’avoir sans doute «manqué de vigilance et d’anticipation», mais même pas d’avoir décidé de maintenir à tout prix le premier tour des municipales, laissant les bonnes volontés se dépatouiller in situ avec «une gestion opérationnelle extrêmement compliquée».
Maire pendant près d’un demi-siècle du village où il bâtit sa légende (dans un grenier), puis son empire (dans les usines qui continuent de faire vivre le territoire), Rocher père portait un brassard «divers droite». Admiratif de ce que le coryphée a «réussi à construire à force d’atypisme tenace», le benjamin de ses trois fils, qui lui a succédé en 2008, préfère pour sa part rouler «sans étiquette», assurant, ès qualités de chef d’entreprise, «ne pas vouloir mélanger les genres». Jusqu’à ne concéder qu’une sympathie de principe aux Verts dont, échaudé par les dissensions intestines qui ont plus d’une fois sabordé le mouvement, il doute de la capacité à surfer durablement sur la vague.
Pourtant, ça n’est pas faute d’avoir l’écologie chevillée au corps. D’une enfance bretonne marquée par «huit ou neuf années» en internat («la séparation n’est jamais un bon souvenir»), le lecteur de Jean Giono, Victor Hugo et Jack London retient, à rebours d’une société bardée d’écrans et péchant désormais par excès de zèle prophylactique, tout ce temps passé à grimper dans les arbres ou, avec ses deux frères, à capturer des vipères pour fabriquer du sérum antivenin.
Le bac en poche, celui qui épousera Gaëlle, avec laquelle il aura trois enfants, aujourd’hui âgés de 37, 35 et 18 ans, intègre comme il se doit le giron familial. Où, en 1991, il impulse la création de la Fondation Yves Rocher, «engagée pour la biodiversité» et reconnue d’utilité publique. «Favoriser toutes les initiatives possibles» pour, en tant qu’entreprise, permettre à dame nature de ne pas dépérir : telle est donc la vocation, au sein du groupe dirigé par son neveu, du «directeur du développement responsable et de l’environnement». Qui, à la croisée du conte et des comptes, signe ses messages «Jacques le planteur d’arbres» et, de fait, revendique à ce jour plus de 90 millions de spécimens disséminés aux quatre coins du monde.
Ceci expliquant cela, hors confinement qui l’a vu préférer la campagne bretonne à son adresse principale à Boulogne-Billancourt, en bordure de Paris, Jacques Rocher ne tient pas en place, un jour en Ethiopie, l’autre au Brésil, au Togo, en Russie ou au Liban. Au nom d’une croisade si probe qu’on n’a pas eu à cœur de le cuisiner sur son bilan carbone.
1957 Naissance à Rennes.
1991 Création de la Fondation Yves-Rocher.
2004 Festival photo La Gacilly.
2008 Elu maire.
Eté 2020 17e édition du fest
Ressources en ligne : on déconfine les parties fines ?
Par Maïa Mazaurette
L’horizon n’est pas dégagé pour les clubs libertins ou les fêtes échangistes. En attendant leur hypothétique reprise, Maïa Mazaurette, la chroniqueuse de « La Matinale », livre quelques conseils pour aborder le sexe de groupe virtuel.
LE SEXE SELON MAÏA
La sociabilité sexuelle peut-elle survivre aux lenteurs du déconfinement ? La question mérite d’être posée. Car après les théâtres et les restaurants, après les grands festivals, il faudra encore se préoccuper du sort des discothèques, des saunas gays, des fêtes échangistes, des clubs libertins – ces lieux où l’on se touche, où l’on s’embrasse, et dont le rapprochement physique constitue la raison d’être. Limiter ces rassemblements à 10 personnes au maximum ? Si chacune s’embrasse goulûment, on sera bien avancés.
Dans ces conditions, pourquoi ne pas retrouver de la fluidité sexuelle... en consommant directement en ligne ? En déportant nos ébats et orgies sur les plates-formes de vidéoconférence ?
Cette option suscite une grande curiosité. 28 % des Français ont déjà testé le sexe à distance (et 44 % des jeunes, selon l’IFOP/Charles.co) : ils constituent un considérable réservoir de participants potentiels. D’autant qu’après huit semaines en circuit fermé, les couples pourraient avoir envie de nouveauté, sans pour autant briser le lien spécial qui s’est tissé pendant le confinement.
Le sexe de groupe virtuel, pour qui et pour quoi ?
Précisons tout d’abord la proposition : les pratiques en groupe s’étendent du triolisme à l’orgie, en passant par la partie carrée (deux couples). Ces expériences remplaceront-elles une rencontre en chair, en os et en liquide ? Non. Mais elles comportent tout de même des avantages : moins de discrimination sur le physique, moins de discrimination envers les petites villes et les campagnes, moins d’efforts, moins de frais, moins de risques.
Comment ça marche ? Certaines orgies en ligne « professionnelles » (NSFW, Feeld, Killing Kittens, Virtual Purple) divisent l’écran en mini-vignettes – si vous utilisez un smartphone, vous ne verrez pas grand-chose. Notez bien que dans le noir en club, vous ne voyez pas grand-chose non plus... L’excitation se déplace alors vers deux paramètres : l’expérience collective et l’exhibitionnisme. Vous pouvez être vu, observé, désiré. Vous ne saurez pas exactement si c’est le cas, ni par combien de personnes. C’est au croisement de l’intime et du public que surgit le trouble.
Si vous préférez les joies du plein écran, je rappelle l’existence de la bonne vieille plate-forme Chatroulette, qui met en contact deux personnes dans le monde, au hasard... et sur laquelle encore aujourd’hui, on tombe sur des pénis en moins de trois secondes (je viens de tester : vraiment trois secondes).
2. Comment participer ?
Les soirées professionnelles demandent une obole (10 dollars, 20 dollars)... mais ça n’est pas forcément le cas de votre fête sexuelle de quartier. En France, les échangistes se retrouvent essentiellement sur Wyylde.
Une fois que vous aurez trouvé des compagnons de jeu, il faudra pro-té-ger votre identité. J’ai bien conscience de répéter constamment cet impératif, mais si 2020 aura prouvé une chose, c’est que la dystopie nous attend au coin de la rue. Ne vous filmez donc jamais entièrement, et cachez votre visage (dans l’ombre, derrière un élément de décor, derrière un masque ou un bandeau).
Ensuite, mettez-vous dans l’ambiance : habillez-vous joliment, quitte à vous déshabiller au bout de trois minutes. Préparez une atmosphère appropriée à la maison. Choisissez une musique qui vous inspire. Certains participants vont jusqu’à mettre du parfum. Ces petits efforts permettent de compenser le côté « froid » des écrans : vous ne rangez pas votre chambre pour les autres, mais pour vous-même.
Une fois que la fête commence, pour éviter la cacophonie, les micros seront par défaut en mode « silence » . Mais vous pouvez toujours tchatter... si vous avez les mains libres.
Si vous tchattez, veillez à maintenir les basiques du consentement et de la politesse : dites bonjour, faites connaissance. N’envoyez pas de photos de pénis sans demander la permission (les clubs qui organisent des orgies en ligne l’écrivent expressément). Ne prenez pas de captures d’écran. Ne filmez pas : l’enregistrement pour une consommation personnelle ultérieure est à la fois contre-productif (le moment sera passé, et vous vous en voudrez d’avoir volé des contenus) et dangereux (vous pouvez vous faire capter votre bande passante, ou vous faire voler vos appareils par la suite).
Enfin, si vous participez en duo, préparez le terrain en discutant des détails avant, notamment en ce qui concerne les limites et la jalousie. Si vous n’aimez pas l’expérience, ne vous acharnez pas : déconnectez-vous.
3. En tant qu’organisateur
Envie de créer votre propre événement ? Très bien. Pour commencer, il va falloir trouver une plate-forme, sachant que la plupart d’entre elles refusent la nudité ou même l’emploi de mots vulgaires, sous peine de suspendre votre compte – ce qui peut poser problème pour télétravailler ensuite.
Les organisateurs contournent cette barrière en limitant la publicité concernant leurs événements. Les plates-formes ont en effet d’autres priorités que la surveillance de leurs clients : objectivement, si votre regroupement conserve des dimensions raisonnables, il n’y a aucune raison qu’il soit remarqué.
Etes-vous au bout de vos ennuis ? Pas si vos comptes sont partagés entre plusieurs écrans (vos enfants pourraient tomber sur votre orgie), et pas si des aléas de sécurité informatique conduisent au piratage de vos données ! Pensez donc, pour vos petites réunions, aux solutions WhatsApp et FaceTime, liées à votre numéro de téléphone, donc plus sécurisées.
Quand vous aurez sélectionné votre plate-forme, vous pourrez savoir combien de participants peuvent vous rejoindre. Moins il y en a, plus ils auront de « place » pour s’exprimer – mais moins ils pourront faire preuve de timidité. Le cocktail magique dépend donc de vos invités : sont-ils des libertins confirmés, des débutants, des extravertis ? Certains clubs (mais ça demande un sacré budget) font venir spécialement des performeurs : la sex-party en ligne est agrémentée de shows burlesques, de démonstrations de bondage, etc. Sans aller jusqu’à casser la tirelire, pourquoi ne pas demander à vos participants s’ils ou elles ont un talent particulier ?
Rappelez ensuite les règles énoncées plus haut : courtoisie, discrétion, bonne présentation, interdiction d’enregistrer, pas de dick pics sans permission. Si un(e) invité(e) vous semble susceptible de ne pas respecter ces règles, annulez sa présence. Il est préférable de bannir quelqu’un en amont que de ruiner l’ambiance sur le moment. En virtuel comme en réel, il sera plus difficile d’attirer des femmes : demandez quelles sont leurs préférences, adaptez-vous... et amusez-vous bien !
La distanciation orgiaque vous déprime ? Je compatis. La perspective d’un monde sans saunas ni clubs libertins a quelque chose de triste – et pourtant la disparition des sex-shops, des cinémas porno et des soirées décadentes avait commencé bien avant la pandémie. Ma consœur Emmanuelle Julien, du site Paris Derrière, en faisait le constat en mai 2019 : « Il y a sept ans, la capitale comptait 18 établissements [échangistes]. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 10.» Trop hétéronormés, trop chers, un peu ringards, ces clubs subissaient depuis plusieurs années la concurrence des soirées privatisées, organisées par l’intermédiaire de sites Internet. Saupoudrez cette tendance à l’entre-soi d’une bonne dose de germophobie, et vous verrez apparaître les contours d’un véritable repli (ou du moins, d’un déplacement des expérimentations sexuelles vers d’autres modalités).
Si l’idée d’une sexualité privée de ces plaisirs interlopes vous désole, il faudra soutenir ces petites entreprises à leur réouverture. En donnant de votre personne !
‘SOUTH ON THE NORTH’ A NEW VISUAL STORY BY ‘KATERINA SOKOVA’ {NSFW/EXCLUSIVE EDITORIAL}
Russian art photographer and cinematographer Katerina Sokova and model Maria Kuzmina teamed up for today’s exclusive NAKID feature editorial titled, ‘SOUTH OF THE NORTH‘. Katerina’s concept focuses balance in opposites. A southern hot girl in the frozen north.
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Mort de Michel Piccoli : «Il avait du talent et il aimait mes fesses», confie Brigitte Bardot
Après l’annonce de la disparition de Michel Piccoli, plusieurs artistes ont réagi, dont Brigitte Bardot, qui a tourné avec lui dans «le Mépris».
Par Sylvain Merle et Emmanuel Marolle
Le comédien, décédé à l'âge de 94 ans, avait joué avec les plus grands. Ses rôles dans « Le Mépris », « Les choses de la vie » ou plus récemment « Habemus papam » ont marqué plusieurs générations. Brigitte Bardot, Jane Birkin et Julie Gayet rendent hommage à « un homme qui n'avait pas de limites ».
«Les derniers embruns de la Nouvelle Vague l'ont emporté»
Brigitte Bardot, qui a tourné avec lui dans «le Mépris»
« Il avait du talent, de l'humour, et il aimait mes fesses », a confié Brigitte Bardot, dans un communiqué adressé à l'AFP, après l'annonce de la mort de Michel Piccoli, son partenaire dans « le Mépris », de Jean-Luc Godard, en 1963. Dans une scène mythique du film, la comédienne allongée nue sur un lit, demandait à l'acteur : « Tu les trouves jolies mes fesses? » « Nous avons interprété « le Mépris », mais partagé une grande estime réciproque, a ajouté BB. Les derniers embruns de la Nouvelle vague l'ont emporté, me laissant seule sur la plage abandonnée. »
«Les enfants l'appelaient Baba Yaga»
Jane Birkin, qui a tourné avec lui dans «la Belle Noiseuse»
« C'était un homme impeccable droit, exemplaire. Une des rares personnes qui avaient accepté de se mobiliser pour Sarajevo et Médecins du monde à l'époque de la guerre en ex-Yougoslavie. C'était un compagnon élégant sur le film de Jacques Rivette « la Belle Noiseuse » (1991), un ami depuis des années. Et il était extraordinairement drôle. Les enfants, les siens et les miens, l'appelaient Baba Yaga (NDLR : référence à un personnage de conte russe). Il les faisait rire. Et puis, nous avons fait ensemble les lectures des textes de Serge Gainsbourg sur scène en 2014-2015. Ce qui le chagrinait, c'est que les assurances ne couvraient plus les acteurs comme lui, passé un certain âge. Mais il avait toujours l'envie, l'énergie. »
Julie Gayet, qui a tourné avec lui dans «les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma»
« Il m'a beaucoup appris, se souvient Julie Gayet, qui a tourné avec Michel Piccoli il y a vingt-cinq ans dans les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma, d'Agnès Varda. Il était entier, engagé dans ce métier comme dans la vie, il n'avait pas de limites, était complètement libre. Il considérait par exemple que les agents, qui prennent 10 %, étaient nos macs. Il m'avait lancé : Alors, c'est qui ton mac ? En vieillissant il avait pris cette espèce de grosse voix et parfois, il s'emportait. Les gens autour étaient un peu effrayés et c'était assez drôle parce que lui s'amusait de pouvoir être effrayant. »
«Michel Piccoli était un phare»
Gérard Lanvin, qui a tourné deux films avec lui, «Une étrange affaire» et «le Prix du danger»
« Il reste dans mon cœur, le Michel. » Très discret sur les réseaux sociaux, Gérard Lanvin a tenu à y rendre hommage, ce lundi, à celui avec qui il avait tourné deux films marquants des années 1980, « Une étrange affaire » (1981) et « le Prix du danger » (1983). « Même si nous n'avons tourné que deux fois ensemble et il y a longtemps, je l'ai aimé, ce monsieur, et je ressens une grande émotion de le voir partir. Comme Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo, il avait pour moi un comportement idéal, à la fois populaire et humble, et qui ne s'engageait ni à la légère ni pour se faire voir. Quand j'observais Michel, en tournage ou dans la rue, je me disais que j'aimerais être un homme comme lui. Il était aussi très discret sur sa vie privée. Je ne connaissais que Ludivine, sa femme, à qui je pense d'ailleurs beaucoup aujourd'hui. »
Gérard Lanvin garde d'excellents souvenirs de leurs deux collaborations. Pour la première, il avait 31 ans. « On a eu une complicité d'entrée dans Une étrange affaire, car nous avions des rôles assez particuliers sur la dominance et ce rapport nous a rapprochés. Il n'allait pas forcément vers les gens, mais il était très aimant quand on gagnait sa confiance. Pour tout comédien, Michel était un phare, une référence. C'était quelqu'un de fort, puissant, qui imposait le respect naturellement. J'ai eu la chance de le retrouver deux ans plus tard en Yougoslavie pour le Prix du danger. Nous étions quatre acteurs confinés dans un hôtel de 1000 chambres pendant deux mois et nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Il était plus âgé mais il agissait comme un pote. Je n'ai revu Michel qu'une seule fois, en 1999, à la terrasse d'un café. Il était avec sa femme et il avait la même jouissance dans l'œil. Son accueil avait été chaleureux. Nous étions simplement heureux de nous revoir. Quand il avait offert son amitié, c'était pour longtemps. »























