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Jours tranquilles à Paris

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23 avril 2020

«QUELQUE CHOSE À DÉVORER» UNE NOUVELLE HISTOIRE VISUELLE PAR «ARINA STARYKH» {NSFW / ÉDITORIAL EXCLUSIF}

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La photographe Arina Starykh  et le mannequin  Oxana se sont  associés pour l' éditorial exclusif NAKID intitulé `` Something To Devour ''.

Qu'est-ce qu'un corps? Perçu par les autres, il peut être un objet de désir sexuel. Dans mon travail le corps est une toile creusée de sa sensualité avec un regard fixe de la caméra. Gisant toujours entouré de fruits et légumes mûrs, ce n'est qu'une partie du décor, prêt à être dévoré. L'ironie est inextricable du corps et se reflète dans les détails sur lesquels j'attire l'attention: une goutte de jus, une brindille de persil. La question ultime est de savoir où se situe la frontière entre non-sexualisation et objectivation irréversible?

Si vous aimez cette histoire visuelle, montrez-leur un peu d'amour, ce n'est qu'un aperçu des choses incroyables qu'ils ont créées - rendez-vous sur leur Instagram ci-dessous pour en savoir plus sur cet artiste génial et soutenir leur créativité et votre inspiration quotidienne en les suivant !

Découvrez plus sur Arina Starykh et leur travail 

https://www.instagram.com/arinabaudelaire/

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23 avril 2020

Le Parisien : L'ÉDITO de Didier Micoine - Compte à rebours

Un déconfinement à la carte, en quelque sorte, avec cette date devenue emblématique du 11 mai, mais des applications qui pourraient être adaptées et différenciées selon les régions, en concertation avec les élus locaux. C’est la piste aujourd’hui privilégiée par Emmanuel Macron, parfaite illustration de son fameux en même temps. Le compte à rebours est enclenché pour la mise en œuvre de ce chantier à hauts risques et sacrément complexe. Alors que les ministres remettaient ce mercredi leur copie en vue du plan global qui doit être annoncé la semaine prochaine par Edouard Philippe, le chef de l’Etat est bel et bien à la manœuvre. Ce mercredi après midi, il était sur le terrain, dans le Finistère, pour échanger avec des agriculteurs et visiter un supermarché de Saint-Pol-de-Léon. Ce jeudi, il dialoguera en visioconférence avec des maires, et pas des moindres : François Baroin, Anne Hidalgo, Gérard Collomb, François Bayrou, Jean-Luc Moudenc, Jean-Claude Gaudin… A ce stade, outre la sempiternelle question des masques ou des tests et le casse-tête des écoles, il reste beaucoup d’inconnues, comme les conditions de circulation entre les régions, ou l’épineuse réouverture des cafés et restaurants. Sur ce point, la pression est forte pour que le président, qui s’entretiendra vendredi avec les professionnels du secteur, annonce des mesures. Mais Macron a tout intérêt à se montrer prudent. Le bilan de la pandémie, notamment en Ile-de-France, reste élevé et des estimations de l’Institut Pasteur indiquent que seuls 6 % des Français devraient avoir été infectés par le virus le 11 mai. C’est peu, et très insuffisant pour éviter le risque d’une deuxième vague épidémique.         

23 avril 2020

Marisa Papen

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23 avril 2020

Reportage : À Guayaquil, les fantômes du coronavirus planent sur la ville

equateur cercueils

CONNECTAS (AMÉRIQUE LATINE )

Dans la deuxième ville d’Équateur, fin mars, 450 corps attendaient d’être pris en charge par les services de la police. Une “crise des cadavres” qui témoigne d’un système de santé dépassé et d’une organisation aussi hasardeuse que parfois corrompue. Sur la plateforme latino-américaine Connectas, une journaliste vivant à Guayaquil raconte.

Lorsque le président [équatorien], Lenín Moreno, a annoncé l’état d’urgence, le 16 mars dernier, nous avons cru naïvement que nous allions pouvoir arrêter à temps ce virus dont nous observions les ravages de loin. À ce moment-là, 58 cas de coronavirus avaient été confirmés [en Équateur] et les deux premiers décès enregistrés. Des chiffres loin de ceux de l’Espagne, qui deux jours plus tôt avait déclaré l’état d’alerte avec 6 391 cas de Covid-19 et 186 décès.

La première victime en Équateur a été une femme de 71 ans, de retour d’Espagne, testée positive au Covid-19 le 29 février, qui s’est ensuite battue contre le virus pendant deux semaines dans l’unité de réanimation de l’hôpital Guasmo, à Guayaquil, avant de mourir. Nous pensions que nous serions en sécurité. Mais ce fut sans doute une erreur de nous comparer à l’Espagne.

Fosse commune

En ce moment, Guayaquil, où j’habite depuis quatorze ans, fait la une de l’actualité internationale à cause de “la crise des cadavres” et de la gestion catastrophique des corps des personnes qui, par dizaines, ont commencé à mourir chez elles.

C’est un symptôme supplémentaire de l’incompétence des autorités et de l’effondrement de notre système de santé. Fin mars, 450 corps attendaient d’être pris en charge par le service de médecine légale de la police. Certes, toutes ces personnes n’étaient pas mortes du Covid-19, mais en raison des symptômes présentés, on peut présumer qu’un grand nombre d’entre elles avaient été contaminées.

Pour parer au plus pressé, le gouvernement et les élus municipaux ont envisagé la possibilité d’ouvrir une fosse commune, une idée qui a suscité un certain malaise et qui a ensuite été écartée par le président. Ce dernier a plaidé en faveur d’enterrements dignes et individuels, tout en laissant cette question en suspens : mais quand ?

Cette fosse commune qui n’a jamais vu le jour répondait à une réalité tragique : de nombreuses personnes ont été abandonnées à elles-mêmes et sont mortes chez elles.

L’Équateur, épicentre régional du virus

Leurs proches ne peuvent pas les pleurer, car ils doivent les enterrer au plus vite afin d’éviter l’odeur des corps en décomposition. C’est d’ailleurs cette raison qui a conduit beaucoup d’entre eux à sortir les morts sur les trottoirs, au risque de contracter le virus mortel.

Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, certains ne peuvent même pas faire leurs adieux, parce que les corps ont disparu. C’est le cas de la famille du chirurgien pédiatrique Rodolfo Vanegas, qui a attrapé le coronavirus à l’hôpital Teófilo Dávila, dans la ville de Machala, et est décédé le 28 mars. Ses enfants ne peuvent faire leur deuil, car personne ne sait où se trouve son corps. Malheureusement, ce n’est pas un cas isolé, selon la plateforme latino-américaine Connectas.

La majorité des personnes qui sont mortes ces derniers jours ne savaient pas si elles étaient infectées par le coronavirus. Avant leur mort, beaucoup  avaient essayé sans succès de contacter la ligne téléphonique d’urgence mise en place le 29 février pour pouvoir faire un test.

Car oui, ce système a également montré ses limites. Bien que l’Équateur soit l’épicentre du virus au niveau régional, [début avril,] seuls 9 019 tests [32 000 au 21 avril] avaient été effectués contre 16 518 au Pérou et 40 735 au Chili.

Guayaquil, une ville chaleureuse

Comment ne pas s’inquiéter quand vous voyez des files d’attente interminables devant les rares laboratoires privés autorisés à effectuer des tests au Covid-19 ? (Il vous en coûtera 80 dollars si l’ordonnance provient d’un médecin public et 120 dollars s’il s’agit d’un médecin privé.) Comment ne pas être saisi par l’angoisse quand vos amis proches vous racontent leur périple à travers les hôpitaux pour être soignés ?

Les journalistes ne sont pas immunisés, et bien qu’il n’y ait pas de décompte officiel du nombre de contaminés, nous savons qu’il y a eu au moins quatre décès [parmi eux]. À cela s’ajoute la frustration de participer à des “conférences de presse virtuelles” où les autorités ne font rien ou presque pour répondre à nos questions.

Guayaquil est la deuxième ville d’Équateur, le principal port du pays et son poumon économique. C’est une ville chaleureuse, où l’on mange bien et où les contrastes sociaux sont énormes. Le coronavirus a certes surtout frappé les pauvres, mais il n’a pas épargné les riches.

Samborondón, qui compte 102 000 habitants et qui est séparée de Guayaquil par un pont, est la ville la plus contaminée par rapport au nombre d’habitants. C’est dans ce Miami miniature que vivent les plus riches, qui ont décidé de traverser le fleuve pour se confiner dans leurs maisons bordées de palmiers.

Passe-droits et corruption

Les vacances d’été, qui avaient commencé fin janvier, avec les voyages à l’étranger, ont été fatales puisqu’elles ont sans doute provoqué un grand nombre de contaminations, même si on ne pourra jamais le prouver.

En pleine urgence sanitaire, toutes sortes de choses inimaginables ont eu lieu. Notamment le blocage de la piste de l’aéroport de Guayaquil, ordonné par la maire, Cynthia Viteri, pour empêcher l’atterrissage d’un vol humanitaire envoyé vide de Madrid pour rapatrier les Européens bloqués par l’arrêt du trafic aérien.

Viteri a justifié sa décision par la présence de onze membres d’équipage et souligné qu’elle voulait protéger la ville, même si deux semaines auparavant elle n’avait rien fait pour empêcher la tenue d’un match de football avec le FC Barcelone, l’équipe la plus populaire du pays.

Cette décision a été à peine contestée par la ministre de l’Intérieur, María P. Romo, qui a profité de l’occasion pour souhaiter un prompt rétablissement à la maire, diagnostiquée en un temps record comme positive au Covid-19.

Dans un tel contexte, il ne manquait plus que la corruption qui, comme toujours, se greffe sur le malheur des autres. L’Institut équatorien de sécurité sociale (IESS), par l’intermédiaire de son ancien directeur général, a voulu passer commande de fournitures médicales pour un montant de 10 millions de dollars (en facturant à l’État les masques N95 12 dollars pièce, alors que leur prix sur le marché est de 1,80 dollar).

Ridicules statistiques

Ce scandale, révélé par les réseaux sociaux et repris par différents médias, a suscité une telle indignation dans le pays que la commande a été annulée. Peut-être notre pays irait-il mieux si les citoyens contrôlaient les dépenses publiques, ou du moins s’ils se faisaient l’écho des dénonciations des journalistes.

Ce qui se passe à Guayaquil et en Équateur pourrait servir d’exemple aux autres pays de la région qui s’étaient peut-être comparés à l’Espagne et à l’Italie, où, malgré la crise, les gens avaient accès aux services hospitaliers.

Nous ne manquons pas d’hôpitaux à Guayaquil : il y a plusieurs hôpitaux privés ainsi que ceux de la Junta de Beneficencia, et trois grands centres hospitaliers publics ont été construits ces dernières années. Guayas, la province à laquelle appartient Guayaquil, compte 5 857 lits sur les 23 803 de notre système national de santé, selon les chiffres de 2018, et on est en train d’en créer davantage. Mais cela ne suffit pas.

Pendant ce temps, le nombre de décès s’envole et les chiffres suscitent de nombreuses interrogations [le nombre de décès a augmenté de 299 % lors des quinze premiers jours d’avril et de 152 % en mars, par rapport à février 2020].

Les statistiques sur le nombre de décès ont commencé à paraître ridicules par rapport au drame [notamment du nombre de personnes décédant à leur domicile] qui se nouait dans le principal port du pays. À tel point que le gouvernement a ajouté, en petits caractères, dans son bilan sanitaire, le nombre de “décès probablement liés au Covid-19”.

Même ainsi, les chiffres “ne rendent pas compte de la situation”, a reconnu le président Moreno, qui a proposé de les rendre plus transparents, aussi douloureux soient-ils. Le pire est encore à venir, et rien qu’à Guayas, foyer de la contagion, les autorités estiment déjà à 3 500 le nombre de décès dus à la pandémie.

Daniela Aguilar

 

23 avril 2020

Milo adhésif rose. Selfies

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23 avril 2020

L’hommage de Kamel Mennour à Peter Beard: «Il n’avait qu’un désir, des oursins et des framboises!»

EXCLUSIF - C’est l’histoire d’un tout jeune passionné d’art et d’une légende de la photographie qui vient de s’éteindre à 82 ans. Elle fut déterminante pour le premier. Après vingt ans de carrière spectaculaire, le galeriste nous la raconte.

Par Valérie Duponchellekamel

Le catalogue de l’exposition «Peter Beard,» la première de la galerie Kamel Mennour en 1999, alors rue Mazarine à Paris. C’est aujourd’hui un «collector». Peter Beard/ Courtesy galerie Kamel Mennour

«RIP Peter Beard. Il était une légende vivante. Un artiste incroyable et si élégant. Il a été ma première exposition de galeriste, mon premier catalogue en 1999 et ma première Fiac en 2000. Je n’étais personne et il était le plus grand. Ma petite galerie au 60, rue Mazarine était trop petite. Le monde entier est venu voir son exposition. Il était là, accueillant tout ses amis, des Rolling Stones à n’importe qui. Il était le même avec tous. Il m’a tant inspiré. Un des plus grands rencontrés dans ma vie».

Figure du marché parisien et force montante du marché international, Kamel Mennour a posté ce message (en anglais) ce lundi 20 avril au matin sur son compte Instagram, dès que l’information de la mort de Peter Beard a traversé l’Atlantique.

Pour Le Figaro, il raconte en exclusivité cette rencontre décrochée contre toute probabilité et qui a lancé sa carrière de tout jeune marchand sans appui ni fortune, une carrière aujourd’hui bien établie (trois espaces à Paris et un à Londres).

«J’ouvre ma première galerie à Paris en 1998. Sans aucun programme, sans rien du tout. J’étais juste un jeune galeriste fantasmé. Je savais que j’étais galeriste, mais sans les outils, sans formation, sans soutien, sans mentor. J’allais voir toutes les Fiac, une par par une. Donc, en 1998, je récupère ce tout petit espace de François Mitaine, un homme inspiré et hors des contingences matérielles (ce galeriste parisien est disparu le 1 er mars 2015, NDLR). Je repeins les murs.»

«Je ne savais pas quoi montrer. J’achetais depuis deux trois ans des livres de photographie et d’art, aux Puces de Vanves. Dont un livre de Peter Beard, The End of the Game, qui m’avait fasciné. Quelle résonance avec ce qui se passe aujourd’hui, la fin d’un monde! L’itinéraire de cet homme qui part au Kenya rejoindre cette faune sauvage et témoigner n’avait rien à voir avec une mode. Il se parlait à lui-même. C’était un sauvage qui parle aux mondes sauvages. Il était brut de décoffrage, même s’il venait d’un milieu extrêmement civilisé. Un funambule de cette société W.A.S.P. des Hamptons qui a besoin d’un saut dans le vide. Il ressent que, dans cette terre africaine, c’est justement la fin d’un monde.»

«Séduit par cet engagement, ce côté énorme de l’aventure, cette gueule aussi formidable qu’il avait, j’essaie de rentrer en contact avec lui. Je vais le voir à New York au printemps. Je me présente, entre insouciance et aplomb, avec de la fraîcheur en fait, comme non pas moi, monsieur Personne, mais comme ‘‘Paris, une ville qui a besoin de pointures comme lui’’, qui n’a pas encore Paris Photo. Le studio-galerie de Peter Beard à Soho était énorme, s’appelait ‘‘’The Time Is Always Now’’. Il était beau, plus que beau, tellement beau que tout le monde, hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux, se retournaient sur son passage».

Vieux matelas et pieds nus

«Il m’a reçu complètement affalé sur de vieux matelas, pieds nus, dans le basement de son studio. De la peinture sur le corps. En train de travailler, de coller, pendant des heures. Il m’oublie, mais reste toujours d’une gentillesse désarmante. Je reste des heures à le regarder, sidéré. Débarque alors le tout New York de l’art, de la mode, de la jet set. Paul Morissey (réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, producteur, monteur et acteur américain, aujoud’hui âgé de 82 ans, il a réalisé des films d’Andy Warhol qui ont fait de lui l’une des figures du cinéma underground américain, NDLR), Naomi Campbell, et toutes les créatures d’une scène stylée et/ou underground.»

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Peter Beard, «larger than life». Une fascination pour l’Afrique sauvage en danger, comme ses espèces menacées. Et le goût des «Diaries», ses journaux intimes composés de photos, de collages, de sang séché et d’écriture cursive. Une formule Peter Beard / Courtesy galerie Kamel Mennour

«Je lui laisse ma carte. Un mois plus tard, il m’envoie un fax. On est fin 1998, c’est l’époque des faxs! Il est venu à Paris, a visité ma toute petite galerie. Il ne m’a demandé qu’une chose: il avait une envie d’oursins! À côté de ma minuscule galerie, il y avait le café Le Mazarin et son étale d’huîtres. Je n’avais jamais mangé d’oursins, je ne savais même pas comment cela se mangeait. Les premiers de ma vie furent donc avec Peter Beard! Cela coûtait monstrueusement cher. Après, il m’avait demandé des framboises! Ce n’étaient pas des caprices de riche, il était assez fou. Il vivait son temps, son moment, sa jouissance, ses envies. On a tout de suite fixé la date de l’exposition ‘‘Peter Beard, 28 pièces, Photographies choisies’’ du 9 décembre 1999 au 28 février 2000. Des photos qu’il adaptait toujours in situ en découpant les tirages, en les recomposant avec ses journaux intimes qui témoignent, comme chacune de ses expositions, de l’instant.»

La rue Mazarine fermée à cause de lui

«Il tenait table ouverte à la galerie. Donnant des rendez-vous au cinéaste expérimental Jonas Mekas, à Mick Jagger, à une foule de célébrités qui ne venaient que pour lui. Un flux constant de visiteurs qui dépassaient de beaucoup l’importance de ma micro-galerie, en face d’un parking, qui avait juste un an d’existence. Surréaliste. Je vivais ce sentiment surréel d’être de l’autre côté des choses, un peu ce sentiment de rêve éveillé que nous vivons tous aujourd’hui avec cette épidémie. Le soir du vernissage, la rue Mazarine a été fermée à cause de nous. Un monde fou. Tout Paris. Le monde interlope de la célébrité, le monde de l’art, un monde bigarré et vivant.»

«Je lui propose assez vite de faire un one man show avec lui pour la Fiac 2000, une figure obligée pour remonter une édition que l’on disait moribonde, alors Porte de Versailles. Il ne savait même pas ce qu’était la Fiac! Il me demande de venir à l’Hôtel du Cap au Cap-Ferrat. J’avais un camion à l’époque en leasing, je faisais tout dans ma galerie, transports et délivrance des œuvres. Je suis donc descendu avec mon épouse Annika en Ford Transit dans cet hôtel au luxe suprême. J’ai compris ce qu’était l’ Hôtel du Cap en arrivant. Je me suis garé à 300 mètres sur la corniche, pour cacher mon camion, du type qui servait alors à faire les marchés.»

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Le premier catalogue d’une toute jeune galerie en 1999, grâce à Peter Beard. C’est aussi lui, par le biais d’un one man show, qui lui ouvre les portes de la Fiac en 2000. Peter Beard / Courtesy galerie Kamel Mennour

«Il m’a accueilli royalement. Notre expo l’avait rendu heureux. Nous avions tout vendu, tout de suite, ce qui m’avait ébloui, mais cela n’était vraiment pas cher. À l’époque, un grand Peter Beard ne valait que 10.000 €! Les prix ont depuis flambé. Il me dit un oui de principe et me donne rendez-vous fin août. J’apprends qu’il est alors, non pas à New York, mais dans le sud, sur le bateau d’un ami. Et qu’il n’a rien fait. Je rappelle début septembre, toujours rien. Fin septembre, toujours rien. Octobre, toujours rien. Là, je me sens mal car c’est notre show qui m’a ouvert les portes de ma première Fiac, alors qu’il fallait dix ans pour y être accepté. Je me suis vu galeriste mort-né, la risée de ma communauté.»

«Et, deux jours avant la Fiac, pas trois, deux, il arrive à la galerie avec un rouleau de photos, ses chaussures complètement ouvertes, lui comme toujours, égal à lui-même et couvert de peinture. On n’avait plus le temps de faire encadrer les photos. Je les ai punaisées, un peu comme fait Wolfgang Tillmans aujourd’hui. Peter Beard trouvait cela très bien, me disait: «C’est comme ça, l’art!» La pauvreté des moyens, le geste, c’est un retour aux sources auquel nous pensons tous aujourd’hui.»

«Dans le stand à côté du mien, il y avait celui de la grande galerie londonienne, la Marlborough Gallery, qui avait un sublime petit tryptique de Francis Bacon qui valait plusieurs millions. Sujet de ce portrait peint? Peter Beard! La galeriste et collectionneuse Agnès B faisait un solo show de Jonas Mekas qui est venu du coup sur mon stand. Et moi, grâce à Peter Beard, je me connectais à tous ces gens, c’était un choc et une chance fantastiques. Il fallait comprendre très vite. D’où mon respect pour eux. Ce sont les artistes qui m’ont mis le pied à l’étrier, m’ont fait rentrer dans ce train de l’art qui partait à toute vitesse...»

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23 avril 2020

La salopette. Photos : Jacques Snap

La salopette from Jacques Snap on Vimeo.

22 avril 2020

Fanny Müller

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22 avril 2020

Hongkong : le camp pro-démocratie en vient aux manifestations virtuelles

Florence De Changy

Privés de rassemblements en raison du virus, des habitants ont détourné un jeu vidéo

HONGKONG - correspondance

Quelle idée plus tentante, par ces temps de confinement quasi planétaire, que de partir planter sa tente sur une île privée, déserte et paradisiaque, peuplée d’animaux plus mignons et serviables les uns que les autres ? C’est l’aventure proposée dans sa dernière version par le jeu Nintendo Animal Crossing : New Horizons, sorti le 20 mars pour la console Switch. A peine débarqué en hydroglisseur sur son île, chaque joueur aménage progressivement les lieux et s’occupe en allant à la pêche ou à la chasse aux papillons, en plantant des tomates ou en coupant du bois pour son feu de camp, auprès duquel il admirera le coucher de soleil ou la voûte céleste…

Mais il n’a pas fallu longtemps aux Hongkongais, privés depuis quelques semaines du droit de rassemblement en raison de l’épidémie de Covid-19, pour détourner ce programme ludique et inoffensif et le mettre au service de leur cause politique.

Au lieu de s’amuser, la plupart des avatars hongkongais ont repris les « armes » et continuent ainsi d’exprimer leurs aspirations démocratiques et leur colère à l’égard des gouvernements chinois et hongkongais, fût-ce de manière virtuelle. « La première chose que l’on fait en arrivant chacun sur notre île, c’est s’habiller en noir [la couleur des manifestants] et de s’équiper des accessoires de manifestation : masque à gaz, casque de chantier… », explique une joueuse fraîchement initiée.

Barricades et parapluies jaunes

Car cette nouvelle version interactive d’Animal Crossing permet l’intégration d’éléments extérieurs (photos, objets…) que d’autres pourront réutiliser à l’aide de codes à partager. Une fois équipé, non pas en vieux campeur mais en courageux manifestant, l’avatar hongkongais militant va s’activer à couvrir son île d’affiches arborant les slogans politiques de la révolte à commencer par « Cinq demandes, pas une de moins » et « Démocratie maintenant, révolution de notre temps ».

Alors que la population hongkongaise s’inquiète depuis des années de l’emprise croissante de Pékin sur ses libertés, la région administrative spéciale de Hongkong a été secouée, de juin à décembre 2019, par un large et virulent mouvement d’opposition au gouvernement local. Ainsi, les îles des révoltés voient fleurir tous les symboles de ces manifestations, notamment les parapluies jaunes, symbole du mouvement du même nom à l’automne 2014.

Sur l’île de Pikapika, aménagée par un trentenaire surnommé « Vice » qui a perdu son emploi depuis sa participation à la grève générale de l’été, toutes les activités offertes par le jeu ont été détournées. Le fond du trou à déchets a été couvert de portraits d’officiels qui se retrouveront ainsi peu à peu recouverts de détritus. Les animaux qui normalement font office d’assistants ou de « G.O. » (gentils organisateurs) ont été recrutés pour participer aux barricades, même si personne n’a encore trouvé le moyen d’introduire des gaz lacrymogènes ou des canons à eau. Quant à la « Nook Cranny », la boutique d’approvisionnement qui existe sur toutes les îles, elle a été déclarée « boutique jaune », ce qui signifie qu’elle sympathise avec le mouvement.

En écho à une coutume cantonaise encore assez vivace à Hongkong, qui consiste à frapper l’effigie de quelqu’un qui vous a fait du mal pour se venger ou lui jeter un sort, certaines îles proposent comme activité à leurs visiteurs de frapper à coup de balai, de filet à papillons, voire de hache, les portraits de Carrie Lam, la chef de l’exécutif de Hongkong, ou de Xi Jinping, le président chinois. Des enterrements des personnalités les plus détestées sont également organisés.

Tant d’impertinence hongkongaise a semble-t-il coûté l’accès au jeu pour les joueurs de Chine continentale. Selon le site spécialisé PingWest, les plates-formes de vente en ligne ont reçu l’ordre d’arrêter d’offrir Animal Crossing : New Horizons, qui resterait toutefois accessible de manière détournée. Les autorités chinoises n’ont pas revendiqué cette interdiction. Mais le premier ministre de Taïwan, Su Tseng-chang, en a profité pour rappeler que « Taïwan n’interdit pas les jeux où l’on ramasse des brindilles et plante des radis. A Taïwan, les joueurs ont toute liberté de se moquer du gouvernement. Jouez autant que vous voulez ! »

L’île de Pikapika a d’ailleurs acquis une telle notoriété qu’elle a récemment fermé pendant vingt-quatre heures pour transformation et agrandissement. « Les visiteurs, y compris de Taïwan, sont sur liste d’attente », nous indique « Vice ». Car chaque île ne peut accueillir que huit visiteurs à la fois, seulement deux fois plus que les restrictions imposées dans la vraie vie à Hongkong, où, en l’absence de confinement, le gouvernement a tout de même interdit les rassemblements de plus de quatre personnes tant en intérieur qu’en extérieur.

Mais, alors que les Hongkongais sont de plus en plus nombreux à s’initier au vrai camping comme alternative au shopping, déconseillé en cette période, Hongkong a vu le nombre de ses vrais visiteurs chuter de 99 % au mois de mars, par rapport à la même période de 2019, avant les manifestations et avant le virus.

22 avril 2020

Hatarakimono : des portraits de travailleurs japonais par K-NARF

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Transformer le Super-Ordinaire en une archive Extra-Ordinaire à destination des générations futures, voilà le credo de K-NARF, artiste français installé depuis plusieurs années à Tokyo. Constituée d’une centaine de portraits de travailleurs japonais en uniforme, sa dernière capsule temporelle, le Project Hatarakimono, témoigne d’un ébranlement du monde du travail et immortalise des métiers voués à disparaître dans un Japon tourné vers l’avenir.

Qu’est-ce que les Hatarakimono et pourquoi avoir décidé de les photographier ?

Ce mot japonais très particulier, difficilement traduisible en français, signifie « bosseur ». Revêtu d’une connotation positive et employé avec un immense respect, le terme désigne avant tout un travailleur acharné, qui peut tout aussi bien être le patron d’une grande entreprise qu’un de ses employés. En étant domicilié au Japon, je me suis rendu compte que je rencontrais tous les jours des hatarakimono. Le chauffeur de taxi, le caissier du supermarché ou la dame de l’ascenseur délivrent tous un service impeccable à la clientèle. Pourtant les Japonais, et moi avec, avons tendance à les croiser sans leur prêter la moindre attention.

Comment avez-vous sélectionné les travailleurs et réussi à les convaincre de prendre la pose vêtus de leur uniforme ? Avec audace ou en y mettant les formes ?

Tout est très codifié au Japon, donc la partie la plus longue et complexe du projet a été de récolter des autorisations. Les travailleurs n’ont pas été difficiles à trouver et ont accepté avec joie de poser. Mais il fallait obtenir l’aval de leur entreprise pour qu’ils libèrent leur employé quelques minutes, juste le temps que je le photographie de face et de profils. Shoko, avec qui j’ai réalisé l’ensemble de ce projet, a été admirable et m’a épaulé dans chacune de ces étapes. Nous travaillons ensemble comme les artistes Jeanne-Claude et Christo, et c’est elle qui a demandé et obtenu les autorisations, même celles que je croyais perdues d’avance, à l’instar du Ministère de la Sécurité Civile qui nous a autorisés à photographier les pompiers.

Les hatarakimono sont-ils encore nombreux au Japon ? Ne sont-ils pas menacés par les nouvelles technologies ?

Le chauffeur de taxi sera remplacé par une voiture sans chauffeur, le caissier sera obsolète face à une caisse automatique et le livreur deviendra peu à peu un drone. La disparition des hatarakimono est malheureusement inévitable. Ce sort est encore plus aggravé par le vieillissement de la société japonaise et une main d’œuvre non renouvelée, les jeunes n’aspirant plus à effectuer les métiers de service de leurs prédécesseurs. Avec Shoko, nous nous sommes même renseignés pour inscrire les hatarakimono auprès de l’UNESCO et assurer leur préservation, mais ils ne peuvent être classifiés en un seul groupe homogène selon les critères de l’institution. D’où l’urgence de réaliser les portraits de ces travailleurs, puis de les conserver pour les exposer dans le futur, dans 25 ans précisément.

Pourquoi attendre 25 ans ?

En 2042, le monde aura bien changé. Nous avons déjà choisi et contacté cinq musées pour présenter notre exposition : l’International Center of Photography de New-York, le British Museum à Londres, le musée Guimet à Paris, le New South Wales Art Gallery à Sydney et le musée Nezu à Tokyo. Ce processus fait partie intégrante de notre projet et nous comptons exposer les réponses des musées, seulement deux reçues à ce jour. Tandis que le musée australien ne comprend pas notre démarche, le musée anglais s’est excusé de ne pouvoir donner suite à notre requête, étant donné que le British Museum ne comporte pas de département photographique.

Pourriez-vous expliquer le processus de développement photographique néo-vintage mis au point par vos soins, la « Tape-O-Graphie » ?

Mon travail photographique s’inscrit dans le mouvement artistique Bricolage crée par l’artiste américain Tom Sachs. J’utilise pour cela des matériaux simples et des outils totalement amateurs, sans grande valeur. Muni de scotch et d’une petite imprimante pour le moins basique, j’imprime mes photographies sur lesquelles j’applique l’adhésif, avant de l’arracher et de contempler les effets des traces sur les impressions. Ce procédé manuel permet de donner un aspect unique à chaque tape-o-graphe grâce aux imperfections qui apparaissent au fil du développement.

Est-ce qu’il y a d’autres facettes de la culture japonaise qui vous intriguent au point de pouvoir vous inspirer ?

Le Projet Hatarakimono a été un travail de longue haleine de presque trois ans, dont deux ans de pures prises de vues et le développement. Nous allons d’abord nous accorder une pause bien méritée, avant d’envisager d’évoquer un thème qui nous interpelle particulièrement, l’utilisation du plastique au Japon. Le pays est tristement le second plus grand consommateur de plastique après les États-Unis, nous aimerions susciter une réflexion sur ce fléau.

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