Photoshoot from Annas Workshops on Vimeo. Anna Johansson
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Mardi 21 avril 2020 - C'est l'évènement de la journée.
Le pétrole a chuté à son plus bas niveau depuis 20 ans.
Avec une chute particulièrement spectaculaire sur le pétrole livrable à court terme.
Pour la première fois de son histoire, le pétrole a même traité à...un cours négatif.
Historique.
Encore une fois.
Mais surtout...technique.
LE CONTEXTE
Vous le connaissez.
Un choc de demande.
Et un choc d'offre.
Choc de demande avec la crise du coronavirus qui a fait chuter la demande mondiale de plus de 30%.
Choc d'offre avec la brillante idée du prince héritier MBS qui a inondé le marché en augmentant la production et en libérant des réserves pour faire plier la Russie et déstabiliser le secteur du pétrole de schiste américain.
CONSÉQUENCE
Il faut écouler le pétrole dont l'Arabie Saoudite a inondé le marché avec un monde qui tourne au ralenti.
Les tankers sont comme les bateaux de croisière : personne ne veut les accueillir, car les stocks sont pléthoriques.
Donc personne ne veut plus de pétrole aujourd'hui.
UN PEU DE TECHNIQUE
Si vous voulez acheter du pétrole livrable immédiatement, c'est gratuit, vraiment (it's not a joke) et vous pouviez même TOUCHER 40$ par baril hier soir !!
Si vous voulez acheter du pétrole livrable dans un mois, il vous coutera 20 $
Si vous voulez acheter du pétrole livrable en novembre, il vous coutera 30 $.
Si vous voulez frimer dans un apéro zoom, vous pourrez dire que le pétrole est en "contango", c'est très pro, cela veut dire que plus la maturité est lointaine, plus le cours est élevé.
ET POURQUOI CELA...
...me direz-vous ?
Et vous avez bien raison de poser la question.
Personne ne veut de pétrole MAINTENANT, mais tout le monde, enfin presque, veut jouer la remontée du pétrole dans quelques mois quand le monde aura recommencé à tourner et les Américains vont tous sortir leurs gros SUV.
Donc maintenant c'est gratuit
Et à terme, c'est plus cher.
Simple.
Simple, mais tout simplement dingue.
Par Nabil Wakim
La chute de la demande due à la pandémie de Covid-19 et le remplissage des stocks ont amené le cours du brut américain à une chute brutale et inédite.
Après près de deux mois de dégringolade continue, le pétrole américain se trouve dans une situation ubuesque : la valeur du baril cotait à New York, lundi soir 20 avril, en dessous de zéro dollar. Autrement dit, les investisseurs cherchant à se débarrasser de leurs barils sont prêts à payer pour trouver preneurs, tellement le marché est saturé. Pour la première fois de son histoire, le cours du baril connaît un épisode de prix dits négatifs. Sur certains contrats spécifiques, le prix du baril est même allé jusqu’à − 37 dollars !
Cette situation paradoxale est le fruit de la crise pétrolière provoquée par deux facteurs : d’abord, la pandémie mondiale due au coronavirus, qui a fait baisser en quelques semaines la demande de 30 %. Mais aussi la rupture de l’alliance entre l’Arabie saoudite et la Russie, qui se sont lancées dans une violente guerre des prix en augmentant leur production pour remporter des parts de marché.
Ce conflit a dégénéré en choc majeur, précipitant les prix du baril de Brent, qui fait référence au niveau mondial, en dessous des 30 dollars. Mais l’objectif des Saoudiens et des Russes était de se débarrasser de concurrents devenus franchement gênants : les compagnies pétrolières du schiste américain, et notamment au Texas. Et sur ce plan, Moscou et Riyad sont en passe de remporter leur pari.
Depuis 2018, les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial, avec plus de 12 millions de barils extraits chaque jour. L’abondance de cette offre faisait peser un risque sur le marché pour les grands pays pétroliers : Russes et Saoudiens se sont donc imposé des quotas pour maintenir les cours du baril à un niveau acceptable pour eux. Cette réduction de l’offre s’est transformée en piège : plus ils réduisaient leur production, plus les Américains produisaient.
Les barils ne trouvent pas preneurs
C’est cette machine qui est aujourd’hui cassée : le monde produit beaucoup plus de pétrole qu’il n’en consomme et le prix du baril s’est effondré. Avec un or noir peu cher, les stocks se sont remplis et les barils ne trouvent pas preneurs – d’autant plus qu’avec les mesures de confinement les déplacements en voiture ou en avion sont réduits au minimum.
« La limite de cet équilibre précaire devait finir par apparaître : c’est chaotique d’avoir un régime concurrentiel et agressif – comme le pétrole de schiste américain – dont le développement est subordonné à un régime de régulation qui lui permet justement de survivre ! », analyse Patrice Geoffron, directeur du centre de géopolitique de l’énergie à Paris-Dauphine.
« Les Etats-Unis, en tant que marché enclavé, ont les plus importants problèmes de stockage », résume l’analyste Jasper Lawler, de London Capital Group : « La demande est tellement inférieure à l’offre que les réserves pourraient déjà avoir atteint 70 % à 80 % de leurs capacités. » « Ce qui se passe, c’est que des tradeurs ou des spéculateurs qui avaient acheté un contrat pétrolier se trouvent dans l’incapacité de le vendre et n’ont pas de lieu pour le stocker. (…) Ou bien cela peut aussi vouloir dire qu’ils sont totalement inexpérimentés dans ce jeu et qu’ils se retrouvent avec un contrat dont le délai expire et dont ils ne comprennent pas complètement le sens », commente le vice-président de IHS Markit, Roger Diwan, sur Twitter. « Il ne faut pas oublier que le pétrole est aujourd’hui d’abord un produit financier, et on en voit les conséquences ! Cela n’a pas toujours de rapport avec la réalité du terrain », rappelle un patron du secteur.
Stocks quasi pleins
Mais même si les stocks sont quasi pleins, la production, elle, continue, car il est techniquement et économiquement complexe d’arrêter un puits. Cette baisse illustre également le fait que les tradeurs ne se satisfont pas des appels de Donald Trump à ce que l’économie reparte : sans reprise réelle des déplacements, la demande en pétrole restera basse. « C’est comme essayer d’expliquer quelque chose de sans précédent, qui semble irréel !, analyse Louise Dickson de Rystad. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que des coûteuses fermetures de sites ou des faillites vont se révéler moins chères pour certains opérateurs, plutôt que de payer des dizaines de dollars pour se débarrasser de ce qu’ils produisent. »
Cette descente aux enfers aura plusieurs conséquences. D’abord, le secteur du pétrole américain fait déjà face à un carnage économique et social. Des dizaines de milliers d’emplois sont en passe d’être détruits et plusieurs milliers d’entreprises sont menacées de faillite à brève échéance. Logiquement, la production américaine va fortement diminuer dans les prochains mois et il y a peu de chances qu’elle retrouve de sitôt son pic de 12 millions de barils atteint.
C’est un pan du projet énergétique de Donald Trump qui s’effondre : le président américain a multiplié les gestes envers le secteur des hydrocarbures depuis son arrivée au pouvoir, en supprimant des réglementations environnementales mises en place par ses prédécesseurs. Son but était d’atteindre la « domination énergétique » des Etats-Unis : il espérait non seulement débarrasser l’Amérique de sa dépendance aux importations, mais aussi exporter des barils pour s’imposer dans le grand jeu pétrolier mondial. L’effondrement du baril américain signe la fin probable de cette stratégie. L’EIA [pour Energy Information Administration, l’agence d’information sur l’énergie] estime que les Etats-Unis vont redevenir dès 2020 importateurs nets de brut.
« L’avril noir du pétrole »
Le pétrole américain pourra-t-il remonter cette pente ? Fin mars, Saoudiens et Russes sont revenus à la table des négociations et ont convenu de coupes massives, avec leurs alliés du cartel OPEP + : ils se sont engagés à réduire leur offre de plus de 10 millions de barils, soit 10 % de la production mondiale. Dans le même temps, plusieurs grandes économies, notamment la Chine, l’Inde, les Etats-Unis et la Corée du Sud, se sont engagées à augmenter leurs réserves nationales, pour soutenir la demande. Un « deal » global obtenu sous la forte influence de Donald Trump, qui a convaincu Vladimir Poutine et Mohammed Ben Salman, le prince héritier saoudien, de revenir à la table des négociations.
Mais cet accord ne s’applique qu’à partir du mois de mai : entre-temps, les producteurs ont continué à pomper furieusement, entraînant les cours dans une dégringolade qui semble infinie. Surtout, il a de grandes chances d’être insuffisant à moyen terme pour rétablir l’équilibre sur un marché totalement instable. « Cette volatilité extrême est très mauvaise pour l’économie mondiale », s’inquiétait mercredi Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prévenait déjà : « Quand on regardera l’année 2020 dans quelques années, on en parlera comme la pire année dans l’histoire du marché pétrolier. Et on appellera ce mois-ci “l’avril noir du pétrole”. »
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Ce matin, le prix du pétrole américain (WTI) est redevenu positif. Hier soir, il ne valait plus rien, côté « zéro » à New York car l’affichage n’est pas prévu pour un prix négatif. Pendant quelques heures, le prix du baril pour livraison en mai s'est effondré, terminant à -37,63 dollars. Une chute amplifiée par l'expiration imminente d'un contrat à terme qui a poussé les investisseurs à s'en débarrasser à tout prix.
En raison de la crise sanitaire, la demande en carburant s’est effondrée et l’on ne sait plus où stocker le pétrole qui s’accumule.
A noter que le baril de Brent de la mer du Nord (référence pour l’Europe) pour livraison en juin s'est affiché à 25,57 dollars en clôture à Londres.
Edgar Morin : « Cette crise nous pousse à nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins masqués dans les aliénations du quotidien »
Dans un entretien au « Monde », le sociologue et philosophe estime que la course à la rentabilité comme les carences dans notre mode de pensée sont responsables d’innombrables désastres humains causés par la pandémie de Covid-19.
Edgar Morin, sociologue et philosophe, à Montpellier (Hérault), en janvier 2019. OLIVIER METZGER POUR « LE MONDE »
Né en 1921, ancien résistant, sociologue et philosophe, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, docteur honoris causa de trente-quatre universités à travers le monde, Edgar Morin est, depuis le 17 mars, confiné dans son appartement montpelliérain en compagnie de sa femme, la sociologue Sabah Abouessalam.
C’est depuis la rue Jean-Jacques Rousseau, où il réside, que l’auteur de La Voie (2011) et de Terre-Patrie (1993), qui a récemment publié Les souvenirs viennent à ma rencontre (Fayard, 2019), ouvrage de plus de 700 pages au sein duquel l’intellectuel se remémore avec profondeur les histoires, rencontres et « aimantations » les plus fortes de son existence, redéfinit un nouveau contrat social, se livre à quelques confessions et analyse une crise globale qui le « stimule énormément ».
La pandémie due à cette forme de coronavirus était-elle prévisible ?
Toutes les futurologies du XXe siècle qui prédisaient l’avenir en transportant sur le futur les courants traversant le présent se sont effondrées. Pourtant, on continue à prédire 2025 et 2050 alors qu’on est incapable de comprendre 2020. L’expérience des irruptions de l’imprévu dans l’histoire n’a guère pénétré les consciences. Or, l’arrivée d’un imprévisible était prévisible, mais pas sa nature. D’où ma maxime permanente : « Attends-toi à l’inattendu. »
De plus, j’étais de cette minorité qui prévoyait des catastrophes en chaîne provoquées par le débridement incontrôlé de la mondialisation techno-économique, dont celles issues de la dégradation de la biosphère et de la dégradation des sociétés. Mais je n’avais nullement prévu la catastrophe virale.
Il y eut pourtant un prophète de cette catastrophe : Bill Gates, dans une conférence d’avril 2012, annonçant que le péril immédiat pour l’humanité n’était pas nucléaire, mais sanitaire. Il avait vu dans l’épidémie d’Ebola, qui avait pu être maîtrisée assez rapidement par chance, l’annonce du danger mondial d’un possible virus à fort pouvoir de contamination, il exposait les mesures de prévention nécessaires, dont un équipement hospitalier adéquat. Mais, en dépit de cet avertissement public, rien ne fut fait aux Etats-Unis ni ailleurs. Car le confort intellectuel et l’habitude ont horreur des messages qui les dérangent.
Comment expliquer l’impréparation française ?
Dans beaucoup de pays, dont la France, la stratégie économique des flux tendus, remplaçant celle du stockage, a laissé notre dispositif sanitaire dépourvu en masques, instruments de tests, appareils respiratoires ; cela joint à la doctrine libérale commercialisant l’hôpital et réduisant ses moyens a contribué au cours catastrophique de l’épidémie.
Face à quelle sorte d’imprévu cette crise nous met-elle ?
Cette épidémie nous apporte un festival d’incertitudes. Nous ne sommes pas sûrs de l’origine du virus : marché insalubre de Wuhan ou laboratoire voisin, nous ne savons pas encore les mutations que subit ou pourra subir le virus au cours de sa propagation. Nous ne savons pas quand l’épidémie régressera et si le virus demeurera endémique. Nous ne savons pas jusqu’à quand et jusqu’à quel point le confinement nous fera subir empêchements, restrictions, rationnement. Nous ne savons pas quelles seront les suites politiques, économiques, nationales et planétaires de restrictions apportées par les confinements. Nous ne savons pas si nous devons en attendre du pire, du meilleur, un mélange des deux : nous allons vers de nouvelles incertitudes.
Cette crise sanitaire planétaire est-elle une crise de la complexité ?
Les connaissances se multiplient de façon exponentielle, du coup, elles débordent notre capacité de nous les approprier, et surtout elles lancent le défi de la complexité : comment confronter, sélectionner, organiser ces connaissances de façon adéquate en les reliant et en intégrant l’incertitude. Pour moi, cela révèle une fois de plus la carence du mode de connaissance qui nous a été inculqué, qui nous fait disjoindre ce qui est inséparable et réduire à un seul élément ce qui forme un tout à la fois un et divers. En effet, la révélation foudroyante des bouleversements que nous subissons est que tout ce qui semblait séparé est relié, puisqu’une catastrophe sanitaire catastrophise en chaîne la totalité de tout ce qui est humain.
« Dans l’inconnu, tout progresse par essais et erreurs ainsi que par innovations déviantes d’abord incomprises et rejetées. Telle est l’aventure thérapeutique contre les virus »
Il est tragique que la pensée disjonctive et réductrice règne en maîtresse dans notre civilisation et tienne les commandes en politique et en économie. Cette formidable carence a conduit à des erreurs de diagnostic, de prévention, ainsi qu’à des décisions aberrantes. J’ajoute que l’obsession de la rentabilité chez nos dominants et dirigeants a conduit à des économies coupables comme pour les hôpitaux et l’abandon de la production de masques en France. A mon avis, les carences dans le mode de pensée, jointes à la domination incontestable d’une soif effrénée de profit, sont responsables d’innombrables désastres humains dont ceux survenus depuis février 2020.
Nous avions une vision unitaire de la science. Or, les débats épidémiologiques et les controverses thérapeutiques se multiplient en son sein. La science biomédicale est-elle devenue un nouveau champ de bataille ?
Il est plus que légitime que la science soit convoquée par le pouvoir pour lutter contre l’épidémie. Or, les citoyens, d’abord rassurés, surtout à l’occasion du remède du professeur Raoult, découvrent ensuite des avis différents et même contraires. Des citoyens mieux informés découvrent que certains grands scientifiques ont des relations d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique dont les lobbys sont puissants auprès des ministères et des médias, capables d’inspirer des campagnes pour ridiculiser les idées non conformes.
Souvenons-nous du professeur Montagnier qui, contre pontifes et mandarins de la science, fut, avec quelques autres, le découvreur du VIH, le virus du sida. C’est l’occasion de comprendre que la science n’est pas un répertoire de vérités absolues (à la différence de la religion) mais que ses théories sont biodégradables sous l’effet de découvertes nouvelles. Les théories admises tendent à devenir dogmatiques dans les sommets académiques, et ce sont des déviants, de Pasteur à Einstein en passant par Darwin, et Crick et Watson, les découvreurs de la double hélice de l’ADN, qui font progresser les sciences. C’est que les controverses, loin d’être anomalies, sont nécessaires à ce progrès. Une fois de plus, dans l’inconnu, tout progresse par essais et erreurs ainsi que par innovations déviantes d’abord incomprises et rejetées. Telle est l’aventure thérapeutique contre les virus. Des remèdes peuvent apparaître là où on ne les attendait pas.
La science est ravagée par l’hyperspécialisation, qui est la fermeture et la compartimentation des savoirs spécialisés au lieu d’être leur communication. Et ce sont surtout des chercheurs indépendants qui ont établi dès le début de l’épidémie une coopération qui maintenant s’élargit entre infectiologues et médecins de la planète. La science vit de communications, toute censure la bloque. Aussi nous devons voir les grandeurs de la science contemporaine en même temps que ses faiblesses.
Dans quelle mesure peut-on tirer parti de la crise ?
Dans mon essai Sur la crise (Flammarion), j’ai tenté de montrer qu’une crise, au-delà de la déstabilisation et de l’incertitude qu’elle apporte, se manifeste par la défaillance des régulations d’un système qui, pour maintenir sa stabilité, inhibe ou refoule les déviances (feed-back négatif). Cessant d’être refoulées, ces déviances (feed-back positif) deviennent des tendances actives qui, si elles se développent, menacent de plus en plus de dérégler et de bloquer le système en crise. Dans les systèmes vivants et surtout sociaux, le développement vainqueur des déviances devenues tendances va conduire à des transformations, régressives ou progressives, voire à une révolution.
« En somme, un minuscule virus dans une ville ignorée de Chine a déclenché le bouleversement d’un monde »
La crise dans une société suscite deux processus contradictoires. Le premier stimule l’imagination et la créativité dans la recherche de solutions nouvelles. Le second est soit la recherche du retour à une stabilité passée, soit l’adhésion à un salut providentiel, ainsi que la dénonciation ou l’immolation d’un coupable. Ce coupable peut avoir fait les erreurs qui ont provoqué la crise, ou il peut être un coupable imaginaire, bouc émissaire qui doit être éliminé.
Effectivement, des idées déviantes et marginalisées se répandent pêle-mêle : retour à la souveraineté, Etat-providence, défense des services publics contre privatisations, relocalisations, démondialisation, anti-néolibéralisme, nécessité d’une nouvelle politique. Des personnalités et des idéologies sont désignées comme coupables.
Et nous voyons aussi, dans la carence des pouvoirs publics, un foisonnement d’imaginations solidaires : production alternative au manque de masques par entreprise reconvertie ou confection artisanale, regroupement de producteurs locaux, livraisons gratuites à domicile, entraide mutuelle entre voisins, repas gratuits aux sans-abri, garde des enfants ; de plus, le confinement stimule les capacités auto-organisatrices pour remédier par lecture, musique, films à la perte de liberté de déplacement. Ainsi, autonomie et inventivité sont stimulées par la crise.
Assiste-t-on à une véritable prise de conscience de l’ère planétaire ?
J’espère que l’exceptionnelle et mortifère épidémie que nous vivons nous donnera la conscience non seulement que nous sommes emportés à l’intérieur de l’incroyable aventure de l’Humanité, mais aussi que nous vivons dans un monde à la fois incertain et tragique. La conviction que la libre concurrence et la croissance économiques sont panacées sociales universelles escamote la tragédie de l’histoire humaine que cette conviction aggrave.
La folie euphorique du transhumanisme porte au paroxysme le mythe de la nécessité historique du progrès et celui de la maîtrise par l’homme non seulement de la nature, mais aussi de son destin, en prédisant que l’homme accédera à l’immortalité et contrôlera tout par l’intelligence artificielle. Or, nous sommes des joueurs/joués, des possédants/possédés, des puissants/débiles. Si nous pouvons retarder la mort par vieillissement, nous ne pourrons jamais éliminer les accidents mortels où nos corps seront écrabouillés, nous ne pourrons jamais nous défaire des bactéries et des virus qui sans cesse s’automodifient pour résister aux remèdes, antibiotiques, antiviraux, vaccins.
La pandémie n’a-t-elle pas accentué le repli domestique et la fermeture géopolitique ?
L’épidémie mondiale du virus a déclenché et, chez nous, aggravé terriblement une crise sanitaire qui a provoqué des confinements asphyxiant l’économie, transformant un mode de vie extraverti sur l’extérieur à une introversion sur le foyer, et mettant en crise violente la mondialisation. Cette dernière avait créé une interdépendance mais sans que cette interdépendance soit accompagnée de solidarité. Pire, elle avait suscité, en réaction, des confinements ethniques, nationaux, religieux qui se sont aggravés dans les premières décennies de ce siècle.
Dès lors, faute d’institutions internationales et même européennes capables de réagir avec une solidarité d’action, les Etats nationaux se sont repliés sur eux-mêmes. La République tchèque a même volé au passage des masques destinés à l’Italie, et les Etats-Unis ont pu détourner pour eux un stock de masques chinois initialement destinés à la France. La crise sanitaire a donc déclenché un engrenage de crises qui se sont concaténées. Cette polycrise ou mégacrise s’étend de l’existentiel au politique en passant par l’économie, de l’individuel au planétaire en passant par familles, régions, Etats. En somme, un minuscule virus dans une ville ignorée de Chine a déclenché le bouleversement d’un monde.
Quels sont les contours de cette déflagration mondiale ?
En tant que crise planétaire, elle met en relief la communauté de destin de tous les humains en lien inséparable avec le destin bio-écologique de la planète Terre ; elle met simultanément en intensité la crise de l’humanité qui n’arrive pas à se constituer en humanité. En tant que crise économique, elle secoue tous les dogmes gouvernant l’économie et elle menace de s’aggraver en chaos et pénuries dans notre avenir. En tant que crise nationale, elle révèle les carences d’une politique ayant favorisé le capital au détriment du travail, et sacrifié prévention et précaution pour accroître la rentabilité et la compétitivité. En tant que crise sociale, elle met en lumière crue les inégalités entre ceux qui vivent dans de petits logements peuplés d’enfants et parents, et ceux qui ont pu fuir pour leur résidence secondaire au vert.
« En tant que crise existentielle, elle nous pousse à nous interroger sur nos vrais besoins, nos vraies aspirations masquées dans les aliénations de la vie quotidienne »
En tant que crise civilisationnelle, elle nous pousse à percevoir les carences en solidarité et l’intoxication consumériste qu’a développées notre civilisation, et nous demande de réfléchir pour une politique de civilisation (Une politique de civilisation, avec Sami Naïr, Arléa 1997). En tant que crise intellectuelle, elle devrait nous révéler l’énorme trou noir dans notre intelligence, qui nous rend invisibles les évidentes complexités du réel.
En tant que crise existentielle, elle nous pousse à nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins, nos vraies aspirations masquées dans les aliénations de la vie quotidienne, faire la différence entre le divertissement pascalien qui nous détourne de nos vérités et le bonheur que nous trouvons à la lecture, l’écoute ou la vision des chefs-d’œuvre qui nous font regarder en face notre destin humain. Et surtout, elle devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat, le secondaire et le frivole, sur l’essentiel : l’amour et l’amitié pour notre épanouissement individuel, la communauté et la solidarité de nos « je » dans des « nous », le destin de l’Humanité dont chacun de nous est une particule. En somme, le confinement physique devrait favoriser le déconfinement des esprits.
Qu’est-ce que le confinement ? Et comment le vivez-vous ?
L’expérience du confinement domiciliaire durable imposé à une nation est une expérience inouïe. Le confinement du ghetto de Varsovie permettait à ses habitants d’y circuler. Mais le confinement du ghetto préparait la mort et notre confinement est une défense de la vie.
Je l’ai supporté dans des conditions privilégiées, appartement rez-de-chaussée avec jardin où j’ai pu au soleil me réjouir de l’arrivée du printemps, très protégé par Sabah, mon épouse, doté d’aimables voisins faisant nos courses, communiquant avec mes proches, mes aimés, mes amis, sollicité par presse, radio ou télévision pour donner mon diagnostic, ce que j’ai pu faire par Skype. Mais je sais que, dès le début, les trop nombreux en logement exigu supportent mal le surpeuplement, que les solitaires et surtout les sans-abri sont des victimes du confinement.
Quels peuvent être les effets d’un confinement prolongé ?
Je sais qu’un confinement durable sera de plus en plus vécu comme un empêchement. Les vidéos ne peuvent durablement remplacer la sortie au cinéma, les tablettes ne peuvent remplacer durablement les visites au libraire. Les Skype et Zoom ne donnent pas le contact charnel, le tintement du verre qu’on trinque. La nourriture domestique, même excellente, ne supprime pas le désir de restaurant. Les films documentaires ne supprimeront pas l’envie d’aller sur place voir paysages, villes et musées, ils ne m’enlèveront pas le désir de retrouver l’Italie et l’Espagne. La réduction à l’indispensable donne aussi la soif du superflu.
J’espère que l’expérience du confinement modérera la bougeotte compulsive, l’évasion à Bangkok pour ramener des souvenirs à raconter aux amis, j’espère qu’il contribuera à diminuer le consumérisme c’est-à-dire l’intoxication consommatrice et l’obéissance a l’incitation publicitaire, au profit d’aliments sains et savoureux, de produits durables et non jetables. Mais il faudra d’autres incitations et de nouvelles prises de conscience pour qu’une révolution s’opère dans ce domaine. Toutefois, il y a espoir que la lente évolution commencée s’accélère.
Que sera, selon vous, ce que l’on appelle « le monde d’après » ?
Tout d’abord que garderons-nous, nous citoyens, que garderont les pouvoirs publics de l’expérience du confinement ? Une partie seulement ? Tout sera-t-il oublié, chloroformé ou folklorisé ? Ce qui semble très probable est que la propagation du numérique, amplifiée par le confinement (télétravail, téléconférences, Skype, usages intensifs d’Internet), continuera avec ses aspects à la fois négatifs et positifs qu’il n’est pas du propos de cette interview d’exposer.
Venons-en à l’essentiel. La sortie du confinement sera-t-elle commencement de sortie de la méga-crise ou son aggravation ? Boom ou dépression ? Enorme crise économique ? Crise alimentaire mondiale ? Poursuite de la mondialisation ou repli autarcique ?
« Après confinement, y aura-t-il un nouvel essor de vie conviviale et aimante vers une civilisation où se déploie la poésie de la vie, où le « je » s’épanouit dans un « nous » ?
Quel sera l’avenir de la mondialisation ? Le néolibéralisme ébranlé reprendra-t-il les commandes ? Les nations géantes s’opposeront-elles plus que par le passé ? Les conflits armés, plus ou moins atténués par la crise, s’exaspéreront-ils ? Y aura-t-il un élan international salvateur de coopération ? Y aura-t-il quelque progrès politique, économique, social, comme il y en eut peu après la seconde guerre mondiale ? Est-ce que se prolongera et s’intensifiera le réveil de solidarité provoqué pendant le confinement, non seulement pour les médecins et infirmières, mais aussi pour les derniers de cordée, éboueurs, manutentionnaires, livreurs, caissières, sans qui nous n’aurions pu survivre alors que nous avons pu nous passer de Medef et de CAC 40 ? Les pratiques solidaires innombrables et dispersées d’avant épidémie s’en trouveront-elles amplifiées ? Les déconfinés reprendront-ils le cycle chronométré, accéléré, égoïste, consumériste ? Ou bien y aura-t-il un nouvel essor de vie conviviale et aimante vers une civilisation où se déploie la poésie de la vie, où le « je » s’épanouit dans un « nous » ?
On ne peut savoir si, après confinement, les conduites et idées novatrices vont prendre leur essor, voire révolutionner politique et économie, ou si l’ordre ébranlé se rétablira.
Nous pouvons craindre fortement la régression généralisée qui s’effectuait déjà au cours des vingt premières années de ce siècle (crise de la démocratie, corruption et démagogie triomphantes, régimes néo-autoritaires, poussées nationalistes, xénophobes, racistes).
Toutes ces régressions (et au mieux stagnations) sont probables tant que n’apparaîtra la nouvelle voie politique-écologique-économique-sociale guidée par un humanisme régénéré. Celle-ci multiplierait les vraies réformes, qui ne sont pas des réductions budgétaires, mais qui sont des réformes de civilisation, de société, liées à des réformes de vie.
Elle associerait (comme je l’ai indiqué dans La Voie) les termes contradictoires : « mondialisation » (pour tout ce qui est coopération) et « démondialisation » (pour établir une autonomie vivrière sanitaire et sauver les territoires de la désertification) ; « croissance » (de l’économie des besoins essentiels, du durable, de l’agriculture fermière ou bio) et « décroissance » (de l’économie du frivole, de l’illusoire, du jetable) ; « développement » (de tout ce qui produit bien-être, santé, liberté) et « enveloppement » (dans les solidarités communautaires).
Vous connaissez les questions kantiennes – Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Qu’est-ce que l’homme ? –, qui ont été et demeurent celles de votre vie. Quelle attitude éthique doit-on adopter devant l’imprévu ?
L’après-épidémie sera une aventure incertaine où se développeront les forces du pire et celles du meilleur, ces dernières étant encore faibles et dispersées. Sachons enfin que le pire n’est pas sûr, que l’improbable peut advenir, et que, dans le titanesque et inextinguible combat entre les ennemis inséparables que sont Eros et Thanatos, il est sain et tonique de prendre le parti d’Eros.
Votre mère, Luna, a elle-même été atteinte de la grippe espagnole. Et le traumatisme prénatal qui ouvre votre dernier livre tend à montrer qu’il vous a donné une force de vie, une extraordinaire capacité de résister à la mort. Sentez-vous toujours cet élan vital au cœur même de cette crise mondiale ?
La grippe espagnole a donné à ma mère une lésion au cœur et la consigne médicale de ne pas faire d’enfants. Elle a tenté deux avortements, le second a échoué, mais l’enfant est né quasi mort asphyxié, étranglé par le cordon ombilical. J’ai peut-être acquis in utero des forces de résistance qui me sont restées toute ma vie, mais je n’ai pu survivre qu’avec l’aide d’autrui, le gynéco qui m’a giflé une demi-heure avant que je pousse mon premier cri, ensuite la chance pendant la Résistance, l’hôpital (hépatite, tuberculose), Sabah, ma compagne et épouse. Il est vrai que « l’élan vital » ne m’a pas quitté ; il s’est même accru pendant la crise mondiale. Toute crise me stimule, et celle-là, énorme, me stimule énormément.
Pour alimenter votre vie de couple, n’hésitez pas à associer votre désir avec des aliments aphrodisiaque qui peuvent stimuler votre libido.
L’ail est aliment qui stimule la circulation sanguine, ce qui favorise l’afflux de sang au niveau des organes sexuels pendant l’acte. c’est l’aliment par excellence.
Le chocolat est un aliment riche en magnésium qui donne de vitalité et il stimule les endorphines dans notre cerveau. Et enfin, le chocolat est riche en tryptophane, un acide aminé précurseur de la sérotonine, l’hormone de la bonne humeur.
L’asperge est un aliment riche en vitamine K et l’acide folique vitamine B9, qui augmente l’afflux sanguin vers les organes qui en ont besoin au moment où les choses sérieuses commencent.
Les huîtres et les fruits de mer en général sont les atouts d’une belle soirée romantique qui se termine au lit.
les huîtres contient de l’histidine, un acide aminé qui aurait la particularité de réchauffer les zones érogènes durant l’acte sexuel. Mission accomplie!
Le clou de girofle, utilisable dans l’art culinaire mais il peut servir à pimenter notre vie sexuelle. Le clou de girofle stimule la circulation sanguine dans le corps et se diffuse dans les organes à vitesse grand V, ce qui booste l’excitation chez l’homme comme chez la femme.
Le gingembre fait partie des aphrodisiaques naturels les plus célèbres. Le gingembre est également réputé pour booster l’afflux sanguin vers les organes génitaux. Ce qui, chez l’homme, se traduit par une érection facilitée !
En résumé : le gingembre est une épice qui peut fortement pimenter nos tête-à-tête avec Monsieur dans la chambre à coucher !
Le safran est l’épice la plus chère au monde. Cette épice est connue par ses vertus stimulantes aussi bien sur le mental que sur l’organisme ! De récentes études sur le safran ont même établi qu’il était aussi stimulant que certaines hormones.
De plus, chez la femme, le safran permet de booster la libido, et de lubrifier les muqueuses vaginales.
L’anis est une épice qu’on utilise pour donner un goût raffiné aux pains maisons, cette épice un aliment aphrodisiaque surtout pour les femmes.
L’anis est riche en anéthol, une molécule assez proche de l’hormone l’œstrogène, responsable de l’excitation chez les femmes.
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Au déjeuner, aujourd’hui, vous prendrez bien nos huîtres pimentées au gingembre, saupoudrées de chocolat accompagnées de champignons shiitaké ? Non ? Cette recette est pourtant uniquement composée d’aliments considérés comme aphrodisiaques (pour mettre toutes les chances de votre côté, décorez l’assiette de bois bandé ou de cornes de rhinocéros). Vous trouvez ces accords indigestes ? Encore faudrait-il ajouter au menu, selon les raccourcis de la presse et certaines études pseudo-scientifiques, la banane, les noix, la pastèque, le régime méditerranéen – une liste sans fin d’ingrédients plus ou moins évocateurs.
Est-ce que ça marche ? Non. Si ça marchait, vous seriez au courant, et les laboratoires ne courraient ni après les pilules bleues ni après les pilules roses. Pourquoi continue-t-on alors à vendre ces poudres de perlimpinpin ? Grâce aux miracles de l’effet placebo. A ce compte-là, autant déposer des cierges à Aphrodite, déesse de l’amour. Ensuite, évidemment, on pourrait arguer que toute nourriture est bonne à prendre : les mets raffinés éveillent logiquement le corps au plaisir. Quant au désir, il se porte mieux quand on n’a pas faim… de même que quand on le désinhibe modérément, par de l’alcool. Vous pouvez donc considérer comme aphrodisiaque l’intégralité de votre frigo, y compris la bouteille de rouge ouverte depuis trois semaines et les restes de jambon-coquillettes. Quoi, ça ne fait pas rêver ? Certes. Et c’est sans doute dans cette aspiration au rêve que se niche le meilleur argument pro-aphrodisiaques : la possibilité d’un désir infiniment et facilement renouvelable, doublé d’une libido débarrassée de toute culpabilité, dont nous perdrions la responsabilité (« c’est pas moi, c’est l’huître »). Face à de telles promesses, la science paraît finalement peu appétissante.
Selon les derniers chiffres de l’observatoire des LGBTphobies, publiés par l’IFOP en mai 2019, 8,9 % des Français sont homosexuels ou bisexuels. Cette minorité a son drapeau depuis 1978 : le fameux arc-en-ciel à six bandes, qui en comptait originellement huit (le rose et le turquoise ont disparu). Ce choix paraît logique : des couleurs bariolées, dont le vaste spectre chromatique représente un vaste spectre d’orientations.
Les choses ne sont cependant pas si simples : il existe aussi des drapeaux asexuel, bisexuel, lesbien, demisexuel, pansexuel, polyamoureux, nudiste, aromantique, queer, trans, non-binaire, genderfluid, bigenre, intersexe, BDSM, cuir… autant de chapelles soucieuses de leur reconnaissance. Et ça se comprend. Mais quid alors du drapeau hétérosexuel ? Eh bien, il y a eu quelques tentatives, mais outre le caractère déprimant des propositions (entre l’alternance de bandes noires et blanches et le triolisme bleu-blanc-rose, le cœur balance), la question se pose de savoir si la norme a besoin d’un signe de reconnaissance. Le débat ne concerne pas seulement les sexualités : les nations ont des drapeaux, mais la Terre n’en a pas (ou du moins aucun qui soit reconnu)
Par ailleurs, dans ce foisonnement d’emblèmes, on notera une constante : à de très rares exceptions près, les bandes des drapeaux sont horizontales. Preuve que si nous ne sommes pas toujours d’accord sur les objets légitimes de désir, nous partageons toutes, tous et toustes une inclination qui est aussi une inclinaison : le sexe avec n’importe qui, n’importe comment… mais par pitié, à plat.