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Jours tranquilles à Paris

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20 avril 2020

Gardez vos distances et vos masques...

distance

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20 avril 2020

Visites en Ehpad, masques, tests… Les principales annonces du gouvernement sur le déconfinement

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Lors d’une conférence de presse fleuve, dimanche, le premier ministre et le ministre de la santé ont dessiné les premiers contours de l’après-11 mai.

Peu de décisions, mais beaucoup de pistes. Lors d’une conférence de presse de plus de deux heures, dimanche 19 avril, le premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la santé Olivier Véran ont précisé les contours de la France de l’après-11 mai. Les Français ne retrouveront « pas tout de suite et probablement pas avant longtemps » leur « vie d’avant » la crise du coronavirus, a averti dimanche Edouard Philippe.

« Nous allons devoir apprendre à vivre avec le virus », a aussi répété M. Philippe, en soulignant que pour l’heure la population française était loin d’être immunisée, qu’aucun traitement n’était reconnu et qu’aucun vaccin n’était a priori attendu avant « mi-2021 » au plus tôt.

En attendant la présentation d’un plan de déconfinement d’ici à la fin avril, que le gouvernement met sur pied avec l’appui du haut fonctionnaire et maire Jean Castex, quelques grands principes ont été esquissés.

Des droits de visites élargis dans les Ehpad dès lundi

Une première mesure, en vigueur tout de suite. Le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé le rétablissement « à partir de » lundi d’un « droit de visite pour les familles » dans les Ehpad, dans des conditions « extrêmement limitées ». « Ce droit de visite, très encadré, pourra s’appliquer dans les mêmes conditions pour les établissements qui accueillent cette fois-ci des personnes en situation de handicap », a précisé le ministre.

Rappelant qu’à l’heure actuelle « 45 % des Ehpad ont signalé au moins un cas de Covid positif sur le territoire », il a précisé que la décision de réorganiser des visites avait été prise après consultation des « sociétés savantes » et des « représentants des organismes de ces établissements pour personnes âgées ».

« Ce sera à la demande du résident, ce sera dans des conditions extrêmement limitées, pas plus de deux personnes de la famille (…), ce sera sous la responsabilité des directions d’établissements qui devront dire à la famille lorsque ce sera possible et dans quelles conditions », a énuméré M. Véran. Il a ajouté « l’impossibilité maintenue d’aller toucher la personne, d’être en contact physique ». « Par contre, il y aura un contact visuel », a-t-il conclu.

Une production étendue de masques grand public, peut-être obligatoires dans les transports publics

La France va bientôt produire « 17 millions » de masques « grand public » par semaine, a affirmé Olivier Véran. Ces masques « répondent à des normes » et permettent de « filtrer les gouttelettes qui contiennent du virus ». « On sait qu’ils garantissent un niveau d’efficacité intéressant », a estimé Olivier Véran.

L’objectif est, selon M. Véran, de pouvoir « équiper les Français qui le souhaiteront ». Pour leur distribution, le ministre a envisagé « un amorçage par l’Etat » et a reconnu qu’il serait « très important de travailler avec les maires, pourquoi pas avec la grande distribution ».

Par ailleurs, le port de ces masques pourrait être rendu « obligatoire » dans les transports publics lors du déconfinement, a ajouté Edouard Philippe.

ministre

Une réouverture partielle des écoles

Rien n’est pour l’instant arrêté, mais le gouvernement réfléchit à une réouverture des écoles « par territoire », en commençant par les zones les moins touchées par le Covid-19, ou bien « par moitié de classe ». « Nous devons travailler sur toutes les hypothèses », a expliqué Edouard Philippe, en précisant qu’il n’y avait « pas de décision à ce stade ».

Le premier ministre a également avancé une troisième hypothèse : « l’utilisation des locaux de façon différente en utilisant des espaces plus larges que de simples classes pour faire cours ». Rien n’est encore tranché, mais pour réussir ce retour à l’école, la « bonne méthode sera progressive », a-t-il répété. « Les écoles n’ouvriront pas partout le 11 mai et ne fonctionneront pas partout dans les conditions dans lesquelles elles fonctionnaient » avant le confinement.

Néanmoins, « nous devons commencer à rouvrir les écoles », a-t-il asséné, notamment parce que « 5 à 10 % » des élèves sont actuellement « privés de tout contact avec l’école » malgré l’enseignement à distance. « C’est dangereux pour la cohésion de la Nation, aujourd’hui et demain. »

L’exécutif espère 500 000 tests par semaine pour le 11 mai

« 500 000, c’est le nombre de tests par semaine que nous souhaitons être en mesure de faire au moment du déconfinement le 11 mai », a annoncé Olivier Véran, précisant que pour l’instant environ 25 000 tests sont réalisés chaque jour, un chiffre « probablement encore un peu sous évalué ».

Ces tests pourraient, selon le ministre de la santé, être réalisés dans les laboratoires de ville, les hôpitaux, mais aussi en « drive » sur des parkings. Une fois un cas positif identifié, une « mécanique » sera enclenchée pour avertir la personne contaminée, mais aussi faire du « tracing », c’est-à-dire identifier et prévenir les personnes ayant été en contact rapproché avec le malade.

Pour les commerces, une réouverture progressive

Les commerces actuellement fermés en raison de la crise sanitaire ne pourront rouvrir à partir du 11 mai que s’ils font respecter les « gestes barrières » et prennent des mesures de « distanciation sociale », a indiqué Edouard Philippe.

« Quel que soit le commerce en question », les files d’attente devront être organisées pour respecter une distance minimale de plus d’un mètre entre les clients, et des mesures comme « la mise à disposition de gel hydroalcoolique à l’entrée du magasin ou juste avant la caisse devront être mises en œuvre », a précisé le premier ministre, qui a appelé à « multiplier les gestes barrières pour diminuer au maximum la circulation du virus et sa vitesse ».

Les cafés et les restaurants resteront en revanche fermés car leur activité « ne permet pas de limiter dans un premier temps la circulation du virus », a-t-il ajouté. C’est « un crève-cœur et une angoisse considérable » pour « tous ceux qui vivent de cette activité », a-t-il concédé. La crise sanitaire va provoquer « la plus forte récession connue en France depuis 1945 », estimée à 8 points de croissance perdus pour l’année 2020, a rappelé M. Philippe.

Recherche d’un traitement : plus de 30 études en France

Plus de 30 études et essais visant à développer des traitements contre le Covid-19 ont été lancés en France, sur un total de 860 dans le monde, a détaillé dimanche la professeure Florence Ader, infectiologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon et responsable d’un de ces programmes de recherche – c’est aussi elle qui pilote le programme Discovery destiné à trouver un antiviral efficace contre le Covid-19.

Avec un total de 1 600 patients déjà inclus dans des essais dans le pays, « la recherche d’un traitement contre le coronavirus est extrêmement active en France », a souligné l’infectiologue, lors de la conférence de presse.

Par ailleurs, les consultations médicales, la vaccination des enfants et les dépistages de cancer ont baissé de façon importante, s’est alarmé dimanche Olivier Véran, appelant les Français à se faire soigner malgré le confinement. « On remarque une baisse inquiétante des dépistages en cancer, une baisse de la vaccination. C’est grave, c’est une situation qui doit nous inquiéter », a ajouté le ministre.

Face à cette situation, son message envers les malades est simple : « Faites vous soigner ! »

Toujours moins de patients hospitalisés. L’épidémie poursuit son ralentissement en France, avec 395 décès supplémentaires en 24 heures (19 718 au total) mais un nombre de patients hospitalisés et en réanimation en reflux. Ainsi, 30 610 personnes sont actuellement hospitalisées, soit 29 personnes de moins que samedi. Une baisse plus faible que ces derniers jours, qu’il faut relativiser, dans la mesure où les sorties sont toujours plus faibles au cours d’un week-end. Aussi, 5 744 patients dans un état grave sont pris en charge en réanimation ; lors de la journée écoulée, 137 nouveaux malades ont été admis dans un de ces services. Le solde reste néanmoins négatif depuis onze jours : on compte 89 patients en moins en réanimation par rapport à samedi. Depuis le début de l’épidémie, 36 578 personnes hospitalisées sont rentrées à leur domicile, 595 au cours des dernières vingt-quatre heures. Et depuis le 1er mars, la France a enregistré 19 718 décès liés au Covid-19, soit 395 décès de plus en une journée. On compte au total 12 069 morts survenus dans les hôpitaux et 7 649 dans les établissements sociaux médico-sociaux.

20 avril 2020

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20 avril 2020

Emily Ratajkowski

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20 avril 2020

Peter Beard, photographe animalier du côté sauvage, décède à 82 ans

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Peter Beard à la librairie Taschen de Paris le 27 novembre 2006. Photo : Jacques Snap.

Voir mes précédents billets sur Peter Beard en cliquant sur le lien suivant :

http://jourstranquilles.canalblog.com/tag/peter%20beard

 

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Lien vers l'article original : https://www.nytimes.com/2020/04/19/arts/peter-beard-dead.html

Appelé «le dernier des aventuriers», M. Beard a photographié la faune africaine à grand risque personnel, et bien dans la vieillesse pourrait faire la fête jusqu'à l'aube. Il était porté disparu depuis 19 jours.

Par Margalit Fox

Peter Beard, un photographe, artiste et naturaliste new-yorkais auquel le mot «sauvage» a été appliqué de manière ronde, à la fois pour ses photographies de défier la mort de la faune africaine et pour ses propres jours très médiatisés - des décennies, vraiment - en tant que amoureux, bavard , homme enclin à la pharmacie dans la ville, a été retrouvé mort dans les bois dimanche, près de trois semaines après avoir disparu de sa maison à Montauk, à l'est de Long Island. Il avait 82 ans.

Sa famille a confirmé qu'un corps trouvé au Camp Hero State Park à Montauk était celui de M. Beard.

Il était atteint de démence et avait subi au moins un accident vasculaire cérébral. Il a été vu pour la dernière fois le 31 mars et les autorités ont procédé à une recherche approfondie à son encontre.

"Nous avons tous le cœur brisé par la confirmation de la mort de notre bien-aimé Peter", a déclaré la famille dans un communiqué, ajoutant: "Il est mort là où il vivait: dans la nature".

L'œuvre la plus connue de M. Beard était le livre «The End of the Game», publié pour la première fois en 1965. Comprenant son texte et ses photographies, il documentait non seulement la romance en voie de disparition de l'Afrique - un endroit prisé depuis longtemps par les colonialistes occidentaux pour ses savanes ouvertes. et le gros gibier abondant - mais aussi la tragédie de la faune en péril du continent, en particulier l'éléphant.

Peter Beard Studio

Plus tard, M. Beard est devenu célèbre pour embellir ses tirages photographiques avec de l'encre et du sang - humain (le sien) ou animal (d'un boucher) - produisant des surfaces complexes, cryptiques et multicouches.

Il était également connu pour les journaux intimes idiosyncrasiques qu'il avait tenus depuis son enfance - assemblages abondants de mots, d'images et d'objets trouvés comme des pierres, des plumes, des billets de train et des coupures d'ongles - et pour les grands, encore plus abondants collages auxquels les journaux intimes ont par la suite donné des ailes.

Mais aussi renommé soit-il pour son travail (il a reçu des expositions personnelles au Centre International de la Photographie à Manhattan, au Centre National de la Photographie à Paris et ailleurs), M. Beard est resté au moins aussi bien connu pour son swashbuckling, très public vie privée.

Même par les normes fringantes de la photographie animalière, son curriculum vitae était un truc de drame, plein d'audace, de danger, de romance et de grands contes, beaucoup d'entre eux étant en réalité vrais. Si M. Beard n'avait pas déjà existé, il aurait très bien pu être le résultat d'une onde cérébrale collaborative de Hemingway, F. Scott Fitzgerald et Paul Bowles.

Il était beau-idole en matinée et, héritier d'une fortune, riche bien avant que ses photographies ne commencent à se vendre pour des centaines de milliers de dollars chacune.

En plus de documenter la faune en voie de disparition de l'Afrique, il a photographié certaines des plus belles femmes du monde dans des séances de mode pour Vogue, Elle et d'autres magazines. Il a eu des romans bien documentés avec beaucoup d'entre eux, dont Candice Bergen et Lee Radziwill , la sœur de Jacqueline Kennedy Onassis.

"La dernière chose qui reste dans la nature est la beauté des femmes, donc je suis très heureux de la photographier", a déclaré M. Beard au journal britannique The Observer en 1997.

Il a découvert un mannequin, Iman, et a filé une fabuleuse légende sur ses origines. Il était marié pour un temps à une autre, Cheryl Tiegs.

il comptait parmi ses amis Andy Warhol, Truman Capote, Salvador Dalí, Mme Onassis, Grace Jones, les Rolling Stones et Francis Bacon, qui a peint son portrait plus d'une fois .

En 1963, il est apparu, nu, dans le film d'avant-garde d'Adolfas Mekas "Hallelujah the Hills!", Un succès critique et populaire au premier Festival du film de New York. Il a rappelé plus tard que "Andy Warhol l'a appelé la première séquence".

Il semblait posséder l'infatigable d'une demi-douzaine d'hommes, et bien dans la vieillesse se délectait régulièrement jusqu'à l'aube, ses escapades devenant de l'eau pour les chroniqueurs de potins du monde entier.

"Peter Beard - gentleman, mondain, artiste, photographe, Lothario, prophète, playboy et fan de drogues récréatives - est le dernier des aventuriers", a déclaré The Observer.

«James Dean a grandi», a déclaré un autre journal britannique, The Evening Standard.

«Le clapet septuagénaire dur à faire la fête», écrit le Daily News de New York.

Il y a eu le temps, par exemple, comme l'a rapporté Vanity Fair en 1996 , que M. Beard, après s'être perché jusqu'à 5 heures du matin dans une boîte de nuit de Nairobi, est sorti le lendemain après-midi d'une tente dans son ranch dans la campagne kenyane, suivi du «quatre ou cinq ”jeunes femmes éthiopiennes qu'il avait ramenées avec lui.

«Nous étions très confortables», a-t-il noté.

Il y a eu le temps en 2013, a rapporté le New York Post, que M. Beard, alors âgé de 75 ans, est rentré chez lui vers 6 heures du matin dans l'appartement de Midtown Manhattan qu'il avait partagé avec sa femme, Nejma Beard, qui était également son agent, après une nuit de délires. .

Mme Beard n'a pas bien voulu rentrer - non pas à cause de l'heure, mais parce qu'il se trouvait que deux prostituées russes étaient en remorque. En réponse, elle a composé le 911, a déclaré que son mari tentait de se suicider et l'a fait envoyer pour un certain temps dans un hôpital local.

«Beard ne fait pas vraiment de l'art pour améliorer la vie du reste d'entre nous», écrivait un critique du Globe and Mail de Toronto en 1998. «Il a créé sa vie flamboyante comme une œuvre d'art.»

Pourtant, malgré tous ses scintillements scintillants, le curriculum vitae de M. Beard a été traversé par l'obscurité. Son art, remarquaient souvent les critiques, semblait hanté par la mort et la perte. Ainsi, parfois, a fait sa vie. Dans les années 1970, un incendie dévastateur a détruit sa maison, ainsi que 20 ans de travail. Dans les années 1990, il a été attaqué et presque tué par l'un des animaux mêmes qu'il avait longtemps travaillé pour sauver

Un fils de mouton noir

De son propre chef, le mouton noir d'une famille illustre, Peter Hill Beard est né à Manhattan le 22 janvier 1938, d'Anson McCook Beard et Roseanne (Hoar) Beard.

Un arrière-grand-père, James J. Hill, connu dans la presse comme «l'Empire Builder», a fondé le Great Northern Railway - allant de Saint-Paul à Seattle - au milieu du 19e siècle. Un beau-père était le magnat du tabac Pierre Lorillard V.

Le père de Peter était associé chez Delafield & Delafield, une maison de courtage de Wall Street; sa mère, a déclaré M. Beard longtemps après, "souffrait d'un manque d'éducation et de la maladie de la conformité".

Après avoir passé une partie de son enfance en Alabama, où son père était en poste dans l'armée de l'air, Peter a été élevé dans l'Upper East Side de Manhattan et de Long Island. Enfant, il a commencé à prendre des photos avec un appareil photo à soufflet Voigtländer que lui avait donné une grand-mère. Il a également commencé à tenir les journaux éclectiques qui deviendraient une marque professionnelle.

Pourtant, ses dons artistiques évidents, at-il dit plus tard, ont été perdus pour ses parents.

"Personne n'a dit:" Vos photos sont bonnes "ou" Vous avez un bon œil "", a déclaré M. Beard à l'émission "Public Eye" de CBS News en 1998. Ce qu'il a dit, a-t-il poursuivi, était: "" Bon passe-temps. Quand allez-vous faire quelque chose qui en vaille la peine? '»

Son avenir semblait prédestiné. Il a été envoyé dans les écoles fréquentées par son père, dont la Buckley School de New York et la Pomfret School du Connecticut.

En 1955, à 17 ans, Peter effectue son premier voyage en Afrique, en compagnie de Quentin Keynes, arrière-petit-fils de Charles Darwin. Bien qu'il ait été poursuivi par un hippopotame en colère qu'il essayait de photographier, il a été frappé. Au Kenya, il a été présenté au dernier d'une génération de chasseurs de gros gibier et est allé tirer - dans les deux sens - avec eux.

Entrant à Yale, il entreprit des études prémédicales mais changea rapidement de cap.

"Il est vite devenu douloureusement clair", a déclaré plus tard M. Beard, "que les êtres humains étaient la maladie." Il est passé à l'histoire de l'art, étudiant avec l'artiste Josef Albers et l'historien de l'art Vincent Scully .

Il est retourné au Kenya l'été après son année junior. Bon nombre des photographies qu'il a prises à l'époque seraient reproduites dans «La fin du jeu».

Après avoir obtenu son diplôme de Yale en 1961, il a signé, selon le souhait de ses parents, un stage avec l'agence de publicité J. Walter Thompson. Mais la vie à flan gris n'était pas pour lui, et il a rapidement fait défection.

En voyageant au Danemark, il a rencontré et photographié Karen Blixen, qui, sous le pseudonyme Isak Dinesen, avait écrit les mémoires de 1937 «Hors d'Afrique», un livre que M. Beard a cité comme une profonde influence. Il a ensuite acheté 45 acres dans la campagne à l'extérieur de Nairobi, jouxtant la ferme de café sur laquelle Mme Blixen avait vécu.

«La fin du jeu», initialement publié par Viking Press, a fait la réputation de M. Beard. Alors que quelques critiques l'ont pris à partie pour son étreinte apparemment non critique de la romance du grand chasseur blanc, la plupart ont loué ses photographies dynamiques et sa thèse saisissante: que les conserves de gibier destinées à protéger les éléphants contribuaient involontairement à leur destruction.

Passant en revue le volume dans The New York Times Book Review en 1965, J. Anthony Lukas a écrit:

«Les portraits des animaux eux-mêmes - vivants, mourants et morts - sont superbes. Ce ne sont pas de «jolis» plans Walt Disney de gazelles sautant à travers les prés ou des perroquets bavardant dans la verdure de la jungle. Les photos de Beard capturent toute la sauvagerie en dents de scie des animaux qui doivent montrer chaque jour qu'ils sont aptes à survivre. »

Les études approfondies de M. Beard sur la faune dans le parc national de Tsavo East au Kenya lui avaient montré que la population d'éléphants là-bas, ayant largement dépassé les disponibilités alimentaires disponibles, mourait de faim par milliers. Se considérant comme un «conservateur», il a plaidé pour l'abattage contrôlé des troupeaux d'éléphants, une position qui, dans les années 1960, avait fait grincer les dents de nombreux écologistes.

"La conservation", a déclaré M. Beard, "est pour les coupables sur Park Avenue avec des caniches et des pékinois."

M. Beard a ramené sa thèse à la maison encore plus clairement dans les éditions ultérieures de «The End of the Game», qui contenait ses photographies aériennes ultérieures du paysage kenyan ravagé. Sur ces images, des squelettes d'éléphants jonchent la terre desséchée comme des fantômes brillants.

Ever-Beckoning Kenya

Bien que M. Beard ait conservé des maisons à Manhattan et à Montauk, il a vécu et travaillé au Kenya pendant de longues périodes. Au milieu des années 1970, marchant dans une rue de Nairobi, il a aperçu Iman. Il lui a présenté Wilhelmina Models, l'agence de New York, et sa carrière est née.

Présentant Iman aux médias américains, M. Beard a joyeusement créé un fantasme impérial: qu'il était tombé sur son troupeau de bovins dans la brousse africaine. En vérité, comme Iman l'a bientôt souligné avec ce qui peut raisonnablement être interprété comme un mélange d'amusement et d'irritation, elle parlait cinq langues, avait été étudiante en sciences politiques à l'Université de Nairobi et était la fille d'un diplomate somalien.

Le premier mariage de M. Beard, avec Minnie Cushing, la fille d'une famille distinguée de Newport, RI, s'est soldé par un divorce, tout comme son deuxième, avec Mme Tiegs, avec qui il était marié dans les années 1980. Il a épousé Nejma Khanum, la fille d'un diplomate afghan, en 1986.

Pour M. Beard, la fin du 20e siècle a été une période particulièrement sombre. En 1977, alors qu'il était à New York, une fournaise au pétrole a explosé à son domicile de Montauk. La maison a été détruite, ainsi que des peintures de Warhol, Bacon et Picasso et des décennies de photographies et de journaux intimes de M. Beard.

En septembre 1996, alors qu'il pique-niquait près de la frontière entre le Kenya et la Tanzanie, il a été attaqué par un éléphant, qui s'est approché de lui, se souvient-il, comme «un train de marchandises».

L'éléphant a passé une défense dans sa jambe, manquant de peu l'artère fémorale. Utilisant sa tête comme un bélier, il a écrasé M. Beard, cassant des côtes et se fracturant le bassin dans au moins une demi-douzaine d'endroits. Au moment où il est arrivé à l'hôpital de Nairobi, selon les informations, il n'avait plus de pouls.

Les médecins l'ont ressuscité, mais des dommages à son nerf optique l'ont rendu aveugle. On lui a dit qu'il ne pourrait plus jamais marcher. Il a finalement retrouvé la vue et la capacité de marcher. Il a subi une nouvelle intervention chirurgicale à New York et a vécu pour toujours avec plus de deux douzaines d'épingles dans le bassin.

Nejma Beard a demandé le divorce au milieu des années 90, mais le couple s'est réconcilié après l'attaque et est resté marié.

Outre sa femme, il laisse dans le deuil une fille, Zara; une petite-fille et ses frères, Anson Jr. et Samuel.

Parmi ses autres livres figurent «Paupières du matin» (avec Alistair Graham), sur les crocodiles; «Peter Beard», un vaste recueil de son travail; et "Les Contes de Zara: Escapades Périlleuses en Afrique Equatoriale."

À mesure que M. Beard vieillissait, les opinions qu'il exprimait librement lors des entrevues semblaient de plus en plus en décalage avec les sensibilités du 21e siècle. Il semblait, à toutes les apparences, être abandonné dans le monde de la veste de dîner et du grand chasseur blanc - un monde qu'il abhorrait et aspirait à la fois - alors que le nouveau siècle passait.

Dans une interview accordée au magazine New York en 2003, par exemple, il a exprimé sa surprise en apprenant que le créateur de mode Tom Ford était gay.

"Mais il a l'air tout à fait normal", a protesté M. Beard, ajoutant: "Je ne suis pas homophobe" et affirmant que Truman Capote "était l'un de mes meilleurs amis".

S'exprimant dans la même interview sur les raisons pour lesquelles il avait décidé d'abandonner l'Afrique après quatre décennies, M. Beard a déclaré: "Les Africains sont les seuls racistes que je connaisse", ajoutant "et c'est parce qu'ils sont primitifs".

En fin de compte, on se souviendra de Peter Beard - l'artiste ou l'hédoniste - est une question ouverte. Peut-être, comme il le savait clairement, ces deux incarnations n'ont pas besoin de s'exclure mutuellement.

Dans «Zara's Tales», écrit pour sa fille, il cite une phrase de «The Marriage of Heaven and Hell», une œuvre de William Blake de la fin du XVIIIe siècle, qui semblait avoir été une pierre de touche pour sa vie et son art. : "On ne sait jamais ce qui est suffisant à moins de savoir ce qui est plus que suffisant."

À ces mots emblématiques, M. Beard a ajouté une pierre angulaire personnelle. "Si vous avez envie de quelque chose de nouveau, quelque chose d'original, en particulier quand ils ne cessent de dire:" Moins c'est plus "", a-t-il écrit, "souvenez-vous que je dis: Trop c'est vraiment très bien ."

Stacey Stowe a contribué au reportage.

Margalit Fox est une ancienne rédactrice principale du bureau des nécrologies du Times. Elle était auparavant éditrice à la Book Review. Elle a écrit les envois de certaines des personnalités culturelles les plus connues de notre époque, dont Betty Friedan, Maya Angelou et Seamus Heaney.

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Cet article a été traduit automatiquement par Google.

Lien vers l'article original :

https://www.nytimes.com/2020/04/19/arts/peter-beard-dead.html

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20 avril 2020

Peter Beard est décédé...

Veruschka in Africa with Peter Beard

20 avril 2020

Coronavirus : l’exode mondial avant le confinement

Par Isabelle Mandraud

Près de 4,5 milliards de personnes sont soumises à un confinement dans 110 pays. Cette situation inédite a été précédée d’une autre étape, aussi exceptionnelle.

Les frontières ont fermé les unes après les autres, les avions sont restés cloués au sol. Du début février à mi-avril, quelque 4,5 milliards de personnes – soit plus de la moitié de l’humanité – ont été soumises à un confinement total dans 110 pays, et le monde s’est figé. Cette situation inédite a été précédée d’une autre étape, tout aussi exceptionnelle, lorsque des millions d’êtres humains à travers la planète ont cherché à regagner leur pays, par leurs propres moyens ou bien par le biais d’opérations de rapatriement.

A l’intérieur des Etats, des millions de citadins, à New York, Paris, Milan, Madrid ou Istanbul, ont décidé de fuir les grandes métropoles dans l’espoir d’échapper à la contagion du Covid-19 et à la complexité du confinement. Des travailleurs saisonniers ou transfrontaliers, bloqués ou contraints de rebrousser chemin, n’ont pas eu ce choix. Des migrants ont été chassés.

En Inde, dès l’annonce du confinement immédiat du pays, le 25 mars, des millions de travailleurs pauvres, privés de leurs revenus journaliers, sont partis à pied rejoindre leurs villages. Ces scènes dantesques ont rappelé à l’écrivaine indienne Arundhati Roy celles de la partition, en 1947, des Indes britanniques, qui a abouti à la naissance du Pakistan.

A l’exception de l’Afrique subsaharienne, où peu de grands mouvements ont été constatés jusqu’à présent, la pandémie de Covid-19 a partout provoqué un exode massif que nul n’avait anticipé. Il existe des projections sur des déplacements de population liés aux conditions climatiques ; des bilans ont été dressés à la suite de catastrophes naturelles ; des cérémonies religieuses ou des fêtes traditionnelles sont l’occasion, en Chine, en Inde ou en Arabie saoudite, de migrations spectaculaires. Cependant, des mouvements simultanés d’une telle ampleur n’avaient jamais été encore observés. « C’est un moment historique », remarque Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CERI-Sciences Po et spécialiste des migrations internationales, qui se dit particulièrement inquiète quant au sort des migrants, « ceux qui fuient déjà une crise ».

« DES EUROPÉENS, INTERDITS D’ENTRÉE DANS DES PAYS, ONT EXPÉRIMENTÉ CE QUE C’EST DE NE PAS ÊTRE LES BIENVENUS. CELA CHANGE LES PERSPECTIVES » (FRANÇOIS GEMENNE, SPÉCIALISTE DES MIGRATIONS)

« Il s’agit d’un mouvement mondial totalement inédit, abonde François Gemenne, spécialiste des migrations, professeur à Sciences Po Paris et à l’université de Liège, en Belgique. Autre élément nouveau, les flux habituels de migration ont été bouleversés. L’exode des ruraux a été remplacé par l’exode des citadins, celui des pays en voie de développement par celui des pays industrialisés. La Tunisie et la Mauritanie ont expulsé des Italiens ; des Européens, interdits d’entrée dans des pays, ont expérimenté ce que c’est de ne pas être les bienvenus. Cela change les perspectives. »

Il est encore trop tôt pour se faire une idée exhaustive de ces mouvements et de leurs répercussions. Mais pour se forger une idée du phénomène, Le Monde a sollicité le réseau de ses correspondants à l’étranger. Sur la base d’éléments collectés entre le début février et le 8 avril (date du déconfinement progressif de la ville chinoise de Wuhan, point de départ de la pandémie), c’est un exode d’avant-confinement hors norme qui se dégage.

Retour par ses propres moyens

La crainte de l’isolement, le besoin de se rapprocher de la famille, ou la perte brutale de revenus ont poussé nombre de ressortissants basés à l’étranger à rentrer dans leur pays, le plus souvent par leurs propres moyens. Entre le 15 mars et le 7 avril, 143 000 Ukrainiens ont ainsi quitté la Pologne, selon les gardes-frontières polonais qui ont évoqué un « véritable exode, à une échelle encore jamais vue ». Ils étaient alors encore 11 000 à espérer un retour, selon l’ambassade ukrainienne à Varsovie.

L’annonce, le 26 mars, de la fermeture des frontières par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a précipité le mouvement. Sur une population estimée à plus de 1,2 million d’Ukrainiens résidant en Pologne avant la crise sanitaire, 12 % ont quitté le pays. Pour la plupart, il s’agit de travailleurs en situation légale : 90 % ont fui les difficultés économiques du secteur de l’hôtellerie et de la restauration après leur mise à l’arrêt.

Plus de 200 000 Roumains ont eux aussi rejoint leur pays depuis le début de la pandémie, selon la police des frontières. Au point que les autorités de Bucarest ont appelé la diaspora à ne pas rentrer avant la fin de l’état d’urgence, prolongé jusqu’au 16 mai, par crainte d’un effet supplémentaire de contagion.

Les effectifs des Danois et des Norvégiens enregistrés sur les listes consulaires à l’étranger ont fondu de moitié. Selon le ministère des affaires danois, ils n’étaient plus que 38 000 le 27 mars, contre 74 000 quelques jours auparavant. Des touristes, surtout, rentrés par leurs propres moyens, à l’instar des 234 000 Norvégiens encore à l’étranger le 12 mars, selon les données des opérateurs Telia et Telenor, qui n’étaient plus que 105 000 le 26 mars. De même, 25 000 à 35 000 Russes, bloqués par la fermeture des frontières, attendaient encore, le 3 avril, de pouvoir rentrer chez eux, en provenance notamment de Thaïlande.

L’AUSTRALIE POURRAIT FAIRE FACE AU PLUS GRAND DÉCLIN DÉMOGRAPHIQUE DE SA POPULATION DEPUIS… 1788.

Même phénomène en Australie, où plus de 280 000 citoyens et résidents permanents ont regagné l’île-continent depuis le 13 mars, sur 1 million vivant à l’étranger, soit 20 % d’entre eux, selon le ministère des affaires étrangères. Ces arrivées ne compensent pas les départs : 260 000 travailleurs temporaires, étudiants et touristes ont quitté le pays depuis le 1er février et 50 000 autres durant les deux premières semaines d’avril.

A ce rythme, selon des projections sur l’année qui font état de 300 000 départs supplémentaires, l’Australie pourrait faire face au plus grand déclin démographique de sa population depuis… 1788, selon un expert cité par The Australian. Le 1er février, le premier ministre Scott Morrison avait prévenu que l’entrée du pays serait dorénavant refusée aux non-Australiens ayant voyagé en Chine. L’interdiction s’est ensuite étendue aux Iraniens, aux Sud-Coréens, aux Italiens, puis à l’ensemble de la planète à partir du 20 mars.

Le gouvernement chilien a annoncé, le 2 avril, le retour de 30 000 de ses ressortissants depuis le 18 mars. En Chine, dans la semaine qui a précédé la quasi-fermeture du ciel chinois, le 29 mars, on comptait 25 000 arrivées quotidiennes. Un chiffre ramené à 3 000 la semaine suivante. En outre, 200 000 étudiants sur 1,6 million résidant à l’étranger sont revenus, selon le ministère de l’éducation (41 000 en provenance des Etats-Unis, 28 000 d’Australie, 22 000 du Royaume-Uni, 11 000 d’Allemagne et de France). Tous ont dû payer leur billet.

Ces retours sont difficiles à quantifier au Venezuela, plongé dans une grave crise politique et économique depuis 2015 et qui a vu 4,3 millions de ses citoyens s’exiler. Mais des Vénézuéliens vivant dans une grande précarité au Pérou, en Equateur et en Colombie sont revenus – 2 153 recensés les 4 et 5 avril. Nicolas Maduro, président contesté, a ensuite annoncé l’arrivée de 5 800 réfugiés en provenance de Colombie.

Plus de 20 000 expatriés Libanais reviennent au compte-gouttes, entravés par la situation de leur pays au bord de la faillite. La situation des Palestiniens est particulière. Depuis mi-mars, la quasi-fermeture des passages entre la bande de Gaza et Israël interdit la sortie de 5 000 travailleurs et commerçants palestiniens. Tandis que 70 000 autres, travailleurs légaux et illégaux de Cisjordanie, sont aujourd’hui bloqués en Israël s’ils veulent conserver leur emploi.

Opérations de rapatriements

Agnès Thierry, une Française installée depuis quatre ans au Vietnam après plusieurs années passées à Hongkong, songeait déjà, avant la pandémie, à rentrer au pays. Elle a brusqué sa décision. « Là-bas, au Vietnam, les écoles sont fermées depuis janvier, les autorités ont bloqué très tôt les frontières, puis elles ont refusé l’entrée des étrangers, la situation est devenue de plus en plus dure », raconte-t-elle.

La difficulté de renouveler son visa tous les trois mois, comme elle le faisait jusqu’à présent, a convaincu cette designer spécialisée dans la céramique de monter, le 27 mars, à bord d’un avion Air France, spécialement affrété – à charge pour les passagers de régler des billets négociés. « Il y a eu deux avions la même semaine, ils étaient pleins à craquer », témoigne Agnès Thierry. Comme elle, près de 150 000 Français – en majorité des touristes – ont ainsi bénéficié de vols spéciaux depuis le 17 mars.

EN POLOGNE, LE GOUVERNEMENT A ORGANISÉ L’OPÉRATION « VOL À LA MAISON », PRÉSENTÉE COMME LE PLUS GRAND PLAN DE RAPATRIEMENT DEPUIS LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Partout, des opérations de rapatriement d’ampleur ont été mises sur pied : 200 000 Allemands coincés à l’étranger ont pu regagner leur pays en l’espace de trois semaines jusqu’au 6 avril, selon le ministère des affaires étrangères (il en restait encore 40 000 en Nouvelle-Zélande, au Pérou et en Afrique) ; 60 000 Italiens ont été évacués par des vols spéciaux ; 9 303 Algériens, selon le ministère de l’intérieur ; 12 000 Brésiliens au 6 avril ; 7 965 Tunisiens à la même date ; 8 432 Mexicains entre le 23 mars et le 3 avril ; 15 000 Turcs, entre mi-mars et début avril ; 14 950 Argentins, entre le 18 et le 30 mars ; 2 400 Norvégiens au 1er avril… La liste est longue. Le 17 avril, la Commission européenne a, pour sa part, évalué à 500 000 le nombre d’Européens rapatriés avec son concours ; tandis que 98 900 autres restent encore bloqués à l’étranger.

En Pologne, après la fermeture des frontières, le gouvernement a organisé, avec la compagnie aérienne nationale LOT, l’opération « Vol à la maison », présentée comme la plus grande opération de rapatriement depuis la seconde guerre mondiale. Entre le 15 mars et le 5 avril, 360 vols et 44 avions mobilisés ont permis de ramener 54 000 Polonais, principalement de Londres (21 000 personnes), de Chicago (3 100), de Bangkok (2 200) ou encore d’Edimbourg (2 000).

Fin mars, 300 000 Britanniques attendaient de pouvoir être rapatriés, ce qui a valu pas mal de critiques au gouvernement de Boris Johnson pour sa lenteur. Le 6 avril, seuls 1 450 Britanniques étaient parvenus à quitter la Tunisie, l’Algérie ou le Pérou, selon des chiffres du Foreign Office. Au 10 avril, environ 5 000 autres étaient censés, à leur tour, avoir réussi à quitter l’Inde. De leur côté, 16 812 Marocains n’ont pas encore trouvé de solution pour rentrer chez eux.

Dans ce paysage chamboulé, seule l’Argentine semble se distinguer. A rebours du mouvement général, 30 000 Argentins ont quitté le pays, le 13 mars, au lendemain d’une allocution du président annonçant le confinement et la fermeture des frontières le 16. Pour quelles destinations ? La question demeure.

Le retour contraint des migrants

La question des migrants est celle qui préoccupe le plus les experts. En Iran, qui figure parmi les premiers foyers de contamination, la situation du million de travailleurs afghans présents dans le pays s’est dégradée. Alors que la République islamique s’est enfoncée dans la crise sanitaire, nombre de ces migrants, qui constituent une main-d’œuvre peu qualifiée souvent victime de discriminations, sont rentrés chez eux. Leur nombre exact n’est pas connu, mais mi-mars l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) faisait état du retour de 140 000 Afghans en provenance d’Iran. Cet afflux, parmi le plus important mouvement transfrontalier causé par la pandémie, laisse craindre le pire dans un pays ravagé par près de vingt ans de guerre et de corruption.

30 000 MIGRANTS ÉTHIOPIENS QUI TENTAIENT DE REJOINDRE L’ARABIE SAOUDITE SE SONT RETROUVÉS PIÉGÉS AU YÉMEN

L’Arabie saoudite, où les travailleurs étrangers constituent un tiers de la population (80 % dans le secteur privé), a renvoyé chez eux des milliers d’Ethiopiens, y compris certains suspectés d’être contaminés par le Covid-19, en affrétant jusqu’à deux vols quotidiens pour Addis-Abeba. Dans les dix premiers jours d’avril, 2 968 travailleurs éthiopiens ont ainsi été ramenés dans leur pays, selon le Financial Times. Des retours « coordonnés », affirment les officiels saoudiens, alors que l’Ethiopie a demandé l’arrêt de ces déportations durant la pandémie. Dans la même période, 30 000 migrants éthiopiens qui tentaient de rejoindre l’Arabie saoudite se sont retrouvés piégés au Yémen.

Pour sa part, Ankara a mis un frein à sa politique délibérée de déplacements de migrants vers la frontière grecque, le 13 mars, où plus de 10 000 personnes campaient selon les estimations. Selon le ministère turc de l’intérieur, 5 800 d’entre eux, pour la plupart des Afghans et quelques Syriens, ont quitté cette zone en bus à destination de centres de confinements dans neuf provinces de Turquie.

Le Mexique a reconduit aux frontières 8 528 Guatémaltèques entre fin janvier et mars, selon l’Institut guatémaltèque de la migration, et expulsé 15 101 Honduriens, d’après le bilan fourni au 8 mars par le ministère des affaires étrangères hondurien. Côté américain, Washington autorise, depuis le 20 mars, les expulsions express – en moins de deux heures – à la frontière mexicaine pour protéger du Covid-19 ses agents. Selon la presse mexicaine, près de 7 000 clandestins mexicains et centraméricains ont ainsi été renvoyés en deux semaines. Au 25 mars, en Thaïlande, ce sont près de 60 000 migrants originaires du Cambodge, du Laos ou de Myanmar, qui ont quitté le pays après la fermeture des commerces.

La fuite hors des villes

C’est un phénomène connu depuis le Moyen Age : les plus aisés, du moins ceux qui en ont les moyens, fuient les villes menacées et confinées lors des grandes pandémies. « Le phénomène “résidence secondaire” – ceux qui partent vite, loin, et qui reviennent tard – a été observé notamment lors de la grande peste de Marseille de 1720 », rappelle Isabelle Seguy, de l’Institut national des études démographiques (Ined). Un véritable mur sanitaire avait alors été constitué du Vaucluse aux Alpes, avec guérites et soldats. « Il fallait des autorisations pour passer », souligne la spécialiste.

Trois cents ans plus tard, les réflexes perdurent. Une scène, en particulier, est restée dans la mémoire des Italiens, celle des trains de nuit pris d’assaut en gare de Milan dans la soirée du 7 mars. Un brouillon du premier décret de confinement de la Lombardie venait de circuler, provoquant le départ massif, en quelques heures, de jeunes travailleurs pressés de rentrer chez eux, dans le Sud. On estime à 100 000 leur nombre ce soir-là.

En Turquie, bien avant le 3 avril, jour de l’annonce des restrictions d’entrée et de sortie dans les 30 plus grosses villes du pays, près de 3 millions de citadins sont partis pour leur village d’origine ou leur résidence secondaire. Plus de 1 million de Stambouliotes ont rejoint leur lieu de villégiature sur la côte égéenne. Entre la mi-mars et le début avril, 125 000 Turcs ont par exemple gagné la ville touristique de Bodrum.

En France, le confinement décrété le 17 mars a engendré de vastes mouvements. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), entre 1,6 et 1,7 million de personnes ont rejoint leur département de résidence. A contrario, Paris intra-muros a perdu 11 % de sa population. Sur la base de ses propres statistiques, l’opérateur Orange estime qu’entre le 13 et le 30 mars, 1,2 million de Franciliens ont quitté la région, soit 17 % de la population du Grand Paris, tandis que celle de l’île de Ré a augmenté de 30 %.

A New York, ce fut aussi la ruée hors de la ville. Début mars, « Big Apple » s’est vidée de nombreux habitants, partis se réfugier dans leur villégiature des Hamptons, à l’extrémité chic de Long Island, à l’est de Manhattan, dans la vallée de l’Hudson, au nord, ou sur les rivages du Maine. Aucun chiffre n’a été rendu public, mais des indicateurs confirment la tendance : les quartiers résidentiels de Manhattan sont moins touchés que d’autres par l’épidémie. La collecte d’ordures y a baissé de 5 %, alors que celle des quartiers pauvres (Queens, Staten Island) a au contraire progressé de 10 %. Cet exode des plus favorisés a été suffisamment important pour que la Maison Blanche s’inquiète d’une propagation du virus à Long Island, moins bien dotée médicalement que New York.

Autre indicateur, à Moscou cette fois. Le vendredi 27 mars au soir, avant le début du confinement annoncé pour le lundi suivant, 750 000 voitures ont quitté la capitale russe, soit une augmentation de 15 % par rapport à la normale.

LE DÉPART DE DIZAINES DE MILLIERS DE MADRILÈNES, LE 13 MARS, A SUSCITÉ UN FLOT DE RÉACTIONS DANS LA PRESSE. DES VILLES ET VILLAGES ONT ÉRIGÉ DES BARRIÈRES POUR EMPÊCHER LEUR ARRIVÉE

En Espagne aussi. Le départ de dizaines de milliers de Madrilènes hors de la capitale, le 13 mars, à la veille du confinement du pays, a suscité un flot de réactions dans la presse sous des titres tels que « ¡ Que vienen los Madrilenos ! » (« Les Madrilènes arrivent ! »), photos d’embouteillages à l’appui. Cette situation a poussé des villes et villages à ériger des barrières pour empêcher leur arrivée. Dans la station balnéaire de Calafell (25 000 habitants), au sud de Barcelone, des blocs de béton ont été installés et des contrôles de police instaurés à l’approche des fêtes de Pâques.

En Australie, des mesures similaires ont été prises pour limiter les déplacements des citoyens d’un Etat à l’autre. La Tasmanie, le Territoire du Nord, le Queensland, l’Australie-Méridionale et l’Australie-Occidentale ont, durant la seconde moitié de mars, mis en place des mesures de contrôles à leurs « frontières ».

Que dire enfin des 5 millions d’habitants de Wuhan, partis juste avant la fermeture de leur ville, le 23 janvier ? Etait-ce pour éviter l’enfermement ou pour tenter, malgré tout, de faire un voyage qu’ils avaient projeté à l’occasion du Nouvel An lunaire ? C’est ici que tout a commencé et que le balancier des déplacements repartira en sens inverse. Ou pas.

20 avril 2020

Libération de ce 20 avril 2020

libé 20 avril

20 avril 2020

Enquête - Comment le regard de l’homme a évolué face aux grandes épidémies

Par Anne Chemin

Dans la Bible comme au Moyen Age, les crises épidémiques étaient considérées comme des châtiments divins. Face au coronavirus, la lecture scientifique, née au XVIIIe siècle, triomphe, mais en remettant au goût du jour un langage métaphorique sur les « signes » d’alerte envoyés par la nature.

Les épidémies sont de redoutables ennemies : le mal est invisible mais il est souvent plus meurtrier qu’un conflit armé – la grippe espagnole de 1918-1919 a fait plus de victimes que la première guerre mondiale. Le coronavirus n’échappe pas à la règle : la « plus petite des créatures de la Terre », selon le mot du philosophe Emanuele Coccia, cloître à domicile la plus grande partie de l’humanité et tue sans crier gare les plus fragiles. Le virus « échappe totalement à notre prise », résume Patrick Zylberman, professeur émérite d’histoire de la santé à l’Ecole des hautes études en santé publique : il peut s’attaquer à n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.

Comment comprendre de tels cataclysmes ? Comment décrypter de telles tragédies ? Les scientifiques du XXIe siècle séquencent des génomes et multiplient les essais cliniques, mais pendant des siècles, les hommes ont eu une tout autre lecture du mal : ils l’ont considéré comme un châtiment divin. « Dès que nous abordons l’une de ces épidémies massives d’où se lève la vision d’une multitude de corps souffrants ou sans vie, nous pénétrons dans une atmosphère de terreur religieuse, plus ou moins alourdie d’un sentiment de culpabilité diffuse », constatait Alice Gervais, en 1964, dans le Bulletin de l’Association Guillaume Budé sur l’Antiquité.

Parce que les grandes épidémies anéantissent subitement des dizaines de milliers de vies, parce qu’elles sont longtemps restées indéchiffrables à des sociétés qui ignoraient tout des mécanismes de la contagion, les hommes leur prêtaient une signification théologique : sous l’Antiquité comme au Moyen Age, ils y ont vu un message des astres, de la nature ou des puissances divines. Les épidémies sont de « grands personnages de l’histoire », selon l’expression de l’historien Bartolomé Bennassar (1929-2018) : elles ont, pendant des siècles, fait l’objet de récits, de croyances, de mythologies et de légendes.

La peste, dès la Bible et « L’Illiade »

Dans la Bible, le IIe livre de Samuel raconte ainsi la punition que le Seigneur inflige à David : parce que le roi d’Israël fait preuve d’orgueil en ordonnant le recensement de son peuple, Dieu lui annonce, par la voix du prophète Gad, qu’il a le choix entre trois châtiments – sept ans de famine, trois mois de fuite devant ses ennemis ou trois jours de peste. « Choisis-en un et c’est de lui que je te frapperai », avertit le Seigneur. David, qui préfère tomber entre les mains de l’Eternel qu’entre les mains des hommes, élit la peste. De Dan à Beersheba, conclut le livre de Samuel, 70 000 hommes perdent la vie.

Dans L’Illiade, l’épidémie qui s’abat sur les Grecs après l’enlèvement, par Agamemnon, de la fille d’un prêtre d’Apollon, est, elle aussi, le signe de la fureur des dieux. Courroucé par le comportement du roi, Apollon envoie la peste chez les Achéens. « Les bûchers funèbres, sans relâche, brûlent alors par centaines », écrit Homère. Dans Œdipe roi, de Sophocle, une peste d’origine divine s’abat sur Thèbes après le meurtre du roi Laïos par son fils Œdipe. « Nulle pitié ne va à ses fils gisant sur le sol : ils portent la mort à leur tour, personne ne gémit sur eux. Epouses, mères aux cheveux blancs, toutes, de partout, affluent au pied des autels, suppliantes, pleurant leurs atroces souffrances. »

Beaucoup d’hommes du Moyen Age ont sans doute ces récits de châtiments divins en tête lorsque la Peste noire débarque en Europe, en 1347. « Du XIVe au XVIIIe siècle, la France connaît quatre siècles de peste quasi ininterrompue, raconte l’historien Patrice Bourdelais, auteur des Epidémies terrassées. Une histoire de pays riches (La Martinière, 2003). La menace revient tous les dix ou vingt ans. Les pertes sont telles que certains villages sont rayés de la carte. » Le quart, voire la moitié des habitants du continent succombent à cette immense pandémie importée par les combattants mongols à partir de 1330.

La maladie frappe indistinctement les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les malades et les bien portants, les riches et les pauvres. Selon l’historien Jean-Noël Biraben, auteur des hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens (Mouton, 1976), tout homme de 25 ans a, pendant l’Ancien Régime, connu la peste au moins une fois dans sa vie. « Les gens mouraient sans serviteur et étaient ensevelis sans prêtre, écrit Guy de Chauliac (1298-1368), le médecin personnel des papes Clément VI, Innocent VI et Urbain V. Le père ne visitait pas son fils, ni le fils son père. La charité était morte et l’espérance abattue. »

Punition des péchés

Dès le début de l’épidémie, le roi de France, Philippe VI, interroge les sommités médicales de son royaume, mais l’université de Paris incrimine la corruption de l’air : nul ne connaît encore le germe de la peste, qui ne sera découvert qu’en 1894 par Alexandre Yersin. « Face à ce fléau, tous les traitements recommandés par les médecins se révèlent inopérants, constatent Stéphane Barry et Norbert Gualde dans « La peste noire dans l’Occident chrétien et musulman » (dans Epidémies et crises de mortalité du passé, Ausonius Editions, 2007). Les hommes de l’Art ne peuvent que constater leur impuissance. »

« LE DISCOURS DE L’ÉGLISE EST ALORS LE SEUL QUI SOIT CAPABLE DE DONNER À UN PHÉNOMÈNE INEXPLICABLE UNE SIGNIFICATION D’ORDRE SUPÉRIEUR »

Dans des mondes profondément religieux comme ceux du Moyen Age et de l’Ancien Régime, c’est donc vers Dieu que se tournent les victimes de ce mal mystérieux. Dans les sermons des prêtres comme dans les œuvres littéraires, dans les campagnes comme dans les villes, la peste est considérée comme un fléau divin destiné à châtier les hommes parce qu’ils se sont détournés des enseignements du Très-Haut. Pour l’écrivain italien Boccace, qui raconte en 1349, dans le Decameron, la retraite de dix jeunes Florentins pendant la peste noire, « Dieu, dans sa juste colère, a précipité [la peste] sur les hommes en punition de leurs crimes ».

Trois siècles plus tard, Jean de La Fontaine invoque, lui aussi, le « courroux » divin dans Les Animaux malades de la peste : ce fléau qui « répand la terreur », écrit-il, est un « mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre ». « Le discours de l’Eglise est alors le seul qui soit capable de donner à un phénomène inexplicable une signification d’ordre supérieur, analyse l’historienne Françoise Hildesheimer dans Fléaux et Société, de la Grande Peste au choléra, XIVe-XIXe siècle (Hachette Education, 1993). Le désordre biologique est par lui assimilé au mal et rapporté à la volonté divine de châtier l’humanité pécheresse. »

Si Dieu envoie la peste sur la Terre, avertit le prélat janséniste Nicolas Pavillon (1597-1677), c’est en effet pour punir les péchés « publics et scandaleux » – les blasphèmes, les jurements, l’adultère, le concubinage, la sensualité, l’excès de festins, la fréquentation de cabarets et la profanation des fêtes. « En fournissant la seule explication alors possible et efficace, la pédagogie de l’Eglise substitue une peur théologique à la peur irraisonnée et collective, poursuit Françoise Hildesheimer. Elle fait finalement œuvre consolante puisque la médiation ecclésiale et la pénitence permettent rachat et rédemption débouchant sur l’espérance du Salut. »

Puisque la peste est un châtiment divin, il faut en effet l’éloigner en accomplissant des gestes de foi. « Pour conjurer la malédiction et obtenir la grâce de Dieu, l’Eglise catholique organise des processions expiatoires, explique l’historien Patrice Bourdelais. Cette lecture chrétienne est aussi présente, selon certains historiens anglais, dans les mesures d’hygiène qui sont destinées à combattre la contagion : les autorités nettoient les lieux publics comme si elles voulaient purifier un lieu sacré. Elles reprennent aussi en main l’ordre sanitaire en séparant plus strictement les hommes et les animaux. »

La pénitence des flagellants

Dans cette atmosphère « apocalyptique et millénariste », selon le mot de Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, les fidèles se tournent vers des figures protectrices comme saint Sébastien et saint Roch, un pèlerin du XIVe siècle qui aurait survécu à la peste avant de mourir en prison. Pour apaiser la colère divine, la ville de Rouen interdit les jeux, la boisson et les jurons, tandis que les territoires de la couronne d’Aragon prohibent le travail du dimanche et les vêtements ostentatoires. L’Eglise organise des pèlerinages, des prières publiques et des processions qui sont bientôt interdites par crainte de la contagion.

L’acmé de ce grand mouvement de pénitence est atteinte pendant la Peste noire (1347-1353) par les flagellants. Cette secte tente d’obtenir la rémission des péchés de l’humanité en se fouettant avec de longues lanières dotées de pointes métalliques en forme de croix. Les processions accompagnées de cantiques se multiplient en Italie, en Allemagne et en Hollande mais leur fièvre mystique est telle que le pape Clément VI finit par condamner « leur hardiesse et impudence ». En 1350, le roi de France, Philippe VI, ordonne que cette secte « damnée et réprouvée par l’Eglise cesse ».

Si les terribles excès des flagellants disparaissent dès le XIVe siècle, l’idée du châtiment divin est encore présente lorsque la peste lance sa dernière grande offensive, en 1720-1722, à Marseille. Pour l’évêque de la ville, Mgr de Belsunce, l’épidémie est liée à la méconnaissance de la « sainte loi du Seigneur ». « N’en doutons pas, mes très chers Frères, c’est par le débordement de nos crimes que nous avons mérité cette effusion des vases de la colère et de la fureur de Dieu. L’impiété, l’irréligion, la mauvaise foi, l’usure, l’impureté, le luxe monstrueux se multipliaient parmi vous. La sainteté des dimanches et des fêtes était profanée. »

Le basculement dans les Lumières

Lorsque Mgr de Belsunce prononce ce sermon, les consciences s’apprêtent pourtant à basculer dans le monde des Lumières. « Pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, un nouveau climat se manifeste dans le domaine religieux, analyse l’historienne Françoise Hildesheimer. C’est l’époque où la laïcisation, voire la déchristianisation, devient sensible. L’évolution marquante en matière de représentations de la société comme des mentalités, c’est l’affaiblissement de l’idée de responsabilité collective et de fatalité liées au péché au profit de la promotion de l’individu autonome dans sa vie sociale et intellectuelle. »

CETTE RÉVOLUTION DES CONSCIENCES TRANSPARAÎT, EN 1755, LORS DU TERRIBLE TREMBLEMENT DE TERRE DE LISBONNE

Cette révolution des consciences transparaît, en 1755, lors de la controverse entre Voltaire et Rousseau sur le terrible tremblement de terre de Lisbonne. Voltaire ne croit ni au châtiment divin, ni à la culpabilité des hommes : « Direz-vous, en voyant cet amas de victimes : “Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes” ?, demande-t-il. Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants sur le sein maternel écrasés et sanglants ? » Jean-Jacques Rousseau, lui aussi, doute des lectures religieuses du séisme : il incrimine l’inconséquence des habitants, qui ont construit 20 000 maisons de six à sept étages dans une région sismique.

Pour Gaëlle Clavandier, sociologue au Centre Max-Weber et auteure de La Mort collective. Pour une sociologie des catastrophes (CNRS Editions, 2004), cette controverse entre Voltaire et Rousseau constitue un moment de rupture : au temps de la culpabilité succède le temps de la rationalité. « Au milieu du XVIIIe siècle, les philosophes interprètent les catastrophes, non comme des vengeances divines, mais comme des désordres de la nature. Ils entrevoient la responsabilité des hommes dans leur propre malheur en raison de défauts de prévision. Cette lecture inspirée par la philosophie des Lumières s’applique aux désastres naturels mais aussi aux épidémies : l’idée que la science peut combattre le mal s’impose désormais. »

Cette nouvelle donne bouleverse le regard sur la santé publique. « Au XVIIIe siècle, un effort de rationalisation et de quantification apparaît en médecine, souligne l’historien Jean-Baptiste Fressoz, chargé de recherche au CNRS. Les premières inoculations contre la variole sont ainsi fondées sur le principe des probabilités. Aux scrupules moraux des parents, l’académicien Charles Marie de La Condamine oppose des statistiques : le risque de mourir de la petite vérole est de 1 sur 9, celui de mourir de l’inoculation de 1 sur 300. Les philosophes des Lumières comme Voltaire et Diderot défendent cette approche fondée sur la raison car elle symbolise à leurs yeux l’autogouvernement de soi : l’inoculation est l’emblème de la citoyenneté éclairée. »

La victoire de la science

Ce plaidoyer probabiliste émerge dans la société du XVIIIe siècle – y compris au sein de certaines communautés religieuses. Dans L’Apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique (Seuil, 2012), Jean-Baptiste Fressoz raconte ainsi les premières inoculations contre la variole menées dans les années 1720, à Boston, par des pasteurs protestants. Pour ces hommes de Dieu, la rationalité n’est pas contraire à la foi : dans Reasonable Religion, le pasteur Mather estime ainsi que « quiconque agit raisonnablement vit religieusement ». Puisque le taux de mortalité des malades de la variole est beaucoup plus élevé que celui des inoculés, il existe, selon lui, un ordre divin favorable à l’inoculation.

Porté par cette philosophie rationaliste, l’Etat français prend la tête de la lutte contre les fléaux sanitaires qui accablent le royaume. La Société royale de médecine voit le jour en 1776 et les préfets sont priés, en 1804, d’orchestrer les premières campagnes de vaccination. Cet effort porte ses fruits : les grandes pandémies de peste disparaissent, la variole est vaincue. « Ce qu’il y a de nouveau, c’est la conviction que la mort peut reculer, souligne Françoise Hildesheimer. La maladie devient un phénomène naturel que l’on peut combattre autrement que par le recours à la miséricorde divine – par l’hygiène, l’isolement, la distribution de nourriture et de remèdes. »

Pour Patrice Bourdelais, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, cette « laïcisation des attitudes » amorcée au XVIIIe siècle triomphe à la fin du XIXe. « Sous la IIIe République, le développement des sérums et des vaccins ainsi que l’éradication progressive de la fièvre jaune, de la typhoïde et du choléra démontrent que la science peut vaincre les épidémies. Quand la grippe espagnole ravage l’Europe, en 1918-1919, les enfants de Pasteur ont gagné : la lecture religieuse n’a pas disparu, mais elle est cantonnée à d’étroits cercles catholiques. Le discours dominant est désormais laïc, politique et bactériologique. »

Quel rapport à notre environnement ?

Qu’en est-il, un siècle plus tard, face au cataclysme mondial provoqué par le coronavirus ? L’approche scientifique et rationnelle de la santé publique qui s’est imposée au XIXe siècle a-t-elle éliminé l’idée que l’épidémie est un châtiment divin ? Si des lectures millénaristes, eschatologiques ou plus simplement religieuses subsistent ici et là, l’heure est sans conteste, sur toute la planète, à la mobilisation des structures thérapeutiques, à la réalisation d’essais cliniques et à la recherche active d’un vaccin. Le langage symbolique qui a longtemps prévalu face aux épidémies n’a pas pour autant disparu.

Nul, ou presque, ne crie bien sûr à la foudre du Seigneur ou à la vengeance des divinités, mais la crise écologique nourrit un discours métaphorique qui évoque parfois les « signes » du ciel présents dans la Bible ou les tragédies de l’Antiquité. Pour Nicolas Hulot, président d’honneur de la Fondation qui porte son nom, la nature nous adresse en effet un « message », une « sorte d’ultimatum, au sens propre comme au figuré ». « Cette injonction cruelle, il faut qu’elle ne soit pas vaine, qu’elle ait un sens. Entendons-la pour une fois. Et l’entendre, cela veut dire en tirer les leçons pour nous additionner et nous élever. »

« LA GÉNÉRATION SIDA A ÉTÉ OBLIGÉE DE RENONCER À LA LIBERTÉ SEXUELLE TOTALE : LA GÉNÉRATION DU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE DEVRA SANS DOUTE ABANDONNER LA MOBILITÉ CONTINUELLE »

Pour l’anthropologue Frédéric Keck, directeur de recherche au CNRS, la punition de la nature semble avoir pris le relais de la punition de Dieu. « Les écologistes reprennent l’idée ancienne que l’épidémie signale un dérèglement du monde. Les hommes ont détruit les écosystèmes au lieu de vivre avec eux : le coronavirus serait donc une vengeance de la nature. Ce discours fait écho, de manière métaphorique, au titre d’un livre d’un biologiste américain, René Dubos [1901-1982], Nature Strikes Back [« La nature frappe en retour »]. Le drame du coronavirus, suggère cette image, doit nous inciter à repenser nos rapports à notre environnement. »

Les discours scientifiques du XXIe siècle ne semblent donc pas épuiser totalement le débat : comme toutes les épidémies, celle liée au Covid-19 est en effet associée à des imaginaires symboliques. « Parce qu’elle se transmettait lors des rapports sexuels, l’épidémie de sida avait porté atteinte à l’idéal de libre sexualité de la génération 1968, poursuit Frédéric Keck. Parce qu’elle s’est diffusée à l’ensemble de la planète en un temps record, l’épidémie de Covid-19 porte, elle, atteinte à l’idéal de libre circulation des années 1990. La génération sida a été obligée de renoncer à la liberté sexuelle totale : la génération du dérèglement climatique devra sans doute abandonner la mobilité continuelle. »

Cette langue métaphorique ne doit cependant pas masquer l’essentiel : si le discours des écologistes recourt volontiers, en ces temps d’épidémie, à l’univers symbolique de l’alerte, il est aussi, et surtout, l’héritier de la pensée rationnelle issue du siècle des Lumières. C’est en effet en se fondant sur des milliers de travaux scientifiques que les défenseurs de l’environnement documentent jour après jour le dérèglement climatique ou le déclin de la biodiversité. C’est d’ailleurs au nom de la raison, une valeur-phare de la fin du XVIIIe siècle, qu’ils plaident, en ces temps d’épidémie, pour un changement de cap.

20 avril 2020

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