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Jours tranquilles à Paris

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8 septembre 2019

Nécrologie Peter Lindbergh, photographe des femmes en liberté, est mort à 74 ans

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Par Claire Guillot

Devenu célèbre pour avoir fait émerger la génération des « supermodels » des années 1990, il est resté attaché à une photographie noir et blanc peu retouchée, et a toujours préféré ses modèles aux vêtements qu’ils portent.

La photographie la plus connue de Peter Lindbergh, prise en 1988, en noir et blanc, montre des filles qui rient aux éclats, pieds nus sur la plage, les cheveux au vent, vêtues d’une chemise d’homme blanche. Sa simplicité, sa spontanéité affichée, avaient complètement pris de court les responsables du magazine Vogue américain qui l’avaient oubliée dans un tiroir. Elle en est ressortie à l’initiative de la nouvelle rédactrice en chef, Anna Wintour. Le photographe Peter Lindbergh, devenu l’un des plus célèbres photographes de mode avec ce style « glamour naturel », est mort mardi 3 septembre à l’âge de 74 ans.

Peu porté sur les retouches, aimant les taches de rousseur et le grain de peau, il déplorait le caractère artificiel et irréaliste des images de mode. Sur son compte Twitter, il avait épinglé sa phrase : « Voilà quelle devrait être la responsabilité des photographes aujourd’hui : libérer les femmes, et finalement tout le monde, de la dictature de la jeunesse et de la perfection. »

Une ascension rapide

Né en 1944 à Leszno, ville polonaise annexée par les nazis, Peter Lindbergh, de son vrai nom Peter Brodbeck, grandit dans la région industrielle de la Ruhr, « le lieu le plus moche du monde », aimait-il à dire. Sa famille est très modeste, et il commence par travailler comme étalagiste dans un grand magasin, avant de rejoindre l’Académie des beaux-arts de Berlin. Il y goûte peu l’enseignement tourné vers la peinture traditionnelle, et prend la tangente : passe une année entière à Arles, sur les traces de Van Gogh, un lieu qui restera fondateur pour lui, et où il mettra en scène nombre de ses images. De retour en Allemagne, il poursuit ses études d’art avant de devenir l’assistant d’un photographe commercial, Hans Lux, et d’ouvrir son propre studio. L’ascension pour lui est rapide : il rejoint l’équipe du magazine Stern, qui collabore alors avec de grands noms comme Helmut Newton et Guy Bourdin.

Contacté par le prestigieux Vogue américain, dont il goûte peu l’esthétique, il propose en 1988 la fameuse série sur la plage qui contraste totalement avec l’esthétique sophistiquée et les cheveux bouffants caractéristiques des années 1980. Peter Lindbergh en a assez des « photos vernis à ongles des années 1950 ».

Imaginer la femme des années 1990

Son style de la photo est pionnier mais l’identité des mannequins, peu connus à l’époque, annonce aussi une nouvelle ère : en 1990, plusieurs d’entre elles se retrouvent en couverture du Vogue britannique, qui a demandé au photographe d’imaginer la femme des années 1990. Peter Lindbergh fait poser Naomi Campbell, Linda Evangelista, Tatjana Patitz, Christy Turlington et Cindy Crawford en jeans, dans la rue, le regard farouche, peu maquillées, sans volonté de paraître « sexy ». La photo symbolise l’arrivée des « supermodels » des années 1990, beautés à la forte personnalité qui « ne sortent pas du lit à moins de 10 000 dollars », selon les mots de Linda Evangelista.

« J’ai toujours été attiré par les femmes qui avaient une identité très forte et auxquelles je donnais pleine liberté, expliquait Peter Lindbergh au Monde. C’était une petite révolution à l’époque où les mannequins devaient être lisses, parfaites, interchangeables. » L’image va marquer l’époque : le chanteur George Michael recrutera les mêmes modèles pour le clip de sa chanson Freedom.

Peter Lindbergh va imposer un style plus naturel, avec des noirs expressionnistes venus du cinéma ou des poses empruntées à des photographes du passé, d’August Sander à Marc Riboud. Une des ses images célèbres montre Kate Moss en salopette en 1994, en hommage aux photographies de Walker Evans pendant la grande dépression. Il a aussi lancé dans les années 1990 des séries de mode très narratives, où le modèle se retrouve plongé dans une fiction – dans un projet pour Vogue Italia en 1990, Helena Christensen croise des extraterrestres en Californie.

Avec ses photos flatteuses dénuées de provocation ou de sexualisation outrée, son esthétique élégante et peu dérangeante, Peter Lindbergh séduit un large public. A partir des années 1990, la photo commerciale attire les collectionneurs, et Peter Lindbergh est le seul photographe vivant à figurer parmi les « Big Four » de la photo de mode, aux côtés de Richard Avedon, Irving Penn et Helmut Newton – certains de ses tirages ont dépassé les 150 000 dollars en ventes aux enchères.

« Ce n’était pas la mode qui m’intéressait ! »

Preuve de son succès, il a rejoint la galerie Gagosian qui lui a consacré une première exposition à Paris en 2014. Ses images figurent aussi dans les collections de grands musées comme le Victoria and Albert Museum ou le Centre Pompidou, et il a été exposé en 2008 aux Rencontres d’Arles, avec les nombreuses images réalisées non loin, sur la plage de Beauduc.

Auteur de plusieurs campagnes de publicité, très recherché par les magazines, de Vogue à W en passant par Rolling Stone ou Vanity Fair, il a aussi été le seul à signer trois éditions du célèbre calendrier Pirelli, en 1996, 2002 et 2017. Dans le dernier, pas de femmes nues, mais des actrices qu’il a photographiées au naturel, sans retouche, dans des moments fragiles, comme Robin Wright ou Kate Winslet.

Affable et bavard, habillé simplement, accueillant les visiteurs avec gentillesse dans son studio parisien, le photographe allemand pratiquait avec assiduité la méditation transcendantale et se tenait à l’écart du monde de la mode, évitant soigneusement les rendez-vous de la fashion week ou les défilés. « Ce n’était pas la mode qui m’intéressait ! confiait-il au Monde en 2010. Ni le clinquant de cet univers, encore moins ses mondanités, La mode était comme un sponsor me permettant de faire des images. Mon vrai sujet était les femmes. »

Peter Lindbergh avait des mots durs pour la photo de mode d’aujourd’hui, soumise aux diktats des annonceurs et des communicants, privée d’idées et surtout d’âme : « C’est une vache : elle mange un truc, avale, régurgite et puis remâche la même chose et recommence. » Face à la retouche dans les magazines et à la culture du selfie, Peter Lindbergh continuait de défendre la possibilité d’une photographie authentique : « La beauté vient d’un caractère fort, des questions ou du trouble que fait naître un regard, pourquoi pas des rides et de l’expérience que reflète un visage. »

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8 septembre 2019

Marine Vacth

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8 septembre 2019

Jean Paul Gaultier

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8 septembre 2019

Monstre du Loch Ness : l’hypothèse d’une anguille géante de nouveau envisagée

Un généticien néo-zélandais a analysé et séquencé les ADN de 250 échantillons d’eau recueillis jusque dans les profondeurs du lac écossais.

Ce n’est pas un requin, pas davantage un poisson-chat ou un esturgeon géant. Et si l’insaisissable « monstre » du Loch Ness était… une anguille géante ? Après une longue étude, dont les résultats ont été dévoilés jeudi 5 septembre, un scientifique néo-zélandais vient conforter cette hypothèse à propos du spécimen, affectueusement surnommé « Nessie », dont la plus ancienne observation remonte au VIe siècle après J.-C.

Le généticien Neil Gemmell, de l’université d’Otago à Dunedin (Nouvelle-Zélande), a analysé et séquencé les ADN de 250 échantillons d’eau recueillis jusque dans les profondeurs du lac écossais. Les résultats ont conduit le scientifique et son équipe à écarter l’hypothèse d’un reptile venu du fin fond du Jurassique. L’étude permet également d’écarter d’autres hypothèses de poissons géants – silure, esturgeon ou même requin du Groenland.

« On retrouve une quantité significative d’ADN d’anguille », qui foisonnent dans les eaux froides du Loch Ness, selon le professeur Gemmell. Alors, ces eaux seraient-elles peuplées de spécimens géants ? « Nos données ne révèlent pas leur taille mais la quantité que l’on a retrouvée fait qu’on ne peut pas écarter la possibilité qu’il y ait des anguilles géantes dans le Loch Ness », a souligné le généticien.

Une « excellente base de données »

« Des investigations supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ou infirmer cette théorie mais, selon nos données, l’hypothèse d’une anguille géante reste plausible », conclut le professeur Gemmell, qui note que cette piste avait déjà été évoquée en 1933.

Les théories abondent sur la nature du « monstre », allant du reptile marin préhistorique en passant par un oiseau aquatique ou… le mouvement des vagues sous l’effet du vent. Si le mystère n’est pas encore complètement résolu, le professeur néo-zélandais se félicite d’avoir constitué une « excellente base de données » sur ce qui peut se trouver dans ce lac légendaire des Highlands, attraction touristique majeure pour l’Ecosse.

On y a prélevé de l’ADN d’humain, de chien, de mouton ou de bétail, mais aussi de la faune sauvage locale : cerfs, blaireaux, renards, campagnols ainsi que de nombreuses espèces d’oiseaux. En 2006, après deux ans de recherches, un paléontologue écossais avait conclu que la fameuse photographie de « Nessie » qui a fait le tour du monde était en fait celle d’un éléphant d’un cirque ambulant en train de nager dans les eaux du Loch.

8 septembre 2019

Défibrillateur installé à Montparnasse près des cinémas

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8 septembre 2019

Peter Lindbergh

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Le choix de Peter Lindbergh pour illustrer le nouvel album 100 photos pour la liberté de la presse de Reporters sans frontières peut surprendre.

Pourtant, lors d’une passionnante rencontre organisée avec Peter Lindbergh au Silencio à Paris autour de l’album, on découvre un affamé d’actualité qui passe ses nuits sur Internet à tenter de comprendre les enjeux derrière les décisions politiques. À la recherche de la vérité, comme dans ses photographies. Comme il le dit lui-même, né Allemand en 1944, dans une région redevenue polonaise en 1945, ayant grandit en Rhénanie, il est sensible de nature aux mouvements qui gouvernent les conflits et à l’information juste. Et attentif à la propagande. Ce qu’il confirme dans le texte qu’il signe dans l’album : « La propagande et les mensonges, créés pour manipuler tout et tout le monde, visent à affaiblir les journalistes. Résultat : il devient toujours plus difficile de demander des comptes à ceux qui nous dirigent (…). » Et de conclure plus loin par un hommage à la liberté de la presse et à ces journalistes qui traquent une vérité fuyante en prenant tous les risques. D’où son engagement auprès de Reporters sans frontières, en accord avec sa personnalité généreuse.

Peter Lindbergh devient photographe par hasard : « L’une de mes connaissances avait besoin d’un assistant. J’aurais pu aussi bien travailler comme boulanger, ou chez un fleuriste », a t-il déclaré au magazine américain Harper’s Bazaar en 2009. Avec le succès phénoménal que l’on sait.

L’album — dont la couverture affiche la photo culte de Kate Moss en salopette — reproduit 100 de ses superbes portraits de femmes, actrices et mannequins, mises à nu : d’Isabelle Huppert à Charlotte Gainsbourg, en passant par Charlotte Rampling, Nastassja Kinski, Naomi Campbell, Géraldine Chaplin, Isabella Rosselini, Laetitia Casta et tant d’autres…

Il est complété par des textes sur le photographe, un hommage d’Anne Nivat à la photographe Camille Lepage assassinée en République centrafricaine, des articles inédits sur la situation de la liberté de la presse dans différents pays et des portraits de personnes qui se battent pour la maintenir dans des zones dangereuses.

Les recettes de l’album permettent de financer les actions de Reporters sans frontières en faveur de la liberté de la presse, notamment des bourses d’assistance, le prêt de gilets pare-balles pour les journalistes partant en zone de guerre ou encore la mise en place de formations sur la cybersécurité.

LIVRE

100 photos pour la liberté de la presse de Peter Lindbergh

Reporters sans frontières

148 pages, broché

9,90 €

Disponible en librairies, FNAC, Relay, kiosques, maisons de la presse, Mag Presse et chez tous les marchands de journaux depuis le 11 septembre 2014.

http://www.peterlindbergh.com

http://fr.rsf.org

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8 septembre 2019

Hong Kong

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8 septembre 2019

Exposition à la Concorde Art Gallery

Frédéric Boursier actuellement exposé à la Concorde Art Gallery

http://www.bourcier-artwork.com/

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7 septembre 2019

Miss Tic

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7 septembre 2019

Portrait Lana Del Rey, L.A. Woman

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Par Stéphane Davet

La culture musicale californienne imprègne « Norman Fucking Rockwell! » le nouvel album, dépouillé et raffiné, de la chanteuse.

Souvenir d’une première rencontre, fin 2011. Elizabeth Grant, sur la défensive, tentait de convaincre de la crédibilité de Lana Del Rey, son double artistique, en passe de sortir un album événement, Born to Die, après avoir enflammé la Toile grâce à deux clips (Video Games et Blue Jeans), fascinantes conjonctions de noirceur luxuriante et de présence charnelle minaudant au-delà du réel. « Chez moi, il n’y a rien de fabriqué », osait l’Américaine d’alors 26 ans, dont les faux cils, la permanente auburn et les lèvres trop pulpeuses suggéraient le contraire. Au cœur de l’excitation et des polémiques – « Lana Del Rey, vraie révélation ou pur coup de marketing ? » –, la starlette sous les feux de la gloire ressemblait à une biche prise dans les phares d’une voiture.

Le 4 septembre 2019, c’est une « Lana Del Grant » détendue, disponible et rieuse que l’on joint par téléphone à son appartement de Los Angeles. Quelques jours auparavant, la sortie de Norman Fucking Rockwell !, son cinquième album si l’on fait abstraction des publications avortées de deux premières tentatives, Sirens (2006) et Lana Del Ray a.k.a. Lizzy Grant (2010), a témoigné un peu plus de la cohérence artistique d’une chanteuse qui a depuis longtemps prouvé qu’elle n’était pas un feu de paille.

Vamp fatale de la mélancolie

« Si j’avais un conseil à donner à la Lana de 2011 ?, s’interroge-t-elle en rigolant. Sois moins naïve et plus déterminée. » Elle lui dirait aussi de « ne pas traîner avec des gens qui ne sont pas généreux, chaleureux et joyeux », comme si elle regrettait d’avoir subi la froideur calculatrice de quelques-uns. Sans qu’on sache si elle fait référence aux producteurs croisés dans les années 2000, quand la New-Yorkaise Lizzy Grant enchaînait faux espoirs et déconvenues, ou à ceux qui façonnèrent, avec elle, sa métamorphose en vamp fatale de la mélancolie.

Si le triomphe originel de Born to Die (plus de 10 millions d’exemplaires vendus dans le monde, une présence de 312 semaines dans le Top 200 américain du Billboard, soit une durée proche des records du Tapestry de Carole King, 318 semaines, et du 21 d’Adele, 359 semaines) ne s’est pas répété dans les mêmes proportions, Lana Del Rey a tout de même tracé un sillon ressemblant à une œuvre.

On peut être insensible, voire allergique, à sa suavité surjouant une étrangeté lynchienne. Difficile toutefois de nier une singularité traversant des albums évoluant aussi au fil de rencontres professionnelles et d’expériences intimes. Vendus chacun à plus de 1 million d’exemplaires, ces disques ont pu rapprocher les sombres ballades de la dame du rock des années 1960 (Ultraviolence, en 2014, produit par Dan Auerbach des Black Keys), du jazz-blues (Honeymoon, en 2015), du hip-hop (Lust for Life, en 2017, réalisé, comme le précédent, avec le vieux routier pop Rick Nowels), tout en restant fidèles à des obsessions nostalgiques perturbées par la modernité. « Tous ces albums racontent une part de ma vie et reflètent son évolution », assure la chanteuse en expliquant s’être apaisée au rythme de ses lectures, de ses amitiés, de la méditation.

Le boss, c’est elle

Nouveau chapitre de la carrière de Lana Del Rey et de la vie de Miss Grant, Norman Fucking Rockwell ! a cette fois été composé et réalisé avec Jack Antonoff, multi-instrumentiste, membre de groupes indie pop comme Fun ou Bleachers, devenu un producteur coté grâce à des tubes écrits pour Taylor Swift. Un CV qui ne laissait pas présager le raffinement d’un album dominé par un piano crève-cœur, des guitares folk, une pointe de psychédélisme et de classieuses orchestrations. « Je crois qu’au départ, Jack pensait gonfler un peu plus la production, mais j’ai insisté pour garder cette forme de dépouillement, la lenteur des tempos, cette touche sud-californienne », précise Lana Del Rey, comme pour montrer que celle qu’on soupçonnait d’être un produit fabriqué est bel et bien le boss. Capable aussi d’imposer à sa maison de disques un single de dix minutes (Venice Bitch).

Atypique aussi, ce titre d’album faisant référence à Norman Rockwell (1894-1978), illustrateur hyperréaliste dont les dessins et peintures, en particulier en couverture du magazine The Saturday Evening Post, représentaient une Amérique idéalisée. « J’ai d’abord écrit une chanson, Venice Bitch, dans laquelle j’imaginais quelqu’un me peignant heureuse et souriante à la façon de Norman Rockwell, se souvient la chanteuse. Puis j’ai réfléchi à la manière dont cet artiste, porté par le rêve américain, dessinerait ce que ce rêve est devenu aujourd’hui. Je crois qu’il serait choqué. Le “Fucking” et le point d’exclamation du titre correspondent à ce décalage entre nos idéaux et la réalité. »

Du romantisme échevelé à la désillusion la plus trash

Depuis Video Games, ce télescopage entre nostalgie d’une Amérique idéalisée et violence de la modernité ne constitue-t-il pas une constante pour une artiste ayant choisi son pseudo en clin d’œil à Lana Turner et à une voiture des années 1950, la Chevrolet Delray ? « C’est l’un des principaux fils conducteurs de ma discographie, confirme-t-elle, ma façon de commenter le rêve américain. » Entremêlés aux images les plus fleur bleue, mots crus et argot, chantés d’une voix caressante, lui permettent de passer des fantasmes rétro au tranchant contemporain, du romantisme échevelé à la désillusion la plus trash. Dans son titre comme dans ses chansons, ce nouvel album ne déroge pas à la règle.

Surnommée dès ses débuts la « gangsta Nancy Sinatra », cette admiratrice de Bob Dylan et de Leonard Cohen, passionnée par les torch songs (ces chansons d’amour tristes) et les bandes originales des classiques hollywoodiens, a aussi dessiné son style en découvrant le hip-hop. « Le rap m’a fait comprendre qu’on pouvait parler de sa vie en chanson », explique cette fille de la bourgeoisie new-yorkaise, en se rappelant son émoi lorsque, plus jeune, elle a découvert la violence verbale d’Eminem.

La syntaxe des rappeurs n’est pas sa seule source d’inspiration : « Je fais le plein de sarcasmes au quotidien. J’ai une bande de copines brutalement grossières et honnêtes. Quand nous nous retrouvons, c’est un vrai festival ! On dirait des marins en goguette. » Dans ses carnets d’écriture ou dans les notes prises quotidiennement sur son téléphone pour de futures chansons, ces mots et cette drôlerie ramènent, dit-elle, ses rêveries passéistes dans le présent.

Ange perturbé de l’Amérique

Norman Fucking Rockwell ! rappelle aussi l’omniprésence de la Californie dans l’imaginaire de cet ange perturbé de l’Amérique. D’abord fantasmée à distance, à travers les rêves hollywoodiens et les inquiétantes réinventions qu’en ont fait des artistes comme David Lynch ou James Ellroy, Los Angeles s’est imposée à elle au quotidien quand elle y a déménagé, peu de temps après la sortie de Born to Die.

Matière première de ses chansons, la mégapole incarne parfaitement ce mélange de mythologie et de désillusion, d’hédonisme et de « sensation de vide, amplifiée par une torpeur ensoleillée ». Les milles facettes de L.A. fascinent celle qui ne cesse de la parcourir en voiture : « En quelques kilomètres, je passe de la plage aux studios de cinéma de Burbank, d’un ghetto sinistré à des incendies géants qui menacent les lisières de la ville. Sans parler des personnages délirants qui peuplent tous ces quartiers. Je suis New-Yorkaise, j’ai vécu quatre ans dans le Bronx, mais je peux dire que ce n’est rien comparé à la folie de Los Angeles. »

Après avoir beaucoup puisé dans le patrimoine cinématographique local, c’est la culture musicale californienne qui imprègne ce nouvel album. On y trouve ainsi une entraînante reprise (Doin’ Time) d’un groupe culte de la vague néo-ska de Long Beach, Sublime, dont le chanteur, Bradley Nowell, mourut d’overdose en 1996. Dans les textes comme dans les musiques, on entend surtout de multiples références à un âge d’or incluant aussi bien les Beach Boys que la communauté folk de Laurel Canyon (Joni Mitchell, Crosby, Stills, Nash & Young, cités dans Bartender), quartier de Los Angeles où habitent aujourd’hui des musiciens et amis proches comme Jonathan Wilson et Father John Misty.

Liz Grant n’a pas attendu son déménagement et sa récente pratique du surf pour découvrir ces héros des années 1960 et 1970 : « Mon père, qui écoutait peu de musique, jouait pourtant en boucle Joni Mitchell, les Beach Boys, James Taylor ou Neil Young dans sa voiture. Les chansons de mes débuts avaient d’ailleurs un songwriting aux racines très folk. » Un voyage dans le temps qui, pour une fois, illumine, plus qu’il n’assombrit, le spleen de Lana Del Rey.

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