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Jours tranquilles à Paris

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4 septembre 2019

Enquête - Le Sénat dissimule dans ses caves un buste d’Hitler et un drapeau nazi depuis soixante-quinze ans

Par Olivier Faye

Une enquête du « Monde » a poussé son administration à lever en partie le voile sur ce déroutant secret.

« L’homme, écrivait André Malraux, est ce qu’il cache : un misérable petit tas de secrets. » Dans ce cas, le Sénat est un modèle du genre, un cachottier hors pair. Pour le comprendre, il faut pousser les portes du palais du Luxembourg, s’intéresser à son passé enfoui.

Qui a déjà soulevé ses tentures pourpres pour voir ce qu’elles dissimulent ? Qui inspecte les coulisses de cette bâtisse du XVIIe siècle ? Qui sait qu’un buste d’Adolf Hitler de 35 centimètres de haut est caché au sous-sol, sans être répertorié ? Qu’un drapeau nazi de deux mètres sur trois y est conservé depuis la seconde guerre mondiale ? Que le personnel du Sénat aurait travaillé jusqu’à récemment sur des bureaux ornés de l’aigle du IIIe Reich ? Une poignée d’initiés, pas plus. Quelques gardiens d’un secret transmis de génération en génération depuis soixante-quinze ans. Des hommes et des femmes qui consentent parfois à soulever la couverture cachant le buste en question, rien que pour voir le frisson s’afficher dans le regard de l’ami, du collègue, du visiteur privilégié.

Partir sur les traces de cette relique est une aventure à la Indiana Jones, où de paisibles sénateurs remplacent les serpents et les chausse-trappes. Pour dénouer les fils de l’histoire, on se dit d’abord qu’il faut appeler les questeurs du palais. De par leur position, ils sont censés tout savoir de l’administration et du patrimoine de l’auguste assemblée. Un buste du Führer se cacherait-il sous leurs pieds ?, demande-t-on. « Vous me l’apprenez, répond Vincent Capo-Canellas, sénateur (UDI) de Seine-Saint-Denis et aujourd’hui un des trois questeurs du Sénat. On doit bientôt faire une visite du bunker avec mes collègues. Cet endroit était resté un peu dans son jus, c’est peut-être l’explication. » Il faut préciser, à ce moment du récit, pourquoi notre interlocuteur évoque l’existence d’un « bunker ».

hitler au senat

Ancien QG de la Luftwaffe

Soignons le vocabulaire, d’abord. Au Sénat, on parle d’un « abri de défense passive » pour qualifier ce bloc de béton aménagé en 1937 sous le jardin du Petit Luxembourg, le siège de la présidence. A l’époque, l’idée était de protéger les élus d’éventuels bombardements. Au début de notre enquête, une fausse piste nous a guidés là-bas. Nous croyions y trouver le fameux buste. Raté.

Elargissons le spectre. Après tout, le sénateur Capo-Canellas, 52 ans, ne siège dans la maison « que » depuis 2011 ; il est peut-être encore un peu vert pour connaître tous les secrets de famille de l’institution. Allons plutôt toquer à la porte d’un ancien questeur. Gérard Miquel, par exemple, socialiste de 73 ans, qui a foulé la moquette du palais de 1992 à 2017. « C’est peut-être quelque chose que je n’ai pas vu, souffle-t-il au téléphone, scié par la nouvelle. Conserver un buste d’Hitler, ça ne me serait pas venu à l’esprit. Si j’avais découvert ça, j’aurais dit ce que j’en pensais… »

Son ancien collègue Jean-Marc Pastor, 69 ans, socialiste et ex-questeur, lui aussi tombe des nues du haut de ses dix-neuf années de présence dans les murs. « Je ne l’ai jamais vu et je n’en ai jamais entendu parler, jure-t-il. Je ne pense pas que ce soit le genre de chose dont on se glorifie spécialement. Je suis surpris que, depuis le temps, on n’ait pas eu la présence d’esprit de le faire disparaître. »

Pour situer ce « depuis le temps », il faut remonter au 25 août 1944, jour de la libération du palais du Luxembourg (et de Paris) par les troupes du général Leclerc et de la Résistance. Enfin, on suppose, parce qu’il est difficile d’imaginer qu’un sénateur ait ramené un buste d’Hitler dans son bureau après cette date. Il est plus raisonnable de se plonger dans l’état du palais à la suite des quatre années d’occupation nazie.

La Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, et son numéro deux, Hugo Sperrle, avaient pris leurs aises au palais du Luxembourg, au point de planter un potager dans le jardin. Sperrle, un véritable colosse, fit même installer dans sa résidence du Petit Luxembourg des meubles dimensionnés à son échelle. En partant, ils laissent un paysage dévasté : mobilier renversé, fauteuils éventrés, cloisons abattues, bottes de paille amoncelées au milieu de la chapelle… Ils ont même fait des pyramides avec les chaises Louis XV en bois doré ! Et encore, l’architecte du palais les a empêchés de défigurer les lieux en construisant un four à pain. L’âpreté des combats, qui ont duré près d’une semaine, n’est pas pour rien dans les dégâts constatés. Les démineurs mettront près de deux mois à sécuriser le palais, où quantité de munitions et d’explosifs ont été stockés par l’occupant. De nombreux prisonniers sont faits côté allemand.

« Il n’y a pas 36 bustes d’Hitler à Paris »

A la Libération, le studio Chevojon, spécialisé dans la photographie de sites industriels, est chargé de documenter l’état du sinistre. Sur les images, on discerne bien quelques photographies d’Hitler accrochées aux murs, çà et là ; mais pas de buste.

Abri de défense du Sénat, situé sous le jardin. Construit en 1937 et occupé par les allemands pendant la guerre. A gauche, second niveau, salle des machines permettant la ventilation, l’éclairage ainsi que la régulation de la température ambiante dans l’abri. Système cyclomoteur permettant de faire tourner les machines de ventilation en cas de panne électrique ou moteur. A droite, au premier niveau de l’abri de défense du Sénat, se trouvait l’infirmerie où subsiste une boîte avec une inscription en allemand (stock d’appareils respiratoires en circuit fermé à oxygène sous pression). | MARTYNA PAWLAK POUR « LE MONDE »

Le 4 février 1949, Emmanuel Robichon, directeur du service du personnel intérieur et du matériel, adresse un rapport aux questeurs et au secrétaire général de la questure où il fait l’inventaire précis du « nettoyage » du palais. Il était impossible d’effectuer ce travail plus tôt étant donné que le Sénat a été réquisitionné, dès novembre 1944, pour accueillir l’Assemblée consultative provisoire dirigée par Félix Gouin ; l’heure n’était pas aux comptes d’apothicaire, mais à la relance du pays.

Pourtant, les meubles issus du Sénat circulaient à travers la capitale de palais en appartements, quand ils n’étaient pas tout simplement volés. Difficile, dans ces conditions, d’y retrouver ses petits. Mais le vaillant Robichon n’a pas ménagé sa peine. « J’ai été tellement surmené et déprimé que ma santé en a été gravement altérée », écrit-il. Cela valait le coup. Pas peu fier, il est en mesure d’affirmer : « Il n’est pas un seul meuble dont je ne puisse donner, après quelques recherches, ou la destination ou l’emplacement. » Très bien, mais il n’est fait mention nulle part dans les 18 pages de son rapport de ce buste d’Hitler… « C’était tellement le chaos, je ne pense pas qu’il y ait eu un inventaire précis des casques », tente d’expliquer aujourd’hui une source au sein du Sénat.

Les historiens en perdent leur latin, eux aussi. Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la seconde guerre mondiale, est pourtant venu visiter le Sénat ces derniers mois, y compris le bunker, en compagnie d’« une tripotée d’historiens », comme il dit. Rencontrer un buste d’Hitler, « ça ne nous aurait pas émus », assure-t-il, ils en ont vu d’autres. Mais rien. Sa consœur Cécile Desprairies, qui a écrit plusieurs ouvrages sur l’histoire de la collaboration et de Paris sous l’Occupation, n’en sait pas plus. « C’est étonnant qu’il n’ait pas été détruit. Il ne doit pas y avoir 36 bustes d’Hitler à Paris, c’est peut-être même le seul… », relève-t-elle.

Nous décidons d’appeler Damien Déchelette, architecte en chef du Sénat. Si ce pilier de l’institution ne connaît rien de cette histoire, c’est à désespérer. Miracle ! Notre homme appartient à la poignée d’initiés tenus dans le secret de l’existence de ce buste. Il assure, pour autant, tout ignorer de son itinéraire. « Le buste devait être dans un bureau de l’occupant, suppose-t-il. Il est toujours resté en réserve, il n’en est jamais sorti. Personne ne s’en est occupé, je ne vois pas ce qu’on peut en faire. » D’ailleurs, il nous interroge, suspicieux : « Comment avez-vous appris son existence ? » Avec cet état d’esprit, il y a de quoi cacher un secret pendant soixante-quinze ans…

Nos coups de téléphone réveillent (un peu) le Sénat, secoué dans la torpeur du mois d’août. « L’histoire a l’air de poser problème, il y a des mails qui circulent… », susurre une petite main. Le cabinet de Gérard Larcher, le président du Sénat, veut d’abord nous convaincre que nous chassons la « fake news ». La dérobade ne dure pas longtemps. Il est décidé de lancer des recherches et d’en partager, jure-t-on, tous les résultats avec Le Monde, histoire de bien faire les choses.

drapeau au senat

Origine inconnue

« C’est une découverte pour beaucoup de gens, tout le monde tombe de haut, assure-t-on alors au service communication du palais. Et puis, il n’y a pas forcément que ça comme objet. Ils veulent faire un tour complet pour purger cette histoire avec vous. » Pas que ça comme objet ? On arriverait avec l’histoire d’un buste, et on repartirait les bras chargés de reliques nazies ? Une source avait bien évoqué devant nous une rumeur tenace qui court au Sénat concernant l’existence d’un « trésor nazi »… Ce serait donc ça ?

Abri de défense du Sénat, situé sous le jardin. Construit en 1937 et occupé par les Allemands pendant la guerre. A gauche, premier niveau, portes intermédiaires et à droite,  escalier menant au premier niveau souterrain après les deux premières portes. L’escalier est tournant afin de limiter la propagation des flammes en cas d’incendie. | MARTYNA PAWLAK POUR « LE MONDE »

Les archivistes turbinent. A leur rythme. Quelques relances sont nécessaires pour obtenir une réponse. Le 28 août, un document de cinq pages à en-tête du Sénat nous est envoyé par la direction de la communication, sous le titre : « Documents et objets laissés au Sénat par l’occupant allemand à l’issue de la deuxième guerre mondiale. » « Les archives comportent notamment des dossiers de correspondance avec les autorités allemandes en français et en allemand, voire bilingues, ainsi que des plans des abris et du palais établis par l’occupant », est-il d’abord écrit.

Certes, mais est-ce bien tout ? Plusieurs ouvrages en allemand, frappés des tampons « Luftflotte West » ou « Luftkreiskommando », sont également conservés, précise le document. Sans oublier un appareil respiratoire allemand et une lampe à gaz retrouvés dans l’« abri de défense passive ». Mais encore ? « Dans les réserves sont par ailleurs conservés quelques pièces de mobilier ainsi qu’un buste laissé par l’occupant allemand et dont on ignore l’origine », est-il enfin révélé.

Tout ça pour ça ! On ne saura donc pas d’où vient ce buste, ni pourquoi il a été jugé bon de le garder caché dans les soutes jusqu’en 2019 ? Le Sénat nous apporte un supplément d’information en révélant qu’« un drapeau nazi de la même époque est conservé aux archives ». Orné d’une croix gammée et d’une croix de fer, il affiche les couleurs traditionnelles du IIIe Reich, rouge, noir et blanc.

Pour ce qui est du « mobilier », apprend-on après une nouvelle relance, il s’agirait de chaises, notamment. Impossible d’en savoir plus : la formule est restée volontairement vague. Ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle « purger » une histoire en toute transparence… « De temps en temps, on peut se rendre compte qu’il y a une estampille [nazie], ce n’est pas du mobilier qui est en circulation », justifie-t-on à la direction de la communication.

Abri de défense du Sénat, situé sous le jardin. Construit en 1937 et occupé par les Allemands pendant la guerre. Premier niveau, une des quatre pièces destinées à un responsable, mobilier d'époque. | MARTYNA PAWLAK POUR « LE MONDE » (30/08/2019)

Retournons voir les historiens pour glaner quelques éléments de contexte. La Libération de Paris, par moments, ressemblait au Far West. « Les drapeaux nazis étaient pris comme trophées, rappelle Cécile Desprairies. Les lieux étaient pillés, saccagés, les libérateurs emportaient un petit morceau de l’occupant, ça a été la foire d’empoigne. Ça circulait ensuite au marché noir, et ça circule toujours. Il n’y a pas eu de politique de destruction ou de police de contrôle. Les vainqueurs font ce qu’ils veulent. » Un sénateur, un administrateur, un huissier, aurait donc pu vouloir garder ces objets, à l’insu de tout le monde, comme des trophées gagnés sur l’occupant. « Est-ce que quelqu’un n’aurait pas voulu s’en faire un cabinet de curiosité ? », se demande un employé du Sénat. On imagine en tout cas mal le résistant Gaston Monnerville, président du Sénat entre 1947 et 1968, accepter une telle incartade s’il en avait eu connaissance.

« C’est insensé ! »

D’aucuns pourraient prétexter l’intérêt historique qu’il y a à conserver de tels objets. Certes, mais alors pourquoi les cacher et ne pas faire œuvre de pédagogie en les montrant au grand public dans le cadre d’une exposition ? D’autres pourraient avancer, aussi, des considérations artistiques. Très bien, mais on ne sait même pas si ce buste en métal est l’œuvre, par exemple, d’Arno Breker, le sculpteur phare du IIIe Reich, un homme reconnu, malgré ses compromissions, comme un des maîtres de son art au XXe siècle.

La relative transparence du Sénat s’est arrêtée en haut des marches de son sous-sol. Pas question de laisser un journaliste y pénétrer. Tout juste avons-nous été autorisés à visiter le bunker – d’ordinaire fermé au public – qui présente, dans notre affaire, un intérêt limité. On y trouve seulement la lampe à gaz et l’appareil respiratoire évoqués dans la note citée plus haut, ainsi que quelques inscriptions en allemand sur les murs. Nous n’avons pas vu voir de nos yeux ni le buste, ni le drapeau, ni le « mobilier ». Impossible de savoir si la liste qui nous a été fournie est exhaustive.

La direction de la communication – toujours elle – a simplement fait prendre quelques photos par ses services, qui illustrent cet article. Une source nous assure que le palais se serait par ailleurs débarrassé lors d’une vente, il y a de ça une dizaine d’années, de bureaux estampillés IIIe Reich. « Il y avait des bureaux d’écoliers avec un aigle allemand en dessous, un aigle conséquent. Ils servaient pour le personnel », raconte notre interlocuteur. Dans la circonstance, tous les fantasmes sont encore permis sur notre « trésor nazi ». A-t-il jamais existé ? L’a-t-on fait disparaître ?

Le cabinet de Gérard Larcher sonnait dans le vide lorsque nous avons sollicité une réaction du président du Sénat concernant cette affaire. Nous avons essayé de joindre son prédécesseur socialiste, Jean-Pierre Bel, mais il était, de son propre aveu, « en mer, dans des conditions très sportives ». Il nous a donc renvoyés vers son ami Jean-Marc Todeschini, autre ancien questeur et ex-ministre de François Hollande, qui nous a assuré n’être au courant de rien. « Il n’y a pas un culte d’Hitler au Sénat, ça s’est sûr », s’est-il contenté de répondre.

L’affaire, en tout cas, choque la plupart des sénateurs ou anciens sénateurs sollicités. Ils semblent sincères dans leur émoi. « On ne garde pas un buste d’Hitler au Sénat, c’est insensé ! », s’agace ainsi Roger Karoutchi, pilier de la droite sénatoriale. Peut-on avoir caché si longtemps ces objets aux yeux des élus de la République ? Il en est qui cumulent parfois les mandats pendant un quart de siècle ; cela laisse, en théorie, le temps de découvrir l’institution jusque dans ses recoins. Mais la maison compte aussi plus d’un millier de salariés, et certains y passent l’ensemble de leur carrière.

« Ils ne sont que de passage, les sénateurs… », souligne dans un sourire un cadre du Sénat. La faute incombe-t-elle alors à une infime partie de l’administration, plus qu’aux élus ? « C’est choquant, s’émeut un ancien administrateur, qui a travaillé au Sénat pendant de nombreuses années. Soit on détruit cet objet le 26 août 1944, au lendemain de la Libération, soit on le garde, mais dans un sens historique, aux Invalides ou dans un musée de la déportation. Le cacher et, semble-t-il, le protéger, je ne comprends pas… C’est sans doute une négligence, des petites guéguerres internes. » Un autre misérable petit tas, pour reprendre l’expression d’André Malraux. De ceux qui font les hommes.

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4 septembre 2019

SUNSETTING DE DELPHINE BRUNNER {EDITORIAL EXCLUSIF / NSFW}

La photographe Delphine Brunner et la magnifique muse Carla Guetta  nous présentent ce coucher de soleil tourné à Ibiza.

https://www.instagram.com/delphinebrunnerphotography/

https://www.instagram.com/carla_guetta/

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4 septembre 2019

La lettre politique de Laurent Joffrin

BoJo le clown

Voilà au moins un Premier ministre qui ne recule pas devant l’action. Remarquable parcours que celui de ce leader à l’efficacité redoutable. En quelques jours, Boris-la-Tempête a fait souffler sur la vie politique britannique le même vent qui semble en permanence agiter sa chevelure. Il a fait éclater son parti, perdu sa majorité à la Chambre des communes, jeté le Parlement dans l’insurrection et divisé son pays comme jamais depuis Cromwell. Tout cela au nom d’une renégociation avec l’Union européenne aussi tangible que le monstre du Loch Ness. Comme le dit son principal conseiller, Dominic Cummings, architecte de cette stratégie de la terre brûlée, cité par le Daily Telegraph (pro-Brexit), ces discussions avec les Européens ne sont «qu’une mascarade». Il est vrai qu’elles portent sur une frontière irlandaise dont Johnson, avec une clarté limpide, dit qu’elle existera sans exister tout en exist ant. Pour arranger les choses, il ne cesse de comparer sa situation à celle de Winston Churchill en 1940, ce qui revient à confondre l’Union européenne avec le régime nazi, assimilation qui ne risque pas d’amadouer les négociateurs européens. Du coup ses adversaires ont complété son surnom : Johnson a été rebaptisé «BoJo le clown».

Il ne lui reste qu’une porte de sortie : provoquer des élections générales. Mais il faut pour cela les deux tiers des voix du Parlement. Pour l’instant, il est à moins de la moitié. S’il échoue dans cette dernière entreprise, il ne lui restera plus qu’à démissionner, ce qui en fera le Premier ministre le plus éphémère de l’histoire britannique.

Comme toujours dans la grammaire populiste, cette course folle est menée au nom de la souveraineté du peuple. Nouvelle escroquerie intellectuelle : personne aujourd’hui ne peut dire si l’hypothèse du hard Brexit est majoritaire au sein d’une opinion profondément divisée. Les Britanniques, certes, ont voté pour le Brexit. Mais ont-ils choisi une rupture dans la douleur, ou bien pour une sortie négociée ? Mystère. Le retour devant les électeurs semble logique : si Johnson remporte les élections générales (ce n’est pas impossible, tant est grande la lassitude de l’opinion devant le pandémonium du Brexit), il aura alors tout loisir d’imposer sa politique. Mais en attendant, il est contraint, non par le «complot des élites», mais par la loi britannique. Pour dissoudre le Parlement, il doit recueillir son accord. C’est tout le problème des populistes : ils se réclament de la démocratie. Or ce système suppose une combinaison entre souveraine té populaire et état de droit. Le règne de la majorité, essentiel, est limité par les lois. Au-delà, nous entrons dans la tyrannie, serait-elle populaire. Tel est le drame de BoJo : comme César, il voudrait contraindre les élus. Mais il confond le Rubicon et la Tamise.

LAURENT JOFFRIN

4 septembre 2019

Stylist

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4 septembre 2019

Cédric Villani lance sa candidature dissidente à la mairie de Paris

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Par Denis Cosnard

Le député LRM de l’Essonne officialise ce mercredi son projet pour les municipales de 2020, en compétition frontale avec celui du candidat officiel Benjamin Griveaux.

Vous avez aimé au printemps la longue bataille entre les rivaux parisiens de La République en Marche (LRM), les piques de l’un, les ripostes de l’autre, les projets détonants du troisième, tout cela conclu le 10 juillet par l’investiture accordée à Benjamin Griveaux ? Vous adorerez le match retour, qui s’annonce plus brutal. Cédric Villani, le principal candidat écarté, a en effet décidé de ne pas se ranger derrière son concurrent victorieux, contrairement aux engagements qu’il avait pris. Après en avoir laissé planer la menace tout l’été, il doit officialiser sa candidature dissidente à la mairie de Paris mercredi 4 septembre.

Sa décision bouscule la donne pour les élections de mars 2020, à l’issue plus incertaine que jamais. Elle fournit aussi une nouvelle preuve des dissensions au sein du parti présidentiel, et de sa difficulté à les gérer.

Cédric Villani n’a rien laissé au hasard. Ni le jour de sa déclaration – celui de la proclamation de la République en 1870, depuis l’hôtel de ville de Paris –, ni le lieu, un café populaire du 14e, l’arrondissement où il s’est installé en 2017 quand il est devenu député. Une façon de rappeler que, s’il est né en Corrèze et s’est fait élire en Essonne, le mathématicien est aussi un vrai Parisien.

Le discours est déjà rédigé. Une déclaration d’une dizaine de minutes sur la nécessité de redonner aux Parisiens du « pouvoir de vivre ». « Paris est une ville où il est devenu plus dur de vivre, de se loger, de respirer, de se déplacer, de se sentir en sécurité dans un espace propre », argumente un des artisans de la candidature. Sur tous ces sujets, le député doit avancer quelques pistes, et insister sur l’écologie, pierre angulaire de son projet, même si le programme détaillé n’est attendu qu’en janvier.

Beaucoup de déçus du macronisme

L’équipe est sur le pied de guerre. Elle s’est réunie samedi pour un séminaire en petit comité, et les rôles ont été répartis. Baptiste Fournier demeure directeur de campagne. Trois porte-parole ont été désignés. A Anne Lebreton, ex-candidate à l’investiture de LRM, les questions sociales. A la députée Anne-Christine Lang, élue du 13e arrondissement, tout ce qui concerne l’éducation, l’économie et les finances locales. Le jeune haut fonctionnaire Rayan Nezzar, fugace porte-parole de LRM en 2017, se chargera, lui, des discours et des analyses électorales. Deux autres députés sont appelés à jouer un rôle majeur : Matthieu Orphelin, un proche de Nicolas Hulot qui a quitté le parti présidentiel en février, et Paula Forteza, une élue LRM des Français de l’étranger en pointe sur la participation des citoyens à la politique. Au-delà, Cédric Villani rassemble beaucoup de cadres déçus du macronisme, plutôt marqués à gauche.

Comment justifier cette candidature, alors que Benjamin Griveaux a été adoubé à l’unanimité par la commission d’investiture de LRM ? Comment ne pas passer pour un mauvais perdant, voire un traître ? Telle est la question immédiate pour Cédric Villani et son équipe.

Le député a ébauché sa réponse dès lundi, dans des messages adressés à Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Benjamin Griveaux et au patron du parti Stanislas Guerini. Son initiative ne constitue pas un « acte de défiance », ni un geste « contre LRM » ou contre ses dirigeants « individuellement », leur a-t-il assuré. Mais le scientifique a depuis des mois le sentiment d’une campagne viciée, de jeux faits d’avance. En janvier, le parti n’a-t-il pas commandé un sondage dans lequel Benjamin Griveaux était le seul des six candidats à l’investiture à être testé ? Depuis que l’ancien porte-parole du gouvernement a été désigné, le « malaise » ressenti par Cédric Villani ne s’est pas dissipé.

En outre, le mathématicien estime que « le fonctionnement actuel » n’est « pas à même de remplir les conditions permettant aux Parisiennes et Parisiens de se rassembler autour d’un projet d’avenir et novateur ». Avec Benjamin Griveaux, LRM a choisi un candidat à l’image dure, clivante, trop à droite pour gagner à Paris, jugent les soutiens de Cédric Villani.

A l’inverse, « la candidature de Cédric est fidèle à ce qu’Emmanuel Macron a proposé aux Français lors de la présidentielle : des alliances très larges, une ouverture à la société civile, un souci du développement durable, une autre façon de faire de la politique », plaide Anne Lebreton. « Ce n’est pas une dissidence, mais un retour aux sources », résume Rayan Nezzar. En 2016, Emmanuel Macron lui-même s’est émancipé des appareils partisans pour lancer son aventure…

Forte notoriété et image positive

Selon ses appuis, le mathématicien à la lavallière est le plus à même de déloger la socialiste Anne Hidalgo de l’Hôtel de ville. Ses atouts ? Une forte notoriété. Une image très positive de savant ouvert au monde, de nature à séduire les macronistes, mais aussi une partie de la droite comme de la gauche. « Il est sympathique, il suscite l’enthousiasme », s’enflamme Anne Lebreton. « Ce n’est pas un apparatchik, il existe par lui-même », ajoute l’économiste Philippe Aghion. Autre point fort, « Cédric sait rassembler, il a l’habitude de faire travailler ensemble des gens très divers », relève Matthieu Orphelin.

Benjamin Griveaux n’a pas dit son dernier mot pour autant. « On parle de rassemblement, mais qui a prouvé qu’il le réalisait, sinon moi ? », demande l’ex-ministre. Ces dernières semaines, il a récolté les soutiens de la maire (ex-LR) du 9e arrondissement Delphine Bürkli et de Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI, une petite formation de centre droit. Mais aussi celui de Mounir Mahjoubi, ex-ministre LRM venu de la gauche qui avait d’abord rejoint Cédric Villani. « Je vais continuer à avancer, et à rassembler », promet Benjamin Griveaux.

Dans l’immédiat, la dissidence pollue toutefois singulièrement sa campagne. Sur le papier, le parti d’Emmanuel Macron partait avec de bonnes chances de l’emporter à Paris, face à une gauche plurielle contestée, une droite classique en charpie et une extrême droite très faible. Aux européennes, la liste LRM est arrivée largement en tête dans la capitale, avec 33 % des suffrages. Mais qu’en sera-t-il aux municipales, si les électeurs se dispersent entre trois listes pro-Macron, celles de Benjamin Griveaux, de Cédric Villani, et du député (Agir) Pierre-Yves Bournazel ?

Seul Emmanuel Macron paraît en mesure de calmer le jeu. Mais pour l’heure, il laisse faire. Il n’a pas profité des deux remaniements de l’été pour retirer Cédric Villani de la bataille parisienne en le faisant entrer au gouvernement. Il n’a pas empêché certains de ses proches comme Philippe Aghion ou Erik Orsenna d’appeler publiquement le député de l’Essonne à se lancer. Quant à la menace d’exclusion initialement brandie par LRM, elle paraît à présent écartée. « Cédric Villani voudrait se poser en martyr, il ne faut pas lui donner cela », considère un macroniste de la première heure.

Le président de la République accepte donc que ses émules s’affrontent, et attend que la situation se décante, notamment dans les sondages, avant d’intervenir éventuellement. Plus darwinien que jamais.

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4 septembre 2019

Jair Bolsonaro ironise sur son « ami Macron » et confirme vouloir exploiter davantage l’Amazonie

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Jair Bolsonaro, le 3 septembre 2019, à Brasilia. | ADRIANO MUCHADO / REUTERS

Le président brésilien Jair Bolsonaro a ironisé mardi au sujet du président français, en le mentionnant comme étant son « ami Macron », le chef d’État français. Il a également réaffirmé sa volonté de développer économiquement, à travers l’extraction minière notamment, la plus grande forêt tropicale de la planète.

Le bras de fer, sur fond d’incendies en Amazonie, continue entre Bolsonaro et Macron. « Je suis reconnaissant à Macron, mon ami Macron, grâce auquel le peuple brésilien a pu connaître une Amazonie qu’il ne connaissait pas, avec ses richesses », déclaré Jair Bolsonaro à la presse à Brasilia, prononçant avec emphase et à la française le nom du président.

« Notre Amazonie est plus grande que celle des autres pays », a ajouté le président brésilien concernant la superficie de l’Amazonie que le Brésil abrite sur son territoire (60 %), avec huit autres pays, dont la France grâce à la Guyane.

En Amazonie, « nous avons des richesses incalculables, si nous savions exploiter ces richesses de manière rationnelle et avec de la valeur ajoutée (cela apporterait) une impulsion formidable à notre économie », a déclaré M. Bolsonaro.

Développer l’agriculture et l’extraction minière

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier, Jair Bolsonaro a fortement encouragé le développement de l’agriculture et de l’élevage en Amazonie et s’est dit favorable à l’extraction minière - y compris dans les réserves indigènes - dans le très riche sous-sol amazonien.

La déforestation, qui progresse rapidement sous son gouvernement, est jugée par les spécialistes largement responsable de l’avancée des incendies en Amazonie.

M. Bolsonaro a exigé à plusieurs reprises que M. Macron « se rétracte » après que celui-ci a évoqué une internationalisation de la préservation de l’Amazonie et estimé que la souveraineté sur l’Amazonie était une question ouverte.

M. Macron avait mis au menu du G7 de Biarritz fin août les incendies en Amazonie et appelé le Brésil à agir, déclenchant une vague de pressions internationales sur Brasilia.

Des milliers d’incendies toujours en cours

L’entrée en action sur le terrain de l’armée brésilienne depuis plus d’une semaine n’a toujours pas fait baisser le nombre d’incendies. Plus de la moitié des 1 284 nouveaux départs de feu enregistrés lundi soir en 24 heures par l’institut INPE dans l’ensemble du Brésil l’ont été en Amazonie, malgré le déploiement de 18 avions et 3 900 hommes.

Les autorités israéliennes ont annoncé mardi l’envoi le soir même d’une délégation de pompiers et d’experts en catastrophes naturelles pour aider le Brésil face aux incendies.

Enfin, après avoir annulé la veille pour raisons médicales sa participation à un sommet régional sur les incendies en Amazonie prévu vendredi en Colombie, M. Bolsonaro a indiqué qu’il assisterait au sommet par téléconférence.

On ignorait si le sommet était toujours prévu à Leticia, une ville située en Amazonie colombienne sur la triple frontière entre la Colombie, le Pérou et le Brésil.

Jair Bolsonaro doit être opéré dimanche à Sao Paulo pour la quatrième fois depuis l’attentat à l’arme blanche qui avait failli lui coûter la vie durant sa campagne électorale le 6 septembre 2018.

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4 septembre 2019

Hollywood

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4 septembre 2019

Brexit : Boris Johnson a perdu un vote crucial au Parlement

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Par Raphaëlle Bacqué, Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante

Les opposants au « no deal » comptent bien faire adopter, mercredi, une législation obligeant le premier ministre à aller quémander un report du divorce avec l’UE.

Encore une folle journée en direct de Brexitland. Elle s’est particulièrement mal déroulée pour Boris Johnson, mardi 3 septembre. Et la soirée fut pire encore. En l’espace de quelques heures, pour sa première confrontation avec le Parlement revenu de vacances, le premier ministre britannique a perdu ce qu’il lui restait de majorité à la Chambre des communes. Echoué à éviter une véritable rébellion dans son propre camp conservateur, et perdu une sacrée manche face aux opposés au « no deal », qui ont réussi à prendre le contrôle de l’ordre du jour législatif. Ces élus comptent bien faire adopter mercredi 4 septembre une législation l’obligeant à aller quémander un report du divorce avec l’Union européenne (UE).

« Oooooorder ! » Boris Johnson vient de prendre la parole à la Chambre, il est 15 h 30, et John Bercow, le président, qui n’a rien perdu de sa puissance vocale pendant la pause estivale, aboie déjà. Les députés sont chauffés à blanc. La décision du premier ministre, fin août, de fermer le Parlement pour cinq longues semaines juste avant le Brexit ne passe toujours pas. Tout comme les menaces tous azimuts, proférées par son entourage, de ne pas respecter une initiative parlementaire visant à bloquer un « no deal », ou de priver d’investiture les tories qui voteraient cette loi : elles ont au contraire galvanisé les conservateurs « rebelles ».

« Je négocie un accord avec Bruxelles [le premier ministre dit vouloir une suppression du “backstop” irlandais], il n’y aura pas de décalage supplémentaire et inutile du Brexit », articule le premier ministre, la voix couverte par les « noooo » de l’opposition. « Jamais jusqu’à présent, les Communes n’ont forcé un premier ministre à accepter ainsi une loi [anti- « no deal »]. Cela va permettre à l’UE de garder le Royaume-Uni en son sein, et à ses propres conditions ! C’est une loi défaitiste », ajoute nerveusement M. Johnson, dans un clin d’œil très appuyé au fameux « We shall never surrender », de Winston Churchill, son grand homme.

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Une « mascarade »

Le gouvernement travaille d’arrache-pied à un nouvel accord avec Bruxelles, jure encore le dirigeant, toujours sous les huées des députés, ceux de l’opposition, qui lui font face mais aussi les « backbenchers » (de l’« arrière-banc »), dans son dos, ces élus de son propre camp, qui n’hésitent plus à le défier en public. Ils sont nombreux à penser que le gouvernement n’a en réalité qu’une seule stratégie : le « no deal ». Prouvez-nous que vous négociez, lui lance Philip Hammond, l’ex-chancelier de l’échiquier de Theresa May, un poids lourd du parti, « et publiez les propositions que vous comptez faire à Bruxelles ! ».

Les révélations du Telegraph, la veille au soir, ont eu le temps d’infuser dans les labyrinthiques couloirs de Westminster. Le quotidien, pourtant très proche de la « ligne Boris », rapporte qu’au cours d’une réunion de cabinet, Dominic Cummings, principal conseiller de M. Johnson, a assuré que les négociations avec l’UE n’étaient qu’une « mascarade »…

La rue est également très animée. Dès la fin de la matinée, des manifestants brandissant le plus souvent des drapeaux européens se sont rassemblés devant les caméras de télévision installées face à Westminster bardé d’échafaudages. Cette fois, ils ont ajouté à leurs anathèmes habituels contre le Brexit – « Bollocks to Brexit ! » est l’un de leurs slogans les plus enjoués − des attaques contre le premier ministre et sa volonté de suspendre le Parlement. « Stop the coup ! » scandent-ils devant les effigies de Boris Johnson, affublé d’un nez rouge et rebaptisé « Bojo the clown ».

Quelques dizaines de partisans de la sortie de l’Union européenne sont pourtant venus rappeler le résultat du référendum. « We voted leave » (« Nous avons voté pour sortir [de l’UE] »), « In democracy, a majority is a majority » (« En démocratie, la majorité est la majorité »). On s’interpelle d’un bord à l’autre, mais en évitant toutefois une confrontation physique, tant les camps sont irréconciliables depuis que le référendum a coupé en deux le pays, il y a trois ans.

Spéculations sur l’imminence d’une élection générale

Mais le spectacle le plus surprenant reste à l’intérieur des Communes. En pleine allocution de M. Johnson, Philip Lee, un député conservateur, membre du parti depuis 1992, fait défection en direct. Le premier ministre perd instantanément la seule voix de majorité qui lui reste. L’élu fait son entrée dans la salle, semble hésiter, et choisit de prendre place, à droite, dans les rangs des Lib-dem. « Il a traversé la salle », jubile Joe Swinson, la toute nouvelle leader des Libéraux-démocrates, qui compte bien profiter de la guerre civile chez les tories. Dans sa lettre de démission, rendue publique en fin d’après-midi, M. Lee a des mots très durs : « Le Brexit a transformé ce qui fut un grand parti en quelque chose qui ressemble davantage désormais à une faction […] infectée par le populisme et le nationalisme anglais. »

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Les spéculations sur l’imminence d’une élection générale, remontent en flèche. Si l’opposition tentait un vote de défiance dans les jours qui viennent, elle aurait désormais de bonnes chances de le gagner. A deux pas de la salle des débats, les porte-parole du gouvernement, aux abois, briefent les journalistes. Dans un coin, Dominic Cummings observe la scène. En chemise ouverte sur jean gris, franchement pas l’uniforme de rigueur à Westminster. L’ex-directeur de la campagne Leave, en 2016, est devenu la cible des manifestants, qui l’accusent d’être derrière le « coup », la suspension du Parlement (elle devrait être effective du 9 septembre au 14 octobre).

Dehors, les manifestants ont appris en direct, sur leurs téléphones, la défection du député conservateur Philip Lee. « Traîtres ! On s’en souviendra lorsqu’il faudra voter ! », réagissent aussitôt les manifestants pro-Brexit avec des cris de rage, furieux de ce nouveau soubresaut parlementaire qui contrevient à leurs yeux à l’expression de la souveraineté populaire. Les pro-européens, eux, ne savent pas trop s’il faut se réjouir, déjà maintes fois douchés dans leurs espoirs. Alors ils entonnent pour la énième fois de la journée, l’hymne européen emprunté à la neuvième symphonie de Beethoven, en chœur, et sans se lasser.

La voie semble libre pour un vote positif

Dans la soirée, les rangs des « rebelles » conservateurs grossissent… Les médias britanniques font le décompte, élu par élu. Philip Hammond, Dominic Grieve, Greg Clark… Seize « rebelles », dix-sept en comptant M. Lee. Assez pour prendre le contrôle de l’agenda législatif à la Chambre.

A 23 heures, le couperet tombe : une confortable majorité (27 voix) a voté la motion pour prendre le contrôle de la Chambre, dont pas moins de 21 députés conservateurs, pour beaucoup anciens ministres. La voie semble libre pour un vote, également positif, mercredi, sur le texte imposant le report du Brexit au premier ministre.

Quelques instants plus tard, dans une séquence politique probablement inévitable, mais tout de même complètement inédite, M. Johnson confirme que si cette loi anti « no deal » passe, il proposera dans la foulée la dissolution du Parlement pour convoquer des élections générales. En parallèle, Downing Street fait savoir que les 21 « rebelles » vont devoir quitter les bancs conservateurs, y compris M. Hammond qui était encore chancelier de l’échiquier en juillet, et Sir Nicholas Soames, le petit-fils de Winston Churchill…

M. Johnson a besoin des deux tiers des voix aux Communes pour dissoudre le Parlement. Impossible sans celles des travaillistes. Jeremy Corbyn acceptera-t-il de relever le gant ? Oui, mais pas avant d’avoir obtenu que la loi anti « no deal » ne soit proprement ratifiée, a répondu le chef de parti mardi soir. Une manière évidemment d’affaiblir le premier ministre avant de se lancer à corps perdu en campagne…

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4 septembre 2019

Vu sur internet

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4 septembre 2019

Entretien « Quand ces œuvres disparaissent, il y a un sentiment de perte collectif »

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Par Emmanuelle Jardonnet

Le galeriste Baptiste Ozenne revient sur le vol d’une création de Banksy près du Centre Pompidou, constaté mardi.

Le galeriste Baptiste Ozenne avait été le premier à apposer des plaques de plexiglas sur les pochoirs disséminés par le street-artiste britannique Banksy dans Paris, en juin 2018. Ce collectionneur et marchand spécialisé dans le graffiti et le street art réagit au vol, constaté mardi 3 septembre, de l’œuvre de Banksy peinte à l’arrière d’un panneau de signalisation du Centre Pompidou.

Etes-vous surpris par ce nouveau vol parisien ?

Oui et non. Il y avait déjà eu une première tentative de vol l’été dernier, la plaque de plexi posée par le Centre Pompidou avait été arrachée. Je me doutais que l’œuvre n’allait pas tenir un nouvel été. Ce vol intervient quelques jours à peine après la disparition de la fresque anti-Brexit que Banksy avait peinte en 2017 à Douvres, en Angleterre. Les voleurs ont pu se dire qu’il fallait se dépêcher avant que quelqu’un d’autre ne mette la main dessus.

Il y a de la concurrence, d’autant qu’il existe un marché d’œuvres de Banksy prélevées dans la rue : certains galeristes se spécialisent dans l’achat aux propriétaires des murs, et revendent, à 200 000, 400 000, 600 000 euros… On m’a récemment proposé à la vente le pochoir fait en décembre par Banksy dans une ville industrielle du Pays de Galles, où il dénonçait la pollution de l’air par une usine sidérurgique. Un marchand l’a acheté aux propriétaires du mur et le revend 500 000 euros.

Pour les vols, les ventes sont plus complexes. Cette œuvre n’a pas de propriétaire, et je suppose que pour des questions de prescription, elle va disparaître pendant une dizaine d’années avant d’être vendue.

Que reste-t-il de l’opération parisienne de Banksy, qui date d’il y a un peu plus d’un an ?

Les œuvres réalisées sur les murs sont plus difficiles à voler, mais sont facilement dégradables. Il reste le beau détournement du Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard dans le 19e arrondissement. Je l’avais protégé avec du plexiglas, comme l’un des rats en hommage à Mai 68, du côté de Notre-Dame. Le rat qui saute avec un bouchon de champagne à Montmartre a lui aussi survécu, mais le pochoir situé près de la Sorbonne a disparu. Celui des petits rats en habits d’époque près de la tour Eiffel et celui de la porte de La Chapelle ont également été recouverts. Celui du Bataclan a été volé…

Il y a ceux qui volent pour faire du business, et les rageux, qui graffent dessus car ils estiment que ce n’est pas ça le graffiti, ou que l’aspect éphémère des œuvres réalisées dans la rue est le processus normal des choses. Pourtant, la protection des œuvres existe : certains artistes évitent les supports qui peuvent être volés, et même sur les murs, Invader, par exemple, rend l’arrachage de ses mosaïques difficiles, voire impossible, sans les détruire. Et afin que les vols aient le moins de valeur possible, il crée aussi des doubles achetables en galerie. Avec Banksy, la tentation est très forte, vu les prix de ses œuvres, et le fait qu’il s’agit de créations in situ uniques.

Quand Banksy peint ses pochoirs dans la rue, il sait que leur statut est fragile et éphémère. Faut-il les protéger malgré tout ?

Quand il est intervenu à Paris, je savais très bien que ça se passerait comme ça, je connais le jeu. C’est pour ça que j’avais eu le réflexe d’aller acheter des plaques de plexi pour protéger six des œuvres. J’avais peur pour celui du Bataclan, je leur avais écrit pour leur conseiller de déplacer la porte avec l’hommage aux victimes à l’intérieur. Ils l’ont protégé d’une vitre solide contre le vandalisme, mais ça n’a pas suffi contre le vol. Quand ces œuvres disparaissent, il y a un sentiment de perte collectif. Certaines interventions d’artistes dans la rue, celles de Banksy en particulier, deviennent iconiques. Elles marquent l’histoire d’un lieu, et deviennent du patrimoine culturel, des monuments en soi, que certaines personnes viennent voir de loin. Donc oui, on peut envisager de les protéger, comme aujourd’hui on restaure des fresques de Keith Haring.

Certains artistes intervenus sur des murs brillent par leur puissance, à nous de protéger leur travail à temps. Quand Banksy sera mort, les villes qui auront su garder ses œuvres seront riches de cette histoire. C’est dommage que ce soit les gens qui les volent qui reconnaissent leur valeur. Les pochoirs du Centre Pompidou et du Bataclan auraient pu être mieux protégés. J’espère que les gens commencent à comprendre qu’il faut prendre les devants. Là, on a bien vu que ça arrive à chaque fois, ce n’est pas une option. Dès que les peintures sont sur un support amovible, il faut les mettre à l’abri. Pour les murs, il n’y a rien d’autre à faire que le plexi. Je pense que le Napoléon à cheval est convoité, mais le propriétaire du mur n’est pas un privé, c’est un logement social. A Londres, la protection des Banksy est entrée dans les mœurs : ils sont systématiquement protégés par des vitres, parfois blindées, depuis dix ou quinze ans, et ça marche.

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