Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
9 septembre 2019

Haris Nukem : Faith

HarisNukem_Leadership-Qualities-x540q100

HarisNukem_Romantic-Interlude-x540q100

HarisNukem_Status-Update-x540q100

HarisNukem_The-Fall-x540q100

HarisNukem_The-Pursuit-x540q100

S’appuyant sur la fascination de Nukem pour l’iconographie spirituelle, Faith (Foi) brouille avec imagination le passé et le présent pour créer un nouveau récit visuel et mythique. Riche en symbolisme et en théâtralité, les photographies de Nukem sont un commentaire crucial sur la culture moderne. Abordant des préoccupations pressantes telles que l’hédonisme, les trolls en ligne, le tribalisme, les médias sociaux, la renommée et la fragilité des services publics, la série explore le concept de conviction morale et spirituelle et ce que signifie la «foi» dans le monde interconnecté dans lequel nous vivons. Aujourd’hui.

Mélangeant la somptuosité romantique de l’imagerie classique avec une esthétique urbaine socialement consciente, les muses de Nukem (musiciens émergents, modèles, artistes, créatifs et amis) sont un éventail d’images – bibliques, historiques, royales, mythologiques – dans un cadre contemporain.

Reprenant notre idée de la «justice», cette exposition immersive juxtapose de manière créative des thèmes tels que le romantisme et le matérialisme, la douceur et la force, le glamour et la rétribution, les héros et les dieux. Nukem a déclaré: «Dans notre monde de plus en plus laïque, la« foi »est une exploration des espaces dans lesquels placer nos croyances.

Le photographe ayant librement choisi sa trajectoire, est en passe de devenir un nom familier, ce trentenaire est l’un des photographes les plus imaginatifs et les plus évocateurs à émerger de ces dernières années.

Faith, présenté à la Maddox Gallery Mayfair, comprend 21 œuvres grand format, réparties sur deux étages dans la magnifique maison de ville victorienne de la galerie.

Haris Nukem : Faith

6 – 27 Septembre 2019

Maddox Gallery,

9 Maddox Street,

W1S 2QE Londres

https://maddoxgallery.com/

HarisNukem_21st-Cent-Final-x540q100

HarisNukem_Alice-x540q100

HarisNukem_Bad-Habits-x540q100

HarisNukem_Counting-Blessings-2-x540q100

HarisNukem_Death-of-Facts-x540q100

HarisNukem_Dopamine-x540q100

HarisNukem_Fragile-Worship-2-x540q100

HarisNukem_Hero-Life-x540q100

Publicité
9 septembre 2019

Festival de Deauville

depp

9 septembre 2019

Milo Moiré

milo258

milo358

9 septembre 2019

Chronique - Un testament peut-il imposer le célibat ?

Par Rafaële Rivais

Bien qu’elles entravent la liberté de se marier, les clauses de « non-convol » des testaments ne sont pas, par principe, illicites. Elles ne sont annulées que si les juges considèrent qu’elles sont « inspirées par des motifs répréhensibles ».

L’ancien patron de Volkswagen, Ferdinand Piëch, mort le 25 août en Allemagne, avait placé toute sa fortune dans deux fondations autrichiennes, dont les statuts font de sa dernière épouse, Ursula, son héritière, à condition … qu’elle ne se remarie pas. Si la dame, âgée de 63 ans, devait à nouveau convoler en justes noces, elle n’aurait plus droit à ce pactole, estimé à plus d’un milliard d’euros.

Une telle clause de célibat – ou plutôt de « viduité », s’agissant d’un remariage – aurait-elle été admise dans un testament autrichien, alors qu’elle entrave la liberté matrimoniale ? « Elle serait contraire à l’article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme », estime Me Charlotte Butruille-Cardew, avocate associée au sein du cabinet CBBC, spécialiste en droit international de la famille. Cet article énonce que « l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille, selon les lois nationales ».

Intention des testateurs

En France, la liberté du mariage est un principe d’ordre public à valeur constitutionnelle. Pourtant, les clauses de « non-convol » n’y sont pas interdites : le code civil n’en parle pas ; la Cour de cassation a toujours refusé de juger qu’elles seraient, par principe, illicites. Elle a précisé, le 25 mars 1946, qu’une clause de viduité ne peut être « réputée non écrite » que si elle a été « inspirée par des motifs répréhensibles, dont la preuve incombe à la partie qui en demande l’annulation ».

« Les tribunaux ont donc constamment recherché les intentions des testateurs », explique Me Nicolas Graftieaux, avocat spécialiste du droit de la famille, au sein du cabinet NMCG. Ils ont validé les clauses de non-convol, lorsqu’elles semblent dictées par le seul souci « d’assurer l’avenir des enfants issus du mariage » (1946), de « protéger le conjoint contre sa propre faiblesse » (1952) ou « d’empêcher que le remariage n’entraîne la perte du commerce familial » (1958), ainsi que le précise une étude de Patrice Hilt, professeur de droit, sur Le couple et la convention européenne des droits de l’homme (Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2004). Un tribunal a jugé valable la condition de viduité imposée par un fils à sa mère, afin que celle-ci « conservât le nom de son père et ne transportât pas dans une autre famille ses affections et sa fortune » (1958).

Jalousie posthume

Les juges n’ont annulé les clauses de célibat que lorsqu’elles étaient manifestement inspirées par des mobiles répréhensibles, tels qu’« un état d’esprit malveillant ». C’est ce que plaide la veuve de Louis Minel, qui, pour continuer à bénéficier de l’usufruit de certains biens, ne doit ni se remarier, ni vivre en concubinage. Le tribunal de grande instance de Chaumont (Haute-Marne) annule la clause de remariage, le 25 septembre 1969, en jugeant qu’elle a été dictée par « une sorte de jalousie posthume ».

Il refuse toutefois d’écarter la clause de non-concubinage : « Même si elle est inspirée par une jalousie excessive, la clause de non-concubinage tend en fait à éviter que celle qui peut encore porter le nom de Minel et qui demeure aux yeux de tous comme ayant été son épouse légitime ne se place dans une situation de fait défavorablement jugée par l’opinion la plus répandue et ne vienne ainsi déshonorer la mémoire de celui qui fut son mari », juge-t-il.

Le 25 avril 1963, la cour d’appel de Nîmes est appelée à juger une bien curieuse affaire : un homme, M. Ulpat, revendique la part d’héritage que Mme Durand née Bertet a obtenue, à la mort de son frère, Léon Bertet, en 1936. M. Ulpat affirme que Léon avait, avant de mourir, légué ses biens à sa sœur, à la condition expresse qu’elle n’épouserait jamais un certain M. Durand.

M. Ulpat explique que cette condition, couchée dans son testament, procédait du « désir légitime de ne pas voir sa sœur s’allier à un homme atteint d’un grave dérèglement mental et qui avait attenté à sa vie ». Il précise que c’est à son profit que la sœur devait être déshéritée, si elle épousait l’homme en question. Il constate que le mariage s’est fait, dans les années 1950, et il demande que le legs consenti à la sœur soit annulé.

Liberté de religion

La cour d’appel s’interroge sur la raison pour laquelle Léon a inséré cette clause dans son testament. Elle conclut que « [M.] Ulpat nourrissait à l’égard de [M.] Durand une animosité certaine, et que c’est elle qui a guidé [M.] Bertet à insérer dans son testament la clause litigieuse, pour assouvir sinon des rancunes, du moins des rancoeurs personnelles ». Ce motif étant répréhensible, elle refuse d’annuler le legs, et la Cour de cassation l’approuve, le 8 novembre 1965 (N° 593).

Les tribunaux ont annulé des clauses qui portaient atteinte à « la liberté de pensée, de conscience et de religion ». Le tribunal civil de la Seine annule, le 22 janvier 1947, la clause discriminatoire suivante : « Si ma petite-fille épousait un juif, je révoque le legs fait à son profit et j’en dispose au profit de l’œuvre des orphelins d’Auteuil. » La cour d’appel de Montpellier juge, le 3 juillet 2014, qu’est illicite la clause d’un testament rédigé à Casablanca par deux époux marocains morts en France ; cette clause stipule qu’« à la mort de leur dernière fille », leur fils héritera, « à la condition que sa femme et ses enfants soient déjà convertis à la religion juive ». La cour, saisie pour renvoi après cassation, considère que cette clause « est contraire aux dispositions d’ordre public », garanties par les articles 8 et 9 de la convention européenne des droits de l’homme.

Contrats de travail

Comme le souligne Me Graftiaux, « les tribunaux n’ont encore jamais annulé une clause, du simple fait qu’elle aurait porté atteinte à la liberté du mariage ». Cette affaire récente en témoigne : le 30 janvier 1995, Jean-Yves X fait donation à sa seconde épouse, Pascaline, de la plus forte quotité disponible, à condition qu’elle ne le quitte pas et qu’elle ne demande pas le divorce.

Au décès de Jean-Yves, sa fille Myriam, issue d’un précédent lit, assigne Pascaline ; elle affirme que la donation ne peut produire effet, car l’épouse avait fait une requête en divorce, juste avant que Jean-Yves ne meure. Celle-ci réplique que la clause litigieuse n’est pas « licite », mais perd, « attendu qu’aucune disposition légale n’interdit à l’époux qui consent une donation à son conjoint pendant le mariage d’assortir celle-ci d’une condition dont l’inexécution entraînera la révocation », comme le confirme la Cour de cassation, le 13 décembre 2005 (N°02-14135).

Pourtant, une bonne partie de la doctrine demande que les clauses de célibat soient déclarées nulles par principe, dans les donations et les testaments, comme elles l’ont été dans les contrats de travail, à partir des années 1960 : la cour d’appel de Paris a ainsi donné aux hôtesses d’Air France la liberté de se marier.

9 septembre 2019

Miss Feifei

leilei22

leilei23

leilei24

Publicité
9 septembre 2019

Erdeven - plage de Kerminihy

erdeven bunker

9 septembre 2019

Les hommes, grands perdants de la séduction ?

Par Maïa Mazaurette

Depuis #metoo, plus moyen de trouver des partenaires de galipettes, se plaignent certains. Face à ce sentiment d’injustice, au demeurant plus ancien, la chroniqueuse de la Matinale Maïa Mazaurette leur donne quelques conseils.

LE SEXE SELON MAÏA

C’est bien connu : depuis le mouvement #metoo, les hommes ne peuvent plus rien dire ni rien faire. Ceinture et sécateur à tous les étages ! Sous dictature féministe, plus moyen d’approcher une femme. Les preux chevaliers-conquérants sont devenus des moines, vœu de chasteté compris.

Eh bien ! Quand on pense qu’il y a quatre ans à peine, il était aussi simple de commander du sexe qu’une pizza à domicile ! C’est du moins ce que le magazine Vanity Fair suggérait : dans le monde des sites de rencontres hétérosexuels, les hommes « gagnaient » (des rapports faciles) et les femmes « perdaient » (l’amour – « Tinder and the Dawn of the “Dating Apocalypse” », Nancy Jo Sales, août 2015).

Cependant, depuis la focalisation publique sur les questions de harcèlement, un certain discours masculin (#notallmen) se plaint d’une pénurie de partenaires de galipettes. 30 % des hommes estiment ainsi que les relations avec les femmes se sont tendues (Ipsos/GQ, décembre 2018). La séduction était-elle plus simple avant ? Pas pour les femmes. Et pas non plus pour les hommes (je sors la carte Houellebecq, j’empoche les 2 millions d’euros et je rachète Gallimard).

Le sentiment d’une fondamentale injustice, au détriment des hommes, existe depuis toujours : on l’entend dans l’expression « les femmes disposent ». Il suffirait aux demoiselles de faire leur choix entre dix mille princes charmants prêts à piétiner leur fierté pour un baiser. (J’aimerais bien, remarquez.)

Sentiment d’injustice

Ce sentiment d’injustice est d’autant plus problématique que le désir masculin reste, encore aujourd’hui, perçu comme le plus pressant et le plus fréquent. Ainsi, 32 % des Anglais (27 % des hommes, 37 % des femmes) pensent que les hommes ont des besoins supérieurs (End Violence Against Women Coalition, août 2019, étude menée sur 3 922 adultes). Cette perception s’appuie, entre autres, sur du Darwin extra-light : les hommes seraient programmés pour disséminer leur semence en couchant avec le maximum de femmes, lesquelles seraient fondamentalement monogames (manque de chance, une toute récente étude germano-américaine montre qu’en termes de survie de l’espèce, la multiplication des partenaires bénéficie plus aux femmes qu’aux hommes – sans qu’on sache encore pourquoi).

Et attention, on ne plaisante pas avec le différentiel de désir ! Les souffrances engendrées sont telles que la menace d’une guerre civile plane sur votre déjeuner dominical (reprenez donc une part de tarte aux pommes). Voici ce qu’écrit l’analyste en données Bradford Tuckfield dans le magazine conservateur Quillette (« Attraction Inequality and the Dating Economy », mars 2019) :

« Quelles que soient les règles qui régiront le futur des rencontres et du sexe, il faudra toujours qu’elles trouvent un moyen de gérer les instincts polygames sur lesquels notre espèce repose historiquement, et qui se révèlent aujourd’hui dans les statistiques des applis de rencontres. A moins que nous ne soyons prêts à accepter le risque de conflits sexuels et de guerres qui, historiquement, accompagnent les inégalités majeures (…) Tout indique que l’inégalité d’accès au sexe est là pour rester, et que nous ne pouvons l’ignorer qu’à notre péril. »

De quelles statistiques parle l’auteur ? De celles données par Tinder et OkCupid, deux leaders des sites de rencontres. Selon les chiffres retenus par Bradford Tuckfield, l’attention des femmes serait entièrement concentrée sur les 20 % d’hommes les plus séduisants. Elles jugeraient d’ailleurs 80 % des hommes comme moins beaux que la moyenne. Les hommes, eux, seraient plus égalitaires dans leurs choix, et plus éclectiques dans leur admiration (ils multiplieraient aussi les petits pains).

Les femmes, sélectives jusqu’à l’absurde ?

Est-il exact que les femmes sont sélectives jusqu’à l’absurde ? Sur Tinder, les hommes acceptent 46 % des profils, les femmes seulement 14 %. Sur OkCupid, les hommes entament 80 % des conversations, mais s’adressent essentiellement aux (très) jeunes femmes. Les plus beaux obtiennent plus de réponses… mais ce sont aussi ceux qui envoient le plus de messages. Les hommes, comme les femmes, cherchent des partenaires plus attractifs qu’eux-mêmes ne le sont.

Les données sont nombreuses, fluctuantes, parfois contradictoires. Téléportons-nous donc du côté des résultats concrets : pour peu qu’on s’en tienne au monde hétérosexuel, il est contre-productif d’opposer les prérogatives des hommes ou des femmes, parce qu’à la fin, ils couchent ensemble (se marient, font des enfants, vivent heureux avec leur labrador). Personne ne gagne ou ne perd. Sauf à considérer que les femmes n’aiment pas le sexe.

Mais d’accord. Imaginons que le monde de la séduction soit injuste, notamment sur les sites de rencontres, et que les hommes soient les dindons de la farce. Si cette culture sexuelle ne nous convient pas, nous pouvons la modifier.

Par exemple, les hommes peuvent arrêter d’utiliser les applications. Pourquoi recourir à un service prétendument inefficace – sans même parler de payer un abonnement ? Le New York Times révélait la semaine dernière que les hommes se perçoivent comme d’autant plus moches qu’ils passent du temps sur ce genre de plates-formes (« Beach Body Tyranny Hurts Men Too », Katharine A. Phillips, 29 août). A ce compte-là, séduire dans les bars ou dans les dîners entre amis serait une meilleure idée.

Deuxième possibilité : les hommes pourraient renverser le différentiel de désir… en jouant plus charnellement le jeu de la séduction. Si les femmes ont hérité de techniques féminines d’embellissement (soins, hygiène, vêtements, bijoux, maquillage), rien n’empêche les hommes d’en faire autant. D’ailleurs, sans vouloir ironiser, utiliser des applications de rencontres basées sur le physique tout en négligeant le sien, c’est courir droit dans le mur. Inutile d’accuser le mur.

Enfin, rien n’empêche la start-up nation de créer des applications de rencontres corrigeant les « injustices ». Les femmes sont trop exigeantes en termes d’esthétique ? Créez un filtre Apollon. Les femmes manquent de désir ? Gobez des pilules réduisant vos pulsions – pourquoi les femmes devraient-elles s’adapter à vos envies, et pas l’inverse ? Enfin, les femmes ne seraient intéressées que par le statut social, garantissant un partenariat domestique solide ? Plutôt que des photos, affichez directement le solde de votre compte bancaire, le nombre de mètres carrés de votre appartement ou votre décompte de spermatozoïdes (n’oubliez pas la taille du glaive à deux mains).

Revenir sur Terre

Dernière possibilité : revenir sur Terre. Non, les hommes n’ont pas perdu leur accès au sexe – seulement leurs passe-droits sexuels. Oui, les hommes sexistes sont pénalisés par l’abaissement du seuil de tolérance envers les comportements prédateurs. Mais ça, c’est très bien. Si on ne respecte pas les préférences des femmes, on ne devrait pas coucher avec.

La majorité des Français ne vit aucune injustice. 72 % d’entre eux pensent d’ailleurs qu’on peut trouver l’amour sur les applications de rencontres (Harris Interactive/Groupon, 2019).

De toute façon, si le différentiel existe dans le monde de la séduction, ce n’est pas en menaçant les femmes d’une guerre civile que ça va s’arranger (au contraire). Inutile aussi de les supplier de « redistribuer » de la sexualité, comme si l’accès au corps des autres était un dû.

Il existe des solutions beaucoup plus réalistes et efficaces : 1) se rendre désirable donc, pour augmenter le nombre de partenaires qui nous désireront, 2) étendre le spectre de son propre désir, en augmentant le nombre de partenaires que nous désirerons. Il s’agit tout simplement de mettre plus de beauté dans ce monde : plus en nous-mêmes, plus dans notre regard. Ce ne serait que justice.

9 septembre 2019

Pierre et Gilles

pierre et gilles21

pierre24

9 septembre 2019

Récit - En 1971, le triomphe tragique de Francis Bacon au Grand Palais

Par Roxana Azimi

En octobre 1971, la France offre au peintre britannique une grande rétrospective au Grand Palais, où seul Picasso avant lui a été exposé de son vivant. Deux jours avant le vernissage, son compagnon George Dyer se suicide. Un drame qui bouleversera celui auquel le Centre Pompidou consacre une exposition à partir du 11 septembre.

Un chaud soleil darde ses derniers rayons sur le Grand Palais. Sur le perron du monument parisien, autour duquel la garde républicaine, postée de part et d’autre du grand escalier, forme une haie d’honneur, Francis Bacon attend patiemment. Ce mardi 26 octobre 1971, le peintre anglais, bientôt 62 ans, est tiré à quatre épingles. Seule la cravate est légèrement lâche. Il exulte. Dans ce Grand Palais où s’inaugure son exposition, seul un autre artiste vivant a déjà été exposé, Picasso, son idole.

Une foule d’invités de renom vient contempler ses toiles : les peintres Joan Miró et André Masson, ces vieux routiers du surréalisme dont il s’est réclamé à ses débuts ; l’écrivain Michel Leiris, qui a signé la préface du catalogue, ainsi que l’essayiste Gaëtan Picon, proche d’André Malraux. Même son jeune rival de 34 ans, David Hockney, a fait le voyage depuis Londres. Bacon ne lui prête qu’une vague attention, agacé par la notoriété croissante de son compatriote, homosexuel comme lui, peintre lui aussi – « mais une peinture tellement lisse ! », se moque-t-il souvent.

Ses yeux ronds de hibou offrent le regard vitreux de celui qui a déjà trop bu. Mais l’artiste, souvent qualifié de « hors-la-loi » par ses exégètes, porté sur les mauvais garçons, le jeu et les excès en tout genre, donne le change. Il garde son flegme, même devant un triptyque où les initiés reconnaissent George Dyer, son amant, assis sur la cuvette des toilettes. Une image dramatiquement prémonitoire.

Deux jours plus tôt, le 24 octobre, c’est dans cette même position que Bacon a découvert son compagnon mort d’une overdose d’alcool et de barbituriques, au luxueux Hôtel des Saints-Pères, rive gauche, où le couple séjournait. Amer sentiment de déjà-vu : en 1962, son grand amour Peter Lacy s’était donné la mort à Tanger, la veille du vernissage de la rétrospective de Bacon à la Tate Gallery, à Londres.

Fasciné par Paris

Au Grand Palais, la plupart des invités ignorent tout du drame. Valerie Beston, directrice de la Marlborough Gallery, à Londres, et proche du peintre, était à ses côtés lorsqu’il a découvert le corps de Dyer. Elle prend les choses en main, obtenant du patron de l’hôtel de cacher la mort, « de peur que les journaux n’en fassent leurs choux gras au détriment de la rétrospective », se souvient Michael Peppiatt, ami et prolifique biographe du peintre.

« POUR BACON, PARIS ÉTAIT LE SEUL LIEU OÙ UN ARTISTE DE SA TREMPE POUVAIT ÊTRE RECONNU » DIDIER OTTINGER, COMMISSAIRE D’EXPOSITION

Funeste ironie que cette soirée de vernissage, qui signe le drame, l’apothéose d’une carrière et le lien indéfectible du peintre avec la France. Né en 1909 à Dublin (avant l’indépendance irlandaise), Bacon est d’une génération que Paris aimante encore, celle qui fantasme sur le Bateau-Lavoir de Picasso, la Ruche de Modigliani, le Montparnasse de Giacometti. Dans l’entre-deux-guerres, la Ville-Lumière est le centre des arts. « Il a toujours pensé que les Anglais ne le comprenaient pas, que la réception à Paris était déterminante dans une carrière, que c’était le seul lieu où un artiste de sa trempe pouvait être reconnu », relève Didier Ottinger, commissaire de l’exposition « Bacon en toutes lettres », qui démarre ce 11 septembre au Centre Pompidou.

C’est à la galerie du célèbre marchand d’art Paul Rosenberg, au 21 rue La Boétie, qu’il a vu pour la première fois des œuvres de Picasso, en 1927. Un choc qui détermine sa vocation. L’autodidacte n’aura de cesse de revenir en France pour se nourrir des toiles de Nicolas Poussin, notamment Le Massacre des innocents. Mais aussi Ingres, Degas, Monet ou Soutine. Son ami l’écrivain John Russell écrit que Bacon « aime l’imagination débordante des meilleurs peintres français, l’ambition démesurée, le sérieux absolu, la propension à tout oser, le savoir inné de la carrière bien menée ».

Dès 1946, il participe à un accrochage de groupe qu’il juge « terrible » à l’Unesco, puis expose, en 1957, à la galerie Rive Droite avant d’exploser, dix ans plus tard, chez Aimé Maeght, le galeriste de Miró, Giacometti ou Tàpies. Dès 1969, l’État français lui propose une grande exposition, lui laissant le choix du lieu : le Musée national d’art moderne, dans le bâtiment alors poussiéreux du Palais de Tokyo, ou le Grand Palais, aux salles vastes et modernes. Bacon n’hésite pas. Il lui faut le Grand Palais, marqué par la présence de Picasso.

L’exposition est organisée par Maurice Eschapasse et Blaise Gautier, deux commissaires dont il n’est guère proche. Il prend lui-même les rênes de l’accrochage. Il choisit 108 tableaux, selon une chronologie commençant en 1944. L’événement lui tient tellement à cœur qu’il produit cinq nouveaux triptyques spécialement pour l’exposition, ainsi qu’une nouvelle version du « pape rouge » de 1962, inspiré du Portrait d’Innocent X par Velázquez, l’une de ses œuvres les plus connues, que son propriétaire refuse de prêter.

Fièvre des préparatifs

Pour la préface du catalogue, il s’adresse à l’écrivain Michel Leiris, qui a abondamment écrit sur Picasso et Giacometti. Bacon et lui s’étaient rencontrés en 1965, lors du vernissage du second à la Tate. Le courant passe d’emblée entre l’Anglais au caractère agité et le Français d’une timidité maladive. Ils ont des amies communes comme Isabel Rawsthorne, une femme libre, anticonformiste, peintre et muse à la fois, que Bacon représentera une vingtaine de fois.

Le Britannique ne peut rêver meilleur ambassadeur de son travail en France que Leiris, auteur de L’Age d’homme, à la fois proche de Georges Bataille ou de Sartre et Beauvoir, et gendre du grand marchand du cubisme Daniel-Henry Kahnweiler. En décalage avec l’art de son temps, Leiris trouve en Bacon un sujet si inspirant qu’il devient le préfacier attitré de toutes ses expositions françaises. Pour lui, comme pour le philosophe Gilles Deleuze, la peinture de Bacon, qui montre des chairs en lambeaux, dépecées, malaxées, des corps encagés, comprimés ou chancelants, est plus passionnante que la poussive école hexagonale abstraite d’après-guerre.

Tout à la fièvre des préparatifs pour son triomphe parisien, Bacon fait mine d’ignorer les bouleversements de l’époque. Mai 68 ? Il ne s’y reconnaît pas. Sa peinture a sa propre loi, affranchie des questions politiques ou sociales. Il n’adhère pas plus aux révolutions artistiques. Le structuralisme ? L’homme, nourri de surréalisme et d’existentialisme, en est loin. L’interview qu’il accorde à Marguerite Duras pour La Quinzaine littéraire en 1971 l’indiffère. Il s’ennuie devant l’art conceptuel auquel l’avant-garde est acquise, qualifie de « vieille dentelle » les coulures de Jackson Pollock et n’apprécie d’Andy Warhol que les films. En France, il n’a pas eu vent du groupe BMPT (Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni) qui voit le jour en 1970 avec un credo : la peinture est essoufflée et bourgeoise.

Bacon méprise ces diktats de la jeune garde. À Paris, il a d’autres choses en tête. Son exposition mais aussi ses nuits d’errance de bar en bar, ses mauvaises rencontres qui le laissent cabossé, la lèvre en sang, au petit matin. Depuis toujours, celui qui a assumé tôt son homosexualité, et qui a été mis à la porte à l’âge de 16 ans par un père puritain, trouve en France une forme de liberté.

Il est un habitué du Sept, un bar homosexuel de la rue Sainte-Anne, où il croise Rudolf Noureev, Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent. Y être riche ou célèbre ne suffit pas. Il faut avoir une gueule, du charisme. Et Bacon en a à revendre. « Il savait comment séduire, se souvient Michael Peppiatt. Quand Bacon vous appréciait, il vous rendait la vie plus excitante. »

« SI ON NE BUVAIT PAS COMME LUI, ON N’ENTRAIT PAS DANS SON MONDE » MICHAEL PEPPIATT, AMI ET BIOGRAPHE

Les poches toujours gonflées de liasses, comme le rapporte feu le peintre Vladimir Velikovic, qui fut son voisin, l’hédoniste écume tripots interlopes et grands restaurants, le Crillon et Taillevent, et siffle grands crus et champagnes jusqu’à l’aube. Sa descente est hors norme. Pour son ami l’historien d’art Eddy Batache, qui le fréquente à partir de 1975, l’alcool est « l’allié précieux » – car désinhibant – d’un « observateur passionné de la vérité humaine ». « Si on ne buvait pas comme lui, on n’entrait pas dans son monde », confie Michael Peppiatt, qui rappelle que Bacon était « remarquablement généreux, mais aussi remarquablement méchant, après le verre de trop ».

Il est insensible aux états d’âme de George Dyer, son amant. Le peintre l’a rencontré en 1963, dans un pub de Soho. Mauvais garçon du East End au fort accent cockney, le beau gosse roule des mécaniques et vit de menus larcins. L’artiste est séduit. Il croit tenir une petite frappe qui le rouerait de coups comme Peter Lacy, lequel, dans un accès de colère, l’avait un jour jeté d’une fenêtre. Blessé à l’œil, Bacon n’en aura été que plus amoureux. La volupté est forcément brutale, pense-t-il. « L’acte sexuel était pour lui une lutte sans merci », rapporte Eddy Batache dans le catalogue de l’exposition « Bacon, Monaco et la culture française », en 2016, au Grimaldi Forum.

« Il déplorait sans cesse de n’avoir jamais rencontré quelqu’un de plus fort que lui. Le mot qui lui venait à la bouche, quand on attirait son attention sur un bel homme, était souvent un verdict sans appel : c’est un faible. » George Dyer l’était indéniablement. Faible, tendre et paumé. Malgré ses costumes bien coupés et sa belle gueule, il ne trouvait pas sa place dans l’entourage sophistiqué du peintre.

À Paris, Bacon répète à qui veut l’entendre que leur tumultueuse relation touche à sa fin. Si Dyer l’accompagne, c’est qu’il apparaît sur tant de tableaux, se justifie-t-il auprès de Michael Peppiatt. À peine la Manche franchie, l’amant qui sort d’une cure de désintoxication, se remet à boire. Les querelles reprennent de plus belle. Lors d’un déjeuner au Grand Véfour, à quelques jours du vernissage, Peppiatt mesure l’immense détresse de Dyer tombé en désamour. « On sentait le vide après une passion », raconte-t-il.

Tristes coulisses

Bacon le laisse souvent seul. Le 24 octobre, vers 2 heures du matin, il frappe à la porte de Terry Danziger Miles, alors employé à la Marlborough Gallery, qui loge lui aussi à l’Hôtel des Saints-Pères. « Francis m’a demandé s’il pouvait dormir dans ma chambre parce que George avait ramené un Arabe qui puait des pieds », raconte-t-il dans un documentaire de 2017, A Brush with Violence. Au petit matin les deux hommes, accompagnés de Valerie Beston, forcent la porte de la chambre et découvrent Dyer mort sur la cuvette des toilettes.

« CHEZ LES VISITEURS, UN MÉLANGE DE FASCINATION ET D’EFFROI. ILS SORTAIENT DE L’EXPOSITION SUR LA POINTE DES PIEDS » MICHAEL PEPPIATT

Le soir même, Bacon se rend, stoïque, au fastueux dîner organisé par le marchand parisien Claude Bernard dans un hôtel particulier du quartier de l’Étoile, rue de Presbourg. Il y retrouve le couple Leiris, Louis Clayeux, l’œil d’Aimé Maeght, ainsi qu’André Masson. « Nous faisions tous des efforts désespérés pour faire “bella figura”. Lui était impassible », raconte Claude Bernard, qui lui offre ce soir-là une robe de chambre rouge à pompons de chez Charvet.

Le lendemain, lors de l’interview qu’il accorde à Jean Clair, alors jeune rédacteur en chef de la revue Chroniques de l’art vivant, Bacon répond avec précision aux questions, tout en vidant en une heure une bouteille de chablis posée sous sa chaise. « Il parle alors beaucoup de la mort, sans sentimentalisme », rapporte Clair.

Lorsque son amie Nadine Haïm, la sœur de Claude Bernard, l’escorte jusqu’au Grand Palais, elle sait « qu’il ne faut pas évoquer le sujet ». La nouvelle de la mort se propage plus tard dans la soirée, sous les lambris Belle Époque du restaurant Le Train Bleu, où se tient le grand dîner de vernissage. Étourdi par la fatigue et les lampées de Rully Clos Saint-Jacques du domaine de la Folie et de côte-de-brouilly, Bacon aurait confié ce soir-là : « Je savais depuis le début que cela tournerait mal. Si j’étais resté avec lui, au lieu d’aller m’occuper de l’exposition, il serait encore là maintenant. Mais je suis parti et il est mort. »

Le public qui se presse, jusqu’au 10 janvier 1972, au Grand Palais, ne saura rien de ces tristes coulisses. Il a déjà fort à faire devant cette « peinture criante de présence », comme l’avait écrit Leiris. « On remarquait, chez les visiteurs, un mélange de fascination et d’effroi, rapporte Michael Peppiatt. On les voyait sortir de l’exposition sur la pointe des pieds, effarés. » Eddy Batache, qui y verra pour la première fois des œuvres de Bacon, se souvient avoir été atteint « jusque dans des profondeurs insoupçonnées, comme envoûté, sans trop pouvoir analyser ce qui [lui] arrivait ».

APRÈS LE GRAND PALAIS, « L’ART DE BACON CHANGE, LE GESTE GAGNE EN INTENSITÉ ET EN SIMPLIFICATION » DIDIER OTTINGER

L’exposition aura un tel impact sur le cinéaste Bernardo Bertolucci qu’il y enverra l’équipe du Dernier Tango à Paris, en tournage non loin de là, dans le quartier de Passy, afin que ses acteurs Marlon Brando et Maria Schneider s’imprègnent des toiles. Les couleurs et les compositions iront jusqu’à être « copiées » pour certains plans du film. Il n’y a qu’un vieux trublion comme Salvador Dalí pour être imperméable. « C’est trrrrès, trrrès raisonnable », répète-t-il sans se faire entendre.

Ces quelques jours parisiens marqueront à jamais Bacon. Un mois après le drame, il peint un premier triptyque représentant Dyer en boxeur tordu de douleur par terre. Un second, réalisé en 1973, est encore plus éloquent. Sur le panneau de gauche, Dyer est prostré sur la lunette des W.-C. Sur celui de droite, il vomit au-dessus du lavabo. « Cette mort fut plus libératrice que culpabilisante », estime Didier Ottinger, observant qu’après la rétrospective parisienne « l’art de Bacon change, le geste gagne en intensité et en simplification ». Des roses pétants et des bleus tendres gagnent sa palette à mesure que le souvenir de l’amant suicidé s’estompe.

S’il n’abandonnera jamais l’alcool à très haute dose, Bacon s’éloignera de beaucoup de ses proches avec qui il faisait la bringue. Sa prochaine relation amoureuse sera moins tumultueuse. Au milieu des années 1970, il rencontre John Edwards, de quarante ans son cadet. Il en fera son seul héritier. Et c’est Edwards qui, après la mort de Bacon, pendant des vacances à Madrid, en 1992, s’occupera de la gestion d’une œuvre qui n’en finira pas de battre des records en salles de vente.

Une œuvre qui connaîtra à nouveau la gloire à Paris, lors de l’exposition organisée par Claude Bernard dans sa galerie, en janvier 1977. Plus de 2 000 personnes se pressent au vernissage. La petite rue des Beaux-Arts doit être fermée à la circulation. Tout se conclut par une luxueuse soirée arrosée à la Bourse du commerce. Sans qu’aucun drame ne vienne gâcher la fête.

« Bacon en toutes lettres », au Centre Pompidou, Paris 4e. Du 11 septembre 2019 au 20 janvier 2020.

8 septembre 2019

"Quand c'est non, c'est NON !"

non c'est npn

Publicité