L’ouragan Dorian, du « jamais-vu dans l’histoire des Bahamas »
L’ouragan de catégorie 5 s’est abattu, dimanche, sur les îles Abacos avec des vents frôlant les 300 km/h, causant d’importants dégâts.
« Nous sommes face à un ouragan (…) comme nous n’en avons jamais vu dans l’histoire des Bahamas », a déclaré, dimanche 1er septembre, Hubert Minnis, le premier ministre de cet archipel caribéen de quelque 700 îlots situé entre la Floride, Cuba et Haïti. Et d’ajouter, en larmes, « c’est probablement le jour le plus triste de ma vie ».
L’ouragan Dorian s’est abattu sur les Bahamas avec son lot de pluies torrentielles et de vents violents. Le cyclone, de catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, a touché terre sur l’îlot d’Elbow Cay et à Great Abaco, l’île principale des Abacos.
Décrit comme « catastrophique » par le Centre national des ouragans américain (NHC), il s’accompagne de vents soutenus atteignant 295 km/h, avec des rafales pouvant dépasser 350 km/h. Dorian est aussi puissant que Gilbert (1988), Wilma (2005) et l’ouragan du Labor Day de 1935. Seul Allen, en 1980, avait des vents soutenus supérieurs, atteignant 305 km/h.
Selon le NHC, basé à Miami, il a égalé le record de 1935 de l’ouragan le plus puissant de l’Atlantique lorsqu’il a touché terre, faisant redouter des scènes de dévastation. En outre, sa vitesse de déplacement est lente, « ce qui prolonge ses effets catastrophiques », a averti le NHC.
« Les gens sont encore traumatisés par Matthew [en 2016] mais c’est encore pire », a expliqué à l’Agence France-Presse Yasmin Rigby, qui vit à Freeport, à Grand Bahama. Sur l’îlot de Great Guana Cay balayé par le cyclone, où quelque 200 à 300 habitants sont restés, l’électricité a été coupée et les météorologues prévoyaient jusqu’à 60 cm de pluies et des ondes de tempête de plus de 6 mètres.
Des vidéos publiées sur le site du journal Tribune 242 des Bahamas montraient des vagues atteignant les toits de maisons en bois, des bateaux renversés flottant dans une eau boueuse au milieu de branches d’arbres, de planches et d’autres débris.
La Géorgie et la Caroline du Sud menacées
Après les Bahamas, l’ouragan devrait se rapprocher de la côte est de la Floride (sud-est des Etats-Unis), lundi soir et mardi. Même s’il n’est pas encore certain qu’il touchera terre dans le « Sunshine State », ni avec quelle intensité, le niveau d’alerte a été relevé pour plusieurs parties de la côte est de l’Etat. Les autorités de quatre comtés, dont celui de Palm Beach, ont ordonné l’évacuation des zones côtières les plus basses et des habitations les plus fragiles comme les mobile-homes.
Depuis la Maison Blanche, le président Donald Trump a appelé à la plus grande vigilance face à ce phénomène climatique « très très puissant ». « Initialement, il devait frapper directement la Floride », a-t-il rappelé dimanche matin à son arrivée à Washington de retour de Camp David. « Il semble désormais qu’il va remonter vers la Caroline du Sud et la Caroline du Nord. La Géorgie et l’Alabama vont aussi être touchés. » « Mais sa course pourrait encore changer », a mis en garde l’occupant du bureau Ovale, qui a annulé le voyage qu’il devait effectuer en Pologne ce week-end.
Le gouverneur de Caroline du Sud, Henry McMaster, a déclaré l’état d’urgence dans son Etat. « La force et le caractère imprévisible de la tempête nous obligent à nous préparer à tous les scénarios », a-t-il souligné. Il a également ordonné l’évacuation obligatoire de l’ensemble des zones côtières de l’Etat.
L’état d’urgence avait déjà été déclaré en Floride et dans une douzaine de comtés de l’Etat de Géorgie. Cette mesure permet de mieux mobiliser les services publics de l’Etat et de recourir si besoin à l’aide fédérale.
« Je suis sur mes gardes car cela peut encore évoluer »
Si une forme de soulagement dominait à Miami, les habitants restaient prudents et la distribution par la ville de sacs de sable pour lutter contre les inondations se poursuivait. Le gouverneur républicain de la Floride, Ron DeSantis, a exhorté la population à « rester vigilante ».
« Je suis sur mes gardes car cela peut encore évoluer : dans les 12 ou 24 heures avant que l’ouragan n’atteigne la côte, tout peut changer, racontait David Duque, 30 ans. Je vis en Floride depuis quinze ans, mieux vaut se préparer que d’attendre sans rien faire. »
La Floride, principalement constituée d’une péninsule, se trouve chaque année en première ligne lors de la saison des ouragans. Avec un relief très plat, le littoral est particulièrement menacé par une montée des eaux. Le centre des terres se caractérise également par de faibles altitudes. Pour les habitants, la principale menace est donc les inondations. Selon un officier coordonnant les secours, 12 000 soldats se trouvent actuellement dans l’Etat en attendant l’arrivée de Dorian. L’aéroport d’Orlando, où atterrissent les touristes voulant visiter Disney World, prévoit de fermer à partir de 2 heures du matin, lundi.
Synthèse - Les bons réflexes pour être plus écolo au bureau
Par Catherine Rollot
De retour de vacances, vous vous êtes métamorphosé en pro du tri sélectif (les cinq poubelles obligatoires dans votre Airbnb de Sardaigne vous ont fait la main), ou vous n’êtes pas parti à plus de 200 kilomètres pour ne pas alourdir votre bilan carbone. Peut-être avez-vous passé un été au vert, avec pour seule implication le suivi sur les réseaux sociaux des Trashtag Challenges, ces défis qui consistent à nettoyer la nature des déchets… Dans tous les cas, vous revenez dans l’open space plein de bonnes résolutions. Et vous avez de quoi faire.
Comme les 13 millions de Français qui travaillent dans les bureaux, et y passent en moyenne deux cents jours par an, vous remplissez votre « deuxième maison » de déchets. De 120 à 140 kg par an et par salarié dans le tertiaire, dont les trois quarts de papier. Mais l’empreinte environnementale ne s’arrête pas à la corbeille, tant les sources de gaspillage et de consommation d’énergie sont multiples. Voici quelques comportements et réflexes à adopter pour réussir sa rentrée écoresponsable au bureau. Car en complément de la politique environnementale de votre employeur, votre action individuelle compte.
Débutant
Réviser les règles du tri
Au bureau, faites comme chez vous, triez ! Depuis le 1er janvier 2018, toutes les entreprises de plus de 20 salariés sont soumises à l’obligation de trier et d’organiser la collecte de leurs déchets de papier. Mais trop d’entre eux finissent encore mélangés avec d’autres résidus, d’où des taux de recyclage faibles. Entre 15 % et 20 % en entreprise contre 41 % à domicile (Baromètre PAP50 du WWF sur l’évaluation de la politique papier de 50 grandes entreprises et organisations publiques 2018).
Pour améliorer ce taux, un peu de discipline s’impose : se déplacer jusqu’à la poubelle consacrée aux papiers et cartons, déposer les grands emballages en carton dans le conteneur prévu à cet effet (demander son installation s’il n’y en a pas). Dans la foulée, renseignez-vous pour savoir si d’autres matériaux font l’objet de tri dans votre entreprise et suivez les consignes.
Chasser le gaspillage
De 70 à 85 kg par an ! Le salarié est un papivore qui consomme « l’équivalent de trois ramettes par mois », selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Impression en noir et blanc, en recto verso, en mode brouillon… ces petits gestes allègent déjà considérablement la facture. Le choix d’une police de caractères « verte » a aussi un impact. Ecofont (téléchargeable gratuitement), grâce aux trous invisibles à l’œil nu insérés dans les lettres, utilise 20 % en moins d’encre et de toner qu’Arial, avec une lisibilité équivalente. Traquez les éléments inutiles comme les publicités, photos, espaces vides d’un document (en particulier pour les pages Web) avant impression. Certains logiciels comme GreenPrint, PrintWhatYouLike ou encore PrintFriendly font le ménage pour vous.
Même ligne de conduite pour l’éclairage (éteindre la lumière quand on sort d’un espace ou quand la luminosité est meilleure, dégager l’espace de ce qui fait obstacle à l’éclairage naturel). Plus délicate est la gestion du chauffage et de la climatisation, souvent source de conflit en open space. Trouvez un consensus autour de quelques règles simples comme garder les fenêtres fermées quand la climatisation fonctionne, la faire régler au minimum, ou encore aérer et rafraîchir le matin, fermer les volets et stores pendant la nuit pour garder la chaleur…
Revoir ses automatismes
Un quart des documents sont jetés cinq minutes après leur impression, et 16 % ne sont même jamais lus, soit l’équivalent de 400 millions d’euros gaspillés, selon l’Ademe. Avant de cliquer sur l’icône « imprimante », réfléchissez : document utilisé plusieurs fois, va pour l’impression car le stockage sur les serveurs numériques est également énergivore ; usage unique, la consultation en ligne est peut-être suffisante. Côté consommation de fournitures, posez-vous la question : avez-vous vraiment besoin de cette collection de stylos et de toutes les nuances fluo de ces surligneurs, alors que vous n’écrivez qu’en noir et ne supportez pas le rose fuchsia ?
Intermédiaire
Passer à l’écoconsommation numérique
Sans nous en rendre forcément compte, c’est vissé devant notre poste de travail que nous polluons le plus. Le matériel informatique est un glouton qui reste souvent allumé de longues heures, voire en permanence. Paramétrez les veilles et réglez les équipements en mode « économie d’énergie ». Au-delà d’une heure d’inactivité, éteignez votre ordinateur.
Plus pernicieux, l’usage d’Internet génère des impacts environnementaux bien réels. Le simple fait d’envoyer un mail, de naviguer sur la Toile, sollicite des serveurs, qui tournent en permanence et consomment énormément d’électricité. Limitez au minimum les courriels inutiles ainsi que la mise en copie de responsables ou collègues pas forcément concernés, allégez les pièces jointes (fichiers compressés, images et PDF basse définition…) et supprimez-les des messages auxquels vous répondez, cela fait partie des bons réflexes à adopter. Enfin, nettoyez régulièrement votre corbeille de mails et la boîte de spams. Pour une navigation numérique économe, allez au plus simple et au plus court en tapant directement l’URL d’un site (en utilisant l’historique de navigation ou des mots-clés précis…).
Transformer vos pauses-café et déjeuner
Gourde, tasse, verre, assiette, couverts… Equipez-vous d’un « kit de survie alimentaire » lavable et réutilisable. Pour appliquer le zéro déchet au bureau, demandez ou achetez en grand conditionnement (café, thé, sucre, biscuits…) sans suremballage, conseille l’association Zéro Waste France, qui a conçu un guide sur les bonnes pratiques en entreprise.
A la cantine, n’ayez pas les yeux plus gros que le ventre. Chaque repas en restauration collective génère, en moyenne, de 150 à 200 g de gaspillage alimentaire, selon l’Ademe. Pour le limiter, ajustez les portions à votre faim, évitez de prendre plus de pain que vous n’en consommerez, emportez ou partagez le surplus. Aujourd’hui, beaucoup de salariés emmènent leur boîte à repas. Pourquoi ne pas généraliser cette habitude pour aller acheter son plat au traiteur du coin ? Une lunch box vide à portée de tiroir permet d’éviter l’emballage du commerçant.
Mettre à plat ses déplacements
Les trajets et les déplacements professionnels sont le premier poste d’émission de gaz à effet de serre des activités de bureau : 12 millions de tonnes par an en France. Les trois quarts de ces déplacements s’effectuent en voiture, et majoritairement avec une personne par véhicule. Faites un point transport.
Pas de solution pratique autre que la voiture ? Organisez-vous avec vos collègues ou passez par un site de covoiturage. Il existe peut-être même un service de la sorte au sein de votre entreprise. Le vélo peut être une autre solution. En 2016 a été créée une indemnité kilométrique vélo (IKV) pour inciter les salariés à utiliser ce mode de transport. De 0,25 €/km, elle peut même être cumulée avec le remboursement des abonnements pour les transports en commun quand le trajet sert à rejoindre une gare ou une station. Renseignez-vous auprès de votre employeur. Pour des trajets plus longs, bus, tramway, métro consomment jusqu’à 104 fois moins qu’une voiture.
Autre possibilité : le télétravail, mais cette solution n’est ni un droit ni une obligation. La loi impose que le salarié et son employeur se soient mis d’accord.
Confirmé
Un peu de prosélytisme
Vraisemblablement sans le savoir, vous avez le profil pour devenir un « transféreur », un drôle de terme inventé par les sociologues Gaëtan Brisepierre et Anne Desrues, auteurs d’une étude d’avril 2018 sur le transfert des pratiques environnementales entre domicile et travail. Ecolo à la maison, vous l’êtes aussi au boulot, du moins dans les quelques mètres carrés de votre territoire professionnel.
Pourquoi ne pas vous lancer et diffuser vos bonnes pratiques à vos collègues ? Outre une réelle envie de relever le défi de convaincre Maxime d’arrêter d’infliger à l’imprimante la cadence d’une moissonneuse-batteuse en période de moisson, le recrutement d’une petite armée de volontaires « issus de différents services et à des postes hiérarchiques divers » est primordial, préviennent les auteurs de l’étude. Le soutien, voire la reconnaissance de votre action par votre hiérarchie, mais aussi par les responsables de la politique environnementale de votre entreprise, limiteront les risques de vous faire cataloguer comme le « culpabilisateur de service » et de prêcher dans le désert du 5e étage.
Enquête - Le numérique abolit la frontière entre réel et virtuel
Par Sophy Caulier
Se téléporter par le biais d’un hologramme, découvrir l’intérieur d’un corps humain ou d’un moteur d’avion ou visiter les entrailles de la pyramide de Khéops en coiffant un casque est désormais accessible au grand public grâce aux technologies immersives. Un marché en croissance exponentielle.
Equipées de grosses lunettes, qui ressemblent un peu à celles que portent les soudeurs, quelques personnes sont assises autour d’une table et manipulent des objets invisibles pour l’observateur extérieur. Elles sont en réunion avec des collègues installés dans leurs bureaux à Hongkong, à New York ou ailleurs. Grâce à la réalité augmentée (AR pour Augmented Reality), l’avatar de chacun apparaît autour des différentes tables de réunion et tous interagissent sur la même représentation numérique du projet.
Ailleurs, coiffés de casques et armés de manettes, plusieurs individus debout agitent leurs bras à toute vitesse. Rien de grave ! Ils sont en train de jouer à Beat Saber, un jeu vidéo de rythme en réalité virtuelle (VR pour Virtual Reality). A coups de sabres laser fictifs qu’ils manient grâce à leurs manettes, ils doivent détruire des blocs qu’ils voient arriver en flux continu dans leur masque, le tout sur une musique électro très rythmée… Lancé en 2018, Beat Saber pourrait bien être l’application vedette de la réalité virtuelle, le jeu qui favorisera l’adoption par le grand public de ces technologies dites « immersives ». Tout comme le Pokémon Go a initié des hordes d’adolescents dans le monde aux charmes de la réalité augmentée sur smartphone.
Les technologies de réalité virtuelle ou augmentée ne datent pas d’hier, mais à l’instar de l’intelligence artificielle, elles ont suscité un vif intérêt pour certains usages bien particuliers sans pour autant conduire à une adoption massive. La première permet l’immersion totale dans quelque chose qui n’existe pas ou n’est pas accessible, comme un futur train ou une station spatiale. La deuxième superpose des images ou des informations au monde réel capté par son smartphone ou son casque. La réalité virtuelle a d’abord séduit les industriels de l’aérospatial, de l’automobile ou de la défense. Les modèles conçus en 3D par des logiciels de conception assistée par ordinateur sont devenus des maquettes numériques. Les ingénieurs, coiffés de casques, visualisent, manipulent et modifient ces maquettes numériques dans des salles ou à l’aide d’équipements spéciaux.
La rumeur prête d’importantes ambitions à Apple et Amazon
La réalité augmentée est, elle aussi, utilisée dans l’industrie, mais plutôt pour la formation et la maintenance. « Avec ses lunettes, l’opérateur dispose des informations dont il a besoin pour, par exemple, effectuer une réparation sans aller chercher la documentation dans un bureau ; il peut aussi travailler avec un expert en ligne, qui verra ce qu’il voit et l’assistera durant l’opération », précise Laurent Card, ingénieur au ministère des armées, chargé d’un projet de simplification du travail des opérateurs de maintenance des matériels terrestres.
Longtemps en progression relativement modeste, le marché connaît désormais une croissance forte, voire exponentielle. Selon le cabinet de conseil IDC, le marché mondial du logiciel, du matériel et des services devrait passer de 12 milliards de dollars (10,8 milliards d’euros) en 2018 à 16,8 milliards en 2019 et se situerait à 160 milliards de dollars en 2023. De fait, les rangs des fabricants – HTC, Oculus, Microsoft, Samsung pour citer les principaux – devraient grossir prochainement. La rumeur prête d’importantes ambitions dans le secteur à Apple et à Amazon.
Pourquoi cette accélération ? « Les technologies ont progressé, les produits sont plus standards et plus légers grâce à la miniaturisation, et surtout, les prix ont baissé. La VR et l’AR arrivent à une vraie maturité industrielle », constate Laurent Chrétien, directeur général chez Laval Virtual, le Salon de référence du secteur, qui existe depuis 1999.
Le changement a commencé en mars 2014, lorsque Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a racheté Oculus VR pour 2 milliards de dollars. Cette start-up californienne avait été créée deux ans plus tôt, grâce à une opération de financement participatif, par Palmer Luckey, alors à peine âgé de 20 ans. Elle avait conçu un casque de VR certes prometteur mais pas encore commercialisé.
Avec Oculus, Facebook ambitionne de conquérir le marché grand public en baissant les prix. L’électronique graphique améliore la qualité et la rapidité de l’affichage. Grâce à la miniaturisation, la nouvelle génération de casques intègre les composants nécessaires au traitement des images alors que les équipements plus anciens doivent être connectés à un PC ou nécessitent que l’utilisateur porte l’électronique dans un sac à dos. Enfin, de plus en plus de contenus sont disponibles pour ces équipements, en particulier des jeux. Le cercle vertueux est donc bien amorcé.
La réalité virtuelle au prix d’une console de jeu
Le prix d’un casque et de sa puissance de calcul est tombé de plus de 10 000 dollars à quelque 1 000 dollars, et même à 400 dollars pour l’Oculus Quest, lancé au printemps. Non content de mettre la réalité virtuelle au prix d’une console de jeu, ce casque n’a pas besoin d’être connecté à un ordinateur pour fonctionner, ce qui donne toute liberté de mouvement à celui qui le porte. Avec le Quest, Facebook devrait atteindre son objectif de conquérir le grand public. Pour preuve, le modèle a été épuisé tout de suite après sa mise en vente aux Etats-Unis…
Le prix d’une salle spécialisée a lui aussi considérablement diminué : il varie aujourd’hui entre 50 000 euros et 1 million d’euros. « Que ce soit en VR ou en AR, le retour sur investissement des équipements est rapide. Une salle VR réduit d’un tiers les processus de design et de conception. Elle permet de multiplier les scénarios et de diviser par quatre les prototypes physiques, quand elle ne les supprime pas tout simplement ! », détaille Christophe Chartier, PDG cofondateur d’Immersion, spécialiste de ces technologies.
La technologie s’installe aussi dans le bâtiment. Que ce soit pour la construction ou la réhabilitation, elle fait gagner un temps précieux et permet d’éviter des erreurs. Au sein de Leonard, l’incubateur du groupe Vinci, Damien Bahon, chef de projet numérique pour GTM Bâtiment, a développé une application consacrée à la réhabilitation de logements. Sur leur ordinateur ou sur un poste mis à leur disposition, les locataires peuvent visualiser leur future salle de bains et choisir couleurs et matériaux. « Cette application très simple permet d’impliquer les locataires dans le projet de réhabilitation. Elle facilite la mission du conducteur de travaux qui sait exactement ce qu’il doit faire et où, et elle améliore la traçabilité », souligne M. Bahon. Résultat, une meilleure relation avec les habitants pendant les travaux et moins de réclamations après le chantier…
Perspectives prometteuses pour la formation et l’éducation
Dans un genre bien différent, Magic Leap ouvre de nouvelles perspectives. Cette start-up créée en Floride en 2010 a levé près de 2,6 milliards de dollars, dont 280 millions en mai, pour un ambitieux projet de réalité « mixte ». Récemment, elle a racheté la société franco-belge Mimesys et sa solution de réunions en téléprésence holographique. Grâce à un système de caméras et de capteurs, les participants à distance sont représentés par leur avatar en hologramme et interagissent comme s’ils étaient présents dans la pièce. Comme les agents secrets du film Kingsman : Le Cercle d’or (2017) !
BNP Paribas Real Estate commence à utiliser cette solution pour des réunions entre ses bureaux de Francfort, Paris, Dubaï, Londres et Hongkong. « Nous visualisons le même bien immobilier, dans son quartier, son environnement. Nous pouvons nous “téléporter”. Cela permet d’organiser des réunions mondiales sans que les participants aient à prendre l’avion », constate Florian Couret, responsable du laboratoire Immersif de BNP Paribas Real Estate.
D’autres facteurs favorisent l’adoption des technologies immersives. L’avènement prochain de la 5G va démultiplier les applications de réalité augmentée dans un usage mobile sans connexion à un smartphone. Grâce à des lunettes connectées, on pourra, par exemple, trouver son chemin sur un plan qui s’affichera en surimpression de l’environnement, lire le menu d’un restaurant ou le programme d’une salle de cinéma sans y entrer. D’autres sens vont être ajoutés à la vue dans les équipements, comme l’odorat ou le toucher.
Enfin, mises en réseau, ces technologies permettent le travail, ou le loisir, en groupe. Réunion, travail en mode projet, prise de décision, formation, tous les modes de collaboration pourront s’affranchir de l’éloignement géographique. L’e-commerce, la médecine ou l’immobilier sont parmi les secteurs qui vont adopter de plus en plus largement les technologies immersives pour améliorer l’expérience d’achat en ligne, imaginer la décoration de son prochain appartement ou préparer une intervention chirurgicale.
L’art n’est pas en reste, surtout le cinéma
Les perspectives sont particulièrement prometteuses dans le domaine de la formation et de l’éducation. Les technologies immersives permettent de dispenser un cours dans le monde entier. Les apprenants peuvent répéter des opérations complexes à l’infini à moindre coût et sans risque, jusqu’à les maîtriser parfaitement.
Au-delà, une façon différente d’apprendre s’installe. « Le potentiel des technologies immersives est énorme lorsqu’il s’agit d’enseigner des connaissances, un savoir-faire, une séquence, un geste… Car ces technologies parlent non pas à notre néocortex, mais aux parties profondes de notre cerveau, à notre cerveau limbique, siège de nos émotions, et reptilien, où se forme la mémoire, dans l’hippocampe », explique David Nahon, directeur de l’Immersive Experience au 3DExperience Lab de Dassault Systèmes. Il s’agit donc d’apprendre autrement, mais aussi de mieux mémoriser.
L’art n’est pas en reste, surtout le cinéma. Présidente du jury du VR Arles Festival, l’actrice Charlotte Rampling reconnaît que ces technologies ouvrent de nouveaux registres narratifs. « L’immersion totale est incontestablement une nouvelle expérience. » Ce que le réalisateur Jan Kounen confirme : « Ce n’est pas comme au cinéma où l’on est distant de l’écran. Dans la VR, on vit l’expérience. Nous n’avons pas encore mesuré la puissance cognitive de cette immersion où tous les sens sont activés. » Hollywood et l’industrie du porno surveillent de près l’évolution du marché et attendent que les foyers s’équipent pour produire en masse des contenus immersifs.
« NOUS N’AVONS PAS ENCORE MESURÉ LA PUISSANCE COGNITIVE DE CETTE IMMERSION OÙ TOUS LES SENS SONT ACTIVÉS », EXPLIQUE LE RÉALISATEUR JAN KOUNEN
S’il est un domaine qui a pris la mesure du potentiel à la fois économique et innovant de l’immersif, c’est celui du divertissement. Après les jeux d’arcade vidéo, voici venues les arcades VR ! « Plus qu’une arcade, c’est un nouveau style de loisir, immersif, interactif et qui favorise la créativité du public. C’est le bowling d’aujourd’hui, le parc de loisirs de la génération numérique », affirme Cyril Villalonga, le PDG de FPX, qui exploite Geekopolis. Situé au nord de Paris, cet espace de 2 000 m2 offre un parcours qui mêle escape game, théâtre immersif, effets spéciaux et VR dans un décor de cinéma, ainsi qu’un bar, une ludothèque, etc.
Ces arcades contribuent à la diffusion des technologies. « Vu le coût de l’équipement, les foyers sont encore peu équipés. L’arcade permet de tester de manière ludique, mais aussi de vivre de nouvelles expériences car les contenus sont variés, renouvelés, et beaucoup de jeux sont multijoueurs », explique Romain Lesaffre, fondateur et PDG de MindOut, une salle de jeux qui accueille aussi bien des particuliers pour une soirée entre amis ou un enterrement de vie de garçon que des entreprises pour du renforcement d’équipe (team building). Le jeu et le divertissement semblent bien partis pour convaincre le grand public de plonger dans le monde nouveau et vertigineux de l’immersif !






